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L’autre syndrome du Titanic

On a beaucoup parlé récemment des différents films qui veulent sensibiliser une partie la plus large possible de la population aux dangers de la surexploitation, du développement non-soutenable, et du réchauffement climatique. Home, que j’ai trouvé étrangement réussi – et quand on sait à quel point YHB m’exaspère, c’est un challenge – et Le syndrome […]

On a beaucoup parlé récemment des différents films qui veulent sensibiliser une partie la plus large possible de la population aux dangers de la surexploitation, du développement non-soutenable, et du réchauffement climatique. Home, que j’ai trouvé étrangement réussi – et quand on sait à quel point YHB m’exaspère, c’est un challenge – et Le syndrome du Titanic – que je n’ai pas vu, j’ai des principes et l’un d’entre eux est : Nicolas Hulot est un escroc.

Le retour que j’ai eu de ces films dans mon entourage non scientifique est, globalement, que je devrais être content qu’on parle d’écologie. Si on parlait d’écologie, je serais effectivement très content, seulement il se trouve qu’on parle ici d’environnementalisme. C’est une doctrine politique – à laquelle j’adhère – totalement déconnectée de l’écologie, qui est une discipline scientifique – pour information, on reconnaît les écologues à leur plastique de rêve, leur esprit brillant, et à leur incroyable charisme.

Du coup, non, je ne suis pas content qu’on fasse ces films. Je suis d’autant moins content qu’on porte aux nues quelqu’un qui trouve que mentir aux gens à propos des OGM, tant que c’est pour les faire interdire, c’est bien, ou quelqu’un qui se prend pour le chevalier blanc de l’environnementalisme en bossant moitié pour TF1/Bouygues (et qui en plus est pote avec Sarko, mais ce n’est pas le propos).

Finalement, à force que ce genre de personnes au discours pas très original, qui ont pour arme d’un côté le spectaculaire de l’image, de l’autre une technique réthorique fort peu subtile qui consiste à impliquer l’auditoire en tirant des ficelles à chaque fois plus grosses, on est en train de couler l’écologie. On est en train de la diriger droit sur l’iceberg de l’environnementalisme. Demandez à Greenpeace (ou pas).

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Il y a une différence fondamentale entre l’écologie en tant que science, et l’écologisme/environnementalisme en tant que pensée politique. Et, comme je l’ai dit précédemment, pas grand monde ne se soucie de faire la différence (oui, je réitère mes discours populistes sur les méchants journalistes et les méchants politiques, s’il vous plaît taclez moi en commentaires, je suis entre deux manips et j’ai besoin de me divertir…).

Or donc, je ne suis pas content parce qu’on ne parle pas d’écologie. On parle d’environnementalisme – et même si je ne supporte pas les gens qui le font, ils le font souvent bien – et c’est une bonne chose. Ceci dit, on crée un amalgame qui risque de poser des problèmes. Qui en pose déjà. Quand j’explique aux gens dans la rue que je fais de l’écologie, j’ai droit à Hulot ou GreenPeace. Ou alors aux Verts. On inspire calmement, on ferme les yeux 2 secondes, et on explique.

J’ai du mal à trouver un parallèle convaincant à cette situation. Le problème, je le pense de plus en plus, est un problème lié à la diffusion de ce qu’est, en réalité, l’écologie : la science des relations des organismes avec le monde environnant, c’est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d’existence. Qu’on développe une politique environnementale qui s’appuie sur les conclusions de ces disciplines, ça relève du bon sens. Mais qu’on tente d’en tirer une politique est illusoire, et dangereux. Comme le fait de tirer une politique de la théorie de l’évolution. Ou de l’immunologie. Ou des statistiques. Les sciences sont par défaut amorales (et ne faites pas attention aux quelques tordus, Jean Staune par exemple, qui en concluent que toute science est immorale par nature et que derrière chaque chercheur someille Mengele), et il n’y a pas de raison qu’on les mélange à la politique.

Prenons un exemple simple. En cas d’épidémie, on réquisitionne au ministère les personnes qui peuvent comprendre comment l’agent pathogène se disperse pour tirer un plan d’action. Ce n’est pas faire de l’épidémiologie, c’est faire de la santé publique. Pourtant, quand on essaie de préserver l’environnement, c’est de l’écologie (là ou ce devrait être de l’environnementalisme).

Le problème qui découle de cette situation est simple. L’écologie en tant que science, d’après mes observations, souffre d’un énorme discrédit dans la population – parce qu’on fait un amalgame entre des chercheurs et des militants. Certes, le fait que souvent, les chercheurs soient eux même impliqués n’aide pas, mais les deux activités sont distinctes. Nous ne faisons pas passer nos idées dans nos articles, mais le mélange permanent entre écologie et environnementalisme poursuit à peu près le même but…

Voila le syndrome actuel dont souffre l’écologie. Nous sommes considérés et jugés par rapport à des actions et des valeurs qui ne correspondent pas à la réalité d’une discipline scientifique. Si on passait 30 minutes à faire une introduction à l’écologie à n’importe quelle personne prise au hasard, il serait clair pour tout le monde que les deux mondes n’ont rien à voir (à part que l’un peut nourrir l’autre). Il faudrait prendre en compte la partie immergée de l’iceberg…

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Timothée