La sélection cérébrale de la semaine (numéro 94)

Voici ma sélection des articles publiés la semaine du 9 au 16 mai 2016 dans le domaine des neurosciences. Une étude australienne rapporte que sur les trente dernières années, l’usage croissant du téléphone portable n’a pas entraîné d’augmentation de cas de cancers du cerveau. Selon une étude scientifique récente, il serait possible de tromper le cerveau ne lui faisant croire que la main à un sixième doigt grâce à la réalité virtuelle. Cette découverte, bien que surprenante, pourrait être intéressante dans une perspective de réduction suite … Continuer la lecture de La sélection cérébrale de la semaine (numéro 94)
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Adieu 3.14.16 : le 26 juin, ce sera Tau Day

Oui je sais, certains fêtent la journée de pi aujourd’hui, puisque le 14 mars se note 3.14 aux USA. Et comme nous sommes en 2016, c’est même 3.1416 . Et en prime Gilles nous a fait déguster une délicieuse Nusstorte des Grisons bien ronde. Mais je ne suis pas parvenu à me réjouir pleinement car depuis quelques temps un doute me ronge : et si π était faux ?
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Les Néandertaliens ont-ils inventé l’allume-feu chimique ?

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mangaan.jpg Crédit photo : des morceaux de dioxyde de manganèse trouvés à Pech-de-l’Azé, dont certains comportent des marques indiquant leur “grattage” pour en faire de la poudre (photo Peter Heyes) L’Homme de Néandertal, ce cousin de l’humanité, n’était probablement pas moins intelligent que nos ancêtres. En de nombreux sites, la recherche archéologique a montré ses capacités de fabrication d’outils et même ses talents artistiques. Aujourd’hui, c’est un pas supplémentaire qui est franchi dans la connaissance des Néandertaliens : une étude menée par des chercheurs de deux universités néerlandaises laisse en effet entendre que ce prédécesseur d’Homo Sapiens en Europe aurait également eu des notions de chimie pratique. On pensait jusqu’ici que les Néandertaliens utilisaient certains pigments pour raisons esthétiques et artistiques, notamment pour colorer leurs vêtements et leur peau (les premiers maquillages ?). Les composés à base de manganèse sont d’ailleurs présents dans certaines grottes préhistoriques où les Homo Sapiens les ont utilisés pour dessiner, comme c’est le cas à Lascaux. Des chercheurs vont aujourd’hui beaucoup plus loin en suggérant que le dioxyde de manganèse présent sur certains sites occupés par l’Homme de Néandertal aurait pu lui servir… à faire du feu. Ces scientifiques se basent sur plusieurs éléments. Tout d’abord, l’efficacité de l’ajout de poudre de dioxyde de manganèse à du petit bois, ce qui permettrait de l’allumer beaucoup plus facilement avec l’étincelle produite par le frottement de deux silex. Ensuite, en étudiant les morceaux de dioxyde de manganèse trouvés notamment sur le site néandertalien de Pech-de-l’Azé (Dordogne), montrant qu’ils avaient bien été “grattés” pour en récupérer de la poudre. Elle aurait bien sûr pu être utilisée pour des raisons cosmétiques, mais selon les chercheurs, il aurait été beaucoup plus simple d’utiliser de la suie ou du charbon de bois, alors que, selon les auteurs, “les oxydes de manganèse auraient nécessité un investissement en temps et en énergie considérablement plus important pour les obtenir“. Alors, les Néandertaliens, ou du moins ceux d’entre eux qui vivaient en Dordogne voici 50 000 ans, ont-ils inventé une sorte “d’allume-feu chimique” ? L’étude n’apporte pas de preuves irréfutables, mais un faisceau d’indices intéressant. Vidéo : des expériences de combustion avec ou sans la poudre de dioxyde de manganèse obtenue à partir des blocs trouvés sur le site néandertalien de Dordogne. Continue reading

#psPlaisir – Laurent Flutsch : le plaisir chez les Romains

La chronique de Laurent démarre à 7:13 » écouter sur Soundcloud Billet diffusé dans le cadre de l’émission radio-dessinée #psPlaisir le 16 janvier 2016 à Lausanne   LE PLAISIR CHEZ LES ROMAINS Vaste sujet. A l’évidence, il est aussi foisonnant, aussi variable, aussi complexe et aussi vague que la notion de « plaisir chez les Occidentaux […]
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L’homme de l’âge de Bronze était un pirate du 16ème siècle…

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1.Facial_reconstruction___CREDIT_Forensic_Artist_Hayley_Fisher_JADU.jpgAgrandir une école est généralement un projet assez banal. Mais à l’école primaire Victoria, non loin du petit port de Newhaven, à Edimbourg, cela a donné lieu à quelques surprises. Comme lors de nombreux projets urbains, des fouilles archéologiques préventives ont en effet été effectuées dans ce qui est la plus ancienne école primaire encore en activité dans la capitale écossaise. En janvier 2014, elles ont permis de découvrir un squelette gisant à un mètre sous ce qui était la cour où jouaient habituellement les bambins. L’homme était en position foetale, entouré de morceaux de poteries. Les os permettaient de déterminer qu’il mesurait entre 1m50 et 1m67, et qu’il était âgé d’une cinquantaine d’années au moment de son trépas. Il faut dire qu’au moyen-âge, Newhaven était un petit village avec son propre port, et la trouvaille n’était pas particulièrement surprenante. Mais les premières constatations réalisées sur les ossements laissaient envisager une hypothèse intéressante : il pouvait s’agir d’un homme de l’âge du Bronze. La position dans laquelle on l’a trouvé ainsi que l’état des ossements allaient toutes deux dans ce sens. John Lawson, responsable archéologique du conseil municipal d’Edimbourg, avouait alors que la découverte était “totalement inattendue, puisque nous cherchions des traces du 15ème siècle, associées avec le port et le chantier naval. Ce que nous avons trouvé, ce sont des restes d’un adulte datant des environs de 2000 avant JC.” Il ne s’agissait cependant que d’une hypothèse, qui vient d’être démentie par les analyses effectuées sur les ossements. La datation au carbone 14 indique en effet que les ossements appartiennent à un homme des 16ème-17ème siècles, et qui de surcroît a été victime d’une mort violente. Selon les archéologues, il s’agit très probablement d’un pirate : un gibet se trouvait non loin de là voici 600 ans, et il y aurait rencontré son trépas avant d’être exposé à la vue de tous (une pratique commune pour “décourager” les vocations de pirate). Son corps aurait alors été simplement abandonné dans un terrain vague. Selon les spécialistes, une tombe peu profonde, sans pierre tombale, indiquerait qu’il n’avait ni parents ni amis dans les environs, et le fait qu’il n’ait pas été enterré dans l’un des trois cimetières proches iraient également dans le sens d’un criminel exécuté. C’est donc un cas d’école intéressant, qui montre qu’en archéologie, il faut parfois attendre quelques années avant d’avoir toutes les données nécessaires à l’identification de restes humains. L’erreur consistant à dater les ossements à l’âge du Bronze était cependant compréhensible : les os étaient en très mauvais état, et ils se trouvaient aux côtés de poteries qui, elles, dataient bien de cette époque reculée. Crédit photo : reconstitution du visage du “pirate” réalisée par l’artiste Hayley Fisher (via le site du conseil municipal d’Edimbourg) Continue reading

Et si Stonehenge avait d’abord été construit au Pays de Galles ?

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Archéologues et géologues britanniques ont confirmé l’origine des “pierres bleues” du premier cercle du site mégalithique, tout en laissant entendre qu’elles provenaient d’un premier monument Gallois.

9273198.png Stonehenge nous réserve décidément bien des surprises. Depuis quelques mois, les révélations se succèdent sur le site mégalithique, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité. Les archéologues ont tout d’abord fouillé les environs, et trouvé de nombreux éléments montrant que Stonehenge n’était pas un cercle de pierres isolé en rase campagne mais bien une partie, certes importante, d’un grand site rituel comprenant également des habitations. Durrington Walls, à trois kilomètres de là, était semble-t-il un lieu de rassemblement et de vie lié à Stonehenge, et on y a même découvert 90 menhirs enterrés. Les archéologues ont même pu déterminer une partie des us et coutumes en vigueur, dont le régime alimentaire de ses occupants. La source des “pierres bleues” Aujourd’hui, ce sont les “pierres bleues”, constituant le premier cercle de Stonehenge, qui font l’objet de révélations étonnantes. il faut tout d’abord savoir que Stonehenge ne s’est pas, contrairement à la légende, édifié en un jour. Le monument a évolué pendant des siècles. Des fossés de terre, suivis d’une première enceinte de bois, ont été les premières étapes. Puis est venu un premier cercle composé de blocs de “pierre bleue” (bluestone). Ce n’est qu’ensuite que les gigantesques blocs de “pierre de sarcen” (du grès local) de plus de 10 tonnes ont été érigés. 616px-Stonehenge_plan.jpg Plan du site de Stonehenge. 1. la pierre d’autel ; 2 et 3.tumuli ; 4. la pierre de sacrifice ; 5. la « Heel Stone » (pierre talon) ; 6. deux des quatre « stations » ; 7, 8, 9. fossés, talus ; 10. l’« avenue » monumentale, qui mène à la rivière Avon, à trois kilomètres à l’est ; 11 et 12. les deux cercles de 30 trous « Y » et « Z » ; 13. les 56 trous d’Aubrey ; 14. entrée secondaire.
Le monument (cromlech) est situé à l’intérieur du cercle 12 : les mégalithes de grès « sarsen » sont en gris, et les « pierres bleues » en bleu.  (Dessin de Adamsan via Wikimedia Commons) Si l’origine de la “pierre de sarcen” n’est pas un mystère, les pierres bleues, elles, ont alimenté les discussions depuis que les archéologues s’intéressent à Stonehenge. Ces pierres sont de deux types différents  : de la dolérite et de la rhyolite. Deux minéraux qui n’existent pas autour de Stonehenge. Les archéologues ont donc cherché la source des “pierres bleues”, des blocs certes plus petits que les gigantesques “pierres de sarcen”, mais qui pèsent tout de même dans les deux tonnes. Plusieurs théories ont été émises au fil des années, avant qu’une zone géographique ne se détache du lot des possibles : les collines de Preseli, à l’ouest du Pays de Galles, à quelques 280 kilomètres de Stonehenge. Cette hypothèse, émise dès 1923, a peu a peu reçu des confirmations, notamment grâce aux moyens modernes d’analyse permettant de reconnaître les types de pierre et de confirmer leur origine. Restait à identifier exactement les carrières d’où la dolérite et la rhyolite avaient été extraites, et il semble que ce soit aujourd’hui chose faite, grâce à une campagne de fouilles menée par une équipe d’archéologues et de géologues de plusieurs universités britanniques, qui viennent de publier leurs résultats dans la revue spécialisée Antiquity. Deux carrières, dans les collines de Preseli, seraient bien celles d’où les “pierres bleues” ont été extraites: la dolérite viendrait de Carn Goedog et la rhyolite de Craig Rhos-y-felin. De là, les pierres auraient donc été transportées vers le nord pour rejoindre la mer, puis emmenées par bateau, ou alors acheminées par voie de terre vers l’est. Cette dernière thèse est privilégiée par le professeur Mike Parker Pearson, archéologue de l’University College de Londres et directeur du projet. “Chacun des 80 monolithes pesait moins de deux tonnes, aussi des groupes de personnes ou des boeufs auraient pu réussir cela.” stonehengebl.jpg Les fouilles à Craig Rhos-y-felin (Courtesy of Adam Stanford © Aerial-Cam Ltd, via University College London) “Stonehenge était un monument Gallois” Dans ces carrières, qui exploitent des affleurements rocheux, les ouvriers préhistoriques inséraient des pieux de bois dans les fissures entre les piliers naturels que forment ces types de minéraux. Ils n’avaient alors plus qu’à laisser agir la pluie galloise, qui faisait alors gonfler le bois jusqu’à ce que les morceaux se détachent. “Les ouvriers de ces carrières abaissaient alors les fins piliers sur des plateformes de terre et de pierre, une sorte de “quai de chargement” à partir duquel les pierres monumentales pouvaient être emportées le long de pistes conduisant hors de chaque carrière“, détaille le Dr Josh Pollard, archéologue à l’université de Southampton. Les chercheurs ont découvert des restes des feux de camp allumés par ces ouvriers préhistoriques, et en les datant, ils ont pu constater que ces affleurements avaient été exploités à plusieurs reprises : durant le néolithique, voici 4 à 5000 ans, et à l’âge du Bronze, voici 4000 ans. “Nous avons des dates autour de 3400 avant notre ère pour Craig Rhos-y-felin et 3200 avant notre ère pour Carn Goedog, ce qui est intrigant car les pierres bleues ne sont pas érigées à Stonehenge avant les environs de 2900 avant notre ère“, s’interroge le professeur Parker Pearson. “Les porteurs de pierre néolithiques auraient pu prendre 500 ans pour amener ces pierres à Stonehenge, mais c’est plutôt improbable de mon point de vue. Il est plus probable que les pierres ont été d’abord utilisées dans un monument local, quelque part près des carrières, qui a été ensuite démantelé et transporté jusqu’au Wiltshire” (région de Stonehenge). Beddarthur_standing_stone_circle,_Preseli_Mountains_-_geograph.org.uk_-_258436.jpgDe tels monuments mégalithiques existent dans cette zone de l’ouest gallois. Par exemple, la “tombe d’Arthur”, ou “Bedd Arthur“, qui se trouve également dans les collines de Preseli. L’ancêtre de Stonehenge pourrait lui ressembler. Reste à trouver ce monument gallois “pré-Stonehenge”. Pour le professeur Kate Welham, de l’université de Bournemouth, les restes de cet ancien monument se trouvent quelque part entre les deux carrières. “Nous avons réalisé des études géophysiques, des excavations et des analyses de photos aériennes de la zone, et nous pensons avoir trouvé le site le plus probable. Les résultats sont très prometteurs, et nous pourrions trouver quelque chose d’important en 2016“, assure-t-elle. D’autres fouilles sont en effet programmées pour l’an prochain. “Stonehenge était un monument gallois depuis son origine“, renchérit le professeur Parker Pearson. “Si nous pouvons trouver au Pays de Galles le monument original à partir duquel il a été construit, nous serons enfin capables de résoudre le mystère de la raison de la construction de Stonehenge, et expliquer pourquoi certaines de ses pierres ont été transportées aussi loin“. Photo : Monument de Bedd Arthur (la “tombe d’Arthur”) dans les collines de Preseli. Les pierres bleues de Stonehenge pourraient provenir d’un cercle similaire. (Andrew Howey via Wikimedia Commons)     Continue reading