Nos ancêtres ont commencé à batifoler avec Néandertal voici moins de 60 000 ans

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439px-Homo_neanderthalensis_adult_male_-_head_model_-_Smithsonian_Museum_of_Natural_History_-_2012-05-17.jpgOn savait déjà que les ancêtres des humains modernes et l’Homme de Néandertal avaient eu une descendance commune. Ces premiers occupants de l’Europe ont en effet vu arriver les Homo Sapiens d’Afrique, et ont coexisté avec eux durant quelques milliers d’années. On a aujourd’hui davantage de précisions sur ces “mariages” inter-espèces grâce à une étude menée sous l’égide de l’institut Max Planck d’anthropologie évolutionniste et publiée hier dans la revue Nature. En utilisant un fémur complet trouvé sur les rives de la rivière Irtych, les chercheurs ont procédé au séquençage du génome d’un homme qui vécut en Sibérie voici 45000 ans. Un homme moderne, donc. “La morphologie de l’os suggère qu’il s’agit d’un des premiers humains modernes, et que c’est un individu apparenté aux populations qui sont les ancêtres directs des gens en vie aujourd’hui”, explique Bence Viola, anthropologue qui a analysé le fémur. “Cet individu est l’un des plus vieux humains modernes trouvés hors du Moyen-Orient et d’Afrique,” précise-t-il. Il vivait également à une période proche de celle à laquelle les ancêtres des Européens actuels et de ceux des habitants d’Asie orientale se sont séparé, et pourrait être le représentant d’une population de premiers migrants en Europe et Asie centrale qui n’a pas aujourd’hui de descendants directs. Comme tous les humains modernes hors d’Afrique, cet homme avait des gènes de Néandertal (la moyenne est d’environ 2% chez nos contemporains). Mais les segments de gènes de Néandertal était “substantiellement plus longs que ceux observés chez les individus d’aujourd’hui, ce qui montre que la migration des gènes des Néandertaliens vers les ancêtres de l’homme étudié s’est produite entre 7 et 13 000 ans avant sa naissance. Comprenez, que l’un (ou l’une) de ses ancêtres avait eu une descendance avec un (ou une) Néandertalien(ne). La fourchette de ce premier rapport fertile se situerait donc entre 52 et 58 000 ans avant notre ère. Que les avocats du respect de la vie privée se rassurent, on n’en est pas encore à cibler le couple mixte Homo Sapiens / Néandertal qui a eu les premiers rapports sexuels, ni à publier leurs photos dans un magazine à scandales, les paparazzi n’avaient pas encore été inventés. Mais ces études nous aident à comprendre la nature des flux migratoires des diverses espèces humaines, ainsi que la manière dont elles vivaient et interagissaient durant la préhistoire.
 
  Crédit photo : un homme de Néandertal. Reconstruction: John Gurche; photograph: Tim Evanson  Continue reading

Les gladiateurs étaient-ils végétariens ?

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800px-Jean-Leon_Gerome_Pollice_Verso.jpg Lorsqu’on pense aux gladiateurs qui combattaient dans les arènes pour distraire les citoyens romains, on pouvait les imaginer festoyer après le combat, et s’empiffrer de steaks bien saignants. Erreur ! Ils étaient quasiment végétariens, si l’on en croit une étude menée par des experts en médecine légale, et publiée cette semaine dans le journal PLOS One. Au premier siècle de notre ère, la ville d’Ephèse, aujourd’hui en Turquie, était l’une des plus grandes métropoles du monde occidental, capitale de la province impériale d’Asie. La ville avait abrité le grand temple d’Artémis, l’une des sept merveilles du monde, dont il ne reste hélas rien, et qui avait d’ailleurs été détruit bien avant la conquête romaine. Quiconque visite les ruines d’Ephèse un jour de pluie sera frappé par le fait que les égoûts romains évacuent toujours l’eau avec une efficacité inégalée, témoin du savoir-faire des ingénieurs impériaux. Ephèse avait bien entendu son cirque et ses jeux, comme toute ville romaine qui se respecte.En 1993, des fouilles archéologiques permettaient même d’y découvrir un cimetière de gladiateurs, daté des deuxième et troisième siècles de notre ère. Diverses inscriptions et objets ont en outre permis de déduire que les gladiateurs étaient enterrés à Ephèse depuis le tout début du premier siècle. Une équipe de médecine légale emmenée par le Dr Fabian Kanz, du département de médecine légale de l’université médicale de Vienne (Autriche), a étudié les os de ces combattants de l’arène, ce qui leur a permis de reconstituer leur régime alimentaire. On savait déjà, grâce à Pline l’Ancien, que les gladiateurs mangeaient des céréales, ce qui leur avait valu le surnom de “hordearii” (mangeurs d’orge). Mais ce que l’on ne savait pas, et que l’étude vient de montrer, c’est l’étendue de leur régime végétarien.

De l’orge et des boissons énergisantes… à base de cendre

En analysant les restes de 53 occupants du cimetière, dont 22 gladiateurs, les médecins ont pu faire “parler” leurs os en utilisant la spectroscopie, les pourcentages d’isotopes de carbone, d’azote et de soufre dans le collagène, ainsi que la proportion de strontium et de calcium dans ces os. Les chercheurs ont ainsi pu déterminer l’alimentation des gladiateurs par rapport au reste de la population. On sait donc désormais que le blé, l’orge et les fèves constituaient la base de leur alimentation, ce qui était aussi le cas pour les habitants “ordinaires” d’Ephèse. Le citoyen moyen devait cependant manger du grain de meilleure qualité que les gladiateurs , et ceux-ci n’avaient donc pas un “régime d’athlètes” particulier. Mais les gladiateurs avaient des besoins différents, du fait de leur activité physique intense. Ils absorbaient donc des “cocktails toniques” composés de cendres , pour se maintenir en forme. “Les cendres de plantes étaient à l’évidence consommées pour fortifier le corps après l’effort physique, et pour permettre aux os de mieux guérir,” explique le Dr Kanz à MedicalDaily. “Cela se passait de manière similaire à ce que nous faisons aujourd’hui : nous prenons du magnésium et du calcium (sous la forme de comprimés effervescents, par exemple) après l’exercice physique.” L’histoire ne dit pas s’ils avaient également des produits dopants…   Crédit image : Pollice Verso, par Jean-Léon Gérôme (1872) via Wikimedia Commons Continue reading

Les pays où Internet dort

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81170.gif Internet serait-il comme une gigantesque colonie de créatures vivantes, dont certaines dormiraient et d’autres pas ? C’est en tout cas l’impression générée par une toute nouvelle carte du “sommeil de l’Internet” dont les premiers éléments viennent d’être rendus publics par une équipe de chercheurs de l’école d’ingénieurs en sciences de l’information de l’université de Californie du Sud (ISI). Bien entendu, l’analogie avec un être vivant est une simple image, mais comme Internet est utilisé par des créatures de chair et de sang (vous et moi), il est intéressant d’étudier ce “cycle de sommeil”. Dans certains pays, comme aux Etats-Unis ou en Europe de l’Ouest, Internet ne dort jamais, alors que dans d’autres régions du monde comme l’Asie, l’Amérique du Sud ou l’Europe de l’Est, l’activité des ordinateurs connectés peut être rapprochée du cycle jour-nuit. Cela veut-il dire que l’Occident est composé d’accros à Internet qui ne dorment jamais ? Evidemment non, mais cela donne des informations sur la nature des connexions et le développement des réseaux. Ainsi, ceux qui ont des accès permanents à des réseaux à haut débit laisseront leurs appareils connectés jour et nuit. A l’inverse, ceux qui sont toujours dépendants d’accès ponctuels ne se connecteront que lorsqu’ils utilisent vraiment la connexion, donc généralement pas au beau milieu de la nuit.

A quoi ça sert ? 

Mais l’étude n’est pas focalisée sur le cycle du sommeil des utilisateurs d’Internet. Le but est de fournir des outils pour mesurer et identifier les coupures d’Internet, par exemple : connaître les “cycles de sommeil” du réseau permet ainsi d’éviter de confondre une période d’inactivité régulière avec un gros incident réseau privant d’accès une zone géographique. “Internet est important dans nos vies et pour nos entreprises, des films en streaming aux achats en ligne”, explique John Heidemann, professeur à l’ISI et l’un des chercheurs de l’étude. “Mesurer les coupures réseau est un premier pas pour améliorer la fiabilité d’Internet”. Pour lui, “Ces données servent à établir une base de l’Internet, à comprendre comment il fonctionne, pour que nous ayons une meilleure idée de sa résistance globale, et que nous puissions détecter les problèmes plus rapidement”. L’étude permet aussi de comprendre le fonctionnement du réseau à plusieurs niveaux :
  • Les politiques de développement par pays, tout d’abord : aux USA, par exemple, la connexion haut débit permanente est un objectif gouvernemental.
  • Il y a également un rapport entre le niveau de vie et l’accès nocturne : plus un pays est riche, plus il y a de chances que son Internet soit en fonction 24 heures sur 24. L’étude montre une corrélation entre le PIB et l’activité Internet, ainsi qu’avec l’utilisation électrique par personne. “La corrélation entre l’activité du réseau et l’économie nous aide à mieux comprendre notre monde”, affirment les chercheurs. En fonction du “rythme de sommeil” de votre réseau, ils peuvent prédire dans quelle région du globe vous êtes situé…
  • Des mesures de la taille et de la croissance d’Internet. Le “sommeil” permet de mieux estimer la taille globale du réseau, que l’on a tendance à considérer en fonction du nombre d’adresses, qu’elles soient actives ou non. Prendre en compte leur activité réelle est un élément important.
  • Comprendre pourquoi les réseaux “dorment” : en pratique, pourquoi les gens éteignent leur ordinateur la nuit. Que le trafic change en fonction des activités humaines, cela semble normal, mais que le réseau soit éteint dans certains endroits répond à des causes qui touchent à la sociologie autant qu’à l’informatique. Les entreprises éteignent-elles leurs ordinateurs à la fin de la journée de travail ?  Les particuliers coupent-ils toutes leurs connexions lorsqu’ils vont se coucher ? Et pourquoi le font-ils ? Quand il s’agit de cybercafés fermant la nuit, ou de pays où la connexion s’effectue par modem et ligne téléphonique, on comprend la cause de la coupure, mais qu’en est-il des endroits à connexion haut débit illimitée ? La politique d’un pays encourage-t-elle les déconnexions ? Le manque d’adresses IP disponibles pour un fournisseur d’accès l’incite-t-il à limiter les temps de connexion de ses clients ?
On le voit, cette étude offre de nombreuses directions de recherche…

Comment ils ont procédé

Rappelons que les ordinateurs connectés à Internet se voient attribuer une adresse réseau, l’IP, qui correspond peu ou prou à une sorte de numéro de téléphone pour votre connexion. La différence, c’est que selon votre mode de connexion, ce numéro peut changer régulièrement sans que vous le sachiez, et sans que cela affecte votre utilisation d’Internet (votre fournisseur d’accès possède ces adresses et vous les attribue en fonction de ses possibilités…ou de votre type de contrat). Il y a dans le monde 4 milliards d’adresses Internet au standard IPv4 (un autre standard, IPv6, qui permettra d’avoir encore plus d’adresses, est en cours de mise en place). Sur ces 4 milliards, l’équipe de l’ISI a pu monitorer 3,7 millions de blocs d’adresses, qui représentent environ 950 millions d’adresses individuelles. En les testant toutes les 11 minutes pendant 2 mois, ils ont pu ainsi observer les tendances d’activité et d’inactivité de ces réseaux. Ces données ne représentent que le début d’une étude en cours, et elles seront présentées officiellement le 5 novembre lors d’une conférence de l’ACM (association mondiale de professionnels de l’informatique). En attendant, l’équipe continue ses recherches. “Nous avons étendu notre couverture à 4 millions de blocs (plus de 1 milliard d’adresses), explique John Heidemann, qui espère que les mesures à long terme aideront à guider le fonctionnement d’Internet.   Crédit image : Un gif animé des données recueillies. Les carrés du rose pâle au rouge indiquent des activités Internet supérieures à la moyenne mondiale, ceux allant vers le bleu, des activités inférieures à la moyenne (Courtesy of John Heidemann / USC Viterbi ISI) Continue reading

Pourra-t-on bientôt se passer de lunettes ?

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Applying_riboflavin_for_LASIK_Xtra.png Dans les années à venir, même les Google Glass pourraient être un objet du passé. Si l’on en croit une communication faite ce week-end lors de la réunion annuelle de la société américaine d’ophtalmologie (AAO) par John Vukich, médecin et professeur adjoint d’ophtalmologie à l’université du Wisconsin, l’avenir résiderait dans les implants oculaires, en tout cas pour les presbytes. Il y avait déjà la chirurgie laser, comme le Lasik qui remodèle la cornée pour corriger certains problèmes visuels, mais ce procédé n’est pas généralisé dans le grand public, et n’est pas non plus (pas encore) à la portée de toutes les bourses. Désormais, il y aura donc ce qui est décrit comme un “remède sans lunette pour la presbytie”. Ceux qui, passé un certain âge, éloignent de plus en plus leurs livres et magazines afin de distinguer les lettres comprendront (à moins qu’ils n’utilisent déjà une tablette, qui permet d’adapter la grosseur des caractères à leur vue). Le remède en question, ce sont des implants incrustés dans la cornée. Trois modèles de ces implants sont actuellement inspectés par la FDA, l’agence américaine qui a seule le pouvoir d’autoriser un médicament ou un accessoire de santé (la technologie serait cependant disponible dans certains pays d’Europe et d’Amérique du Sud) : il s’agit de KAMRA, de Raindrop Near Vision Inlay et de Presbia Flexivue Microlens. De quoi faire (déjà?) jouer la concurrence en la matière. Parmi ces trois modèles, le KAMRA, cité en exemple dans la communication, est un anneau de 3,8mm de diamètre avec un trou de 1,6mm en son centre. Lorsqu’il est déposé dans une petite poche dans la cornée, il agit alors comme l’ouverture d’un appareil photo, ajustant la profondeur de champ afin que la personne puisse voir aussi bien de près que de loin. Plus besoin de s’adapter à des verres progressifs, donc, ni de chercher ses lunettes chaque fois qu’on veut déchiffrer une étiquette dans un supermarché. Lorsqu’on parle d’implants, il y a de quoi frissonner. Pourtant, le KAMRA ne prendrait que 10 minutes à installer sous anesthésie locale de surface. L’expérience serait probablement moins pénible que de se faire poser un inlay core chez le dentiste… Et elle pourrait aussi se cumuler avec un Lasik, pour acquérir une vision parfaite. L’efficacité clinique du dispositif a été testée pendant trois ans sur 507 patients presbytes non atteints de myopie, aux USA, en Europe et en Asie. 83% des sujets ont pu regagner une vision de 20/40, ce qui est le standard pour lire un journal ou conduire un véhicule sans verres correctifs. Ces résultats demeurent stables après trois ans. Des complications (vision floue) ont été traitées avec des stéroïdes, mais, assure l’étude, des améliorations dans le design des implants ont rendu ces effets secondaires moins communs. De plus, les implants peuvent être enlevés : la technique est donc réversible, contrairement aux traitements par laser. “Les incrustations cornéennes représentent une grande chance d’améliorer la vue avec le filet de sécurité que représente l’amovibilité,” assure le Dr Vukich. Si l’on considère que la presbytie, selon les chiffres avancés par l’AAO, concernerait un milliard de personnes dans le monde, cela représente tout de même un sacré marché. Reste à savoir combien de temps il faudrait pour que ce qui est aujourd’hui une technologie de pointe, à l’image de la chirurgie laser, devienne aussi courante que d’aller se faire poser une prothèse dentaire. Les fabriquants de lunettes peuvent donc dormir tranquilles pendant encore quelques années. Mais dans 20 ou 30 ans, qui sait, peut-être que les lunettes ne seront plus qu’un accessoire de mode rétro… Crédit photo : Image d’illustration prise durant une intervention Lasik (Poryongming via Wikimedia Commons)
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A-t-on (enfin) détecté de la matière noire ?

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174735main_LEFTFullDisk.jpg La matière noire, c’est un peu l’homme invisible de la physique. Elle est là, elle est même très présente, puisqu’elle composerait 85% de la matière de l’univers. Seulement, elle n’émet pas de lumière, et ne l’absorbe pas non plus. Résultat : on ne peut pas la voir. En revanche, on sait qu’elle est là, par la théorie, mais aussi par les forces gravitationnelles qu’elle exerce, et qui participent à la cohésion de l’univers : sans matière noire, les galaxies s’éparpilleraient en petits morceaux façon puzzle. Alors, comment détecter quelque chose qui n’interagit pas, ou très peu, avec la matière? C’est l’objet de la quête de la matière noire, saga moderne pour les physiciens et astrophysiciens. Ceux de l’université de Leicester (Angleterre) viennent d’en vivre un épisode dramatique, mais qui pourrait ouvrir la voie vers la détection d’une particule de matière noire, l’axion. Le professeur George Fraser, directeur du centre de recherches spatiales de l’université de Leicester, auteur principal d’une étude publiée ce lundi dans la revue Monthly Notices of the Royal Astronomical Society n’en verra malheureusement pas la confirmation (ou l’infirmation) : il est décédé dramatiquement en mars. Mais qu’a donc découvert cette équipe ? “Le fond diffus de rayons X – le ciel, après que l’on ait enlevé les sources lumineuses de rayons X – paraît inchangé, quel que soit l’endroit d’où on l’observe”, explique l’un des co-auteurs de l’étude, le  Dr.Andy Read. “Cependant, nous avons découvert un signal saisonnier dans ce fond de rayons X qui n’a pas d’explication conventionnelle, mais qui est en accord avec la découverte d’axions.” Il semblerait, selon l’étude, que les axions sont produits dans le coeur du Soleil, et en réagissant avec les ceintures magnétiques qui protègent la Terre, ils se transformeraient en rayons X. Le signal dû à ces axions serait donc plus grand lorsqu’on l’observe en direction du Soleil. Axion_PR.png Cette étude est cependant discutée, il y a des pour, et des contre. “Ces découvertes excitantes, le dernier papier de George, pourraient être vraiment innovantes, et potentiellement ouvrir une fenêtre sur une nouvelle physique et pourrait avoir des implications énormes, non seulement pour notre compréhension du véritable ciel des rayons X mais aussi pour identifier la matière noire qui domine le contenu massif du cosmos”, déclare Andy Read. Il met cependant un bémol à son enthousiasme dans un entretien avec la revue Nature : “Nous avons trouvé un résultat inhabituel que nous ne pouvons expliquer par aucune méthode conventionnelle, et cette théorie de l’axion , elle, l’explique. Mais c’est juste une hypothèse, et beaucoup d’hypothèses ne survivent pas.” Christian Beck, qui a travaillé sur les axions à l’université Queen Mary de Londres (et n’a pas participé à l’étude) déclare au Guardian que “les axions de matière noire, ou des particules ressemblant aux axions, pourraient être responsables de ceci car elles peuvent se transformer en photons dans le champ magnétique terrestre. Cette découverte pourrait potentiellement être très importante. Ce qui est moins clair, cependant, est si toutes les autres explications de l’effet mesuré peuvent être exclues. Une véritable découverte de matière noire qui soit convaincante pour la plupart des scientifiques nécessiterait des résultats réguliers de plusieurs expériences différentes utilisant différentes méthodes de détection, en plus de ce qui a été observé par le groupe de Leicester”. Prudence donc, l’affaire des ondes gravitationnelles, toujours en suspens, montre que dans ce domaine il faut parfois attendre des mois après l’enthousiasme initial pour que la science tranche. Mais si elle s’avérait exacte, l’article de feu le professeur Fraser ferait date dans l’histoire.   Credits photos : - Image du soleil obtenue par la mission Stereo (NASA) - Schéma (pas à l’échelle) montrant les axions (en bleu) en provenance du Soleil se changeant en rayons X (orange) au contact du champ magnétique terrestre (en rouge), qui sont ensuite détectés par l’observatoire XMM-Newton. (© Université de Leicester). Continue reading

Mimas, “l’étoile de la mort” a-t-elle des océans ?

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pia06258-browse.jpg On l’a surnommée bien improprement “l’étoile de la mort” du fait de sa forme caractéristique qui rappelle les films de la première trilogie de Star Wars. Mimas est l’une des lunes de Saturne, bien moins célèbre que sa grande soeur Titan. Il faut dire que Mimas est assez petite (entre 382 et 418 kilomètres de diamètre, en fonction des endroits, elle n’est pas totalement sphérique), et qu’à part le cratère géant qui la fait paraître tout droit sortie d’une production hollywoodienne, elle n’avait jusqu’ici pas beaucoup attiré l’attention. On avait certes théorisé, à cause de sa faible densité, qu’elle pouvait être principalement composée de glace d’eau avec seulement un peu de roc, mais peu d’éléments détaillés étaient disponibles sur le sujet. Aujourd’hui, ce sont les vacillations de Mimas dans son orbite autour de Saturne qui ont fait l’objet d’une étude emmenée par un astrophysicien de l’université de Cornell (USA), publiée dans la revue Science. Parmi les auteurs, des chercheurs français de l’IMCCE-observatoire de Paris et du laboratoire AIM de Paris-Saclay. En se penchant sur les données recueillies par la sonde Cassini, les scientifiques ont tout d’abord essayé de déterminer l’ampleur de ses oscillations, puis les ont modélisées afin d’en déduire la composition possible de l’intérieur de cette petite lune. Le résultat en est plutôt surprenant. ”Les données suggèrent que quelque chose ne tourne pas rond, façon de parler, à l’intérieur de Mimas”, explique Radwan Tajeddine, auteur principal de l’article, “les oscillations mesurées étaient le double de ce qui était prévu.” Deux hypothèses sont avancées par les chercheurs : soit Mimas a un coeur rocheux en forme de ballon de rugby, soit elle contient un océan d’eau liquide. Dans les deux cas, on aboutit à un résultat bizarre. Le coeur de Mimas, formé il y a plus de 4 milliards d’années, aurait dû prendre une forme sphérique. S’il restait ovale, ce serait un record pour la formation d’une lune, expliquent les scientifiques. Si Mimas possède un océan, elle rejoindrait alors le club fermé des mondes du système solaire qui possèdent de l’eau liquide, et serait la troisième lune de Saturne susceptible d’avoir un océan, après Titan et Encelade. Le club comprend aussi des lunes de Jupiter, dont bien sûr Europe, mais aussi Ganymède. Radwan Tajeddine explique cependant qu’un océan couvrant l’ensemble de la planète sous la couche de glace serait surprenant, du fait que la surface de Mimas ne présente aucune trace d’activité géologique. “Cette petite lune pleine de cratères pourrait bien être plus complexe que nous le pensions”, admet Radwan Tajeddine.   Crédit photo : Mimas, parfois surnommée “l’étoile de la mort” du fait de sa forme rappelant le film Star Wars (NASA/JPL/Space Science Institute) Continue reading

Le kangourou qui marchait debout

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80692_web.jpgUn distant cousin du kangourou, éteint depuis 30 000 ans, aurait pratiqué assidûment la marche à pied au lieu de bondir comme ses congénères australiens actuels. C’est en tout cas la thèse défendue par trois universitaires emmenés par Christine Janis, de l’université de Brown (USA), qui publient le résultat de leurs recherches dans la revue PLOS One. Le Procoptodon, s’il ressemblait un peu aux kangourous, était beaucoup plus grand et massif : environ trois mètres de haut, pour une masse estimée de 240 kilos, soit dans les trois fois Skippy. Une telle physiologie représenterait un handicap sérieux pour sautiller allègrement dans les prairies. Et si l’on en croit les auteurs de l’étude, les Procoptodons et leurs espèces parentes avaient adopté un autre mode de locomotion, que les humains connaissent bien : la marche à pied. Aujourd’hui, les kangourous bondissent à grande vitesse, et se déplacent à quatre pattes (avec l’aide de leur queue) lorsqu’ils se déplacent à petite vitesse. Cela requiert une colonne vertébrale souple, une queue robuste, et des pattes avant capable de supporter le poids de leur corps. Or, la famille des sthenurinae (nom scientifique donné à la famille d’espèces comprenant entre autres ces géants marcheurs) ne semble pas posséder ces attributs, affirment les chercheurs. En se basant sur l’étude détaillée des os des sthenurinae , ainsi que des espèces apparentées au kangourou, passées et présentes, les scientifiques ont remarqué qu’un dos rigide et des articulations solides pointaient dans la direction de la marche plutôt que du sautillement pour ces vénérables ancêtres. Leurs pattes avant, elles, n’auraient pas été assez solides pour soutenir le poids de leur corps, et davantage adaptées à la cueillette. De plus, ces animaux auraient été aptes à bouger plus facilement leurs pattes de derrière une à la fois, et utilisant leur queue comme un cinquième membre seulement lorsqu’ils marchaient lentement. Les plus petites formes de sthenurinae auraient utilisé la marche comme moyen de locomotion alternatif à petite vitesse, alors que les espèces les plus grandes auraient marché en permanence. De toutes manières, pour les plus gros d’entre eux (comme les Procoptodons), sautiller se serait avéré quasiment impossible. La nature aurait-elle favorisé une espèce se déplaçant difficilement ? “Je ne pense pas qu’ils seraient devenus aussi gros à moins qu’ils n’aient marché”, affirme Christine Janis. “Les gens interprètent souvent le comportement des animaux éteints comme s’ils ressemblaient à ceux que nous connaissons aujourd’hui, mais comment interpréterions-nous une girafe ou un éléphant si nous ne les connaissions seulement par des fossiles?” interroge la chercheuse. “Nous devons considérer que les animaux éteints peuvent avoir fait les choses différemment de ceux qui sont en vie aujourd’hui, et l’anatomie de leurs os nous fournit de très bons indices.” Pour confirmer définitivement cette hypothèse, il faudrait trouver des traces de pas de ces kangourous antiques, mais en attendant, les auteurs de l’étude s’en tiennent à l’anatomie : ils étaient spécialisés, et parfois taillés pour la marche, pas pour le saut… Crédit image : Reconstitution d’un Sthenurus stirlingi (Brian Regal via Brown University) Continue reading

La géante de glace aux deux soleils

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PIA01492_modest.jpgElle a un nom à coucher dehors, comme la plupart des découvertes d’exoplanètes récentes. Si les astronomes utilisent entre eux des surnoms pour “leurs” planètes, ils se gardent bien de les communiquer au public, ce qui est sans doute un peu dommage… Celle-ci se nomme donc OGLE-2008-BLG-092LAb, un nom aussi compliqué à lire qu’un code barre, mais son intérêt est heureusement inversemement proportionnel à celui de son nom. Découverte par une équipe internationale menée par Radek Poleski, de l’université de l’Iowa (USA), elle est située à quelques 25 000 années-lumière, dans la direction du Sagittaire, cette planète serait le premier exemple d’une géante de glace de type Uranus que l’on ait jamais pu observer.

“Géante de glace”, c’est quoi ?

Dans notre système solaire, il y a deux sortes de géantes gazeuses. Les premières, Jupiter et Saturne, sont de grosses boules composées essentiellement d’hydrogène et d’hélium. Les secondes, Uranus et Neptune, sont appelées “géantes de glace“. Celles-ci, bien que comprenant également de l’hydrogène et de l’hélium (en plus petites quantités), contiennent aussi de fortes proportions de “glace de méthane”, d’eau, d’ammoniac et même un peu d’hydrocarbures. La catégorie des géantes gazeuses s’est étendue depuis que l’on a découvert des exoplanètes tournant autour d’autres étoiles. Les “Jupiters chauds“, par exemple, sont des géantes gazeuses de la taille de Jupiter ou plus grosses, et qui orbitent très près de leur soleil. Il y a également, désormais, les “Neptunes froids”, ou géantes de glace, (comme notre Neptune) et les “Neptunes chauds”, de composition similaire mais qui sont proches de leur étoile. Les “Neptunes froids” se limitaient pour l’instant à un seul exemple certain : Neptune elle-même. Il y a bien le cas de Kepler 421b, planète de la masse d’Uranus et qui se trouverait au-delà de la limite séparant les géantes gazeuses des planètes rocheuses, mais il doit probablement manquer quelques confirmations sur son statut. En effet, l’équipe de Radek Poleski, qui vient de publier les résultats de ses observations dans The Astrophysical Journal, affirme que sa découverte est une première…  

Une orbite influencée par deux étoiles

OGLE-2008-BLG-092LAb orbite donc autour d’une étoile qui fait les deux tiers de la masse de notre Soleil. La planète, elle, a quatre fois la masse de notre Uranus, mais tourne autour de son étoile à une distance pratiquement identique à celle d’Uranus autour du Soleil. Une orbite qui n’est pas totalement régulière : la deuxième étoile du système binaire, qui fait un sixième de masse solaire, est suffisamment proche pour perturber la planète.  

Merci aux lentilles gravitationnelles

Comment les astronomes ont-ils pu glaner autant de détails sur une planète aussi lointaine ? C’est grâce à un phénomène que l’on nomme “microlentille gravitationnelle“. C’est un peu comme si vous observiez un objet lointain avec une loupe, sauf que dans ce cas, c’est la gravitation qui joue le rôle d’amplificateur visuel. Cela ne se produit pas tous les jours, et les événements qui permettent d’observer la signature d’une planète dans la lumière ainsi observée sont rares. OGLE-2008-BLG-092LAb a eu de la chance : elle a été détectée grâce à deux événements  séparés : une première observation en 2008, qui a permis de découvrir l’étoile principale et suggérer la présence d’une planète, et une seconde observation en 2010, confirmant la présence de la planète et révélant l’existence de la seconde étoile. Toutes ces données ont permis à l’équipe de calculer les masses des deux étoiles et de la planète, ainsi que leurs distances respectives. “Nous avons eu de la chance de voir le signal de la planète, de son étoile hôte et de l’étoile compagnon”, déclarait Radek Poleski. “Si l’orientation avait été différente, nous n’aurions vu que la planète et nous aurions probablement pensé qu’il s’agissait d’une planète flottant librement dans l’espace”.   Crédit photo : Neptune, l’une des deux géantes de glace de notre système solaire avec Uranus (NASA/JPL) Continue reading

Les dinosaures ont vu des volcans sur la Lune

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14-284_0.jpgQu’il y ait eu des volcans sur la Lune, il n’y a rien de nouveau à cela. On estimait cependant jusqu’ici que les derniers volcans lunaires étaient éteints depuis belle lurette, et plus précisément depuis au moins un milliard d’années. C’était compter sans la persistance de l’un de ces engins vrombissants que nous avons tendance à envoyer un peu partout dans l’espace, et dans ce cas particulier, le Lunar Reconnaissance Orbiter, LRO pour les intimes. Ce petit robot, qui tourne autour de la Lune depuis 2009, vient en effet de livrer des indices qui ont amené une équipe de scientifiques de la NASA et de l’université d’état de l’Arizona à affirmer qu’il y aurait eu de l’activité volcanique sur la Lune voici moins de 100 millions d’années. Ce qui signifie que si un dinosaure avait eu la curiosité de regarder dans le ciel, il aurait pu voir des volcans sur la Lune. La découverte, qui fait l’objet d’un article scientifique dans la revue Nature Geoscience, est basée sur l’observation de dépôts rocheux caractéristiques sur la surface lunaire, et dont les chercheurs ont pu estimer l’âge, certaines zones pouvant même avoir moins de 50 millions d’années. Il n’y aurait donc plus eu de dinosaures pour observer les derniers volcans de la Lune, la météorite qui les a décimés datant d’environ 60 millions d’années. Les dépôts en question, trop petits pour être vus depuis la Terre, sont répartis dans les plaines volcaniques lunaires, et présentent une combinaison de textures particulière qui a été baptisée “irregular mare patches” (ou zones irrégulières des mers). Pour l’instant, les chercheurs en ont identifié 70 sur la face visible de la Lune. Une quantité qui va dans le sens non pas d’une activité exceptionnelle, mais bien d’un phénomène global lié à la nature du volcanisme lunaire. L’existence de tels dépôts démontrerait que l’activité volcanique sur notre satellite s’est ralentie progressivement au lieu de s’arrêter totalement voici un milliard d’années. “Cette découverte est le type de science qui va littéralement obliger les géologues à réécrire les manuels concernant la Lune”, affirme John Keller, du projet LRO (NASA). Elle a en effet aussi des conséquences sur notre compréhension de la nature du sous-sol lunaire. “L’existence et l’âge de ces zones irrégulières nous montre que le manteau lunaire devait rester suffisamment chaud pour fournir du magma à ces petites éruptions qui ont créé ces aspects inhabituellement jeunes”, affirme Sarah Braden, de l’université de l’Arizona et auteur principal de l’étude. Du côté de la NASA, on a bien l’intention de continuer à observer ces zones particulières pour en apprendre davantage…   Crédit photo : les traces laissées par le volcanisme récent de la Lune (NASA/GSFC/Arizona State University) Continue reading

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