Le premier robot conscient ressemblera-t-il à un insecte ?

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bild.jpegHector est un robot qui est très loin de l’image que l’on peut en avoir : il ne ressemble pas aux droïdes de Star Wars (R2D2 ou C3PO), et encore moins aux réplicants de Blade Runner. Hector a été conçu pour ressembler aux phasmes, ces insectes fascinants qui ressemblent à des brindilles. Il est aussi le fruit d’une coopération entre roboticiens et biologistes, et se situe au carrefour des deux disciplines. Il a été doté d’un programme pour lui apprendre à marcher, ce qui n’est pas aussi évident que cela peut le paraître. Le robot a en effet été doté de membres mécaniques imitant au mieux les mécanismes biologiques. Les programmes et senseurs intégrés, eux, ont doté Hector de la possibilité de réagir en fonction du terrain rencontré, y compris s’adapter aux obstacles. Mais aujourd’hui, les chercheurs passent à une toute autre étape : doter Hector des capacités nécessaires à une forme de conscience. Les chercheurs de l’université Bielefeld (Allemagne) l’ont doté d’un système basé sur les réseaux de neurones, qui pourrait permettre au robot de se voir de la manière dont les autres le voient. “Avec cela, il aurait une conscience réflexive“, explique le Dr Holk Cruse, biologiste et co-auteur d’une étude publiée dans la revue en ligne Open Mind, spécialisée dans l’étude de l’esprit, de la conscience et de la cognition. ”Un humain possède une conscience réflexive quand non seulement il perçoit ce qu’il ressent, mais qu’en plus il a la capacité de ressentir qu’il éprouve quelque chose”, précise Holk Cruse. “La conscience réflexive existe donc si un humain ou un système technologique peut se voir “à l’extérieur de lui-même”, si je peux dire”. Les chercheurs n’ont pas essayé de programmer la conscience dans Hector, mais ils observent sa possible émergence. En effet, son programme lui permet déjà de réagir aux stimuli de son environnement, et même de trouver son chemin pour rejoindre un but distant. Lorsque ses programmes initiaux ne lui apportent pas la solution désirée, il peut aussi faire appel à un autre logiciel, qui va lui permettre “d’imaginer” des solutions nouvelles : il va envisager des hypothèses et décider si elles sont ou non adaptées avant de les adopter. “Etre capable d’effectuer des actions imaginées est une caractéristique centrale d’une forme simple de conscience”, affirment les chercheurs. Ils pensent aller encore plus loin en tentant de lire les “émotions” du robot, en se basant sur le fait qu’il a des “intentions”, comme celles qui peuvent l’inciter à aller dans certains lieux (par exemple à sa station de recharge). “Les émotions peuvent être déduites du comportement”, assure Holk Cruse. “Par exemple, une personne heureuse prend davantage de risques et prend des décisions plus rapidement que quelqu’un qui est anxieux”. Pour Hector, on pourrait alors déduire ses “émotions” du fait qu’il adopte des solutions rapides mais risquées ou au contraire qu’il prend son temps pour trouver une réponse plus sûre. Reste à savoir si Hector va effectivement évoluer dans ce sens. “Avec ses nouveaux programmes, Hector pourrait observer son propre état mental – jusqu’à un certain point, ses humeurs – et diriger ses actions en utilisant cette information”, explique Malte Schilling, co-auteur de l’étude. “Ce qui rend cela unique, c’est qu’avec notre extension logicielle, les facultés de base sont préparées pour que Hector puisse aussi être capable d’évaluer l’état mental des autres. Il pourrait sentir les intentions et les attentes des autres, et agir en conséquence”. “Le robot pourrait alors être capable de “penser” : Qu’est-ce que cette personne attend de moi? Et il orienterait alors ses actions en conséquence”, précise le Dr Cruse. Hector n’en est cependant pas encore là, pas tout à fait… Il reste donc à observer de très près ses futurs progrès. Que ceux qui craignent l’intelligence artificielle se rassurent, il n’est pas encore capable d’avoir une conversation avec vous sur le sens de la vie… Crédit photo : Le robot Hector (CITEC/Bielefeld University)
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Les comètes ont-elles peint Mercure en noir ?

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Mercury_732x520.jpgMercure est une planète sombre. La première planète du système solaire (par ordre de proximité) ressemble beaucoup à la Lune. Elle est sensiblement plus grosse, avec 4879 kilomètres de diamètre contre 3474 à notre satellite, mais toutes deux sont rocheuses, sans atmosphères, et ont leur surface constellée de cratères d’impacts qui se sont produits au fil de leur existence. Mercure est aussi plus sombre que la Lune, une caractéristique qui est peut-être sur le point d’être expliquée “Depuis longtemps, il a été émis l’hypothèse qu’il y a un mystérieux agent assombrissant qui contribue à la basse réflectivité de Mercure”, explique Megan Bruck Syal, qui a effectué une recherche sur le sujet à l’université Brown (USA). “Ce qui n’avait pas été envisagé, c’est que Mercure ait été recouverte par une grande quantité de matériaux provenant de comètes”. L’hypothèse émise est en effet que lorsque les comètes effectuent leur passage près du Soleil, elles commencent à se briser, ou au moins à se séparer de certains de leurs constituants. Certains de ces résidus cométaires, en partie composés de carbone, seraient alors attirés par Mercure, et s’écraseraient à sa surface. En utilisant une modélisation des résultats d’impacts de débris de comètes, les chercheurs ont pu évaluer la fréquence des impacts de débris cométaires sur Mercure, ainsi que la quantité de carbone qui resterait à sa surface. Le résultat de ses calculs est qu’il y aurait entre 3 et 6% de carbone dans cette “couche” de surface, après des milliards d’années de bombardements. L’équipe a ensuite modélisé des impacts, afin de voir comment le carbone pourrait se mêler à la surface mercurienne. Le résultat est que “les petites particules de carbone vont se mêler intimement aux matériaux fondus par les impacts”. Au final, le matériau qui a reçu de tels bombardements va voir sa capacité à refléter la lumière réduite à moins de 5%, ce qui est le cas dans les parties les plus sombres de Mercure. “Element important, une analyse spectroscopique des échantillons d’impacts ne révèle pas d’empreinte spectrale spécifique, ce qui est encore similaire à celles reçues de Mercure”, précise l’étude. “Nous démontrons que le carbone agit comme un agent assombrissant furtif”, précise le professeur Peter Schulz, géologue à l’université Brown et co-auteur de l’étude publiée dans Nature Geosciences, pour qui le scénario mérite d’être considéré : “Mercure pourrait bien être une planète peinte”, déclare-t-il. Peinte par les comètes… Crédit photo : image prise en 2008 par la sonde Messenger (NASA/Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Carnegie Institution of Washington) Continue reading

Vie sur Mars : encore un indice ?

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PIA16937_ip.jpgS’il y a eu un jour de la vie sur la planète Mars, en avoir la certitude ressemble à un puzzle complexe dont on ne sait même pas si l’on en possède toutes les pièces. Pourtant, les indices s’accumulent, qui montrent qu’il y a pu y avoir un jour des conditions favorables à l’apparition de formes de vie microbiennes. Les dernières recherches en date ont montré par exemple qu’il y aurait eu un océan à la surface de la planète rouge. Les sondes martiennes ont également rapporté la présence de molécules dites “organiques”, qui sont un peu comme des briques pouvant être utilisées par des formes de vie (mais pas seulement). Ainsi, Curiosity a récemment trouvé du méthane et du chlorobenzène, ce qui pourrait pointer vers d’éventuelles réactions liées au vivant. C’est toujours le robot Curiosity qui est à l’origine de la dernière étape en date : hier soir, la NASA a révélé que le robot roulant avait détecté du monoxyde d’azote, qui s’est dégagé en réchauffant des sédiments martiens. Ce gaz “peut être émis lorsque des nitrates se décomposent sous l’effet de la chaleur”, explique l’agence spatiale américaine. “Les nitrates sont une catégorie de molécules qui contiennent de l’azote dans une forme qui peut être utilisée par les organismes vivants. Cette découverte ajoute aux preuves que dans le passé Mars était propice à la vie”. La NASA explique dans un communiqué le rôle de l’azote dans les organismes vivants, notamment son utilisation dans les molécules d’ADN et d’ARN et dans les protéines… Et aussi le fait que jusqu’ici on n’avait trouvé d’azote que sous sa forme gazeuse “ordinaire”, qui ne réagit pas aisément avec d’autres molécules. Le fait de trouver de l’azote utilisable par le métabolisme d’organismes vivants (par exemple sous forme de nitrates) apporte donc une autre pierre à l’édifice d’une Mars hospitalière pour la vie. “Il n’y a aucune preuve suggérant que les molécules trouvées par l’équipe (de Curiosity) ont été créées par la vie”. Le prudent bémol est nécessaire. Ce n’est pas parce qu’il y a des molécules organiques, de l’eau, et maintenant du monoxyde d’azote que l’on va trouver des microbes martiens fossilisés. Il y a des processus non biologiques qui peuvent produire de tels éléments. Par exemple, les éclairs peuvent “fixer” ainsi l’azote de l’air. “Trouver une forme d’azote accessible biochimiquement apporte un nouvel appui pour l’habitabilité de l’ancien environnement martien de Gale Crater” (le lieu où se trouve Curiosity), déclare pour sa part Jennifer Stern, du Goddard Space Flight Center (NASA), et auteur principal d’une étude sur la question qui vient d’être publiée dans le journal PNAS. Le puzzle s’enrichit donc d’une nouvelle pièce. Mais nous n’avons toujours pas de vision claire sur l’image qu’il va constituer. Une Mars pleine de vie microbienne, ou au contraire, un désert ? Il va falloir attendre encore. Crédit photo : un autoportrait du robot Curiosity à la surface de Mars (NASA/JPL-Caltech/MSSS) Continue reading

Les étoiles peuvent-elles chanter ?

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SoundWavesInStar600px.jpgDans l’espace, on ne vous entend pas crier. On ne vous entend pas non plus chanter. La raison en est facilement expliquée par la science : il n’y a pas d’air pour propager les vibrations sonores. Pourtant, ce n’est pas forcément aussi simple, comme vient de le démontrer une étude publiée aujourd’hui dans Physical Reviews Letters. C’est en observant l’interaction d’un laser à très haute intensité avec une cible de plasma que l’équipe de physiciens a fait une observation inattendue : durant un infime laps de temps après que le laser ait frappé, le plasma s’écoulait rapidement des régions les plus denses vers des zones de plus faible densité, où il créait ce que les chercheurs ont comparé à des “embouteillages”. Le plasma s’empilait entre les régions à haute et à faible densité, et dans l’action ils généraient une série de pulsations de pression : une onde sonore. Bien entendu, il ne s’agissait pas de son que nous pouvons entendre : ces fréquences étaient six millions de fois plus aiguës que ce que pourrait entendre le mammifère aux oreilles les plus sensibles. “L’un des rares endroits dans la nature où cet effet peut se produire est à la surface des étoiles”, explique  le Dr John Pasley, du département de physique de l’université de York (Angleterre), et co-auteur de l’étude. “Lorsqu’elles accumulent de nouveaux matériaux, les étoiles pourraient générer des sons d’une manière similaire à ce que nous avons observé en laboratoire. Les étoiles chantent peut-être, mais du fait que le son le peut pas se propager dans le vide de l’espace, personne ne peut les entendre”. Une autre étude publiée voici quatre ans dans Science avait étudié les “sons” émis par les étoiles en analysant les données du télescope spatial Kepler. Ces données ont permis d’analyser les oscillations de 500 étoiles similaires au Soleil. Ces vibrations stellaires renseignent en effet les chercheurs sur leur taille, leur structure, leur composition chimique… et font d’ailleurs l’objet d’une discipline à part entière, l’astérosismologie. Ces vibrations  elles peuvent “nous donner une image beaucoup plus claire du passé et de l’avenir de notre Soleil et de notre galaxie”, expliquait alors Antonio Gimenez, de l’institut d’astrophysique des Canaries, co-auteur de l’étude publiée dans Science. Un peu comme si on pouvait observer le Soleil tout au long de ses milliards d’années d’histoire passée et future. Ce ne sont pourtant pas des “sons” à proprement parler, et le phénomène est différent de celui décrit par l’étude publiée ce jour…

 Le Soleil, les planètes, la Terre, ont aussi une voix

Ce n’est pas non plus la première fois que l’on parle de “chant”, ou de sons émis par des objets célestes. La NASA a même une collection de fichiers sonores relatifs à l’espace. Par exemple, les enregistrements de la sonde Voyager 1 ont mis en évidence les vibrations des électrons dans le gaz ionisé (encore du plasma) au travers duquel passe la sonde. Les fréquences enregistrées ont ainsi permis d’entendre le bruit de l’espace interstellaire. Les chercheurs de l’agence spatiale américaine ont également “converti” en sons les émissions radios de planètes comme JupiterSaturneUranus et Neptune. Il s’agit d’ondes radio émises par des phénomènes similaires aux aurores polaires sur Terre, et qui deviennent des sons lorsque l’on réduit leur fréquence pour les rendre audibles. De la même manière, la NASA a transformé les ondes radio provoqué par les vagues de plasma dans les ceintures de radiation qui protègent notre planète : c’est le “chant de la Terre“. Enfin, le Soleil n’est pas en reste, mais dans d’autres gammes d’ondes : il s’agit d’infrasons, un million de fois plus graves que la note la plus grave que nous puissions entendre. Comme l’explique le Dr Daniel Presnell, du Solar Dynamics Observatory, “nous voyons des millions d’ondes sonores qui se déplacent sur et à travers le Soleil. Elles nous renseignent sur l’intérieur du Soleil.” C’est un peu comme si notre bon vieil astre du jour faisait des bulles, qui émettaient un “pop” chaque fois qu’elles crèvent la surface. Les protubérances solaires peuvent elle aussi provoquer des ondes sonores sur la surface du Soleil. “Nous pouvons voir ces ondes comme des changements dans la luminosité ou la vitesse de la surface solaire”, précise le chercheur. Nous vivons donc bien dans un univers bruyant, parfois mélodieux… mais nos oreilles ne sont pas forcément calibrées pour l’entendre… et même si elles l’étaient, le vide de l’espace n’apporterait pas cette “musique” jusqu’à nous. Crédit photo : les “vagues de sons” à l’intérieur d’une étoile (Gabriel Pérez Díaz, Instituto de Astrofísica de Canarias / MultiMedia Service). En “bonus track”, le son de l’espace interstellaire :
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Quand il pleuvait du fer sur Terre…

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planetimpact_full.jpgImaginez du fer tombant en gouttelettes à la surface de la Terre, comme une pluie métallique… Dans un cas pareil, un parapluie serait bien inefficace ! Heureusement, cela s’est produit à une époque où il n’y avait pas encore de vie sur Terre, et où les astéroïdes heurtaient régulièrement la Terre comme la Lune. On savait déjà que du fer avait été apporté sur notre planète par des collisions avec les astéroïdes, mais on se demandait pourquoi il y en a autantdans le manteau terrestreEn effet, il aurait semblé plus raisonnable aux scientifiques que ce métal ait été propulsé au travers de l’écorce terrestre pour rejoindre directement les quantités importantes de fer présentes dans son noyau. Une autre question tout aussi intrigante est de savoir pourquoi la Lune, formée en même temps que la Terre, a beaucoup moins de fer dans son propre manteau, vu qu’elle a été tout aussi bombardée par des astéroïdes pleins de fer ? Là encore, un mystère. Une réponse possible vient d’être apportée par une équipe emmenée par deux professeurs de Harvard et de l’université de Californie, dans un article publié dans Nature Geosciences. Pour eux, la collision d’un morceau de fer avec la Terre aurait transformé celui-ci en un “nuage de fer” s’évaporant tout autour de la Terre, et se précipitant ensuite en pluie ferreuse, ce qui expliquerait alors les poches de ce métal que l’on trouve aujourd’hui dans le manteau terrestre. Concernant la Lune, sa gravité n’aurait pas été suffisante pour retenir la plus grande partie de ces atomes de fer flottant, qui auraient été en retour attirés par la Terre. Pour arriver à cette thèse, les chercheurs ont utilisé le plus grand générateur de rayons X au monde, la Z-Machine, conçue pour tester la résistance des matériaux dans des conditions extrêmes de températures et de pression (la Z-Machine est notamment employée pour réaliser des simulations informatiques d’armes nucléaires). En effectuant des mesures sur les conditions de vaporisation du fer, ils ont constaté que celle-ci se produisait à des pressions moins importantes que les valeurs théoriques jusqu’ici admises… et surtout, des pressions qui existaient lors des derniers stades de formation planétaire. “Vu que les spécialistes en sciences planétaires ont toujours pensé qu’il était difficile de vaporiser le fer, ils n’ont jamais songé que la vaporisation pouvait être un processus important durant la formation de la Terre et de son noyau”, explique Rick Kraus, co-auteur de l’article, “mais avec nos expériences, nous avons montré qu’il est très facile de vaporiser le fer à l’impact”. Pour lui, “cela change la manière dont nous pensions la formation de la Terre”. Crédit image : Vue d’artiste de l’un des très nombreux impacts de toutes tailles qui se sont produits dans les derniers stades de la formation terrestre (NASA/JPL-Caltech)

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La Voie Lactée est-elle beaucoup plus grande qu’on le pensait ?

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HNewbergApJRippledGalaxy4.jpg C’est une étude qui va faire des vagues: selon des travaux qui viennent d’être publiés dans The Astrophysical Journal, la voie lactée pourrait passer de 100 000 années-lumière à 150 000. Tout cela à cause d’une configuration qui ressemble à ce qui se produit lorsqu’on fait des ronds dans l’eau. Une équipe internationale menée par le professeur Heidi Jo Newberg, de l’institut polytechnique Rensselaer (USA), a en effet découvert que le disque galactique était entouré par plusieurs vagues concentriques, que l’on prenait jusqu’ici pour de simples anneaux d’étoiles séparés par des vides. De manière schématique, on considérait jusqu’ici la Voie Lactée comme une spirale d’étoiles sur une surface relativement plane. Or, selon cette nouvelle étude, il s’agirait davantage d’un disque sur une surface ondulée, un peu comme de la tôle. “Les astronomes ont observé que le nombre d’étoiles de la Voie Lactée diminue rapidement à 50 000 années-lumière du centre de la galaxie, et qu’ensuite un anneau d’étoiles apparaît à environ 60 000 années-lumière du centre”, précise Xu Yan, de l’observatoire astronomique national de Chine et co-auteur de l’article. “Ce que nous voyons aujourd’hui est que cet anneau apparent est en fait une ondulation dans le disque, et il il peut très bien y en avoir d’autres plus à l’extérieur que nous n’avons pas encore observés”. “En rayonnant à l’extérieur en partant du Soleil, nous pouvons voir au moins quatre ondulations dans le disque de la Voie Lactée,” explique le professeur Newberg, qui a utilisé les données astronomiques du Sloan Digital Sky Survey, programme dont la mission est de cataloguer les objets célestes. “Même si nous ne pouvons voir qu’une partie de la galaxie avec ces données, nous supposons que cette configuration se retrouve sur l’ensemble du disque”. Le fait que ce que l’on pensait être des anneaux fasse partie intégrante du disque de la Voie Lactée agrandit donc la taille connue de notre galaxie de 50 000 années-lumière. Le premier “anneau” observé, l’anneau de la Licorne (Monoceros), a permis d’en détecter deux autres, et de constater que ces ondulations étaient dans l’alignement des bras spiraux de la galaxie. Mieux encore, cette découverte va dans le sens de modèles théoriques qui envisagent qu’une galaxie naine ou un bloc de matière noire qui traverserait la Voie Lactée produirait un effet de “vagues” similaire. “C’est très similaire à ce qui se produit si vous jetez un caillou dans de l’eau dormante, les vagues vont rayonner à partir du point d’impact”, explique Heidi Jo Newberg. “Si une galaxie naine passe au travers du disque, elle va le tirer vers le haut lorsqu’elle y entre, et le repousser vers le bas lorsqu’elle passe à travers, et cela va déclencher une forme de vague qui va se propager vers l’extérieur.” La découverte de ces ondulations pourrait même être utilisée pour mesurer la configuration de la matière noire dans la galaxie. Crédit image : une vue de la Voie Lactée avec les anneaux et les ondulations (Rensselaer Polytechnic Institute) Continue reading

Mars : une aurore polaire et un mystérieux nuage de poussière

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15-045a.jpg La sonde américaine MAVEN, en orbite autour de Mars depuis le mois de septembre, vient de faire deux découvertes étonnantes, présentées lors d’une conférence consacrée à la science des planètes et de la Lune, à Woodlands (Texas). MAVEN, conçu pour étudier l’atmosphère martienne présente et passée, a pu observer un nuage de poussière à haute altitude ainsi qu’un phénomène similaire aux aurores boréales terrestres. Le nuage, tout d’abord : il a été détecté par l’un des instruments de MAVEN, et il est présent depuis que la sonde est arrivée. Cette poussière, dont la densité est plus importante aux altitudes les plus basses, se situe entre 150 et 300 kilomètres au-dessus de la surface martienne. On ne sait pas encore s’il s’agit d’un phénomène temporaire, ou si cette formation est inscrite dans la durée. Les scientifiques tentent d’expliquer la présence de cette poussière à une altitude où les modèles atmosphériques martiens actuels ne l’envisageaient pas. “Si la poussière provient de l’atmosphère, cela suggère que nous serions passés à côté d’un processus fondamental dans l’atmosphère de mars,” reconnaît Laila Andersson, du laboratoire de l’atmosphère et de physique spatiale de l’université du Colorado. La poussière pourrait provenir d’autres sources : elle pourrait venir des deux satellites de Mars, Phobos et Deïmos; elle pourrait également venir de l’espace, portée par le vent solaire; ou elle pourrait enfin provenir de débris de comètes orbitant autour du Soleil. Maven reste en alerte, les scientifiques aussi, et ils espèrent bien trouver la solution de l’énigme. Ce n’est d’ailleurs pas le premier élément atmosphérique imprévu : en 2012, on avait observé des panaches et de mystérieux nuages, là aussi à haute altitude.

Les “lumières de Noël”

Le second élément sortant de l’ordinaire a été observé pendant cinq jours, juste avant le 25 décembre, ce qui lui a valu le surnom d’”aurore de Noël”. MAVEN a enregistré une lumière brillant dans l’ultraviolet dans l’hémisphère de Mars, et qui s’apparente à nos aurores polaires terrestres. Sur Terre, une aurore est créée par l’action de particules énergétiques (notamment des électrons) provenant du Soleil sur les gaz de l’atmosphère. Sur Mars, qui n’est pas protégée par un champ magnétique au contraire de notre planète, ces particules solaires peuvent pénétrer beaucoup plus profondément dans l’atmosphère, ce qui explique que l’aurore ainsi observée ait eu lieu à des altitudes particulièrement basses. “Ce qui est le plus surprenant dans l’aurore que nous avons vue est à quel point elle s’est produite profondément dans l’atmosphère, beaucoup plus profondément que sur Terre ou ailleurs sur Mars”, explique Arnaud Stiepen, de l’université du Colorado. “Les électrons qui l’ont produite doivent être vraiment pleins d’énergie”. On le voit, MAVEN vient à peine d’arriver qu’elle a déjà accumulé des éléments sortant de l’ordinaire. Que ne va-t-elle pas nous amener dans les mois et les années qui viennent ! Crédit photo : vue d’artiste de la sonde MAVEN observant “l’aurore de Noël” sur Mars.  (Université du Colorado via NASA

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Peut-on détecter les couleurs de la vie sur d’autres planètes ?

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globe_east_2048_greenish.jpgLa vie a-t-elle des couleurs ? Des couleurs spécifiques, que l’on pourrait détecter à distance, sur d’autres planètes, à des dizaines, voire des centaines d’années-lumière ? C’est le postulat de départ d’une étude qui vient d’être menée par une équipe internationale, qui a décidé d’établir un véritable catalogue des couleurs de la vie à l’usage des astrophysiciens, et qui publie ses résultats dans le journal PNAS. Détecter la présence d’eau, de certains gaz, déterminer si une exoplanète est ou non en “zone habitable” ne nous fournira en effet pas de réponse précise sur la présence réelle de vie à sa surface. Il ne s’agira que de potentiel, qui ne sera peut-être jamais réalisé. En revanche, si l’on arrive à déterminer des signatures spécifiques de la vie en examinant le spectre lumineux émis par l’une de ces terres lointaines, on aura alors davantage qu’un simple potentiel : on atteindra alors le niveau des probabilités, plus ou moins fortes, et peut-être même de quasi certitudes. Une planète reflète en effet la lumière de son soleil, mais le spectre lumineux qu’elle retransmet contient nombre d’informations sur sa composition. Chaque élément présent va émettre une certaine signature lumineuse, qui permet d’en détecter la présence. C’est le cas par exemple pour l’oxygène dans une atmosphère, pour l’eau à la surface… et donc pour les éventuelles formes de vie qui pourraient s’y trouver. C’est dans l’optique de fournir aux astronomes des outils précieux que l’équipe menée par Siddharth Hegde, de l’Institut Max Planck d’Astronomie (Allemagne), composée d’astrophysiciens et de biologistes, a établi son catalogue, recensant les signatures (vues de l’espace) émises par 137 formes de vie que l’on trouve à la surface de la Terre… y compris dans des lieux inhospitaliers. “Cette base de données nous donne un premier aperçu de ce à quoi la diversité des mondes lointains pourraient ressembler”, explique Lisa Kaltenegger, professeur d’astronomie à l’université Cornell (USA) et co-auteur de l’article. “Nous avons observé une vaste palette de formes de vie, y compris quelques-unes provenant des plus extrêmes régions de la Terre”. Des extrémophiles, organismes qui vivent dans des conditions extrêmes, sont inclus dans cette base, ce qui présente un intérêt certain puisqu’ils auraient davantage de chances de se développer dans des lieux où la vie serait difficile. En l’état actuel de nos moyens, une telle détection sera cependant encore difficile, même avec nos meilleurs télescopes. On ne peut en effet pas encore mesurer directement la lumière émise par une exoplanète de type terrestre, car elle est noyée dans la lumière beaucoup plus intense de son étoile. Mais on peut espérer que dans l’avenir nous aurons la possibilité de le faire. Cette “première base de données pour une palette diversifiée de vie” est disponible en ligne sur le site de l’université Cornell. Les chercheurs comptent bien l’agrandir, de manière à ce que ce catalogue devienne une référence. SamplesPNASHegde2015.jpg Crédits photos :  La vie a des couleurs que l’on pourrait détecter de très loin (NASA) Huit des 137 échantillons de micro-organismes utilisés pour mesurer les biosignatures. Pour chacun d’entre eux, l’image du haut est une photo normale de l’échantillon, et celle du dessous une image agrandie 400 fois. (NASA) Continue reading

Actu insolite de mi-mars

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  Bienvenue pour ce deuxième billet sur l’actu insolite du premier mi-mois de mars. Au sommaire : changement climatique, gastronomie indienne, tribune sur les grandes femmes en sciences, art scientifique, cimetière de baleines et migration humaine. Commençons avec plusieurs actus ratées en février, que je m’empresse d’ajouter à ce billet. Changement …
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L’Homme de Néandertal fabriquait des bijoux

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87998_web.jpgParce qu’il n’est que notre “cousin” sur l’arbre de l’évolution des espèces, l’Homme de Néandertal a été longtemps sous-estimé. Mais les recherches récentes révèlent de plus en plus d’éléments montrant qu’il était aussi intelligent que nos ancêtres. Mieux encore, il aurait même eu la fibre artistique. Lorsque l’Homo Sapiens est arrivé d’Afrique en Europe, voici environ 50 000 ans, les Néandertaliens étaient déjà là depuis plus de 200 000 ans, ce qui en fait probablement les seuls vrais “Européens de souche”, si tant est que le concept puisse avoir une réalité scientifique. Ils étaient installés sur de nombreux sites, dont celui situé à Krapina, dans ce qui est aujourd’hui la Croatie. C’est là que des fouilles réalisées entre 1899 et 1905 ont mis au jour un ensemble de serres de grand aigle de mer (ou pygargue à queue blanche), parmi des restes d’os et d’outils néandertaliens. Oubliées pendant plus d’un siècle, ces serres ont été étudiées de nouveau par une équipe internationale, qui a pu s’apercevoir que les serres en question, datant de 130 000 ans, étaient très probablement les premiers bijoux que l’on puisse attribuer à l’Homme de Néandertal. Les serres portent en effet de nombreuses entailles, marques de coupe et signes de polissage. Trois des plus grandes ont aussi de petites encoches, à peu près au même endroit. Dans une étude publiée dans le journal PLOS One, les auteurs expliquent que ces différentes caractéristiques observées sur ces serres “suggèrent qu’elles feraient partie d’un assemblage de bijoux”, et qu’elles auraient été montées soit en collier, soit en bracelet. Pour les chercheurs, “La présence de ces huit serres indique que les Néandertaliens de Krapina ont acquis et collectionné ces serres d’aigles pour une sorte de but symbolique”. Si l’on avait déjà découvert sur d’autres sites quelques serres de rapaces et plumes qui laissaient penser que Néandertal les utilisait comme parures, la collection trouvée à Krapina est à la fois la plus importante et la plus ancienne. “C’est vraiment une découverte étonnante”, se réjouit David Frayer, paléoanthropologue de l’université du Kansas, et l’un des auteurs de l’étude. Il souligne non seulement la prouesse technique dans la réalisation des “bijoux”, mais aussi celle nécessaire pour capturer les rapaces qui ont fourni les serres. “Ce sont des oiseaux très puissants”, explique-t-il à Nature, “cela demande une certaine dose de courage, ou même de folie pure, que d’attraper l’un de ces animaux”. Le grand aigle de mer est en effet le plus gros prédateur aérien d’Europe avec ses deux mètres d’envergure… L’Homme de Néandertal avait donc des qualités que l’on considère comme propres à l’humain moderne : l’imagination, les connaissances techniques pour réaliser des bijoux, la capacité d’exprimer une pensée symbolique, et la bravoure nécessaire pour chasser un grand prédateur ailé. Crédit photo : Serres trouvées sur le site néandertalien de Krapina (Croatie). Elles portent des marques qui suggèrent qu’elles faisaient partie d’un collier ou d’un bracelet (Luka Mjeda, Zagreb) Continue reading