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Influenza Mexicana

Apparemment, une super grippe vient de naître au Mexique. Venant des porcs, elle se transmet maintenant d’homme à homme et a atteint New York en trois jours (gulp).  1000 personnes ont été infectées et déjà presque 70 mortes (re-gulp). Tous les morts avaient entre 3 et 60 ans; la mortalité est plus importante que [suite…]

Apparemment, une super grippe vient de naître au Mexique. Venant des porcs, elle se transmet maintenant d’homme à homme et a atteint New York en trois jours (gulp).  1000 personnes ont été infectées et déjà presque 70 mortes (re-gulp). Tous les morts avaient entre 3 et 60 ans; la mortalité est plus importante que normale pour les jeunes adultes, ce qui est très inquiétant (gulp-ter).  Le Mexique  est en train de prendre toute une série de mesures, et l’OMS est sur les dents.

L’occasion de faire un petit point sur l’évolution de la grippe. Dans la course aux armements contre le système immunitaire, l’évolution joue essentiellement sur deux protéines du virus : l’hémagglutinine (H), protéine impliquée dans l’attachement et l’entrée du virus dans les cellules, et la neuraminidase (N), impliquée dans le relargage des virus par la cellule infectée. Les souches sont nommées en fonction de la “version” de ces deux protéines : vous vous souvenez peut-être de la grippe aviaire “H5N1″, la grippe mexicaine s’appelle H1N1.

Arbre phylogénétique de la grippeLa protéine H contient le plus de domaines reconnus par le système immunitaire et est donc soumise à une pression évolutive forte et continue.  Un exemple d’arbre généalogique (phylogénétique) récapitulant l’évolution de cette protéine sur 13 ans est présenté sur la figure ci-contre; les protéines sont indexées par l’année de l’épidémie. On a l’impression que l’évolution de la protéine H est relativement contrainte : l’arbre phylogénétique a une structure “en cactus”, avec un tronc principal (qui représente la direction principale dans l’évolution) et de courtes branches qui représentent des virus qui ne sont pas assez virulents pour survivre (et donc pour continuer à évoluer). C’est un aspect théorique intéressant  pour la prévention : comme l’évolution de la protéine H a l’air assez contrainte, elle est potentiellement prédictible, ce qui peut considérablement aider à la mise au point de vaccins .

Le virus de la grippe a cependant connu dans le passé récent des changements beaucoup plus drastiques. Lorsque des souches de grippes différentes (par exemple issues d’animaux différents) infectent par hasard la même cellule, des réarrangements entre ces virus peuvent se produire, créant une nouvelle combinaison plus efficace entre les protéines H et N. Si j’en crois New Scientist, c’est ce qui s’est passé pour cette nouvelle grippe mexicaine : un H de grippe porcine s’est recombiné avec des gènes de grippes humaines et aviaires.

On a pu démontrer que ces réarrangements entre grippes de différentes espèces ont expliqué les épidémies plus graves de 1957 et 1968. On pense que la grande pandémie de 1918, qui a infecté toute la population mondiale et a tué entre 20 et 50 millions de personnes, est elle aussi passée des oiseaux aux porcs avant de contaminer les humains.


Références :

Illustration tirée de Ferguson et al., Nature 422 : 428-433 (2003)

Nelson & Holmes, Nature Reviews Genetics 8: 196-205, 2007

(Billet concocté à partir de ce billet plus complet paru sur le blog de Tom Roud)

À propos de l'auteur

Tom Roud

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