Le secret de la peur
Astérix et les Normands se trouve plus facilement dans les rayons BD que dans les bibliothèques scientifiques et pourtant le syndrôme qu’il décrit existe bel et bien: certains individus sont pathologiquement incapables d’éprouver la moindre frayeur, même lorsque leur vie est en danger: Cette anomalie tire son origine d’une lésion ou d’une atrophie de ce qu’on appelle les amygdales cérébrales: deux petites zones en forme d’amandes, profondément enfouies dans les lobes de notre cerveau. Les amygdales repèrent le moindre signal de danger dans l’environnement et déclenchent automatiquement un sentiment de peur chez l’individu. Ce système d’alarme hérité de nos lointains ancêtres reptiliens fonctionne normalement sans que nous en ayons conscience, comme notre cœur ou nos poumons. Il suffit par exemple de présenter l’image subliminale de deux yeux écarquillés à quelqu’un. Même s’il ne perçoit pas consciemment l’image, ses amygdales réagissent immédiatement à ce signal et modifient instantanément son rythme cardiaque, sa tension et la moiteur de ses mains (voir ce billet). Lorsque les amygdales cérébrales sont lésés, à la suite par exemple d’une maladie génétique dégénérative appelée le syndrôme d’Urbach-Wiethe, les personnes atteintes ne réagissent plus du tout à ce type d’alerte. Dans les années 1990, Antonio Damasio s’est beaucoup intéressé au cas d’une de ses malades, [...]
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