Les naines brunes, étoiles ratées ou super-planètes ?

BrownDwarfAurora.jpg
BrownDwarfAurora.jpgElles sont plusieurs fois plus massives que Jupiter, mais pas encore assez pour être un soleil. Une naine brune, c’est un objet un peu à part, qui semble n’entrer dans aucune catégorie, ni vraiment étoile, ni vraiment planète. Lorsque les nuages de gaz interstellaire se condensent, ils s’effondrent alors pour former une proto-étoile… mais si la masse qui s’est rassemblée est insuffisante, l’objet ainsi formé n’a pas la possibilité de démarrer la fusion nucléaire de l’hydrogène, qui en ferait une étoile. En revanche, il est assez gros pour émettre beaucoup d’énergie, et parfois même de connaître des réactions de fusion du deutérium (isotope plus rare de l’hydrogène), qui “brûle” souvent déjà dans les proto-étoiles. La formation des naines brunes a bien entendu amené de nombreuses questions, mais une étude publiée au début du mois dans l’Astrophysical Journal a démontré qu’elles se forment bien selon le même procédé qui produit les étoiles, juste à une échelle légèrement inférieure. Ainsi, en étudiant un échantillon de naines brunes en formation, à 450 années-lumière de nous dans la constellation du Taureau, une équipe internationale d’astronomes a pu constater que certaines de ces naines brunes émettaient des jets de matière, de la même manière que les étoiles en formation. “C’est la première fois que de tels jets ont été trouvés en provenance de naines brunes à un stade aussi précoce de leur formation, et cela montre qu’elles se forment d’une manière similaire aux étoiles“, explique Oscar Morata, de l’institut d’astronomie et d’astrophysique de l’Académia Sinica (Taiwan) et co-auteur de l’étude. La naine aux aurores L’affaire serait donc entendue en faveur des étoiles ratées… Seulement voilà, une autre étude, publiée aujourd’hui dans la revue Nature, tendrait à montrer que les naines brunes se comportent davantage… comme des planètes. En observant l’une d’entre elles située à 20 années-lumière de nous, une équipe de chercheurs a pu y décerner… des aurores polaires, tout comme on peut en observer sur notre bonne vieille Terre. Les aurores en question sont le résultat de l’interaction de particules chargées (provenant en général du Soleil) avec le champ magnétique d’une planète. Celui-ci va accélérer les particules, qui vont alors entrer en collision avec des atomes de gaz de l’atmosphère et produire ainsi les effets spectaculaires que l’on peut observer aux latitudes suffisamment proches des pôles. Pour le Dr Stuart Littlefair, de l’université de Sheffield (Angleterre), co-auteur de l’étude, “les naines brunes comblent l’écart entre les étoiles et les planètes, mais ces résultats sont davantage une preuve que nous devons penser aux naines brunes comme à des “planètes étoffées” que comme des “étoiles ratées“. Pour l’astrophysicien, “nous savons déjà que les naines brunes ont des atmosphères nuageuses, comme les planètes, (même si les nuages des naines brunes sont faits de minéraux qui forment des roches sur Terre), et maintenant nous savons qu’elles ont aussi de puissantes aurores polaires“. Alors, étoile qui a manqué de punch, ou planète qui aurait fait un peu trop de gonflette ? Il semblerait bien d’après ces deux études qu’une naine brune se forme comme une étoile et se comporte ensuite comme une planète…. Crédit image : vue d’artiste d’une aurore polaire sur une naine brune (Chuck Carter and Gregg Hallinan, Caltech) Continue reading

Les taches blanches de Cérès dans la brume

pia19568_main-1041.jpg
  pia19568_main-1041.jpg Le mystère des taches blanches de Cérès est aujourd’hui en plein brouillard… au sens propre du terme. La sonde Dawn, en orbite autour de la planète naine depuis le 6 mars, a transmis de nouvelles données qui vont peut-être permettre d’élucider un mystère à rebondissements. La revue Nature vient en effet de révéler les éléments d’une intervention de Christopher Russell, spécialiste en sciences planétaires et principal chercheur de la mission Dawn, lors d’une réunion dans l’un des centres de recherche de la NASA mardi. Selon Nature, de la brume apparaîtrait en effet de temps à autre au-dessus de l’un des sites contenant des taches blanches. La brume en question apparaîtrait aux alentours du midi local, revient de manière régulière, et suggère que de la glace d’eau pourrait bien être sublimée (passage direct de l’état de glace à l’état de vapeur) en cet endroit. Cela amènerait une réponse aux interrogations en suspens : si certains pensent depuis longtemps que les taches blanches sont composées de glace, les autres options (dont la présence de certains sels qui réfléchiraient la lumière de manière similaire) n’étaient pas pour autant écartées. L’eau ne manquerait pourtant pas sur Cérès, que ce soit à l’état de glace ou (peut-être) liquide : elle représenterait entre 25 et 40% de sa masse, et à la lumière de la découverte de cette “brume” pourrait également confirmer certaines thèses allant dans le sens d’un monde actif géologiquement. On n’en est pas encore à détecter des cryovolcans, mais une Cérès active aurait plus de chance d’avoir de l’eau liquide… et d’être potentiellement favorable à la vie. “Dans quelque endroit où l’on ait un potentiel pour de l’eau liquide, on a le potentiel pour la vie”, déclarait récemment à New Scientist un chercheur de l’US Geological Survey, Timothy Titus. “Cérès pourrait être un objectif astrobiologique extrêmement excitant”. Alors que Dawn vient d’entamer sa descente en spirale qui la conduira en août à sa troisième orbite d’observations scientifiques (à moins de 1500 kilomètres d’altitude), il apparaît que si les mystères de Cérès ne sont pas encore révélés, ils pourraient bientôt recevoir un nouvel éclairage… venu de la brume. Crédit photo : La plus brillante des “taches blanches” de Cérès, photographiée par Dawn le 6 juin à 4400 km d’altitude  (NASA/JPL-Caltech/UCLA/MPS/DLR/IDA)   Continue reading

Le système solaire a-t-il un “jumeau” ?

eso1529a.jpg
eso1529a.jpg Lorsqu’on examine les systèmes comportant des exoplanètes que l’on a répertoriés jusqu’ici, on remarque principalement des configurations comprenant des géantes gazeuses sur des orbites très proches de leur étoile. On a aussi trouvé des systèmes avec des “super-terres”, planètes rocheuses de plusieurs fois la taille de la Terre, un type qui n’existe pas dans notre propre système solaire. La configuration de ce dernier, avec une série de planètes rocheuses (dont certaines en zone habitable) suivies d’une série de géantes gazeuses plus éloignées n’a pas encore pu être observée dans son intégralité. Alors, va-t-on bientôt trouver d’autres étoiles comme le Soleil, avec autour une ceinture de planètes qui soit un peu similaire à ce que nous avons ici ? C’est peut-être chose faite avec la découverte effectuée par une équipe internationale à l’Observatoire Européen Austral (ESO). Au centre de leurs recherches, une étoile dans la constellation de la Baleine, à 186 années-lumière. HIP 11915, comme elle a été répertoriée, est du même type que le Soleil, et doit avoir peu ou prou le même âge. Ils ont pu détecter autour de cette étoile une planète similaire à Jupiter… et située pratiquement à la même distance que Jupiter l’est du Soleil. De plus, la composition de HIP 11915 est très proche de celle du Soleil, ce qui amène les scientifiques à penser qu’il pourrait y avoir également des planètes rocheuses à proximité de l’étoile, tout comme chez nous. De plus, la présence d’un Jupiter éloigné peut avoir le même rôle que dans le système solaire : protéger les planètes intérieures contre nombre de petits astéroïdes, aspirés par la gravitation de la géante gazeuse. Des théories récentes attribuent d’ailleurs à Jupiter un rôle essentiel dans l’existence même de notre bonne vieille Terre. Cela signifie-t-il que l’on a découvert le Graal des exoplanètes, le premier vrai “jumeau” de notre système solaire ? On n’en a pas encore la preuve flagrante, mais le système d’HIP 11915 serait “l’un des candidats les plus prometteurs”. “La quête d’une Terre 2.0 et d’un système solaire complet 2.0 est l’un des projets les plus excitants en astronomie”, explique Jorge Melendez, de l’université de São Paulo (Brésil), co-auteur d’un article sur cette découverte, qui doit être publié dans Astronomy & Astrophysics. “Après deux longues décennies de chasse aux exoplanètes, nous commençons enfin à voir des géantes gazeuses à longue période similaires à celles de notre propre système solaire”, s’enthousiasme Megan Bedell, de l’université de Chicago, et auteur principal de l’article. 186 années-lumière, c’est un peu loin pour une visite, mais qui sait, peut-être que les progrès dans les outils de recherche d’exoplanètes nous permettront bientôt de détecter de nombreux systèmes solaires semblables au nôtre, avec aussi des planètes de type terrestre en zone habitable, et dont certains seront à portée de nos moyens d’exploration dans un futur pas trop lointain… Crédit image : Vue d’artiste de la “jumelle” de Jupiter dans le système HIP 11915 (ESO/M.Kornmesser) Continue reading

Le système aux cinq soleils

Quintimage.jpg
Quintimage.jpgC’est un petit point dans la constellation de la Grande Ourse, mais si l’on pouvait franchir les 250 années-lumière qui nous séparent de lui, on observerait un spectacle peu commun : un système stellaire composé de cinq étoiles, dont deux binaires. Si les étoiles doubles, voire triples, sont légion dans la galaxie, ce n’est pas le cas des systèmes quintuples, et celui-ci vaut vraiment un coup de projecteur virtuel. Comme c’est très fréquemment le cas, ce système particulier n’a pas de nom, juste une désignation impossible à retenir : 1SWASP JO93010.78+533859.5, indiquant qu’il fait partie des objets étudiés par le programme Super Wasp, basé aux Canaries et en Afrique du Sud, et dont l’objectif est la découverte d’exoplanètes. Pour l’instant, on n’a pas découvert de planète autour de l’une (ou de plusieurs) de ces cinq étoiles, mais ce n’est pas pour autant une hypothèse à exclure. Marcus Lorh, de l’Open University, qui présente aujourd’hui les données sur le système quintuple devant le congrès de la société royale d’astronomie britannique, à Llandudno (Pays de Galles), explique qu’il n’y a “pas de raisons qu’il ne puisse pas avoir de planètes en orbite autour de chacune des paires d’étoiles”. Sur de tels mondes, un observateur aurait droit à un ciel à en faire pâlir d’envie Luke Skywalker et sa Tatooine aux deux soleils : il pourrait y avoir jusqu’à cinq soleils d’éclats différents illuminant le ciel. “Les jours auraient des durées variant de façon spectaculaire”, assure Marcus Lorh. La nuit ne pourrait y exister que lorsque les cinq étoiles seraient du même côté de la planète, ce qui ne surviendrait pas tous les jours… A l’heure actuelle, on a ”seulement” détecté les cinq étoiles. Elles valent pourtant le détour! Elles forment notamment deux couples d’étoiles binaires, dont la caractéristique est qu’il s’agit de binaires à éclipses… Cela signifie que vues de la Terre, une étoile passe devant l’autre de manière régulière, montrant ainsi que le plan de l’orbite de ce soleil autour de son compagnon est orienté dans notre direction. Conclusion, les deux binaires partagent le même plan de révolution, ce qui indique qu’elles sont probablement issues du même nuage de poussières et de gaz : elles seraient nées dans le même “berceau”… La première paire est composée de deux étoiles un peu plus petites que notre Soleil, séparées par une distance de trois millions de kilomètres (un peu plus de deux fois le diamètre du Soleil), effectuant une rotation en un jour et 8 heures environ. Le second couple est ce que l’on nomme une “binaire à contact” : deux étoiles tellement proches qu’elles partagent une partie de leur atmosphère externe. Ces deux-là ont une période de rotation de moins de six heures, et le couple entier est à peine plus grand que le Soleil. Les deux couples se situent à 21 milliards de kilomètres l’un de l’autre, soit un petit peu plus que la distance entre le Soleil et Pluton. Ils sont cependant liés gravitationnellement… de même que la cinquième étoile, qui se situe à deux milliards de kilomètres de la première binaire. On le voit, ce n’est pas un système simple, mais cela montre que l’univers est doté de quelques petites particularités comme celle-ci. En plus, les astronomes amateurs dotés de petits télescopes devraient même pouvoir observer les variations de luminosité provoquées par les éclipses des binaires… Crédit photo: Vue d’artiste du système quintuple 1SWASP JO93010.78+533859.5. Les orbites les plus petites ne sont pas à l’échelle, sinon on ne les distinguerait pas, mais les images éclatées, elles, sont à l’échelle. (Marcus Lohr) Continue reading

Un origami robot pour éclairer les cratères lunaires ?

stoica_phaseii_2015.jpg
stoica_phaseii_2015.jpgLa vie d’un véhicule spatial n’est pas de tout repos. Pour les rovers, ces véhicules qui sont parachutés sur d’autres planètes afin de les explorer en roulant, il faut être tout-terrain, mais aussi avoir une certaine résistance aux climats extrêmes. Leurs délicats circuits doivent notamment être protégés des grands froids, et même chauffés…  Alors s’il faut explorer un cratère lunaire perpétuellement dans l’ombre et où les températures sont pour le moins glaciales, il peut être bon d’avoir quelques rayons de soleil pour éclairer son chemin et lutter contre le froid. C’est là qu’intervient le projet Trans-Formers d’Adrian Stoica, ingénieur au Jet Propulsion Laboratory (NASA), et qui vient d’obtenir l’un des prix décernés par l’agence spatiale américaine afin d’approfondir un concept (NIAC phase II). Son projet est un peu inspiré des robots transformers, qui changent de forme selon les besoins. Sauf que dans ce cas-là, il ne s’agit pas de robots géants se transformant en voitures, mais de grands panneaux solaires à géométrie variable ressemblant un peu à des origami japonais. Ils peuvent être transportés par un rover sur le bord d’un profond cratère lunaire, par exemple. Là, ils se déploient et prennent la forme optimale pour aller chercher le rayonnement solaire, quelle que soit la position de l’astre du jour. Il le reflète alors directement à l’intérieur de la zone obscure, traçant un chemin de lumière pour que le rover puisse descendre confortablement, recevoir de l’énergie solaire et effectuer son travail d’exploration et de collecte d’échantillons. Le Trans-Former va changer de forme et s’adapter à la fois à l’ensoleillement, à la configuration des lieux et au chemin parcouru par le rover. La chaleur va également créer un véritable micro-environnement pour le robot explorateur. En plaçant plusieurs de ces Trans-Formers autour d’un cratère du pôle sud de la Lune, par exemple, ce réseau serait capable de fournir lumière et chaleur sans interruption, du fait qu’à ces latitudes il y a toujours un point du bord du cratère qui reçoit de la lumière solaire. On peut également imaginer que dans le futur un tel réseau pêrmettrait d’installer les équipements nécessaires à l’exploitation de la glace d’eau présente dans ces cratères polaires. Cette possibilité est importante, car cela permettrait d’installer des équipements de production d’hydrogène et d’oxygène qui seraient alors utilisés comme carburant pour les vaisseaux spatiaux. De quoi mettre en place sur la Lune une vraie “station service” pour l’exploration d’autres planètes…  Outre les cratères lunaires, ce système permettrait aussi d’aller voir ce qui se passe dans les corridors volcaniques lunaires, les cavernes martiennes ou encore d’effectuer des missions dans les régions polaires de Mercure. Après avoir bénéficié de financements de la phase I du NIAC, Adrian Stoica a donc été distingué pour la phase II, qui va lui permettre d’approfondir son idée. Et préparer le futur des bases lunaires ? Crédit image : le projet Trans-Formers (Adrian Stoica / NASA) Continue reading

Des micro-organismes vivent-ils sur les comètes ?

Comet CG 3 August 2014.jpg
Comet CG 3 August 2014.jpgOn évoque souvent les comètes comme celles qui ont apporté les “briques de la vie” et l’eau sur Terre, mais qu’en est-il des organismes vivants ? Sont-ils aussi présents sur ces grosses boules de glaces et poussières gélées ? Deux chercheurs britanniques présentent aujourd’hui une théorie allant dans ce sens lors du colloque de la société royale d’astronomie,  qui se tient à Llandudno (Pays de Galles). Le Dr Max Wallis, de l’université de Cardiff, et le Pr. Chandra Wickramasinghe, du Buckingham Centre for Astrobiology, estiment que la forme et la composition de certaines caractéristiques de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, ou “Tchouri” (notamment sa “croûte” sombre riche en matériaux “organiques” complexes et ses lacs gelés) peuvent s’expliquer par le mélange de glace et de matériaux organiques qui se consolident lorsque le Soleil réchauffe la comète à des températures compatibles avec l’existence de micro-organismes. Les données transmises par la sonde européenne Rosetta sembleraient indiquer que “des micro-organismes sont impliqués dans la formation de structures glacées, la prépondérance d’hydrocarbures aromatiques et celle de la surface très sombre”, précise au Guardian le professeur Wickramasinghe. Certains organismes, notamment ceux contenant des molécules anti-gel pourraient s’adapter aux conditions existant sur la comète, et ces scientifiques pensent qu’ils pourraient être actifs à des températures allant jusqu’à moins 40 degrés. Des températures qui ont été atteintes dans certaines zones ensoleillées de Tchouri depuis le mois de septembre… et ont augmenté depuis, ce qui pourrait accroître l’activité de ces formes de vie. “Rosetta a déjà montré que la comète ne doit pas être vue comme un corps inactif et profondément gelé, mais héberge des processus géologiques et pourrait être plus hospitalière à la vie microscopique que nos régions Arctique ou Antarctique”, assure le Dr. Wallis. Pour ces deux scientifiques, les micro-organismes en question pourraient vivre dans la glace et la “neige” des failles de la comète. Ils survivraient aux grands froids lorsque celle-ci s’éloigne trop du Soleil, et redeviendraient actifs dès que la température le permet, à l’approche de notre étoile. Si leur théorie est exacte, cela apporterait de l’eau au moulin de ceux qui pensent que la vie n’est pas apparue sur Terre, mais y a été apportée par les comètes… Crédit photo : La comète 67P/Churyumov-Gerasimenko prise par la sonde européenne Rosetta à 285 kilomètres d’altitude (ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA) Continue reading

Des micro-organismes vivent-ils sur les comètes ?

Comet CG 3 August 2014.jpg
Comet CG 3 August 2014.jpgOn évoque souvent les comètes comme celles qui ont apporté les “briques de la vie” et l’eau sur Terre, mais qu’en est-il des organismes vivants ? Sont-ils aussi présents sur ces grosses boules de glaces et poussières gélées ? Deux chercheurs britanniques présentent aujourd’hui une théorie allant dans ce sens lors du colloque de la société royale d’astronomie,  qui se tient à Llandudno (Pays de Galles). Le Dr Max Wallis, de l’université de Cardiff, et le Pr. Chandra Wickramasinghe, du Buckingham Centre for Astrobiology, estiment que la forme et la composition de certaines caractéristiques de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, ou “Tchouri” (notamment sa “croûte” sombre riche en matériaux “organiques” complexes et ses lacs gelés) peuvent s’expliquer par le mélange de glace et de matériaux organiques qui se consolident lorsque le Soleil réchauffe la comète à des températures compatibles avec l’existence de micro-organismes. Les données transmises par la sonde européenne Rosetta sembleraient indiquer que “des micro-organismes sont impliqués dans la formation de structures glacées, la prépondérance d’hydrocarbures aromatiques et celle de la surface très sombre”, précise au Guardian le professeur Wickramasinghe. Certains organismes, notamment ceux contenant des molécules anti-gel pourraient s’adapter aux conditions existant sur la comète, et ces scientifiques pensent qu’ils pourraient être actifs à des températures allant jusqu’à moins 40 degrés. Des températures qui ont été atteintes dans certaines zones ensoleillées de Tchouri depuis le mois de septembre… et ont augmenté depuis, ce qui pourrait accroître l’activité de ces formes de vie. “Rosetta a déjà montré que la comète ne doit pas être vue comme un corps inactif et profondément gelé, mais héberge des processus géologiques et pourrait être plus hospitalière à la vie microscopique que nos régions Arctique ou Antarctique”, assure le Dr. Wallis. Pour ces deux scientifiques, les micro-organismes en question pourraient vivre dans la glace et la “neige” des failles de la comète. Ils survivraient aux grands froids lorsque celle-ci s’éloigne trop du Soleil, et redeviendraient actifs dès que la température le permet, à l’approche de notre étoile. Si leur théorie est exacte, cela apporterait de l’eau au moulin de ceux qui pensent que la vie n’est pas apparue sur Terre, mais y a été apportée par les comètes… Crédit photo : La comète 67P/Churyumov-Gerasimenko prise par la sonde européenne Rosetta à 285 kilomètres d’altitude (ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA) Continue reading

Saturne fait plus jeune que son âge : grâce aux pluies d’hélium ?

299665main_pia11141a-516.jpg
299665main_pia11141a-516.jpgOn ne fait pas toujours son âge, et c’est également vrai pour les planètes. Prenez Saturne, par exemple. Elle devrait avoir dans les quatre milliards et demi d’années, comme ses voisines et surtout sa grande soeur Jupiter. Pourtant, pourrait sembler avoir deux bons milliards d’années de moins, en tout cas selon certaines observations. Les planètes tendent en effet à se refroidir avec le temps… mais Saturne, elle, serait beaucoup plus chaude qu’elle ne le devrait si elle avait effectivement le même âge que Jupiter. Bien sûr, il n’est pas question d’envisager qu’elle soit réellement plus jeune. On a d’ailleurs des éléments probants allant dans le sens inverse : récemment, des mesures de poussières réalisées par la sonde Cassini montraient que les anneaux de Saturne auraient été formés en même temps que la planète… il y a 4,4 milliards d’années. Alors, quel est le secret de jouvence de Saturne ? Les pluies d’hélium ont été montrées du doigt depuis déjà quelques années : dans les conditions de température et de pression régnant sur la géante gazeuse, l’hydrogène moléculaire (H2), qui est normalement un isolant, va se séparer en atomes d’hydrogène, créant ainsi un mélange conducteur d’électricité. En se mêlant à l’hélium, lui aussi très présent dans l’atmosphère saturnienne, il produirait alors une réaction provoquant des pluies d’hélium… et créant ainsi une source d’énergie qui expliquerait la différence de température constatée. Cette explication est cependant discutée.  Ainsi, voici deux ans, des chercheurs français ont émis l’hypothèse que les seules pluies d’hélium n’étaient pas suffisantes à expliquer l’anomalie de la température saturnienne. Ils fournissaient cependant une explication complémentaire, détaillée dans un article du journal Nature : ce serait un phénomène de “convection en couches”, similaire à ce qui se passe dans les océans terrestres lorsque on trouve des couches d’eau de température et de salinité différentes. Cette convection pourrait alors “ralentir significativement le refroidissement de la planète”. Aujourd’hui, les pluies d’hélium reviennent sur le devant de la scène avec une observation directe de la transformation de l’hydrogène par un générateur de rayons X géant, la Z Machine. Jusqu’ici, le phénomène demeurait en effet tout théorique, mais désormais, il a pu être recréé en laboratoire, montrant qu’à certaines densités (comme celles présentes dans l’atmosphère de Saturne), l’hydrogène gazeux (H2) peut bel et bien se transformer en hydrogène atomique (H). Les résultats de l’expérience sont expliqués dans un article publié dans Science. Cela ne confirme cependant pas encore si les pluies d’hélium pourraient être suffisantes (ou non) pour expliquer les différences de température. “Les résultats doivent être introduits dans les modèles astrophysiques, pour voir si la transition, maintenant confirmée, vers l’hydrogène atomique pourraient décroître de manière significative la différence d’âge entre les deux planètes géantes”, explique Mike Desjarlais, chercheur aux laboratoires Sandia et co-auteur de l’étude. Reste que la confirmation expérimentale du mécanisme conduisant aux “pluies d’hélium” est déjà un grand pas… Crédit photo : Saturne et ses anneaux (NASA/JPL/Space Science Institute) Continue reading

En direct de la planète sombre

base (1).jpg
Le site de diffusion d’événements astronomiques Slooh propose d’observer en direct le transit de “Dark Knight” dans la nuit de samedi à dimanche   base (1).jpg Crédit image : Plus noir que du charbon, ce “Jupiter chaud” est plus sombre qu’aucune autre planète connue. (David A.Aguilar/CfA) On l’a surnommée “Dark Knight”, le “chevalier noir”. TrES2-b a également été qualifiée de “planète connue la plus sombre de l’univers”. Située à environ 700 années-lumière de nous, dans la constellation du Dragon, elle est deux fois plus grosse que Jupiter et tourne autour de son étoile à une distance d’environ un dixième de celle entre Mercure et notre Soleil. Elle fait donc partie de la catégorie que les astronomes ont baptisée “Jupiters chauds”, des géantes gazeuses orbitant très près de leur étoile. Autre élément intéressant, cette dernière, TrES2, est une étoile binaire, avec un compagnon beaucoup moins brillant. Mais ce qui caractérise TrES2-b et qui lui a valu son surnom est le peu de lumière qu’elle reflète. “Elle est considérablement moins réfléchissante que de la peinture acrylique noire”, expliquait David Kipping, du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, qui avait dirigé une étude sur cette planète en 2011. “Elle n’est pas complètement d’un noir d’encre”, précise David Spiegel, de l’université de Princeton, co-auteur de l’article. “Elle est si chaude qu’elle émet une faible lueur rouge, un peu comme un charbon ardent ou les résistances d’un four électrique”. Les scientifiques ne savent pas encore ce qui explique cet aspect sombre. Il s’agit très probablement d’un élément présent dans l’atmosphère de la planète, qui est portée à quelques 980 degrés par les radiations de son soleil si proche. Les astrophysiciens pensent qu’il y a des éléments chimiques, comme du sodium, du potassium vaporisés, ou de l’oxyde de titane gazeux, mais aucun de ces éléments n’explique vraiment cette noirceur extrême. “Il semble qu’il manque quelque chose à notre “liste d’ingrédients” de ce qui compose l’atmosphère de cette planète”, reconnaissait David Spiegel. Dans la nuit de samedi à dimanche, à 2h du matin heure française, le site d’événements astronomiques Slooh va proposer un direct de l’observation de Dark Knight, grâce à un partenariat conclu avec l’institut d’astrophysique des Canaries (IAC). Vous n’aurez bien entendu pas de zoom sur la surface de la planète, elle est beaucoup trop éloignée. Tout ce qui pourra se voir, ce sont les mesures de brillance de l’étoile, et la variation de sa lumière lorsque Dark Knight passera devant elle. Pour ceux qui comprennent l’anglais, des commentaires de spécialistes sont prévus durant ce passage en direct, qui devrait durer environ une heure et demie.   Vous pouvez aussi suivre le direct ici (Courtesy of Slooh)   Continue reading