A l’aube de l’univers, il y avait déjà des planètes

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On a découvert cinq planètes rocheuses autour d’un soleil deux fois et demie plus vieux que le nôtre

Kepler444.jpg Kepler 444, à 117 années lumière d’ici, est une étoile qui ressemble beaucoup à notre bon vieux Soleil, si ce n’est qu’elle est un peu plus petite et beaucoup plus âgée : 11,2 milliards d’années. Avec ses 4,57 milliards d’années, notre bon vieux Phoebus passerait pour un jeunot. Mais ce qui fait la rareté de Kepler 444 n’est pas son âge, c’est son système planétaire. Une équipe internationale d’astronomes, utilisant les données du télescope spatial Kepler, vient en effet de détecter cinq planètes rocheuses autour de cette étoile. Les planètes en question sont plus petites que la Terre, leurs tailles s’échelonnant entre celle de Mercure et celle de Vénus. Elles tournent autour de leur étoile en moins de 10 jours, et en sont beaucoup trop proches pour espérer retenir l’eau liquide nécessaire à la vie telle que nous la connaissons : leurs conditions climatiques sont sans doute beaucoup plus proches de celles de Mercure. Mais l’important n’est pas là : cette découverte démontre en effet que la formation de planètes rocheuses n’est pas un phénomène récent, et qu’il remonte à “l’antiquité” de l’univers. “Cette découverte a des implications d’une portée considérable”, affirme le Dr Tiago Campante, de l’université de Birmingham (Angleterre), auteur principal d’une étude à paraître dans The Astrophysical Journal.  ”Nous savons désormais que des planètes de la taille de la Terre se sont formées tout au long des la plus grande partie des 13,8 milliards d’années de l’histoire de l’univers, ce qui offre des possibilités pour l’existence de vie ancienne dans la galaxie. Lorsque la Terre s’est formée, les planètes de ce système étaient déjà plus vieille que note planète l’est aujourd’hui. Cette découverte va maintenant nous aider à déterminer le début de ce que nous pourrions appeler l’ère de la formation des planètes”. Pour le Dr Daniel Huber, co-auteur de l’article, ”nous avons fait un pas de plus vers la découverte du “Saint Graal des astronomes”, une planète de la taille de la Terre qui aurait une orbite d’un an autour d’une étoile similaire à notre Soleil.” Mais les résultats enregistrés par les scientifiques ces dernières années sont prometteurs : des planètes rocheuses en zone habitable, d’autres qui auraient une atmosphère, et maintenant des planètes qui sont deux fois et demie plus anciennes que la Terre… Les progrès dans la détection des exoplanètes sont décidément fascinants.  Crédit image : vue d’artiste du système de Kepler 444 (Tiago Campante/Peter Devine) Continue reading

La planète aux anneaux géants

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j1407_ronmiller_2015_saturn.jpg Si dans l’avenir l’humanité part à la conquête des étoiles, il est une planète qui pourrait fort bien faire partie du circuit touristique des “merveilles de la galaxie”. Si Saturne est le “seigneur des anneaux” de notre système solaire, il ferait pâle figure à côté de la planète J1407b, dont la série d’anneaux est tout simplement gigantesque. Jugez plutôt : si l’on plaçait cette planète exactement à l’emplacement occupé par Saturne dans notre système solaire, on pourrait les voir à l’oeil nu, peut-être même en plein jour, et l’ensemble serait 14 fois plus large que la pleine lune. 2014-12-16_08.37.30.jpg Cette planète, pour l’instant unique, tourne autour d’un soleil nommé J1407, qui se situe à plus de 430 années-lumière de nous, entre les constellations du Scorpion et du Centaure (visibles surtout dans l’hémisphère sud). Cette étoile pourrait ressembler à ce qu’était notre propre Soleil dans son enfance : il n’a en effet que 16 millions d’années (contre 4,57 milliards d’années pour notre propre étoile). Autour de ce jeune soleil orbite au moins une planète. Celle-ci, nommée J1407b selon les conventions en vigueur, serait une géante gazeuse, de 10 à 40 fois la masse de Jupiter. Mais ce qui la rend unique n’est pas sa taille, mais bien ces anneaux, qui eux seraient 200 fois plus grands que ceux de Saturne. Selon les observations réalisées par les astronomes de l’observatoire de Leiden (Pays-Bas) et de l’université de Rochester (USA), il y aurait plus de 30 anneaux, chacun de plusieurs dizaines de millions de kilomètres de diamètre. Des “blancs” dans ces anneaux laissent aussi présager la présence d’exolunes, dont une qui pourrait même être de la taille de Mars… voire de la Terre. Si l’étoile est trop loin pour effectuer des observations directes des anneaux, les scientifiques ont pu réaliser un modèle détaillé basé sur les variations d’intensité dans la lumière de l’étoile alors qu’elle passe au travers des anneaux. La courbe de lumière émise par ce système solaire (le graphique des variations de l’intensité lumineuse que nous en recevons) a permis aux astronomes de déterminer que le diamètre total de l’ensemble des anneaux serait d’environ 120 millions de kilomètres, et que les particules de poussière qu’ils contiennent auraient une masse totale équivalente à celle de la Terre. “Si vous réduisiez en poussière et en glace les quatre grandes lunes galiléennes de Jupiter (Io, Europe, Ganymède et Callisto NDLR) et que vous dispersiez ces matériaux le long de leurs orbites en anneau autour de Jupiter, cet anneau serait si opaque à la lumière qu’un observateur distant qui verrait ce disque passer devant le soleil observerait une éclipse profonde de plusieurs jours”, explique Erik Mamajec, co-auteur de l’étude publiée sur le sujet. “Dans le cas de J1407, nous voyons les anneaux bloquer jusqu’à 95% de la lumière de cette jeune étoile pendant des jours, aussi il y a beaucoup de matériaux là-bas qui pourront former des satellites”. Les chercheurs estiment en effet que ces anneaux vont devenir plus fins dans les prochains millions d’années, et finiront par ne plus exister, la matière qui les compose servant à former des exolunes pour J1407b. Même les merveilles de la galaxie finissent par disparaître avec le temps…     Crédits photos : - Vue d’artiste du système d’anneaux de J1407b devant son étoile. La planète Saturne a été ajoutée, à l’échelle, afin d’avoir un point de comparaison (Ron Miller). - Si J1407b était à la place de Saturne, voici ce que nous verrions dans le ciel (M. Kenworthy/Leiden) Continue reading

La “cinquième saveur” serait également bonne pour la santé

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Chicken_Noodle_Soup_(8521842725).jpgLorsqu’on pense aux saveurs, on en compte généralement quatre : le sucré, le salé, l’acide et l’amer. Il en existe cependant une cinquième, beaucoup moins connue : l’umami. Sa découverte est récente, et a fait l’objet de nombreuses discussions, mais l’on sait aujourd’hui qu’il s’agit bien d’un goût au même titre que les quatre autres. Les saveurs se distinguent en effet par le fait qu’elles sont captées des récepteurs différents (principalement sur la langue et le palais). Il ne s’agit donc pas seulement d’une question de perception subjective, mais bien d’une réalité biologique. L’umami, ou “savoureux”, correspond au goût des glutamates, additifs alimentaires souvent utilisé dans des plats préparés pour en rehausser le goût. Car l’umami permet de mettre en relief certaines saveurs, même s’il a ses caractéristiques propres. On trouve le goût umami, entre autres, dans certains bouillons, dans les fromages, la sauce soja… L’étude que vient de publier la revue spécialisée Flavour ne s’est cependant pas intéressée à la nature du goût umami, mais sur ses bénéfices sur la santé. Il y aurait en effet “une relation étroite entre la perception par une personne du goût umami et la condition physique de cet individu”, assurent les chercheurs japonais de l’université de Tohoku. Des tests effectués sur des patients âgés auraient en effet révélé une perte de la sensation d’umami sans que les autres quatre saveurs soient affectées. Ces mêmes patients auraient manifesté une baisse d’appétit et de poids, résultant d’une mauvaise santé générale. Les maux dont ils souffraient ainsi que les médicaments qu’ils absorbaient auraient eu comme effet secondaire des troubles du goût et une diminution de la salivation. Grâce à un thé à base d’algues (kobucha), les chercheurs ont pu stimuler le goût umami chez leurs patients, ce qui a augmenté la production de salive, qui à son tour a amélioré leur sens du goût, leur appétit, leur poids… et leur état de santé général. “L’entretien du goût umami contribue non seulement à la préservation de la bonne santé buccale, mais aussi à l’état de santé général chez les personnes âgées”, affirme l’étude. La “cinquième saveur” mérite donc d’être appréciée, même lorsqu’on prend de l’âge…   Crédit photo : Les bouillons contiennent généralement la saveur umami (Cajsa Lilliehook via Wikimedia Commons)

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Il est minuit moins 3 avant la fin des temps

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170773LOGO.jpeg L’horloge de la fin des temps a avancé de 2 minutes. Nous sommes donc plus proches de la disparition de l’humanité. Il ne s’agit pas là d’une prophécie Maya ou d’une prédiction de Paco Rabanne, mais bien un avertissement lancé par des scientifiques, qui s’occupent de cette horloge virtuelle depuis presque 70 ans. A l’orée de la seconde guerre mondiale, après les bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, en 1945, naissait le bulletin des savants atomiques (Bulletin of Atomic Scientists). Scientifiques, ingénieurs, experts, ils avaient participé au fameux Manhattan Project qui avait abouti à la première bombe A. Avec ce bulletin, ils souhaitaient informer le public sur les armes nucléaires et les conséquences de leur utilisation, afin d’être certains que les citoyens ne seraient pas mantenus dans l’ignorance de leurs intentions par leurs gouvernants. En 1947, l’horloge de la fin des temps apparaissait pour la première fois sur le Bulletin, symbole des dangers encourus par un monde risquant l’holocauste nucléaire, comme un compte à rebours vers minuit et la fin de la civilisation telle que nous la connaissons. Il était alors minuit moins 7. Depuis, chaque année, le conseil de direction du Bulletin, après consultation de son conseil des sponsors (qui comprend 18 prix Nobel) se réunit pour examiner les menaces sur la survie de l’humanité, et plus particulièrement ceux touchant aux possibles conflits nucléaires ou plus récemment au changement climatique ou même aux “technologies émergentes dans les sciences de la vie”.

Entre minuit moins 2 et minuit moins 17

Au fil des années, l’horloge a changé d’heure, en fonction de l’intensité des menaces sur la sécurité de notre planète. Le pire fut en 1953 : les Etats-Unis avaient décidé de produire la bombe à hydrogène, testant sa première tête nucléaire en 1952. Neuf mois plus tard, les Soviétiques faisaient de même, et le Bulletin sonnait l’alarme : “encore quelques balancements du pendule, et de Moscou à Chicago, les explosions atomiques sonneront minuit pour la civilisation occidentale”. Il était alors minuit moins 2. La situation la plus confortable fut en 1991. La guerre froide était terminée, les arsenaux nucléaires réduits par traité. Pour le Bulletin, “l’illusion que des dizaines de milliers d’armes nucléaires sont garantes de la sécurité nationale a été dissipée”. A l’horloge, il était minuit moins 17. Depuis, l’horloge a tempéré son optimisme. En 1995, devant un ralentissement du désarmement, elle passe à minuit moins 14. En 1998, l’Inde et le Pakistan testent des armes nucléaires : minuit moins 9. En 2002, la menace terroriste et la dissémination des matériaux nucléaires de qualité militaire sont là : minuit moins 7. En 2007, le Bulletin constate que les USA et la Russie ont toujours la possibilité de déclencher une guerre nucléaire, il y a 27000 armes atomiques dans le monde, 2000 d’entre elles pouvant être lancées en quelques minutes. La Corée du Nord a effectué un test d’arme atomique, et l’Iran projette de construire la bombe. De plus, le changement climatique est là, et les dommages aux écosystèmes sont déjà visibles : minuit moins 5. 2010 marque un optimisme relatif. Les pourparlers entre Washington et Moscou sont dans une bonne voie pour la réduction dnucléaires es arsenaux nucléaires, et côté changement climatique, la conférence de Copenhague laisse briller une lueur d’espoir. L’horloge recule d’une minute, à minuit moins 6. Dernier changement avant aujourd’hui, 2012. Le bulletin montre alors du doigt le nucléaire, avec entre autres les risques de conflits régionaux (Moyen-Orient, Asie du Sud et du Nord-Est), ainsi que la lenteur et l’inadéquation des solutions mises en oeuvre pour lutter contre le changement climatique. Il est de nouveau minuit moins 5.

On avance… dans le mauvais sens

Le couperet est donc tombé aujourd’hui : nous avançons de deux minutes, et il est minuit moins 3, à une minute du score du pire moment de la guerre froide. Cette fois, le nucléaire et le climat se combinent pour créer ce niveau de danger. Pour le premier, le comité pointe du doigt notamment le ralentissement de la réduction des arsenaux nucléaires, ainsi que le paradoxe de leur modernisation. Pour le changement climatique, il parle de “sentiment d’urgence” dans la réduction des émissions de gaz carbonique, et du peu de temps que nous avons pour les réduire avant qu’il ne soit trop tard pour en limiter les effets. Bien sûr, l’horloge de la fin des temps est une image, et elle porte sa part de subjectivité. Mais tous les esprits brillants qui y contribuent se basent sur des faits, sur des éléments tangibles, pour nous alerter sur les dangers qui nous guettent si nous ne sommes pas plus prudents, avec l’atome comme avec le climat. “La probabilité d’une catastrophe globale est très haute”, assure le comité. “Maîtriser notre technologie ou en devenir les victimes, le choix est le nôtre, et le temps est compté”.   Crédit image : Il est minuit moins 3 (Bulletin of the Atomic Science) Continue reading

Mars en 3D comme si vous y étiez : la NASA et Microsoft lancent l’exploration virtuelle

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15-013_0.jpg Quand Microsoft lance un casque de réalité virtuelle, on peut imaginer des tas de nouveaux jeux pour les consoles de salon… Mais cette fois, ce ne sera pas tout. Alors que le casque HoloLens était lancé en grande pompe hier, la NASA en profitait pour souligner les utilisations qu’elle comptait en faire… sur Mars! HoloLens, malgré le fait que l’on parle d’hologrammes dans sa documentation, est en fait un casque de réalité augmentée en trois dimensions, qui permet d’interagir virtuellement avec son environnement et de visualiser des objets sous toutes les coutures. Le Jet Propulsion Laboratory de la NASA a donc développé un logiciel, nommé OnSight, qui devrait “permettre aux scientifiques de travailler virtuellement sur Mars” en se munissant du fameux casque HoloLens. En quoi cela va-t-il changer la pratique des explorations martiennes ? Jusqu’ici, dans une mission comme Curiosity, par exemple, les scientifiques ne pouvaient que regarder les images transcrites par le petit robot qui roule à la surface de Mars. Un écran d’ordinateur, ce n’est pas forcément idéal pour cela, même en y ajoutant une pseudo-vue 3D. Avec le nouveau système, ils pourront y gagner le sens de la profondeur, et, par exemple, examiner des rochers sous toutes les coutures. Et cela en utilisant les outils qui existent déjà à bord de Curiosity. Celui-ci transmet les données sur son environnement à la Terre, le programme OnSight l’interprète, et le scientifique doté du fameux casque va se trouver immergé dans une reconstruction 3D de l’environnement martien. Il pourra alors s’y déplacer, et regarder jusqu’aux plus petits détails sous tous les angles. Les ingénieurs de la NASA vont également pouvoir planifier les mouvements du robot Curiosity et l’utilisation de ses instruments en utilisant des gestes pour sélectionner les commandes. Par exemple, ils pourraient pointer vers un rocher et faire en sorte que le véhicule se déplace dans sa direction pour l’observer de plus près… et donc enregistrer les données nécessaires pour que le “pilote” virtuel puisse observer le lieu dans l’environnement virtuel du casque. “Nous pensons que OnSight va accroître la manière dont nous explorons Mars, et nous permettra de partager ce voyage d’exploration avec le monde”, explique Jeff Norris, responsable du projet OnSight à la NASA. “Cela change notre perception de Mars, et la manière dont nous comprenons l’environnement martien entourant le rover”, ajoute Dave Lavery, chargé du programme Mars Science Laboratory. Cette technologie ouvre des perspectives fascinantes. On peut imaginer que dans un avenir très proche, de futures sondes seront envoyées sur d’autres planètes en étant conçues pour être dirigées par des humains presque “en direct”, avec des instruments qui permettraient d’effectuer de nombreuses manipulations retranscrites en réalité virtuelle, par exemple un bras-robot articulé qui soulèverait un rocher lorsque la main de la personne portant le casque effectuerait le même geste. Ce n’est probablement pas aussi excitant que des missions humaines, mais, qui sait, cela permettra peut-être bientôt au grand public de marcher lui aussi sur Mars en ne quittant pas son salon…   Crédit image : Une vue dont la manière dont la réalité augmentée va fonctionner sur Mars (NASA) Continue reading

La Voie Lactée est-elle un trou de ver géant ?

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galaxy wormhole.png On se croirait dans Interstellar, en plus grand. Le film qui a mis les “trous de ver” sur le devant de la scène n’aurait pas été aussi loin que la théorie que viennent d’avancer les chercheurs d’une équipe internationale (Inde, Italie et USA): selon eux, notre galaxie pourrait être un gigantesque tunnel dans l’espace-temps, et, qui plus est, navigable. Tout d’abord un petit rappel pour ceux qui ne seraient pas familiers avec les “trous de ver” : on les a vus au cinéma et à la télévision, non seulement dans Interstellar mais dans certains Star Trek (Deep Space Nine), ou encore dans Stargate où ce sont des trous de ver qui relient les portes des étoiles. Ca, c’est pour le côté créatif. Mais pour les scientifiques, les trous de ver sont prévus par la théorie, notamment la relativité d’Einstein, et ils sont bien supposés être une sorte de “raccourci” entre deux points de l’espace éloignés l’un de l’autre, formant un “tunnel dans l’espace-temps”. Pour l’équipe qui a réalisé cette étude, “si nous combinons la carte de la matière noire dans la voie lactée avec les modèles les plus récents du Big Bang pour expliquer l’univers, et que nous émettons l’hypothèse de l’existence de tunnels dans l’espace-temps, ce que nous obtenons est que notre galaxie pourrait vraiment contenir l’un de ces tunnels, et que ce tunnel pourrait même être de la taille de la galaxie elle-même”. “Mais il y a mieux,” affirme Paolo Salucci, astrophysicien à l’école internationale d’études avancées (SISSA) de Trieste, spécialiste de la matière noire et co-auteur de l’étude. “Nous pourrions même voyager au travers de ce tunnel car, d’après nos calculs, il pourrait être navigable, comme celui que nous avons vu dans Interstellar”. Avant de vous voir emprunter une fusée pour aller a l’autre bout de la galaxie ou plus loin, il faut cependant faire une petite pause : il s’agit là de physique théorique, pas d’un plan pour construire un vaisseau spatial. Même si les calculs effectués pouvaient être vérifiés, on n’aurait pas les connaissances technologiques pour se servir de tels tunnels. Même la vérification posera problème, de l’aveu même des auteurs : “en principe, on pourrait la tester en comparant deux galaxies, la nôtre et une autre, très proche, par exemple un nuage de Magellan, mais nous sommes encore très loin d’une véritable possibilité de faire une telle comparaison”. “Nous n’affirmons pas que notre galaxie est sans aucun doute un trou de ver, mais simplement que d’après les modèles théoriques, cette hypothèse est une possibilité,” explique Paolo Salucci.  C’est ce qu’il y a de fascinant dans de tels travaux théoriques : ils ouvrent des possibilités et excitent notre imagination, même si cela ne va pas déboucher sur un véhicule permettant de franchir des milliers d’années-lumière d’un seul bond. Cette étude, emmenée par l’astrophysicien indien Farook Rahaman, est également parue dans la revue “Annals of Physics”  Crédit image :   Représentation d’un trou de ver galactique  (Davide et Paolo Salucci / SISSA) Continue reading

On va pouvoir étudier l’atmosphère de trois “super-terres”

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598439main_image_2087_946-710.jpg Pour sa seconde vie après l’accident qui l’a handicapé, le télescope spatial Kepler vient de faire une nouvelle découverte prometteuse : trois planètes de tailles proches de celle de la Terre, orbitant autour d’une naine rouge à 150 années-lumière. Il va même pouvoir étudier… leurs atmosphères ! L’étoile se nomme EPIC 201367065, une naine rouge de type M, le type d’étoile le plus courant dans l’univers. Les trois planètes détectées jusqu’ici seraient ce que l’on nomme des “super-terres” : des planètes rocheuses de taille relativement proche de notre bonne vieille Terre. Dans ce cas précis, elles font respectivement 2,1, 1,7 et 1,5 fois la taille de la Terre. Mieux encore, la plus éloignée, qui est aussi la plus petite, se trouve dans la fameuse “zone habitable” qui permet théoriquement la présence d’eau liquide à sa surface, et est exposée à un rayonnement solaire égal à 1,4 fois celui que nous recevons sur notre planète. Ressemble-t-elle à Vénus, à la Terre, ou est-elle une boule de roc stérile, nous n’en savons encore rien, mais nous pourrions bientôt avoir des éléments de réponse. La découverte de ce système à trois planètes, réalisée par une équipe d’astronomes américains à partir des données de Kepler (et qui fait l’objet d’une étude soumise pour publication à l’Astrophysical Journal), ouvre en effet la porte à l’étude des atmosphères qui pourraient les entourer. Deux éléments rendent cela possible :
  • La proximité relative du système en question. A 150 années-lumière, c’est presque un voisin, la plupart des autres exoplanètes découvertes jusqu’ici se trouvent à plusieurs centaines d’années-lumière
  • Le fait que ces planètes ont été découvertes par la méthode des transits. Il existe en effet plusieurs manières de découvrir les planètes orbitant autour d’autres étoiles, certaines étant indirectes… La méthode des transits permet de réellement “voir” la planète si l’on dispose d’instruments suffisamment puissants : cela signifie en effet que le plan de leur orbite est incliné de telle manière qu’elles vont passer régulièrement devant leur soleil par rapport à la Terre.
Pour Erik Petigura, de l’université de Berkeley, co-auteur de l’étude, “il y a une réelle possibilité que la plus externe des planètes soit rocheuse comme la Terre, ce qui veut dire que cette planète pourrait avoir la bonne température pour héberger des océans d’eau liquide”. Pour le savoir, il faudra donc attendre, mais l’importance de ces observations est immense. “Une atmosphère fine faite d’azote et d’oxygène a permis à la vie de se développer sur Terre,” explique Ian crossfield, de l’université de l’Arizona, auteur principal de l’étude. “Mais la nature est pleine de surprises. Beaucoup d’exoplanètes découvertes par la mission Kepler sont enveloppées d’atmosphères épaisses et riches en hydrogène, qui sont probablement incompatibles avec la vie telle que nous la connaissons”. Les éléments sur l’atmosphère de EPIC 201367065 D (la lettre attribuée à la troisième planète) et de ses deux “soeurs” vont nécessiter d’autres observations, dont certaines devraient être réalisées avec le télescope spatial Hubble. Ces études devront trouver les “empreintes digitales” des molécules de l’atmosphère de ces trois planètes, en étudiant la lumière qu’elles émettent. On saura alors si elles possèdent quelque chose qui ressemble à notre air…   Crédit image : vue d’artiste de trois planètes orbitant autour d’un soleil rouge (NASA/JPL-Caltech) Continue reading

Quand la science résout l’énigme de la mort d’un seigneur de Vérone

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800px-Tomba_Cangrande_VR.jpgL’investigation scientifique a parfois tous les ingrédients d’un bon polar. Elle permet aussi dans certaines circonstances d’élucider les circonstances de la mort de personnages disparus depuis des siècles. Ce fut le cas récemment pour Richard III d’Angleterre, dont on connaît même le régime alimentaire, ou encore, du moins sous forme d’hypothèse, pour Toutankhamon. Aujourd’hui, c’est un dirigeant de la cité-état de Vérone, en Italie, qui est sous les feux de l’actualité. Cangrande della Scala, capitaine de guerre de Vérone à la Renaissance, membre d’une dynastie qui dirigea la ville pendant plus d’un siècle, serait mort des suites d’une fièvre en juillet 1329, juste après avoir conquis la ville de Trévise. C’était en tout cas la version officielle, jusqu’à ces derniers jours. Une équipe de chercheurs dirigés par Gino Fornaciari, du département de paléopathologie de l’université de Pise (Italie) a en effet exhumé le corps de Cangrande,”toujours vêtu de ses habits précieux, et dans un bon état de conservation”,  afin de le soumettre à divers examens, dans une enquête qui a mêlé l’archéologie, la paléopathologie (étude des maladies du passé), la palynologie (étude des spores et grains de pollen), la toxicologie et, bien sûr, l’histoire. Les résultats de cette étude viennent d’être publiés dans le Journal of Archaeological Science. Selon les récits de l’époque, la mort de Cangrande, le 22 juillet 1329, a été précédée de vomissements, de diarrhée et d’une fièvre qu’il aurait contractée quelques jours plus tôt en buvant à une fontaine polluée. Une version officielle cependant teintées de quelques rumeurs d’empoisonnement, que les scientifiques ont tenté de vérifier. Lors des différents tests et de l’autopsie effectuée sur la momie, les chercheurs ont eu quelques éléments intéressants sur son état de santé. Ses poumons, par exemple, montrent qu’il aurait souffert de tuberculose, ainsi que d’anthracose, une maladie provoquée par l’inhalation de particules de charbon (facile à expliquer par les cheminées ouvertes dans les édifices médiévaux mal ventilés). Son foie pourrait présenter des traces de cirrhose, mais aussi de toxines liées à la digitale, une plante très toxique. On a également retrouvé des grains de pollen de camomille, de mûrier et… encore de digitale dans les excréments encore présents dans le corps. Les symptômes décrits par les textes prennent alors une autre signification. Ils sont en effet “compatibles avec la première phase d’une intoxication à la digitale”. Un empoisonnement confirmé par les analyses, donc. “L’hypothèse la plus probable des causes de la mort est l’administration délibérée d’une dose mortelle de digitale”, affirme l’étude. Le fait que l’on ait retrouvé des traces de camomille, une plante médicinale encore utilisée aujourd’hui, ou de mûrier, connu pour ses propriétés astringentes, peut laisser penser que le poison a pu être administré dans une tisane sous prétexte de soigner un autre problème de santé… Selon les auteurs de l’étude, ”même si plusieurs cas d’empoisonnement par l’utilisation de substances organiques sont connues par des sources historiques, il n’y a pas d’autres preuves directes documentées dans la littérature paléopathologique”. Ce serait donc la première fois qu’on peut prouver un empoisonnement dans le passé. Sherlock Holmes et H.G.Wells n’auraient pas fait mieux… Crédit photo : la tombe de Cangrande à Vérone (Lo Scaligero via Wikimedia Commons) Continue reading

En chassant les baleines, les humains détruisent-ils la clé de leur propre longévité ?

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800px-Grönlandwal_3-1999.jpgStar Trek IV, sous-titré “Retour sur Terre” fait partie des films “classiques” de la série légendaire. Son scénario, un peu étonnant à l’époque, tournait autour de l’arrivée d’une sonde extraterrestre en orbite de notre planète, et qui menaçait de détruire toute vie… parce qu’elle tentait de contacter des baleines à bosse, disparues dans ce futur hypothétique. Le salut de l’humanité dépendait donc d’une espèce que l’Homme avait exterminée, une sorte de retour des choses ironique. L’étude qui vient d’être réalisée par une équipe internationale et publiée dans la revue Cell Reports, ne s’est pas préoccupée des baleines à bosse, mais des baleines boréales, des animaux connus pour leur longévité (elles pourraient vivre 200 ans, à condition de ne pas rencontrer de bateaux de pêche…). Le séquençage du génome de ces cétacés, comparé avec celui d’autres mammifères, a permis aux chercheurs de découvrir “des différences génétiques uniques à la baleine boréale, le plus gros animal à avoir fait l’objet d’un tel séquençage”, selon l’université de Liverpool. Qu’ont-ils trouvé d’intéressant ?
  • Des risques moindres d’avoir un cancer, indice de l’existence de mécanismes naturels performants. “Les baleines boréales pèsent entre 50 et 100 tonnes à l’âge adulte et ont probablement mille fois plus de cellules que les humains, mais elles ont apparemment une réponse anti-tumeur au niveau cellulaire qui est beaucoup plus efficace que celle que l’on trouve chez les humains”, explique le biologiste Mads Peter Heide-Jørgensen, de l’université de Copenhague, l’un des co-auteurs de l’étude, cité par Scientific American.
  • Un coup d’oeil sur les gènes d’une espèce d’une grande longévité, qui pourrait nous fournir des éléments importants sur la nôtre. “Notre compréhension de la différence de longévité entre les espèces est très pauvre”, explique João Pedro de Magalhães, de l’insitut de biologie intégrative de l’université de Liverpool, également signataire de l’article de Cell Reports, “aussi nos découvertes nous apportent de nouveaux gènes candidats à de prochaines études. Nous pensons que différentes espèces ont élaboré différents “trucs” pour avoir une longue espérance de vie, et en découvrant ceux utilisés par la baleine boréale nous pourrions appliquer ces trouvailles aux humains pour combattre les maladies liées à l’âge”.
Les chercheurs ont mis à disposition l’ensemble de leurs données et de leurs résultats sur un site dédié, qui pourra servir à toute la communauté scientifique. On le voit bien ici, les espèces animales peuvent nous amener de nombreux remèdes, ou moyens d’améliorer notre existence. Combien d’animaux qui se sont éteints à cause de l’Homme avaient-ils en eux des secrets qui auraient pu traiter telle ou telle maladie ? On ne le saura jamais. Mais l’exemple de la baleine boréale montre bien que pousser une espèce à l’extinction peut avoir des conséquences importantes sur notre bien-être futur. Rappelons que la chasse à la baleine est toujours pratiquée, notamment par la Norvège et le Japon…   Crédit photo : Une baleine boréale (Ansgar Valk via Wikimedia Commons) Continue reading

En chassant les baleines, les humains détruisent-ils la clé de leur propre longévité ?

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800px-Grönlandwal_3-1999.jpgStar Trek IV, sous-titré “Retour sur Terre” fait partie des films “classiques” de la série légendaire. Son scénario, un peu étonnant à l’époque, tournait autour de l’arrivée d’une sonde extraterrestre en orbite de notre planète, et qui menaçait de détruire toute vie… parce qu’elle tentait de contacter des baleines à bosse, disparues dans ce futur hypothétique. Le salut de l’humanité dépendait donc d’une espèce que l’Homme avait exterminée, une sorte de retour des choses ironique. L’étude qui vient d’être réalisée par une équipe internationale et publiée dans la revue Cell Reports, ne s’est pas préoccupée des baleines à bosse, mais des baleines boréales, des animaux connus pour leur longévité (elles pourraient vivre 200 ans, à condition de ne pas rencontrer de bateaux de pêche…). Le séquençage du génome de ces cétacés, comparé avec celui d’autres mammifères, a permis aux chercheurs de découvrir “des différences génétiques uniques à la baleine boréale, le plus gros animal à avoir fait l’objet d’un tel séquençage”, selon l’université de Liverpool. Qu’ont-ils trouvé d’intéressant ?
  • Des risques moindres d’avoir un cancer, indice de l’existence de mécanismes naturels performants. “Les baleines boréales pèsent entre 50 et 100 tonnes à l’âge adulte et ont probablement mille fois plus de cellules que les humains, mais elles ont apparemment une réponse anti-tumeur au niveau cellulaire qui est beaucoup plus efficace que celle que l’on trouve chez les humains”, explique le biologiste Mads Peter Heide-Jørgensen, de l’université de Copenhague, l’un des co-auteurs de l’étude, cité par Scientific American.
  • Un coup d’oeil sur les gènes d’une espèce d’une grande longévité, qui pourrait nous fournir des éléments importants sur la nôtre. “Notre compréhension de la différence de longévité entre les espèces est très pauvre”, explique João Pedro de Magalhães, de l’insitut de biologie intégrative de l’université de Liverpool, également signataire de l’article de Cell Reports, “aussi nos découvertes nous apportent de nouveaux gènes candidats à de prochaines études. Nous pensons que différentes espèces ont élaboré différents “trucs” pour avoir une longue espérance de vie, et en découvrant ceux utilisés par la baleine boréale nous pourrions appliquer ces trouvailles aux humains pour combattre les maladies liées à l’âge”.
Les chercheurs ont mis à disposition l’ensemble de leurs données et de leurs résultats sur un site dédié, qui pourra servir à toute la communauté scientifique. On le voit bien ici, les espèces animales peuvent nous amener de nombreux remèdes, ou moyens d’améliorer notre existence. Combien d’animaux qui se sont éteints à cause de l’Homme avaient-ils en eux des secrets qui auraient pu traiter telle ou telle maladie ? On ne le saura jamais. Mais l’exemple de la baleine boréale montre bien que pousser une espèce à l’extinction peut avoir des conséquences importantes sur notre bien-être futur. Rappelons que la chasse à la baleine est toujours pratiquée, notamment par la Norvège et le Japon…   Crédit photo : Une baleine boréale (Ansgar Valk via Wikimedia Commons) Continue reading