La grande migration humaine serait passée par l’Egypte

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92337_web.jpgVoici une soixantaine de milliers d’années, des humains commençaient à s’installer en Europe et en Asie. Peu à peu, ils allaient remplacer les populations qui les avaient précédés, notamment l’Homme de Néandertal. Venus d’Afrique, ces Homo Sapiens étaient les ancêtres des Européens et Asiatiques d’aujourd’hui. L’un des objectifs des scientifiques qui étudient cette période est de retracer le chemin pris par ces migrations humaines. Deux grandes théories s’opposent : celle qui privilégie un passage par le nord (l’Egypte), et celle qui verrait un passage plus à l’est, via l’Ethiopie et la Péninsule Arabique. Deux études récentes viennent éclairer le débat, et dévoilent des éléments importants sur ce qui s’est produit durant cette période clé de notre (pré) histoire. La première, publiée dans The American Journal of Human Genetics, s’est appuyée sur la génétique : une équipe du Wellcome Trust Sanger Institute et de l’université de Cambridge (Angleterre) emmenée par le Dr Luca Pagani a analysé les gènes d’un échantillon de populations égyptiennes et éthiopiennes modernes, et ont déduit qu’il y avait une plus grande similarité génétique entre les Egyptions et les Eurasiens qu’entre les Ethiopiens et les Eurasiens. Les chercheurs ont ainsi pu déterminer que “les gens hors d’Afrique se sont séparés des génomes égyptiens plus récemment que de ceux des Ethiopiens : 55000 ans contre 65000 ans, ce qui confirme l’idée que l’Egypte était la dernière étape sur la route hors d’Afrique”. “Même si nos résultats ne résolvent pas les controverses sur la chronologie et les complexités possibles de l’expansion hors d’Afrique, elles peignent un dessin clair dans lequel la migration hors d’Afrique suit une route vers le nord plutôt que vers le sud”, assure le Dr Toomas Kivisild, du département d’archéologie et d’anthropologie de l’université de Cambridge, et co-auteur de l’étude. Et après l’Egypte ? C’est là qu’intervient la seconde étude, qui vient de paraître dans la revue PNAS. Cette fois, ce ne sont pas les gènes qui parlent, mais… les mollusques ! Une équipe internationale de chercheurs a analysé les fossiles de coquilles trouvées sur le site de Ksâr ‘Akil, au Liban. Les scientifiques ont pu dater les mollusques consommés par ces humains préhistoriques, qui ont donc utilisé des outils de pierre correspondant à une technologie plus avancée qu’auparavant… et ce avant l’apparition de ces technologies en Europe et en Asie. “Le problème est que nous n’avons que peu de restes humains associés au paléolithique supérieur, que ce soit au Levant ou en Europe”, explique Jean-Jacques Hublin, professeur au Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology. “L’importance de Ksâr ‘Akil réside dans le fait que nous avons deux fossiles humains modernes, surnommés ‘Ethelruda’ et Egbert par les auteurs des fouilles originelles, associés avec des outils du paléolithique supérieur”, précise Marjolein Bosch, auteur principal de l’étude. Des ensembles d’outils similaires “ont également été découverts dans d’autres sites au Levant et en Europe. Leur association au Proche-Orient suggère une dispersion de population du Moyen-Orient vers l’Europe entre 55 000 et 40 000 ans dans le passé”, ajoute la scientifique. Les deux études, publiées séparément et à seulement quelques jours d’intervalle vont donc dans le même sens… On aurait ainsi assisté à une installation d’Homo Sapiens sur les côtes aujourd’hui libanaises, qui aurait suivi la migration au travers de l’Egypte, étape avant la colonisation de l’Europe et de l’Asie… Crédit image : La route du nord désormais privilégiée (Luca Pagani)   Continue reading

Les exoplanètes de la taille de la Terre tournent en rond

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615219main_ArtistConcep_4x3_946-710.jpg Dans notre système solaire, la plupart des planètes ont une orbite quasiment circulaire. Si l’on excepte Pluton, les trajectoires des 8 planètes principales ne présentent qu’une variation de 5% maximum par rapport à un cercle parfait (ce que l’on nomme excentricité de leur orbite). Cela peut sembler banal, mais lorsqu’on a découvert d’autres planètes autour d’autres soleils, les astrophysiciens se sont aperçus que les belles orbites en cercles concentriques n’étaient pas forcément la norme. Ainsi, en 2005, Space News recensait 130 planètes extrasolaires, dont l’excentricité moyenne avoisinait les 25%. Les cercles avaient pris du plomb dans l’aile, et l’ellipse semblait plus courante dès que l’on regardait loin de chez nous. Les astrophysiciens étaient intrigués, car les modèles de formation des planètes à partir de disques de poussières entourant les jeunes étoiles (le disque d’accrétion) favorisait plutôt les orbites circulaires. Cependant, les exoplanètes en question étaient des géantes gazeuses, pas vraiment similaires à notre bonne vieille Terre… et les scientifiques ont commencé à trouver des explications aux orbites excentriques, comme l’interaction entre ces diverses planètes et même parfois la migration de certaines d’entre elles, qui perturberait l’ensemble. Il restait cependant à trouver des exemples de systèmes planétaires qui se comportent comme le nôtre. Après tout, celui-ci pouvait être une exception. Mais une étude qui vient d’être menée en commun par des chercheurs du MIT (USA) et de l’université Aarhus (Danemark) vient de démontrer que pour les planètes de taille comparable à la Terre, l’orbite circulaire était loin d’être une exception. Pour cela, les chercheurs ont utilisé les données collectées durant quatre ans par le télescope spatial Kepler. Ils ont ainsi identifié 74 “petites” planètes rocheuses, situées autour de 28 étoiles différentes. En examinant les données sur la durée des transits de ces planètes (le passage devant leur étoile, vu de la Terre), ils ont pu déterminer leurs orbites… qui seraient donc aussi proches d’un cercle que dans notre propre système solaire. “Nous sommes certains que si les excentricités importantes étaient communes, nous l’aurions constaté, ce qui n’est pas le cas“  explique Vincent Van Eylen, co-auteur de l’étude, qui estime que les orbites circulaires sont plutôt communes. Pour lui, ces résultats enregistrés pour les planètes les plus petites devraient également aider à expliquer l’excentricité observée jusqu’ici pour les plus grosses. L’importance des orbites circulaires Pour une planète comparable à la Terre, l’excentricité de l’orbite est particulièrement importante. En effet, lorsqu’on s’intéresse à l’habitabilité d’une exoplanète, la distance à son étoile n’est pas le seul aspect à prendre en considération, loin de là. Une orbite excentrique peut par exemple signifier de très grandes différences de température en fonction de l’éloignement de l’étoile. Si cette étude devait être confirmée par d’autres, nous n’aurions donc pas trop de soucis à nous faire : les planètes de type terrestres ayant une orbite bien sagement circulaire ne feraient pas défaut dans l’univers… L’étude (disponible sur ArXiv) doit être publiée dans The Astrophysical Journal. Crédit photo : Vue d’artiste du système KOI-961, qui comprend plusieurs planètes rocheuses (NASA/JPL-Caltech) Continue reading

Un traducteur chien-humain, c’est pour bientôt ?

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Hondenras_Mudi.jpgPropriétaires de chiens désireux d’approfondir la communication avec leur animal favori, l’avenir semble radieux pour vous : la science s’intéresse au langage canin. Une équipe de chercheurs espagnols et bulgares vient en effet de “décoder” certains aboiements. Les scientifiques enregistré les aboiements de huit chiens de race Mudi (chiens de berger bulgares), trois mâles et cinq femelles, alors qu’ils se trouvaient dans des situations préétablies :
  • Attachs à un arbre par son propriétaire
  • Aller chercher une balle
  • Combat, un humain simulant une attaque contre le propriétaire du chien
  • Nourriture (le chien reçoit sa ration quotidienne)
  • Jeu avec son propriétaire
  • En compagnie d’une personne étrangère
  • Prêt à sortir avec son propriétaire pour une promenade
Les aboiements ont été analysés par plusieurs programmes informatiques grâce auxquels les chercheurs ont été capables de reconnaître différentes données juste en écoutant la “voix” du chien. Ainsi, son genre a pu être identifié dans plus de 85% des cas, et même son âge dans 80% des cas. Les situations dans lesquelles se trouvaient les chiens ont elles aussi pu être “décodées” à plus de 55%. Pour les chercheurs, cette étude “révèle la pertinence biologique et la richesse de l’information de l’aboiement du chien, et apporte de nouvelles possibilités pour la recherche appliquée.” Par exemple, les personnes en charge de l’éducation canine ou les vétérinaires pourraient bénéficier du développement d’un programme informatique qui serait capable de détecter chez le chien les émotions comme la peur, l’anxiété, les niveaux d’agressivité… Cela permettrait également d’identifier les chiens agressifs susceptibles de causer des problèmes dans les refuges, ou encore reconnaître des troubles du comportement de l’animal. Enfin, une autre application concernerait les “robots sociaux“, qui interagissent avec les humains en fonction d’une série de comportements en rapport avec leur utilité (par exemple un robot conçu pour passer des outils à un astronaute sur la station spatiale internationale). “Nous pourrions développer des sonorités émotionnelles pour ces robots basés sur les aboiements de chiens reconnaissables par les humains, ce serait une méthode pour développer des robots sociaux crédibles“, expliquait à l’Independent le Dr Tamas Farago, co-auteur de l’étude. Ces travaux communs menés par l’école d’informatique de l’université polytechnique de Madrid et le département d’éthologie de l’université Eötvös Lorànd de Budapest viennent d’être publiés dans la revue Animal Cognition. Nous n’en sommes pas encore à un Google Translate version chien, mais qui sait, dans quelques années, peut-être serez-vous capable de comprendre un peu mieux votre animal. Il semble cependant peu crédible que vous puissiez avoir de grands débats philosophiques avec lui… Crédit photo : Un chien de race Mudi (Vulpes via Wikimedia Commons) Continue reading

Bleues sont les aurores de Mars

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AuroraOnMars.jpg Sur Terre, nous avons les aurores boréales (ou australes dans l’hémisphère sud). Sur Mars, il y aurait régulièrement des manifestations similaires, et tout aussi spectaculaires vues de la surface. C’est en tout cas les conclusions d’une étude menée par une équipe internationale, et qui vient d’être publiée dans la revue Planetary and Space Science. Les premières observations d’aurores martiennes ont été effectuées par la sonde Mars Express, de l’agence spatiale européenne (ESA) en 2004, dans l’hémisphère sud de Mars. Elles ont depuis été confirmées par la sonde américaine MAVEN, qui a pu les enregistrer en décembre 2014. Petit rappel sur les aurores polaires : il s’agit de réactions entre des particules chargées provenant du Soleil, principalement des électrons, qui sont canalisées par le champ magnétique et interagissent avec les atomes de l’atmosphère. Or, sur Mars, il n’y a pas un tel champ magnétique… Qu’est-ce qui provoque donc les aurores martiennes ? “La planète Mars a été le siège d’un champ magnétique pendant le premier milliard d’années de son existence. S’il s’est éteint, il en reste des rémanences locales en surface, qui portent le nom « d’anomalies magnétiques » et sont essentiellement concentrées dans l’hémisphère sud”, explique-t-on à l’institut de planétologie et d’astrophysique de Grenoble, dont plusieurs chercheurs figurent parmi les auteurs de l’étude. C’est ce même institut qui a fourni l’instrument qui a servi à modéliser les aurores martiennes : la Planeterrella (je conseille vivement de visiter leur site !). Cette expérience a permis de répliquer la composition de l’atmosphère martienne pour y former les “aurores”. La conclusion est que dans les bonnes conditions, les aurores pourraient être observées depuis la surface de Mars. “L’étude indique que la couleur la plus importante est le bleu profond”, précise Cyril Simon Wedlund, de l’université d’Aalto (Finlande) et co-auteur de l’étude. “Le vert et le rouge peuvent également se produire, comme sur Terre. Un astronaute regardant le cien en marchant sur le sol rouge martien pourrait, après des éruptions solaires intenses, observer le phénomène à l’oeil nu”. Il ne nous reste donc plus qu’à envoyer quelqu’un sur Mars pour profiter du spectacle… ou au moins de faire en sorte que l’un des robots actuellement présents sur Mars (comme Curiosity) regarde vers le ciel au bon moment… Crédit photos : vue d’artiste d’une aurore bleue sur Mars observée par le robot Curiosity (NASA/JPL-Caltech/MSSS et CSW/DB) Continue reading

La prêtresse du Soleil allemande est allée mourir au Danemark

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La célèbre tombe danoise de la “fille d’Egtved”, vieille de 3400 ans, a révélé une partie de ses secrets. Son occupante était une jeune noble immigrée… 800px-Egtvedpigen.jpg C’était il y a près de 3400 ans. Les civilisations minoenne et mycénienne s’effondraient en Crète et en Grèce, le pharaon hérétique Akhenaton et son épouse Néfertiti allaient bientôt naître en Egypte, et les tout premiers Gaulois s’apprêtaient à s’installer dans ce qui est aujourd’hui la France. Le monde n’avait alors rien à voir avec l’antiquité classique des Grecs, des Romains et des Gaulois avec laquelle nombre d’entre nous sont familiers. C’était l’âge du Bronze, et la plupart des civilisations et des peuples qui vivaient en Europe ont été oubliés ou sont très mal connus. Vers -1390 naît une fille, quelque part près de l’actuelle Forêt Noire (Allemagne). A quelle tribu appartenait-elle, on n’en a aucune idée. En fait, on ne connaissait jusqu’ici pratiquement rien sur ses origines. En revanche, on connaît le lieu de son inhumation : près d’Egtved, petite ville du sud du Danemark. C’est en 1921 que sa tombe y a été découverte, avec à l’intérieur un grand cercueil de chêne. Là gisaient les restes de la jeune fille, avec une partie de ses possessions. De son corps, il ne restait que les cheveux, les dents, les ongles, le cerveau et un peu de peau. Elle portait une petite tunique et une jupe de corde descendant jusqu’aux genoux, décorée d’une boucle de ceinture de bronze avec une spirale gravée. Elle avait des anneaux de bronze aux bras, et un anneau dans l’oreille. A sa ceinture, un peigne de corne. A ses pieds, un récipient fait d’écorce, dont l’analyse a montré qu’il contenait une sorte de bière à base de myrte des marais, d’airelles, de tilleul et de miel. On a également retrouvé les restes calcinés et quelques os d’un enfant de cinq ou six ans. Depuis, la science a fait parler ces restes. On sait par exemple que la “fille d’Egtved” a été enterrée durant l’été de l’an 1370 avant notre ère. Elle avait alors entre 16 et 18 ans. Elle était mince, mesurait 1m60, avait les cheveux blonds et assez courts (23cm), et des ongles soignés. Ses parures montrent qu’elle faisait partie de la classe dirigeante de l’époque, et sa boucle de ceinture ornée d’un symbole solaire laissent penser qu’elle pouvait être une sorte de prêtresse du dieu Soleil, révéré par les civilisations européennes de l’âge du Bronze. 92233_web.jpgUne nouvelle étude, qui vient d’être publiée dans la revue Scientific Reports, apporte de nouveaux éléments sur la “fille d’Egtved”. Grâce à des analyses de ses restes et des objets présents dans la tombe, les chercheurs de l’université de Copenhague ont pu reconstituer les déplacements de la jeune femme, et ce depuis sa naissance. En effet, certains éléments (dont les isotopes de strontium) présents dans les tissus humains permettent de connaître assez précisément le lieu où une personne a vécu à une époque donnée de sa vie. Grâce à tout cela, l’équipe a pu déterminer que la “fille d’Egtved” (de même que l’enfant incinéré) était née loin du lieu de sa sépulture : quelque part dans la Forêt Noire allemande, à 800 kilomètres de là. C’est de cette région que venaient aussi les tissus qui l’ont accompagnée dans son dernier voyage… qui n’était pas le premier. “J’ai analysé les signatures isotopiques du strontium de l’émail d’une de ses premières molaires, qui était pleinement formée lorsqu’elle avait trois ou quatre ans, et les analyses nous disent qu’elle est née et a vécu ses premières années dans une région géologiquement plus ancienne et différente de la péninsule du Jutland au Danemark“, explique Karin Margarita Frei, du musée national du Danemark, auteur principal de l’étude. En analysant également les signatures du strontium dans ses cheveux, les chercheurs ont déduit qu’elle avait effectué un long voyage peu avant sa mort. “Si l’on considère les deux dernières années de sa vie, nous pouvons voir que de 13 à 15 mois avant sa mort, elle est restée en un endroit avec une signature isotopique très similaire à celle qui caractérise la région où elle est née. Ensuite, elle est allée dans une autre région qui pourrait bien avoir été le Jutland. Après une période de 9 à 10 mois là-bas, elle est retournée dans la région dont elle était originaire, et y est restée entre 4 à 6 mois avant d’aller rejoindre Egtved, où elle devait décéder un mois plus tard,” détaille la scientifique. La laine de ses vêtements, le tissu qui la recouvrait, la peau de boeuf sur laquelle elle était étendue ont également fourni de précieux renseignements afin d’établir ce scénario. A l’âge du bronze, il y avait donc des relations proches entre l’actuel Danemark et le sud de ce qui est aujourd’hui l’Allemagne, le premier échangeant son ambre contre le bronze du second. Selon le professeur Kristian Kristiansen, de l’université de Gothenburg, ces deux régions étaient à l’âge du Bronze “deux centres dominants de pouvoir, très similaires à des royaumes. Nous avons trouvé de nombreuses connexions directes entre les deux dans les découvertes archéologiques, et je suppose que la “fille d’Egtved” était une Allemande du sud donnée en mariage à un homme du Jutland pour forger une alliance entre deux familles puissantes“, et sécuriser ainsi les routes commerciales du bronze et de l’ambre. On le voit, les études pluridisciplinaires sur des découvertes archéologiques comme la tombe de la “fille d’Egtved” permettent de déboucher sur des résultats fascinants. Mais il reste encore des points d’ombre dans l’histoire de cette jeune noble. Par exemple, on ne sait pas de quoi elle est morte. Ou encore, d’où venait l’enfant dont on a retrouvé les restes dans sa tombe : il était trop âgé pour être son fils. Etait-il son frère ? Une victime sacrificielle ? Une prochaine recherche nous apportera peut-être d’autres réponses. Crédit photos :  - Le “cercueil de chêne” (Tommy Hansen via Wikimedia Commons) - Vue de la tombe de la “fille d’Egtved” (Musée national du Danemark)     Continue reading

La vie extraterrestre serait-elle dans la lune ?

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124231main_NEW_extrasolar-browse.jpg Lorsqu’on imagine une planète habitable autour d’une autre étoile, on a tendance à penser à une sorte de jumelle de la Terre, qui serait à une distance idéale de son soleil, ou peut-être un peu trop chaude (climat désertique) ou trop froide (une planète à l’hiver éternel). Ce que l’on oublie souvent, c’est qu’il peut y avoir des environnements favorables à la vie qui soient assez différents de ce que nous connaissons sur notre bonne vieille planète. L’exploration du système solaire nous amène cependant à considérer les lieux habitables d’un oeil différent. Les océans d’Europe ou de Ganymède, par exemple, pourraient fort bien héberger des formes de vie. Par extension, on peut imaginer des conditions encore plus propices sur des lunes orbitant autour de géantes gazeuses lointaines, un peu comme la lune forestière d’Endor (la planète des Ewoks) dans Star Wars, ou encore Pandora dans Avatar. Plusieurs études récentes ont été consacrées aux exolunes (les lunes d’exoplanètes). Ainsi, deux chercheurs canadiens de l’université McMaster expliquent que certaines exolunes pourraient être dans une position idéale pour héberger la vie, si elles sont de la bonne taille et ont de l’eau à leur surface. En effet, parmi les exoplanètes détectées à ce jour, nombre d’entre elles sont des géantes gazeuses, susceptibles d’avoir des satellites. Pour eux, détecter ces exolunes serait possible, à condition d’être deux fois plus massives que Mars. Un bémol, cependant : les modèles de formation des exolunes laissent entendre que celles-ci ne pourraient que difficilement atteindre une taille comparable à celle de notre Terre. En revanche, une grosse exolune pourrait être protégée des radiations nocives de son étoile, non pas par un champ magnétique propre comme la Terre, mais par la magnétosphère de la planète géante autour de laquelle elles tournent… à condition que ledit champ magnétique ne soit pas trop fort pour influencer négativement les possibilités de vie. Un équilibre difficile entre la taille de l’exolune et sa distance à la géante gazeuse, donc, mais pas impossible, selon une étude publiée fin 2013. Les arguments en faveur de la vie sur des exolunes avaient également été avancés dans d’autres recherches, notamment un article publié en septembre dans Astrobiology et qui supposait que le nombre de lunes de bonne taille se situant dans une zone habitable pourrait même être supérieur à celle des “simples” planètes. Reste cependant un léger problème : la détection d’exolunes est particulièrement difficile. Les données du télescope spatial Kepler peuvent cependant déjà receler les traces de telles lunes lointaines. Un projet de l’université de Harvard (USA), intitulé “Hunt for Exomoons with Kepler” (HEK) s’est d’ailleurs donné pour mission d’éplucher ces données, en espérant y dénicher des exolunes. Pour l’instant, aucune exolune n’a été confirmée, même si plusieurs candidates sont sur les rangs. Ainsi, en 2013, une étude suggérait la présence d’une exolune autour de la géante gazeuse (de deux fois la masse de Jupiter) MOA-2011-BLG-262L b, située à plus de 22 000 années-lumière de nous.  Au mois de janvier dernier, une autre étude laissait entrevoir la possibilité d’une exolune autour d’une planète gazeuse de 10 à 40 fois la taille de Jupiter, à 420 années-lumière. L’exolune serait au milieu d’un système d’anneaux, un peu comme ceux de Saturne. Il reste cependant à déterminer de manière irréfutable la présence d’une exolune… en attendant de déterminer si elle serait potentiellement habitable. Vidéo de René Keller montrant une exolune autour d’une géante gazeuse   Crédit image : vue d’artiste d’une exolune (NASA) Continue reading

L’univers est-il orienté à gauche ?

La présence de champs magnétiques orientés à gauche serait un indice pour expliquer la domination de la matière sur l’antimatière aux débuts de l’univers En théorie, nous ne devrions pas exister, en tout cas, pas dans un univers tel que nous le connaissons, et ce à cause de l’antimatière. Pour chaque particule de matière il existe en effet une antiparticule, de charge opposée, et lorsque les deux se rencontrent, elles s’anéantissent mutuellement en dégageant de l’énergie. Lorsque notre univers est né, il y aurait dû y avoir autant de matière que d’antimatière. Or, force est de constater que nous vivons dans un univers dominé par la matière, et nous n’avons pas jusqu’ici découvert de fortes concentrations d’antimatière, qui devraient être visibles si les deux existaient à part égale. Cette cohabitation originelle équitable entre matière et antimatière vient d’ailleurs d’être vérifiée expérimentalement : une équipe emmenée par Gianluca Sarri, de la Queen’s University de Belfast, a en effet réussi à créer un plasma composé à parité d’électrons et de positrons (l’antiparticule associée aux électrons). Un tel plasma aurait existé dans les tout premiers instants de notre univers… Alors, qu’est devenue l’antimatière ? Ce mystère fait bouillonner les méninges des spécialistes de la question depuis de très nombreuses années. De récentes expériences dans des accélérateurs de particules ont montré que la décomposition de certaines particules subatomiques composées à égalité de matière et d’antimatière (un quark et un antiquark) produirait davantage de matière que d’antimatière, sans que l’on ne sache encore pourquoi. Bien sûr, des explications à ce fait ont déjà été avancées. Par exemple, en février dernier, des physiciens de l’UCLA (Californie, USA) ont émis l’hypothèse que le champ de Higgs, auquel est lié le fameux Boson de Higgs et qui est responsable du fait que les particules ont une masse, aurait pu donner temporairement une masse différente aux particules de matière et d’antimatière, expliquant ainsi l’asymétrie qui a vu ensuite la domination de la matière. Aujourd’hui, des scientifiques d’universités américaines et japonaise apportent une nouvelle pierre à l’édifice, en publiant les résultats de leurs travaux dans la revue Monthly Notices of the Royal Astronomical Society. En se basant sur des données recueillies par le Fermi Gamma ray Space Telescope (FST) de la NASA, ces chercheurs ont mis en évidence l’existence de champs magnétiques qui existeraient dans l’ensemble de l’univers. Ces champs dont l’origine remonterait aux premières nanosecondes de l’univers seraient hélicoïdaux (en forme d’hélice, ou de pas de vis), et il y en aurait un plus grand nombre orientés à gauche qu’à droite. Une asymétrie qui, pour les théoriciens, serait un indice supplémentaire d’un processus qui aurait favorisé la création de matière par rapport à celle d’antimatière. Continue reading

Cephalus 2 vient de sortir !

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Au cours de ces derniers mois, notre super équipe de choc vous a préparé un Cephalus aux petits oignons : plus vrai, plus beau, plus plein de dessins originaux ! Après un premier numéro sur le thème de l’eau, cette fois-ci nous causons de la lumière, en l’honneur de l’Année internationale de la lumière …
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Europe ne manque pas de sel !

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PIA19048_ip.jpgEurope est probablement la lune la plus fascinante de notre système solaire, probablement du fait que sur la liste des mondes qui auraient une petite chance d’héberger une forme de vie, elle se situe tout au sommet. Avec ses océans sous la glace et une activité géologique, cette lune de Jupiter a également quelques traits caractéristiques vus de l’espace, notamment ces grandes lignes d’un rouge sombre semblant dessiner les contours des reliefs, ou comme de grandes fissures imaginaires. Ces sombres dessins ont longtemps intrigué les scientifiques, se demandant de quoi ils étaient composés. Une théorie envisageait notamment que ces colorations proviendraient de composés contenant du soufre et du magnésium. Aujourd’hui, des expériences menées par un laboratoire de la NASA  vient d’émettre une autre hypothèse sur le matériau obscur : il s’agirait de sel ! De plus, le sel en question proviendrait de l’océan situé sous la glace, ce qui donne des éléments supplémentaires sur la composition de ce dernier et son interaction avec la surface. Les chercheurs ont modélisé les conditions régnant à la surface d’Europe, notamment la température de surface (moins 173 degrés !), et s’en sont servis pour tester différentes substances pouvant produire les fameuses couleurs sombres. Ces matériaux étaient soumis à des radiations intenses, reproduisant celles dans lesquelles baigne cette lune, qui est soumise au puissant champ magnétique de Jupiter. Les résultats, publiés dans le journal Geophysical Resarch Letters, montrent que si le soufre pourrait correspondre à certaines des couleurs rencontrées sur Europe, c’est le sel irradié qui correspondrait aux couleurs des régions les plus jeunes de la surface de cette lune. Après des heures d’expositions aux radiations, les échantillons de sel (initialement du sel de table tout simple) sont devenus d’une couleur jaune brunâtre, et la mesure de leur spectre lumineux a montré une forte ressemblance avec ce que nous recevons des lignes brunes d’Europe. “S’il s’agit juste de sel de l’océan en dessous, ce serait une solution simple et élégante pour ce qu’est ce mystérieux matériau sombre”, explique Kevin Hand, spécialiste en sciences planétaires au Jet Propulsion Laboratory (NASA) et auteur principal de l’article. Si l’hypothèse s’avère exacte, cela suggérerait une interaction entre l’océan et son fonds rocheux, “une considération importante pour déterminer si la lune glacée peut supporter la vie”, précisent les chercheurs. Le changement de couleur dépendant du temps d’exposition aux radiations, cela pourrait également permettre de déterminer l’âge des configurations géologiques à la surface d’Europe. La théorie ne pourra être vérifiée avec certitude que lorsqu’une mission sera envoyée sur place. Il faudra donc attendre un peu, mais il semble désormais assez probable qu’Europe ne manque pas de sel. Crédit photo : Vue d’Europe prise par la sonde Galileo, montrant bien les longues lignes sombres sur la surface de la planète. (NASA/JPL-Caltech/SETI Institute) Continue reading

Du nouveau sur Cérès : la grande tache blanche est en morceaux

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PIA19547_ip.jpg Depuis quelques mois, un mystère entoure la planète naine Cérès : que sont donc ces mystérieuses taches blanches que l’on voit à sa surface ? Au départ, on en avait observé qu’une, puis, avec l’approche de la sonde spatiale Dawn, on a pu voir qu’il y en avait d’autres. Dawn s’est mise en orbite autour de Cérès le 6 mars dernier, mais il a fallu quelques semaines avant qu’elle ne soit en position pour recueillir des données utilisables. Le 9 mai, elle a terminé son premier cycle de 15 jours qui lui a permis d’effectuer un tour complet de Cérès, à une altitude de 13 600 kilomètres, et de prendre quelques images, les plus détaillées que l’on possède jusqu’ici. Parmi celles-ci, une animation qui vient d’être rendue publique par la NASA et qui montre le cratère de l’hémisphère nord qui contient la plus grande des taches blanches, … qui se révèle en fait être composée de plusieurs taches plus petites. Si la nature exacte de ces taches reste encore un petit mystère, les hypothèses sont désormais plus limitées. Selon les spécialistes de la NASA, il y aurait là un matériau hautement réfléchissant, qui brillerait à la lumière du Soleil, produisant ainsi les fameuses taches. S’agit-il de glace ? D’autre chose ? On n’en sait encore rien. Dawn est actuellement en train de changer de position. Un lent déplacement débuté le 9 mai, et qui l’amènera sur une orbite plus basse à partir du 6 juin. La sonde sera alors à 4400 kilomètres d’altitude, et effectuera une cartographie détaillée de la surface de Cérès, en plus d’autres examens scientifiques. On saura peut-être alors quelle est la nature de cette matière composant les petites taches qui composent la “grande tache blanche” de Cérès ! PIA19547_fig1_thumb.gif Crédit photos : - une vue de Cérès prise par Dawn, qui montre le cratère contenant “la” grande tache blanche… composée de plusieurs petites taches. (NASA/JPL-Caltech/UCLA/MPS/DLR/IDA) - l’animation qui montre la surface de la planète naine (NASA/JPL-Caltech/UCLA/MPS/DLR/IDA) Continue reading