La dynastie du roi des animaux

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Le lion règne sur la savane depuis plusieurs milliers d’années : où est-il
né ?
Où est né le roi de la savane, le lion (Panthera leo) ?
Comment a-t-il conquis plusieurs continents, avant de reculer sous les coups de
boutoir des chasseurs ? S’il est célébré par de nombreuses civilisations,
des empires antiques de Perse et
d’Assyrie
jusqu’au récit médiéval du Roman de Renart et plus récemment, au
Roi lion, l’histoire du grand fauve reste pourtant encore mal connu.
Une équipe internationale menée par Ross Barnett, de l’université de Durham
(Royaume-Uni), et composée de biologistes venus du Royaume-Uni, du Qatar, des
États-Unis, d’Australie, de Suède, du Danemark et de France, a donc cherché à
remonter l’arbre généalogique du lion afin de mieux comprendre son évolution au
fil des millénaires et son parcours à travers les plaines d’Afrique et
d’Asie.  L’histoire de Panthera leo est difficile à retracer pour plusieurs
raisons. Tout d’abord, les fossiles de ses ancêtres sont rares, de part les
conditions de fossilisation et de conservation souvent défavorables dans les
régions tropicales. Ensuite, plus récemment, la répartition géographique du
lion s’est restreinte sévèrement : autrefois l’une des plus vastes de tous
les mammifères terrestres (couvrant l’Afrique, l’Asie mais aussi l’Europe,
jusqu’à la Sibérie, et l’Amérique, du Pérou à l’Alaska) le grand prédateur
s’est mué en proie, et a vu de plus son habitat naturel bouleversé par l’homme.
Ainsi, on estime qu’environ un tiers des lions d’Afrique ont été décimés dans
les 20 dernières années, alors qu’il ne reste que 400 spécimens du lion d’Asie
dans la péninsule de Kâthiâwar, préservés dans le parc national et
sanctuaire faunique de Gir
. Pour l’Union internationale pour la
conservation de la nature (UICN), le lion d’Afrique est aujourd’hui une
espèce
vulnérable
et le lion d’Asie est en danger d’extinction. La photo de famille reste singulièrement vide, les “survivants” africains et
indiens ne donnant qu’une image incomplète de la répartition géographique du
fauve il y a encore quelques millénaires, voire quelques siècles. Pour résoudre
cette difficulté, les chercheurs se sont tournés vers… les squelettes
conservés dans les musées. Les réserves du Muséum national d’histoire naturelle
de Paris ont ainsi été mises à contribution : Jacques
Cuisin
, co-auteur de cette étude et responsable de la plateforme de
Préparation/Restauration du musée parisien, a sorti des collectes nationales 10
spécimens prélevés par le passé, dont certains dans des régions comme le
Maghreb et l’Iran où les lions ont aujourd’hui disparu.

Le lion, un grand voyageur

Depuis l’Afrique, le lion a conquis il y a seulement quelques milliers
d’années l’Asie, donnant naissance à cinq sous-groupes distincts.
Les chercheurs ont donc procédé à l’analyse de l’ADN mitochondrial de 14
spécimens issus de 4 musées européens (auxquels se sont ajoutés 74 séquences
génétiques déjà présentes dans des banques de données). Cette technique est
utilisée par les biologistes pour reconstituer l’histoire de populations
animales (voir par exemple leur utilisation dans le cas des souris ayant accompagné les
Vikings dans leurs périples maritimes) : en recherchant les mutations
apparues et conservées au cours du temps sur une région constituée de
1 051 paires de bases (les “lettres”
du code génétique), il est possible de reconstituer l’arbre phylogénétique
séparant ces dizaines de spécimens. Résultat : alors que les zoologues ne distinguent que deux
sous-espèces, Panthera leo leo, le lion d’Afrique, et Panthera leo
persica
, le lion d’Asie, les données issues de l’ADN mitochondrial laisse
poindre cinq groupes distincts, considérées par l’équipe de biologistes comme
des unités évolutives significatives (USE). Leur ancêtre commun serait apparu
en Afrique il y a plus de 120 000 ans. Ont suivi l’émergence de plusieurs
“branches” de l’arbre familial, jusqu’à la sortie d’Afrique, il y a “seulement”
21 000 ans, via deux excursions séparées, vers l’Inde et l’Iran. Les dates
de ces “embranchements” correspondent à des modifications de l’environnement,
et notamment à la croissance, lors de phases humides, de forêts
tropicales : celles-ci forment alors des “barrières” séparant des
populations homogènes et qui vont évoluer à partir de là de façon séparée
jusqu’à former deux USE distinctes. Ce phénomène, appelé spéciation vicariante, aurait
également été renforcé par la présence des grands fleuves africains ou que la
vallée du grand
rift
, selon cette étude. Cette nouvelle vision de la dynastie du roi des animaux pourrait avoir des
conséquences sur la stratégie de préservation de l’espèce : de deux
sous-espèces, il faudrait dorénavant en considérer cinq, et les protéger
chacune pour maintenir cette diversité génétique. En s’inspirant de la
réintroduction du tigre de Sibérie (Panthera tigris altaica) dans les
régions anciennement occupées par le tigre de la Caspienne (Panthera tigris
virgata
), aujourd’hui disparu, inspirée par des études génétiques ayant
montré leur lien de parenté proche, il serait ainsi envisageable de
réintroduire des lions dans le Maghreb à partir de son ancêtre le plus proche,
le lion d’Asie présent encore aujourd’hui en Inde. Source : R. Barnett et al., Revealing the
maternal demographic history of Panthera leo using ancient DNA and a
spatially explicit genealogical analysis
, BMC Evolutionary
Biology
, 2 avril 2014.
Crédit photo : Gerald Pfaff – Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0
DE).

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Essuyons quelques préjugés sur les éponges.

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azurespg
Souvent vues comme des animaux très simples, pour peu qu’on sache que ce sont des animaux, les éponges subissent une grande injustice. Auparavant considérées comme le « chainon manquant » entre les végétaux et les animaux, on les retrouve encore reléguées aux premiers chapitres de tout livre universitaire de zoologie qui se respecte. Et même si cette vision en échelle est (en principe) révolue, le fait que les livres de zoologie commencent généralement par les éponges pour finir par les vertébrés, participe au maintient de cette idée. Pourtant, malgré leur aspect végétatif, les éponges sont bien des animaux. Bon, déjà c’est quoi un animal ? Pour faire simple, c’est un organisme multicellulaire qui se nourrit d’autres organismes, qui produit du collagène, et avec au moins une phase mobile. Quoi, des éponges qui bougent ? Pourtant ce sont des organismes fixés sans muscles ni système nerveux. Mais la larve est ciliée et nage : on a bien une phase mobile. Tout ceci n’est pas très impressionnant mais attendez la suite…
Une belle image d’éponge, parce que les prochaines le seront moins mais plus dans le contexte… Source : éponge jolie.
Trêve de blabla sur cette injustice que doivent essuyer les éponges, j’ai déjà évoqué ça dans un article précédent (cf. article complexité, et ce sera en trame de fond de cet article, vous vous en doutez). Rentrons dans le vif du sujet, ce n’est pas une découverte récente, mais les éponges bougent bel et bien. Oui, je l’ai déjà dit, la larve ne fait pas que larver, mais l’adulte aussi peut se « déplacer » et se contracter. En fait ce comportement est connu depuis longtemps et a même été reporté par Aristote ! Mais depuis tout ce temps, malheureusement, l’origine de ces mouvements est encore mal connue. Cependant, , une étude récente parue dans le journal « Invertebrate Biology » (Bond, 2013) décrivait les mouvements d’une éponge calcaire (groupe qui n’a pas été tellement étudié) : Leucosolenia botryoides. Ça a été pour moi l’occasion de me pencher un peu sur le problème et de le partager avec vous. Mais à quoi donc peuvent ressembler les mouvements chez une éponge ? Voyez plutôt :

Impressionnant non ? Oui bon, c’est du “time-lapse”, en gros du super accéléré (pour du timelaps un peu plus esthétique, mais pas dans le sujet, vous pouvez aller voir ici).  Le mouvement est bien connu chez les autres animaux. Il est en général effectué de deux manières : le battement de cils (en milieu aquatique) ou les contractions musculaires. Chez l’éponge adulte, les cils sont connus et sont associés à des cellules appelés choanocytes. Mais autant qu’on sache (ou du moins que je le sache), ça participe aux mouvements d’eau au sein de l’éponge mais pas au mouvement de l’éponge au sein de l’eau. Et malheureusement, il n’y a pas de muscles chez les éponges… Tout ceci reste donc bien mystérieux…

Schéma général d’une éponge. Remarquez l’absence de muscles et de système nerveux. Et pourtant… Source: schéma super sérieux.
Deux théories se sont longtemps affrontées pour expliquer les contractions chez les éponges, mais pour cela il faut revoir quelques points sur la morphologie générale d’une éponge On trouve au sein du « mésohyle », la couche centrale de l’animal, des cellules en forme étoilées appelées « actinocytes ». L’extérieur de l’éponge quand à lui est couvert de cellules appelées « pinacocytes » . En fait le débat a longtemps été mené pour savoir si les actinocytes ou les pinacocytes étaient responsables des contractions. En gros si c’était une diminution de volume ou de surface ! Pour vous donner une orientation du débat, les actinocytes étaient auparavant appelés myocytes de myo = muscle… Un peu biaisé…
Coupe transversale du tissus d’une éponge. L’extérieur est en haut, l’intérieur en bas.. « ex » et « en » sont respectivement les exopinacocytes et les endopinacocytes. « ac » sont les actinocytes présents dans le mésohyle. Source: intimité de l’éponge.
Le mécanisme de contraction des éponges a été étudié en détails chez une l’espèce Tethya wilhemlma grâce à la microtomographie (une méthode récente d’imagerie) et des coupes histologiques. Ces méthodes ont l’air plus complexes que l’animal lui-même mais laissent penser que les contractions, du moins chez cette espèce sont majoritairement produites par les pinacocytes, autant au sein des canaux internes (souvenez vous que les éponges ont un ensemble compliqué de canaux) que de la couche extérieure. Alors, les actinocytes servent-ils au mouvement ou non ? Dans tout mouvement musculaire (bien qu’ici ça n’en soit pas), il faut un agoniste pour créer le mouvement, et un antagoniste, pour revenir à la position initiale. Dans ce cas ce seraient les actinocytes qui joueraient le rôle d’antagoniste, mais leur rôle resterait « auxiliaire » dans la contraction (ou plus justement, dans la décontraction).

Ces mouvements ont plusieurs fonctions supposées. ils semblent périodiques chez certaines espèces et aideraient à l’expulsion de déchets (nourriture et débris cellulaires). Dans d’autres cas ils contribueraient eut-être à empêcher les autres animaux de trop les taquiner. Il a été montré en laboratoire que lorsque l’on retirait les autres animaux, les éponges arrêtaient complètement de se contracter. Vous doutiez vous que les éponges étaient timides ?
Tethya wilhelma, une éponge qui se contracte beaucoup. En haut, le degré de contraction. En bas les animaux en situation naturelle. Ne sont-elles pas mignonnes les pitites bouboules ? Source : contraction Tethya (en haut), Tethya s’amusant (en bas).
Bon, mais jusque là on a rien de super impressionnant, l’éponge de ménage aussi se contracte quand vous la serrez, et se décontracte ensuite toute seule, rien de plus fou que ce qui traîne derrière votre évier. Ceci dit, comme je suis totalement impartial, je veux vous convaincre que les éponges c’est génial et super vif (ok, relativement… ok, c’est quand même super lent, mais au moins ça bouge). Et pour ça, je vais vous décrire deux modes de déplacement des éponges parmi d’autres.

La première est rigolote et a été décrite récemment (fin 2013, comme quoi ya encore du progrès à faire sur la connaissance de ces animaux). Beaucoup d’éponges possèdent des spicules, de petits éléments squelettiques au sein de leurs tissus. La diversité et la complexité des spicules (http://fish-dont-exist.blogspot.dk/2012/03/evolution-et-complexite-ce-nest-pas.html) est parfois étonnante, et toute personne prétendant que les éponges sont simples (animaux inférieurs, primitifs, basaux, vieux, comme vous voulez), n’a manifestement jamais eu à apprendre le nom des principaux spicules pour un examen. Mon vieux tonton zoologiste « gradiste » théorique (ça m’arrange pour le récit d’inventer un zoologiste super rétrograde) se demandera pourquoi s’emmerder à avoir plein de spicules différents quand on est un animal mou, informe et simple. Moi-même je n’ai pas la réponse, mais en plus d’avoir une fonction de soutien, il a été montré qu’ils ont une fonction de locomotion ! Ils permettraient de s’accrocher au substrat et de se tracter. Des parties entières de Leucosolenia botryoides, constituées d’une multitude de tubes, peuvent se déplacer de concert dans la même direction ! Les mouvements des spicules seraient dus à celui des cellules du mésohyle (la « chair » de l’éponge).
Leucosolenia, une éponge qui rampe grâce à ces spicules (en bas). Des bouquets entiers de tubes (visibles à haut) peuvent bouger tous ensemble ! J’espère que vous êtes ébahis ! Source: bouquet d’éponge (en haut). Ptitspicules (en bas)
L’autre manière de se déplacer est plus complexe. Elle est due à la somme du mouvement de toutes les cellules. L’éponge se déplace alors sur le substrat et au sein de l’animal, c’est un réarrangement total de l’ensemble de l’éponge qui se produit. Il a été montré que la plupart des cellules, les pinacodermes comme les cellules du mésohyle, bougent à différentes vitesses selon leur type cellulaire. Les cellules du mésohyle étant les plus mobiles. Pour résumer, les cellules du mésohyle sont les cellules principalement mobiles, et les pinacocytes sont plus contractiles. On trouve dans le mésohyle au moins quatre types de cellules ayant leur propre morphologie, leur propre répartition, et leur propre vitesse. Autant dire qu’il en faut de l’organisation pour mettre tout ça en mouvement ! Dans ce lent chaos dynamique, il y a aussi les spicules. Bien sûr, les spicules ne bougent pas eux même (ce ne sont pas des cellules, mais des structures minéralisées), mais elles sont entraînées par les cellules du mésohyle. Ces dernières se regroupent autour des spicules et les mènent vers la bordure de l’éponge. Elles s’organisent ensuite de manière parallèle et s’ accrochent au substrat (grâce à des cellules qui les entourent) et se positionnent comme des mâts de tente !

Ephydatia fluviatilis,  une des éponges d’eau douce pourtant discrète. En son sein c’est un méli-mélo de cellules bougeant dans tous les sens de manière ordonnée ! Source : l’éponge qui cache bien son jeu.
Alors, quels mécanismes permettent d’organiser tout ça vu que les éponges n’ont pas de système nerveux ? Déjà, on suppose qu’il existe des mécanismes de reconnaissance cellulaire qui permettent aux cellules d’un même type de se regrouper et de bouger de concert. Mais il y a aussi des mécanismes qui rappellent le fonctionnement du système nerveux (quand bien même il n’y en a pas). Certaines éponges (pas toutes, selon les connaissances actuelles) utilisent des potentiels d’action pour permettre la communication entre les cellules, c’est-à-dire des différences de charges électrique entre l’intérieur et l’extérieur de la cellule. Pour l’instant aucune technique ne permet d’étudier correctement ces propriétés chez les éponges. Ceci dit, certaines études d’expression fonctionnelle de gènes (où on joue avec les gènes d’éponges) montrent qu’il y a effectivement, chez l’éponge Amphimedon queenslandica, la présence de canaux à ions sélectifs. Ces canaux laissent passez uniquement certains ions ce qui régule les différences de charges. Cela laisse penser que certaines membranes cellulaires chez cette espèce auraient une spécialisation électrochimique. De plus, un grand nombre de neurotransmetteurs (les molécules impliquées dans le système nerveux) connus chez les autres animaux sont exprimés chez certaines éponges. Au final, morphologiquement, les neurones ne semblent pas exister chez les éponges, mais fonctionnellement c’est une autre histoire qu’il reste à résoudre.

Amphimedon queenslandica, l’éponge qui a presque un système nerveux…. A droite une image des embryons qu’elle incube. Parce que oui, en plus de tout ça certaines éponges accordent des soins parentaux ! Source : l’éponge presque maligne.
Alors quelles réflexions peut-on en tirer ? Quand j’ai commencé à écrire l’article (y’a un bout de temps), j’avais juste en tête de parler de mouvement chez les éponges pour montrer, comme d’hab, que tous les animaux son choupis et cool. Mais entre temps un article est paru dans la célèbre revue scientifique Science (vous pouvez aller voir sur SSAFT), ce qui est une bonne occasion de placer cet article dans une perspective évolutionniste. Pour faire simple, selon cet article paru dans Science, les éponges sont plus proches de nous que les cténaires (les cténaires sont des animaux qui ressemblent superficiellement aux méduses, mais sont organisés très différemment). Pour formuler ça autrement, les cténaires sont les animaux les plus éloignés de nous, contrairement aux éponges (le fait que les éponges soient les animaux les plus éloignés de nous est majoritairement supposé). Tout ça peut sembler obscur, mais les cténaires, en plus d’être magnifiques, ont un système nerveux et des muscles. Ça supposerait deux choses : soit les muscles et le système nerveux sont apparus de manière indépendante chez les cténaires et les autres animaux qui en sont pourvus, soit les éponges ont perdu les muscles et le système nerveux. L’article de Science favorise l’hypothèse que les éponges auraient perdu tout ça. A première vue pourquoi pas, après l’article que vous venez de lire, on peut penser que les éponges ont encore des traces de ces systèmes d’organes. Ceci dit, de mon point de vue, ça me semble étrange de perdre toutes ces structures pour retrouver de manière tordue toutes les fonctions associées. En ce sens, l’hypothèse de la réversion me semble d’autant plus tirée par les cheveux que ce sont des structures importantes, intégrées et qu’en plus la fonction est conservée chez les éponges par des mécanismes divers. Quand à la convergence du système nerveux et musculaire entre cténaires et la plupart du reste des animaux… Ça me semble très peu probable. Mais ce n’est qu’une impression personnelle. Reste que ce sont des résultats récents et qu’il faudrait attendre de voir comment la communauté scientifique interprète et commente ces résultats.
Un arbre résumant les débats récents. Ici la topologie qui a été trouvée dans le dernier article sur le sujet. Beaucoup de zoologistes auraient des choses à redire. C’est un débat passionnant et passionné. Source : l’arbre qui fait parler.
Toujours est-il qu’en biologie les apparences sont trompeuses et qu’il est dur de juger de la complexité d’un organisme qui nous est éloigné avec nos yeux d’humains. Quelle que soit la position phylogénétique des éponges, il n’y a pas de doute qu’elles ont encore beaucoup de surprises à nous dévoiler ! Que ce soit des réversions ou des conditions primitives quant à l’absence de système nerveux et musculaire, elles n’en sont pas moins mobiles et surprenantes à leur manière !
Et puis parceque j’ai mis trop de temps à publier cet article (fêtes, reprise après les vacances etc.), un article sur la sensation chez les éponges est encore paru entre temps : http://www.biomedcentral.com/1471-2148/14/3/abstract, avec une vidéo d’une éponge qui éternue…
Pour aller plus loin :

Un article très récent sur SSAFT sur la position phylogénétique des éponges (et des cténaires) : http://ssaft.com/Blog/dotclear/index.php?post/2013/12/13/De-notre-relation-avec-Bob-lEponge
Un article que j’ai écrit il y a trois ans sur les éponges sur mon blog de zoologie : http://nicobola.blogspot.fr/2010/10/les-spongiaires.html
Un article sur ce blog qui discute, en partie, de la complexité des éponges : http://fish-dont-exist.blogspot.fr/2012/03/evolution-et-complexite-ce-nest-pas.html
Bibliographie :
Bond C. 1992. Continuous Cell Movements Rearrange Anatomical Structures in Intact Sponges. The Journal pf Axperimental Zoology, 263:284-302.
Bond C. 2013. Locomotion and contraction in a asconoid calcareous sponge. Invertebrate Zoology. 132(4):283-290.
Nickel M. 2010. Evolutionary emergence of synapic nervous systems : what can we learn from the non-synaptic, neverless Porifera ? Invertebrate Biology, 129(1):1-16.
Nickel M., Scheer C., Hammel J. U., Herzen J. et Beckmann F. 2011. The contractile sponge epithelium sensu lato – body contraction of the desmonsponge Tethya wilhelma is mediated by the pinacoderm. The Journal of Experimental Zoology, 214:1692-1698.
Ryan J. F., Pang K., Schnitzler C.E., Nguyen A-D., Moreland R.T., Simmons D.K., Koch B.J., Francis W.R., Havlak P,. SmithS.A. et al. 2013. The Genome of the Ctenophore Mnemiopsis leidyi and Its Implications for Cell Type Evolution. Science, 342(6164). 
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De notre relation avec Bob l’Eponge

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Il y a (déjà) 2 ans de cela, lors d’une émission pour Podcast Science sur l’arbre du vivant, j’avais évoqué en passant une controverse concernant les relations de parenté entre les animaux (dont le pseudo chez les scientifiques est ‘métazoaires’). Je m’autocite: Quels sont donc les différents groupes de métazoaires? Et bien là,… Lire De notre relation avec Bob l’Eponge Continue reading

Il était une fois le Petit Chaperon rouge

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Plus de deux mille ans que ça dure, mais le Petit Chaperon rouge n’arrive
toujours pas à reconnaître sa mère-grand…
Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes ? C’est pour
mieux courir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grandes
oreilles ? C’est pour mieux écouter, mon enfant. Ma mère-grand, que vous
avez de grands yeux ? C’est pour mieux voir, mon enfant. Ma mère-grand,
que vous avez de grandes dents. C’est pour te manger. Et en disant ces mots, ce
méchant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea.
Ainsi se termine, de façon tragique, le conte Le
Petit Chaperon rouge
, écrit par Charles Perrault en 1698. Peut-être
êtes-vous plus familiers de la version
des frères Grimm, paru en 1857, qui s’achève par la victoire de l’enfant et de
sa grand-mère, libérées du ventre du prédateur par un chasseur ? Les contes
évoluent en effet au cours du temps, au gré de leur transmission
(essentiellement orale) d’une génération à l’autre, sous l’influence des codes
sociaux de l’époque et des interactions avec d’autres histoires venues
d’ailleurs. C’est le sujet des recherches de
Jamshid Tehrani
, anthropologue à l’université de Durham (Royaume-Uni) :
s’intéressant à la transmission de la culture au cours du temps, il a voulu
reconstituer l’arbre phylogénétique du Petit Chaperon rouge, à la
manière des biologistes qui remontent l’arbre de l’évolution des espèces. L’étude des contes se fonde sur une classification
commencée en 1910 par le finlandais Antti Amatus Aarne et complétée
successivement par l’américain Stith Thompson puis l’allemand Hans-Jörg Uther.
Les folkloristes utilisent ainsi une référence unique pour identifier les
différentes variantes d’un même conte-type : Le Petit Chaperon rouge
est désigné par la référence ATU 333, parmi la catégorie des contes merveilleux
faisant figurer un adversaire surnaturel. Cependant, de nombreux critiques
s’opposent à cette classification, à leurs yeux arbitraire et trop ethnocentrée
sur l’Europe. Ainsi, Le Petit Chaperon rouge apparaît très proche d’un
autre contre-type, Le Loup, la Chèvre et ses Chevreaux, pourtant
classé séparément par Aarne, Thompson et Uther (ATU 123) en raison de l’absence
de protagonistes humains et d’autres différences dans l’histoire (le nombre de
victimes du loup, ou encore le fait que le crime ait lieu chez la grand-mère ou
chez la victime elle-même). Pour savoir si ces deux contes-types ont été
séparés avec raison, Jamshid Tehrani a recensé 58 variantes de ces deux contes,
provenant d’Europe mais aussi du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Asie de l’Est.
Son objectif : rechercher – s’il existe – un ancêtre commun aux contes ATU 333
et ATU 123, et comparer leur évolution. L’étude des contes se fonde sur une classification
commencée en 1910 par le finlandais Antti Amatus Aarne et complétée
successivement par l’américain Stith Thompson puis l’allemand Hans-Jörg Uther.
Les folkloristes utilisent ainsi une référence unique pour identifier les
différentes variantes d’un même conte-type : Le Petit Chaperon rouge
est désigné par la référence ATU 333, parmi la catégorie des contes merveilleux
faisant figurer un adversaire surnaturel. Cependant, de nombreux critiques
s’opposent à cette classification, à leurs yeux arbitraire et trop ethnocentrée
sur l’Europe. Ainsi, Le Petit Chaperon rouge apparaît très proche d’un
autre contre-type, Le Loup, la Chèvre et ses Chevreaux, pourtant
classé séparément par Aarne, Thompson et Uther (ATU 123) en raison de l’absence
de protagonistes humains et d’autres différences dans l’histoire (le nombre de
victimes du loup, ou encore le fait que le crime ait lieu chez la grand-mère ou
chez la victime elle-même). Pour savoir si ces deux contes-types ont été
séparés avec raison, Jamshid Tehrani a recensé 58 variantes de ces deux contes,
provenant d’Europe mais aussi du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Asie de l’Est.
Son objectif : rechercher – s’il existe – un ancêtre commun aux contes ATU 333
et ATU 123, et comparer leur évolution.

D’Ésope au Père Castor…

L’arbre “phylomémétique” du conte du Petit Chaperon rouge fait
apparaître trois branches : où est le conte ancestral ?
Pour cela, l’anthropologue s’est appuyé sur des outils de biologie
évolutive, utilisée de plus en plus pour l’étude des phénomènes culturels,
comme l’essor des langues ou
des artefacts
humains
. Deux chercheurs britanniques de l’université de Cambridge parlent
à ce sujet de “phylomémétique
pour caractériser l’étude phylogénétique d’éléments non-génétiques. Cette
analyse se fonde sur la comparaison des 58 variantes sélectionnées à partir de
72 critères objectifs : la présence ou non d’un chaperon rouge (!), l’espèce à
laquelle appartient le prédateur (loup, tigre, hyène, ours ou encore
alligator), le fait que le prédateur déguise sa voix pour tromper sa future
victime, l’interrogation de cette dernière sur l’étrange apparence de sa
mère-grand, etc. Pour Jamie Tehrani, l’avantage de cette approche par rapport à
la classification ATU est qu’elle “définit des types par rapport à des
ancêtres communs supposés des contes plutôt qu’à des variantes existantes, et
utilise toutes les caractéristiques comme des preuves potentielles de leurs
relations
“. Plusieurs modèles mathématiques sont ensuite utilisés pour reconstituer à
partir de cette matrice un arbre reliant les variantes en fonction de leur
similarité. Quel que soit le modèle, l’arbre phylomémétique du Petit
Chaperon rouge
fait apparaître trois branches distinctes. La première
regroupe toutes les variantes classées ATU 333. Au début de cette branche
figure un poème rédigé en latin par un prêtre de Liège (Belgique) et
redécouvert en
1992
, puis les versions de Perrault et des frères Grimm. Si la quasi
totalité des contes de cette branche proviennent d’Europe, on y retrouve
également une version iranienne et un conte Igbo, provenant du Nigeria. Pour Jamie
Tehrani, plus qu’une possible multiplicité d’origines géographiques pour un
même conte-type, ces deux variantes extra-européennes témoignent plutôt de
traductions orales de contes venus de l’Occident. Une autre branche de l’arbre phylomémétique regroupe les variantes
européennes du conte-type ATU 123 ainsi que des contes africains, que les
folkloristes avaient plus de difficultés à classer. À la base de cette branche,
on repère deux contes d’Ésope, le fabuliste grec, dont la
trace écrite la plus ancienne date du quatrième siècle de notre ère. Enfin, la
troisième branche se limite aux contes provenant d’Asie de l’Est (Japon, Chine,
Corée, Taïwan), appelés souvent La vieille femme tigre. La
classification ATU semble donc pertinente, mais toutefois incomplète car elle
avait échoué à séparer les contes africains de leurs cousins asiatiques, qui
constituent un conte-type distinct. Alors que certains émettaient l’hypothèse que ce conte asiatique soit le
“chaînon manquant” entre les deux contes-types du Petit Chaperon rouge
et du Loup, la Chèvre et ses Chevreaux, l’analyse des caractéristiques
de ces contes asiatiques indique qu’ils résulteraient plutôt d’une hybridation
postérieure des contes-types ATU 333 et ATU 123. Le Petit Chaperon rouge n’a
pas d’ascendants aux yeux bridés, c’est même plutôt l’inverse ! Alors, où se
situe l’ancêtre primordial de la petite fille imprudente ? La réponse réside
sans doute dans un conte ayant inspiré à la fois Ésope et le prêtre liégeois
qui a laissé le conte De puella a lupellis seruata, en espérant qu’il
en existe une trace écrite, vieille de plus de deux mille ans. Source : J.J. Tehrani, The
Phylogeny of Little Red Riding Hood
, PLoS ONE, 13 novembre
2013.
Crédit photo : Gustave Doré – Wikimedia Commons.

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Un crâne qui simplifie l’évolution humaine?

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Dmanisi_Man
Crâne du petit dernier découvert sur le site de Dmanisi. [1]

Récemment la découverte d’un nouveau crâne sur le célèbre site de Dmanisi en Géorgie a mis un saint coup de pied à l’arrière train de certains paléoanthropologues ayant la sale manie de nommer une nouvelle espèce d’Hominidé à chaque fois qu’ils découvrent un nouveau fossile. Ce fut d’ailleurs parfois le cas avec les premiers fossiles de Dmanisi souvent nommés Homo georgicus c’est-à-dire en usant d’une nomenclature habituellement réservée à une espèce à-part-entière. Or bien évidemment même si les divers représentant fossiles du genre Homo diffèrent de manière plus ou moins sensible rien ne permet d’affirmer qu’ils n’étaient pas interféconds. Rien ne permet souvent d’exclure le fait qu’ils aient pu être les simples «variations régionales» d’une seule et même espèce.

Exemple de construction phylogénétique de différents fossiles de représentants du genre Homo. Cette inférence phylogénétique basée sur les caractères morphologiques des dits fossiles n’est pas dénoué de tout fondement, mais hélas elle demeure hautement spéculative et incertaine car ayant des bases extrêmement fragiles lié à un faible échantillonnage et une ignorance des variations intra-spécifique et même intra-populationnelles. Car certains des représentants fossiles du genre Homo représentés ici pourraient appartenir à une seule et même espèce et avoir été reliés par de nombreux flux de gènes ce qui rendrait le présent arbre phylogénétique inexact et obsolète! Plus généralement nous ignorons également les liens et distances de parentés entre les différents spécimens fossiles retrouvés et les hypothétiques populations auxquelles appartenaient ces derniers. Heureusement certains paléoanthropologues en sont parfaitement conscients et ne tombent pas de le travers consistant à nommer une nouvelle espèce à chaque nouveau fossile d’Hominidé trouvé. Ainsi je me souviens avoir lu une interview du paléoanthropologue Fred Spoor datant de 2007, dans laquelle il identifiait déjà les fossiles de Dmanisi comme étant ceux d’une simple variante régional d’Homo erectus et précisant que selon lui les variantes africaines d’Homo erectus souvent appelées Homo ergaster appartenaient probablement à la même espèce que celle des différents Homo erectus asiatiques, Homme de Dmanisi compris.

Reconstitution numérique de cinq crânes issus du même site de Dmanisi, on remarque que ceux-ci diffèrent de manière importante les uns des autres. Le petit dernier découvert (tout à droite) aurait été classé comme étant une espèce distincte s’il avait trouvé dans une autre région notamment dans un autre continent.
 
Gare aux conclusions hâtives

 
Or le petit dernier découvert à Dmanisi pousse le bouchon encore plus loin, ce fossile rappelant que les représentants humains issu d’une même population (et non pas seulement des «variation régionales» très éloignés géographiquement) peuvent avoir d’importantes variations phénotypiques. [1] De plus sa petite capacité crânienne rapproche pas mal le petit dernier d’Homo habilis suggérant carrément selon certains que les fossiles d’Homo habilis devraient eux-aussi être ranger dans la même espèce ou la même lignée qu’Homo erectus. Ce qui est possible. Malheureusement cela semble pousser les auteurs de la publication de la revue science décrivant le fossile, à un léger raccourci. En effet ils suggèrent que les premiers représentant du genre Homo ne formerait qu’une seule et même lignée humaine! Quand j’ai lu ceci j’ai instictivement pensée à cela:

 
Or bien sûr cela est faux! Et heureusement les auteurs de la publication en question ne souscrivent pas à une vision aussi caricaturale et simpliste de l’évolution de la lignée Humaine. Le truc c’est que par «lignée» les auteurs semblent entendre «espèce», c’est-à-dire ici un ensembles de différentes populations interfécondes fussent-elle phylo-géographiquement passablement éloignée les unes des autres. Or bien évidemment le terme «lignée» ne renvoie en réalité à aucune subdivision précise pas plus que le terme «population». Ainsi deux familles issues d’un même village peuvent être considérées comme deux lignées distinctes. Mais personnellement dans le cadre d’une discussion sur l’évolution humaine, par «lignées» j’entendrais plutôt deux ou plusieurs populations humaines séparées par plusieurs dizaines ou même centaines de milliers d’années d’évolution avec ce que ça comporte comme divergences génétiques et probables divergences phénotypiques malgré l’interfécondité des populations en question. Et la découverte de ce nouveau fossile ne permet en rien de stipuler qu’une seule lignée humaine existait à l’époque selon cette dernière définition et cela quand bien même les différentes lignées étaient probablement interfécondes. Et donc rien ne permet d’affirmer que certaines de ces lignées n’aient pas disparues sans laisser de descendance. À ce titre je renvoie les lecteurs intéressés au très intéressant et tout aussi excellent billet du paléoanthropologue John Hawks à ce sujet! Vous remarquerez que même en partant du principe réaliste et probable voulant que toutes les populations du genre Homo aient été interfécondes, rien ne permet d’affirmer que nous pouvons résumer le début de l’évolution du genre Humain à une seule lignée. Et encore moins affirmer comme le rapportent certains médias, que notre évolution serait plus simple que ce que l’on pensait jusqu’alors, bien au contraire!
Une nécessaire prudence
De plus la prudence que nous devons avoir face à cette nouvelle découverte est de mise car certes il est tout à fait possible et même probable que les fossiles de Dmanisi appartiennent à la même espèce ou mieux encore à une seule et à une même lignée/population humaine. Mais il est également possible qu’ils appartiennent à des représentants d’au moins deux populations humaines déjà passablement divergentes l’une de l’autre. Après tout à titre de comparaison Neandertal et Homo sapiens ont probablement partagé les mêmes territoires en Europe et au Moyen-Orient par le passé. Et même s’il étaient probablement interféconds ils représentaient deux populations humaines qui avaient déjà passablement divergé l’une de l’autre par le passé. Aussi rien ne nous permet d’exclure que nous avons sur le même site, des représentant du genre Homo appartenant à des lignées bien distinctes séparées par plusieurs centaines de milliers d’évolution.

À gauche crâne d’Homme Anatomiquement Moderne à droit crâne de Néandertalien. Les Hommes anatomiquement modernes se sont probablement métissés dans une certaine mesure avec les Néandertaliens, l’ADN de ce derniers se baladant très probablement toujours au sein des populations humaines actuels. [2] Pour autant nous pouvons malgré tout considérer Sapiens et Neandertal comme deux lignées différentes et cela même si ces deux lignées ne se sont pas formellement séparées l’une de l’autre (avec peut-être de grosses surprises quant au relations phylogéographiques des différentes sous-populations de Neandertal et de Sapiens de l’époque). Cela a pu être le cas pour les représentants antérieurs du genre Homo tels que Homo habilis et Homo erectus. Ainsi que les fossiles de Dmanisi appartenaient au non à une seule et même lignée et/ou population humaine, l’évolution du genre humain fut probablement complexe avec des populations se déplaçant, divergeant génétiquement, se retrouvant, entrant en compétition les unes aux autres, certaines en remplaçant d’autres tout en se mélangeant avec elles dans une certaine mesure et ainsi de suite. Un peu comme ce que soupçonne les scientifique avec les Hommes Anatomiquement Modernes et Neandertal.
Le Boxeur Russe Nikolay Valuev demeure un excellent rappel quant à la variabilité morphologique importante que l’on peut trouver au sein d’une seule et même population humaine! Mais donc une fois ces dernières mises au point faites, les fossiles de Dmanisi nous rappellent que les membres d’une même population et donc d’une même lignée peuvent différer de manière importante sur le plan morphologique. Cela rendant hautement spéculatives et incertaines certaines constructions phylogénétiques et taxonomiques faite à partir des quelques fossiles d’Hominidés dont nous disposons aujourd’hui!
 
Références: [*] David Lordkipanidze et al (2013),A Complete Skull from Dmanisi, Georgia, and the Evolutionary Biology of Early Homo, Science
 
[*] Richard E. Green et al (20120), A Draft Sequence of the Neandertal Genome, Science
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Origine des oiseaux: Une solution nommée Aurornis xui?

Aurornis_Xui
 Reconstitution dAurornis xui
En bon fan des dinosaures, et plus encore des dinosaures à plumes, je n’ai guère pu passer à côté de la récente publication consacré à un nouveau venu, le dénommé Aurornis xui! Et comment le rater au rgard du titre de la publication qui lui est consacrée, à savoir:«A Jurassic avialan dinosaur from China resolves the early phylogenetic history of birds» [1]! Rien que cela!

C’est donc sans hésiter j’ai sauté sur la publication en question en allant directement observer la phylogénie proposée. Et effectivemment c’est du lourd, car le dénommé Aurornis xui serait le représentant le plus basal des Avialae! En d’autre terme et pour ceux qui aiment que l’on soit clair Aurornis xui serait l’Avialae connu qui serait le plus proche (phylogénétiquement parlant) du dernier ancêtre commun partagé par les Troodontidés (comme Troodon) et Archaeoptéryx. Plus fort encore les Troodontidés seraient eux-même phylogénétiquement plus proches des oiseaux qu’il ne le sont des Dromaeosauridés (comprenant notamment le célèbre Vélociraptor). Donc «exit» le taxon des Deinonychosauriens qui devient alors paraphylétique! Mieux Aurornis xui, non seulement par sa position phylogénétique mais également de par sa morphologie (bon faut dire que la première est déduit de la seconde), serait un excellent modèle de ce à quoi devait ressembler le dernier ancêtre commun des Avialae, en question! Et histoire de bien comprendre tout cela observons la phylogénie proposé par l’étude en question!

Diagramme phylogénétique des Paraves selon la nouvelle étude de Pascal Godefroit et al (2013), notez la position d’Aurornis xui à la base du taxon des Avialae, donc tout près du dernier ancêtre commun d’Archaeoptéryx (et plus généralement de l’ensemble des oiseaux) et des Troodontidés. Notons aussi la position d’Anchiornis huxleyi parmi les Avialae et non pas parmi les Troodontidés où il fut précédemment classé [2]. Et surtout notez que les Troodontidés sont classés comme étant phylogénétiquement plus proches des oiseaux que des Dromaeosauridés! Enfin notez la position de Balaur bondoc initialement classé parmi les Dromaeosauridés mais qui se retrouve ici parmi les Avialae. Mais bon concernant Balaur bondoc j’en rediscuterai à la fin du présent message

Il faut dire que pour cette nouvelle étude nous sommes particulièrement gâté, car un des coauteurs de celle-ci n’est autre qu’Andrea Cau paléontologue italien et blogueur actif de la blogosphère dinosaurienne! Et comme on pouvait s’y attendre Andrea Cau amène diverses précisions concernant son étude sur son excellent blog! En effet concernant la morphologie d’Aurornis xui, Andrea Cau précise que la morphologie de ce dernier est extrêmement au modèle hypothétique nommé Proavis qu’avait proposé Gregory Scott Paul comme représentant le plus basal de la gente avienne! Ce modèle pro-avien hypothétique datant de 2002, se basait alors déjà sur les divers critères morphologiques des Paraves alors connus à l’époque, afin d’estimer ce à quoi devrait probablement ressembler le dernier ancêtre commun des Avialae et des autres Paraves.
Comparaison du «modèle hypothétique» de Proavis de Gregory Scott Paul en (A) et du squelette d’Aurornis xui en (B). Andrea cau note que ces deux spécimen l’un hypothétique et l’autre réel, ont des proportions étrangements similaires, cela le confortant dans l’idée qu’Aurornis xui soit effectivemment le plus basal représentant du clade des Avialae! Notons que ce potionnement phylogénétique d’Aurornis xui, repose également sur l’analyse de nombreux caractères morphologiques!

Tout cela semble donc étrangement concordant et donc ferait bel et bien d’Aurornis xui, le représentant le plus basal des Avialae connu à ce jour! Cependant l’étude vient tout juste de paraître et souvenons-nous que ce n’est pas la première fois que la découverte d’un nouveau dinosaure à plumes remet en cause les phylogénie précédentes. Comme l’avait souligné Lawrence M. Witmer les différences espèce du groupe des Paraves vont nous paraître de plus en plus similaires les unes aux autres au fur et à mesure que nous nous rapprocherons de leur ancêtre commun. [3] Mais cela risque également de complexifier les reconstructions phylogénétiques et on le voit bien aujourd’hui, puisque que ce n’est pas la première fois que la découverte d’un nouveau dinosaure à plumes remet en cause la position phylogénétique de dinosaures à plumes y compris celle du très célèbre Archaeoptéryx! [4]

Balaur bondoc, What the fuck?

Pour ceux qui l’ignoreraient Balaur bondoc est un mystérieux Maniraptorien se caractérisant notamment par un Hallux anormalement grand. Balaur bondoc fut initialement classé comme étant un Dromaeosauridé atypique en raison même de la «faucille» caractéristique des Dromaeosauridés que forme la griffe de son deuxième doigt de pied! [5] Or dans la présente étude  Pascal Godefroit et al (2013) voilà maintenant que nous retrouvons Balaur bondoc classé parmi les oiseaux et pas parmi les plus basaux de ces derniers puisqu’il serait même phylogénétiquement plus proche de Sapeornis que d’Archaeptéryx! Andrea Cau comprend que ce revirement phylogénétique puisse surprendre mais pourtant assure que c’est ce qui ressort d’une pris en compte d’un grand nombre de caractères et souligne à juste titre que ce n’est pas la première fois que des scientifique reclassent Balaur bondoc parmi les oiseaux! Pour autant concernant Balaur bondoc je suis doublement sceptiques parce que ce fossile est la fois très atypique et très incomplet et donc je pense que l’on aurait mieux fait de s’abstenir de le prendre en compte dans cette étude de Pascal Godefroit et al (2013), mais bon je peux me tromper!
Ossements et reconstitution partielle de Balaur bondoc, on remarque ses caractéristiques particulières que sont une réduction du troisième doigts de ses membres antérieurs, ainsi que son doigt de pied numéro 1 (Hallux), très développé tellement développé qu’il rappelle la «faucille» formés du deuxième doigts.
Et donc sans rejeter la reconstruction phylogénétique proposé ici par Pascal Godefroit et al (2013), je pense qu’il nous faut rester très prudent car il ne serait guère surprenant que très prochainement le fossile d’un nouveau Paraves ne bouleverse de nouveau la phylogénie de ces derniers! Aussi dès à présent j’attends avec impatience les futures réactions et commentaires des divers scientifiques de la blogosphère dinosaurienne. Les reconstructions phylogénétiques d’Andrea cau seront peut-être vertement critiquées bien que je pense que certains afficheront simplement un très sain scepticisme sans pour autant nier la possibilité voir même la probabilité non-négligeable qu’Aurornis xui soit réellement un représentant basal du clade des Avialae! Nous verrons bien dans tous les cas un nouveau venu parmi les dinosaure à plumes c’est toujours une bonne nouvelle qu’on se le dise! PS: Merci au rédacteur de Sciences & Avenir qui a cité mon précédent article sur la position incertaines d’Archaeoptéryx! Petite mise au point cependant si l’auteur de l’article concerné venait à me lire: Vous dites que Archaeoptéryx est présenté comme un ancêtre dans ce diagramme, or cela est inexacte, Archaeoptéryx est simplement présenté, à juste titre, comme un oiseaux basal disparu, à savoir une lointain cousin, mais non un ancêtre direct à proprement parlé.  Il en va de même pour  Aurornis xui, que vous présentez comme un ancêtre alors qu’il n’est probablement lui aussi qu’un proche cousin de l’ancêtre commun des Avialae et par extension proche de l’ancêtre commun des oiseaux et des Troodontidés. Car même si il est théoriquement possible qu’Aurornis xui soit un ancêtre direct il est bien plus probable qu’il ne soit qu’un cousin qu’un réel ancêtre des oiseaux.

Références:



[3] Lawrence M. Witmer (2009), Feathered dinosaurs in a tangle, Nature


[5] Zoltán Csiki et al (2010), An aberrant island-dwelling theropod dinosaur from the Late Cretaceous of Romania, Proceedings of the National Academy of Sciences
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Poiscaille versus Dessein Intelligent

Latimeria_Chalumnae
La théorie de l’évolution selon Madame Garrison de South Park! Cliquez ici pour voir la vidéo!
Je suis masochiste je ne peux m’empêcher de me faire du mal! Non pas en me mutilant à l’aide de lames de rasoire ou en m’amusant à éteindre des cigarettes sur mon avant-bras, non je fait bien pire et plus tordu que cela puisque je me force à lire toutes les salades pseudo-scientifiques réparties un peu près partout sur le Net! Ainsi je consulte souvent les sites des créationnistes adeptes du «Dessein Intelligent», j’y ai déjà consacré divers articles. Or récemment un article particulièrement amusant du créationniste Casey Luskin sur les Cœlacanthes, a attiré mon attention. Peu après la publication de cet article clownesque, le biologiste PZ Myers publia une réfutation détaillée des inepties de Casey Luskin. Au départ je n’avais pas pensé rédiger un billet sur ces joyeuses inepties créationnistes, cependant un détail a attiré mon attention. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet voyons dans quel contexte de situe cette amusante prise de tête.

Cœlacanthe africain Latimeria chalumnae

Récemment une publication décrivant des analyses détaillées du génome de cœlacanthes africains, a beaucoup fait parler d’elle, car soutenant l’idée d’une «évolution plus lente» (notez les guillemets) des dits cœlacanthes par-apport aux tétrapodes que nous sommes. [1] Bien évidemment cette publication a fait l’objet de divers commentaires et critiques en plus des nécessaires rappels sur le caractère fallacieux de «fossile vivant» pour parler des actuels Cœlacanthes. [2] Et pour davantage de détails sur le cœlacanthe ainsi que sur cette affaire je vous recommande les deux articles suivants de deux membres du C@fé des Sciences:

Un bon fossile est un fossile mort! Beaucoup de gènes et un peu de gêne pour un fossile vivant : le retour du cœlacanthe

Bien évidemment dès qu’il y a quelques remous intellectuels dans la «blogosphère scientifique» et plus exactement «évolutionniste», les créationnistes tentent de s’y immiscer pour tenter de faire croire au plus grand nombre que l’idée même de l’évolution serait mise à mal (alors que les débats scientifiques sont tout ce qu’il y a de plus normal et de plus sain en Science)! Et à ce titre le créationniste Casey Luskin pense sincèrement avoir trouvé LA preuve mettant à mal l’idée même de fililation commune entre les espèce ou plus exactement notre filiation commune avec les cœlacanthes. Pour ce faire Casey Luskin se réfaire notamment à une donnée particulière de la récente étude du génome du cœlacanthe africain, à savoir les codant une catégorie d’anticorps nommé Immonuglobuline W ou IgW. La particularité de l’IgW est d’être présent chez les poissons cartilagineux (Chondrichthyens), et chez les poissons Sarcoptérygiens. En revanche l’IgW est totalement absent chez les Téléostéens et chez les Tétrapodes! Or Casey Luskin affirme qu’en se basant sur les gènes codant l’IgW nous obtenons une phylogénie des vertébérés en totale désaccord avec les phylogénies communément admises.
Phylogénie des vertébrés si l’on se base que sur la présence ou l’absence du caractère IgW. On remarque que l’arbre phylogénétique obtenue ne correspond pas du tout à la phylogénie communément admise. Casey Luskin pensant à tort que cela remettrait en question l’évolution en tant que telle!

Bien évidemment nous savons tous qu’on ne peut établir une phylogénie en se basant sur un seul caractère, qu’il soit génétique ou morphologique, car bien évidemment au niveau individuel des convergences évolutives ont lieu comme ici la perte des gènes IgW ayant eu lieu de manière indépendantes chez les Tétrapodes et chez les ancêtres des Téléostéens. C’est ce que rappel PZ Myers et donc l’objection de Casey Luskin est risible! Cependant j’ai remarqué que PZ Myers a omit un point important du «raisonnement» de Casey Luskin. Car voilà celui-ci semble en réalité admettre le fait qu’un caractère unique puisse être perdu deux fois de manière indépendante dans deux différentes lignées. Non En réalité Casey Luskin développe un «argument» bien plus étrange pour affirmer que la perte IgW ne tiendrait pas, et histoire de bien comprendre ce que ce créationniste affirme illustrons ces propos en image!

Phylogénie des poissons osseux selon Casey Luskin pour qui «le compte-rendu standard de l’évolution» stipulerait que les Téléostéens ont commencé à se diversifié avant l’apparition des Sarcoptérygiens. On remarque que selon ce scénario les Téléostéens formeraient donc un groupe paraphylétique. Et donc la perte des gènes IgW constaté chez les Téléostéens devraient donc s’être produit plusieurs fois de manière indépendant au sein de plusieurs lignées de Téléostéens. Problème Casey Luskin raconte n’importe quoi et donc se plante donc complètement!
 
Bon ok qu’est-ce que cette endive de Casey Luskin tente de démontrer ici? Simplement que la perte des gènes IgW chez les poissons à nageoires rayonnées (Téléostéens) serait problématique car selon lui cela impliquerait que ce gène ait été perdu de manière indépendante dans de multiples lignées de Téléostéens et non pas une fois chez un des ancêtres communs de ces derniers! Pourquoi? Parce que selon lui les téléostéens se seraient diversifiés avant que la branche des Sarcoptérygiens ne bifurque des autres, donc avant que la dite branche des Sarcoptérygiens ne voit le jour! Ce qui impliquerait selon le «raisonnement» de Casey Luskin, que les Téléostéens formeraient un clade paraphylétique! Or cette erreur particulièrement grossière de Casey Luskin est inexcusable sachant qu’il utilisait lui-même ce diagramme ci-dessous montrant que les Téléostéens forment bel et bien un clade monophylétique.
Phylogénie classique des vertébérés, avec mention des pertes du caractères IgW chez les ancêtre des Téléostéens et chez les ancêtres des Tétrapodes. Et donc pas besoin d’évoquer de multiples pertes des gènes IgW de manière indépendante chez diverses lignées de Téléostéens! Certes certains connaisseurs en phylogénie des vertébrés peuvent noter que les poissons à nageoire rayonné ne se limite pas aux seuls Téléostéens mais inclue également l’ensemble des Actinoptérygiens. Mais cela ne change rien à l’affaire puisque les Actinoptérygiens (représentés en grande partie mais pas uniquement par les Téléostéens) forment également un groupe monophylétique. [3] La perte du gène IgW ayant très bien pu avoir eu lieu une seule fois durant l’évolution des Actinoptérygiens!
Phylogénie de la plupart des vertébérés. Il apparaît clairement que les Actinoptérygiens tout comme les Téléostéens (qui font partie des Actinoptérygiens) forment aussi un clade monophylétique. [3] Et donc comment expliquer cette erreur particulièrement grossière de Casey Luskin? Certes la stupidité et la mauvaise foi de ce dernier sont sans aucun doute à blâmer, mais il y a  probablement selon moi un troisième facteur entrant en compte, à savoir une vision gradiste et obsolète de l’évolution. Ainsi malgré la fait que ce cher Casey Luskin avait déjà le diagramme phylogénétique correct sous les yeux, il a néanmoins réussit à en voir les poissons Téléostéens comme un véritable «marche-pied évolutif» des vertébrés! Pour plus d’informations sur la question des «marche-pied évolutif» voir ce précédent article! Je ne vois pas d’autre explication pour avoir commis une erreur aussi grossière…enfin aucune à part la stupidité et la mauvaise fois avérées du bonhomme! ais aller assez parler poissons, et finissons cette longue et pédante tirade sur une sympathique vidéo des Monty Python mettant en scène des Poissons Téléostéens! Références: [1] Chris T. Amemiya et al (2013), The African coelacanth genome provides insights into tetrapod evolution, Nature [2] Didier Casane and Patrick Laurenti (2013), Why coelacanths are not ‘living fossils’: a review of molecular and morphological data, Bioessays [3] Ricardo Betancur-R et al (2013), The Tree of Life and a New Classification of Bony Fishes, PLoS ONE
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Sur #laTAC – Ancêtre et Pluviomètres

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Petite devinette : quel est le point commun entre un cheval, une chauve-souris, un lapin, un humain et une baleine ? Et bien ce sont tous des mammifères placentaires, c’est-à-dire que non seulement les femelles de ces animaux possèdent des glandes mammaires, mais à la différence des marsupiaux ou encore des ornithorynques, la… Lire Sur #laTAC – Ancêtre et Pluviomètres Continue reading

Strip Science au Festiblog: le Compte Rendu

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Comme annoncé précédemment, Strip Science s’est vu offrir l’opportunité de se dévoiler sous une tente du Festiblog, le festival des blogs BD et du Webcomics! Et c’est ainsi que le Dimanche 30 Septembre, de 11h00 à 12h00, 4 dessinateurs du collectif Strip Science, Alain Prunier, Alain Bénéteau, Mel et Barbu sont venus réaliser une fresque représentant [...]
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