Billets Non classé

De Darwin à Dolly [1]

Darwin fut le premier à étudier l’évolution des animaux domestiques dans l’Origine des espèces; la tradition se poursuit et Science publie dans son numéro d’hier plusieurs articles sur l’évolution des animaux domestiques.
A tout seigneur tout honneur, commençons par le mouton, premier animal domestiqué [2] . Chessa et al. ont reconstruit un arbre généalogique des différentes [suite…]

Darwin fut le premier à étudier l’évolution des animaux domestiques dans l’Origine des espèces; la tradition se poursuit et Science publie dans son numéro d’hier plusieurs articles sur l’évolution des animaux domestiques.

mufflon-03.1240659914.jpgA tout seigneur tout honneur, commençons par le mouton, premier animal domestiqué [2] . Chessa et al. ont reconstruit un arbre généalogique des différentes races de moutons et ont confirmé le scénario compliqué de domestication des ovins. Le mouton a d’abord été domestiqué , vraisemblablement uniquement pour sa viande, il y a environ 10000 ans. Puis, il y a 7000 ans, l’homme a appris à utiliser la laine, et un second type de mouton, au poil plus propice au tissage et au filage, a progressivement remplacé le premier type de mouton. C’est ce second type de mouton que nous avons aujourd’hui dans nos campagnes. L’étude génétique confirme que certains moutons repassés à l’état sauvage (tels que le mouflon) sont bel et bien issus de la première vague de domestication du mouton. Ces moutons ont par ailleurs conservé des traits “primitifs” tels que de longues cornes ou une robe sombre et moins fournie. Les moutons modernes semblent être originaires du Sud-Ouest de l’Asie, et se seraient répandus ensuite en Europe, en Asie et en Afrique. Ces travaux permettront peut-être de trancher un vieux débat sur l’origine européenne ou asiatique du travail  de la laine, la deuxième hypothèse semblant donc être la plus naturelle selon la génétique.
oeildeboeuf.1240660167.gif
La deuxième grande nouvelle, c’est le séquençage du génome du boeuf (Bos Taurus pour les intimes). Le ruminant est un mammifère bien singulier, doté d’un estomac à quatre chambres, et de systèmes immunitaire et endocrinien hyper développés. Comment expliquer “l’essence de la bovinitude” [2] ? Comme on pouvait s’y attendre, le boeuf a beaucoup plus de gènes reliés au système immunitaire, et toute une batterie de réarrangements chromosomiques liés à la lactation. De plus, la qualité du séquençage du génome boeuf permet de le comparer attentivement avec d’autres mammifères, et montre que les régions les plus réarrangées du génome du boeuf (en comparaison avec les autres mammifères) sont les régions les plus riches en duplication génétiques et en élément génétiques particuliers (tels que les retroposons par exemple). Enfin, l’étude de différentes races de boeufs montre comment la main de l’homme a modifié (par sélection artificielle)  des régions spécifiques du génome impliquées dans différents paramètres intéressants pour l’agriculteur, tels que la quantité de lait ou de viande produite.

Terminons par l’évolution des petis chevaux. Dans une très courte lettre, Ludwig et al. se sont intéressés plus particulièrement aux gènes impliqués dans la coloration de la robe. Ils ont pour cela extrait de l’ADN d’os fossiles datant de diverses époques (exactement comme ce qui a été fait pour Darwin, euh pardon pour la femme de Néandertal). La figure ci-dessous montre comment la robe des chevaux a évolué au cours des 12000 dernières années.

chevaux.1240660281.jpeg

Il y a très très longtemps, tous les chevaux avaient la même couleur, un peu beige. Puis, probablement suite à un changement de climat favorisant des forêts plus denses, un allèle “robe noire” est apparu et a été sélectionné dans la population  – il se passe exactement la même chose en ce moment pour les loups en Amérique du Nord et les écureuils en Angleterre !

Il faut attendre la domestication du cheval pour voir une explosion de couleur dans les robes des chevaux il y a 5000 ans, explosion qui commence dans les steppes eurasiennes, confirmant là encore l’hypothèse des archéologues concernant la première domestication du cheval par la mystérieuse civilisation du Botai. L’évolution de la couleur a continué puisque des mutations supplémentaires de la robe sont apparues il y a environ 2800 ans en Sibérie… Evidemment,  ces résultats suggèrent que c’est bien l’homme qui a explicitement sélectionné une variabilité dans la couleur des chevaux. Il en va peut-être du cheval comme de l’iPod :  chacun veut pouvoir choisir sa couleur préférée, et on a créé différents “modèles” de chevaux par sélection artificielle !

Références :

Revealing the History of Sheep Domestication Using Retrovirus Integrations, Bernardo Chessa et al,Science 24 April 2009,Vol. 324. no. 5926, pp. 532 – 536

The Genome Sequence of Taurine Cattle: A Window to Ruminant Biology and Evolution The Bovine Genome Sequencing and Analysis Consortium et al,Science 24 April 2009,Vol. 324. no. 5926

Coat Color Variation at the Beginning of Horse Domestication, Arne Ludwig et al., Science 24 April 2009,Vol. 324. no. 5926

It’s a Bull’s Market, Harris A. Lewin, Science 24 April 2009,Vol. 324. no. 5926

[1] Je recycle comme titre la première phrase du commentaire de Harris Lewin référencé ci-dessus
[2] Il cumule les premières puisqu’il fut aussi le premier animal cloné à partir d’une cellule adulte
[2] Copyright Harris Lewin

À propos de l'auteur

Tom Roud

Blogger scientifique zombie