Collision d’astéroïdes autour d’un soleil lointain

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14-226_0.jpg C’est une étoile comparable à notre soleil, de masse et de taille similaires, mais en beaucoup plus jeune : seulement 35 millions d’années. Elle se situe à 1200 années-lumière, dans la constellation des Voiles. Une étoile en apparence ordinaire, qui n’a pas de nom, juste une désignation (NGC 2547-ID8) mais qui semble être en plein processus de formation d’un système planétaire. On sait en effet que les planètes rocheuses, comme la Terre, Mars ou Vénus, naissent de l’agglomération de poussières et de matériaux tournant autour de leur soleil. Des morceaux de rocher, des astéroïdes, entrent en collision les uns avec les autres, se détruisent ou s’agglomèrent, et au final, certains de ces amas finissent par devenir des planètes. Cela n’empêche pas d’autres collisions. La Lune, par exemple, serait le résultat d’un événement cataclysmique : une planète de la taille de Mars percutant la Terre de plein fouet, formant ainsi le couple Terre-Lune. Restait à observer le processus de formation “en direct”, et c’est désormais chose faite, comme l’expose une étude publiée ce vendredi dans la revue Science. Le télescope spatial Spitzer a en effet observé une éruption de poussière autour de cette étoile, qui serait le résultat de la collision de deux corps célestes. “Nous pensons que deux gros astéroïdes se sont heurtés, créant un énorme nuage de grains de la taille de sable fin, qui ont volé en éclats et s’éloignent lentement de leur étoile”, explique Huan Meng, de l’université de l’Arizona, auteur principal de l’étude. “C’est la première détection d’un impact planétaire en-dehors de notre système solaire”, affirmait-il à Space.com. Cette découverte n’est pas totalement due au hasard. Le télescope spatial Spitzer avait déjà permis de noter qu’il y avait des variations dans les poussières autour de NGC 2547-ID8. Les astronomes ont donc décidé de surveiller cette étoile régulièrement, parfois quotidiennement, depuis mai 2012. C’est ainsi qu’ils ont pu détecter une énorme quantité de poussière fraîche, entre août 2012 et janvier 2013. L’analyse des données recueillies avant et après la probable collision a permis de modéliser l’événement. “Nous n’avons pas seulement été témoins de ce qui paraît être les décombres d’une énorme collision, mais nous avons aussi pu suivre la manière dont ils changent : les signaux s’affaiblissent au fur et à mesure que le nuage se détruit en broyant ses grains, qui s’éloignent alors de l’étoile”, explique Kate Su, co-auteur de l’étude. Aujourd’hui, il reste un nuage épais de débris de poussières autour de l’étoile, dans la zone où se forment les planètes rocheuses. Les scientifiques l’observent toujours, accumulant les données sur ce qui semble bien être les premiers stades de la formation d’une planète. “Une chance unique d’étudier le processus en temps réel”, selon l’un des auteurs. Crédit image : Vue d’artiste d’une collision d’astéroïde autour de NGC 2547-ID8 (NASA/JPL-Caltech) Continue reading

Des nuages d’eau glacée dans l’atmosphère d’une planète géante à 7 années lumière

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PIA17258_ip.jpgTrouver de l’eau dans l’atmosphère d’une autre planète n’est pas si fréquent. Des traces d’eau ont pu être détectées ça et là en observant des exoplanètes, mais on était loin de discerner des nuages. C’est désormais chose faite, et dans la proche banlieue de notre système solaire. A seulement 7,3 années-lumière se trouve une naine brune, une planète gazeuse géante de la taille de Jupiter mais de trois à dix fois plus massive, errant seule dans l’espace. Wise 0855-0714 (elle a été désignée ainsi parce qu’elle a été détectée par le télescope infrarouge Wise, de la NASA) est une étoile ratée. Pas assez massive pour entretenir les réactions nucléaires, elle s’est refroidie peu à peu. Elle est également, à cette date, le quatrième objet stellaire le plus proche de nous. Sa température est l’élément clé des observations qui ont été effectuées cette année par une équipe de la Carnegie Institution for Science (Washington, USA) dirigée par Jacqueline Faherty. En effet, si l’atmosphère de cette naine brune est plus froide que celle de la Terre, elle est tout de même plus chaude que celle de Jupiter. Elle est même assez chaude pour permettre à des nuages d’eau glacée de se former dans son atmosphère. C’est en tout cas la découverte effectuée par l’équipe de Jacqueline Faherty, et dont les résultats vont être publiés dans la revue spécialisée The Astrophysical Journal Letters. “J’ai été obsédée par cet objet depuis sa découverte”, affirme Jacqueline Faherty au site de Science, tout en expliquant qu’elle a utilisé le télescope Magellan Baade, au Chili, pour recueillir pendant trois nuits 151 images dans le proche infrarouge, qu’elle a ensuite combinées pour obtenir les données nécessaires à cette étude. Que l’on ne s’y trompe pas : la présence de nuages d’eau ne veut pas dire qu’il y a un beau ciel bleu que l’on pourrait observer de la surface. Wise 0855-0714 est une géante gazeuse, et les fameux nuages cohabitent dans son atmosphère avec d’autres composés, eux, de sulfure de sodium. Mais la découverte est tout de même d’importance : il s’agirait bien de la première fois que l’on détecte des nuages d’eau en-dehors de notre système solaire.   Crédit image : vue d’artiste d’une naine brune (NASA/JPL-Caltech) Continue reading

Les gouttes d’eau qui allaient trop vite

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623px-2006-01-28_Drop-impact.jpgLa chute d’une goutte d’eau de pluie devrait être un phénomène assez simple. Lorsque la résistance de l’air compense le poids de la goutte, celle-ci atteint une vitesse dite “terminale“, qu’elle conserve jusqu’à ce qu’elle s’écrase au sol (ou sur votre tête). Ca, c’est pour la théorie. Mais comme souvent, la réalité n’est pas aussi simple, et des mesures ont montré que certaines gouttes tombaient beaucoup plus vite qu’elles ne le devraient. En 2009, une étude menée par une équipe de l’université nationale autonome du Mexique sous la direction de Guillermo Montero-Martinez, publiée dans la revue Geophysical Research Letters, lançait un pavé dans la mare. Ou plutôt, une goutte d’eau, mais qui ne respectait pas les limitations de vitesse. Les chercheurs mexicains, en mesurant les ombres de gouttes de pluies passant au travers d’un rayon de lumière infrarouge, se sont aperçus que la moitié d’entre elles dépassaient la fameuse vitesse terminale. L’explication donnée serait que les gouttes en excès de vitesse proviendraient en fait de la désintégration de gouttes plus grosses. Ces fragments hériteraient donc de la vitesse de leur goutte parente, supérieure à la leur car plus massive. Selon cette étude, ces gouttes seraient ensuite freinées jusqu’à ce qu’elles atteignent ensuite la fameuse vitesse terminale. Une nouvelle étude, menée par M.L.Larsen, du département de physique et d’astrophysique de l’université de Charleston (Caroline du Sud), publiée elle aussi dans Geophysical Research Letters, vient confirmer les trouvailles précédentes. En utilisant rien moins que 22 instruments, les chercheurs américains ont enregistré la vitesse de plus d’1,5 million de gouttes de pluies durant six orages différents sur une période de cinq mois. Le résultat : les gouttes au-dessus de 0,8 millimètres de diamètre tombent à la vitesse prévue. En revanche, entre 30 et 60% de celles qui mesurent 0,3 mm tombent à des vitesses “super-terminales”. Si l’explication de cette vitesse est bien la désintégration de gouttes plus grosses, alors cela signifie que celle-ci se produit naturellement et à une fréquence importante. On peut se demander en quoi la vitesse des gouttes d’eau peut bien être importante. Mais lorsqu’on sait que les calculs de la vitesse d’érosion, ou ceux utilisés par les météorologues pour déterminer les précipitations sont basés sur la vitesse terminale, on se rend compte que les précipitations pourraient être surestimées, jusqu’à 20%! Or ces calculs sont pris en compte pour déterminer les possibles inondations, ou encore les effets du changement climatique sur les précipitations. Si l’on mesure la vitesse d’une goutte et que l’on pense qu’il s’agit d’une grosse goutte alors qu’en fait ce n’est qu’une petite goutte en excès de vitesse, il y aurait de quoi induire météorologues et climatologues en erreur… Crédit photo : Impact d’une goutte d’eau (Roger McLassus via Wikimedia Commons) Continue reading

La planète des ours, c’est pour bientôt?

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Rien à voir avec les Ewoks ni avec un roman de science-fiction : des scientifiques étudient aujourd’hui l’intelligence des ours, et plus précisément leur capacité à concevoir et utiliser des outils. Il y a deux ans de cela, une étude publiée dans Animal Cognition par un chercheur de l’université de Cumbria (Angleterre), Volker B. Deecker, s’affichait comme “le premier compte-rendu de l’utilisation d’un outil par un ours brun sauvage”. L’utilisation d’outils par des animaux n’est pas si rare que cela. Les primates, sont concernés, bien sûr, mais cela ne nous étonne plus chez nos distants cousins. D’autres espèces se sont illustrées dans ce domaine, comme les corbeaux, qui sont capables non seulement de se servir d’un outil, mais de le concevoir, et vont même jusqu’à résoudre des problèmes nécessitant trois outils différents. Certains poissons, comme les Labres, utilisent des cailloux pour ouvrir les coquillages. Mais chez les mammifères, à part les primates, l’utilisation d’outils serait assez rare : Volker Deecker cite “seulement quatre espèces”. Son étude de l’ours brun montre que, si ceux-ci font leur toilette en se frottant contre les arbres ou les rochers pour soulager l’irritation de leur peau et nettoyer leur fourrure de restes d’aliments, ils peuvent aussi utiliser leur propre version de la pierre ponce. L’étude donne l’exemple d’un jeune ours brun de l’est de l’Alaska qui utilise systématiquement  un morceau de roc incrusté de cirripèdes (sortes de crustacés) afin de se frotter le cou et le museau. Le chercheur explique que l’ours “démontre des capacités motrices considérables en manipulant les cailloux, ce qui montre clairement que ces animaux possèdent les capacités d’apprentissage moteur pour l’utilisation d’outils”. Ce serait aussi une “possible explication de pourquoi parmi tous les carnivores les ours ont les cerveaux les plus larges relativement à leur taille”. Aujourd’hui, c’est à l’université de Washington que des chercheurs s’intéressent aux capacités des ours en matière d’utilisation d’outils. Ils étudient tout particulièrement le cas d’une femelle grizzli (une sous-espèce d’ours brun spécifique à l’Amérique du Nord). Pour mettre en avant les capacités de ces animaux, ils ont soumis huit d’entre eux à un problème épineux : mettre la patte sur un délicieux casse-croûte savamment placé hors de leur portée. Bien entendu, aucun entraînement préalable n’a lieu, les ours n’ont jamais vu de solution au problème, ils doivent faire preuve d’ingéniosité…et d’imagination. Le casse-croûte en question est un donut qui pend au bout d’une ficelle. Une souche d’arbre est tout d’abord placée au-dessous du donut, afin de vérifier si les ours penseront à monter dessus pour accéder à la friandise. Puis, histoire de compliquer la chose, la souche est retournée sur le côté et placée un peu plus loin. Sur les huit grizzlis, testés séparément, une femelle de neuf ans nommée Kio a eu l’idée d’aller récupérer la souche, de la retourner, et de l’utiliser comme un tabouret pour atteindre le donut. L’étude étant toujours en cours, “les autres grizzlis sont en train de réaliser comment parvenir à cet exploit” explique Lynne Nelson, biologiste vétérinaire qui dirige cette étude pour l’université de Washington. “Elle manipule un objet inanimé en plusieurs étapes pour lui permettre d’atteindre un objectif, qui dans ce cas est d’obtenir de la nourriture”, explique Lynne Nelson, “ce qui correspond à la définition de l’utilisation d’un outil”. Les chercheurs espèrent également que cette étude, dont les résultats complets devraient être publiés cet automne, va leur permettre de mieux comprendre la façon dont l’esprit des ours fonctionne, et, peut-être, réduire les situations dangereuses lorsqu’ils sont rencontrés dans la nature. Le grizzli est en effet une espèce qui peut attaquer l’homme. En attendant, tout cela pourrait bien donner des idées à Hollywood. Après tout, ceux qui ont fait Sharknado ou la Planète des Singes pourraient bien s’attaquer à la Planète des Ours…. , Crédit photo : Un grizzly d’Alaska (Shellie via Wikimedia Commons)   Continue reading

La météorite qui aimait voyager

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Utrecht-Meteorite.jpgC’est l’histoire d’un petit bout de rocher qui a jadis fait un grand voyage… et qui vient de vivre une autre aventure. Il n’a pas de nom, personne ne s’est jamais donné la peine de lui en trouver un. Après tout, qu’est-ce qu’un caillou ferait d’un nom? On parle juste de la “météorite de Serooskerke”, du nom du village néerlandais où ce voyageur s’est écrasé après sa chute, en 1925. Ce n’était bien sûr qu’une étape dans son périple. Celui-ci a débuté très loin d’ici, dans le secteur que l’on nomme aujourd’hui la ceinture des astéroïdes, entre Mars et Jupiter. Là-bas se trouve un gros astéroïde nommé Vesta. Dans son infinie sagesse, l’Union Astronomique Internationale, en charge de la classification, de la promotion et de la rétrogradation des corps célestes ne l’a pas promu en “planète naine” comme il l’a fait de sa voisine Cérès, ce qui fait, en théorie, de Vesta le plus gros des astéroïdes ayant conservé leur appellation. 571327main_pia14313-43_946-710.jpgVous l’aurez compris, Vesta est assez gros pour qu’on le prenne au sérieux. Si l’on étalait sa surface sur l’Europe, elle équivaudrait à la France et à la Grande-Bretagne réunies. Et si l’astéroïde se posait doucement au sol en se centrant sur Paris, il couvrirait globalement une zone allant du Mans à Metz et de Lille à Montluçon. Il y a un peu moins d’un milliard d’années, Vesta a eu une prise de bec avec un autre gros caillou de l’espace. Le résultat a été un cratère presque aussi large que Vesta lui-même, et une ribambelle de morceaux éparpillés dans l’espace. Certains astéroïdes sont nés de cette collision, et d’autres fragments ont été projetés plus loin dans l’espace. Ce fut le cas de notre petit caillou, qui était probablement plus gros à cette époque. Notre “météorite de Serooskerke” s’est retrouvée dans une zone de l’espace soumise à des perturbations de Jupiter. Dans les quelques dizaines de millions d’années qui ont suivi, le passage d’un objet géocroiseur l’entraîna dans une orbite qui devait finir par l’amener près de la Terre, jusqu’à ce que sa gravitation l’attire et qu’il finisse en étoile filante. Ce qu’il restait de ce morceau de Vesta après la traversée de l’atmosphère a été récupéré…et entreposé dans un musée, à Sonnenborgh. On pense aujourd’hui qu’environ 5% des météorites retrouvées sur Terre sont originaires de Vesta, tout comme celle de Serooskerke. Mais toutes ne vivent pas une aventure exaltante après leur découverte. Lundi 18 août, des voleurs s’introduisent dans le musée et s’emparent d’un coffre-fort. Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’à l’intérieur se trouvent plusieurs petites météorites…et celle de Serooskerke. Notre caillou aventureux peut donc bouger de nouveau. Les voleurs finiront par ouvrir le coffre, c’est ce que font généralement les voleurs. Comme notre caillou et ses petits frères n’avaient pas de valeur marchande, ils ont fini dans un sac en plastique, abandonné dans un fourré. Ce sont deux sportifs alertes, recherchant une balle de tennis partie sur une orbite incertaine lors d’un jeu enflammé sur un court de Maarschalkerweerd (près d’Utrecht), qui ont trouvé le sac et son contenu. Notre caillou aventureux n’a pas eu de chance, il a été brisé en plusieurs morceaux. Ses compagnons plus petits, eux, sont intacts. Les vaillants tennismen ont rapporté leur découverte à la police, et le musée a récupéré son bien. Pour fêter ça, ses responsables ont décidé que le 31 août, la météorite de Seeroskerke serait présentée gratuitement au public. A distance, derrière un écran, pour la protéger de nouvelles mésaventures.   Crédits photos :  - image de Vesta capturée par la sonde Dawn, le 16 juillet 2011, à une distance de 15 000 kilomètres. (NASA/JPL-Caltech/UCLA/DLR/IDA)La météorite de Serooskerke (Museum en Sterrenwacht Sonnenborgh)

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Y a-t-il du plancton à la surface de la station spatiale internationale?

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160554main_jsc2006e43519_high.jpgCela ressemble à un canular, ou peut-être à une blague de potache, mais c’est au contraire une nouvelle prise très au sérieux, en tout cas en Russie. La très officielle agence de presse Itar-Tass a en effet révélé qu’en prélevant des échantillons en provenance de la station spatiale internationale, des scientifiques auraient trouvé des traces de plancton marin. Malgré l’apesanteur, le froid et le bombardement incessant par les rayons cosmiques, ces micro-organismes auraient donc pu survivre? Même si les responsables russes sont encore perplexes sur la façon dont le plancton aurait pu arriver là, ils expliquent que différentes études prouvent que ces organismes peuvent théoriquement se développer dans de telles conditions. Du côté de la NASA, on fait profil bas. “Nous n’avons eu aucun rapport officiel de nos collègues de Roscosmos (l’agence spatiale Russe)”, explique Dan Huot, porte-parole de la NASA, cité par Space.com, qui se demande bien d’où tout ce bruit peut provenir. Alors, y a-t-il vraiment du plancton marin à la surface de l’ISS? Si oui, d’où viendrait-il? On ne peut qu’espérer des éclaircissements en provenance de l’Est. En attendant, un scientifique brittannique y voit une preuve de la théorie selon laquelle les premiers micro-organismes se seraient développés dans l’espace avant d’arriver sur Terre… Comme quoi, il faut savoir saisir toutes les occasions.   Crédit photo : La station spatiale internationale (NASA) Continue reading

L’homme de Néandertal aurait disparu plus tôt qu’on le pensait… et nos ancêtres y seraient (un peu) pour quelque chose

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2138876647.jpgDans l’arbre généalogique des espèces humaines, l’homme de Néandertal serait un proche cousin. Une branche parallèle de l’évolution, qui se serait développée en Europe pendant plus de 200 000 ans, et qui aurait disparu après avoir cohabité quelques temps avec nos ancêtres.  Ces derniers auraient commencé à peupler l’Europe voici environ 50 000 ans, mais combien de temps a duré l’interaction avec Néandertal et comment ce dernier s’est-il éteint sont des questions toujours en suspens, pour lesquelles diverses théories sont avancées. Une étude publiée ce mercredi dans le journal Nature vient d’apporter de nouveaux éléments sur le sujet, et a tenté de définir un calendrier de ce qui s’est passé à l’aube de la préhistoire européenne, et ses résultats tendent à montrer que les Néandertaliens auraient disparu plusieurs millénaires plus tôt qu’on ne le pensait.  

Une meilleure datation des os

L’équipe internationale de chercheurs emmenée par Tom Higham, directeur adjoint du Radiocarbon Accelerator Unit de l’université d’Oxford, a étudié plus de 40 sites néandertaliens dans toute l’Europe, de Gibraltar au Caucase. Pour obtenir les dates les plus précises possibles, il était nécessaire d’améliorer les techniques de datation au carbone 14 utilisées jusqu’ici. En effet, celles-ci ont une précision plus limitée lorsqu’on atteint les environs des 50 000 ans, soit exactement la période qui nous intéresse ici. L’équipe a donc développé une méthode qui consiste à traiter chimiquement les os afin de retirer le carbone contenu dans le collagène des os, puis mesurer les minuscules quantités de carbone 14 en utilisant un accélérateur de particules.  

Quelques milliers d’années ensemble

Les éléments recueillis permettent de voir une baisse de population chez l’homme de Néandertal il y a environ 50 000 ans. Les humains modernes, nos ancêtres, seraient eux arrivés en Europe il y a environ 45 000 ans. Bien sûr, cette migration a été progressive et ne s’est pas effectuée au même moment dans tout le continent. Toujours selon les conclusions de l’étude, voici 35 000 ans, il n’y avait plus trace d’hommes de Néandertal, et notre espèce dominait le continent européen. Cette disparition ne s’est pas faite d’un coup : les populations néandertaliennes ont survécu plus longtemps dans certains endroits. Ils auraient tout de même cohabité avec nos ancêtres pendant 2600 à 5400 ans, en fonction des régions. Cela a laissé le temps aux deux population d’interagir… et de se métisser, même s’il semble que les deux populations avaient leurs territoires propres. On savait déjà grâce à des recherches récentes que les gènes de l’homme de Néandertal sont toujours présents : tous les humains modernes sauf les Africains possèdent en moyenne 2% de ces gènes néandertaliens. Ils ont pu également échanger des technologies, quoique l’on pense généralement que ce sont les humains modernes qui ont amené avec eux des méthodes plus perfectionnées de taille du silex, par exemple.  

Comment Néandertal a-t-il disparu?

Le fait que la baisse de population de l’homme de Néandertal coïncide avec l’arrivée des humains modernes fait bien évidemment songer à un rapport de cause à effet. Les auteurs de l’étude évoquent une “pression compétitive” des nouveaux arrivants, qui chassaient les mêmes types de proies, peut-être avec un avantage technologique, ce qui aurait pu hâter la disparition d’une race déjà en danger. Selon le professeur Chris Stringer, du muséum d’histoire naturelle de Londres cité par le site de la BBC, “l’arrivée des humains modernes a ajouté à leurs problèmes. Ils chassaient les mêmes animaux, cueillaient les mêmes plantes et voulaient habiter dans les meilleures cavernes, il y aurait donc eu une compétition économique. Mais ce n’était pas une extinction instantanée, ils n’ont pas été chassés et tués par les humains modernes ou décimés par les maladies que ceux-ci auraient amenées d’Afrique. Ce fut un processus plus graduel.”

Certains ne sont pas d’accord

Cette étude ne va probablement pas mettre fin aux controverses. Les tenants de la théorie de l’hybridation et de l’assimilation n’y verront pas forcément de contradiction profonde. En revanche, des chercheurs ont déjà manifesté leur scepticisme, comme Clive Finlayson, directeur du département “héritage” du musée de Gibraltar, qui remet en question la fiabilité de la technique utilisée pour les os trouvés dans des régions plus chaudes. Ce chercheur avait dirigé l’équipe auteur de la datation de restes de Néandertaliens découverts dans cette partie de l’Espagne à 28 000 ans en arrière. Pour lui, les archéologues ne vont probablement jamais trouver le dernier lieu occupé par l’homme de Néandertal. Crédit photo : un homme de Néandertal. Reconstruction: John Gurche; photograph: Tim Evanson via Wikimedia Commons  

La vidéo de Nature

Pour les anglophones, le journal Nature a réalisé une intéressante vidéo illustrant les éléments-clés de l’étude Continue reading

Les anneaux de Saturne auraient 4,5 milliards d’années

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162056main_PIA08329.jpg L’origine des anneaux de Saturne ne fait pas l’unanimité. En fait, deux grandes théories s’opposent. La première suggère qu’ils sont nés soit d’une lune qui se serait désintégrée, soit de débris de comète attirés par la planète : les anneaux seraient alors apparus tardivement dans l’histoire du système solaire, il y a seulement quelques centaines de millions d’années. La seconde théorie suppose que les anneaux se sont formés en même temps que Saturne. Cette seconde théorie est défendue depuis plusieurs années par une équipe de chercheurs de l’université du Colorado à Boulder (USA), qui s’appuient sur les données transmises par la sonde Cassini. qui observe la planète géante depuis maintenant dix ans. En 2007 déjà, Larry Esposito, en charge du spectrographe ultraviolet de Cassini, observait que les anneaux n’avaient pas tous le même âge, et que leurs matériaux se recyclaient en continu, un argument à l’appui de la thèse des anneaux très anciens. “Nous constatons un recyclage rapide des matériaux des anneaux, dans lesquels les lunes sont continuellement brisées en particules d’anneaux, qui se rassemblent alors pour former de nouvelles lunes”, déclarait-il alors. Ce même Larry Esposito et d’autres chercheurs ont apporté des éléments renforçant cette théorie lors d’un atelier consacré aux anneaux planétaires, la semaine dernière à l’université du Colorado. Ceux des anneaux qui sont composés de glace contiennent également 5% de matériaux rocheux dûs au bombardement continu par des micro-météoroïdes interplanétaires. Ces poussières de l’espace “salissent” les anneaux, les rendant de plus en plus sombres. Déterminer les éléments de ce flux de particules en fonction de l’état actuel de la “poussière” permettrait donc de savoir depuis combien de temps les anneaux y sont exposés, comme l’explique un article publié sur le site de Nature. Grâce aux données transmises par Cassini, l’équipe a pu calculer les éléments orbitaux et la vitesse d’impact de certains de ces petits morceaux de rocs venus de l’espace. Il en résulte qu’il y aurait moins de “poussière” que prévu, et donc qu’il lui faudrait davantage de temps pour s’accumuler. Le résultat de leur trouvailles démontrerait donc que les anneaux sont exposés à ces flux depuis 4,5 milliards d’années, ce qui vient en appui de la théorie d’une formation ancienne des anneaux. Ceux-ci se seraient donc bien formés en même temps que Saturne. Les tenants de la théorie des anneaux récents n’ont pas forcément dit leur dernier mot, mais cette dernière découverte fait certainement pencher la balance en faveur de l’hypothèse ancienne…   Crédit photo : une image prise par la sonde Cassini en 2006, où la planète occulte le soleil, révélant les anneaux de manière spectaculaire (NASA/JPL/Space Science Institute)   Continue reading

Vin, cygne, poisson d’eau douce : un régime de roi pour Richard III

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427px-King_Richard_III.jpgSavoir ce que le dernier des Plantagenêt avait dans son assiette de son enfance jusqu’à l’époque de sa mort, cela semble relever davantage d’une enquête de voyageur temporel que de science… Et pourtant. Depuis la découverte du corps du défunt roi, l’université de Leicester a mené des recherches dans diverses disciplines autour de feu Richard III. Ils ont même réussi à faire parler…ses os, et cela n’a rien à voir avec de la divination.

Le “Roi bossu” de Shakespeare et la présomption d’innocence

Pour mieux comprendre l’importance de ce roi, il est nécessaire d’effectuer une petite plongée dans l’histoire d’Angleterre. Richard naît en 1452, alors que la guerre de Cent Ans se termine sur le continent. Mais de l’autre côté de la Manche, les conflits ne sont pas terminés, bien au contraire. La série de conflits entre les maisons d’York et de Lancastre, que l’on rassemblera ensuite sous le nom générique de ”guerre des Deux Roses“, va se dérouler durant toute la vie de Richard, dont le décès marquera la fin. Cette guerre était le résultat d’un conflit dynastique aussi compliqué que l’intrigue des Rois Maudits (ou de Game of Thrones). Il trouve la mort durant la bataille de Bosworth, près de Leicester, ce qui fait de lui le dernier souverain d’Angleterre à périr au combat. Roi bossu (on sait désormais qu’il avait une scoliose prononcée), Richard III traîne une mauvaise réputation grandement due à la pièce de Shakespeare, écrite un siècle après sa mort, qui lui est consacrée. Ses défenseurs contemporains mettent en avant ses réalisations, dont, entre autres, l’introduction du concept de présomption d’innocence dans la loi anglaise. Ce qui a propulsé de nouveau Richard III sur le devant de la scène n’est cependant pas un procès en réhabilitation ou un festival de théâtre, mais la découverte il y a deux ans, lors de fouilles, de sa sépulture, sous un parking de Leicester. Les analyses ADN effectuées sur des membres actuels de sa lignée ont confirmé qu’il s’agissait bien du roi, et la forme de sa colonne vertébrale (scoliose prononcée) était également un indice. Ses os ont parlé, et ont également permis de reconstituer les coups qui l’ont tué, très probablement une hallebarde le heurtant à la base du crâne.

Des dents, un fémur, une côte : les os ont parlé

Aujourd’hui, pourtant, il n’est plus question de son règne ni de sa mort, mais de son régime alimentaire dans une étude qui vient d’être publiée dans le Journal of Archaeological Science. Une équipe de l’université de Leicester, emmenée par le Dr. Angela Lamb, a étudié les os et les dents du défunt roi, ce qui a permis de mieux connaître le mode de vie de Richard III. Les scientifiques ont examiné les changements dans la chimie des dents, d’un fémur et d’une côte, qui se sont développés et reconstitués à différentes époques de la vie du roi. Les dents, qui se forment dans l’enfance, ont pu confirmer que Richard avait déménagé à l’âge de sept ans, pour vivre dans une région avec davantage de pluies, des rochers plus anciens (probablement dans les environs du Pays de Galles), et avec un régime alimentaire différent en comparaison avec son lieu de naissance, à Fotheringay Castle. Le fémur, qui représente en moyenne les 15 années avant sa mort, montrent qu’il est retourné dans l’est de l’Angleterre étant adolescent, et qu’il se nourrissait alors comme la haute aristocratie de son époque. Les côtes, enfin : elles se renouvellent asses vite, et ne représentent que 2 à 5 ans avant la mort. C’est dans celles-ci que se trouvait le changement le plus remarquable de son régime alimentaire. Les différences dans la chimie des côtes auraient pu s’expliquer par un déménagement, mais cela contredirait les données historiques, il devait donc y avoir plutôt un changement dans l’alimentation. Cette différence, selon l’étude, suggère une plus grande consommation de poissons d’eau douce et d’oiseaux, qui constituaient des mets assez courants lors des banquets royaux de l’époque. On n’y mangeait pas de dinde (importée bien plus tard d’Amérique), mais des oiseaux qui ont aujourd’hui disparu de nos tables : le cygne, le héron, la grue, l’aigrette… La chimie de ses os révèle également qu’il buvait davantage de vin tout au long de son court règne (à peine plus de 2 ans). Ces éléments démontrent bien que la nourriture dans l’Angleterre médiévale, la nourriture était liée au statut social.

Un enterrement royal le 26 mars 2015

Pour parvenir à de tels résultats, ils ont mesuré les isotopes de certains éléments-clé, comme le strontium, l’azote, l’oxygène, le carbone et le plomb. Par exemple, le changement dans les isotopes d’azote alors que le carbone reste identique suggère l’accroissement de la consommation de nourritures plus riches. L’accroissement des valeurs des isotopes d’oxygène à la fin de sa vie montrerait l’augmentation de sa consommation de vin. Le fait que les déplacements du roi soient bien connus (l’histoire en a gardé la trace) a donné des éléments stables de comparaison, un cas très rare pour de telles études… Maintenant que le roi Richard a livré ses secrets, il va pouvoir être de nouveau enterré. Même si la polémique sur le lieu de sa sépulture (d’aucuns voudraient voir ses restes transférés à York, siège de sa maison), n’est pas totalement éteinte, la décision est prise, son tombeau est préparé : il se situera dans la cathédrale de Leicester, et ses secondes funérailles prévues pour le 26 mars 2015.   Crédit image : Portrait de Richard III, auteur inconnu (National Portrait Gallery, Londres, via Wikimedia Commons) Continue reading

Y a-t-il des fossiles sur la Lune?

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Une étude montre que des fossiles de microbes terrestres contenus dans des météorites pourraient maintenant se trouver sur la Lune

  IMG_0174c.pngQue se passerait-il si un morceau de rocher contenant des fossiles microscopiques était propulsé dans l’espace et heurtait la Lune? C’est la question que se sont posée des chercheurs de l’université du Kent (Grande-Bretagne). Bien décidés à trouver la réponse, ils ont réduit en poudre des rocs contenant des fossiles, ont mélangé cette poudre à de l’eau avant de la congeler pour créer la réplique d’un météoroïde. Ils l’ont ensuite placé dans un canon à gaz pour simuler l’impact qui se produirait s’il avait été propulsé en orbite, avait connu une décélération rapide avant de s’écraser à grande vitesse sur la Lune. Le résultat est parlant : les fossiles étaient toujours présents après l’impact. Il est donc possible que si des météorites terrestres sont présentes sur la Lune, de la même manière que l’on trouve aujourd’hui des météorites lunaires sur la Terre, alors elles peuvent contenir des témoignages du passé de notre planète. C’est en tout cas ce qu’explique l’étude qu’ils viennent de publier dans la revue spécialisée Philosophical Transactions of the Royal Society. Les scientifiques ont testé les impacts à des vitesses allant de 0,4 à 5 kilomètres/seconde. Selon Popular Science, y aurait cependant un léger problème : au-dessus de 1kilomètre/seconde de vitesse d’impact, les fossiles se brisent en minuscules éclats, et plus la vitesse d’impact augmente, plus les morceaux sont petits. Or, lorsque des météoroïdes entrent dans l’atmosphère terrestre, leurs vitesses sont de l’ordre de 11 à 72 km/s. Il est donc improbable que des fossiles provenant éventuellement d’autres planètes puissent être découverts sur Terre (par exemple des fossiles d’éventuelles vies martiennes). A moins que le fait d’être à l’intérieur de morceaux de rocher au lieu de glace comme dans l’expérience ne change drastiquement la donne… En revanche, pour ce qui concerne la Lune, la théorie développée pourrait tenir la route. Les prochaines missions lunaires trouveront peut-être des traces de fossiles terrestres microscopiques à sa surface…     Crédit photo : l’astre nocturne pourrait héberger des fossiles de microbes terrestres (photo JPF)

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