L’océan perdu de Mars

eso1509a.jpg
eso1509a.jpg Un océan entier perdu dans l’espace : c’est ce qui serait arrivé à la planète Mars dans un lointain passé. L’océan en question était de la taille de l’océan Arctique, le plus petit des océans terrestres, mais comme Mars est grande comme une demi-Terre (53%), la proportion est plus importante : cette grande mer martienne aurait représenté, proportionnellement, un peu plus que ce que l’océan Atlantique représente sur notre bonne vieille planète. Si cet océan avait recouvert toute la planète rouge, il aurait formé une couche de 137 mètres de profondeur. Mais il était plus probablement limité à une partie de l’hémisphère nord martien, en occupant presque la moitié. En certains endroits, il y aurait même eu des fosses profondes de plus d’un kilomètre et demi ! Mais qu’est donc devenu cet océan ? Il s’est probablement évaporé, mais il est possible qu’il y ait encore des réservoirs souterrains qui n’attendent que d’être découverts, en plus des calottes polaires.

Une question de proportions

L’équipe internationale qui vient de publier les résultats de ses travaux dans la revue Science a utilisé non pas les mesures effectuées par les sondes en orbite autour de Mars, mais des télescopes terrestres, dont le Very Large Telescope de l’observatoire européen austral (ESO) au Chili et les instruments de l’observatoire Keck et de l’Infrared Telescope Facility de la NASA (à Hawaï). Ils ont ainsi pu collecter des données sur la durée : six années terrestres, soit à peu près trois années martiennes. Les éléments recherchés ? Il faut savoir que l’eau n’est pas entièrement composée de la fameuse molécule H2O. Du fait que l’hydrogène possède des isotopes naturels, dont le deutérium, il y a également des molécules d’eau qui en contiennent, formant des molécules HDO (un atome d’hydrogène “normal”, un atome de deutérium, un atome d’oxygène). Cette eau est plus lourde que l’eau normale, et va donc s’évaporer moins facilement dans l’espace. Mesurer le rapport entre ce HDO et l’eau H2O va permettre de déterminer la quantité d’eau perdue par Mars : plus il y aura de HDO, et plus cette quantité a été grande. Les données détaillées que l’équipe a recueillies ont ainsi servi à modéliser l’océan perdu… qui représentait un volume de plus de 20 millions de kilomètres cube. MARS_Oceans_1920x19202_1800_1800.jpg

Mars a été humide plus longtemps qu’on le pensait

Une conséquence de cette découverte est que “la planète a été très probablement humide pendant une plus grande période de temps qu’on le pensait précédemment, suggérant qu’elle a pu être habitable plus longtemps”, déclarait Michael Mumma, l’un des auteurs de l’étude. L’habitabilité, bien sûr, est toute théorique, mais plus les conditions propices auront été longues, et plus il y aura eu de chance qu’une vie puisse se développer. L’étude a également mis en évidence des changements saisonniers et des micro-climats aujourd’hui à la surface de Mars, ainsi que des variations dans la quantité d’eau présente dans l’atmosphère. La cartographie réalisée avec ces données pourrait donc être utile dans la recherche de nappes d’eau souterraines par les missions martiennes. Que Mars ait eu un océan avait déjà été envisagé à plusieurs reprises, même si la théorie n’a pas que des partisans. La NASA a même publié voici deux ans une vidéo illustrant l’aspect de cette planète dans le passé.  En 2013, des chercheurs du California Institute of Technologie avaient trouvé des traces du delta d’un fleuve qui se serait jeté dans ce fameux océan de l’hémisphère nord.  Mais aujourd’hui il ne s’agit pas seulement de traces géologiques, mais bien du début d’une étude détaillée de l’atmosphère martienne. La sonde MAVEN, qui s’est mise en orbite en septembre dernier, apportera probablement encore plus de détails : elle est en effet spécialement conçue pour l’étude de l’atmosphère de Mars, son histoire, et son habitabilité passée. On saura peut-être bientôt quand l’océan martien s’est évaporé, et s’il reste encore un peu de son eau quelque part, sous la poussière rouge du désert martien. Crédits photos :  Vue d’artiste de Mars il y a quatre milliards d’années (ESO/M. Kornmesser) Vue d’artiste de l’océan perdu de Mars (NASA/GSFC) Continue reading

Les taupes qui voulaient être archéologues

800px-Mr_Mole.jpg
800px-Mr_Mole.jpgDans le monde de l’archéologie, la concurrence est rude. Tout le monde ne peut pas être un Indiana Jones moderne, même en abandonnant le côté pilleur de tombes. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille ignorer sa vocation. Souvenez-vous de ce lapin des Cornouailles qui a très bien réussi dans la profession ! Mais le lapin a lui aussi de la concurrence. Une autre espèce souhaite en effet être associée aux travaux de découverte du passé de l’humanité. Les taupes, qui aiment fouiller par nature, sont ainsi devenues des auxiliaires précieux pour les archéologues à deux pattes. La dernière anecdote en date les concernant se passe au Danemark. Le très sérieux musée de Viborg a en effet reçu le soutien des autorités pour un projet impliquant la coopération des taupes pour fouiller les ruines d’un château médiéval enfouies dans le sol sans avoir à détruire la configuration actuelle des lieux en effectuant des fouilles classiques. Les animaux fouisseurs creusent tranquillement leurs galeries, et ensuite les archéologues humains analysent les piles de terre qu’elles laissent derrière elles. Dedans, ils trouvent des morceaux de briques, de poterie et autres petits objets, qui leur apprennent ce qui se trouve au-dessous. “Plus nous sommes près d’un bâtiment, plus nous trouvons une grande quantité d’objets par litre de terre” explique Jesper Hjermind, archéologue au musée de Viborg, au Copenhagen Post. ”C’est simple, mais ça marche”. Les informations ainsi recueillies sont collectées dans une base de données qui fournit une vue d’ensemble des bâtiments toujours enfouis dans le sol. “La grande récompense, c’est que nous n’avons rien détruit de ce monticule historique pour obtenir de nombreuses informations importantes”, ajoute l’archéologue. De la vraie “taupe-o-logie”.  Ce n’est pas la première fois que des taupes de choc sont ainsi mises à contribution. En 2013, des taupes britanniques ont participé aux fouilles du fort romain d’Epiacum (près d’Alston, dans le nord de l’Angleterre). Le fort en question date du début du deuxième siècle, et est probablement contemporain du fameux mur d’Hadrien. Ce site est classé monument historique en Grande-Bretagne, ce qui interdit toute fouille sans dispense spéciale… dont les taupes n’ont pas besoin. Les archéologues ont donc invité des taupes à rejoindre le chantier de fouilles effectué par un groupe de 500 bénévoles encadré par des archéologues professionnels. En analysant les taupinières, ils ont eu de très bonnes surprises, comme le rapporte le site de la BBC : en plus de fragments de verre et de poterie, les taupes ont ramené, entre autres, une perle d’un collier de jais et un dauphin de bronze. La datation de ces différents éléments permet de déterminer l’époque des différents bâtiments enfouis. Il n’est pas vraiment étonnant de voir les taupes ainsi collaborer avec les humains, du moins en Angleterre : là-bas, elles sont liées à l’histoire. On dit en effet que Guillaume III d’Orange serait mort des suites d’une chute de cheval, sa monture ayant trébuché… sur une taupinière. Les Jacobites, ses rivaux défaits, ont alors dédié un toast à l’animal : “le petit gentilhomme au gilet de velours noir”. Avec un tel pedigree, les taupes britanniques ne pouvaient que se passionner pour la recherche archéologique. Crédit photo : taupe européenne (Mick E. Talbot via Wikimedia Commons) Continue reading

Nos ancêtres étaient-ils des charognards ?

elephantbutcheryreconstruction_kc_hoh.jpg__800x600_q85_crop.jpg
elephantbutcheryreconstruction_kc_hoh.jpg__800x600_q85_crop.jpgL’image d’Epinal du brave chasseur préhistorique, affrontant les gigantesques mammouths et les féroces tigres à dents de sabre vient d’être sérieusement écornée par une étude publiée dans le numéro de ce mois du Journal of Human Evolution. La paléoanthropologue Brianna Pobiner, de la Smithsonian Institution, vient en effet de présenter les résultats de fouilles au Kenya qui montreraient que nos ancêtres Homo Erectus auraient profité des restes de proies tuées par les grands carnivores, et principalement des lions. En passant plusieurs mois dans une réserve naturelle kenyane, la chercheuse a pu observer les techniques de chasse des carnivores, essentiellement les lions. Cela lui a permis de constater que les restes de viande se trouvant sur une proie de grande taille déjà bien entamée par les carnivores étaient abondants. “Le plus surprenant est la grande quantité de viande que les lions abandonnent lorsqu’ils ont tué une proie”, précise-t-elle à Popular Archaeology. “En fait, les restes de viande provenant d’un seul zèbre tué par des lions pourraient avoir fourni presque 6100 calories pour nos ancêtres, ce qui représente les besoins caloriques journaliers de presque trois mâles Homo Erectus adultes, ou à peine plus de 11 Big Macs.” “Les preuves fossiles de la consommation de viande et de moelle par les humains préhistoriques datent d’au moins 2,6 millions d’années, sous forme d’os d’animaux débités”, explique Brianna Pobiner sur son blog. “Les outils de la même période suggèrent que nos ancêtres utilisaient des simples couteaux de pierre et des rochers arrondis pour détacher la viande des os et pour les briser afin d’accéder à la moelle riche en calories à l’intérieur. Mais à cette époque, les humains mesuraient à peine un mètre et n’avaient pas développé les technologies de chasse, comme les lances ou les arcs et les flèches. Alors, comment pouvaient-ils venir à bout d’animaux gros et dangereux comme des éléphants et des hippopotames?” Pour Brianna Pobiner, “attendre que de plus gros prédateurs abandonnent leur proie aurait valu la peine pour des espèces humaines comme Homo Erectus.” Ils pouvaient en effet patienter jusqu’à ce que les lions s’en aillent pour découper la viande restante des os, et briser ces derniers pour récupérer la moelle. “En plus, attendre aurait diminué les risques pour eux de se faire manger par les lions”, ajoute la paléoanthropologue. Elle supporte également la thèse de la récupération des restes de la chasse des tigres à dents de sabre, qui fréquentaient les mêmes régions que les humains. Ces gigantesques félins étaient probablement solitaires, et auraient donc laissé beaucoup de viande sur les grosses proies qu’ils avaient tuées. Là encore, de quoi nourrir quelques hommes préhistoriques… Le fait que des ancêtres de l’Homme aient pu se contenter de restes n’est peut-être pas aussi poétique que de grandes chasses dangereuses dans la savane, mais cela avait probablement le mérite d’être efficace. Crédit image : vue d’artiste d’un groupe d’Homo Erectus dépeçant un éléphant (Karen Carr Studios/Human Origins Program/Smithsonian Institution) Continue reading

La lumière (enfin) vue dans tous ses états

87545_web.jpg
87545_web.jpg Qu’est-ce que la lumière ? Une onde, selon certains. Une particule, selon d’autres. Le débat a fait rage pendant de nombreuses années jusqu’à ce que la science réconcilie les théories : la lumière est, en fait, à la fois une particule (le photon) et une onde (faites passer un faisceau de lumière au travers de deux fentes, et vous verrez les raies d’interférences caractéristiques d’une onde lumineuse). Ce que l’on nomme la dualité onde-particule est donc désormais bien comprise par les physiciens. Mais entre savoir et voir, il y a souvent un grand pas. Celui-ci vient d’être franchi grâce aux travaux d’une équipe internationale autour de scientifiques de l’école polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL, Suisse), qui vient de capturer pour la première fois une image de la lumière se manifestant simultanément sous forme d’onde et de particule. Jusqu’ici, on avait pu observer séparément les deux aspects de la lumière, photons et ondes. Mais l’exploit qui vient d’être réalisé par les chercheurs Suisses est d’avoir conçu une expérience permettant d’immortaliser sur image cette dualité. Mais comment réussir à photographier la lumière elle-même ? C’est là qu’intervient l’originalité de cette expérience, décrite sur le site de l’EPFL : “L’expérience se déroule de la manière suivante: une impulsion laser est envoyée sur un minuscule nano-fil métallique. Le laser ajoute de l’énergie aux particules chargées dans le nano-fil, ce qui les fait vibrer. La lumière voyage le long du minuscule fil dans deux directions possibles, comme des voitures sur une autoroute. Lorsque les ondes voyageant dans des directions opposées se rencontrent, elles forment une nouvelle onde, qui paraît rester immobile. Cette onde stationnaire devient une source de lumière et rayonne le long du fil.” “C’est ici qu’intervient l’astuce de l’expérience: les scientifiques envoient un flux d’électrons à proximité du nano-fil, en les utilisant pour photographier l’onde de lumière stationnaire. Lorsque les électrons interagissent avec la lumière confinée du nano-fil, certains accélèrent, d’autres ralentissent. En utilisant un microscope ultrarapide pour photographier l’endroit où ce changement de vitesse avait lieu, l’équipe de Carbone a pu alors visualiser l’onde stationnaire, qui signe la nature ondulatoire de la lumière.” “Mais tandis que ce phénomène montre la nature d’onde de la lumière, il démontre aussi, en même temps, sa nature de particule. En effet, lorsque les électrons passent à proximité de l’onde stationnaire, ils «frappent» les particules de lumière, les photons. Comme mentionné plus haut, ceci affecte leur vitesse, les faisant se déplacer plus vite ou plus lentement. Ce changement de vitesse apparaît comme un échange de «paquets» d’énergie (quanta) entre les électrons et les photons. L’existence même de ces paquets d’énergie montre que la lumière se comporte comme une particule.” Mais cette expérience va au-delà de la seule manifestation de la dualité onde-particule de la lumière : elle pourrait permettre des avancées technologiques pour les futurs ordinateurs quantiques. “L’expérience démontre pour la toute première fois que l’on peut filmer directement la mécanique quantique – et sa nature paradoxale”, explique Fabrizio Carbone, qui a dirigé l’étude. Pour lui, “être en mesure de photographier et de contrôler des phénomènes quantiques à l’échelle nanométrique ouvre de nouvelles perspectives vers l’informatique quantique.” Les résultats de l’étude ont été publiés dans la revue Nature Communications Crédit photo : La lumière “prise sur le vif”, avec la manifestation de ses particules (couche du bas) et d’ondes lumineuses (couche du haut). (Fabrizio Carbone/EPFL) Continue reading

Les rats rient quand on les chatouille…

Wanderratte(IMG_8022).jpg

… et se souviennent de ceux qui sont gentils avec eux

Wanderratte(IMG_8022).jpgMalgré sa mauvaise réputation, le rat est un exemple de choix pour étudier l’intelligence animale… et certaines similitudes avec l’être humain. Une étude menée par des chercheurs de l’université de Berne (Suisse) et publiée dans Biology Letters s’est en effet intéressée à la manière dont les rats se rendent mutuellement service… et savent rendre faveur pour faveur. Pour cela, ils ont permis à certains rats de déclencher l’accès à certains types de nourriture pour l’occupant de la cage voisine. Les récompenses ainsi attribuées au voisin étaient soit des bananes, soit des carottes… en sachant que les rats préféraient de loin les bananes. Certains rats permettaient donc l’accès des carottes à leurs voisins, alors que d’autres leur envoyaient des bananes. Lorsque les rôles étaient inversés, les chercheurs se sont aperçus que la nourriture distribuée était liée à celle que les rats avaient reçues : globalement, ils envoyaient plus souvent des bananes à ceux qui leur en avaient précédemment envoyé, et idem pour les carottes. La coopération était donc récompensée. “La réciprocité directe, selon la règle de décision “aidez quelqu’un qui vous a aidé auparavant” reflète une coopération basée sur le principe de bénéfices à retardement”, expliquent les auteurs. “Un facteur prédominant influençant les motivations pour un Homo Sapiens à retourner une faveur est la perception du bénéfice résultant de la valeur de l’aide accordée.” Un comportement humain dont on ne sait pas à quel point il est partagé par les animaux. L’expérience menée sur ces rats semble aller dans une direction similaire… Car comme l’explique l’un des auteurs, Michael Taborsky, à National Geographic, les rats “utilisent clairement la qualité de service qu’ils ont reçue pour déterminer combien ils doivent donner en retour”.

Ca vous grattouille ou ça vous chatouille?

A l’occasion d’une polémique sur le traitement des animaux de laboratoire, qui présentait les méthodes pour mettre les rongeurs de bonne humeur avant une injection, des études sont également revenues sur le devant de la scène : elles concernaient le côté chatouilleux des rats. Outre le renforcement des liens parents-enfants, la chatouille et le rire qu’elle provoque serait aussi un moyen d’aider les jeunes à apprendre à protéger les parties sensibles de leur corps. Lorsqu’on les chatouille, ils développeraient des réflexes pour mieux couvrir les zones vulnérables comme le cou et les côtes. Si l’humain réagit quand on le chatouille, ce n’est pas très répandu dans le monde animal. Nos cousins les chimpanzés, les orang-outans et les gorilles, sont chatouilleux. Mais hormis la “famille proche” de l’humanité, ce réflexe de rire lorsque certaines parties sensibles du corps sont excitées n’est pas une caractéristique que l’on peut lier au monde animal. Une exception : les rats. Selon Jaak Panksepp, à l’époque chercheur à la Bowling Green University (Ohio, USA), et auteur de plusieurs études sur le sujet, les rats chatouillés émettent un pépiement ultrasonique joyeux qui “a davantage qu’une simple ressemblance au rire humain primitif”. Ce “rire du rat” serait ainsi lié au rire joyeux des enfants lorsqu’on les chatouille, et aurait un rôle ludique de renforcement du lien social chez ces rongeurs également. En plus, cela les rendrait optimistes! Crédit photo : Un rat tentant de s’approprier de la nourriture destinée aux oiseaux (Losch via Wikimedia Commons) Continue reading

Intelligence Artificielle, vue des non-voyants et ours en cure de désintox

Featured

actu_insolite_fev2015_red
Aujourd’hui, j’expérimente un nouveau concept : une courte sélection d’infos insolites parues dans l’actu scientifique cette semaine (le tout aurait dû finir en vidéo mais je n’ai malheureusement ni les moyens techniques, ni le temps…). Au menu : Google lance son intelligence artificielle, une tribune sur les non-voyants et une …
Continue reading

Les Britanniques ont découvert l’import-export avant l’agriculture…

800px-Wheat_close-up (2).JPG
800px-Wheat_close-up (2).JPGL’agriculture serait née il y a plus de 10 000 ans en Mésopotamie, lorsque nos ancêtres ont appris à domestiquer des plantes sauvages. Mais la pratique de ce qui était alors une nouvelle technologie ne s’est pas répandue aussi vite que celle de l’utilisation des téléphones portables ces dernières années. Dans de nombreuses régions du monde, il a fallu des milliers d’années pour que les habitants passent d’une vie de chasseurs-cueilleurs à une existence de fermiers… ou que les autochtones courant après les migrations saisonnières des animaux et récoltant les baies sauvages soient remplacés par d’autres tribus pratiquant l’agriculture. En Grande-Bretagne, on estimait jusqu’ici que l’agriculture s’était implantée voici 6000 ans. C’est en tout cas ce que les archéologues ont déduit des découvertes effectuées, et de la datation des os et des outils associés à l’agriculture. C’est pourquoi ce fut une surprise de découvrir des échantillons de blé beaucoup plus anciens lors de fouilles sous-marines au large de l’île de Wight. Une étude qui vient d’être publiée dans le journal Science fait état de cette découverte étonnante, dans des sols datant de 8000 ans, et qui démontre la présence de blé cultivé 2000 ans plus tôt que prévu, et aussi 400 ans plus tôt que sur les sites d’Europe continentale les plus proches. Le site de Bouldnor Cliff, aujourd’hui à 11 mètres de profondeur, était alors bien au sec. Là, un groupe de chasseurs-cueilleurs avait établi son camp. Les aliments qu’ils consommaient ont été depuis longtemps détruits, mais les sédiments du campement ont révélé leurs secrets grâce aux analyses ADN. Les spécialistes ont ainsi pu déterminer la présence de deux variétés de blé domestique originaire du Moyen-Orient, et qui n’ont aucun ancêtre sauvage dans le nord de l’Europe. “Cela signifie qu’ils étaient associés à l’apparition de l’agriculture au Moyen-Orient plutôt que domestiqués localement”, précise Science. Et ce à une époque où l’agriculture n’avait pas encore été plus à l’ouest que les Balkans. Alors, s’agit-il d’un exemple de fermiers qui se seraient répandus plus vite qu’on le pensait ? Pas du tout, selon les scientifiques. S’ils ont trouvé les traces du fameux blé, il n’y avait pas de pollen… ce qui indique que les céréales n’avaient pas effectué tout leur cycle de vie sur les lieux. Et si le blé n’était pas cultivé là, c’est qu’il avait été importé ! De plus, aucune graine n’a été retrouvée, ce qui laisse penser que ce blé était sous forme de farine. “Ces résultats suggèrent que des réseaux sociaux sophistiqués reliaient les communautés néolithiques du sud de l’Europe avec les peuples mésolithiques du nord de l’Europe”, expliquent les chercheurs. Le néolithique est en effet la période correspondant à l’arrivée des civilisations agraires, alors que le mésolithique, lui, concerne encore des chasseurs-cueilleurs. “Il y avait un réel lien culturel entre les anciens Britanniques et l’Europe”, explique à Phys.org Robin G.Allaby, de l’université de Warwick (Angleterre) et auteur principal de l’étude. “Les peuples du mésolithique n’ont pas été remplacés rapidement par ceux du néolithique. Il y a eu une longue période, des milliers d’années, d’interaction entre les deux”. Et dans les interactions, il y avait donc l’acquisition de farine de blé cultivé chez leurs voisins du sud. Un bel exemple d’importation de denrées alimentaires…   Crédit photo : Un champ de blé (Bluemoose via Wikimedia Commons) Continue reading

Les Britanniques ont découvert l’import-export avant l’agriculture…

800px-Wheat_close-up (2).JPG
800px-Wheat_close-up (2).JPGL’agriculture serait née il y a plus de 10 000 ans en Mésopotamie, lorsque nos ancêtres ont appris à domestiquer des plantes sauvages. Mais la pratique de ce qui était alors une nouvelle technologie ne s’est pas répandue aussi vite que celle de l’utilisation des téléphones portables ces dernières années. Dans de nombreuses régions du monde, il a fallu des milliers d’années pour que les habitants passent d’une vie de chasseurs-cueilleurs à une existence de fermiers… ou que les autochtones courant après les migrations saisonnières des animaux et récoltant les baies sauvages soient remplacés par d’autres tribus pratiquant l’agriculture. En Grande-Bretagne, on estimait jusqu’ici que l’agriculture s’était implantée voici 6000 ans. C’est en tout cas ce que les archéologues ont déduit des découvertes effectuées, et de la datation des os et des outils associés à l’agriculture. C’est pourquoi ce fut une surprise de découvrir des échantillons de blé beaucoup plus anciens lors de fouilles sous-marines au large de l’île de Wight. Une étude qui vient d’être publiée dans le journal Science fait état de cette découverte étonnante, dans des sols datant de 8000 ans, et qui démontre la présence de blé cultivé 2000 ans plus tôt que prévu, et aussi 400 ans plus tôt que sur les sites d’Europe continentale les plus proches. Le site de Bouldnor Cliff, aujourd’hui à 11 mètres de profondeur, était alors bien au sec. Là, un groupe de chasseurs-cueilleurs avait établi son camp. Les aliments qu’ils consommaient ont été depuis longtemps détruits, mais les sédiments du campement ont révélé leurs secrets grâce aux analyses ADN. Les spécialistes ont ainsi pu déterminer la présence de deux variétés de blé domestique originaire du Moyen-Orient, et qui n’ont aucun ancêtre sauvage dans le nord de l’Europe. “Cela signifie qu’ils étaient associés à l’apparition de l’agriculture au Moyen-Orient plutôt que domestiqués localement”, précise Science. Et ce à une époque où l’agriculture n’avait pas encore été plus à l’ouest que les Balkans. Alors, s’agit-il d’un exemple de fermiers qui se seraient répandus plus vite qu’on le pensait ? Pas du tout, selon les scientifiques. S’ils ont trouvé les traces du fameux blé, il n’y avait pas de pollen… ce qui indique que les céréales n’avaient pas effectué tout leur cycle de vie sur les lieux. Et si le blé n’était pas cultivé là, c’est qu’il avait été importé ! De plus, aucune graine n’a été retrouvée, ce qui laisse penser que ce blé était sous forme de farine. “Ces résultats suggèrent que des réseaux sociaux sophistiqués reliaient les communautés néolithiques du sud de l’Europe avec les peuples mésolithiques du nord de l’Europe”, expliquent les chercheurs. Le néolithique est en effet la période correspondant à l’arrivée des civilisations agraires, alors que le mésolithique, lui, concerne encore des chasseurs-cueilleurs. “Il y avait un réel lien culturel entre les anciens Britanniques et l’Europe”, explique à Phys.org Robin G.Allaby, de l’université de Warwick (Angleterre) et auteur principal de l’étude. “Les peuples du mésolithique n’ont pas été remplacés rapidement par ceux du néolithique. Il y a eu une longue période, des milliers d’années, d’interaction entre les deux”. Et dans les interactions, il y avait donc l’acquisition de farine de blé cultivé chez leurs voisins du sud. Un bel exemple d’importation de denrées alimentaires…   Crédit photo : Un champ de blé (Bluemoose via Wikimedia Commons) Continue reading

Le trou noir géant qui était trop gros pour son âge

quasar_credit-ESO_M. Kornmesser.jpg
quasar_credit-ESO_M. Kornmesser.jpg Dans l’univers, il y a des objets si gigantesques qu’ils font passer notre Soleil pour un grain de poussière. C’est le cas des trous noirs supermassifs, qui se trouvent au centre des grandes galaxies comme la Voie Lactée. Autour de ces trous noirs, la matière s’agglomère en des disques captifs de l’énergie gravitationnelle de ces monstres. Le centre hyperactif de ces galaxies, nourri par l’énergie du trou noir, forme ainsi une source de rayonnement radio d’une puissance colossale : des quasars, les objets les plus lumineux de l’univers. SDSS J0100+2802, comme l’ont numéroté les astrophysiciens, est l’un d’entre eux. Ce monstre émet 420 000 milliards de fois plus d’énergie que le Soleil, et le trou noir en son centre serait 12 milliards de fois plus massif que notre bonne vieille étoile. Cet objet remarquable se situe à 12,8 milliards d’années-lumière de nous… et s’est formé seulement 900 millions d’années après le Big Bang, ce qui en fait le quasar le plus lumineux découvert à ce jour pour cette période précoce de l’univers. “Ce quasar est unique,” explique Xue-Bing Wu, de l’université de Pékin, auteur principal d’un article sur cette découverte qui vient d’être publié dans la revue Nature. ”Un peu comme le phare le plus lumineux dans l’univers lointain, sa lumière incandescente nous guidera pour mieux enquêter sur les débuts de l’univers”. Moins poétique, son co-auteur Fuyan Bian, de l’institut d’astronomie et d’astrophysique de l’université nationale australienne (ANU) explique que cette découverte défie les théories sur la formation et la croissance des trous noirs à cette époque de l’univers. “La formation d’un trou noir si grand si rapidement est difficile à interpréter avec les théories actuelles”, déclare-t-il. En effet, lorsque la matière du nuage situé autour d’un trou noir supermassif accélère dans sa direction, sa température augmente, émettant de très grosses quantités de lumière qui repoussent la matière qui arrive derrière. Ce phénomène, que l’on nomme pression de radiation, devrait limiter la croissance des trous noirs, selon le Dr Bian. “Pourtant, ce trou noir au centre du quasar a gagné une masse énorme en un laps de temps court”, ajoute-t-il. Faudra-t-il revoir la théorie ? “Ce quasar est un laboratoire unique pour étudier la manière dont le trou noir d’un quasar et sa galaxie hôte évoluent ensemble”, affirme Yuri Beletsky, de la Carnegie Institution for Science (USA), autre co-auteur de l’article scientifique. “Nos découvertes montrent que dans un jeune univers, les trous noirs des quasars grossissaient probablement plus vite que leurs galaxies hôtes, bien que davantage de recherches soient nécessaires pour confirmer cette idée”. Les observations se poursuivent pour tenter de trouver d’autres quasar du même type… Crédit image : vue d’artiste d’un quasar (ESO/M.Kornmesser) Continue reading

Changements climatiques en Asie, peste noire en Europe…

800px-Yersinia_pestis.jpg
800px-Yersinia_pestis.jpgLa peste noire. Plus de 600 ans après l’épidémie, le nom seul fait encore frémir. En six ans, de 1347 à 1353, entre 30 et 50% de la population européenne y succomba, et ce n’était que la partie aiguë d’une pandémie qui se prolongea sur plusieurs siècles. Jusqu’ici, les principales théories pensaient que la bactérie responsable de cette peste, Yersinia Pestis, avait été introduite dans les ports méditerranéens en provenance d’Asie en 1347. Elle se serait alors propagée sur tout le continent, via les puces infectées parasitant les rats, ces derniers infestant les centres urbains médiévaux. Ces mêmes rongeurs auraient alors constitué des sortes de “réservoirs” locaux, qui auraient expliqué la persistance de la maladie et des sursauts d’épidémies durant plusieurs siècles. Certes, il y a des théories alternatives. Par exemple, l’an dernier, une équipe médicale britannique expliquait que la peste noire n’était pas un type de peste bubonique comme on le pensait, mais une peste pulmonaire, à l’incubation plus rapide, transmise entre humains et non par les rats. Aujourd’hui, c’est le concept de “réservoirs de rongeurs” qui est remis en question par une équipe de chercheurs norvégiens et suisses. Selon ces scientifiques, qui publient leurs résultats dans la revue PNAS, il n’y aurait en effet pas eu une contamination unique en 1347, mais bien des vagues de peste régulières venant d’Asie à partir de cette époque-là. Des vagues provoquées… par les variations climatiques. En comparant les épidémies régionales entre 1347 et le début du 19ème siècle avec les cernes de croissance des arbres (une méthode pour dater les événements climatiques) en Europe et en Asie, les chercheurs ont mis en évidence une relation entre les fluctuations de la météo et l’arrivée de nouvelles vagues de peste en Europe. Celles-ci se produisaient en effet dans un délai de 10 à 15 ans après des événements pluvieux affectant l’Asie centrale. Apparemment, les conditions climatiques créées par ces pluies (printemps humide et été chaud) auraient permis à un rongeur sauvage, la grande gerbille, de prospérer plus que de coutume. Or, ce rongeur est également un vecteur pour les puces transmettant la peste. “De telles conditions sont bonnes pour les gerbilles. Cela signifie une population de gerbilles importante sur de très grands territoires, et cela est favorable à la peste”, expliquait à la BBC le professeur Niels Christian Stehseth, de l’université d’Oslo, auteur principal de l’article. Selon cette étude, ce serait donc cette grande gerbille qui, lors des cycles climatiques lui fournissant un environnement favorable, aurait permis à la peste de se transmettre à l’Europe de manière régulière via les ports de commerce avec l’Asie, mais aussi via la Russie du sud. the-climatic-pulse.png Crédit photos :  - Yersinia Pestis, la bactérie responsable de la peste bubonique, vue au microscope électronique (Rocky Mountain Laboratories, NIAID, via Wikimedia Commons) - Le parcours de la peste : la première phase voit la peste se propager grâce à l’augmentation de la population de rongeurs, et se transmet aux humains (1 à 2 ans). La maladie va alors voyager en suivant les routes commerciales, depuis l’Asie jusqu’en Europe (entre 10 et 12 ans). Elle se propage ensuite à l’ensemble de l’Europe en moins de 3 ans.  (Center of ecological and evolutionary synthesis (CEES), université d’OSLO) Continue reading