Les éclairs qui venaient du Soleil

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Lightning8_-_NOAA.jpgEvidemment, les éclairs ne proviennent pas directement du Soleil, mais celui-ci pourrait jouer un rôle dans l’apparition de certains d’entre eux, du moins si l’on en croit une étude menée par des chercheurs de l’université de Reading, en Angleterre (qui viennent de publier leurs résultats dans le journal Environmental Research Letters). En étudiant les occurrences de foudre pendant une période de cinq ans au Royaume-Uni, ces scientifiques ont en effet constaté qu’il y avait 50% d’éclairs en plus lorsque le champ magnétique terrestre était déformé par celui du Soleil. Que se passe-t-il donc? Tout d’abord, il faut savoir que la Terre a un champ magnétique qui la protège contre les particules qui viennent de l’espace (dont les rayons cosmiques). Le Soleil, lui, a également un champ magnétique, qui tourne avec lui, et qui va donc alternativement pointer vers la Terre ou loin d’elle, affectant ainsi le champ magnétique terrestre. Lorsque le champ magnétique solaire change de direction, il va “étirer” le champ magnétique terrestre, et, dans certains cas, cela va exposer les hautes couches de l’atmosphère à davantage de rayons cosmiques. Or, expliquent les auteurs de l’étude, les rayons cosmiques peuvent provoquer des réactions en chaîne dans les nuages d’orage (électriquement chargés) qui généreraient alors des éclairs. L’exposition à davantage de rayons cosmiques provoquerait donc davantage d’éclairs. Il fallait y penser. “Les changements dans notre champ magnétique pourraient aussi favoriser les nuages d’orage en agissant comme une batterie supplémentaire dans le circuit électrique de l’atmosphère, aidant à “charger” les nuages”, explique le Dr Matt Owens, co-auteur de l’étude. Les chercheurs espèrent que cette découverte va permettre d’améliorer les prévisions météo, en combinant les données sur l’orientation du champ magnétique solaire avec les données déjà utilisées pour la modélisation du temps et de la formation des nuages d’orage. “Un bulletin météo fiable sur les éclairs pourrait maintenant être une authentique possibilité”, assure le Dr Owens. Si cela fonctionne vraiment, il pourrait s’agir d’un éclair…de génie. Crédit photo : (NOAA via Wikimedia Commons) Continue reading

Les attaques terroristes auraient un effet sur la natalité

Lorsqu’on pense aux effets directs et indirects du terrorisme, on n’imagine pas forcément la courbe de natalité. Pourtant, selon deux chercheurs, dans les pays qui ont connu des actes terroristes, on constaterait des infléchissements du taux de natalité (et du taux de fécondité). Les docteurs Claude Berrebi, de l’université Hébraïque de Jérusalem, et Jordan Ostwald, de la RAND Corporation, ont pu déterminer qu’en moyenne, les attaques terroristes affecteraient à la fois le nombre d’enfants qu’une femme pourrait avoir durant sa vie et le nombre de naissances qui se produisent chaque année. Les deux chercheurs, qui viennent de publier leurs résultats dans le Oxford Economic Papers, ont étudié les données relatives à des actes terroristes entre 1970 et 2007, ainsi que les données démographiques correspondantes, sur un ensemble de 170 pays. L’étude explique que ”le terrorisme agirait sur la fertilité au travers de l’incertitude sur l’emploi, le stress psychologique, les soucis d’argent et les problèmes de santé, qui peuvent causer des déclins significatifs et à court terme de la fertilité en affectant des facteurs liés, comme l’âge auquel on a son premier enfant, l’âge lors du mariage, la fréquence des rapports sexuels et les migrations liées au travail”. “Même si les attaques terroristes se produisent relativement rarement, elles génèrent une quantité de stress et de peur disproportionnée, ce qui suggère que leurs effets directs pourraient être faibles en comparaison avec un éventail d’effets indirects plus importants et plus étendus”, ajoutent les chercheurs. L’influence en question, une réduction de 0,018% du taux de fécondité dans les deux ans suivant un accroissement d’attaques terroristes, serait “statistiquement significative” : pour un million de femmes, 18 000 enfants de moins naîtraient, sur la durée d’une vie. Le Dr Berrebi, cité par The Australian, admet qu’il a été surpris par l’importance de cet impact :”Cela veut dire que les actes terroristes affectent nos vies bien davantage que ce que nous pensions initialement, bien plus que des dommages économiques ou des morts.” Continue reading

Les mystérieux alignements de trous noirs géants

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Les quasars formés autour de trous noirs supermassifs au centre d’un groupe de galaxies tournent sur des axes alignés entre eux sur des distances de milliards d’années-lumière   eso1438a.jpgLe Very Large Telescope (VLT), structure européenne implantée au Chili, a permis à une équipe d’astronomes menée par Damien Hutsemékers, de l’université de Liège (Belgique), de remarquer un phénomène mystérieux, qui fait l’objet d’une étude publiée dans le journal “Astronomy & Astrophysics”. En effet, les chercheurs ont observé que les axes de rotation d’un échantillon de quasars étaient  parallèles les uns aux autres dans ce qui constitue de larges structures s’étendant sur des distances colossales. Cela ne peut être un hasard : la probabilité pour que cet effet se produise aléatoirement est estimée à 1%. Mais qu’est-ce donc qu’un quasar ? Au centre des galaxies, il y a d’énormes trous noirs, que l’on qualifie de “supermassifs”. Ces trous noirs attirent la matière qui se trouve autour, et celle-ci forme un gigantesque disque (nommé disque d’accrétion). La région la plus compacte autour du trou noir est ce que l’on nomme un quasar, l’une des sources lumineuses les plus importantes de l’univers, souvent plus brillante que tout le reste de leur galaxie. Ces disques de matières chaudes autour du trou noir éjectent également de longs jets le long de leur axe de rotation. Les quasars observés appartiennent à un groupe de galaxies anciennes, qui date d’une époque où l’univers n’avait que le tiers de son âge actuel (soit un peu plus de quatre milliards d’années). Rappelons que c’est la distance qui nous projette ainsi dans le temps : ces galaxies sont si lointaines que la lumière met des milliards d’années à nous parvenir, ce qui nous permet de voir des éléments qui se sont produits à une époque reculée. “La première chose étrange que nous avons remarquée c’est que certains axes de rotation de ces quasars étaient alignés les uns avec les autres, malgré le fait que ces quasars étaient séparés par des milliards d’années-lumière”, explique Damien Hutsemékers. L’équipe s’est donc penchée sur le problème et a tenté de déterminer si ces alignements n’étaient pas en rapport avec des structures de l’univers à une plus grande échelle. Il faut en effet savoir que les galaxies forment des groupes, puis des “super-groupes”, tout cela étant relié par des sortes de filaments formant ce qui a été baptisé la “toile cosmique“. La conclusion de l’équipe est que les axes de rotation des quasars sont très probablement parallèles aux structures à grande échelle dans lesquelles ils se trouvent. Si un quasar se situe dans un filament, alors l’axe de rotation du trou noir central va pointer dans la direction du filament. “Une corrélation entre l’orientation des quasars et la structure à laquelle ils appartiennent est une prédiction importante des modèles numériques de l’évolution de notre univers,” explique Dominique Sluse, co-auteur de l’étude. “Nos données fournissent les premières confirmations observées de cet effet, sur des échelles beaucoup plus large que celles qui avaient été observées jusqu’ici pour des galaxies normales.“ “Ces nouvelles données, sur des échelles bien plus grandes que celles prédites par les simulations, pourraient être un indice qu’il y a un ingrédient manquant dans nos modèles actuels du cosmos,” affirme le Dr. Sluse.   Crédit image : vue d’artiste des alignements d’axes de rotation des quasars (ESO/M. Kornmesser) Continue reading

Les hommes et les femmes ne sont pas égaux… dans l’espace ?

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spaceradiationgenderillustration59459.jpg.jpegLa différence homme-femme dans l’espace n’est pas un nouveau sujet de controverse sexiste, et n’a rien à voir avec le “shirtgate” du malheureux Matt Taylor. La NASA et le National Space Biomedical Research Institute (NSBRI) se sont intéressés aux différences biologiques et psychologiques des astronautes en fonction de leur sexe et de leur genre (sexe se référant à l’identité biologique, et genre à l’identité sociale). Le résultat de cet atelier est une série d’études qui viennent d’être publiées dans le numéro de novembre du “Journal of Women’s Health.

Les différences homme-femme dans l’espace

  • Les astronautes de sexe féminin sont davantage sujettes à l‘intolérance orthostatique qui se manifeste, après un séjour dans l’espace, par l’incapacité à se tenir debout durant des périodes prolongées sans s’évanouir. Cela pourrait s’expliquer par des problèmes liés à la circulation vasculaire dans les jambes.
  • Les femmes ont une plus grosse perte de volume de plasma sanguin que les hommes pendant les vols spatiaux. Cela induirait un rythme cardiaque accru chez les femmes, et une résistance vasculaire accrue chez les hommes (ces observations nécessitent davantage d’études dans l’espace).
  • Le syndrome VIIP (réduction de la vue due à l’hypertension intra-crânienne) se manifeste par des changements oculaires à des degrés divers. 82% des astronautes masculins ont été affectés, contre 62% des astronautes féminines. De plus, tous les cas significatifs se sont produits chez les hommes.
  • Des changements dans les fonctionnalités et la concentration de composants clés du système immunitaire en relation avec le vol spatial ont été rapportés. Il n’y a pas de différences homme/femme constatées dans l’espace, mais au sol, les femmes présentent une réponse immunitaire plus puissante, ce qui les rend plus résistantes aux infections virales et bactériennes. Lorsqu’elles sont infectées, les femmes ont même une réponse plus importante. Cela les rendrait en revanche plus vulnérables aux maladies auto-immunes. On ne sait pas si ces changements constatés au sol se produiraient durant des missions spatiales longues, ou d’exploration planétaire.
  • Les femmes seraient plus vulnérables aux cancers provoqués par les radiations que les hommes. Les doses de rayonnements autorisés sont donc plus basses pour elles que pour leurs homologues masculins.
  • Après le passage en micro-gravité lors à l’arrivée dans la station spatiale internationale, les astronautes de sexe féminin ont été légèrement plus sujettes au mal de l’espace que les hommes. A l’inverse, davantage d’hommes manifestent de tels troubles une fois de retour au sol. (Ces symptômes s’apparentent à ce que l’on ressent quand on est victime du mal des transports). Les études précisent que les données ne sont pas statistiquement significatives du fait de la taille trop réduite de l’échantillon concerné, et des faibles différences homme/femme dans les incidents rapportés.
  • La sensibilité auditive décline plus rapidement avec l’âge chez les astronautes masculins que chez leurs homologues féminines. Il n’y a pas d’éléments pour suggérer que ces différences chez les astronautes sont liées à l’exposition à la micro-gravité.
  • La réponse de l’appareil locomoteur au changement de gravité est extrêmement variable en fonction des individus, et aucune différence liée au sexe n’a été observée.
  • Les infections des voies urinaires dans l’espace sont plus communes chez les femmes, et ont été traitées avec succès grâce aux antibiotiques.
  • Il n’y a pas de preuves de différences liées au sexe en termes de comportement ou de réponses psychologiques au vol spatial.
 

Il faut davantage de femmes astronautes

Le résultat montre que s’il y a effectivement des différences, elles ne sont en aucun cas des contre-indications pour l’un ou l’autre sexe en matière de capacités à voler dans l’espace. Il est cependant important de les détecter et de les comprendre, afin d’anticiper les problèmes éventuels qu’elles pourraient générer pour la santé des astronautes, et cela d’autant plus que les missions de longue durée, et qui s’éloigneraient de la Terre (missions vers Mars, vers Europe…) se profilent à l’horizon. Il est donc essentiel pour les agences spatiales de réduire les risques. Les groupes de travail des scientifiques qui ont réalisé les études sous la houlette de la NASA et du NSBRI ont également porté cinq recommandations :
  • Sélectionner davantage de femmes astronautes pour les missions dans l’espace
  • Encourager et faciliter la participation de davantage de sujets masculins et féminins dans des études à la fois au sol et en vol
  • Se focaliser sur les réactions individuelles des astronautes durant les vols spatiaux et à leur retour sur Terre
  • Inclure les facteurs de sexe et de genre dans la conception des expériences
  • Incorporer le sexe et le genre, ainsi que d’autres facteurs de risque individuels, dans les programmes de recherche financés par la NASA
  Ces études montrent l’importance de ne pas ignorer le facteur que représente le sexe d’un individu quand il s’agit de voler dans l’espace. Les différences existent, et il est nécessaire de les prendre en compte, de la même manière que les différences entre individus. “Il y a dans de nombreux cas des différences liées au sexe dans la réponse aux facteurs de stress du vol spatial”, explique le Dr Mark Shelhamer, responsable du NASA Human Research Program. Pour lui, “il est important de les reconnaître au lieu de les ignorer, et de fournir des contre-mesures qui soit adaptées à chaque sous-population, ou même à chaque individu”. Crédit image : schéma montrant les différences principales entre hommes et femmes dans leurs réactions physiques et psychologiques dans l’espace (NASA/NSBRI) Continue reading

Voici les astéroïdes qui ont frappé la Terre ces vingt dernières années…

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bolide20141114-full.jpg La NASA vient de rendre publique une carte issue de son Near Earth Object Program, et qui montre l’ensemble des astéroïdes de plus d’un mètre qui sont entrés en collision avec la Terre entre 1994 et 2013. Les données indiquent que l’atmosphère terrestre a ainsi été frappée 556 fois en vingt ans. Leur taille variait entre 1 et 20 mètres. De quoi faire de jolies étoiles filantes… “La quasi totalité des astéroïdes de cette taille se désintègrent dans l’atmosphère et sont sans danger”, explique l’agence spatiale américaine, qui mentionne cependant l’exception notable du météore de Tcheliabinsk. Pour en savoir plus sur les météores, météorites et autres météoroïdes, j’ai expliqué cela dans un précédent post. Mise à la disposition de la communauté scientifique, la carte ne contient pas les objets de moins d’un mètre de diamètre, qui, eux, brûlent brièvement dans les couches supérieures de l’atmosphère sans qu’on les remarque spécialement. La carte montre l’énergie dégagée par chacun des 556 gros cailloux, qui est cependant impressionnante : pour mieux la comprendre, il faut savoir que 10 GJ (gigajoules) sont l’équivalent de 2,4 tonnes de TNT… 479602main_eros_946-710.jpg“Ces nouvelles données pourront aider les scientifiques à mieux préciser leurs estimations de la distribution de la taille des objets géocroiseurs (astéroïdes ou comètes dont l’orbite les amène près de la Terre NDLR), ce qui inclut ceux, plus grands, qui pourraient constituer un danger pour la Terre”, précise la NASA. “Trouver et caractériser les astéroïdes dangereux pour protéger notre planète est une haute priorité pour la NASA”, précise l’agence spatiale américaine, qui a multiplié par 10 son budget de détection dans les cinq dernières années. Elle invite également le grand public à participer à la “chasse aux astéroïdes” au travers de son “Asteroid Grand Challenge“, qui s’est donné pour but d’identifier tous les astéroïdes potentiellement dangereux pour la Terre, afin de savoir comment réagir en cas de menace précise. L’agence spatiale américaine tente également de promouvoir le programme ARM de capture d’un astéroïde pour l’étudier, mais il ne rencontre pas le succès escompté.   Crédits images :  Eros, un astéroïde qui pourrait passer près de la Terre (NASA/JHUAPL) La carte rendue publique par la NASA (NASA Planetary Science) Continue reading

Peut-on prédire les épidémies avec Wikipedia ?

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Épidémie — Wikipédia.pngOn ne doute plus de l’utilité de Wikipedia en tant que gigantesque encyclopédie librement accessible. On peut bien sûr y trouver des failles, après tout, elle est rédigée par des contributeurs bénévoles, et les erreurs sont possibles, mais globalement, c’est un bel outil pour la connaissance. C’est aussi, parfois, un moyen intéressant pour traduire les termes techniques en d’autres langues. Ce que je ne savais pas jusqu’à aujourd’hui, c’est que c’est aussi un instrument de mesure de la propagation d’épidémies. C’est en tout cas la thèse développée dans un article qui vient de paraître dans PLOS Computational Biology. Une équipe du Los Alamos National Laboratory a en effet étudié le déclenchement de plusieurs épidémies de grippe (aux Etats-Unis, en Pologne, au Japon et en Thaïlande), ainsi que de dengue (au Brésil et en Thaïlande) et de tuberculose (Chine et Thaïlande). Mis à part l’épidémie de tuberculose en Chine, les chercheurs ont pu prédire ces épidémies au moins 28 jours à l’avance grâce à l’utilisation de statistiques de consultation de l’encyclopédie en ligne. Les résultats montreraient que les personnes qui ressentent les premiers symptômes vont tout d’abord rechercher sur Internet l’information relative à leur maladie avant même de consulter un médecin. L’avantage de prévoir les épidémies à l’avance, serait de mieux les gérer, et de faire de la prévention bien en amont… et d’espérer ainsi sauver des vies. La grippe, qui peut sembler banale à certains, fait entre 3.000 et 49.000 morts par épidémie rien qu’aux Etats-Unis ! Les chercheurs pensent que l’analyse des pages vues de Wikipedia rendrait possible de prévoir et suivre l’évolution des maladies dans le monde. Pour cela, ils préconisent de transférer des modèles informatiques d’un pays à un autre, en se basant sur les données de santé publique. Un modèle établi pour rechercher une maladie au Japon pourrait ainsi être utilisé en Thaïlande, ce qui serait important pour les pays qui n’ont pas suffisamment de données fiables sur une maladie. Sara Del Valle, qui a dirigé l’équipe de scientifiques, “Un système global de prévision des maladies changerait la manière dont nous réagissons aux épidémies. De la même manière que nous consultons la météo tous les jours, les particuliers et les professionnels de santé publique pourraient surveiller la fréquence des maladies et planifier leurs activités en se basant sur le bulletin du jour.” Elle précise également que “le but de cette recherche est de construire un système opérationnel de contrôle et de prévision des maladies avec des données en libre accès et un code open source”. Comme Wikipedia. Continue reading

Sécheresse et surpopulation : la recette pour la chute d’un empire… du passé ?

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Les problématiques liées au climat et à la démographie galopante existaient aussi il y a 26 siècles…
602px-Human_headed_winged_bull_facing.jpgC’était au septième siècle avant notre ère. Le nouvel empire Assyrien dominait le Proche-Orient. Du golfe Persique à la Méditerranée, de la Turquie à l’Egypte, son influence était sans égale, malgré de puissants ennemis. Ce que l’on nomme aujourd’hui l’empire néo-assyrien a duré de -911 à -609, avec de célèbres souverains comme Sargon II, qui conquit Israël,  ou Assurbanipal (aussi connu sous le nom francisé de Sardanapale), qui détruisit Babylone mais renforça également les arts et la culture. L’empire assyrien avait de nombreux ennemis, du fait de ses tout aussi nombreuses guerres de conquête. Mais ce n’est pas la puissance militaire qui provoqua sa chute, si l’on en croit une étude publiée dans la revue Climatic Change. Les deux auteurs, Adam Schneider, de l’université de Californie-San Diego et Selim Adali, de l’université Koç d’Istambul, présentent de nouveaux facteurs qui auraient pu être à l’origine de la fin brutale de cet empire conquérant, qui s’est effondré en seulement quelques dizaines d’années. Pour cela, ils se sont basés sur une tablette d’argile sur laquelle est gravée une lettre d’un astrologue de la cour au roi Assurbanipal, en -657. Dans cette lettre, ce prêtre nommé Akkulanu explique que “les pluies de cette année étaient diminuées et aucune moisson n’a été récoltée”. Les chercheurs ont donc repris les divers éléments touchant au climat de la région : analyses sédimentaires, et textes historiques faisant mention du temps. Ces derniers ne manquent pas : quelle que soit la civilisation, les textes parlent toujours du temps qu’il fait, la météo n’a pas attendu l’explosion des médias pour être l’un des centres d’intérêt privilégiés des humains. Par exemple, un texte sur l’accession d’Assurbanipal au trône, dix ans plus tôt, mentionne “des pluies copieuses et d’énormes inondations” (à l’époque, dans les plaines alluviales, les inondations étaient des signes de bonnes récoltes). Les éléments que nous possédons sur le climat de l’époque, par l’analyse des différentes couches du sol, vont également dans le sens d’un épisode d’années arides. Si les années de sécheresse n’étaient pas rares dans le type de climat de la Mésopotamie de l’époque, celles qui se sont produites à la fin du 7ème siècle semblent avoir été bien pires, et auraient eu des conséquences graves dans une société totalement dépendante de l’agriculture pour sa survie. Si l’on ajoute à cela le fait que la puissance de l’empire avait favorisé la croissance de centres urbains, comme la ville de Ninive, on a tous les éléments nécessaires pour établir un scénario de famines au coeur même de l’Assyrie. Après la mort d’Assurbanipal, en -627, le pays connut des troubles internes importants. Les peuples conquis et les ennemis de l’extérieur en profitèrent, et ce fut la fin de l’empire Néo-Assyrien. Ninive fut détruite par les Babyloniens en -612, et sept ans plus tard, en -605, après vingt ans de guerres civiles et de guerres extérieures, on considère aujourd’hui que l’empire assyrien n’existait plus. “Nous ne disons pas que les Assyriens sont morts de faim ou furent forcés de s’exiler en masse dans le désert en abandonnant leurs cités”, assure Adam Schneider, “nous disons plutôt que la sécheresse et la surpopulation ont affecté l’économie et déstabilisé le système politique à un point tel que l’empire n’a pu résister aux désordres civils et aux assauts des autres peuplades”. Les deux chercheurs établissent également un parallèle avec ce qui se passe dans cette même région du monde aujourd’hui, pointant du doigt la ressemblance avec les sécheresses sévères et les conflits politiques en Syrie et dans le nord de l’Irak. Ils voient également des similarités entre la situation de Ninive au septième siècle avant notre ère et celle du Los Angeles contemporain, “probablement trop grande pour son environnement”. “Les Assyriens avaient des excuses, jusqu’à un certain point pour se focaliser sur des objectifs économiques ou politiques à court terme qui augmentaient leurs risques d’être impactés négativement par le changement climatique”, expliquent les deux chercheurs, “du fait de leur capacités technologiques et de leur niveau de compréhension scientifique de la manière dont le monde fonctionne. Nous, au contraire, n’avons pas ces excuses, et nous avons en plus le bénéfice du recul qui nous permet de reconstituer à partir du passé ce qui peut aller mal si nous choisissons de ne pas adopter des politiques qui aillent dans le sens de la durabilité à long terme”. En résumé, c’est l’empire Assyrien qui revient pour nous faire la morale ?   Crédit photo : Bas-relief du palais de Sargon II, au 7ème siècle avant notre ère (Marie-Lan Nguyen via Wikimedia Commons) Continue reading

L’incroyable bourde du Ministère de la Recherche

Mise à jour 21h: Najat Belkacem a désormais twitté pour saluer également Emmanuelle Charpentier, voir plus bas pour les détails … Toutes nos félicitations à Emmanuelle Charpentier & à Alim-Louis Benabid, chercheurs, lauréats du prix Breakthrough ! pic.twitter.com/z3xJ8bYSvJ — Najat Belkacem (@najatvb) 12 Novembre 2014       Billet original: Il y a des actes […]
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Sommes-nous infectés par un virus qui rend stupide ?

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Green_algae_on_the_shore_near_Longniddry_-_geograph.org.uk_-_1253373.jpgL’existence d’un virus qui rend stupide, c’est une nouvelle qui aurait pu reléguer au second rang tous les gros titres de la presse nationale et internationale, de l’atterrissage du robot-sonde Philae sur la comète Rosetta aux déboires d’une certaine starlette, en passant par les derniers résultats de football. Alors, sommes-nous infectés par un méchant organisme qui nous prive (en tout cas une proportion importante d’entre nous) d’une partie de nos capacités intellectuelles ?  

Ce qui a été découvert

Une équipe de scientifiques des universités Johns Hopkins et du Nebraska (USA) a publié fin octobre une étude dans la revue PNAS. Dans celle-ci, les chercheurs relatent la découverte, dans les muqueuses de la gorge de sujets humains en bonne santé, d’un chlorovirus qui jusqu’ici se cantonnait aux algues vertes. Ils expliquent également que dans leur groupe-test de 93 personnes, 40 étaient porteurs de ce virus. De plus, ceux chez qui ce virus a été trouvé ont également fait preuve “d’une baisse modeste mais statistiquement significative dans l’appréciation cognitive du traitement visuel et de vitesse motrice visuelle”. En injectant ledit virus à des souris, les chercheurs ont également noté “la baisse de performance dans plusieurs domaines cognitifs, incluant ceux qui concernent la mémoire de reconnaissance…” Bref, il y aurait une sorte de baisse de performance pour la compréhension liée aux signaux reçus et à la mémoire visuelle.  

Des algues aux humains

Le premier élément intéressant de l’histoire, c’est qu’un virus que l’on pensait réservé aux algues ait pu “sauter” sur les humains et les souris. Pour l’équipe auteur de la recherche, c’est une première, d’autant plus importante que les chlorovirus sont répandus sur toute la planète : ils sont présents dans les océans, mais sont également assez communs dans les lacs et mares d’eau douce. Le second élément concerne la performance des sujets humains dans les tests de traitement visuel et d’orientation dans l’espace : elle était moins bonne chez les sujets porteurs du chlorovirus. “C’est un exemple flagrant de ce que des micro-organismes “inoffensifs” que nous portons peuvent affecter notre comportement et notre cognition”, explique Robert Yolken, l’un des auteurs de l’étude. “De nombreuses différences physiologiques entre une personne A et une personne B sont encodées dans les gènes que chacun hérite de ses parents, pourtant quelques-unes de ces différences sont alimentées par les divers micro-organismes que nous hébergeons, et la manière dont ils interagissent avec nos gènes”.  

La stupidité qui venait des algues vertes ? 

Jusqu’à quel point les sujets porteurs du chlorovirus avaient-ils des capacités moins bonnes que ceux qui ne l’avaient pas ? Un exemple, relaté sur le site de l’université Johns Hopkins : dans un test qui consistait à mesurer la vitesse à laquelle les sujets pouvaient tracer une ligne entre des cercles numérotés sur une feuille de papier, les porteurs se sont situés en moyenne à neuf points au-dessous des autres. Ils ont également eu sept points de moins à des tests d’attention. Les souris infectées, elles, avaient plus de difficultés que les autres à trouver leur chemin dans un labyrinthe, exploraient moins, et avaient plus de difficultés à prêter attention à un nouvel objet. Elles étaient moins attentives, et étaient distraites plus facilement. Les analyses de tissus cérébraux des souris infectées ont aussi révélé des changements dans les gènes de l’hippocampe, région du cerveau qui effectue le tri entre mémoires à long et à court terme, et est responsable de l’orientation dans l’espace. “La similarité de nos découvertes chez les souris et les humains met en avant les mécanismes communs que beaucoup de microbes utilisent pour affecter les fonctions cognitives à la fois pour les animaux et pour les gens,” explique l’un des co-auteurs, Mikhail Pletnikov.  

Le problème des raccourcis

500px-Stupidity_is_contagious.svg.pngDevant de tels éléments, on ne peut qu’être tenté de prendre des raccourcis. Après tout, le virus de la stupidité, c’est assez extraordinaire et ça parle à tout le monde, mais c’est peut-être un peu rapide. Une journaliste scientifique américaine, F.D. Flam, s’insurge contre cela dans une tribune publiée sur le site de Forbes. “Je n’ai pas trouvé le mot “stupide” dans quelque forme que ce soit dans cette étude”, assure-t-elle, “et je n’ai trouvé le mot “intelligence” qu’une seule fois, lorsque les chercheurs admettent que les personnes infectées et non infectées ont le même score sur le test que l’on appelle Wechsler Adult Intelligence Scale“. En résumé, on a donc une influence mesurée d’un virus sur certaines fonctions cognitives, mais qui mérite d’autres tests. Il ne s’agit pas d’un virus de la bêtise qui pourrait être transmis de l’algue à l’humain, et se répandre ensuite comme une traînée de poudre tout autour du monde. En revanche, cela illustre le délicat équilibre de nos fonctions cérébrales dans un organisme qui est soumis à de très nombreuses influences, notamment microbiennes. De plus, et les auteurs l’admettent, ces résultats “requièrent un suivi en profondeur pour éclaircir les effets du virus, et les mécanismes qui les génèrent.” Si vous avez vue sur la mer ou si vous avez un étang dans votre jardin, ne déménagez pas tout de suite… Crédits images :  Ce chlorovirus passerait des algues vertes aux humains (M.J. Richardson via Wikimedia Commons) “La stupidité est dangereuse et très contagieuse”… Un petit clin d’oeil (Betacommand via Wikimedia Commons) Continue reading

Le chat n’est pas un sans gène domestique

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cat1.jpgQuiconque a pu observer un chat domestique sait bien que le terme n’est pas totalement approprié. Le chat est apprivoisé, mais pas totalement domestiqué, il a encore bien des comportements similaires à ses congénères sauvages. C’est sans doute ce qui le rend aussi fascinant. Mais contrairement aux apparences, les gènes du chat montrent des signes de cette fameuse domestication… Elle s’appelle Cinnamon (cannelle), et elle avait quatre ans en 2007 lorsque une équipe de scientifiques s’est intéressée à ses gènes, ce qui en fait le premier félin à avoir eu son génome décodé. Grâce à elle et une vingtaine de ses congénères, et à l’étude qui vient d’être publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA (PNAS), un groupe international de chercheurs rassemblé autour d’une équipe de l’école de médecine de l’université Washington de Saint-Louis vient de percer certains des mystères entourant la domestication de nos amis ronronnants. Tout d’abord, Minet n’est pas habitué à notre présence depuis si longtemps que cela, 10 000 ans, tout au plus. Les traces retrouvées jusqu’ici, que ce soit à Chypre, en Egypte ou en Chine, ne remontent au maximum qu’à 8000 ans. En comparaison, le chien, lui, serait le compagnon de l’Homme depuis 33 000 ans, peut-être même bien davantage. Alors que ce dernier a probablement été le compagnon de chasse depuis des dizaines de millénaires, le chat, lui, aurait été associé à l’apparition de l’agriculture : avec les réserves de grains, les rongeurs se sont agglutinés autour des implantations humaines… et les chasseurs de souris ont suivi. “A la différence des chiens, les chats sont seulement semi-domestiqués”, explique Wes Warren, professeur de génétique au Génome Institute de l’université Washington et co-auteur de l’étude. “Ils ne se sont séparés des chats sauvages que récemment, et certains se reproduisent toujours avec leurs parents sauvages. Aussi, nous avons été surpris de trouver des preuves ADN de leur domestication.” “Les chats n’ont pas été sélectionnés dans un but précis, comme les chiens et les autres animaux domestiques,” précise William Murphy, généticien à l’université A&M du Texas et autre co-auteur de l’étude. “Ils ont juste traîné dans les environs, et les humains les ont tolérés”.

Mémoire, peur et recherche de récompenses

Qu’apporte donc la génétique à ces éléments ? Elle va étudier quels parts du génome ont été altérées en réponse à la vie commune avec les humains. La comparaison entre l’ADN de chats domestiques et de chats sauvages permet ainsi de voir les endroits où ceux de Minet diffèrent de ses congénères restés en pleine nature. Les 22 chats dont les chercheurs ont séquencé le génome, qui correspondent à diverses espèces dans le monde, ont eu leur ADN comparé avec des chats sauvages, deux du Moyen-Orient et deux d’Europe. Les scientifiques ont ainsi pu trouver au moins 13 gènes qui ont changé avec la domestication. En étudiant le génome des chats, l’équipe a pu découvrir les gènes qui permettent de métaboliser les graisses chez les carnivores, ce qui leur donne un “avantage digestif” pour leur régime composé uniquement de protéines animales. Ils ont aussi moins de gènes liés à l’odorat que les chiens, mais davantage pour détecter les phéromones, qui leur permettent de maîtriser leur “environnement social”, et notamment trouver un partenaire du sexe opposé. L’élément est plus important pour les chats que les chiens, qui vivent en meute et pour qui trouver l’âme soeur n’est pas si difficile… Les chats ont également une meilleure ouïe que la plupart des autres carnivores, pouvant entendre les ultrasons pour mieux traquer leurs proies. Enfin, leur vision est exceptionnelle lorsque la lumière est faible. Les différences principales entre chats domestiques et chats sauvages concernent des gènes du comportement, ceux qui sont liés à la mémoire, à la peur (moins de peur amène davantage de docilité), et à la recherche de récompenses, éléments important dans le processus de domestication. “Les humains les ont probablement accueillis parce qu’ils contrôlaient les rongeurs qui mangeaient leurs récoltes de grains”, explique le Dr Warren, “Nous avons émis l’hypothèse que les humains ont offert de la nourriture aux chats en récompense, pour qu’ils restent dans les environs”. Le chat étant un prédateur solitaire à l’état sauvage, il lui fallait en effet de bonnes raisons de rester près des humains…   Crédit photo : JPF Continue reading