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Mythes du créationnisme II : évoluer est improbable

Mythe du créationnisme :
“Les calculs montrent que la vie est extrêmement improbable.  Le hasard ne peut rien construire. En fait, on peut montrer, calculs à l’appui, que la probabilité pour que la vie existe n’est pas plus grande que celle qu’une tempête, après avoir balayé une décharge, reconstruise par hasard un Boeing 747 avec [suite…]

Mythe du créationnisme :

“Les calculs montrent que la vie est extrêmement improbable.  Le hasard ne peut rien construire. En fait, on peut montrer, calculs à l’appui, que la probabilité pour que la vie existe n’est pas plus grande que celle qu’une tempête, après avoir balayé une décharge, reconstruise par hasard un Boeing 747 avec les débris. C’est impossible, Dieu a donc créé la vie.”

Exemple sur le web :

L’analogie du Boeing 747 est due au physicien britannique Fred Hoyle, dont on peut trouver une liste d’arguments contre l’évolution sur sa page anglaise de wikipedia par exemple. Hoyle estimait la probabilité d’apparition de la vie à une contre 10 puissance 40 0000.

Contre-arguments

Le premier contre-argument classique est dû à Richard Dawkins. Dawkins répond que Hoyle commet ici une erreur commune : se focaliser sur le moteur aléatoire de l’évolution en oubliant totalement le processus de sélection.  Le point important est que l’évolution est un processus cumulatif à cause de la sélection naturelle. Chaque petit pas est aléatoire et dû à la chance. Mais la sélection naturelle permet de “récompenser” les petits pas avantageux, et ainsi de conserver la mémoire des petits pas successifs. On a ici typiquement un problème de probabilité conditionnelle : la probabilité d’apparition spontanée ex-nihilo d’un organisme complexe est infinitésimale (quoique), mais la probabilité d’un petit pas adaptatif partant d’un point de l’évolution déjà avancé est très faible, mais non nulle. Ensuite, le processus de sélection fixe le petit pas et l’espèce vivante devient plus adaptée. C’est d’ailleurs un procédé que tout un chacun peut simuler dans un ordinateur à l’aide  des fameux algorithmes génétiques par exemple, utilisés pour résoudre des problèmes d’optimisation complexes.

Ajoutons également qu’il est assez compliqué d’estimer des probabilités en biologie. Par exemple, dans les années 60,  Levinthal avait calculé le temps que devrait mettre une protéine pour se replier (de façon tout à fait similaire à ce qu’aurait pu faire Hoyle). Il avait trouvé que ce temps était de l’ordre… de l’âge de l’univers. Affirmerait-on donc que Dieu replie toutes les protéines existantes avec ses petits bras musclés parce que l’âge de l’univers est sans comparaison possible avec le temps observé pour que la protéine se replie, de l’ordre d’une minute? Le “paradoxe” révèlait surtout qu’on ne comprenait pas très bien comment une protéine se replie effectivement. Aujourd’hui on en sait un peu plus : le paradoxe de Levinthal a amené les scientifiques à s’interroger sur les étapes de repliement des protéines, sur le processus de repliement même. On sait maintenant que c’est un problème différent d’une pure recherche aléatoire, qu’il implique à la fois des effets de surface et de volumes ce qui permet de réduire considérablement le nombre de configurations à observer et permet d’avoir un temps de repliement rapide. En fait, il faut à la fois se méfier et chérir les paradoxes quantitatifs en biologie : quand un calcul d’ordre de grandeur ne marche pas du tout, cela signifie probablement qu’il y a quelque chose de très sioux à comprendre !

A noter pour finir que Misha Gromov, mathématicien franco-russe récompensé cette année du prix Abel (cf blog de S. Huet) a semble-t-il  démontré avec Alessandra Carbone un théorème comme quoi, au contraire, la vie apparaîtrait automatiquement avec une probabilité proche de 1 dans une mare au bout d’un certain temps!

À propos de l'auteur

Tom Roud

Blogger scientifique zombie