Les attaques terroristes auraient un effet sur la natalité

Lorsqu’on pense aux effets directs et indirects du terrorisme, on n’imagine pas forcément la courbe de natalité. Pourtant, selon deux chercheurs, dans les pays qui ont connu des actes terroristes, on constaterait des infléchissements du taux de natalité (et du taux de fécondité). Les docteurs Claude Berrebi, de l’université Hébraïque de Jérusalem, et Jordan Ostwald, de la RAND Corporation, ont pu déterminer qu’en moyenne, les attaques terroristes affecteraient à la fois le nombre d’enfants qu’une femme pourrait avoir durant sa vie et le nombre de naissances qui se produisent chaque année. Les deux chercheurs, qui viennent de publier leurs résultats dans le Oxford Economic Papers, ont étudié les données relatives à des actes terroristes entre 1970 et 2007, ainsi que les données démographiques correspondantes, sur un ensemble de 170 pays. L’étude explique que ”le terrorisme agirait sur la fertilité au travers de l’incertitude sur l’emploi, le stress psychologique, les soucis d’argent et les problèmes de santé, qui peuvent causer des déclins significatifs et à court terme de la fertilité en affectant des facteurs liés, comme l’âge auquel on a son premier enfant, l’âge lors du mariage, la fréquence des rapports sexuels et les migrations liées au travail”. “Même si les attaques terroristes se produisent relativement rarement, elles génèrent une quantité de stress et de peur disproportionnée, ce qui suggère que leurs effets directs pourraient être faibles en comparaison avec un éventail d’effets indirects plus importants et plus étendus”, ajoutent les chercheurs. L’influence en question, une réduction de 0,018% du taux de fécondité dans les deux ans suivant un accroissement d’attaques terroristes, serait “statistiquement significative” : pour un million de femmes, 18 000 enfants de moins naîtraient, sur la durée d’une vie. Le Dr Berrebi, cité par The Australian, admet qu’il a été surpris par l’importance de cet impact :”Cela veut dire que les actes terroristes affectent nos vies bien davantage que ce que nous pensions initialement, bien plus que des dommages économiques ou des morts.” Continue reading

Les hommes et les femmes ne sont pas égaux… dans l’espace ?

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spaceradiationgenderillustration59459.jpg.jpegLa différence homme-femme dans l’espace n’est pas un nouveau sujet de controverse sexiste, et n’a rien à voir avec le “shirtgate” du malheureux Matt Taylor. La NASA et le National Space Biomedical Research Institute (NSBRI) se sont intéressés aux différences biologiques et psychologiques des astronautes en fonction de leur sexe et de leur genre (sexe se référant à l’identité biologique, et genre à l’identité sociale). Le résultat de cet atelier est une série d’études qui viennent d’être publiées dans le numéro de novembre du “Journal of Women’s Health.

Les différences homme-femme dans l’espace

  • Les astronautes de sexe féminin sont davantage sujettes à l‘intolérance orthostatique qui se manifeste, après un séjour dans l’espace, par l’incapacité à se tenir debout durant des périodes prolongées sans s’évanouir. Cela pourrait s’expliquer par des problèmes liés à la circulation vasculaire dans les jambes.
  • Les femmes ont une plus grosse perte de volume de plasma sanguin que les hommes pendant les vols spatiaux. Cela induirait un rythme cardiaque accru chez les femmes, et une résistance vasculaire accrue chez les hommes (ces observations nécessitent davantage d’études dans l’espace).
  • Le syndrome VIIP (réduction de la vue due à l’hypertension intra-crânienne) se manifeste par des changements oculaires à des degrés divers. 82% des astronautes masculins ont été affectés, contre 62% des astronautes féminines. De plus, tous les cas significatifs se sont produits chez les hommes.
  • Des changements dans les fonctionnalités et la concentration de composants clés du système immunitaire en relation avec le vol spatial ont été rapportés. Il n’y a pas de différences homme/femme constatées dans l’espace, mais au sol, les femmes présentent une réponse immunitaire plus puissante, ce qui les rend plus résistantes aux infections virales et bactériennes. Lorsqu’elles sont infectées, les femmes ont même une réponse plus importante. Cela les rendrait en revanche plus vulnérables aux maladies auto-immunes. On ne sait pas si ces changements constatés au sol se produiraient durant des missions spatiales longues, ou d’exploration planétaire.
  • Les femmes seraient plus vulnérables aux cancers provoqués par les radiations que les hommes. Les doses de rayonnements autorisés sont donc plus basses pour elles que pour leurs homologues masculins.
  • Après le passage en micro-gravité lors à l’arrivée dans la station spatiale internationale, les astronautes de sexe féminin ont été légèrement plus sujettes au mal de l’espace que les hommes. A l’inverse, davantage d’hommes manifestent de tels troubles une fois de retour au sol. (Ces symptômes s’apparentent à ce que l’on ressent quand on est victime du mal des transports). Les études précisent que les données ne sont pas statistiquement significatives du fait de la taille trop réduite de l’échantillon concerné, et des faibles différences homme/femme dans les incidents rapportés.
  • La sensibilité auditive décline plus rapidement avec l’âge chez les astronautes masculins que chez leurs homologues féminines. Il n’y a pas d’éléments pour suggérer que ces différences chez les astronautes sont liées à l’exposition à la micro-gravité.
  • La réponse de l’appareil locomoteur au changement de gravité est extrêmement variable en fonction des individus, et aucune différence liée au sexe n’a été observée.
  • Les infections des voies urinaires dans l’espace sont plus communes chez les femmes, et ont été traitées avec succès grâce aux antibiotiques.
  • Il n’y a pas de preuves de différences liées au sexe en termes de comportement ou de réponses psychologiques au vol spatial.
 

Il faut davantage de femmes astronautes

Le résultat montre que s’il y a effectivement des différences, elles ne sont en aucun cas des contre-indications pour l’un ou l’autre sexe en matière de capacités à voler dans l’espace. Il est cependant important de les détecter et de les comprendre, afin d’anticiper les problèmes éventuels qu’elles pourraient générer pour la santé des astronautes, et cela d’autant plus que les missions de longue durée, et qui s’éloigneraient de la Terre (missions vers Mars, vers Europe…) se profilent à l’horizon. Il est donc essentiel pour les agences spatiales de réduire les risques. Les groupes de travail des scientifiques qui ont réalisé les études sous la houlette de la NASA et du NSBRI ont également porté cinq recommandations :
  • Sélectionner davantage de femmes astronautes pour les missions dans l’espace
  • Encourager et faciliter la participation de davantage de sujets masculins et féminins dans des études à la fois au sol et en vol
  • Se focaliser sur les réactions individuelles des astronautes durant les vols spatiaux et à leur retour sur Terre
  • Inclure les facteurs de sexe et de genre dans la conception des expériences
  • Incorporer le sexe et le genre, ainsi que d’autres facteurs de risque individuels, dans les programmes de recherche financés par la NASA
  Ces études montrent l’importance de ne pas ignorer le facteur que représente le sexe d’un individu quand il s’agit de voler dans l’espace. Les différences existent, et il est nécessaire de les prendre en compte, de la même manière que les différences entre individus. “Il y a dans de nombreux cas des différences liées au sexe dans la réponse aux facteurs de stress du vol spatial”, explique le Dr Mark Shelhamer, responsable du NASA Human Research Program. Pour lui, “il est important de les reconnaître au lieu de les ignorer, et de fournir des contre-mesures qui soit adaptées à chaque sous-population, ou même à chaque individu”. Crédit image : schéma montrant les différences principales entre hommes et femmes dans leurs réactions physiques et psychologiques dans l’espace (NASA/NSBRI) Continue reading

Sécheresse et surpopulation : la recette pour la chute d’un empire… du passé ?

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Les problématiques liées au climat et à la démographie galopante existaient aussi il y a 26 siècles…
602px-Human_headed_winged_bull_facing.jpgC’était au septième siècle avant notre ère. Le nouvel empire Assyrien dominait le Proche-Orient. Du golfe Persique à la Méditerranée, de la Turquie à l’Egypte, son influence était sans égale, malgré de puissants ennemis. Ce que l’on nomme aujourd’hui l’empire néo-assyrien a duré de -911 à -609, avec de célèbres souverains comme Sargon II, qui conquit Israël,  ou Assurbanipal (aussi connu sous le nom francisé de Sardanapale), qui détruisit Babylone mais renforça également les arts et la culture. L’empire assyrien avait de nombreux ennemis, du fait de ses tout aussi nombreuses guerres de conquête. Mais ce n’est pas la puissance militaire qui provoqua sa chute, si l’on en croit une étude publiée dans la revue Climatic Change. Les deux auteurs, Adam Schneider, de l’université de Californie-San Diego et Selim Adali, de l’université Koç d’Istambul, présentent de nouveaux facteurs qui auraient pu être à l’origine de la fin brutale de cet empire conquérant, qui s’est effondré en seulement quelques dizaines d’années. Pour cela, ils se sont basés sur une tablette d’argile sur laquelle est gravée une lettre d’un astrologue de la cour au roi Assurbanipal, en -657. Dans cette lettre, ce prêtre nommé Akkulanu explique que “les pluies de cette année étaient diminuées et aucune moisson n’a été récoltée”. Les chercheurs ont donc repris les divers éléments touchant au climat de la région : analyses sédimentaires, et textes historiques faisant mention du temps. Ces derniers ne manquent pas : quelle que soit la civilisation, les textes parlent toujours du temps qu’il fait, la météo n’a pas attendu l’explosion des médias pour être l’un des centres d’intérêt privilégiés des humains. Par exemple, un texte sur l’accession d’Assurbanipal au trône, dix ans plus tôt, mentionne “des pluies copieuses et d’énormes inondations” (à l’époque, dans les plaines alluviales, les inondations étaient des signes de bonnes récoltes). Les éléments que nous possédons sur le climat de l’époque, par l’analyse des différentes couches du sol, vont également dans le sens d’un épisode d’années arides. Si les années de sécheresse n’étaient pas rares dans le type de climat de la Mésopotamie de l’époque, celles qui se sont produites à la fin du 7ème siècle semblent avoir été bien pires, et auraient eu des conséquences graves dans une société totalement dépendante de l’agriculture pour sa survie. Si l’on ajoute à cela le fait que la puissance de l’empire avait favorisé la croissance de centres urbains, comme la ville de Ninive, on a tous les éléments nécessaires pour établir un scénario de famines au coeur même de l’Assyrie. Après la mort d’Assurbanipal, en -627, le pays connut des troubles internes importants. Les peuples conquis et les ennemis de l’extérieur en profitèrent, et ce fut la fin de l’empire Néo-Assyrien. Ninive fut détruite par les Babyloniens en -612, et sept ans plus tard, en -605, après vingt ans de guerres civiles et de guerres extérieures, on considère aujourd’hui que l’empire assyrien n’existait plus. “Nous ne disons pas que les Assyriens sont morts de faim ou furent forcés de s’exiler en masse dans le désert en abandonnant leurs cités”, assure Adam Schneider, “nous disons plutôt que la sécheresse et la surpopulation ont affecté l’économie et déstabilisé le système politique à un point tel que l’empire n’a pu résister aux désordres civils et aux assauts des autres peuplades”. Les deux chercheurs établissent également un parallèle avec ce qui se passe dans cette même région du monde aujourd’hui, pointant du doigt la ressemblance avec les sécheresses sévères et les conflits politiques en Syrie et dans le nord de l’Irak. Ils voient également des similarités entre la situation de Ninive au septième siècle avant notre ère et celle du Los Angeles contemporain, “probablement trop grande pour son environnement”. “Les Assyriens avaient des excuses, jusqu’à un certain point pour se focaliser sur des objectifs économiques ou politiques à court terme qui augmentaient leurs risques d’être impactés négativement par le changement climatique”, expliquent les deux chercheurs, “du fait de leur capacités technologiques et de leur niveau de compréhension scientifique de la manière dont le monde fonctionne. Nous, au contraire, n’avons pas ces excuses, et nous avons en plus le bénéfice du recul qui nous permet de reconstituer à partir du passé ce qui peut aller mal si nous choisissons de ne pas adopter des politiques qui aillent dans le sens de la durabilité à long terme”. En résumé, c’est l’empire Assyrien qui revient pour nous faire la morale ?   Crédit photo : Bas-relief du palais de Sargon II, au 7ème siècle avant notre ère (Marie-Lan Nguyen via Wikimedia Commons) Continue reading

Avez-vous le dégoût de gauche ou de droite ?

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leftrightbrain.jpgLa manière dont vous réagissez aux images de vers grouillants, de carcasses pourrissantes ou de toilettes sales révélerait si vous êtes de tendance libérale ou conservatrice, les équivalents américains du clivage gauche/droite. C’est en tout cas ce que prétend une étude menée par une équipe internationale, sous la houlette d’un professeur de l’institut polytechnique de Virginie (VirginiaTech), et publiée aujourd’hui dans la revue Current Biology. Pour les chercheurs, des éléments idéologiques comme la manière dont une personne se comporte en public ou en privé, ses attitudes envers le sexe, la famille, l’éducation, l’autonomie personnelle, ou encore sur des sujets clivants comme l’avortement ou le contrôle des armes (un sujet chaud aux Etats-Unis), seraient “profondément connectés à des mécanismes biologiques de base”. L’expérience menée par ces scientifiques a consisté à étudier les données recueillies par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, une technologie qui permet de visualiser le fonctionnement du cerveau, lors de la projection d’images politiquement neutres, par exemple de la nourriture avariée ou des menaces physiques, en alternance avec des images paisibles de natures ou de bébés. Ces mêmes sujets ont passé également un test sur leurs positions en matière de sujets de société permettant de déterminer leur orientation politique. La comparaison des réactions avec les opinions politiques des participants est marquée lors de la projection d’images provoquant le dégoût. Cela va même plus loin : les réactions inconscientes de dégoût ne sont pas forcément en accord avec la notation consciente attribuée par les sujets aux images en question… “De manière remarquable, nous avons trouvé que la réponse du cerveau à une seule image dégoûtante était suffisante pour prédire l’idéologie politique d’un individu”, affirme le professeur Read Montague, de VirginiaTech. Selon l’étude, les réponses cérébrales aux images dégoûtantes a permis de prédire avec une exactitude de 95 à 98% la manière dont une personne répondrait au questionnaire politique. Les personnes conservatrices auraient en effet une réponse plus grande aux images dégoûtantes, mais les scientifiques ne savent pas vraiment pourquoi.

Nous ne sommes pas conçus pour réagir seulement à l’instinct

“Ces résultats suggèrent que les idéologies politiques sont calquées sur des réponses neuronales qui peuvent avoir servi à protéger nos ancêtres contre les menaces issues de leur environnement”, explique le professeur Montague. “Ces réponses neuronales peuvent avoir été transmises aux lignées familiales : il est probable que les réactions au dégoût soient héréditaires”. “Nous avons mené cette recherche parce que des précédents travaux dans un domaine voisin montraient que l’idéologie politique (plus précisément le degré auquel quelqu’un est libéral ou conservateur) était hautement héréditaire, presque autant que la taille”, assure-t-il. Reste à savoir pourquoi. “Les réponses pourraient être un rappel de réactions profondes et négatives dont nos ancêtres primitifs avaient besoin pour éviter la contamination et la maladie” Nos opinions politiques et philosophiques ne seraient donc qu’instinctives, selon ces scientifiques ? Ils y mettent toutefois un bémol : nous ne serions pas conçus pour réagir seulement à l’instinct. “La génétique détermine la taille, mais pas entièrement”, détaille Read Montague, “la nourriture, le sommeil, la malnutrition, des blessures, peuvent changer la taille finale de quelqu’un. Mais les enfants de personnes grandes ont tendance à être grands, et c’est une sorte de point de départ. Si nous pouvons commencer à comprendre que des réactions automatiques à des sujets politiques peuvent être simplement cela, des réactions, alors nous pourrions faire baisser la température de la chaudière du discours politique”. L’être humain aurait donc une “tendance politique instinctive”, qu’il serait capable de mettre de côté par sa réflexion, sa pensée raisonnée. Et lorsqu’il s’agit de sujets qui jouent sur nos instincts, ce serait une bonne raison pour ne pas les écouter et se concentrer sur notre raisonnement. En gros, même si ces chercheurs avaient raison et que l’on avait un cerveau “de droite” ou “de gauche”, cela ne devrait pas nous empêcher de faire nos propres choix basés sur des opinions raisonnées. C’est ce qui fait théoriquement l’humain, non ? Crédit photo : mix utilisant l’image IRM de Ranveig et les drapeaux de Wereon, via Wikimedia Commons) Continue reading

Les déchets de whisky, un carburant d’avenir ?

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800px-Glenmorangie_Brennblasen.jpgDemain, vous roulerez peut-être au whisky plutôt qu’au pétrole. Pour rassurer à la fois la Prévention Routière et les amateurs de scotch, il ne s’agit ni d’évoquer l’alcoolisme au volant ni de verser un pur malt 15 ans d’âge dans le réservoir de nos automobiles, mais bien d’utiliser les sous-produits de fabrication du whisky afin de les transformer en carburant. L’idée vient d’Ecosse, bien sûr. Pour mieux comprendre son intérêt, il faut aborder rapidement le processus de fabrication du whisky (très bien détaillé en français sur le site de l’université d’Edimbourg). Pour fabriquer du whisky, donc, vous avez besoin de très peu de matières premières : de l’eau, de la levure, et une céréale, généralement de l’orge. Seuls 10% de tout cela finissent en whisky. Entre le brassage, la fermentation et la distillation, on se retrouve avec des tonnes de sous-produits qui sont aujourd’hui utilisés soit comme nourriture (de mauvaise qualité) pour animaux, soit répandus dans les champs, soit rejetés à la mer. Chaque année, ce sont ainsi 500 000 tonnes de résidus solides et 1,6 milliards de litres de liquide partiellement fermenté qui sortent ainsi des distilleries. Ce sont ces sous-produits que compte utiliser la start-up Celtic Renewables pour son projet, qui fait l’objet d’un article détaillé dans la revue Chemical & Engineering News. Cette société a recyclé un ancien procédé de fabrication de produits chimiques à partir de sucres et de mélasses pour transformer les déchets de whisky en acétonebutanol et éthanol. La recette a un siècle, mais apparemment elle est toujours efficace. Le butanol et l’éthanol peuvent ensuite être utilisés comme biocarburants. Au mois de juin, Celtic Renewables a signé un partenariat avec une usine pilote de biotechnologies basée à Ghent, en Belgique : Bio Base Europe Pilot Plant, afin de tester ses procédés, ce qui a été possible grâce à une levée de fonds de 1,2 millions de livres, dont 800 000 du gouvernement britannique. Les résidus utilisés par Celtic Renewables “n’ont pas de valeur commerciale, et dans un contexte moderne ils représentent un problème d’élimination des déchets”, explique son président, Martin Tangney, qui voit donc là une opportunité “d’utiliser ce que nous avons en abondance”. Il faut en effet préciser que le whisky écossais, avec une production de 96 millions de caisses par an, représente une manne pour l’économie britannique, générant 4,3 milliards de livres d’excédent pour le commerce extérieur, et représentant un milliard de livres en taxes pour le budget du Royaume-Uni. Si tout se passe bien dans l’usine pilote, la prochaine étape pour Celtic Renewables sera le passage à une production industrielle. Aussi, qui sait, dans quelques années, votre prochaine voiture roulera peut-être aux résidus de whisky écossais…   Crédit photo : la distillerie de Glenmorangie (Hajotthu via Wikimedia Commons)

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Les pays où Internet dort

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81170.gif Internet serait-il comme une gigantesque colonie de créatures vivantes, dont certaines dormiraient et d’autres pas ? C’est en tout cas l’impression générée par une toute nouvelle carte du “sommeil de l’Internet” dont les premiers éléments viennent d’être rendus publics par une équipe de chercheurs de l’école d’ingénieurs en sciences de l’information de l’université de Californie du Sud (ISI). Bien entendu, l’analogie avec un être vivant est une simple image, mais comme Internet est utilisé par des créatures de chair et de sang (vous et moi), il est intéressant d’étudier ce “cycle de sommeil”. Dans certains pays, comme aux Etats-Unis ou en Europe de l’Ouest, Internet ne dort jamais, alors que dans d’autres régions du monde comme l’Asie, l’Amérique du Sud ou l’Europe de l’Est, l’activité des ordinateurs connectés peut être rapprochée du cycle jour-nuit. Cela veut-il dire que l’Occident est composé d’accros à Internet qui ne dorment jamais ? Evidemment non, mais cela donne des informations sur la nature des connexions et le développement des réseaux. Ainsi, ceux qui ont des accès permanents à des réseaux à haut débit laisseront leurs appareils connectés jour et nuit. A l’inverse, ceux qui sont toujours dépendants d’accès ponctuels ne se connecteront que lorsqu’ils utilisent vraiment la connexion, donc généralement pas au beau milieu de la nuit.

A quoi ça sert ? 

Mais l’étude n’est pas focalisée sur le cycle du sommeil des utilisateurs d’Internet. Le but est de fournir des outils pour mesurer et identifier les coupures d’Internet, par exemple : connaître les “cycles de sommeil” du réseau permet ainsi d’éviter de confondre une période d’inactivité régulière avec un gros incident réseau privant d’accès une zone géographique. “Internet est important dans nos vies et pour nos entreprises, des films en streaming aux achats en ligne”, explique John Heidemann, professeur à l’ISI et l’un des chercheurs de l’étude. “Mesurer les coupures réseau est un premier pas pour améliorer la fiabilité d’Internet”. Pour lui, “Ces données servent à établir une base de l’Internet, à comprendre comment il fonctionne, pour que nous ayons une meilleure idée de sa résistance globale, et que nous puissions détecter les problèmes plus rapidement”. L’étude permet aussi de comprendre le fonctionnement du réseau à plusieurs niveaux :
  • Les politiques de développement par pays, tout d’abord : aux USA, par exemple, la connexion haut débit permanente est un objectif gouvernemental.
  • Il y a également un rapport entre le niveau de vie et l’accès nocturne : plus un pays est riche, plus il y a de chances que son Internet soit en fonction 24 heures sur 24. L’étude montre une corrélation entre le PIB et l’activité Internet, ainsi qu’avec l’utilisation électrique par personne. “La corrélation entre l’activité du réseau et l’économie nous aide à mieux comprendre notre monde”, affirment les chercheurs. En fonction du “rythme de sommeil” de votre réseau, ils peuvent prédire dans quelle région du globe vous êtes situé…
  • Des mesures de la taille et de la croissance d’Internet. Le “sommeil” permet de mieux estimer la taille globale du réseau, que l’on a tendance à considérer en fonction du nombre d’adresses, qu’elles soient actives ou non. Prendre en compte leur activité réelle est un élément important.
  • Comprendre pourquoi les réseaux “dorment” : en pratique, pourquoi les gens éteignent leur ordinateur la nuit. Que le trafic change en fonction des activités humaines, cela semble normal, mais que le réseau soit éteint dans certains endroits répond à des causes qui touchent à la sociologie autant qu’à l’informatique. Les entreprises éteignent-elles leurs ordinateurs à la fin de la journée de travail ?  Les particuliers coupent-ils toutes leurs connexions lorsqu’ils vont se coucher ? Et pourquoi le font-ils ? Quand il s’agit de cybercafés fermant la nuit, ou de pays où la connexion s’effectue par modem et ligne téléphonique, on comprend la cause de la coupure, mais qu’en est-il des endroits à connexion haut débit illimitée ? La politique d’un pays encourage-t-elle les déconnexions ? Le manque d’adresses IP disponibles pour un fournisseur d’accès l’incite-t-il à limiter les temps de connexion de ses clients ?
On le voit, cette étude offre de nombreuses directions de recherche…

Comment ils ont procédé

Rappelons que les ordinateurs connectés à Internet se voient attribuer une adresse réseau, l’IP, qui correspond peu ou prou à une sorte de numéro de téléphone pour votre connexion. La différence, c’est que selon votre mode de connexion, ce numéro peut changer régulièrement sans que vous le sachiez, et sans que cela affecte votre utilisation d’Internet (votre fournisseur d’accès possède ces adresses et vous les attribue en fonction de ses possibilités…ou de votre type de contrat). Il y a dans le monde 4 milliards d’adresses Internet au standard IPv4 (un autre standard, IPv6, qui permettra d’avoir encore plus d’adresses, est en cours de mise en place). Sur ces 4 milliards, l’équipe de l’ISI a pu monitorer 3,7 millions de blocs d’adresses, qui représentent environ 950 millions d’adresses individuelles. En les testant toutes les 11 minutes pendant 2 mois, ils ont pu ainsi observer les tendances d’activité et d’inactivité de ces réseaux. Ces données ne représentent que le début d’une étude en cours, et elles seront présentées officiellement le 5 novembre lors d’une conférence de l’ACM (association mondiale de professionnels de l’informatique). En attendant, l’équipe continue ses recherches. “Nous avons étendu notre couverture à 4 millions de blocs (plus de 1 milliard d’adresses), explique John Heidemann, qui espère que les mesures à long terme aideront à guider le fonctionnement d’Internet.   Crédit image : Un gif animé des données recueillies. Les carrés du rose pâle au rouge indiquent des activités Internet supérieures à la moyenne mondiale, ceux allant vers le bleu, des activités inférieures à la moyenne (Courtesy of John Heidemann / USC Viterbi ISI) Continue reading

Quand les vitrines se transforment en miroirs magiques

Noël n’est pas loin, avec son passage obligé de lèche-vitrines en série. Pour cette année encore, ces vitrines-là auront un air familier, mais demain? Et quand je parle de demain, je ne veux pas dire dans cent ans, ou dans cinquante, ou même dans dix… Mais peut-être cinq. Peut-être moins. Qu’arrivera-t-il alors? Les vitrines des magasins paraîtront semblables, mais ce que vous y verrez dépendra de vous… et du propriétaire du magasin. Vous pourrez, par exemple, voir l’effet qu’un vêtement peut avoir une fois sur vous. Ou pointer du doigt un objet pour voir apparaître ses caractéristiques (et son prix) ou même le manipuler virtuellement pour l’observer sous toutes les coutures. Ces “vitrines intelligentes” auraient des fonctions tactiles, ou pourraient même suivre le mouvement de vos yeux pour mieux vous montrer ce qui a attiré votre regard. Les boutiques ne sont pas les seules concernées. Les musées, aussi, pourront utiliser cette projection interactive pour apporter des informations aux visiteurs sur les objets que les vitrines protègent. Ils pourront aussi, pourquoi pas, les voir dans leur cadre d’origine, ou utilisées par des gens de l’époque de leur fabrication… Le système a d’autres applications que les vitrines : il peut servir pour des projections lors d’événements musicaux, ce qui apparaît au travers de la vitre (des deux côtés) se synchronisant avec les instruments. Les points de contrôle de sécurité pourront en être équipés aussi, et projeter sur écran ce que vous avez dans vos poches. En médecine, vous pourrez voir en direct vos radiographies, et le médecin interagira avec. Et il y a sans doute beaucoup d’autres situations dans lesquels ces vitrines seront utiles.

La réalité augmentée dans le monde de tous les jours

Science-fiction? Non, je n’ai pas tiré cela de l’imagination fertile d’un écrivain. Ces nouvelles vitrines utilisent ce que l’on nomme la réalité augmentée, qui vous permet de voir simultanément le monde qui vous entoure et des informations supplémentaires venues du monde numérique. Les Google Glass s’en sont fait une spécialité, mais il y a également quelques gadgets sous formes d’applications iPhone ou Android qui circulent ici et là, comme World Lens, qui vous traduit les panneaux ou les affiches quand vous les regardez au travers de la caméra de votre smartphone. Une équipe du département informatique de l’université de Bristol (Angleterre), dirigée par le professeur Sriram Subramanian, présente aujourd’hui le résultat (impressionnant) de ses recherches en la matière à la conférence mondiale des interfaces homme-machine à Honolulu (USA). Ces scientifiques ont mis au point la fameuse vitrine, qui utilise également les capacités que peut avoir un miroir de projeter une réflexion indépendamment du point à partir duquel on l’observe. Jusqu’ici, la réalité augmentée, ou les écrans nouveaux modèles, utilisaient la projection seule. Ce que cette équipe a mis au point la combine avec les reflets pour en faire un mélange unique. “Ce travail présente des possibilités interactives excitantes, qui pourraient être utilisées dans de nombreuses situations,” explique le Dr Diego Martinez, du Bristol Interaction and Graphics (BIG) de l’université de Bristol. “Les surface semi-transparentes sont partout autour de nous, dans toutes les vitrines de banques, de magasins. L’un des exemples est lorsque quelqu’un ne peut pas accéder à une boutique parce qu’elle est fermée. Cependant, le reflet serait visible dans la boutique au travers de la vitrine, et cela permettrait d’essayer les vêtements, de payer en utilisant une carte de crédit, et de se les faire livrer à la maison”? Alors, à défaut de science-fiction, peut-être ont-ils inventé le miroir magique des contes de fées? Une vidéo de démonstration de la “vitrine-miroir”… Continue reading

Les moines copistes griffonnaient dans les grimoires

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tumblr_nc40xblIhU1soj7s4o1_1280.jpgLa vie d’un moine copiste devait être parfois un peu monotone. A part les activités réglées de leur ordre, ils passaient des heures à copier et enluminer des livres, ce qui en faisait, en fait, les ancêtres des imprimeries d’aujourd’hui. Mais ils ne faisaient pas que copier, après tout, il faut bien se distraire aussi. C’est pourquoi l’étude des anciens manuscrits révèle des trésors qui ne manquent pas de nous émerveiller. J’avais déjà évoqué ici les escargots géants que combattent les chevaliers, les grimaces des singes ou encore les chats et leur allergie aux fusées, mais cette fois on passe à une toute autre échelle : les gribouillages, dessins et autres graffiti que l’on trouve dans un nombre impressionnant de manuscrits. L’historien Erik Kwakkel étudie les livres anciens, menant un projet de recherche sur “l’innovation dans les manuscrits de la Renaissance du 12ème siècle“. Son blog (en anglais) est d’ailleurs un petit bijou pour tous ceux qui aiment les vieux textes… Il semble donc tout naturel qu’il ait également répertorié les plus anciens graffiti qui aient été griffonnés sur du papier (ou du parchemin). Il a découvert la plupart d’entre eux en recherchant des exemples d’essais effectués par les copistes pour essayer leurs plumes. “D’un point de vue de l’histoire du livre, les essais de plume sont intéressants, car un scribe a tendance à les écrire avec son doigté natal”, explique le Dr Kwakkel au magazine Colossal . Parfois, lorsqu’ils se déplaçaient vers une autre culture écrite (un autre pays ou un autre établissement religieux), ils adaptaient leur style d’écriture lorsqu’ils avaient à copier de véritables textes et livres. D’un autre côté, les essais sont effectués dans le style de la région où ils ont été entraînés, ce qui veut dire que ces personnes révèlent des informations sur elles-mêmes”. Un copiste flamand importé en Angleterre pourrait ainsi dévoiler son origine juste en effectuant des essais de plumes… Ces essais sont souvent des visages schématisés façon smiley… kansas-kenneth-spencer-research-library-ms-c54.jpgMais les graffiti sont aussi des annotations dans la marge. Ainsi, il y a des exemples de livres d’études dans lequel le lecteur a transcrit des commentaires personnels. Genre “ce professeur est ennuyeux”. Ou encore un doigt dessiné qui pointe vers un passage intéressant… ou vers une erreur de traduction. Parfois encore, il s’agit d’ancêtres des selfies : le copiste se représente lui-même, dans une lettre, une enluminure… Tout ceci démontre que les moines copistes avaient non seulement un sens artistique développé, mais qu’ils laissaient aussi leurs pensées vagabonder, qu’ils étaient parfois critiques par rapport à ce qu’ils recopiaient… et qu’ils étaient généralement dotés d’un humour à toute épreuve.   Crédit photo : “Air guitar” sur un manuscrit du 9ème siècle?  (Bibliothèque municipale d’Amiens via le TumblR d’Erik Kwakkel) Un doigt dans la marge d’un écrit du 15ème siècle (Kansas University, Kenneth Spencer Library, via Medieval Books) Continue reading

La population vieillit? Ce n’est pas un problème, au contraire

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450px-Windsurfing_Mimarsinan_Istanbul_1120996.jpgL’humanité vieillit. L’espérance de vie augmenterait, dans les pays dits développés, à raison de trois mois par an, alors que le taux de natalité, dans la plus grande partie des pays européens et en Amérique du Nord, serait au-dessous du seuil de renouvellement des générations. Le vieillissement général de la population mondiale, et plus particulièrement dans les pays occidentaux, est souvent présenté comme un problème à long, voire à moyen terme. Diminution de la population active, nécessité d’anticiper les problèmes d’autonomie, protection sociale, système de santé…  Le vieillissement pourrait être également la cause d’un ralentissement de la croissance mondiale, comme l’expliquait récemment l’agence Moody’s, pour qui “il aura des effets négatifs sur la main d’œuvre mais aussi sur le taux d’épargne des ménages, comme sur la productivité et l’investissement”. Certains pensent cependant qu’il n’y a pas que de mauvais côtés à ce vieillissement, comme le professeur Yves Carrière, du département de démographie de l’université de Montréal, qui pense que le vieillissement de la population canadienne comporte son lot d’avantages : garde des enfants par les grand-parents, bénévolat et autres activités non rémunérées mais qui apportent beaucoup à la société… Aujourd’hui, c’est une étude menée par une équipe internationale dirigée par Fanny Kluge, du Max Planck Institute pour la recherche démographique (Allemagne), qui se penche sur les impacts positifs du vieillissement pour la société. Les chercheurs se sont penchés sur le cas particulier de l’Allemagne, car ce pays “est à un stade avancé de sa transition démographique, avec un taux de fertilité autour des 1,4, et a la deuxième population la plus âgée dans le monde, avec un âge moyen de 44,3 ans.” Mais ils affirment que les conclusions qu’ils en  tirent peuvent s’appliquer à la plupart des sociétés vieillissantes. Ils ont identifié cinq domaines dans lesquels le vieillissement de la population pourrait avoir des bénéfices nets lorsque on le combine avec d’autres facteurs démographiques:
  • Les plus jeunes produiront davantage. Même si le vieillissement va probablement amener une réduction de la population active, l’augmentation du niveau d’éducation des travailleurs peut en partie compenser ce déclin par une plus forte productivité.
  • Le vieillissement, c’est bon pour l’environnement. Le changement de la pyramide des âges et la diminution de la population sont associées à une consommation plus réduite de produits à forte empreinte énergétique, et à la diminution des émissions de CO2
  • Le partage des richesses avec les jeunes. Avec l’augmentation de l’espérance de vie, on va hériter plus vieux, et utiliser cet héritage pour financer sa retraite ou aider ses enfants financièrement lorsqu’ils deviennent adultes. De plus, comme les familles ont moins d’enfants, l’héritage sera moins divisé, donc chacun recevra davantage, en moyenne.
  • Tant qu’on a la santé… L’allongement de la durée de vie signifie également rester en bonne santé plus longtemps. Les résultats de l’étude laissent présager que l’Allemand moyen en 2050 passera 80% de sa vie en bonne santé, alors qu’aujourd’hui ce chiffre est de 63%.
  • La qualité de vie. L’étude suggère que la proportion entre le travail, les travaux ménagers et les loisirs va changer dans le futur, avec une augmentation du temps de loisir moyen.
Si l’on en croit cette étude, qui vient d’être publiée par le journal PLOS One, on devrait donc bientôt avoir des populations de seniors en bonne santé, qui dépensent leur argent pour les jeunes, préservent l’environnement et donnent de leur temps pour des oeuvres socialement utiles. De quoi nous réconcilier avec la vieillesse…   Crédit photo : Les “personnes âgées” ne sont plus ce qu’elles étaient (Nevit Dilmen via Wikimedia Commons) Continue reading

Pourquoi on devrait toujours avoir des veillées autour des feux de camp…

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Une étude anthropologique sur des Bushmen africains montre l’importance des veillées pour les sociétés humaines 800px-Fire.jpg Les organisateurs du “Jour de la nuit“, qui veulent sensibiliser à la pollution lumineuse, auront un argument supplémentaire pour leurs prochaines éditions : la civilisation du tout-éclairage électrique a tué les bons vieux feux de camp, et les veillées qui vont avec. Avec ces veillées, ce sont des histoires, des légendes, du lien social qui s’en sont allées, et la perte culturelle est énorme, comme vient de le démontrer une étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Polly Wiessner, professeur d’anthropologie à l’université de l’Utah (USA), a étudié les conversations autour du feu des Bushmen Ju/’Hoansi (la barre et l’apostrophe représentent des sons cliqués dans leur langue), une ethnie d’environ 4000 personnes qui vit dans le désert du Kalahari, au nord du Bostwana et de la Namibie. Le professeur Wiessner étudie ces tribus depuis une quarantaine d’années, et a accumulé une masse imposante de conversations menées de jour comme de nuit entre ces membres d’une société de chasseurs-cueilleurs, qui vivent au même rythme que nos lointains ancêtres.

Les conversations nocturnes sont différentes

La plupart des nuits, les Bushmen Ju/’Hoansi se rassemblent par groupe d’une quinzaine de personnes autour des feux. Un camp a un foyer par famille, mais la nuit, les gens vont souvent aller vers un seul d’entre eux.  Les histoires racontées parlent de chasses passées, de bagarres pour de la viande, de mariage, de feux de brousse, de meurtres, de naissances, d’interaction avec d’autres groupes, d’adultère, de fuite devant des prédateurs… Et il y a également les mythes traditionnels. Les conversations nocturnes ne sont pas les mêmes que celles qui ont lieu à la lumière du jour. Pour ces dernières, 34% étaient des récriminations, critiques et commérages, 31% étaient des sujets économiques, comme par exemple chasser pour le dîner, 16% étaient des blagues, et seulement 6% des histoires. Mais la nuit, 81% des conversations comprenaient des histoires, seulement 7% des récriminations et commérages, et 4% étaient sur des sujets économiques.  ”Les histoires sont racontées dans virtuellement toutes les sociétés de chasseeurs-cueilleurs. Avec les cadeaux, ces histoires étaient les réseaux sociaux originaux.”

Les veillées autour du feu ont renforcé le lien social

L’auteur explique que les découvertes archéologiques montrent que les humains ont eu un contrôle sporadique du feu voici un million d’années, voire plus, et qu’ils l’utilisent régulièrement depuis 400 000 ans. “On ne peut rien dire du passé en observant les Bushmen, mais ces gens vivent de la chasse et de la cueillette. Durant 99% de notre évolution, c’est comme cela que nos ancêtres ont vécu. Qu’est-ce qui transpire pendant les heures passées par ces chasseurs-cueilleurs à la lueur du feu la nuit? Cela aide à répondre à la question de la contribution de la lumière du feu à la vie humaine”. “Il y a quelque chose dans le feu au milieu de l’obscurité qui relie, détend mais aussi excite les gens. C’est intime. La nuit autour du feu est un moment universel de lien social, de transmission d’informations, de distraction, pour de nombreuses émotions partagées” Les histoires racontées à la lumière du feu de camp ont aidé la culture et la pensée humaines à évoluer en renforçant les traditions sociales, ont oeuvré en faveur de l’harmonie et de l’égalité tout en stimulant l’imagination pour envisager un large sens de la communauté, à la fois avec des personnes éloignées et avec le monde des esprits, précise l’étude. Le professeur Wiessner suggère que les conversations autour des feux de camps ont participé à l’éveil de l’imagination et des capacités cognitives de l’Homme, et l’ont aidé à imaginer les communautés sociales, ou celles qui nous relient au monde des esprits. Sans ces veillées autour du feu, l’humanité ne serait vraisemblablement pas devenue ce qu’elle est aujourd’hui.

Et si on se débranchait un peu?

“Que se passe-t-il quand du temps qui n’est pas économiquement productif passé autour du feu de camp est transformé en temps productif par la lumière artificielle?” interroge l’anthropologue. “Les parents lisent des histoires ou montrent des vidéos à leurs enfants, mais maintenant, le temps de travail va déborder sur la nuit. Maintenant, nous nous asseyons devant nos ordinateurs portables à la maison. Et quand on est capable de travailler la nuit, il y a un conflit : j’ai seulement 15 minutes pour raconter une histoire à mes enfants pour les endormir, je n’ai pas le temps de m’asseoir et discuter.. La lumière artificielle a transformé du temps de socialisation potentielle en temps de travail potentiel. Que deviennent les relations sociales?” Une question qu’elle laisse en suspens, sans y répondre. Peut-être faudrait-il renouer avec la tradition. Organiser des veillées autour du feu, de manière régulière. Que le feu soit dehors, ou simplement un poële, ou pourquoi pas, des bougies sur la table familiale. Des moments pour se raconter des histoires, des légendes. Comme un rendez-vous rythmant notre vie sociale. Sans Facebook et sans selfies…   Crédit photo : Itfhenry via Wikimedia Commons Continue reading