Peut-on prédire scientifiquement les lieux propices aux crimes grâce aux données téléphoniques ?

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Un groupe de chercheurs affirme avoir trouvé une nouvelle méthode de prévision de la criminalité, avec un taux de réussite de 70% lors d’une expérience menée à Londres   Day_144_-_West_Midlands_Police_-_Facewatch_App_(8801960454).jpgCe n’est pas encore Minority Report, mais ça s’en approche à grands pas : on pourrait prédire les lieux les plus propices au crime à un moment donné, et ce en utilisant les données générales des opérateurs téléphoniques. C’est en tout cas la thèse défendue par un groupe de chercheurs (informatique, sciences sociales…) qui doit présenter les résultats de ses études lors de la conférence internationale de l’interaction multimodale, en novembre à Ankara (Turquie), et dont le texte est disponible sur le serveur d’articles scientifiques arXiv. Cette très sérieuse étude se veut “une approche innovante de la prévision de crimes dans une aire géographique en utilisant de multiples sources de données, en particulier celles des téléphones mobiles et des données démographiques”. Ils ont tout particulièrement centré leur étude sur les “points chauds”, à l’échelle d’une rue, par exemple, plutôt que de cartographier un quartier en particulier en fonction de ses données socio-économiques : pas question de stigmatiser des “zones de non-droit”, comme on dirait en France. Au contraire, ils mettent en avant que certaines rues dans des “beaux quartiers” attirent tout particulièrement la délinquance, alors que des endroits considérés comme des “mauvais quartiers” n’ont qu’un faible taux de criminalité. Comment, alors, détecter les “points chauds”? Les chercheurs ont pris une approche particulière, agrégeant des informations de comportement anonymisées en provenance à la fois de l’activité sur les réseaux téléphoniques et des données démographiques. Ils ont ainsi essayé de modéliser les flux de mobilité des citadins, en utilisant les données de téléphones portables comme des sortes de “capteurs d’agrégation d’activité humaine”. Ils ont divisé Londres en une grille de plus de 124 000 unités définies par leur surface, leur latitude et leur longitude. Pour chacune de ces cellules de base, ils ont utilisé des données démographiques (anonymes) en provenance de Telefonica (société propriétaire de l’opérateur O2), ainsi que des données disponibles en Open Data :
  • nombre de personnes par heure, dérivé du nombre horaire de coups de fils passés dans une zone géographique donnée
  • la tranche d’âge, le sexe et la nature des personnes concernées : le pourcentage de ceux qui travaillent dans le secteur, de ceux qui y résident, et des simples visiteurs…
  • les données géolocalisées Open Data, notamment les crimes enregistrés et leur nature, les ventes de propriétés, les flux de transports, la météo, ainsi que les profils des quartiers de Londres concernant les sans-abri, les habitations résidentielles, les populations migrantes, les espaces verts, le marché de l’immobilier, l’espérance de survie d’un commerce, les subventions municipales, le vote, l’espérance de vie, les grossesses d’adolescents, le bien-être social… En tout 68 données.
En agglomérant ces données et en les comparant aux crimes commis les mois précédents, ils ont établi un algorithme complexe devant prédire dans quelles cellules des crimes seraient susceptibles de se produire le mois suivant… ou pas. Ils y sont parvenus, avec un taux de réussite de 70%. Il faut dire qu’ils avaient déjà de la pratique en la matière  : trois des auteurs avaient en effet publié une autre étude en 2013, également en utilisant des données de téléphonie mobile, mais relative celle-ci … au bonheur quotidien des individus. Prédire les zones de crime, cela peut donc être un élément potentiellement bénéfique, notamment pour les victimes : avoir des forces de l’ordre plus sensibilisées aux zones à risque, après tout, c’est une meilleure répartition des effectifs et une efficacité accrue de ceux-ci. En théorie. Car cela ne va pas sans générer des inquiétudes. La protection de la vie privée, pour commencer, même si les données téléphoniques sont théoriquement anonymes. Bien sûr, à l’époque de Facebook et des photos privées sur le Cloud, la notion en elle-même peut sembler un peu galvaudée. Mais ce n’est pas tout. Le site Medium.com souligne le fait que des données “anonymisées” peuvent quand même servir à révéler les identités des personnes, mais, plus encore, que même si cette approche est centrée sur des lieux, “il n’est pas difficile d’imaginer que les autorités puissent pousser ce raisonnement plus loin en appliquant les techniques de prévision des crimes au comportement des individus”. Inquiétant, en effet.   Crédit photo :  Le téléphone mobile contre le crime? (Image d’illustration : La police des West Midlands (Royaume-Uni) a lancé en 2013 une application mobile nommée Face Watch sur laquelle le public peut voir les portraits de personnes recherchées / via Wikimedia Commons)
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Le sucre et le gras ne sont pas des drogues

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Chocolate.jpgIl n’y a pas de phénomène d’addiction au sucre ou aux graisses comme il peut y avoir pour l’héroïne ou la cocaïne. C’est en tout cas la conclusion d’une étude menée par l’université d’Edimbourg, qui a cherché à identifier les substances chimiques dont nous pourrions être dépendants dans la nourriture. Il peut y avoir une dépendance au fait de manger, cela n’est pas contesté, mais les chercheurs n’ont pas trouvé de traces d’addiction aux composants chimiques présents dans certaines nourritures. “Le cerveau ne répond pas aux nutriments de la même manière qu’il répond aux drogues comme l’héroïne ou la cocaïne”, précisent les chercheurs. En revanche, on peut développer une “compulsion psychologique” poussant à manger, et dont le moteur est l’ensemble des sensations positives que le cerveau associe au fait de manger. “Il s’agit d’un trouble comportemental, et doit être catalogué au même titre que l’addiction au jeu”, affirment les auteurs de l’étude publiée aujourd’hui dans le journal spécialisé Neuroscience & Biobehavioral Reviews. Pas de dépendance directe au sucre ou aux corps gras, donc…  Selon ces scientifiques, la lutte contre l’obésité devrait être concentrée non plus sur la nourriture elle-même mais sur les relations des individus avec le fait de manger. Pour eux, la classification actuelle des affections mentales, qui ne permet pas encore un diagnostic formel de la dépendance à la nourriture, devrait être redéfinie, mais il faudra pour cela approfondir les recherches. Crédit photo : les amateurs de chocolat peuvent être rassurés, il n’y a pas de phénomène de dépendance… (André Karwath via Wikimedia Commons) Continue reading

Comment se protéger de la pollution urbaine?

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Smog_in_Manhattan_1966.jpgLa pollution par les particules fines, liée notamment aux moteurs diesel, rend le milieu urbain dangereux pour la santé. Il est difficile pour le citadin de s’en protéger : on ne peut tout de même pas arrêter de respirer, et le port de masques est inefficace, tout comme rester cloîtré chez soi. Alors, que faire? Deux médecins britanniques, les docteurs Rossa Brugha et Jonathan Grigg, ont approfondi ce sujet dans une étude publiée récemment dans le journal Paediatric Respiratory Review. Ils y analysent en effet l’impact respiratoire de la pollution urbaine, et particulièrement des matières particulaires (PM) sur la santé. “En Europe, 80% de la population vit dans des zones où le niveau de ces particules excède les normes de qualité de l’air établies par l’OMS, et l’espérance de vie des Européens est réduite, en moyenne, de presque neuf mois du fait des matières particulaires”, expliquent les chercheurs, qui citent les maladies cardio-respiratoires, l’asthme, les infections respiratoires chez les enfants… Plusieurs éléments intéressants ressortent :
  • La pollution de l’air varie en fonction des lieux et des moments, de rue en rue, d’heure en heure, de jour en jour, en fonction des sources locales de pollution (principalement le flux du trafic automobile) et des conditions météo.
  • Les matières particulaires dérivées de la circulation automobile sont fortement associées à un risque d’infections respiratoires dans la petite enfance, et les études montrent que de l’air plus propre pourrait rapidement faire baisser ces risques.
  • Dans les pays en voie de développement, remplacer les cheminées par des cuisinières serait l’une des initiatives de santé publique les plus efficaces, notamment en faveur de la santé des enfants
  • En milieu urbain, les enfants des familles les plus pauvres sont plus susceptibles de vivre dans des zones denses, avec de hauts niveaux de circulation automobile, et plus proches des industries polluantes. En résumé, la pollution de l’air affecterait de manière disproportionnée les enfants les plus vulnérables, et cela dans le monde entier.
  • 90 entreprises sont responsables des 2/3 des émissions de dioxyde de carbone depuis 1854, et la moitié de ces émissions ont été produites depuis 1986.
  • Globalement, la pollution urbaine est équivalente à fumer une demi-cigarette par jour… et elle est d’autant plus dangereuse pour les enfants que leurs poumons sont encore en plein développement.
  Pour les auteurs, la responsabilité d’avoir un air plus propre est dans les mains des agences et entreprises nationales et internationales . Ils expliquent également qu’il n’y a pas de limite basse “sûre” pour la pollution atmosphérique. Aussi, tout effort pour infléchir la congestion du trafic automobile et réduire les émissions est un bon début. Mais en attendant que les pouvoirs publics prennent les mesures nécessaires, que faire? Le Dr Brugha a quelques conseils en la matière.

Prendre le chemin le moins fréquenté

En équipant des gens avec des détecteurs personnels de pollution, Rossa Brugha et son équipe ont pu tirer quelques conclusions intéressantes. Par exemple, comme il l’explique à la BBC, que les enfants couraient davantage de risques s’ils étaient déposés à la porte de leur école. Ils respirent en effet plus près des tuyaux d’échappement, et souvent les voitures sont à l’arrêt juste à côté, le moteur toujours en route, ce qui crée une zone importante de pollution. Il est donc important, selon lui, de déposer les enfants en vitesse, et qu’il y ait moins de voitures aux portes des écoles. Quelques autres éléments qu’il a pu mettre en avant :
  • Lorsque vous conduisez, vous êtes exposé à beaucoup de pollution, l’air que vous respirez provenant en partie des fumées d’échappement de la voiture qui est devant vous. Le conseil du Dr Brugha est donc de laisser autant de distance que possible avec la voiture qui vous précède, et de laisser les fenêtres et les aérations fermées lorsque la circulation est dense.
  • Lorsque vous marchez dans la rue, restez sur le côté du trottoir le plus éloigné de la chaussée, et choisissez des rues calmes chaque fois que cela est possible. Idem pour les cyclistes : empruntez les rues où il y a le moins de circulation si vous le pouvez.
  • “Vous pouvez réduire la pollution de moitié en prenant un chemin différent”, affirme le médecin au Telegraph, “ce qui aura des effets cumulatifs sur votre santé”
Le Dr Brugha doit donner aujourd’hui une conférence sur ce sujet au British Science Festival à Birmingham.  
 
Crédit photo : brouillard de pollution (smog) sur Manhattan en 1966 (Andy Blair via Wikimedia Commons) Continue reading

Langues : la grande extinction?

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Armand_Lunel_25_mars_1920.jpgLes langues seraient-elles plus menacées que la biodiversité? C’est en tout cas la thèse défendue par une équipe de chercheurs qui vient de publier une étude dans la revue Proceedings of the Royal Society B. Sur les 6 à 7000 langues parlées aujourd’hui dans le monde, la moitié pourrait avoir disparu avant la fin de ce siècle, alerte l’UNESCO.  Le breton, le corse, l’alsacien ou le basque auront-ils disparu en 2100? Probablement pas, du fait de la richesse de leurs communautés et des efforts effectués pour les préserver et les transmettre. Mais combien d’autres langues seront-elles rayées de la carte? L’étude mise en ligne hier évoque elle le rapide déclin de certaines langues, qui lui fait considérer que 25% de celles qui existent aujourd’hui doivent-être considérées comme menacées, selon les mêmes critères que ceux utilisés pour les espèces, et font donc face à un “sérieux risque d’extinction”. Le lien entre biodiversité et diversité linguistique serait d’ailleurs plus étroit qu’on pourrait le croire : l’UNESCO met en avant que les communautés indigènes ont une connaissance importante de leur environnement, qui disparaîtrait avec leur langage. Les langues les plus menacées sont bien sûr celles qui se trouvent sur un territoire réduit et ont peu de locuteurs, mais ce n’est pas le seul critère, loin de là. L’étude cite notamment l’importance de la situation géographique : les régions tropicales et arctiques, celles qui connaissent des pluviométries élevées, des populations en forte croissance. Le risque dû à la transmission insuffisante entre générations se traduirait, par exemple, par des déclins plus marqués en Amérique du Nord, au nord de l’Eurasie, dans une partie de l’Australie et d’Amérique du Sud, ainsi que les régions désertiques d’Afrique. Les langues en danger seraient également nombreuses sous les tropiques, dans l’Himalaya et le nord-ouest du continent nord-américain… Et dans tous les cas, les risques sont d’autant plus grands que la croissance économique est forte. L’économie, un danger pour la diversité linguistique? Si une faible population se trouve dans un secteur où l’économie est en croissance, deux éléments peuvent se conjuguer : l’afflux de personnes parlant une autre langue, par exemple la langue majoritaire dans leur pays, ainsi que l’abandon de la langue minoritaire par ses propres locuteurs au profit de la langue dominante, celle-ci offrant davantage de possibilités d’intégration et d’opportunités économiques. Il y a bien sûr d’autres facteurs, comme par exemple les politiques publiques d’enseignement des langues à l’école. “Elles peuvent être très différentes en fonction des pays, et même à l’intérieur d’un même pays”, reconnaît Tatsuya Amano, zoologue à l’université de Cambridge (Angleterre) et auteur principal de l’étude sur le site de LiveScience. “Mais il nous était pratiquement impossible de collecter ces informations à un niveau global pour cette étude. Ce sera la prochaine étape de notre projet”.

Alors, on fait quoi?

L’équipe de Tatsuya Amano ne fournit pas de solutions à cette extinction linguistique massive, se contentant d’établir un constat argumenté de l’extinction et de ses causes principales. Il semble cependant assez évident que l’éducation doit être un facteur clé. Le bilinguisme précoce chez les enfants, s’il est institutionnalisé, pourrait freiner, voire endiguer des extinctions, mais cela nécessite une volonté politique, de la même manière que l’utilisation d’une langue dans les administrations locales. Pourtant, le bilinguisme est également bon pour la santé mentale, comme l’avait souligné une autre étude.

Et en France, où en est-on?

Selon le rapport du comité consultatif pour la promotion des langues régionales et de la pluralité linguistique interne, remis au ministre de la Culture en 2013, “l’usage des langues régionales et étrangères en France serait en diminution: plus les personnes sont jeunes, moins elles s’expriment dans une langue autre que le français. Ce phénomène touche aussi bien les langues régionales que les langues étrangères : seulement 25% des personnes élevées dans une langue étrangère continuent à la parler, contre 30% lors du recensement de 1999; à l’inverse, 75% des adultes qui parlaient une langue régionale ou étrangère à la maison pendant la petite enfance ne s’expriment plus qu’en français, uniquement en français pour 42% d’entre eux, tout en s’exprimant occasionnellement dans leur langue régionale ou étrangère pour 33% d’entre eux.” La dernière langue en date à avoir disparu en France était le shuadit (ou judéo-provençal), un dialecte parlé par les Juifs du sud du pays, et dont le dernier locuteur s’est éteint en 1977. Aujourd’hui, les langues régionales à l’école ne concernent que 272 000 élèves.  Si l’on compare avec la Catalogne voisine qui tente de se remettre de l’entreprise de nivellement linguistique menée par le franquisme, la différence est criante. Là-bas, le catalan est langue officielle, on y initie les nouveaux arrivants dans la région, et il est même inscrit dans les textes législatifs que “le professorat et les étudiants des centres universitaires ont le droit de s’exprimer, oralement et par écrit, dans la langue officielle de leur choix”. Mais bien sûr, cela est dû au système politique local qui permet à cette région espagnole de bénéficier d’une large autonomie par rapport à Madrid. Selon l’atlas de l’UNESCO, on compterait 26 langues en danger en France… Le site Linguisticae fournit également une carte, très intéressante, de la répartition de ces langues.

Sites de référence

Atlas de l’UNESCO des langues en danger dans le monde Une liste de langues par date d’extinction sur Wikipedia (anglais) La charte européenne des langues régionales ou minoritaires sur le site du Conseil de l’Europe. Elle n’a toujours pas été ratifiée par la France. Crédit photo : l’écrivain Armand Lunel, dernier locuteur connu du judéo-provençal, ou shuadit (Wikimedia Commons) Continue reading

La météorite qui aimait voyager

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Utrecht-Meteorite.jpgC’est l’histoire d’un petit bout de rocher qui a jadis fait un grand voyage… et qui vient de vivre une autre aventure. Il n’a pas de nom, personne ne s’est jamais donné la peine de lui en trouver un. Après tout, qu’est-ce qu’un caillou ferait d’un nom? On parle juste de la “météorite de Serooskerke”, du nom du village néerlandais où ce voyageur s’est écrasé après sa chute, en 1925. Ce n’était bien sûr qu’une étape dans son périple. Celui-ci a débuté très loin d’ici, dans le secteur que l’on nomme aujourd’hui la ceinture des astéroïdes, entre Mars et Jupiter. Là-bas se trouve un gros astéroïde nommé Vesta. Dans son infinie sagesse, l’Union Astronomique Internationale, en charge de la classification, de la promotion et de la rétrogradation des corps célestes ne l’a pas promu en “planète naine” comme il l’a fait de sa voisine Cérès, ce qui fait, en théorie, de Vesta le plus gros des astéroïdes ayant conservé leur appellation. 571327main_pia14313-43_946-710.jpgVous l’aurez compris, Vesta est assez gros pour qu’on le prenne au sérieux. Si l’on étalait sa surface sur l’Europe, elle équivaudrait à la France et à la Grande-Bretagne réunies. Et si l’astéroïde se posait doucement au sol en se centrant sur Paris, il couvrirait globalement une zone allant du Mans à Metz et de Lille à Montluçon. Il y a un peu moins d’un milliard d’années, Vesta a eu une prise de bec avec un autre gros caillou de l’espace. Le résultat a été un cratère presque aussi large que Vesta lui-même, et une ribambelle de morceaux éparpillés dans l’espace. Certains astéroïdes sont nés de cette collision, et d’autres fragments ont été projetés plus loin dans l’espace. Ce fut le cas de notre petit caillou, qui était probablement plus gros à cette époque. Notre “météorite de Serooskerke” s’est retrouvée dans une zone de l’espace soumise à des perturbations de Jupiter. Dans les quelques dizaines de millions d’années qui ont suivi, le passage d’un objet géocroiseur l’entraîna dans une orbite qui devait finir par l’amener près de la Terre, jusqu’à ce que sa gravitation l’attire et qu’il finisse en étoile filante. Ce qu’il restait de ce morceau de Vesta après la traversée de l’atmosphère a été récupéré…et entreposé dans un musée, à Sonnenborgh. On pense aujourd’hui qu’environ 5% des météorites retrouvées sur Terre sont originaires de Vesta, tout comme celle de Serooskerke. Mais toutes ne vivent pas une aventure exaltante après leur découverte. Lundi 18 août, des voleurs s’introduisent dans le musée et s’emparent d’un coffre-fort. Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’à l’intérieur se trouvent plusieurs petites météorites…et celle de Serooskerke. Notre caillou aventureux peut donc bouger de nouveau. Les voleurs finiront par ouvrir le coffre, c’est ce que font généralement les voleurs. Comme notre caillou et ses petits frères n’avaient pas de valeur marchande, ils ont fini dans un sac en plastique, abandonné dans un fourré. Ce sont deux sportifs alertes, recherchant une balle de tennis partie sur une orbite incertaine lors d’un jeu enflammé sur un court de Maarschalkerweerd (près d’Utrecht), qui ont trouvé le sac et son contenu. Notre caillou aventureux n’a pas eu de chance, il a été brisé en plusieurs morceaux. Ses compagnons plus petits, eux, sont intacts. Les vaillants tennismen ont rapporté leur découverte à la police, et le musée a récupéré son bien. Pour fêter ça, ses responsables ont décidé que le 31 août, la météorite de Seeroskerke serait présentée gratuitement au public. A distance, derrière un écran, pour la protéger de nouvelles mésaventures.   Crédits photos :  - image de Vesta capturée par la sonde Dawn, le 16 juillet 2011, à une distance de 15 000 kilomètres. (NASA/JPL-Caltech/UCLA/DLR/IDA)La météorite de Serooskerke (Museum en Sterrenwacht Sonnenborgh)

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Suicide d’un pionnier

Terrible nouvelle sur les réseaux sociaux de biologie moléculaire hier:  Yoshiki Sasai, un des spécialistes mondiaux des cellules souches, vient de se suicider. La raison du suicide n’est pas encore connue, mais il y a fort à parier que le drame est lié au mini-scandale des « STAP cells », les fameuses cellules souches à l’acide (voir […]
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Dis-moi à quel âge tu veux des enfants, je te dirai ta classe sociale – traits d’histoire de vie et sciences sociales.

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La biologie de l’évolution n’est souvent pas la première discipline vers laquelle on se tourne lorsqu’il s’agit d’expliquer la variabilité des comportements humains dans différentes conditions économiques et sociales. Rien de bien étonnant à cela : une explication évolutionnaire d’un comportement sous-entend généralement une part d’influence génétique et donc une certaine stabilité de ce comportement […]
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Oktober-fest of science !

Quoi il n’y a eu qu’un article en octobre ? Quelle déception …
Certes, je comprend la tristesse qui vous afflige chers lecteurs, mais cette fois j’ai une bonne excuse. Car en octobre il y a eu les vacances, mais aussi la fête de la science, une sorte “d’oktoberfest” mais où la science remplace la bière. Le thème de l’année était “infiniment grand – infiniment petit” un thème de physiciens, mais qui ne m’a pas empêché de m’exprimer avec beaucoup de plaisir!
Café des sciences (IRL)
Pour commencer, j’ai parlé devant des vraies personnes venues de leur plein gré, dans un haut lieu de la science et de la bière : un bar, en l’occurrence “l’entropie” à Pau. Le titre de la soirée: “Être très grand ou très petit: un problème de taille en biologie”. Dans 3ans si j’ai écoulé toutes mes idées d’articles je proposerai peut-être un billet sur ce thème ! En attendant vous n’aviez qu’à être là !
Le lendemain, même lieu, même heure, j’ai commenté avec des chimistes et des physiciens ce petit film des années 70:
Un peut rétro mais toujours aussi fascinant… (c’est peut-être à cause de la bande son psychédélique)
Pour des version plus modernes et interactives vous pouvez jeter un oeil aux animations ci-dessous:
- Magnifying the Universe par Number Sleuth
- The scale of the universe 2 par Cary Huang
(Pour bien profiter de l’animation ci-dessus mieux vaut avoir de bons yeux, ou se rendre directement sur le site source : The scale of the universe)
Village des sciences
Cette année, et pour la première fois le département de biologie de l’UPPA proposait un stand au village des science sur la place Clemenceau au centre-ville de Pau avec votre serviteur aux manettes. Résultat: 7000 visiteurs pour le week-end ! Non en fait il faut surtout remercier la météo !
Pour coller au thème de l’année et du laboratoire, mes collègues et moi avons parlé de microbiologie avec: des cultures des micro-organismes de nos objets du quotidien, des observations microscopiques, des antibiogrammes, des photos en microscopie électronique, et … du fromage !
Quelques photos du stand pour la gloire!
 Quelques uns de nos illustrations (cliquez sur les images pour les agrandir):
Comment les bacteries deviennent resistantes aux antibiotiques. Chiffres resistance
Le mécanisme de la résistance aux antibiotiques.
photo d'une cellule eucaryote, comparée à une bacterie (procaryote), comparée à un virus, avec echelle de taille
Virus, Bactérie, Cellule eucaryote: une comparaison.
MEB tete d epingle, brosse à dent poil, planche à découper. Vu au microscope electronique à balayage. SEM needle, toothbrush
Comment ça, elle pas propre ma brosse à dent ??
l'aspect original d'une culture de Paenibacillus vortex
Paenibacillus vortex
Ici nos posters de microbiologie, merci aux doctorantes qui ont participé à leur conception. (Cliquez sur les posters pour les voir en grand)
programme 3eme - antibiogramme bacterie, champignon, virus. pathogènes et utiles
Les micro-organismes et la santé : Fabien J, et Justine A.
winogradsky, station epuration, barrage pollution par les bactéries
Les micro-organismes dans l’environnement : Mathilde J.
programme 3eme svt - microorganismes bacteries, levure, pourriture, fromage, alimentation
Micro-organismes et aliments : Vanessa R.
Et en prime une animation totalement hors-sujet sur le cœur, où les visiteurs ont pu réaliser leur ECG (un électrocardiogramme quoi)…
 
Voilà le poster qui va avec:
coeur ECG echelle, organe cellule, circulation sang
Le cœur à toutes les échelles
Voilà pour ce petit compte-rendu, du meilleur événement de vulgarisation scientifique en France. Merci à tous les visiteurs et réels et maintenant virtuels, et rendez-vous l’an prochain!
__________________
A Pau la fête de la science est organisée par l’association Lacq Odyssée.
Merci à Clovis Darrigan de la mission culture scientifique et technique de l’UPPA.
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Elimine 99,9% des bactéries !

canard+WC+desinfecte+99

L’autre jour en allant aux petits coins pour soulager un besoin naturel, j’ai jeté un œil au produit d’entretien situé à proximité du trône : du canard WC, ou autre substitut du genre. Sur l’étiquette figure l’inscription suivante : « Elimine 99,9% dans bactéries* » – L’astérisque renvoie à la mention suivante : « sur la partie émergée de la cuvette ». Que recouvre ce chiffre de 99,9% ? Est-ce une vraie information sur un “atout” de ce produit, ou plutôt un banal argument marketing, sans plus d’importance que son parfum lavande ?
La cible : les vilaines bactéries (ou le consommateur crédule).
Notre tube digestif en un véritable nid de bactéries, environ 100 000 milliards de bactéries rien que pour le colon soit 10 à 100 fois plus de cellules que dans l’ensemble de notre corps. Autant dire que tout ce qui sort de notre tube digestif est très largement « contaminé ». Ces bactéries se retrouvent sur les parois mais également dans l’eau des toilettes où elles dégradent la matière organique. La plupart du temps ces « microbes », comme on les appelle, vont s’organiser pour former un biofilm, c’est-à-dire un agrégat de cellules englobées dans une matrice protectrice plus ou moins gélatineuse. 
[Un exemple de culture bactérienne formant un biofilm bien structuré.]
Un biofilm peut contenir de nombreuses espèces de microorganismes (bactéries, champignons, algues ou protozoaires). La promiscuité d’espèces différentes permet une certaine synergie (sécrétion de matrice, transfert horizontaux de gènes, complémentarité du métabolisme etc.) permettant à l’ensemble de devenir plus performant… Une sorte d’ingénierie écologique qui prend tout son sens dans la cadre théorique du phénotype étendu. C’est une sujet passionnant mais ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui… 
[Ce voile algual formé sur une eau stagnante eutrophisée constitue un autre exemple de biofilm.]
Désinfecter un peu, beaucoup, à la folie… ou pas du tout !
Si vos toilettes sont vraiment très sales, un biofilm peut contenir un milliard de bactéries par cm². Un vrai désinfectant selon les normes en vigueur doit éliminer 99,999% des bactéries (5log de réduction). Il reste alors plus de 10 000 bactéries par cm²… Notre canard WC lui correspond à une réduction de 3log (99,9%), il reste alors un millions de bactéries par cm²… Ces normes de désinfection sont par ailleurs basées sur des cultures de bactéries en suspension et non organisées en biofilms. La matrice entourant les bactéries limite inévitablement l’action des désinfectants et le nombre de bactéries éliminées est donc surement moindre encore…
[Un biofilm constitué par plusieurs bactéries observé en microscopie optique.]
[Sur cette image en microscopie électronique à balayage on observe bien la matrice hydratée entourant les bactéries.]
Est-ce vraiment utile ?
Sachant que le chiffre de 99,9% est donné pour la partie aérienne de la cuvette, on imagine aisément que l’action est encore plus limitée sous l’eau, où le produit est dilué, et la survie des bactéries plus aisée. Bref inutile d’espérer une désinfection totale qui ne peut être obtenue que par stérilisation. Par ailleurs je ferai remarquer aux « stressés de la bactérie », que s’ils espèrent désinfecter la partie aérienne de la cuvette, ils ne désinfectent à priori pas leurs fesses… Enfin héberger sur sa cuvette quelques milliards de bactéries non pathogènes est peut-être une façon d’éviter la colonisation de celle-ci par des espèces plus nocives. 
Bien sûr ces constatations ne doivent surtout pas vous empêcher de nettoyer vos toilettes notamment dans le cas où quelques visiteurs viendrait « patauger dans la cuvette des chiottes», mais juste vous permettre de relativiser l’action désinfectante des produits utilisés. Lavage des mains, fermeture de l’abattant de la cuvette lorsque l’on tire la chasse d’eau sont des moyens probablement bien plus sûrs d’éviter une contamination…
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