Après le vote utile, le vote subtil ?


Sujet d’actualité et de société, la question du “comment bien voter ?” a émergé dans la presse et sur de nombreux sites web ces dernières semaines. J’arrive un peu tard sur la question et je m’excuse d’avance de la possible redondance de mes propos avec ceux de certains blogueurs amis et très talentueux que je vous conseille vivement d’aller lire. Voici donc une petite revue (de Web) sur le sujet…
Le paradoxe de Condorcet
Au départ cette question n’est pas posée par les plus grand partis politiques mais par des scientifiques et des sociologues sans doute “titillés” depuis longtemps par la paradoxe de Condorcet. Je vous renvoi immédiatement à l’excellent billet paru sur “Science Etonnante” à ce sujet.
Pour résumer en une phrase, le problème du système de vote uninominal est qu’il n’aboutit pas forcement à l’élection du candidat le plus consensuel. C’est à dire celui préféré par la population dans son ensemble.
Ainsi il est probable que beaucoup d’électeurs ne se retrouvent pas complètement dans le résultat d’une élection, obligés de désigner le moins mauvais, ou de voter “utile” et non par conviction.  Et cela a de nombreuses conséquences sur la vie politique et sociale, notamment le clivage et l’alternance gauche-droite (voir le dossier podcast science à ce sujet), ou encore les votes contestataires en faveur des extrêmes.
Du noir et blanc à la couleur…
Voter pour X, ou pour Y, manque un peu de subtilité, je pense que tout le monde peut s’en rendre compte. Du coup, les penseurs pensent, les chercheurs cherchent, et proposent ! De nombreuses alternatives ont étés testées grandeur nature dans des bureaux de vote ou sur internet. En voici quelques une en vrac:
  • 1) Le vote par approbation: 
    On entoure, sur une liste de candidats, ceux que l’on approuve (sans limitation). Celui qui recueille le plus de “like” gagne l’élection. Une sorte d’applaudimètre géant… testé en  2007 notamment par le centre d’analyses stratégique (qui dépend du 1er ministre) rapport ici.
     [Une application du vote par approbation ? Pollice Verso – 1872 – Tableau de Gérôme ]
  • 2) Le vote par note. 
    Chaque candidat reçoit une note (-2, -1 , 0, 1 ou 2), celui qui obtient la meilleure note est élu. L’avantage de ce système est qu’il permet de “pénaliser” directement  les candidats “extrêmes”.  Voir l’excellent site “vote de valeur” qui a testé le dispositif pour ses élections et présente un excellent dossier (Merci à Marie pour le lien, et l’idée de billet !).
  • 3) Le jugement majoritaire. 
    Là encore les candidats reçoivent une appréciation ou une note et on détermine la note la plus souvent obtenue par le candidat (pas la note moyenne… la médiane !). Celui qui a la médiane la plus haute remporte l’élection. Cette méthode a été testée cette année par le site Slate.fr notamment (critique du système actuel ici).
  • 4) Le vote alternatif. 
    Cette méthode est déjà utilisée en Irlande et en Australie et consiste à classer les candidats par ordre de préférence. Le candidat qui obtient majoritairement la première place est élu. Si aucun candidat n’est désigné la méthode se complexifie et l’on élimine progressivement certains bulletins en reportant leurs voies. (En 2011 en Irlande il a ainsi fallu 4 décomptes). Cette méthode est testée en France sur le site: vote au pluriel.org

Voilà pour un premier tour d’horizon, d’autres exemple ou application (notamment à la télé) nous sont donnés par l’équipe de podcast science ici. Bien sur le problème est complexe mais tous les sites proposent beaucoup d’explications très intéressantes sur les points positifs et négatifs de chaque système. Et franchement, alors que je n’envisageais pas que les élections puissent être organisées autrement, après avoir consulté tous ces sites je me rend compte à quel point notre système est mauvais !



Ce vrai changement est-il pour maintenant  ?
Si globalement beaucoup de personnes se disent favorables, ou en tout cas “pas défavorables” à l’un ou l’autre de ces systèmes alternatifs, il y a une catégorie de la population qui ne veut probablement pas en entendre parler… les élus !
Or le problème est que pour modifier le système de vote il faut modifier la constitution ce qui réclame un vote de l’assemblée à la majorité des 2/3… Seulement voilà quand on est élu grâce à un système, pourquoi vouloir le modifier et risquer ainsi un bouleversement de l’échiquier politique.
Bref, le système, mauvais au départ, risque de s’auto-entretenir. (Ceux qui connaissent un peu la théorie des jeux verrons peut-être une analogie avec le fait de jouer “traitre” dès le premier tour au dilemme du prisonnier itéré…)
Plus largement  une modification du système de vote résout-il le problème de la représentativité de quelques  élus? Un homme politique peut-il plaire à tout le monde et pour autant être compétent? Les hommes et femmes qui exercent la politique sont des professionnel.  Le pouvoir, ou plutôt l’accession au pouvoir c’est leur métier ! N’est-ce pas un peu bizarre en soit, que d’être représenté par des professionnels de l’accession au pouvoir ?
 Et si nos représentants étaient tirés au sort ? Après tout lors d’un procès d’assises l’acquittement ou l’emprisonnement à perpétuité d’un suspect est bien décidé par un jury populaire d’une dizaine de personnes tirées au sort ! Pourquoi ne pas imaginer une assemblée de parlementaires tirés au sort ? 577 personnes inscrites sur les listes électorales; tirés au hasard à intervalles réguliers pour exercer la fonction de député; payées 13000€ par mois pour servir aux mieux les intérêts de leurs compatriotes, n’est ce pas là, la vrai démocratie: « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » disait un certain Abraham Lincoln…

A voir, à lire, à réfléchir et à partager : 

[Retour à l'accueil]
Continue reading

Mendel et le syndrome du 11/11/11


En tant que voyant extralucide je peux prédire que vous allez vous casser la jambe ce vendredi 11/11/11 à 11H. Bien sûr je ne vous le souhaite pas, mais je peux faire cette prédiction, et si elle se produit vous serez j’en suis sûr convaincu de mon pouvoir surnaturel !
Mes pouvoirs sont EnoOormes !!
Statistiquement, j’ai même de fortes chances de voir se produire un tel événement à l’échelle des 7 milliards d’humains que nous sommes. (Certes, je suis loin des 7 milliards de lecteurs réguliers, mais il faut savoir être ambitieux). Si l’on se place de votre point vue de victime, la probabilité qu’un tel accident se produise était faible, ainsi la précision de ma prédiction associée à l’émotion occasionnée par le traumatisme, fera peut-être vaciller votre raison pour laisser place à l’irrationnel voir à la bêtise !
Persuadé de l’existence de mes pouvoirs vous payerez peut-être une petite somme pour obtenir de nouvelles prédictions qui cette fois seront floues et avec une probabilité importante de se produire. Exemple: “D’ici une semaine vous rencontrerez une personne rayonnante (énergie cosmique bien sur) qui changera votre vie !” Si votre ramollissement cérébral persiste pendant la semaine qui suit vous rentrez alors dans une erreur classique : Le biais de confirmation d’hypothèse…

Autrement dit vous allez systématiquement mémoriser, et interpréter, voir provoquer des rencontres confirmant la prédiction ou l’hypothèse. Nous sommes tous plus ou moins victimes de ce biais, car envisager l’erreur n’est pas une perspective rassurante, ainsi nous cherchons toujours à confirmer nos opinions. Les créationnistes ne cherchent sur Google que des sites créationnistes qui leur donnent raison… 
Le TOC des numérologistes et des scientifiques ?
Les numérologistes sont des accros inconditionnels du biais de confirmation d’hypothèse. Chez eux c’est un vrai TOC ! Il leur faut chercher tout ce qui pourrait confirmer la particularité de certains nombres tel que 666 ou encore le 11/11… Le 11 septembre par exemple a eu droit à toutes les opérations mathématiques possibles et imaginables pour produire un message (voir le lien pour des exemples). Il en va de même avec le 11 novembre ! Par exemple saviez vous que le 11/11/11 se produit 33966 jours après l’armistice du 11 novembre 1918 signé à 11 heures. Or 33966 est un multiple de 666 (51*666, Aha !). Par conséquence, nous pouvons en déduire que cette date est évidemment diabolique (même si une armistice est un acte de paix) CQFD.
Ça ne s’arrête pas là! Car le biais de confirmation d’hypothèse touche aussi les scientifiques trop enthousiastes. En effet un 11 novembre de l’année 1856 (5+6 = 11) à 11H, le moine autrichien Gregor Mendel compte pour la première fois la descendance de pieds de petits poids hybrides. Il tente alors d’établir les règles de l’hérédité ou “lois de Mendel”, qui ont traumatisé tant de générations d’étudiants (une œuvre du malin donc). Sauf que voilà, Mendel compte mal. Les résultats qu’il publie en 1865 (6 + 5 = 11) dans “Recherches sur des hybrides végétaux” sont trop parfaits pour être vrais. C’est le statisticien Ronald Fisher qui le prouve en 1936 (3+6 = ah bah non ça marche pas)  avec un test tout simple du X². Consciemment ou pas, Mendel a donc truqué ses résultats pour qu’ils soit parfaits et correspondent au résultat attendu. Influence du “démon de la fraude scientifique” ou pas, heureusement pour sa postérité il avait raison…
[Illustration de Jul à retrouvez sur son blog: http://www.forzapedro.com/ et sur Strip Science ]
[ Merci à lui ! ]
Pour se prémunir de cette tendance malsaine à valider l’hypothèse dont le chercheur a l’intuition, il existe cependant des parades: l’expérimentation en double aveugle en est une utilisée en médecine. Pour éviter que le patient se persuade qu’il est soigné par le médicament testé, il ignore s’il a à faire à un placebo ou à un véritable médicament, il est le premier aveugle. Quand au médecin qui suit ce patient, il ignore également le traitement du patient (placebo ou médicament), c’est le deuxième aveugle. Au final une petite validation statistique départage le placebo du médicament et s’il n’y a pas de différence, alors le médicament n’est qu’une poudre de perlin pinpin. Ce qui ne l’empêche pas de se vendre (on appelle ça l’homéopathie), vous me direz c’est toujours mieux que du médiator…
 

Une seule solution … La révolution !
Terminons par une petite conclusion épistémologique. Thomas Kuhn, dans sa théorie des révolutions scientifiques (1962) pense que ce biais de confirmation est récurent en période de “science normale”. Ainsi lorsqu’un paradigme est établi, les scientifiques vont chercher à le conforter et à l’affiner plutôt que de le remettre en cause et d’avoir l’air ringard. Ce n’est que lorsqu’un certain nombre d’anomalies s’accumulent, et surtout, que lorsqu’un nouveau paradigme est proposé, que l’ancienne théorie est rejetée en bloc pour une courte période de “science révolutionnaire”. On repart alors pour une période de science “normale” jusqu’à la prochaine révolution.

Alors quoi ? La science dit-elle la vérité de façon objective grâce à une méthodologie rigoureuse ? Ou confirme-t-elle  en permanence l’idée majoritaire comme un pur produit social ? A vous de choisir…

Bonne guérison pour votre jambe…
PS: la date et l’heure de parution de cet article ne sont pas une coïncidence !
[Retour à l'accueil]
Continue reading

Visualiser le Wifi autour de nous…

Une fois n’est pas coutume, voici un article court ! Je sors un peu de mon domaine pour vous faire partager une petite trouvaille qui alimentera vos réflexions, comme elle a alimenté les miennes que je vous livre à présent !

Le projet est mené par trois norvégiens designers dans la ville d’Oslo :  Timo Arnall, Jørn Knutsen, et Einar Sneve Martinussen. Ils ont parcouru le quartier de Grünerløkka avec une sorte de règle de 4m équipée de 80 Leds, et plus le signal Wifi est fort plus le nombre de Leds allumé est important… Une sorte de Wifi-mètre visuel en quelque sorte (un peu comme les « barres » de signal sur nos portables)
Ensuite, c’est très simple, comme il fait nuit quasiment 24h sur 24 en décembre en Norvège, on enfile ses moufles et on promène le wifi-mètre en prenant une photo avec un long temps d’exposition, s’est du « light painting ».
Mais regardez plutôt cette vidéo qui dévoile tout ça en images:
Les villes sont des endroits fascinants de par leur complexité organisée et artificielle. Tout est connecté avec des réseaux visibles: routes, canalisations, câbles, mais également avec des réseaux invisibles jusqu’à présent tel que le Wifi. Bref ces artistes nous proposent ici une nouvelle vision de la ville et de notre environnement, qui plus est très esthétique. Cette omniprésence de rayonnements électromagnétiques est pour moi à la fois inquiétante, et en même temps fascinante.  Quand j’imagine qu’en me situant avec un « terminal » quelconque  n’importe où dans ces champs de lumière invisible, je peux accéder à une somme d’informations jusqu’alors jamais rassemblée dans l’histoire du monde, j’ai du mal à renoncer à l’anthropocentrisme voir au transhumanisme qui nous guette.
Face au gouffre vertigineux et fascinant de la technologie qui nous dépasse que peut-on faire ? Fuir la ville et la société ? Mon approche personnelle consiste plutôt à me rapprocher de la technologie pour essayer de la comprendre et de l’apprivoiser… ça me rassure. Et vous ?
______________
J’ai découvert ce travail grâce à l’excellentissime émission « l’œil de links » de Canal+, que vous pouvez voir en streaming une fois par quinzaine. Le principe de cette émission et de présenter des web-créations originales suggérées par des contributeurs/spectateurs, avec le plus souvent une interview des artistes de la toile. Bref, encore un argument qui démontre l’émergence d’un “web-paradigme”…
Sources :
[Retour à l'accueil]
Continue reading