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Jean Staune en conférence en PCEM1 : pourquoi je comprend, pourquoi je n’accepte pas

Jean Staune (secrétaire général de l’Université Interdisciplinaire de Paris, passant le plus clair de son temps à  introduire de la religion dans la science) était hier en conférence à  l’Université Claude Bernard, à  Lyon, dans le cadre de l’UE de Sciences Humaines et Sociales de la première année de médecine. Son livre — vers lequel […]

Jean Staune (secrétaire général de l’Université Interdisciplinaire de Paris, passant le plus clair de son temps à  introduire de la religion dans la science) était hier en conférence à  l’Université Claude Bernard, à  Lyon, dans le cadre de l’UE de Sciences Humaines et Sociales de la première année de médecine. Son livre ” vers lequel je ne fais pas de lien ” fait partie des lectures obligatoires dans le cadre de cette UE. Cette situation est assez complexe. Pour Jean Staune, la situation est claire, il devient légitime dans les universités. Je ne serai même pas surpris qu’il s’invente un poste de maître de conférences à  l’UCLB, comme il l’a fait pour celui d’HEC. Passons.

La première question que je me suis posé est toute simple : qu’est-ce qui motive un comité pédagogique, composé de scientifiques d’un très bon niveau, à  inviter Jean Staune? Le seul moyen de le savoir était de leur demander. La réponse que j’ai eu est simple : il s’agit de “porter le regard des futurs professionnels de santé au delà  de l’horizon”, et débarrasser la médecine de sa froideur et de son scientisme. Face à  ce constat, il serait malvenu de s’offusquer de la dimension pluridisciplinaire de l’enseignement.

Tout cela est bien, mais ne répond pas à  la question “pourquoi lui?”. D’après mon interlocuteur, “il réalise un travail d’une certaine ampleur que l’on ne peut pas taxer d’invalidité a priori“. Ce type d’argument me fait hurler à  chaque fois. Vous pouvez travailler avec acharnement sur quelque chose sans avenir, où même sur quelque chose de mauvais, votre travail n’en est aucunement plus recevable. Sans quoi il faudrait, sur la base de la quantité de travail fournie, inscrire au programme des UE telles que “Biologie totale” et “Intelligent design”. La présence de Jean Staune comme intervenant dans une UE serait donc à  attribuer au fait que les “sectarismes et autres extrémismes” n’ont pas leur place à  l’UFR de médecine. Bien A quand la biologie totale, donc?

Plus sérieusement Je comprend tout à  fait ” et je l’admire ” la volonté de pluridisciplinarité. J’ai eu le malheur de côtoyer des personnes qui n’avaient jamais rien vu d’autre que leur domaine de compétence, c’est particulièrement invivable. Mais s’abriter derrière la diversité pour offrir une tribune à  Jean Staune est risible. Diversité ne signifie pas tout et n’importe quoi. Il me semblait qu’il s’agissait de l’ensemble des points de vue recevable dans un domaine donné. J’ai manifestement tort.

Comme je l’écrivais récemment, ailleurs, il est vrai que les médecins n’ont pas vocation à  être des scientifiques ” dans la mesure ou ils ne font pas la science, ils l’utilisent. Mais cela justifie t’il l’exposition à  quelqu’un d’aussi épistémologiquement discutable que Jean Staune? Je ne le pense pas. Et encore moins quand il s’agit d’étudiants de première année, sortant du lycée ” pendant lequel on les a forcé à  ne pas penser par eux même ” et prêts à  croire tout ce que “l’autorité” enseignante leur raconte.

Faut-il pour autant interdire les conférences de Jean Staune? Absolument pas. Il est nécessaire de l’inviter, et de mettre en face de lui des personnes qui ont le potentiel de répondre. Des scientifiques formés, qui ont une idée de comment la science fonctionne, et capables de reconnaître un argument et un sophisme quand ils en voient un. Autrement dit, pas des étudiants en première année de médecine.

L’erreur de Jean Staune, qui fait qu’à  mon sens il n’a pas à  participer à  une formation scientifique, est qu’introduisant de la religion ” donc de la croyance ” dans la science, il sait par avance ce à  quoi il veut aboutir. Et quand on sait ce à  quoi on veut aboutir ” autrement dit, quand la conclusion fait partie des attendus ” on a peu de chances de tomber à  côté; ce travers a été reproché à  certaines méthodes de phylogénie, par exemple. En excluant le doute de son approche, Jean Staune franchit la frontière qui le place hors du champ de la science. Il n’a donc plus aucune légitimité à  venir enseigner dans une filière scientifique ” au passage : s’il lui prenait l’envie d’intervenir par chez moi, tout illégitime qu’il soit, il y a de forts chances que vous me trouviez dans l’amphi.

Ses positions sur Darwin sont un exemple frappant de pourquoi il ne faut pas le prendre trop au sérieux ” tant qu’il ne fait pas de mal, comme je craint qu’il ne l’ai fait à  Lyon. Ces positions portent sur Darwin. Pas le Darwinisme, ni les théories subséquentes. Mais sur la théorie énoncée par Darwin lui même. Si jamais il à  fait l’effort de lire d’autres évolutionnistes ” à  part sa simplification de la théorie de Kimura, risible ” rien n’en transpire dans ses écrits. Pour faire un parallèle, vous pourriez “faire du Jean Staune” en critiquant la pharmacologie, en vous basant sur ce qu’on en savait il y a 200 ans ” mauvais exemple, il y a probablement plus à  critiquer maintenant

Mais au final, ce n’est pas véritablement de sa faute. Parce qu’il a réussi à  me convaincre que son domaine d’expertise se limitait au sophisme. Ses discours sur la biologie évolutive montrent une abyssale méconnaissance du sujet. Quand il présente une situation, en montrant à  quel point le Darwinisme ne suffit pas à  l’expliquer, vous pouvez être sûr qu’une explication existe, que toute personne avec un minimum de culture en biologie évolutive est capable de vous trouver en trois minutes.

Pour être bref, je ne sais pas s’il s’agit d’incompétence, de mauvaise foi, ou d’un subtil mélange des deux. Et je n’ai pas envie de le savoir, parce que quelle que soit la cause des erreurs de Jean Staune, elle est enfouie sous du fondamentalisme religieux. Ses discours devraient se limiter aux églises, et n’ont rien à  faire dans les université – à  l’exception de celle qu’il dirige.

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Timothée