Les déchets de whisky, un carburant d’avenir ?

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800px-Glenmorangie_Brennblasen.jpgDemain, vous roulerez peut-être au whisky plutôt qu’au pétrole. Pour rassurer à la fois la Prévention Routière et les amateurs de scotch, il ne s’agit ni d’évoquer l’alcoolisme au volant ni de verser un pur malt 15 ans d’âge dans le réservoir de nos automobiles, mais bien d’utiliser les sous-produits de fabrication du whisky afin de les transformer en carburant. L’idée vient d’Ecosse, bien sûr. Pour mieux comprendre son intérêt, il faut aborder rapidement le processus de fabrication du whisky (très bien détaillé en français sur le site de l’université d’Edimbourg). Pour fabriquer du whisky, donc, vous avez besoin de très peu de matières premières : de l’eau, de la levure, et une céréale, généralement de l’orge. Seuls 10% de tout cela finissent en whisky. Entre le brassage, la fermentation et la distillation, on se retrouve avec des tonnes de sous-produits qui sont aujourd’hui utilisés soit comme nourriture (de mauvaise qualité) pour animaux, soit répandus dans les champs, soit rejetés à la mer. Chaque année, ce sont ainsi 500 000 tonnes de résidus solides et 1,6 milliards de litres de liquide partiellement fermenté qui sortent ainsi des distilleries. Ce sont ces sous-produits que compte utiliser la start-up Celtic Renewables pour son projet, qui fait l’objet d’un article détaillé dans la revue Chemical & Engineering News. Cette société a recyclé un ancien procédé de fabrication de produits chimiques à partir de sucres et de mélasses pour transformer les déchets de whisky en acétonebutanol et éthanol. La recette a un siècle, mais apparemment elle est toujours efficace. Le butanol et l’éthanol peuvent ensuite être utilisés comme biocarburants. Au mois de juin, Celtic Renewables a signé un partenariat avec une usine pilote de biotechnologies basée à Ghent, en Belgique : Bio Base Europe Pilot Plant, afin de tester ses procédés, ce qui a été possible grâce à une levée de fonds de 1,2 millions de livres, dont 800 000 du gouvernement britannique. Les résidus utilisés par Celtic Renewables “n’ont pas de valeur commerciale, et dans un contexte moderne ils représentent un problème d’élimination des déchets”, explique son président, Martin Tangney, qui voit donc là une opportunité “d’utiliser ce que nous avons en abondance”. Il faut en effet préciser que le whisky écossais, avec une production de 96 millions de caisses par an, représente une manne pour l’économie britannique, générant 4,3 milliards de livres d’excédent pour le commerce extérieur, et représentant un milliard de livres en taxes pour le budget du Royaume-Uni. Si tout se passe bien dans l’usine pilote, la prochaine étape pour Celtic Renewables sera le passage à une production industrielle. Aussi, qui sait, dans quelques années, votre prochaine voiture roulera peut-être aux résidus de whisky écossais…   Crédit photo : la distillerie de Glenmorangie (Hajotthu via Wikimedia Commons)

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Les pays où Internet dort

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81170.gif Internet serait-il comme une gigantesque colonie de créatures vivantes, dont certaines dormiraient et d’autres pas ? C’est en tout cas l’impression générée par une toute nouvelle carte du “sommeil de l’Internet” dont les premiers éléments viennent d’être rendus publics par une équipe de chercheurs de l’école d’ingénieurs en sciences de l’information de l’université de Californie du Sud (ISI). Bien entendu, l’analogie avec un être vivant est une simple image, mais comme Internet est utilisé par des créatures de chair et de sang (vous et moi), il est intéressant d’étudier ce “cycle de sommeil”. Dans certains pays, comme aux Etats-Unis ou en Europe de l’Ouest, Internet ne dort jamais, alors que dans d’autres régions du monde comme l’Asie, l’Amérique du Sud ou l’Europe de l’Est, l’activité des ordinateurs connectés peut être rapprochée du cycle jour-nuit. Cela veut-il dire que l’Occident est composé d’accros à Internet qui ne dorment jamais ? Evidemment non, mais cela donne des informations sur la nature des connexions et le développement des réseaux. Ainsi, ceux qui ont des accès permanents à des réseaux à haut débit laisseront leurs appareils connectés jour et nuit. A l’inverse, ceux qui sont toujours dépendants d’accès ponctuels ne se connecteront que lorsqu’ils utilisent vraiment la connexion, donc généralement pas au beau milieu de la nuit.

A quoi ça sert ? 

Mais l’étude n’est pas focalisée sur le cycle du sommeil des utilisateurs d’Internet. Le but est de fournir des outils pour mesurer et identifier les coupures d’Internet, par exemple : connaître les “cycles de sommeil” du réseau permet ainsi d’éviter de confondre une période d’inactivité régulière avec un gros incident réseau privant d’accès une zone géographique. “Internet est important dans nos vies et pour nos entreprises, des films en streaming aux achats en ligne”, explique John Heidemann, professeur à l’ISI et l’un des chercheurs de l’étude. “Mesurer les coupures réseau est un premier pas pour améliorer la fiabilité d’Internet”. Pour lui, “Ces données servent à établir une base de l’Internet, à comprendre comment il fonctionne, pour que nous ayons une meilleure idée de sa résistance globale, et que nous puissions détecter les problèmes plus rapidement”. L’étude permet aussi de comprendre le fonctionnement du réseau à plusieurs niveaux :
  • Les politiques de développement par pays, tout d’abord : aux USA, par exemple, la connexion haut débit permanente est un objectif gouvernemental.
  • Il y a également un rapport entre le niveau de vie et l’accès nocturne : plus un pays est riche, plus il y a de chances que son Internet soit en fonction 24 heures sur 24. L’étude montre une corrélation entre le PIB et l’activité Internet, ainsi qu’avec l’utilisation électrique par personne. “La corrélation entre l’activité du réseau et l’économie nous aide à mieux comprendre notre monde”, affirment les chercheurs. En fonction du “rythme de sommeil” de votre réseau, ils peuvent prédire dans quelle région du globe vous êtes situé…
  • Des mesures de la taille et de la croissance d’Internet. Le “sommeil” permet de mieux estimer la taille globale du réseau, que l’on a tendance à considérer en fonction du nombre d’adresses, qu’elles soient actives ou non. Prendre en compte leur activité réelle est un élément important.
  • Comprendre pourquoi les réseaux “dorment” : en pratique, pourquoi les gens éteignent leur ordinateur la nuit. Que le trafic change en fonction des activités humaines, cela semble normal, mais que le réseau soit éteint dans certains endroits répond à des causes qui touchent à la sociologie autant qu’à l’informatique. Les entreprises éteignent-elles leurs ordinateurs à la fin de la journée de travail ?  Les particuliers coupent-ils toutes leurs connexions lorsqu’ils vont se coucher ? Et pourquoi le font-ils ? Quand il s’agit de cybercafés fermant la nuit, ou de pays où la connexion s’effectue par modem et ligne téléphonique, on comprend la cause de la coupure, mais qu’en est-il des endroits à connexion haut débit illimitée ? La politique d’un pays encourage-t-elle les déconnexions ? Le manque d’adresses IP disponibles pour un fournisseur d’accès l’incite-t-il à limiter les temps de connexion de ses clients ?
On le voit, cette étude offre de nombreuses directions de recherche…

Comment ils ont procédé

Rappelons que les ordinateurs connectés à Internet se voient attribuer une adresse réseau, l’IP, qui correspond peu ou prou à une sorte de numéro de téléphone pour votre connexion. La différence, c’est que selon votre mode de connexion, ce numéro peut changer régulièrement sans que vous le sachiez, et sans que cela affecte votre utilisation d’Internet (votre fournisseur d’accès possède ces adresses et vous les attribue en fonction de ses possibilités…ou de votre type de contrat). Il y a dans le monde 4 milliards d’adresses Internet au standard IPv4 (un autre standard, IPv6, qui permettra d’avoir encore plus d’adresses, est en cours de mise en place). Sur ces 4 milliards, l’équipe de l’ISI a pu monitorer 3,7 millions de blocs d’adresses, qui représentent environ 950 millions d’adresses individuelles. En les testant toutes les 11 minutes pendant 2 mois, ils ont pu ainsi observer les tendances d’activité et d’inactivité de ces réseaux. Ces données ne représentent que le début d’une étude en cours, et elles seront présentées officiellement le 5 novembre lors d’une conférence de l’ACM (association mondiale de professionnels de l’informatique). En attendant, l’équipe continue ses recherches. “Nous avons étendu notre couverture à 4 millions de blocs (plus de 1 milliard d’adresses), explique John Heidemann, qui espère que les mesures à long terme aideront à guider le fonctionnement d’Internet.   Crédit image : Un gif animé des données recueillies. Les carrés du rose pâle au rouge indiquent des activités Internet supérieures à la moyenne mondiale, ceux allant vers le bleu, des activités inférieures à la moyenne (Courtesy of John Heidemann / USC Viterbi ISI) Continue reading

Quand les vitrines se transforment en miroirs magiques

Noël n’est pas loin, avec son passage obligé de lèche-vitrines en série. Pour cette année encore, ces vitrines-là auront un air familier, mais demain? Et quand je parle de demain, je ne veux pas dire dans cent ans, ou dans cinquante, ou même dans dix… Mais peut-être cinq. Peut-être moins. Qu’arrivera-t-il alors? Les vitrines des magasins paraîtront semblables, mais ce que vous y verrez dépendra de vous… et du propriétaire du magasin. Vous pourrez, par exemple, voir l’effet qu’un vêtement peut avoir une fois sur vous. Ou pointer du doigt un objet pour voir apparaître ses caractéristiques (et son prix) ou même le manipuler virtuellement pour l’observer sous toutes les coutures. Ces “vitrines intelligentes” auraient des fonctions tactiles, ou pourraient même suivre le mouvement de vos yeux pour mieux vous montrer ce qui a attiré votre regard. Les boutiques ne sont pas les seules concernées. Les musées, aussi, pourront utiliser cette projection interactive pour apporter des informations aux visiteurs sur les objets que les vitrines protègent. Ils pourront aussi, pourquoi pas, les voir dans leur cadre d’origine, ou utilisées par des gens de l’époque de leur fabrication… Le système a d’autres applications que les vitrines : il peut servir pour des projections lors d’événements musicaux, ce qui apparaît au travers de la vitre (des deux côtés) se synchronisant avec les instruments. Les points de contrôle de sécurité pourront en être équipés aussi, et projeter sur écran ce que vous avez dans vos poches. En médecine, vous pourrez voir en direct vos radiographies, et le médecin interagira avec. Et il y a sans doute beaucoup d’autres situations dans lesquels ces vitrines seront utiles.

La réalité augmentée dans le monde de tous les jours

Science-fiction? Non, je n’ai pas tiré cela de l’imagination fertile d’un écrivain. Ces nouvelles vitrines utilisent ce que l’on nomme la réalité augmentée, qui vous permet de voir simultanément le monde qui vous entoure et des informations supplémentaires venues du monde numérique. Les Google Glass s’en sont fait une spécialité, mais il y a également quelques gadgets sous formes d’applications iPhone ou Android qui circulent ici et là, comme World Lens, qui vous traduit les panneaux ou les affiches quand vous les regardez au travers de la caméra de votre smartphone. Une équipe du département informatique de l’université de Bristol (Angleterre), dirigée par le professeur Sriram Subramanian, présente aujourd’hui le résultat (impressionnant) de ses recherches en la matière à la conférence mondiale des interfaces homme-machine à Honolulu (USA). Ces scientifiques ont mis au point la fameuse vitrine, qui utilise également les capacités que peut avoir un miroir de projeter une réflexion indépendamment du point à partir duquel on l’observe. Jusqu’ici, la réalité augmentée, ou les écrans nouveaux modèles, utilisaient la projection seule. Ce que cette équipe a mis au point la combine avec les reflets pour en faire un mélange unique. “Ce travail présente des possibilités interactives excitantes, qui pourraient être utilisées dans de nombreuses situations,” explique le Dr Diego Martinez, du Bristol Interaction and Graphics (BIG) de l’université de Bristol. “Les surface semi-transparentes sont partout autour de nous, dans toutes les vitrines de banques, de magasins. L’un des exemples est lorsque quelqu’un ne peut pas accéder à une boutique parce qu’elle est fermée. Cependant, le reflet serait visible dans la boutique au travers de la vitrine, et cela permettrait d’essayer les vêtements, de payer en utilisant une carte de crédit, et de se les faire livrer à la maison”? Alors, à défaut de science-fiction, peut-être ont-ils inventé le miroir magique des contes de fées? Une vidéo de démonstration de la “vitrine-miroir”… Continue reading

Les moines copistes griffonnaient dans les grimoires

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tumblr_nc40xblIhU1soj7s4o1_1280.jpgLa vie d’un moine copiste devait être parfois un peu monotone. A part les activités réglées de leur ordre, ils passaient des heures à copier et enluminer des livres, ce qui en faisait, en fait, les ancêtres des imprimeries d’aujourd’hui. Mais ils ne faisaient pas que copier, après tout, il faut bien se distraire aussi. C’est pourquoi l’étude des anciens manuscrits révèle des trésors qui ne manquent pas de nous émerveiller. J’avais déjà évoqué ici les escargots géants que combattent les chevaliers, les grimaces des singes ou encore les chats et leur allergie aux fusées, mais cette fois on passe à une toute autre échelle : les gribouillages, dessins et autres graffiti que l’on trouve dans un nombre impressionnant de manuscrits. L’historien Erik Kwakkel étudie les livres anciens, menant un projet de recherche sur “l’innovation dans les manuscrits de la Renaissance du 12ème siècle“. Son blog (en anglais) est d’ailleurs un petit bijou pour tous ceux qui aiment les vieux textes… Il semble donc tout naturel qu’il ait également répertorié les plus anciens graffiti qui aient été griffonnés sur du papier (ou du parchemin). Il a découvert la plupart d’entre eux en recherchant des exemples d’essais effectués par les copistes pour essayer leurs plumes. “D’un point de vue de l’histoire du livre, les essais de plume sont intéressants, car un scribe a tendance à les écrire avec son doigté natal”, explique le Dr Kwakkel au magazine Colossal . Parfois, lorsqu’ils se déplaçaient vers une autre culture écrite (un autre pays ou un autre établissement religieux), ils adaptaient leur style d’écriture lorsqu’ils avaient à copier de véritables textes et livres. D’un autre côté, les essais sont effectués dans le style de la région où ils ont été entraînés, ce qui veut dire que ces personnes révèlent des informations sur elles-mêmes”. Un copiste flamand importé en Angleterre pourrait ainsi dévoiler son origine juste en effectuant des essais de plumes… Ces essais sont souvent des visages schématisés façon smiley… kansas-kenneth-spencer-research-library-ms-c54.jpgMais les graffiti sont aussi des annotations dans la marge. Ainsi, il y a des exemples de livres d’études dans lequel le lecteur a transcrit des commentaires personnels. Genre “ce professeur est ennuyeux”. Ou encore un doigt dessiné qui pointe vers un passage intéressant… ou vers une erreur de traduction. Parfois encore, il s’agit d’ancêtres des selfies : le copiste se représente lui-même, dans une lettre, une enluminure… Tout ceci démontre que les moines copistes avaient non seulement un sens artistique développé, mais qu’ils laissaient aussi leurs pensées vagabonder, qu’ils étaient parfois critiques par rapport à ce qu’ils recopiaient… et qu’ils étaient généralement dotés d’un humour à toute épreuve.   Crédit photo : “Air guitar” sur un manuscrit du 9ème siècle?  (Bibliothèque municipale d’Amiens via le TumblR d’Erik Kwakkel) Un doigt dans la marge d’un écrit du 15ème siècle (Kansas University, Kenneth Spencer Library, via Medieval Books) Continue reading

La population vieillit? Ce n’est pas un problème, au contraire

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450px-Windsurfing_Mimarsinan_Istanbul_1120996.jpgL’humanité vieillit. L’espérance de vie augmenterait, dans les pays dits développés, à raison de trois mois par an, alors que le taux de natalité, dans la plus grande partie des pays européens et en Amérique du Nord, serait au-dessous du seuil de renouvellement des générations. Le vieillissement général de la population mondiale, et plus particulièrement dans les pays occidentaux, est souvent présenté comme un problème à long, voire à moyen terme. Diminution de la population active, nécessité d’anticiper les problèmes d’autonomie, protection sociale, système de santé…  Le vieillissement pourrait être également la cause d’un ralentissement de la croissance mondiale, comme l’expliquait récemment l’agence Moody’s, pour qui “il aura des effets négatifs sur la main d’œuvre mais aussi sur le taux d’épargne des ménages, comme sur la productivité et l’investissement”. Certains pensent cependant qu’il n’y a pas que de mauvais côtés à ce vieillissement, comme le professeur Yves Carrière, du département de démographie de l’université de Montréal, qui pense que le vieillissement de la population canadienne comporte son lot d’avantages : garde des enfants par les grand-parents, bénévolat et autres activités non rémunérées mais qui apportent beaucoup à la société… Aujourd’hui, c’est une étude menée par une équipe internationale dirigée par Fanny Kluge, du Max Planck Institute pour la recherche démographique (Allemagne), qui se penche sur les impacts positifs du vieillissement pour la société. Les chercheurs se sont penchés sur le cas particulier de l’Allemagne, car ce pays “est à un stade avancé de sa transition démographique, avec un taux de fertilité autour des 1,4, et a la deuxième population la plus âgée dans le monde, avec un âge moyen de 44,3 ans.” Mais ils affirment que les conclusions qu’ils en  tirent peuvent s’appliquer à la plupart des sociétés vieillissantes. Ils ont identifié cinq domaines dans lesquels le vieillissement de la population pourrait avoir des bénéfices nets lorsque on le combine avec d’autres facteurs démographiques:
  • Les plus jeunes produiront davantage. Même si le vieillissement va probablement amener une réduction de la population active, l’augmentation du niveau d’éducation des travailleurs peut en partie compenser ce déclin par une plus forte productivité.
  • Le vieillissement, c’est bon pour l’environnement. Le changement de la pyramide des âges et la diminution de la population sont associées à une consommation plus réduite de produits à forte empreinte énergétique, et à la diminution des émissions de CO2
  • Le partage des richesses avec les jeunes. Avec l’augmentation de l’espérance de vie, on va hériter plus vieux, et utiliser cet héritage pour financer sa retraite ou aider ses enfants financièrement lorsqu’ils deviennent adultes. De plus, comme les familles ont moins d’enfants, l’héritage sera moins divisé, donc chacun recevra davantage, en moyenne.
  • Tant qu’on a la santé… L’allongement de la durée de vie signifie également rester en bonne santé plus longtemps. Les résultats de l’étude laissent présager que l’Allemand moyen en 2050 passera 80% de sa vie en bonne santé, alors qu’aujourd’hui ce chiffre est de 63%.
  • La qualité de vie. L’étude suggère que la proportion entre le travail, les travaux ménagers et les loisirs va changer dans le futur, avec une augmentation du temps de loisir moyen.
Si l’on en croit cette étude, qui vient d’être publiée par le journal PLOS One, on devrait donc bientôt avoir des populations de seniors en bonne santé, qui dépensent leur argent pour les jeunes, préservent l’environnement et donnent de leur temps pour des oeuvres socialement utiles. De quoi nous réconcilier avec la vieillesse…   Crédit photo : Les “personnes âgées” ne sont plus ce qu’elles étaient (Nevit Dilmen via Wikimedia Commons) Continue reading

Pourquoi on devrait toujours avoir des veillées autour des feux de camp…

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Une étude anthropologique sur des Bushmen africains montre l’importance des veillées pour les sociétés humaines 800px-Fire.jpg Les organisateurs du “Jour de la nuit“, qui veulent sensibiliser à la pollution lumineuse, auront un argument supplémentaire pour leurs prochaines éditions : la civilisation du tout-éclairage électrique a tué les bons vieux feux de camp, et les veillées qui vont avec. Avec ces veillées, ce sont des histoires, des légendes, du lien social qui s’en sont allées, et la perte culturelle est énorme, comme vient de le démontrer une étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Polly Wiessner, professeur d’anthropologie à l’université de l’Utah (USA), a étudié les conversations autour du feu des Bushmen Ju/’Hoansi (la barre et l’apostrophe représentent des sons cliqués dans leur langue), une ethnie d’environ 4000 personnes qui vit dans le désert du Kalahari, au nord du Bostwana et de la Namibie. Le professeur Wiessner étudie ces tribus depuis une quarantaine d’années, et a accumulé une masse imposante de conversations menées de jour comme de nuit entre ces membres d’une société de chasseurs-cueilleurs, qui vivent au même rythme que nos lointains ancêtres.

Les conversations nocturnes sont différentes

La plupart des nuits, les Bushmen Ju/’Hoansi se rassemblent par groupe d’une quinzaine de personnes autour des feux. Un camp a un foyer par famille, mais la nuit, les gens vont souvent aller vers un seul d’entre eux.  Les histoires racontées parlent de chasses passées, de bagarres pour de la viande, de mariage, de feux de brousse, de meurtres, de naissances, d’interaction avec d’autres groupes, d’adultère, de fuite devant des prédateurs… Et il y a également les mythes traditionnels. Les conversations nocturnes ne sont pas les mêmes que celles qui ont lieu à la lumière du jour. Pour ces dernières, 34% étaient des récriminations, critiques et commérages, 31% étaient des sujets économiques, comme par exemple chasser pour le dîner, 16% étaient des blagues, et seulement 6% des histoires. Mais la nuit, 81% des conversations comprenaient des histoires, seulement 7% des récriminations et commérages, et 4% étaient sur des sujets économiques.  ”Les histoires sont racontées dans virtuellement toutes les sociétés de chasseeurs-cueilleurs. Avec les cadeaux, ces histoires étaient les réseaux sociaux originaux.”

Les veillées autour du feu ont renforcé le lien social

L’auteur explique que les découvertes archéologiques montrent que les humains ont eu un contrôle sporadique du feu voici un million d’années, voire plus, et qu’ils l’utilisent régulièrement depuis 400 000 ans. “On ne peut rien dire du passé en observant les Bushmen, mais ces gens vivent de la chasse et de la cueillette. Durant 99% de notre évolution, c’est comme cela que nos ancêtres ont vécu. Qu’est-ce qui transpire pendant les heures passées par ces chasseurs-cueilleurs à la lueur du feu la nuit? Cela aide à répondre à la question de la contribution de la lumière du feu à la vie humaine”. “Il y a quelque chose dans le feu au milieu de l’obscurité qui relie, détend mais aussi excite les gens. C’est intime. La nuit autour du feu est un moment universel de lien social, de transmission d’informations, de distraction, pour de nombreuses émotions partagées” Les histoires racontées à la lumière du feu de camp ont aidé la culture et la pensée humaines à évoluer en renforçant les traditions sociales, ont oeuvré en faveur de l’harmonie et de l’égalité tout en stimulant l’imagination pour envisager un large sens de la communauté, à la fois avec des personnes éloignées et avec le monde des esprits, précise l’étude. Le professeur Wiessner suggère que les conversations autour des feux de camps ont participé à l’éveil de l’imagination et des capacités cognitives de l’Homme, et l’ont aidé à imaginer les communautés sociales, ou celles qui nous relient au monde des esprits. Sans ces veillées autour du feu, l’humanité ne serait vraisemblablement pas devenue ce qu’elle est aujourd’hui.

Et si on se débranchait un peu?

“Que se passe-t-il quand du temps qui n’est pas économiquement productif passé autour du feu de camp est transformé en temps productif par la lumière artificielle?” interroge l’anthropologue. “Les parents lisent des histoires ou montrent des vidéos à leurs enfants, mais maintenant, le temps de travail va déborder sur la nuit. Maintenant, nous nous asseyons devant nos ordinateurs portables à la maison. Et quand on est capable de travailler la nuit, il y a un conflit : j’ai seulement 15 minutes pour raconter une histoire à mes enfants pour les endormir, je n’ai pas le temps de m’asseoir et discuter.. La lumière artificielle a transformé du temps de socialisation potentielle en temps de travail potentiel. Que deviennent les relations sociales?” Une question qu’elle laisse en suspens, sans y répondre. Peut-être faudrait-il renouer avec la tradition. Organiser des veillées autour du feu, de manière régulière. Que le feu soit dehors, ou simplement un poële, ou pourquoi pas, des bougies sur la table familiale. Des moments pour se raconter des histoires, des légendes. Comme un rendez-vous rythmant notre vie sociale. Sans Facebook et sans selfies…   Crédit photo : Itfhenry via Wikimedia Commons Continue reading

Pourquoi Pluton est (toujours) une planète

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(Note : ce post reflète les opinions de l’auteur)
 all_dwarfs-lrg.en.pngEn août 2006, l’Union Astronomique Internationale, association d’astronomes professionnels qui a le privilège de pouvoir nommer les objets célestes, adoptait une résolution (texte du communiqué en anglais ici) qui n’en finit pas de faire des vagues : celle de la nouvelle définition d’une planète, qui excluait de fait Pluton. Certes, une nouvelle catégorie était créée, celle de “planète naine”, qui représente plus ou moins les objets embarrassants dont on ne veut plus vraiment faire des planètes, mais que l’on ne peut pas faire entrer dans la liste des corps célestes déjà existants. Pluton, mais aussi d’autres objets lointains comme Makémaké, l’ovoïde Hauméa,  Eris, qui serait plus grosse que Pluton, ce qui en aurait fait théoriquement la 10ème planète de notre système solaire, ou encore Cérès, le plus gros objet de la ceinture d’astéroïdes. La décision de l’UAI n’a pas fait que des heureux dans une communauté d’astronomes divisée sur le sujet, mais également parmi un grand public interrogatif, voir sceptique quant à cette décision. Passer de 9 planètes à 8, c’est plus difficile à admettre que d’en accueillir une nouvelle dans le club.

Une planète, c’est quoi, selon l’UAI?

La nouvelle définition des planètes selon l’UAI prend en compte trois critères. Pour être une planète, un objet doit :
  • Etre en orbite autour du Soleil
  • Avoir une masse suffisante pour parvenir à un équilibre hydrostatique (donc avoir une forme sphérique)
  • Avoir nettoyé le voisinage de son orbite
C’est sur le troisième élément que Pluton a été “disqualifiée”, du fait de la présence d’autres objets dans la ceinture de Kuiper, vaste ceinture d’astéroïdes au-delà de l’orbite de Neptune.

Les raisons du changement

Derrière la définition scientifique se cache une problématique pratique. Les nouvelles informations sur Pluton ramenées par les sondes spatiales montrent une planète beaucoup plus petite qu’on le pensait, qui ne se distingue pas vraiment d’autres gros objets de la ceinture de Kuiper. Cela laissait penser à certains astronomes que l’on allait devoir appeler “planètes” de plus en plus d’objets, jusqu’à en faire une liste sans fin. D’où une motivation de redéfinir le statut de planète pour limiter le nombre d’entrants dans ce club fermé.

Le “vote populaire” de Harvard

La semaine dernière, le Harvard Smithsonian Center for Astrophysics (CfA) a organisé une soirée-débat sur le sujet, invitant l’assistance à voter en fin de conférence. L’occasion pour l’un des intervenants de rappeler les arguments qui ont présidé à la nouvelle définition, et pour un autre de pointer du doigt les problèmes que cela pose… En introduction, il était mis en avant le processus de vote en lui-même : 400 membres de l’UAI sur les 6000 qu’elle comporte ont voté la nouvelle définition, ce qui pose un problème de représentativité…  Et l’animateur jouait aussi sur les mots : “un hamster nain est toujours un petit hamster”, affirmait-il, en réaction à l’appellation “planète naine”. Pour lui, une planète naine est toujours une planète… D’autres arguments des “contre” touchent à l’existence d’autres planètes autour d’autres soleils. La définition de “planète” telle qu’adoptée par l’UAI ne concerne en effet que notre propre système solaire, ce qui peut apparaître restrictif à l’heure où l’on découvre des milliers d’exoplanètes grâce aux télescopes spatiaux. Le Dr Dimitar Sasselov, professeur d’astronomie à Harvard, brossait un portrait très divers de ces planètes d’ailleurs, dont certaines ne rentreraient pas dans la définition de l’UAI… Qui précisons-le n’a jamais affirmé qu’elle s’appliquerait en-dehors du système solaire. Le Dr Sasselov proposait alors une nouvelle définition : “Le plus petit morceau de matière sphérique qui se forme autour d’une étoile ou de restes d’étoile”. Une définition large, selon laquelle, bien sûr, Pluton (et quelques autres) serait bien une planète.
Le vote du public qui s’ensuivit montra de manière indiscutable l’attachement de l’audience à la notion selon laquelle Pluton est une planète. Ce vote n’est évidemment pas représentatif, mais c’était aussi l’un des buts perceptibles des organisateurs : contester la représentativité du vote de l’UAI en 2006…

Revenir au statu quo?

Ce qui semble certain, c’est que l’UAI n’a pas vraiment pris en compte l’attachement populaire à Pluton dans sa décision, et a principalement voulu établir un “principe” pour prévenir l’augmentation croissante de planètes potentielles, comme si celles-ci devaient être un club aussi fermé que l’UAI elle-même. Et quand on veut parvenir à un résultat, on peut toujours trouver une définition qui “colle”. Est-ce vraiment une démarche scientifique rigoureuse? La solution d’apaisement serait de revenir à la situation antérieure à 2006… et d’attendre. Après tout, on peut considérer Pluton comme une exception temporaire. Les autres “planètes naines”? Cérès est un astéroïde, cela ne change pas. Quant à Eris, Hauméa, Makémaké et ceux qui vont suivre, ce sont des objets de la ceinture de Kuiper, on peut leur maintenir cette définition. Avec les progrès de la science des exoplanètes, nul doute que dans les années à venir on trouvera une véritable définition de ce qu’est une planète, que ce soit autour du Soleil ou d’une autre étoile, et, à ce moment-là, on pourra reconsidérer le “cas Pluton”. Ne réécrivons pas les manuels scolaires ou notre histoire récente de l’astronomie. Pluton est notre neuvième planète, c’est inscrit dans le coeur de très nombreux amateurs d’astronomie, qu’ils soient ou non professionnels ou membres de l’UAI.   Vidéo du débat qui a eu lieu au Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics (en anglais)    Crédit photo : les tailles des nouvelles “planètes naines” comparées à la Terre (NASA) Continue reading

Peut-on prédire scientifiquement les lieux propices aux crimes grâce aux données téléphoniques ?

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Un groupe de chercheurs affirme avoir trouvé une nouvelle méthode de prévision de la criminalité, avec un taux de réussite de 70% lors d’une expérience menée à Londres   Day_144_-_West_Midlands_Police_-_Facewatch_App_(8801960454).jpgCe n’est pas encore Minority Report, mais ça s’en approche à grands pas : on pourrait prédire les lieux les plus propices au crime à un moment donné, et ce en utilisant les données générales des opérateurs téléphoniques. C’est en tout cas la thèse défendue par un groupe de chercheurs (informatique, sciences sociales…) qui doit présenter les résultats de ses études lors de la conférence internationale de l’interaction multimodale, en novembre à Ankara (Turquie), et dont le texte est disponible sur le serveur d’articles scientifiques arXiv. Cette très sérieuse étude se veut “une approche innovante de la prévision de crimes dans une aire géographique en utilisant de multiples sources de données, en particulier celles des téléphones mobiles et des données démographiques”. Ils ont tout particulièrement centré leur étude sur les “points chauds”, à l’échelle d’une rue, par exemple, plutôt que de cartographier un quartier en particulier en fonction de ses données socio-économiques : pas question de stigmatiser des “zones de non-droit”, comme on dirait en France. Au contraire, ils mettent en avant que certaines rues dans des “beaux quartiers” attirent tout particulièrement la délinquance, alors que des endroits considérés comme des “mauvais quartiers” n’ont qu’un faible taux de criminalité. Comment, alors, détecter les “points chauds”? Les chercheurs ont pris une approche particulière, agrégeant des informations de comportement anonymisées en provenance à la fois de l’activité sur les réseaux téléphoniques et des données démographiques. Ils ont ainsi essayé de modéliser les flux de mobilité des citadins, en utilisant les données de téléphones portables comme des sortes de “capteurs d’agrégation d’activité humaine”. Ils ont divisé Londres en une grille de plus de 124 000 unités définies par leur surface, leur latitude et leur longitude. Pour chacune de ces cellules de base, ils ont utilisé des données démographiques (anonymes) en provenance de Telefonica (société propriétaire de l’opérateur O2), ainsi que des données disponibles en Open Data :
  • nombre de personnes par heure, dérivé du nombre horaire de coups de fils passés dans une zone géographique donnée
  • la tranche d’âge, le sexe et la nature des personnes concernées : le pourcentage de ceux qui travaillent dans le secteur, de ceux qui y résident, et des simples visiteurs…
  • les données géolocalisées Open Data, notamment les crimes enregistrés et leur nature, les ventes de propriétés, les flux de transports, la météo, ainsi que les profils des quartiers de Londres concernant les sans-abri, les habitations résidentielles, les populations migrantes, les espaces verts, le marché de l’immobilier, l’espérance de survie d’un commerce, les subventions municipales, le vote, l’espérance de vie, les grossesses d’adolescents, le bien-être social… En tout 68 données.
En agglomérant ces données et en les comparant aux crimes commis les mois précédents, ils ont établi un algorithme complexe devant prédire dans quelles cellules des crimes seraient susceptibles de se produire le mois suivant… ou pas. Ils y sont parvenus, avec un taux de réussite de 70%. Il faut dire qu’ils avaient déjà de la pratique en la matière  : trois des auteurs avaient en effet publié une autre étude en 2013, également en utilisant des données de téléphonie mobile, mais relative celle-ci … au bonheur quotidien des individus. Prédire les zones de crime, cela peut donc être un élément potentiellement bénéfique, notamment pour les victimes : avoir des forces de l’ordre plus sensibilisées aux zones à risque, après tout, c’est une meilleure répartition des effectifs et une efficacité accrue de ceux-ci. En théorie. Car cela ne va pas sans générer des inquiétudes. La protection de la vie privée, pour commencer, même si les données téléphoniques sont théoriquement anonymes. Bien sûr, à l’époque de Facebook et des photos privées sur le Cloud, la notion en elle-même peut sembler un peu galvaudée. Mais ce n’est pas tout. Le site Medium.com souligne le fait que des données “anonymisées” peuvent quand même servir à révéler les identités des personnes, mais, plus encore, que même si cette approche est centrée sur des lieux, “il n’est pas difficile d’imaginer que les autorités puissent pousser ce raisonnement plus loin en appliquant les techniques de prévision des crimes au comportement des individus”. Inquiétant, en effet.   Crédit photo :  Le téléphone mobile contre le crime? (Image d’illustration : La police des West Midlands (Royaume-Uni) a lancé en 2013 une application mobile nommée Face Watch sur laquelle le public peut voir les portraits de personnes recherchées / via Wikimedia Commons)
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Le sucre et le gras ne sont pas des drogues

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Chocolate.jpgIl n’y a pas de phénomène d’addiction au sucre ou aux graisses comme il peut y avoir pour l’héroïne ou la cocaïne. C’est en tout cas la conclusion d’une étude menée par l’université d’Edimbourg, qui a cherché à identifier les substances chimiques dont nous pourrions être dépendants dans la nourriture. Il peut y avoir une dépendance au fait de manger, cela n’est pas contesté, mais les chercheurs n’ont pas trouvé de traces d’addiction aux composants chimiques présents dans certaines nourritures. “Le cerveau ne répond pas aux nutriments de la même manière qu’il répond aux drogues comme l’héroïne ou la cocaïne”, précisent les chercheurs. En revanche, on peut développer une “compulsion psychologique” poussant à manger, et dont le moteur est l’ensemble des sensations positives que le cerveau associe au fait de manger. “Il s’agit d’un trouble comportemental, et doit être catalogué au même titre que l’addiction au jeu”, affirment les auteurs de l’étude publiée aujourd’hui dans le journal spécialisé Neuroscience & Biobehavioral Reviews. Pas de dépendance directe au sucre ou aux corps gras, donc…  Selon ces scientifiques, la lutte contre l’obésité devrait être concentrée non plus sur la nourriture elle-même mais sur les relations des individus avec le fait de manger. Pour eux, la classification actuelle des affections mentales, qui ne permet pas encore un diagnostic formel de la dépendance à la nourriture, devrait être redéfinie, mais il faudra pour cela approfondir les recherches. Crédit photo : les amateurs de chocolat peuvent être rassurés, il n’y a pas de phénomène de dépendance… (André Karwath via Wikimedia Commons) Continue reading

Comment se protéger de la pollution urbaine?

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Smog_in_Manhattan_1966.jpgLa pollution par les particules fines, liée notamment aux moteurs diesel, rend le milieu urbain dangereux pour la santé. Il est difficile pour le citadin de s’en protéger : on ne peut tout de même pas arrêter de respirer, et le port de masques est inefficace, tout comme rester cloîtré chez soi. Alors, que faire? Deux médecins britanniques, les docteurs Rossa Brugha et Jonathan Grigg, ont approfondi ce sujet dans une étude publiée récemment dans le journal Paediatric Respiratory Review. Ils y analysent en effet l’impact respiratoire de la pollution urbaine, et particulièrement des matières particulaires (PM) sur la santé. “En Europe, 80% de la population vit dans des zones où le niveau de ces particules excède les normes de qualité de l’air établies par l’OMS, et l’espérance de vie des Européens est réduite, en moyenne, de presque neuf mois du fait des matières particulaires”, expliquent les chercheurs, qui citent les maladies cardio-respiratoires, l’asthme, les infections respiratoires chez les enfants… Plusieurs éléments intéressants ressortent :
  • La pollution de l’air varie en fonction des lieux et des moments, de rue en rue, d’heure en heure, de jour en jour, en fonction des sources locales de pollution (principalement le flux du trafic automobile) et des conditions météo.
  • Les matières particulaires dérivées de la circulation automobile sont fortement associées à un risque d’infections respiratoires dans la petite enfance, et les études montrent que de l’air plus propre pourrait rapidement faire baisser ces risques.
  • Dans les pays en voie de développement, remplacer les cheminées par des cuisinières serait l’une des initiatives de santé publique les plus efficaces, notamment en faveur de la santé des enfants
  • En milieu urbain, les enfants des familles les plus pauvres sont plus susceptibles de vivre dans des zones denses, avec de hauts niveaux de circulation automobile, et plus proches des industries polluantes. En résumé, la pollution de l’air affecterait de manière disproportionnée les enfants les plus vulnérables, et cela dans le monde entier.
  • 90 entreprises sont responsables des 2/3 des émissions de dioxyde de carbone depuis 1854, et la moitié de ces émissions ont été produites depuis 1986.
  • Globalement, la pollution urbaine est équivalente à fumer une demi-cigarette par jour… et elle est d’autant plus dangereuse pour les enfants que leurs poumons sont encore en plein développement.
  Pour les auteurs, la responsabilité d’avoir un air plus propre est dans les mains des agences et entreprises nationales et internationales . Ils expliquent également qu’il n’y a pas de limite basse “sûre” pour la pollution atmosphérique. Aussi, tout effort pour infléchir la congestion du trafic automobile et réduire les émissions est un bon début. Mais en attendant que les pouvoirs publics prennent les mesures nécessaires, que faire? Le Dr Brugha a quelques conseils en la matière.

Prendre le chemin le moins fréquenté

En équipant des gens avec des détecteurs personnels de pollution, Rossa Brugha et son équipe ont pu tirer quelques conclusions intéressantes. Par exemple, comme il l’explique à la BBC, que les enfants couraient davantage de risques s’ils étaient déposés à la porte de leur école. Ils respirent en effet plus près des tuyaux d’échappement, et souvent les voitures sont à l’arrêt juste à côté, le moteur toujours en route, ce qui crée une zone importante de pollution. Il est donc important, selon lui, de déposer les enfants en vitesse, et qu’il y ait moins de voitures aux portes des écoles. Quelques autres éléments qu’il a pu mettre en avant :
  • Lorsque vous conduisez, vous êtes exposé à beaucoup de pollution, l’air que vous respirez provenant en partie des fumées d’échappement de la voiture qui est devant vous. Le conseil du Dr Brugha est donc de laisser autant de distance que possible avec la voiture qui vous précède, et de laisser les fenêtres et les aérations fermées lorsque la circulation est dense.
  • Lorsque vous marchez dans la rue, restez sur le côté du trottoir le plus éloigné de la chaussée, et choisissez des rues calmes chaque fois que cela est possible. Idem pour les cyclistes : empruntez les rues où il y a le moins de circulation si vous le pouvez.
  • “Vous pouvez réduire la pollution de moitié en prenant un chemin différent”, affirme le médecin au Telegraph, “ce qui aura des effets cumulatifs sur votre santé”
Le Dr Brugha doit donner aujourd’hui une conférence sur ce sujet au British Science Festival à Birmingham.  
 
Crédit photo : brouillard de pollution (smog) sur Manhattan en 1966 (Andy Blair via Wikimedia Commons) Continue reading