Il est minuit moins 3 avant la fin des temps

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170773LOGO.jpeg L’horloge de la fin des temps a avancé de 2 minutes. Nous sommes donc plus proches de la disparition de l’humanité. Il ne s’agit pas là d’une prophécie Maya ou d’une prédiction de Paco Rabanne, mais bien un avertissement lancé par des scientifiques, qui s’occupent de cette horloge virtuelle depuis presque 70 ans. A l’orée de la seconde guerre mondiale, après les bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, en 1945, naissait le bulletin des savants atomiques (Bulletin of Atomic Scientists). Scientifiques, ingénieurs, experts, ils avaient participé au fameux Manhattan Project qui avait abouti à la première bombe A. Avec ce bulletin, ils souhaitaient informer le public sur les armes nucléaires et les conséquences de leur utilisation, afin d’être certains que les citoyens ne seraient pas mantenus dans l’ignorance de leurs intentions par leurs gouvernants. En 1947, l’horloge de la fin des temps apparaissait pour la première fois sur le Bulletin, symbole des dangers encourus par un monde risquant l’holocauste nucléaire, comme un compte à rebours vers minuit et la fin de la civilisation telle que nous la connaissons. Il était alors minuit moins 7. Depuis, chaque année, le conseil de direction du Bulletin, après consultation de son conseil des sponsors (qui comprend 18 prix Nobel) se réunit pour examiner les menaces sur la survie de l’humanité, et plus particulièrement ceux touchant aux possibles conflits nucléaires ou plus récemment au changement climatique ou même aux “technologies émergentes dans les sciences de la vie”.

Entre minuit moins 2 et minuit moins 17

Au fil des années, l’horloge a changé d’heure, en fonction de l’intensité des menaces sur la sécurité de notre planète. Le pire fut en 1953 : les Etats-Unis avaient décidé de produire la bombe à hydrogène, testant sa première tête nucléaire en 1952. Neuf mois plus tard, les Soviétiques faisaient de même, et le Bulletin sonnait l’alarme : “encore quelques balancements du pendule, et de Moscou à Chicago, les explosions atomiques sonneront minuit pour la civilisation occidentale”. Il était alors minuit moins 2. La situation la plus confortable fut en 1991. La guerre froide était terminée, les arsenaux nucléaires réduits par traité. Pour le Bulletin, “l’illusion que des dizaines de milliers d’armes nucléaires sont garantes de la sécurité nationale a été dissipée”. A l’horloge, il était minuit moins 17. Depuis, l’horloge a tempéré son optimisme. En 1995, devant un ralentissement du désarmement, elle passe à minuit moins 14. En 1998, l’Inde et le Pakistan testent des armes nucléaires : minuit moins 9. En 2002, la menace terroriste et la dissémination des matériaux nucléaires de qualité militaire sont là : minuit moins 7. En 2007, le Bulletin constate que les USA et la Russie ont toujours la possibilité de déclencher une guerre nucléaire, il y a 27000 armes atomiques dans le monde, 2000 d’entre elles pouvant être lancées en quelques minutes. La Corée du Nord a effectué un test d’arme atomique, et l’Iran projette de construire la bombe. De plus, le changement climatique est là, et les dommages aux écosystèmes sont déjà visibles : minuit moins 5. 2010 marque un optimisme relatif. Les pourparlers entre Washington et Moscou sont dans une bonne voie pour la réduction dnucléaires es arsenaux nucléaires, et côté changement climatique, la conférence de Copenhague laisse briller une lueur d’espoir. L’horloge recule d’une minute, à minuit moins 6. Dernier changement avant aujourd’hui, 2012. Le bulletin montre alors du doigt le nucléaire, avec entre autres les risques de conflits régionaux (Moyen-Orient, Asie du Sud et du Nord-Est), ainsi que la lenteur et l’inadéquation des solutions mises en oeuvre pour lutter contre le changement climatique. Il est de nouveau minuit moins 5.

On avance… dans le mauvais sens

Le couperet est donc tombé aujourd’hui : nous avançons de deux minutes, et il est minuit moins 3, à une minute du score du pire moment de la guerre froide. Cette fois, le nucléaire et le climat se combinent pour créer ce niveau de danger. Pour le premier, le comité pointe du doigt notamment le ralentissement de la réduction des arsenaux nucléaires, ainsi que le paradoxe de leur modernisation. Pour le changement climatique, il parle de “sentiment d’urgence” dans la réduction des émissions de gaz carbonique, et du peu de temps que nous avons pour les réduire avant qu’il ne soit trop tard pour en limiter les effets. Bien sûr, l’horloge de la fin des temps est une image, et elle porte sa part de subjectivité. Mais tous les esprits brillants qui y contribuent se basent sur des faits, sur des éléments tangibles, pour nous alerter sur les dangers qui nous guettent si nous ne sommes pas plus prudents, avec l’atome comme avec le climat. “La probabilité d’une catastrophe globale est très haute”, assure le comité. “Maîtriser notre technologie ou en devenir les victimes, le choix est le nôtre, et le temps est compté”.   Crédit image : Il est minuit moins 3 (Bulletin of the Atomic Science) Continue reading

Pourquoi les dieux sont devenus moraux – tous en même temps

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Pour ne pas que ce blog se transforme en blog à parution bi-annuelle, un petit article différent de ce que je fais d’habitude: plus court, et basé sur un seul article scientifique. Si de nos jours les religions sont facilement associées à la spiritualité et au contrôle de ses propres désirs, cela n’a pas toujours […]
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Le lasso de l’espace qui va prédire les sécheresses… et les inondations

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smap20141230-browse_0.jpgChaque fois que l’on parle de missions spatiales, certains s’interrogent sur leur utilité. On entend même assez souvent des commentaires du genre “au lieu de dépenser des millions là-haut, on devrait plutôt se préoccuper de ce qui se passe sur Terre”. La réponse à cela est bien entendu d’expliquer à quel point l’espace a apporté des solutions à nos vies de Terriens, et a la possibilité d’améliorer encore davantage nos vies. La mission que la NASA va envoyer en orbite le 29 janvier est un très bon exemple de l’utilité immédiate des missions spatiales. L’engin qui va être déployé à 680 kilomètres d’altitude se nomme SMAP (pour Soil Moisture Active Passive), et il est doté d’une impressionnante antenne ressemblant à un gros lasso grillagé. Le travail de SMAP va être de mesurer la teneur en eau des sols, une minuscule fraction de l’eau terrestre qui a un effet énorme sur la météo et l’agriculture. Pour un cultivateur, la teneur en eau d’un sol peut faire toute la différence entre une bonne et une mauvaise récolte : la connaître à l’avance permettrait de prendre des mesures pour gérer le plus efficacement possible l’irrigation en périodes de sécheresse. En étant informés des risques plus en amont, ils pourraient modifier leurs modèles d’irrigation, ou encore décaler les semailles ou les moissons afin d’avoir le meilleur résultat possible. Avoir les données sur cette teneur en eau peut également donner les moyens de prévoir (et parfois de prévenir) les glissements de terrain et les inondations, et même de rendre encore plus précises les prévisions météorologiques. En effet, l’humidité du sol aurait localement une influence sur la météo, qui serait même particulièrement importante dans certaines régions du monde (notamment dans le Midwest américain, le nord de l’Inde et le Sahel). Doté d’un radar, d’un radiomètre (qui mesure le rayonnement électromagnétique) et de la fameuse antenne-lasso, SMAP va donc pouvoir mesurer “l’humidité logée dans les sols de la Terre avec une précision et une résolution sans précédent”, assure la NASA.  Le lasso en question effectuera 14 tours à la minute, ce qui n’impressionnerait probablement pas un cow-boy entraîné, mais pour un satellite, c’est en soi un exploit. Le satellite va l’utiliser pour envoyer des micro-ondes vers la Terre, et les capter après qu’elles ont été réfléchies par la surface de notre planète. Mais avant de rebondir, elles pénètrent de cinq centimètres dans le sol, ce qui permet d’avoir des données sur l’état de celui-ci. Les informations en provenance des trois instruments fourniront les données nécessaires aux mesures précises de l’humidité des sols. “Actuellement, il n’y a pas de réseau global, ni au sol ni de satellites, qui surveille l’humidité des sols à l’échelle locale”, assure la NASA. SMAP sera donc une première en la matière, puisqu’il va fournir une cartographie de la teneur en eau des sols sur l’ensemble de la planète, actualisée tous les trois jours. Bien sûr, cela a un coût (estimé entre 350 et 400 millions de dollars, soit 293 à 335 millions d’euros, chiffres du budget prévisionnel), mais même les plus sceptiques adversaires de l’aventure spatiale ne pourront pas nier l’utilité d’une telle mission… Crédit photo : vue d’artiste du SMAP en orbite (NASA) Continue reading

Agriculture : faut-il revenir aux espèces sauvages ?

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800px-Aker_i_Skane_Sverige_(2).jpg Depuis des milliers d’années que l’Homme pratique l’agriculture, il a domestiqué les plantes qu’il cultive, les modifiant peu à peu pour les adapter à ses besoins. Ainsi, les céréales qui sont récoltées aujourd’hui ne sont plus identiques à leurs ancêtres sauvages… et c’est peut-être là où le bât blesse. Une étude réalisée par des chercheurs de l’université de Copenhague (Danemark) et qui vient d’être publiée dans la revue “Trends in Plant Science” pointe du doigt le fait que ces modifications ont au fil du temps créé par accident quelques faiblesses qui les rendent aujourd’hui plus vulnérables aux différents pathogènes (maladies, parasites) et aux animaux qui s’attaquent aux récoltes. La solution serait donc de récupérer les propriétés perdues en réintroduisant les bons gènes dans les plantes actuelles, soit en les isolant dans des plantes apparentées, soit en utilisant “des méthodes de précision pour réparer les gènes défectueux”. “Une fois que les gènes qui ont été mutés involontairement auront été identifiés, l’étape suivante sera de rétablir les propriétés des espèces sauvages,”explique Michael G. Palmgren, auteur principal de l’article. “Cela permettrait aux plantes cultivées non seulement de mieux utiliser les ressources disponibles dans leur environnement et d’avoir une plus haute valeur nutritive, mais aussi de leur amener une meilleure résistance aux maladies, aux nuisibles et aux mauvaises herbes”.

Un enjeu pour nourrir la planète

A l’heure où l’on se pose des questions de plus en plus pressantes sur notre capacité à nourrir la planète sans pour autant étendre les surfaces cultivables (afin de préserver l’environnement et la diversité biologique), trouver des solutions pour que les récoltes produisent davantage est une priorité. C’est d’autant plus important si l’on utilise de plus en plus de terres cultivables pour produire des biocarburants. Produire plus avec moins de terres, tout en obtenant le meilleur rendement possible des exploitations existantes, c’est ce que certains appellent “l’intensification durable“, qui, au contraire d’une industrialisation de plus en plus importante de l’agriculture, voudrait utiliser de nouvelles méthodes qui demanderaient un minimum de ressources. Le fait de revenir à des espèces anciennes pourrait donc répondre à ce besoin, sans pour autant augmenter les quantités de pesticides, les surfaces arables ou les quantités d’eau en période de sécheresse.

Les ancêtres sont-ils des OGM ?

Il y a cependant un hic. Certaines technologies qui pourraient être employées pour parvenir à ce résultat peuvent poser problème : elles seraient en effet cataloguées “OGM”, puisqu’elles consisteraient à modifier les gènes de plantes existantes… et cela serait probablement très mal perçu par le public. Mour Michael Palmgren, “il serait utile de faire une distinction entre le produit (la plante) et le processus (la technologie utilisée pour les produire). Si une récolte récupère les propriétés bénéfiques d’un parent sauvage, comme la résistance aux maladies, il n’est pas très sensé de considérer une plante comme naturelle et l’autre comme totalement étrangère en se basant seulement sur la méthode utilisée pour obtenir le même résultat”. Pour lui “les plantes que nous mangeons et dont nous dépendons ne sont plus les mêmes que celles que l’on trouvait originellement dans la nature, qu’elles aient ou non été génétiquement modifiées. Le fait de réintroduire certaines des propriétés perdues ne produirait pas des récoltes qui ne soient pas naturelles”, défend-il. Il y a cependant des techniques qui n’impliqueraient pas de produire des plantes transgéniques, et qui sont aussi envisagées dans l’étude même si elles prendraient davantage de temps à mettre en oeuvre.   Crédit photo : les céréales cultivées aujourd’hui sont le fruit de nombreux croisements au fil des millénaires (Johannes Jansson via Wikimedia Commons) Continue reading

Remplacer l’essence : oui, mais pas avec n’importe quoi

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Une étude américaine montre que toutes les alternatives à l’essence ne se valent pas en matière de santé publique 800px-Park_Hyatt,_Shanghai_(3198569878).jpg

Entre l’épuisement prévisibles des combustibles fossiles et le réchauffement climatique, il va bien falloir un jour trouver des alternatives à l’essence, et le plus tôt sera le mieux, bien sûr. Mais quelles alternatives, là est la question… que s’est posée une équipe de chercheurs de l’université du Minnesota (USA), qui publie ses résultats dans la revue PNAS.

Ces scientifiques ont examiné les effets de dix alternatives à l’essence : le diesel (!), le GNV (gaz naturel compressé), les bioéthanols, ainsi que l’électricité (charbon, gaz naturel, combustion de déchets de maïs, énergie éolienne, énergie hydraulique, solaire). Naturellement, ces diverses énergies n’ont pas toutes les mêmes avantages… ou inconvénients. D’autant que l’équipe ne s’est pas limitée aux pollutions directes, mais a pris en compte celles liées à leur production. Par exemple, pour les bioéthanols, de la pollution est générée par les tracteurs dans les fermes, par les sols une fois que les engrais sont répandus, et par l’énergie nécessaire pour fermenter et distiller l’éthanol. Evidemment, pour l’électricité, c’est le même problème : tout dépend du type d’énergie utilisé pour la produire.

“Nos travaux montrent l’importance de regarder le cycle de vie complet de la production et l’utilisation d’énergie, pas seulement ce qui sort des tuyaux”, explique Jason Hill, co-auteur de l’étude. “On sous-estime beaucoup les impacts du transport sur la qualité de l’air si on ignore les émissions en amont, provenant de la production des carburants ou de l’électricité”.

Ce sont surtout les impacts sur la santé publique qui ont retenu l’attention des chercheurs américains, qui ont effectué une analyse du cycle d’émission de divers polluants (notamment l’ozone et les particules fines). Cela leur a permis d’estimer quels seraient les changements en 2020 si 10% des véhicules qui roulent aujourd’hui à l’essence étaient remplacés par l’une de ces alternatives.

Les conclusions sont sans appel : utiliser les bioéthanols ou l’électricité basée sur le charbon ou même l’électricité “moyenne” du réseau aux Etats-Unis augmenterait les conséquences (et les coûts) pour la santé de 80% ou plus par rapport à l’essence. A l’opposé, utiliser de l’électricité produite grâce au gaz naturel, l’éolien, l’hydraulique ou le solaire peut réduire ces impacts de 50% ou plus.

“Ces découvertes démontrent l’importance de l’électricité propre, comme celle venant du gaz naturel ou des énergies renouvelables, pour réduire substantiellement les impacts des transports sur la santé”, affirme Chris Tessum, co-auteur de l’étude.

“La pollution de l’air a des impacts énormes sur la santé, y compris des taux de mortalité accrus aux USA”, ajoute Julian Marshall, qui a également participé aux travaux. “Cette étude amène de nouvelles informations précieuses sur la manière dont certaines options pour les transports pourraient améliorer ou empirer ces effets sur la santé”.

 Crédit photo : smog sur Shanghai (BriYYZ via Wikimedia Commons) Continue reading

L’empire romain est-il tombé à l’eau ?

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796px-Pont_Du_Gard.JPGQuand on pense à la chute de l’empire romain, on pense bien entendu aux invasions barbares, imaginant des ruées de féroces Wisigoths, des villes saccagées par les Vandales et autres joyeusetés antiques. Les barbares ne sont pas les seuls à être montrés du doigt dans l’affaire. Certains chercheurs ont blâmé le plomb, utilisé dans certaines canalisations et vaisselles, et qui aurait provoqué du saturnisme, principalement chez les élites impériales. On va même aujourd’hui jusqu’à accuser le changement climatique d’être responsable, au moins en partie, de la fin d’une civilisation qui a marqué notre histoire occidentale de manière indélébile. Aujourd’hui, c’est un nouveau responsable qui est montré du doigt : l’eau. Ou plus précisément, l’eau nécessaire aux récoltes assurant la sécurité alimentaire de l’empire, et qu’une étude publiée aujourd’hui dans la revue Hydrology and Earth System Sciences (journal de l’union européenne de géosciences) met en cause dans la fin de cette grande civilisation. Les Romains devaient nourrir une population de plusieurs dizaines de millions d’habitants (jusqu’à plus de 80 millions, à une époque où la population mondiale avoisinait les 300 millions). Ils devaient aussi apporter la nourriture et l’eau à leurs cités. On voit encore aujourd’hui la trace de leur réseau de transport d’eau en de nombreux endroits du bassin méditerranéen, avec par exemple le célèbre aqueduc du pont du Gard. Leurs techniques d’irrigation permettaient également l’établissement d’une agriculture suffisante pour nourrir l’ensemble de son territoire. Une équipe d’universitaires, spécialistes de l’environnement, hydrologistes et historiens, vient donc d’émettre une hypothèse assez intéressante sur le rôle de l’eau dans la chute de l’empire. En favorisant une forme de sécurité alimentaire dans leurs grandes cités, les Romains ont aussi amené une urbanisation croissante de leur société, amenant des populations de plus en plus importante dans les centres urbains… et poussant ainsi l’empire à la limite de ses ressources alimentaires, surtout lorsque les conditions climatiques n’étaient pas favorables aux récoltes. “Les Romains, étaient confrontés à la gestion de leurs ressources en eau face à la croissance de leur population et son urbanisation,” explique Brian Dermody, de l’université d’Utrecht (Pays-Bas) et co-auteur de l’étude. “Pour assurer une stabilité et une croissance continue de leur civilisation, ils devaient garantir un approvisionnement en nourriture stable à leurs cités, pour la plupart localisées dans des régions pauvres en eau”. L’équipe de scientifiques a tenté d’évaluer les ressources en eau nécessaires pour faire pousser les céréales qui constituaient la base de l’alimentation dans la Rome antique. Ils ont également mis en place une modélisation hydrologique, afin de calculer la productivité des récoltes. Selon leurs calculs, il fallait entre 1000 et 2000 litres d’eau pour faire pousser un kilo de grain. “Lorsque les Romains faisaient commerce de leurs récoltes, ils échangeaient également l’eau nécessaire pour la produire : ils échangeaient donc de l’eau virtuelle”, ont réalisé les chercheurs, qui ont donc modélisé ce réseau d’eau virtuelle dans le monde romain. “Nous avons simulé les échanges virtuels d’eau en se basant sur des régions virtuellement pauvres en eau (les centres urbains, comme Rome), demandant du grain en provenance des régions plus riches en eau virtuelle (les régions agricoles, comme le bassin du Nil) dans le réseau”, explique Brian Dermody. La réalisation est complexe : ils ont pris en compte les paysages antiques, les populations, mais aussi le coût du transport basé sur les moyens disponibles à l’époque. Au final, ils ont obtenu une simulation du commerce des céréales au travers d’une reconstitution interactive du réseau de transport romain… Ce réseau d’échanges virtuels a donc permis à l’équipe de mieux comprendre le rôle de l’eau dans l’Empire : comment les Romains reliaient les différentes parties du bassin méditerranéens par le commerce, comment ils géraient les mauvaises récoltes dans une région en important de la nourriture en provenance d’autres régions où il y avait un surplus. “Cela les rendait très résistants à des variations climatiques sur le court terme,” précise Brian Dermody. Mais sur le long terme, les Romains ont été victimes de leur succès. Leur manière de gérer les ressources en eau et la sécurité alimentaire pour les populations urbaines, de plus en plus de gens ont migré vers les villes, l’urbanisation s’est intensifiée, ce qui signifiait également davantage de bouches à nourrir… “Les Romains sont devenus encore plus dépendants du commerce, alors qu’en même temps l’empire atteignait des limites en matière de ressources alimentaires aisément accessibles”, précisent les chercheurs, pour qui “sur le long terme, ces facteurs ont érodé sa résistance aux mauvaises récoltes générées par la variabilité du climat”. Pour les chercheurs, c’est aussi une leçon à tirer aujourd’hui : “Nous sommes confrontés à un scénario très similaire,” pense Brian Dermody. “Les échanges en eau virtuelle ont permis une croissance rapide de la population et de l’urbanisation depuis le début de la révolution industrielle. Cependant, alors qu’on se rapproche des limites des ressources de la planète, notre vulnérabilité aux mauvaises récoltes dues au changement climatique s’accroît”.   Crédit photo : Le pont du Gard, l’un des aqueducs que les romains utilisaient pour transporter l’eau dans l’Empire (Guenter Wieschendahl via Wikimedia Commons)   Continue reading

Agriculture : le bio est-il compétitif ?

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La différence de productivité entre agriculture biologique et agriculture traditionnelle ne serait pas si grande qu’on le croyait, selon une étude américaine 800px-Organic-vegetable-cultivation.jpegL’image communément répandue de l’agriculture biologique est davantage liée à la qualité qu’à la productivité. Mais si l’on en croit une étude qui vient d’être réalisée par l’université de Berkeley (Californie), le fossé entre les deux ne serait pas très important, et pourrait même être comblé en utilisant certaines méthodes de culture. Les chercheurs ont épluché 115 études comparatives entre l’agriculture biologique et l’agriculture conventionnelle, et viennent de publier leurs résultats dans le journal Proceedings of the Royal Society B. Ils montrent que la différence entre les récoltes biologiques et les récoltes conventionnelles serait d’environ 19,2%, un chiffre plus faible que les précédentes estimations, selon les auteurs. Par exemple, une étude précédente dans la revue Nature avait évoqué des différences de rendement allant jusqu’à 34%. Si la rentabilité diffère selon le type de culture, les auteurs n’ont pas trouvé de différence notable dans certains cas, comme celui des légumineuses (haricots, pois, lentilles…). “En termes de comparaison de productivité entre les deux techniques, cet article remet les pendules à l’heure sur la comparaison entre l’agriculture biologique et la conventionnelle”, explique Claire Kremen, co-directrice du Berkeley Food Institute. “Alors qu’il est prévu que les besoins globaux en nourriture vont grandement augmenter dans les 50 prochaines années, il est critique de regarder l’agriculture biologique de plus près, car mis à part les impacts environnementaux de l’agriculture industrielle, la capacité des engrais synthétiques d’augmenter le rendement des récoltes est en déclin.” Mieux encore, l’étude propose des pistes de recherche pour réduire encore l’écart : les cultures associées (faire pousser différentes plantes dans le même champ) et la rotation des cultures. Utiliser ces techniques “réduirait substentiellement l’écart entre le bio et le conventionnel, respectivement à 9% et à 8%,” affirment les scientifiques. Ils suggèrent également des “investissements appropriés dans la recherche agro-écologique” pour notamment améliorer la gestion des exploitations et produire des cultivars adaptés à l’agriculture biologique. Cela pourrait réduire, voire même éliminer la différence de rentabilité des cultures pour certaines récoltes ou régions. “C’est notamment vrai si nous imitons la nature en créant des fermes diversifiées écologiquement, qui exploiteraient des interactions écologiques importantes, comme les bénéfices des cultures associées ou de la culture intermédiaire pour la fixation de l’azote“, explique Lauren Ponisio, auteur principal de l’article. Selon ces chercheurs, l’agriculture biologique pourrait donc être une alternative compétitive à l’agriculture industrielle dans la production de nourriture. “Il est important de se souvenir que notre système agricole actuel prouduit beaucoup plus de nourriture qu’il est nécessaire pour nourrir tout le monde sur la planète”, affirme Claire Kremen. “Eradiquer la faim dans le monde nécessite l’accès à la nourriture, pas simplement sa production. De plus, augmenter la proportion de l’agriculture utilisant des méthodes de culture durables et biologiques n’est pas une option, c’est une nécessité. Nous ne pouvons pas continuer à produire de la nourriture dans l’avenir sans prendre soin des sols, de l’eau et de la biodiversité.” Alors, peut-on nourrir le monde au bio? Cette nouvelle étude ne va pas forcément calmer les débats enflammés sur le sujet, mais a le mérite d’apporter une synthèse étendue sur la question…   Crédit photo : cultures associées dans un champ bio en Californie (Hajhouse via Wikimedia Commons) Continue reading

L’ADN des parchemins en dit long sur l’histoire des moutons

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83674_web.jpgFaire parler les parchemins, cela ne semble pas particulièrement original. Après tout, pendant un bon millénaire, c’est sur cette peau animale spécialement préparée qu’ont été conservé les écrits qui sont parvenus jusqu’à nous. Mais la méthode utilisée par des généticiens du Trinity College de Dublin n’a rien à voir avec la plume et l’encre : ils se sont intéressé à l’ADN des moutons (et des chèvres) sur la peau desquels les écrits ont été réalisés. Le mouton est associé de très près au développement de l’agriculture. Il ne servait pas qu’à la production de parchemin ou à donner de la viande, il était aussi producteur de laine, et en tant que tel, essentiel à l’économie des îles britanniques pendant de nombreux siècles. Comprendre son histoire, c’est aussi éclairer celle de la vie des habitants de Grande-Bretagne du Moyen-âge jusqu’à l’arrivée de l’imprimerie. Les chercheurs du Trinity College ont donc extrait de l’ADN et des protéines de petits échantillons de parchemins des 17ème et 18ème siècles, obtenus auprès de l’institut Borthwick (université de York), et ont comparé les résultats avec les équivalents modernes de ces animaux. L’un des échantillons a montré des liens forts avec le nord de la Grande-Bretagne, plus particulièrement les régions comprenant des moutons à tête noire comme les Swaledale, Rough Fell et Scottish Blackface. Un autre échantillon, lui, avait une plus grande ressemblance avec les espèces des Midlands et du sud de l’Angleterre, régions où la fin du 18ème siècle a vu l’émergence de techniques d’amélioration des races ovines. L’étude, publiée dans la revue Philosophical Transactions of the Royal Society B, n’est qu’un début. Daniel Bradley, professeur de génétique des populations au Trinity College explique avec enthousiasme que ”ce projet pilote suggère que les parchemins sont une étonnante ressource pour les études génétiques du développement de l’agriculture à travers les siècles. Il doit y en avoir des millions, conservés dans des bibliothèques, archives, études et même dans nos greniers. Après tout, le parchemin était le matériau de choix pour l’écriture pendant des milliers d’années, remontant jusqu’aux manuscrits de la Mer Morte”. “La laine était en fait le pétrole des temps révolus, aussi, savoir comment les changements effectués par les humains ont affecté la génétique des moutons au travers des ages peut nous révéler énormément de choses sur l’évolution des pratiques agricoles,” conclut-il.   Credit photo :  (By permission of The Borthwick Institute for Archives) Continue reading

Les singes ne se laissent pas avoir par les prix

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397px-Cebus_apella_01.jpgSi les humains pensent souvent, parfois inconsciemment, qu’un produit est de meilleure qualité parce qu’il est plus cher, cela ne correspond pas forcément à une réalité. En 2008, une étude américaine avait montré que des consommateurs qui avaient acheté le même vin dans deux bouteilles apparemment différentes et avec des prix tout aussi différents éprouvaient davantage de plaisir à boire le vin le plus cher… sans savoir qu’ils buvaient la même chose. Dans un article qui vient d’être publié dans la revue Frontiers of Psychology, des chercheurs de l’université de Yale se sont demandés si ces “effets irrationnels” du prix sur les préférences des humains se retrouvaient aussi chez les singes. Ils ont donc effectué des expériences avec des capucins. Ces singes ont été préalablement entraînés à acheter des objets, et ont appris à distinguer les “prix” des produits présents. L’entraînement des singes consiste à les munir de jetons, qui leur permettent “d’acheter” ce que différents scientifiques leur proposent à différents prix. Cela a permis à ces singes de se familiariser avec le monde de l’économie domestique… et aux chercheurs d’étudier les stratégies économiques qu’ils développaient. “Nous savons que les capucins partagent certains de nos travers économiques,” explique Laurie Santos, psychologue à l’université de Yale et co-auteur de l’article. “Nos travaux précédents ont montré que les singes font preuve d’une aversion à la perte, qu’ils sont irrationnels lorsqu’il s’agit de faire face au risque, et qu’ils ont même tendance à rationaliser leurs décisions, juste comme les humains”. Mais dans cette nouvelle étude, des singes familiarisés avec le concept d’achat ont eu la possibilité d’acheter des produits au travers de quatre expériences différentes, dans lesquelles ils n’ont montré aucune préférence pour les produits les plus “chers”, alors qu’ils avaient parfaitement compris l’échelle des prix. Dans l’une des expériences, les singes vont acheter de préférence une marque moins chère, et vont aussi choisir un produit immédiatement accessible par rapport à un produit pour lequel il y aurait un délai dans la livraison. “Une expérience uniquement humaine qui pourrait donner naissance à un effet de prix spécifique à l’Homme serait la participation de notre espèce à des marchés dans lesquels il y a souvent une association entre le prix et la valeur. Dans un marché ouvert, les entreprises ne peuvent faire payer que ce que les gens sont prêts à donner pour leurs produits. Ainsi, dans la plupart des marchés humains, il y a souvent une association entre le prix d’un bien et sa qualité. Les humains pourraient donc généraliser cette expérience jusqu’à croire à tort que le prix d’un produit est toujours une indication de sa qualité. Les singes ne pourraient pas ressentir cet effet, du fait que les marchés dans lesquels ils sont entraînés n’ont pas d’association entre le prix et la qualité”, précisent les conclusions de l’étude. Le bon côté des choses, pour les capucins, c’est qu’ils ne se laissent pas berner par une étiquette….   Crédit photo : Un singe capucin (cebus apella) comme ceux utilisés dans l’étude (Matthias Kabel via Wikimedia Commons) Continue reading

L’Homme et l’alcool : une histoire vieille de 10 millions d’années

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461px-Bundesarchiv_Bild_105-DOA0116,_Deutsch-Ostafrika,_Schimpanse_Hamiss.jpgIls ne s’accordaient pas une petite bière bien fraîche en regardant la télé, mais consommaient tout de même de l’alcool. L’Homme moderne n’existait pas encore. En revanche, l’ancêtre commun des hommes, des chimpanzés et des gorilles, lui, se permettait quelques repas arrosés. Bien sûr, à cette époque-là, il n’y avait pas de distilleries, ni de brasseries. Ces primates ne trinquaient pas, et se contentaient de consommer des fruits trop mûrs, dans lesquels la fermentation avait produit de l’alcool. C’était il y a dix millions d’années, lorsque nos très lointains ancêtres se sont adaptés à la consommation d’alcool. C’est en tout cas la conclusion tirée par une équipe de chercheurs américains, qui publient leurs résultats dans la revue PNAS. En recherchant les origines de l’alcoolisme, ils se sont concentrés sur la capacité de l’homme et des autres primates à métaboliser l’alcool. Pour cela, ils ont étudié l’enzyme ADH4, le premier composé de l’appareil digestif qui permette à un organisme de transformer l’éthanol (la molécule d’alcool). Ils ont donc modélisé l’évolution de cet enzyme, et ont constaté que voici 10 millions d’années, une mutation s’est produite, avec une capacité marquée de métaboliser l’alcool. Un changement qui s’est produit lorsque nos ancêtres ont changé de style de vie, passant des arbres au sol, là où il était beaucoup plus courant de trouver des fruits tombés des arbres et qui avaient déjà commencé à fermenter, donc produire de l’alcool. Pour cette modélisation, ils ont séquencé les protéines d’ADH4 pour 19 primates modernes, et ont ensuite remonté le temps pour voir son évolution dans l’histoire de ces primates. Ils ont ensuite créé des copies des différentes versions (pré) historiques, et testé leur efficacité dans la métabolisation de l’alcool. Selon eux, les formes les plus anciennes de l’ADH4, trouvées dans des primates d’il y a 50 millions d’années, ne pouvaient qu’absorber de petites quantités d’éthanol, et très lentement. Mais voici 10 millions d’années, l’ADH4 évolua dans une version 40 fois plus efficace. “A peu près au même moment, la Terre s’est refroidie, les sources de nourriture ont changé, et cet ancêtre primate a commencé à explorer la vie sur le sol”, explique Matthew Carrigan, co-auteur de l’article. Jusque là, les primates qui pouvaient consommer de l’alcool auraient été ivres très rapidement, voire malades, ce qui les aurait exposés à des prédateurs ou à des concurrents moins saouls. Avec l’ADH4 nouvelle version, ils pouvaient consommer les fruits fermentés avec certes la possibilité d’avoir la gueule de bois, mais moins de risques de se trouver à la merci d’une nature pas vraiment hospitalière. Cette découverte peut également expliquer pourquoi les cerveaux humains ont évolué pour lier la consommation d’alcool au plaisir : ce dernier était associé à une source de nourriture essentielle. “Ce n’est pas très différent des dépendances que certaines personnes ont par rapport à la nourriture”, précise Matthew Carrigan. “Il était rare de trouver beaucoup de cette nourriture, aussi, lorsqu’on en trouvait, on voulait être programmé pour en consommer en grande quantité”. En gros, il fallait tenir un peu l’alcool pour pouvoir manger des fruits pourris… Crédit photo : l’ancêtre commun de l’Homme et du chimpanzé a commencé à absorber de l’alcool voici 10 millions d’années (Bundesarchiv, Bild 105-DOA0116 / Walther Dobbertin / CC-BY-SA via Wikimedia Commons). Continue reading