Billets Non classé

Publish and perish, l’affaire Darwin !

Auteur : Tom Roud
La prestigieuse revue Annual Proceedings of Research Induced Lethality publie dans son numéro d’aujourd’hui une étude révélant que le Grand Charles ne serait pas mort tout à  fait naturellement …
Un petit point sur les détails pratiques pour commencer. Pour faire cette étude, il a d’abord fallu demander l’autorisation spéciale à  la [suite…]

Auteur : Tom Roud

La prestigieuse revue Annual Proceedings of Research Induced Lethality publie dans son numéro d’aujourd’hui une étude révélant que le Grand Charles ne serait pas mort tout à  fait naturellement …

Un petit point sur les détails pratiques pour commencer. Pour faire cette étude, il a d’abord fallu demander l’autorisation spéciale à  la Reine d’Angleterre  pour accéder à  la dépouille du naturaliste, reposant dans l’abbaye de Westminster. Cette autorisation a d’abord eté refusée, mais le premier ministre de l’époque, Tony Blair, est intervenu auprès du palais (exactement comme dans le film The Queen ?) pour appuyer cette initiative. Les mauvaises langues prétendent que c’était un moyen de corriger le tir suite à  ses propos passés en faveur de l’enseignement du créationnisme.

darwinbone.1238196342.jpgAfin d’éviter toute fâcheuse contamination, les scientifiques ont utilisé les techniques développées par Svante Paabo à  l’occasion de l’étude du génome de l’homme de Néandertal, pour extraire des échantillons. L’image ci-contre montre le tibia gauche de Charles Darwin, dont a été extrait un morceau en vue du pyroséquençage (oui, tant qu’à  faire, on a analysé aussi son ADN). Puis les mesures ont été croisées,  analysées … Coincidence : c’est exactement 200 ans après la naissance du naturaliste, le 12 Février dernier, que le papier a été accepté, avant d’être enfin publié aujourd’hui et de révéler au monde la terrible vérité.

Il est de notoriété publique que quelque chose s’est passé lors du voyage initiatique de Darwin sur le HMS Beagle. Darwin, fringant étudiant friant de légumes verts avant son départ est revenu des Galapagos souffreteux et malade, et a vu ses forces décliner tout au long de sa vie. Pourquoi, comment ? L’étude de Fish et al. révèle que le corps du grand Charles contenait en quantité anormale de nombreuses substances chimiques telles que le nitrate de potassium, du chlorate d’ammonium, mais aussi du camphre (et un peu de cyanure pour faire bonne mesure). Aucun doute : Darwin a été empoisonné !

Heureusement, la criminologie aussi a beaucoup progressé au XXIième siècle, et Fish et al ont utilisé une technique audacieuse pour identifier le coupable. Qui a besoin de théorie lorsque l’on a autant de data ? En recherchant sur google les noms les plus fréquemment associés à  ces différents ingrédients, l’Internet a livré une réponse sans ambiguité : ces substances (à  l’exception du cyanure) sont toutes utilisées dans le fameux thermomètre FitzRoy, inventé par Robert FitzRoy, le capitaine du HMS Beagle, et le désignent donc comme coupable, avec une p-value de 10^-23 !!!

FitzRoy, chrétien fervent, avait reconnu s’être senti trahi par  Darwin, son co-auteur de nombreuses publications. Lors d’une colloque organisé en 1860 à  Oxford, FitzRoy  affirma que L’Origine des Espèces lui avait causé une douleur profonde, et  condamna publiquement Darwin, brandissant haut sa Bible et implorant l’assistance de croire en Dieu plutôt qu’en l’homme ! On le voit, sa colère terrible déboucherait donc sur un complot machiavélique, arrachant Darwin à  sa famille éplorée à  seulement 73 ans.

Référence :

Evidence for the assassination of the Greatest Naturalist of all times. Annual Proceedings of Research Induced Lethality (APRIL), Fish and Fool, 2009, pp 1809-1882

(que les familles de Darwin et de FitzRoy me pardonnent…)

À propos de l'auteur

Tom Roud

Blogger scientifique zombie