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Chers étudiants…

Chers étudiant-e-s,
Il n’est plus très loin de trois heures du matin. Bientôt l’aube va se lever sur un enseignant fatigué, l’oeil cerné, le cheveux rebelle, avec un tas de copies encore en souffrance sur son bureau (parce que ses chères bactéries requéraient sa présence dans les murs du laboratoire pour cause d’insomnie, si fréquente chez […]

Chers étudiant-e-s,

Il n’est plus très loin de trois heures du matin. Bientôt l’aube va se lever sur un enseignant fatigué, l’oeil cerné, le cheveux rebelle, avec un tas de copies encore en souffrance sur son bureau (parce que ses chères bactéries requéraient sa présence dans les murs du laboratoire pour cause d’insomnie, si fréquente chez les procaryotes). Et quoique cet enseignant vous remercie d’avoir rendu les copies dans les temps, et d’avoir au moins marqué votre nom et le numéro de l’UE, il tient a partager certaines impressions avec vous.

Je sais que vous êtes de jeunes mais néanmoins brillantes personnes. En vertu de quoi, je ne suis pas impressionné, ni même favorablement surpris (non, pas le moins du monde) quand vous m’expliquez pour la troisième fois consécutive la différence entre un test paramétrique et non paramétrique. J’ai lu Sokal et Rohlf à l’époque ou j’occupais votre côté du bureau, et ces subtilités n’en sont plus pour moi. Autant j’apprécie votre sens du détail quand vous me parlez de “tests sur les rangs” la première fois, autant au bout de la troisième fois, j’ai envie de vous faire recopier la définition 3000 fois, afin que vous vérifiez si on comprend significativement mieux avec la répétition…

Sachez cependant que j’apprécie que vous ayez trouvé que, sous mes apparences de scientifique pur et dur, se cache aussi un embryon de culture littéraire. Aussi, je suppose, vous êtes vous imaginé que je saurais m’y retrouver au milieu de dialectes que vous semblez inventer dans le seul but de me distraire. Mais non, je ne goûte pas votre déconstructivisme, et je frémis toujours de la même horreur devant le sort de ces pauvres échantillons qui ont étaient obtenus. Non que je sois infaillible, mais… sachons rester modérés en toutes choses…

Vous aurez aussi, je suppose, reconnu mes capacités de recherche d’information. Vous vous êtes sans doute dit que je saurais sans problème retrouver le résultat important au milieu d’une page de calculs, écrits sans interligne, et dans l’écriture la plus serrée qu’on puisse imaginer. Une calligraphie d’une telle qualité qu’assurément la balafre immonde d’un stabylo jaune, ou pire encore, l’estafilade d’un discret souligné rouge eût durablement heurté ma sensibilité esthétique. Je vous remercie de m’épargner.

J’apprécie, enfin, que vous me laissiez autant de liberté dans l’interprétation de vos données. Vous m’avez découvert, je suis un data-addict qui frémit en sachant l’heure des résultats approcher. Je vous remercie de m’indiquer que vous rejetez H0, sans aller plus avant dans les conclusions. Aux quelques téméraires qui auraient jugé nécessaire de gâcher mon bon plaisir en ajoutant qu’ils acceptaient de même H1, ce paragraphe n’est pas destiné. Je suis heureux que vous ayez compris qu’on n’attend de vous que des données brutes, et absolument pas une conclusion biologique sur les dites données.

Sur ce, je me permet d’interrompre ma longue séance de louanges à votre égard. C’est que mon n+unième (avec n grand) café de la nuit m’appelle…

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Timothée