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Comment lutter contre le créationnisme : montrer l’évolution (1/2)

Au printemps dernier, l’université Rockefeller à  New York a organisé un impressionant Symposium pour faire le point sur les dernières avancées de la théorie de l’évolution (cliquez sur le lien pour voir le programme et des vidéos de toutes les conférences). Ce symposium s’est achevé par une conférence de Jerry A. Coyne qui a proposé [suite…]

Au printemps dernier, l’université Rockefeller à  New York a organisé un impressionant Symposium pour faire le point sur les dernières avancées de la théorie de l’évolution (cliquez sur le lien pour voir le programme et des vidéos de toutes les conférences). Ce symposium s’est achevé par une conférence de Jerry A. Coyne qui a proposé ses solutions pour lutter contre le créationnisme. Retour sur les propos de Coyne, qui a publié depuis un livre sur le sujet et tient aussi desormais un blog associé, “Why evolution is true” .

La conférence de Coyne s’ouvrait classiquement par une série de sondages: seulement un quart des Américains acceptent la théorie de l’évolution comme un fait scientifique (voir un billet récent du Dr Goulu pour plus de résultats de ce genre). 64% des Américains croient que l’homme a été créé tel quel par Dieu, 10 % par un “Designer Intelligent”. Et comme la liberté de parole est sacrée, 55% des Américains croient qu’il faut enseigner à  la fois la théorie de l’évolution, le créationnisme et son nouvel avatar, le dessein intelligent, à  l’école, contre 12% l’évolution seule et 23% la création seule.

Comment lutter contre cette tendance ? Coyne explique que d’abord et avant tout, il appartient aux scientifiques de définir proprement la théorie de l’évolution, et surtout de montrer explicitement les preuves de celles-ci, dans les salles de classe comme dans les conférences publiques. Tout d’abord, il a insisté sur un point important : le mot “théorie” en science n’a pas le même sens qu’une théorie dans le sens commun. Une théorie scientifique n’est pas une simple spéculation pour expliquer un phénomène : une théorie est au contraire un cadre cohérent et convaincant pour expliquer des faits. Une théorie est testée sans cesse; d’après Coyne, virtuellement, il y a une feuille de papier à  cigarette entre ce qu’on appelle une théorie et les faits. Ce qu’on appelle “théorie” dans le sens courant s’appelle plutôt “modèle” ou “hypothèse” dans le jargon scientifique.

Ainsi parle-t-on de la théorie de l’évolution, mais aussi de la théorie de la relativité, ou encore de la théorie de l’électrodynamique quantique, toutes ayant passé avec succès les “tests” auxquellles elles ont été confronté. Coyne a alors explicité les fondements de la théorie de l’évolution :

  • les espèces animales ont évolué dans le passé,
  • les changements évolutifs sont graduels,
  • une espèce peut se séparer en deux espèces, dans un processus appelé spéciation. On en tire surtout la notion d’ancêtre commun
  • la cause principale de fixation des caractères est la sélection naturelle, qui est la seule force entraînant l’adaptation.

Coyne a poursuivi en donnant une liste de faits qui confirment la théorie de l’évolution. C’est toujours instructif :

  • On trouve des fossiles de formes transitoires entre différents animaux. Par exemple archaeopteryx, forme transitoire entre sauriens et oiseaux est littéralement un dinosaure (par son squelette) à  plumes.
  • Il existe apparemment des preuves fossiles de spéciation : on a pu par exemple reconstituer en observant les fossiles la séparation de deux branches d’algues unicellulaires, les diatomées
  • On a fait des prédictions sur les formes de fossiles intermédiaires avant de retrouver des fossiles correspondants. Ce fut par exemple le cas pour l’évolution des cétacés, ou pour l’évolution du poisson qui marche
  • L’embryologie confirme des scénarios d’évolution. Par exemple, on pense que les cétacés descendent de mammifères terrestres, or les embryons de cétacés forment des petites pattes postérieures qui disparaissent ensuite mais trahissent leur origine. De même les bébés humains prématurés possèdent une couche de poils sur tout le corps appelé “lanugo“. Cette couche de poils disparaît normalement dans les derniers mois de gestation, et est une réminiscence de notre passé évolutif plus velu.
  • L’existence d’organes vestigiels est également une preuve de l’évolution. Par exemple, même s’ils ne volent pas, les kiwis possèdent de petits moignons d’aile.
  • Une preuve qui est surtout un contre-exemple pour le dessein intelligent : plein de trucs dans le vivant sont très très mal foutus ou ne servent à  rien. Par exemple, l’appendice chez l’homme est une calamité inutile. Encore plus impressionnant : le nerf reliant le cerveau et le larynx ne fait pas un chemin direct mais passe par le coeur. Les girafes ont ainsi un nerf long de plusieurs mètres faisant une gigantesque boucle ! Seule l’évolution est capable d’expliquer la conservation de telles bizarreries.
  • Il y a des preuves “bio-géographiques”. Les fossiles d’espèces disparues ressemblent aux espèces locales. L’exemple frappant présenté étant celui du Glyptdodon et du tatou .
  • Enfin et surtout la sélection naturelle est un fait scientifique constaté : il existe plus de 300 cas étudiés dans la littérature scientifique de sélection naturelle due en particulier à  l’activité humaine. Citons par exemple les cas d’apparition de  résistance bactérienne, ou, pour parler d’un exemple récent paru il y a quelques jours dans Science, le cas de l’allèle du pelage noir des loups dont on pense qu’il vient des chiens domestiques (voir un article du New York Times sur le sujet)

(La suite dans le prochain billet)

À propos de l'auteur

Tom Roud

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