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Ce qu’aurait pu dire Darwin ?

Après avoir vu ce que Darwin n’a pas dit et vous avoir incité à  lire les grands écrits de Charles, voyons comment on peut reformuler simplement en termes modernes la théorie de l’évolution proposée par Darwin.
L’évolution tient en deux concepts simples :
L’élimination non aléatoire de certains allèles au cours du temps
Le changement de la fréquence [suite…]

Après avoir vu ce que Darwin n’a pas dit et vous avoir incité à  lire les grands écrits de Charles, voyons comment on peut reformuler simplement en termes modernes la théorie de l’évolution proposée par Darwin.

L’évolution tient en deux concepts simples :

L’élimination non aléatoire de certains allèles au cours du temps

Le changement de la fréquence des allèles au cours du temps

auquel j’ajouterais un troisième concept nécessaire pour créer de l’innovation :

L’apparition de nouveaux gènes ou allèles

La formulation concise des deux premières idées est généralement attribuées à  Ernst Mayr, un autre grand biologiste évolutionniste (via Oldcola, voir aussi ce billet en anglais). C’est une formulation modernisée des idées de Darwin, qui n’avait pas lu Mendel et n’avait aucune idée des mécanismes d’ hérédité, mais parle bien de variations.

L’un des mots cruciaux dans ces définitions est “allèle”. Comme vous le savez sûrement, l’information génétique est portée par notre ADN, sous forme de gène. Les allèles sont les différentes versions d’un même gène. Par exemple, nous partageons tous les mêmes gènes pour définir la couleur de nos cheveux, mais ce qui explique la variabilité dans la population humaine, c’est que nous possédons tous des allèles différents. Vous noterez que dans le langage courant, on a en réalité tendance à  confondre gène et allèle. Quand on dit d’un fils qu’il a la moitié des gènes de son père, on devrait dire qu’il a la moitié de ses allèles. Les allèles différents sont donc ce qui crée la variabilité génétique, et donc la variabilité tout court dans la population, chère à  Darwin. L’occasion pour moi d’introduire deux notions qu’on rencontrera souvent, celle de génotype – ensemble des allèles d’un individu- et phénotype – ensemble des traits observables de cet individu (morphologie, etc…)

La premier concept introduit à  la fois deux notions. L’élimination de certains allèles d’abord, est ce qu’on appelle “sélection”, au sens classique du terme. Il est spécifié que cette élimination non aléatoire. Cela signifie qu’il y a une “cause” dans cette sélection, et qu’un allèle n’est pas sélectionné au hasard. Dans le sens classique de la sélection naturelle, un allèle est sélectionné car il apporte un avantage à  l’organisme qui le porte par rapport à  ces congénères. Mais un allèle peut-être sélectionné pour d’autres raisons. Nous avons déjà  vu sur ce blog un cas possible où des allèles ont été sélectionnés dans la population humaine pour des raisons sociales ou culturelles… Il peut arriver néanmoins que l’élimination de certains allèles se fasse aléatoirement : on n’entre pas dans le cadre de l’évolution stricto sensu, dans ce cas on parle plutôt de dérive génétique que d’évolution.

La deuxième définition indique que l’évolution, c’est un changement de fréquence des allèles dans la population, ce qui signifie que la fréquence de certains traits change au cours du temps. Le moteur essentiel de ce changement est le processus de sélection.

Enfin, j’ai ajouté le troisième point, dont si je ne m’abuse Darwin ne parle pas – et pour cause il n’avait aucune idée des mécanismes impliqués : l’apparition de nouveaux allèles et donc de nouveaux traits, apparition a priori aléatoire et non dirigée. La taille des génomes des différentes espèces peut varier, de nouvelles fonctions apparaissent au cours de l’évolution et peuvent perdurer si elles apportent un avantage sélectif à  l’organisme.

À propos de l'auteur

Tom Roud

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