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De la néoténie (ou pourquoi toutou est un gros bébé à  sa maman)

Auteur : Tom Roud
Toute petite série spéciale néoténie.

D’aucuns prétendent que je serais complètement gaga de mon petit chat. C’est un mensonge éhonté bien sûr, ce qui ne m’empêche pas de m’intéresser à  son histoire et de me pencher en ce moment sur l’évolution des animaux domestiques.
Vous savez peut-être que c’est en partie [suite…]

Auteur : Tom Roud

Toute petite série spéciale néoténie.

D’aucuns prétendent que je serais complètement gaga de mon petit chat. C’est un mensonge éhonté bien sûr, ce qui ne m’empêche pas de m’intéresser à  son histoire et de me pencher en ce moment sur l’évolution des animaux domestiques.

Vous savez peut-être que c’est en partie l’observation des différentes races d’animaux domestiques qui a inspiré la théorie de l’évolution à  Darwin. Bétail et autre animaux de compagnie sont en effet des exemples idéaux d’animaux sélectionnés pour leurs qualités avantageuses pour nous, les hommes. J’ai appris récemment que la plupart des animaux domestiques présentaient des caractères de néoténie. Kesaco ? La néoténie est la conservation de traits juvéniles chez l’animal adulte [1]. Par exemple, le comportement du chien est plus proche de celui du louveteau que de celui du chef de meute . Certains chiens ont également les oreilles tombantes – ce qu’on n’observe jamais chez les animaux sauvages. Le raccourcissement du museau est également un trait néoténique, observé semble-t-il à  la fois chez les chiens et chez les cochons .

 

On ne comprend pas très bien l’origine de cette sélection de traits juvéniles. On peut penser que l’homme a simplement cherché à  sélectionner des animaux “mignons”, et donc ayant des traits plus juvéniles. Une expérience de domestication apparemment assez fameuse a été réalisée pendant 40 ans en Sibérie. Un généticien russe nommé Belyaev pensait que la néoténie était due à  la sélection par l’homme d’animaux au comportement docile. La docilité est un trait juvénile typique : en sélectionnant une immaturité comportementale, l’homme aurait favorisé la persistance d’une immaturité physique. Belyaev a donc tenté de domestiquer des renards argentés, en ne conservant d’une génération à  l’autre que les animaux dociles (la sélection est drastique : environ 5% des mâles et 20% des femelles sont “conservés” à  chaque génération). On voit alors apparaître des modifications rapides de comportement et de morphologie, proches de ce qu’on peut observer chez les chiens : volonté de contenter le maître, aboiements particuliers, mais aussi variation de teinte du pelage, oreilles tombantes, queue enroulée.

Un aspect amusant du domaine de la néoténie est que certains, dont Gould, pensent que l’homme est un singe néoténique. On peut trouver plusieurs arguments plus ou moins scientifiques : par exemple la structure du squelette (en particulier du crâne) du chimpanzé jeune serait très proche de celle de l’homme; le fait de “rester jeune” assurerait également une certaine plasiticité du cerveau et donc favoriserait l’intelligence. Certaines  photos (ci-dessous, signalée par Taupo) sont assez éloquentes : le jeune singe a un air incontestablement familier…singe1.1239377640.jpg

Difficile de se faire une idée précise là -dessus mais si j’en crois certaines publications de psychologies, la tendance se poursuit, et l’homme ne sera bientôt qu’un ado attardé [2] !

La néoténie est donc un domaine de recherche très vaste mêlant la psychologie à  l’évolution et au développement. En lisant ces références, on comprend également que tout n’est pas joué après la naissance, et que le développement ultérieur est tout aussi important pour déterminer les caractéristiques physiques (et psychologiques). Rappelons par exemple que les petits Néandertaliens ressemblaient comme deux gouttes d’eau aux petits Sapiens et n’acquéraient leur morphologie caractéristique qu’à  la puberté; apparemment les chiens et les chats se développent également de façon très différente bien qu’ayant tous deux une face plate à  la naissance. Le jeune chiot voit son museau grandir considérablement, tandis que la tête du chat garde ses proportions (et donc demeure “kawai” toute sa vie). En fait, il semble que le chat – peut-être parce qu’il est déjà  mignon à  l’état sauvage ? – soit l’un des rares animaux domestiques ne présentant pas de néoténie [2]! Nous reparlerons donc de l’évolution du chat dans un billet ultérieur…

[1] voir cette page wikipedia pour quelques traits néoténiques du chien.

[2] Oui, évidemment, si le chat était docile, cela se saurait…

(Billet original publié sur la blog de Tom Roud)

À propos de l'auteur

Tom Roud

Nanoblogger scientifique, associate professor incognito (ou presque). Suivi par @mixlamalice