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La parole à  Néandertal

FOXP2 est un gène crucial pour la parole. Les personnes atteintes de mutations sur ce gène ont d’énormes difficultés grammaticales ainsi que des problèmes de coordination des mouvements de la bouche pour parler. FOXP2 est aussi un exemple formidable d’évolution indépendante dans plusieurs branches du vivant : les oiseaux ayant des mutations sur ce gène (…)

FOXP2 est un gène crucial pour la parole. Les personnes atteintes de mutations sur ce gène ont d’énormes difficultés grammaticales ainsi que des problèmes de coordination des mouvements de la bouche pour parler. FOXP2 est aussi un exemple formidable d’évolution indépendante dans plusieurs branches du vivant : les oiseaux ayant des mutations sur ce gène ont des chants modifiés et moins riches que leurs parents, comme le racontait un article du numéro spécial Darwin de National Geographic.

Lorsqu’on le compare à  l’homologue chez le chimpanzé et les autres mammifères, le gène FOXP2 présente deux mutations spécifiquement humaines. On estime par comparaison avec les autres espèces que ce gène se serait fixé il y a 200 000 ans dans notre lignée humaine. Les récentes études génétiques sur l’homme de Néandertal ont révélé que lui aussi possèdait ces deux mutations humaines. Les études bioinformatiques de l’équipe de Svante Paabo sur le génome de Néandertal suggèrent que ce gène a été positivement sélectionné, sous la forme moderne identique à  celle de Sapiens. Cela signifie que ces mutations apportent un avantage évolutif. Comme ce gène est associé à  la parole, il est tentant de penser que cet avantage sélectif est bel et bien la capacité à  utiliser le langage et que Néandertal était capable de parler comme nous.

Plus fort encore :  ce gène sous sa forme moderne est présent chez Sapiens et Néandertal,  il est assez probable qu’il soit apparu avant la divergence entre ces deux espèces, et donc chez un ancêtre plus éloigné de l’homme. Le langage serait donc largement antérieur aux espèces d’ Homo Sapiens !

Voilà  pourquoi, ce soir, j’irai me coucher en pensant aux conversations passionnantes que nous aurions peut-être pu avoir dans la savane ancestrale avec Homo erectus Via Nature

Référence : Krause J. et al. Curr. Biol. 17, doi:10.1016/j.cub.2007.10.008 (2007).

(Billet précédemment publié sur le blog de Tom Roud)

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Tom Roud

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