Les humains et Néandertal ont vécu ensemble en Israël il y a 55 000 ans

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Skeleton_and_restoration_model_of_Neanderthal_La_Ferrassie_1.jpgNotre connaissance de la préhistoire progresse à pas de géant ces dernières années, et plus particulièrement celle du sujet passionnant qu’est la rencontre entre nos ancêtres en ligne directe, les humains modernes qui sont partis d’Afrique, et l’Homme de Néandertal, ce cousin implanté en Europe avec lequel ils se sont partiellement mélangés.  A chaque nouveau morceau d’os découvert, nous avons une nouvelle pièce du puzzle. En octobre, on apprenait grâce à un morceau de fémur qu’un Sibérien vivant il y a 45000 ans avait déjà des gènes de Néandertal. La rencontre, parfois intime, entre les humains de l’époque et Néandertal, n’était cependant pas encore datée, ni située… jusqu’à la découverte d’un morceau de crâne dans la grotte de Manot, à l’ouest de la Galilée, en Israël. Le crâne en question aurait dans les 55 000 ans, comme le rapportent les travaux d’une équipe internationale qui viennent d’être publiés dans le journal Nature. Il s’agirait bien d’un crâne d’humain moderne, et très probablement celui de l’un des ancêtres des hommes qui sont allés peupler l’Europe au paléolithique. Et aussi de l’un de ceux qui ont coexisté avec les populations néandertaliennes, la grotte de Manot étant proche de deux sites occupés par l’Homme de Néandertal à la même époque, ce qui ferait de cette zone “le seul endroit où les humains anatomiquement modernes et les Néandertaliens ont vécu côte à côte pendant des milliers et des milliers d’années”, déclare Israel Hershkovitz, anthropologue à l’université de Tel-Aviv et co-auteur de l’article. “C’est la première preuve qui montre qu’il y avait une large vague de migrants venant de l’est de l’Afrique, qui ont traversé les déserts du Sahara et de Nubie et ont été peupler l’est du bassin méditerranéen il y a 55 000 ans”, précise le professeur Hershkovitz à la BBC. “Il s’agit bien d’un crâne clé pour comprendre l’évolution de l’humain moderne”. On ne pourra malheureusement pas savoir si l’humain à qui appartenait ce crâne avait ou non des gènes de Néandertal, les chercheurs précisant que son ADN n’avait probablement pas été préservé. “Ce spécimen est vraiment important et excitant, car si la datation est correcte, il montre pour la première fois que les humains modernes ont vécu au Moyen-Orient en même temps que les Néandertals”, affirme Katerina Harvati, paléoanthropologue à l’université de Tübingen (Allemagne). “Jusqu’ici, nous n’avions pas de preuves que les deux avaient même coexisté dans cette région à cette époque, c’est donc une pièce essentielle du puzzle”. Une pièce que les chercheurs espèrent qu’elle ne soit pas unique, et qu’ils puissent trouver d’autres fragments d’os, peut-être même avec de l’ADN à analyser. Mais en attendant, cette découverte reste un jalon important pour mieux comprendre le long voyage de migration des humains modernes à partir de l’Afrique, et de leurs interactions avec l’Homme de Néandertal. Une cohabitation qui ne se serait donc pas seulement produite en Europe, mais aurait peut-être débuté au Moyen-Orient, où deux espèces différentes auraient vécu ensemble… et se seraient même génétiquement croisées.   Crédit photo : le squelette et la reconstitution d’un homme de Néandertal au musée national de la nature et des sciences de Tokyo (Photaro / Wikimedia Commons) Continue reading

Fin du mystère sur la mort d’un chef de guerre italien en 1329

Il est connu comme le protecteur de Dante, qui lui dédia son Paradis, mais Cangrande della Scala (1291-1329) restera avant tout dans l’histoire tel qu’il est représenté sur la photographie ci-dessus, comme un condottiere, un seigneur de la guerre. Dans l’interminable conflit entre … Continuer la lecture

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Quand la science résout l’énigme de la mort d’un seigneur de Vérone

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800px-Tomba_Cangrande_VR.jpgL’investigation scientifique a parfois tous les ingrédients d’un bon polar. Elle permet aussi dans certaines circonstances d’élucider les circonstances de la mort de personnages disparus depuis des siècles. Ce fut le cas récemment pour Richard III d’Angleterre, dont on connaît même le régime alimentaire, ou encore, du moins sous forme d’hypothèse, pour Toutankhamon. Aujourd’hui, c’est un dirigeant de la cité-état de Vérone, en Italie, qui est sous les feux de l’actualité. Cangrande della Scala, capitaine de guerre de Vérone à la Renaissance, membre d’une dynastie qui dirigea la ville pendant plus d’un siècle, serait mort des suites d’une fièvre en juillet 1329, juste après avoir conquis la ville de Trévise. C’était en tout cas la version officielle, jusqu’à ces derniers jours. Une équipe de chercheurs dirigés par Gino Fornaciari, du département de paléopathologie de l’université de Pise (Italie) a en effet exhumé le corps de Cangrande,”toujours vêtu de ses habits précieux, et dans un bon état de conservation”,  afin de le soumettre à divers examens, dans une enquête qui a mêlé l’archéologie, la paléopathologie (étude des maladies du passé), la palynologie (étude des spores et grains de pollen), la toxicologie et, bien sûr, l’histoire. Les résultats de cette étude viennent d’être publiés dans le Journal of Archaeological Science. Selon les récits de l’époque, la mort de Cangrande, le 22 juillet 1329, a été précédée de vomissements, de diarrhée et d’une fièvre qu’il aurait contractée quelques jours plus tôt en buvant à une fontaine polluée. Une version officielle cependant teintées de quelques rumeurs d’empoisonnement, que les scientifiques ont tenté de vérifier. Lors des différents tests et de l’autopsie effectuée sur la momie, les chercheurs ont eu quelques éléments intéressants sur son état de santé. Ses poumons, par exemple, montrent qu’il aurait souffert de tuberculose, ainsi que d’anthracose, une maladie provoquée par l’inhalation de particules de charbon (facile à expliquer par les cheminées ouvertes dans les édifices médiévaux mal ventilés). Son foie pourrait présenter des traces de cirrhose, mais aussi de toxines liées à la digitale, une plante très toxique. On a également retrouvé des grains de pollen de camomille, de mûrier et… encore de digitale dans les excréments encore présents dans le corps. Les symptômes décrits par les textes prennent alors une autre signification. Ils sont en effet “compatibles avec la première phase d’une intoxication à la digitale”. Un empoisonnement confirmé par les analyses, donc. “L’hypothèse la plus probable des causes de la mort est l’administration délibérée d’une dose mortelle de digitale”, affirme l’étude. Le fait que l’on ait retrouvé des traces de camomille, une plante médicinale encore utilisée aujourd’hui, ou de mûrier, connu pour ses propriétés astringentes, peut laisser penser que le poison a pu être administré dans une tisane sous prétexte de soigner un autre problème de santé… Selon les auteurs de l’étude, ”même si plusieurs cas d’empoisonnement par l’utilisation de substances organiques sont connues par des sources historiques, il n’y a pas d’autres preuves directes documentées dans la littérature paléopathologique”. Ce serait donc la première fois qu’on peut prouver un empoisonnement dans le passé. Sherlock Holmes et H.G.Wells n’auraient pas fait mieux… Crédit photo : la tombe de Cangrande à Vérone (Lo Scaligero via Wikimedia Commons) Continue reading

Les typhons kamikazes, ou comment la météo a sauvé le Japon des Mongols

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637px-MokoShurai.jpgEn Occident, le mot “kamikaze” désigne principalement les aviateurs japonais envoyés en mission suicide durant la seconde guerre mondiale. Mais le terme lui-même remonte à une époque beaucoup plus éloignée. A cette époque, Kubilaï, petit-fils de Gengis Khan, règne sur l’empire conquis par son grand-père. L’homme s’est déjà approprié bien des us et coutumes de la civilisation chinoise, s’installant près de Pékin et fondant sa propre dynastie dans l’Empire du Milieu. Mais celui que servit Marco Polo ne reniait pas ses origines : il était, lui aussi, un conquérant, qui s’est notamment emparé de la Corée. Kubilaï s’est intéressé de très près au Japon, tentant par deux fois de le conquérir. En 1274, il envoie une première flotte à l’assaut. Les guerriers mongols mettent en déroute les samouraï japonais, mais finissent par battre en retraite, et leur flotte est endommagée par une tempête. La seconde tentative a lieu en 1281, l’empereur mongol envoyant ce qui est décrit comme l’une des plus grandes flottes de l’époque. Les Japonais ont profité du délai pour fortifier leurs côtes. Les envahisseurs ont du mal à prendre pied à terre, et lorsqu’ils y parviennent, les Japonais les repoussent. L’armée Mongole (d’ailleurs composée de beaucoup de Chinois) passe la plupart de son temps à bord de ses navires, eux aussi harcelés par des embarcations nippones. La légende veut que les Japonais aient invoqué leurs divinités, qui envoyèrent alors des vents célestes pour disperser la flotte mongole, marquant la fin de la tentative de conquête par Kubilaï. C’est de là que vient le mot “kamikaze”, littéralement “vent des dieux”. Il est parfois difficile de démêler l’histoire de la légende, et les compte-rendus et chroniques postérieures à l’événement peuvent être un peu (voire beaucoup) exagérées. Comment alors savoir ce qui s’est réellement passé ? C’est l’objet de l’étude qui a été menée par des chercheurs du département de géosciences de l’université du Massachussetts, qui ont publié récemment leurs résultats dans la revue Geology. Les scientifiques ont reconstitué 2000 ans de sédiments d’un lac côtier situé près de l’un des principaux sites de l’invasion mongole. Cela leur a permis de découvrir qu’entre 250 et 1600, les typhons étaient plus actifs dans la région qu’ils ne le sont aujourd’hui. Ils ont aussi pu confirmer que deux dépôts marins datent de l’époque des deux invasions, et correspondent bien aux “kamikaze” légendaires. “Les résultats sont en accord avec le fait que la paire de typhons Kamikaze a été d’une intensité significative, et corroborent les compte-rendus qui leur donnent un rôle important pour empêcher la conquête du Japon par les flottes mongoles,” précise l’étude. “Les typhons kamikaze peuvent donc servir d’exemple de premier plan de la manière dont les événements météorologiques extrêmes associés à des changements climatiques ont eu des impacts géopolitiques significatifs.” Comme quoi, les légendes sont parfois ancrées dans la réalité…   Crédit image : Représentation artistique de la tentative d’invasion mongole (Kikuchi Yoosai / Tokyo National Museum via Wikimedia Commons         Continue reading

A la recherche de l’urine de dinosaure

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Urolito_Fernandes.jpgIl y a dans le monde des collectionneurs de crottes de dinosaures. Lorsque ces créatures aujourd’hui disparues faisaient leur “grosse commission”, certains des déchets se retrouvaient fossilisés et transformés en pierres que l’on nomme coprolithes, et qui font aujourd’hui les délices de certains amateurs de reliques du passé. On peut même s’en procurer sur Ebay pour quelques dizaines d’euros. Mais si les matières fécales fossilisées en apprennent beaucoup aux scientifiques sur le régime alimentaire des dinosaures, on s’interroge toujours sur leur urine. Pour mieux comprendre ce mystère de la science, il faut parler des oiseaux et des crocodiles, qui sont sans doute les plus proches parents vivants des T-Rex et autres diplodocus. La plupart des oiseaux évacuent urine et matières fécales toutes ensemble, ce qui explique l’aspect liquide des tâches que vous retrouvez sur votre voiture (ou pour les moins chanceux sur leur veste) si vous passez du temps dans des lieux où les pigeons (ou les mouettes) volent bas. Si le détail de la chose vous intéresse, je vous recommande d’ailleurs un excellent article sur Ornithomedia. Mais revenons à nos oiseaux. Certains d’entre eux, comme les autruches, séparent l’action d’uriner de celle de déféquer, à la manière des mammifères que nous sommes. C’est aussi le cas pour les crocodiles et leurs divers cousins. La question se pose donc de savoir si les dinosaures se comportaient comme de nombreux oiseaux, ou s’ils étaient équipés (biologiquement) de la même manière que les autruches et les crocodiles. Donc s’ils pouvaient juste aller faire pipi quelque part… C’est là qu’interviennent les urolithes. Alors que les coprolithes sont des excréments d’animaux fossilisés, les urolithes sont non pas de l’urine fossilisée (le liquide s’en est allé depuis belle lurette) mais les traces qu’elle a pu laisser dans un sol meuble, et plus particulièrement du sable, l’ensemble subissant à son tour un processus de fossilisation. Ces traces de pipi transformées en pierre sont plutôt rares, en tout cas en ce qui concerne les dinosaures. Selon National Geographic, les premières traces probables d’urine de dinosaure n’ont été découvertes que récemment :  lors d’une conférence de la Society of Vertebrate Paleontology en 2002, des chercheurs faisaient état d’une “dépression en forme de baignoire” au milieu de douzaines de traces de dinosaures, dans des pierres vieilles de 150 millions d’années sur le bord de ce qui fut jadis un lac, dans le Colorado. La trace était de dimensions respectables : 3 mètres de long, 1,50 mètre de large et 25 centimètres de profondeur. Sur l’identité du dinosaure responsable de cet imposant pipi, pas d’information précise, si ce n’est que l’endroit était un lieu de passage notamment pour des Allosaurus et des Apatosaurus. Mais c’est du Brésil que nous viennent les dernières informations sur le sujet, avec la recherche publiée la semaine dernière dans le Journal of South American Earth Science. Les deux auteurs, P.R.F Souto et M.A. Fernandes, font état de découvertes de coprolithes et d’urolithes en quatre lieux différents, associées avec des empreintes d’ornithopodes et de théropodes. Dans leur étude, ils décrivent en détails les résultats de l’impact des jets d’urine sur le sable. S’agit-il d’urine de dinosaures ? Pour l’instant, ce ne sont que des indices sur la manière dont les dinosaures non-aviens pouvaient uriner. Pour en savoir davantage, il faudra probablement trouver d’autres fossiles. D’ici à ce que les urolithes deviennent aussi populaires sur Ebay que les coprolithes, il y a encore du chemin à parcourir… Crédit photo : Urolithe (Fernandes via Wikimedia Commons) Continue reading

Bolide tueur de dinosaures : les mammifères l’ont échappé belle

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Collision_d'une_comète.jpg Astéroïde ou comète, le bolide qui a marqué l’extinction des dinosaures voici environ 66 millions d’années a fait de sérieux dégâts sur Terre. Les spécialistes débattent encore aujourd’hui de ses effets : les dinosaures auraient-ils pu en réchapper s’il n’y avait pas eu d’autres éléments en cause ? Des éruptions volcaniques en Inde étaient-elles les principaux coupables dans cet événement d’extinction massive ? Il reste encore beaucoup de questions en suspens. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que le cataclysme a eu des conséquences sur l’ensemble de l’écosystème planétaire, et pas seulement sur les sauriens géants : récemment, on a aussi évoqué le fait que les forêts en auraient été transformées. On pensait également que le fait que les dinosaures ne soient plus là avait laissé le champ libre aux mammifères, heureux rescapés et bénéficiaires du drame. Il semble aujourd’hui que ces mêmes mammifères l’auraient échappé belle. C’est en tout cas la thèse défendue dans une étude qui vient d’être publiée dans le journal ZooKeys, et qui s’intéresse plus précisément aux méthatériens, dont descendent les marsupiaux (kangourous, koalas, etc). Apparemment, ces mammifères à poche étaient très abondants à l’époque des dinosaures. Lorsque s’est produit le cataclysme qui a provoqué l’extinction de ces derniers, les métathériens, eux, ont failli disparaître totalement aussi. Rien qu’en Amérique du Nord, les deux tiers d’entre eux ont été tués. Les espèces ont survécu, mais ce ne sont pas elles qui ont remplacé les dinosaures, mais un autre type de mammifères, plus discrets dans l’ombre des géants du jurassique : les espèces dites placentaires. Les enfants des marsupiaux, après leur naissance, doivent passer du temps dans la poche ventrale maternelle avant d’être totalement développés. Les mammifères placentaires, eux, mettent au monde des rejetons qui ont fini leur développement (comme les humains et la plupart des mammifères actuels). “L’histoire classique est que les dinosaures se sont éteints et que les mammifères, qui attendaient en coulisse depuis plus de 100 millions d’années, ont finalement eu leur chance”, raconte le Dr. Steve Brusatte, de l’école de géosciences de l’université d’Edimbourg, co-auteur de l’étude. “Mais notre étude montre que de nombreux mammifères se sont trouvés dangereusement proches de l’extinction. Si quelques espèces chanceuses n’étaient pas passées au travers, alors les mammifères auraient pris le chemin des dinosaures et nous ne serions pas là.” Crédit photo : Vue d’artiste de la collision d’une comète avec la Terre (NASA via Wikimedia Commons) Continue reading

Disparition des dinosaures : météore ou volcans indiens ?

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Deccan_Traps_volcano.jpg La théorie communément admise sur l’extinction massive des dinosaures fait état de la chute d’un météore, ou peut-être d’une comète, là où se trouve aujourd’hui le golfe du Mexique. L’événement se serait produit voici environ 66 millions d’années. Parmi les dernières théories sur la question, une étude publiée au mois de juillet expliquait que le bolide serait tombé au bon moment, dans une période de baisse de diversité des espèces due à des changements dans l’environnement : volcanisme, élévation du niveau des mers… Aujourd’hui, c’est une série d’éruptions gigantesque qui est plus précisément pointée du doigt, au travers d’une étude publiée hier dans la revue Science. L’éruption en question s’est produite en Inde, dans ce que l’on nomme les Trapps du Deccan, sur une superficie égale à trois à quatre fois celle de la France (la zone a représenté entre 1,5 et 2 millions de kilomètres carrés d’empilement de laves volcaniques). Ce n’est certes pas la première fois que cette hypothèse est opposée à celle du météore pour expliquer la disparition des dinosaures, mais on ne savait pas exactement quand cette zone volcanique de l’Inde était devenue active. Jusqu’ici, on savait que cette éruption avait eu lieu à la fin du Crétacé, sans plus… jusqu’à aujourd’hui. Une équipe internationale de chercheurs vient en effet d’établir la chronologie exacte de l’éruption des Trapps du Deccan : elles auraient débuté 250 000 ans avant que le météore ne s’écrase dans le golfe du Mexique, et se seraient poursuivies jusqu’à 500 000 ans après l’impact. Pour cela, ils ont effectué des recherches sur place, jusqu’à ce qu’ils trouvent des roches volcaniques contenant du zircon, un minerai qui peut être utilisé pour effectuer des datations précises. Les échantillons ont été étudiés séparément dans des laboratoires de l’université de Princeton et du Massachussets Institute of Technology, pour être certains des résultats. “On parle de quelque chose de similaire à ce qui se produit aujourd’hui : beaucoup de dioxyde de carbone émis dans l’atmosphère, très rapidement”, explique Michael Eddy, du MIT, co-auteur de l’étude. “Au final, cela peut amener une acidification de l’océan, tuant une fraction significative du plancton, qui est à la base de la chaîne alimentaire. Si vous l’éliminez, alors vous avez des effets catastrophiques”. Les éruptions auraient eu “une influence sur la disparition d’espèces animales et végétales, notamment par la modification du climat, des températures fluctuantes ou encore des pluies acides“. L’équipe n’a cependant pas établi le mécanisme exact qui aurait mis fin au règne des sauriens géants, même si les scientifiques sont convaincus que les éruptions du Deccan ont eu un rôle significatif. “Je ne pense pas que le débat s’arrêtera un jour”, reconnaît Sam Bowring, professeur de sciences terrestres et planétaires au MIT. “L’impact de l’astéroïde a peut-être causé l’extinction, mais peut-être son effet a été augmenté” par les éruptions de ces volcans. “La thèse de la météorite est avérée mais elle ne suffit pas à elle seule à expliquer une extinction massive des espèces”, ajoute Thierry Adatte, de l’université de Lausanne, co-auteur de l’étude. Les scientifiques ont d’ailleurs identifié la direction des futures recherches sur le sujet : “Nous avons une durée de volcanisme de 750 000 ans, mais il serait bon de savoir si cette période représente un flux constant de magma, ou s’il y eut des pulsations volcaniques sur une période plus courte”, précise Michael Eddy, qui espère pouvoir un jour étudier le phénomène encore plus précisément, à une échelle de 10 000 ans.   Crédit image : vue d’artiste de la disparition des dinosaures après une éruption volcanique (National Science Foundation-Zina Deretsky via Wikimedia Commons) Continue reading

L’empire romain est-il tombé à l’eau ?

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796px-Pont_Du_Gard.JPGQuand on pense à la chute de l’empire romain, on pense bien entendu aux invasions barbares, imaginant des ruées de féroces Wisigoths, des villes saccagées par les Vandales et autres joyeusetés antiques. Les barbares ne sont pas les seuls à être montrés du doigt dans l’affaire. Certains chercheurs ont blâmé le plomb, utilisé dans certaines canalisations et vaisselles, et qui aurait provoqué du saturnisme, principalement chez les élites impériales. On va même aujourd’hui jusqu’à accuser le changement climatique d’être responsable, au moins en partie, de la fin d’une civilisation qui a marqué notre histoire occidentale de manière indélébile. Aujourd’hui, c’est un nouveau responsable qui est montré du doigt : l’eau. Ou plus précisément, l’eau nécessaire aux récoltes assurant la sécurité alimentaire de l’empire, et qu’une étude publiée aujourd’hui dans la revue Hydrology and Earth System Sciences (journal de l’union européenne de géosciences) met en cause dans la fin de cette grande civilisation. Les Romains devaient nourrir une population de plusieurs dizaines de millions d’habitants (jusqu’à plus de 80 millions, à une époque où la population mondiale avoisinait les 300 millions). Ils devaient aussi apporter la nourriture et l’eau à leurs cités. On voit encore aujourd’hui la trace de leur réseau de transport d’eau en de nombreux endroits du bassin méditerranéen, avec par exemple le célèbre aqueduc du pont du Gard. Leurs techniques d’irrigation permettaient également l’établissement d’une agriculture suffisante pour nourrir l’ensemble de son territoire. Une équipe d’universitaires, spécialistes de l’environnement, hydrologistes et historiens, vient donc d’émettre une hypothèse assez intéressante sur le rôle de l’eau dans la chute de l’empire. En favorisant une forme de sécurité alimentaire dans leurs grandes cités, les Romains ont aussi amené une urbanisation croissante de leur société, amenant des populations de plus en plus importante dans les centres urbains… et poussant ainsi l’empire à la limite de ses ressources alimentaires, surtout lorsque les conditions climatiques n’étaient pas favorables aux récoltes. “Les Romains, étaient confrontés à la gestion de leurs ressources en eau face à la croissance de leur population et son urbanisation,” explique Brian Dermody, de l’université d’Utrecht (Pays-Bas) et co-auteur de l’étude. “Pour assurer une stabilité et une croissance continue de leur civilisation, ils devaient garantir un approvisionnement en nourriture stable à leurs cités, pour la plupart localisées dans des régions pauvres en eau”. L’équipe de scientifiques a tenté d’évaluer les ressources en eau nécessaires pour faire pousser les céréales qui constituaient la base de l’alimentation dans la Rome antique. Ils ont également mis en place une modélisation hydrologique, afin de calculer la productivité des récoltes. Selon leurs calculs, il fallait entre 1000 et 2000 litres d’eau pour faire pousser un kilo de grain. “Lorsque les Romains faisaient commerce de leurs récoltes, ils échangeaient également l’eau nécessaire pour la produire : ils échangeaient donc de l’eau virtuelle”, ont réalisé les chercheurs, qui ont donc modélisé ce réseau d’eau virtuelle dans le monde romain. “Nous avons simulé les échanges virtuels d’eau en se basant sur des régions virtuellement pauvres en eau (les centres urbains, comme Rome), demandant du grain en provenance des régions plus riches en eau virtuelle (les régions agricoles, comme le bassin du Nil) dans le réseau”, explique Brian Dermody. La réalisation est complexe : ils ont pris en compte les paysages antiques, les populations, mais aussi le coût du transport basé sur les moyens disponibles à l’époque. Au final, ils ont obtenu une simulation du commerce des céréales au travers d’une reconstitution interactive du réseau de transport romain… Ce réseau d’échanges virtuels a donc permis à l’équipe de mieux comprendre le rôle de l’eau dans l’Empire : comment les Romains reliaient les différentes parties du bassin méditerranéens par le commerce, comment ils géraient les mauvaises récoltes dans une région en important de la nourriture en provenance d’autres régions où il y avait un surplus. “Cela les rendait très résistants à des variations climatiques sur le court terme,” précise Brian Dermody. Mais sur le long terme, les Romains ont été victimes de leur succès. Leur manière de gérer les ressources en eau et la sécurité alimentaire pour les populations urbaines, de plus en plus de gens ont migré vers les villes, l’urbanisation s’est intensifiée, ce qui signifiait également davantage de bouches à nourrir… “Les Romains sont devenus encore plus dépendants du commerce, alors qu’en même temps l’empire atteignait des limites en matière de ressources alimentaires aisément accessibles”, précisent les chercheurs, pour qui “sur le long terme, ces facteurs ont érodé sa résistance aux mauvaises récoltes générées par la variabilité du climat”. Pour les chercheurs, c’est aussi une leçon à tirer aujourd’hui : “Nous sommes confrontés à un scénario très similaire,” pense Brian Dermody. “Les échanges en eau virtuelle ont permis une croissance rapide de la population et de l’urbanisation depuis le début de la révolution industrielle. Cependant, alors qu’on se rapproche des limites des ressources de la planète, notre vulnérabilité aux mauvaises récoltes dues au changement climatique s’accroît”.   Crédit photo : Le pont du Gard, l’un des aqueducs que les romains utilisaient pour transporter l’eau dans l’Empire (Guenter Wieschendahl via Wikimedia Commons)   Continue reading

Le lac martien qui a formé une montagne dans un cratère

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14-326_0.jpg Décidément, Mars n’a pas fini de nous surprendre. La NASA vient en effet de révéler les résultats d’observations menée par le robot Curiosity, et qui apportent des précisions intéressantes sur la présence d’eau à la surface de la planète rouge dans le passé. Si certains ont émis des doutes sur la possibilité d’y avoir de l’eau liquide sur la durée, pensant qu’il pouvait s’agir d’un phénomène totalement épisodique, d’autres continuent à penser, preuves à l’appui, que l’eau a coulé à la surface de Mars et a contribué à sculpter son relief. Les éléments fournis par Curiosity vont dans ce sens. Le petit robot roulant a en effet étudié le terrain du cratère Gale. Celui-ci, d’un diamètre de 155 kilomètres, comporte en son centre une montagne de 5500 mètres de haut, Aeolis Mons. Et, surprise, il semblerait bien que la montagne en question ait été formée par une accumulation de sédiments jadis présents au fond d’un large lac… et que le processus ait pris des dizaines de millions d’années. Durant tout ce temps, des rivières ont amené du sable et du limon dans le lac, déposant les sédiments dans leurs embouchures, formant des deltas comme on en trouve sur les fleuves terrestres. C’est donc sur ce terrain formé de couches sédimentaires que la montagne s’est ensuite formée (1). Aujourd’hui, les contreforts d’Aeolus Mons sont formés de centaines de couches de rochers, alternance de dépôts venants du lac, des rivieres, ou amenés par les vents. Ils sont les témoins du remplissage et de l’évaporation réguliers d’un lac martien. Les vents ont creusé ce qui se trouve aujourd’hui entre le pourtour du cratère et la base de la montagne. Et tout cela a pris énormément de temps… “Si notre hypothèse tient bon, cela défie la notion que les conditions chaudes et humides étaient transitoires, localisées ou seulement dans le sous-sol de Mars”, affirme Ashwin Vasavada, chargé de projet adjoint de Curiosity. Il y aurait donc eu  dans le passé une atmosphère suffisante pour assurer à la surface des températures au-dessus de zéro, et qui aurait maintenu ces conditions suffisamment longtemps pour que le processus d’accumulation de sédiments se produise.  Les conditions dans lesquelles cette atmosphère épaisse a pu se maintenir tout ce temps ? “Nous ne savons pas comment”, avoue le scientifique. Les chercheurs de la NASA vont maintenant continuer leurs analyses, et ils comptent également sur Curiosity, qui continue à progresser. “Curiosity a traversé une frontière entre un environnement dominé par des rivières et un environnement dominé par des lacs”, explique Sanjeev Gupta, de l’Imperial College de Londres. Mais le fait de savoir qu’il y a eu des lacs, des rivières et des dépôts de sédiments est déjà une information importante, qui va aider à la modélisation du passé de Mars. Quant à l’atmosphère, son étude est au coeur de la mission MAVEN, satellite en orbite autour de Mars depuis le mois de septembre. Avec toutes ces données, on peut espérer reconstituer un jour le visage de Mars lorsque l’eau y coulait. Et peut-être aussi avoir de nouveaux indices sur la présence éventuelle de vie à sa surface, présente ou passée…   (1) Ayant reçu quelques commentaires et demandes d’explication sur le sujet, je vous renvoie sur un excellent article de l’université de Laval (Canada) qui explique (en français) le processus de formation des montagnes. En espérant que cela éclaircira le contenu de cet article, dont le but était davantage de montrer qu’il y a eu de l’eau liquide sur Mars pendant très longtemps.   Crédit image : le cratère Gale à l’époque où il était rempli d’eau (NASA/JPL-Caltech/ESA/DLR/FU Berlin/MSSS) Continue reading

L’ADN des parchemins en dit long sur l’histoire des moutons

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83674_web.jpgFaire parler les parchemins, cela ne semble pas particulièrement original. Après tout, pendant un bon millénaire, c’est sur cette peau animale spécialement préparée qu’ont été conservé les écrits qui sont parvenus jusqu’à nous. Mais la méthode utilisée par des généticiens du Trinity College de Dublin n’a rien à voir avec la plume et l’encre : ils se sont intéressé à l’ADN des moutons (et des chèvres) sur la peau desquels les écrits ont été réalisés. Le mouton est associé de très près au développement de l’agriculture. Il ne servait pas qu’à la production de parchemin ou à donner de la viande, il était aussi producteur de laine, et en tant que tel, essentiel à l’économie des îles britanniques pendant de nombreux siècles. Comprendre son histoire, c’est aussi éclairer celle de la vie des habitants de Grande-Bretagne du Moyen-âge jusqu’à l’arrivée de l’imprimerie. Les chercheurs du Trinity College ont donc extrait de l’ADN et des protéines de petits échantillons de parchemins des 17ème et 18ème siècles, obtenus auprès de l’institut Borthwick (université de York), et ont comparé les résultats avec les équivalents modernes de ces animaux. L’un des échantillons a montré des liens forts avec le nord de la Grande-Bretagne, plus particulièrement les régions comprenant des moutons à tête noire comme les Swaledale, Rough Fell et Scottish Blackface. Un autre échantillon, lui, avait une plus grande ressemblance avec les espèces des Midlands et du sud de l’Angleterre, régions où la fin du 18ème siècle a vu l’émergence de techniques d’amélioration des races ovines. L’étude, publiée dans la revue Philosophical Transactions of the Royal Society B, n’est qu’un début. Daniel Bradley, professeur de génétique des populations au Trinity College explique avec enthousiasme que ”ce projet pilote suggère que les parchemins sont une étonnante ressource pour les études génétiques du développement de l’agriculture à travers les siècles. Il doit y en avoir des millions, conservés dans des bibliothèques, archives, études et même dans nos greniers. Après tout, le parchemin était le matériau de choix pour l’écriture pendant des milliers d’années, remontant jusqu’aux manuscrits de la Mer Morte”. “La laine était en fait le pétrole des temps révolus, aussi, savoir comment les changements effectués par les humains ont affecté la génétique des moutons au travers des ages peut nous révéler énormément de choses sur l’évolution des pratiques agricoles,” conclut-il.   Credit photo :  (By permission of The Borthwick Institute for Archives) Continue reading