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126 – Imprinted Brain Theory

Pas facile d’appliquer la génétique à la psychiatrie, et ce pour plusieurs raisons. D’abord on imagine facilement que, dans la mesure où un cerveau est plus complexe qu’un foie, les pathologies du cerveau (oui, ok : disons “de l’esprit”) sont plus …

Pas facile d’appliquer la génétique à la psychiatrie, et ce pour plusieurs raisons. D’abord on imagine facilement que, dans la mesure où un cerveau est plus complexe qu’un foie, les pathologies du cerveau (oui, ok : disons “de l’esprit”) sont plus difficiles à identifier et à caractériser que leurs consœurs hépatiques. Mais il semble que la difficulté aille plus loin. Les gènes censés correspondre à des symptômes comportementaux ou psychiatriques semblent se comporter bizarrement : par exemple, certains gènes semblent s’exprimer seulement s’ils sont hérités du père, certains autres seulement s’ils viennent de la mère.

Bref, on rentre dans les eaux troubles de l’épigénétique, où l’on découvre que certains gênes peuvent être réduits au silence par les organismes qui les portent : un gène peut être imprinted, c’est à dire marqué chimiquement, pour l’empêcher de s’exprimer (de produire des protéines).

Biologists call this gene imprinting an epigenetic, or “on-genetic,” effect, meaning that it changes the behavior of the gene without altering its chemical composition. It is not a matter of turning a gene on or off, which cells do in the course of normal development. Instead it is a matter of muffling a gene, for instance, with a chemical marker that makes it hard for the cell to read the genetic code.(2)

C’est à ce mécanisme que fait référence l’imprinted brain theory de Bernard Crespi et Christopher Badcock, développée notamment dans le Nature d’aout 2008. (1) L’histoire est reprise dans le New York Times qui parle de l’idée la plus importante depuis Freud ! (2) Ca risque donc de ne pas être évident à résumer en 20 lignes… Tant pis : essayons !

L’idée est que les gènes du père et ceux de la mère ont une idée assez différente du bébé idéal qu’ils voudraient construire, et qu’ils tirent en quelque sorte le pauvre embryon dans deux directions opposées. Le père veut un enfant grand et fort avec un esprit rationnel et rapide. En gros un mélange entre Superman et M. Spock. La mère veut un être bien développé mais pas trop (sinon ça la met elle-même en péril), créatif, avec le sens des contacts et des interactions sociales. Bref, un mix entre Woody Allen et Barack Obama. Deux directions opposées, donc correspondant à deux projets et à deux modes de connaissance opposés :

Mentalistic Cognition Mechanistic Cognition
psychological interaction with self and others physical interaction with nature and objects
uses social, psychological, and political skills uses mechanical, spatial, and engineering skills
deficits in autism, augmented in women accentuated in autism, augmented in men
voluntaristic, subjective, particularistic deterministic, objective, universal
abstract, general, ambivalent concrete, specific, single-minded
verbal, metaphoric, conformist visual, literal, eccentric
top-down, holistic, centrally-coherent bottom-up, reductionistic, field-independent
epitomized in literature, politics, and religion epitomized in science, engineering, and technology (3)

Vous avez reconnu maman à gauche et papa à droite ? Bravo ! Mais attention : il y a quand même des femmes qui savent programmer le magnétoscope, et il parait que certains hommes ont développé des compétences sociales ! Mais là où ça devient intéressant dans une perspective psychiatrique, c’est qu’on se rend compte que les deux grands groupes de désordres mentaux occupent précisément les deux extrêmes du spectre : l’autisme, à droite, peut être vu comme une exagération de la cognition mécaniste : difficultés à communiquer, à « se mettre à la place » d’autrui, mais capacités de calcul parfois stupéfiantes. A gauche, les différentes formes de schizophrénie correspondent à un profil inverse : difficultés avec la réalité objective, et hypersensibilité à autrui avec une tendance à sur-interpréter les signaux sociaux (délire de persécution ou délire érotique).

Des gènes paternels surexprimés tireraient donc l’enfant vers le mécano et plus tard la physique nucléaire ou le modélisme ferroviaire… Ou encore l’autisme, si le déséquilibre est trop important. Des gènes maternels surexprimés seraient responsables de l’achat massif de poupées Barbie, et du choix d’une carrière d’assistante sociale, de schizophrène ou… de politicien. Une des conséquences amusantes de la théorie est en effet d’imaginer que, s’il existe des savants autistes, nuls en social mais surdoués en calcul, il existe aussi des savants psychiques, surdoués du social, mais… pas très rationnels.

La mauvaise nouvelle est que les savants psychiques, loin d’être mis à l’écart de la société comme le sont les autistes, connaissent au contraire un franc succès et peuvent se retrouver dans des positions de pouvoir ou l’irrationnel peut quand même faire de gros dégâts…

Psychotic savants, by contrast, can be expected to be deeply embedded in successful social networks, and found at the centre of excellence in such things as religious and ideological evangelism; literary and theatrical culture; litigation and the law; hypnosis, faith-healing, and psychotherapy; fashion and advertising; politics, public-relations and the media; commerce, confidence-trickery, and fraud of all kinds.


Donc ne dites plus « tous pourris », c’est franchement poujadiste, dites plutôt : « tous schizos », vous serez à la pointe de la neuropsychiatrie !

(1) Nature : Battle of the sexes may set the brain, Christopher Badcock & Bernard Crespi
(2) New York Times : In a Novel Theory of Mental Disorders, Parents’ Genes Are in Competition
(3) Edge : The Imprinted Brain Theory

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dvanw