Les Britanniques ont découvert l’import-export avant l’agriculture…

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800px-Wheat_close-up (2).JPGL’agriculture serait née il y a plus de 10 000 ans en Mésopotamie, lorsque nos ancêtres ont appris à domestiquer des plantes sauvages. Mais la pratique de ce qui était alors une nouvelle technologie ne s’est pas répandue aussi vite que celle de l’utilisation des téléphones portables ces dernières années. Dans de nombreuses régions du monde, il a fallu des milliers d’années pour que les habitants passent d’une vie de chasseurs-cueilleurs à une existence de fermiers… ou que les autochtones courant après les migrations saisonnières des animaux et récoltant les baies sauvages soient remplacés par d’autres tribus pratiquant l’agriculture. En Grande-Bretagne, on estimait jusqu’ici que l’agriculture s’était implantée voici 6000 ans. C’est en tout cas ce que les archéologues ont déduit des découvertes effectuées, et de la datation des os et des outils associés à l’agriculture. C’est pourquoi ce fut une surprise de découvrir des échantillons de blé beaucoup plus anciens lors de fouilles sous-marines au large de l’île de Wight. Une étude qui vient d’être publiée dans le journal Science fait état de cette découverte étonnante, dans des sols datant de 8000 ans, et qui démontre la présence de blé cultivé 2000 ans plus tôt que prévu, et aussi 400 ans plus tôt que sur les sites d’Europe continentale les plus proches. Le site de Bouldnor Cliff, aujourd’hui à 11 mètres de profondeur, était alors bien au sec. Là, un groupe de chasseurs-cueilleurs avait établi son camp. Les aliments qu’ils consommaient ont été depuis longtemps détruits, mais les sédiments du campement ont révélé leurs secrets grâce aux analyses ADN. Les spécialistes ont ainsi pu déterminer la présence de deux variétés de blé domestique originaire du Moyen-Orient, et qui n’ont aucun ancêtre sauvage dans le nord de l’Europe. “Cela signifie qu’ils étaient associés à l’apparition de l’agriculture au Moyen-Orient plutôt que domestiqués localement”, précise Science. Et ce à une époque où l’agriculture n’avait pas encore été plus à l’ouest que les Balkans. Alors, s’agit-il d’un exemple de fermiers qui se seraient répandus plus vite qu’on le pensait ? Pas du tout, selon les scientifiques. S’ils ont trouvé les traces du fameux blé, il n’y avait pas de pollen… ce qui indique que les céréales n’avaient pas effectué tout leur cycle de vie sur les lieux. Et si le blé n’était pas cultivé là, c’est qu’il avait été importé ! De plus, aucune graine n’a été retrouvée, ce qui laisse penser que ce blé était sous forme de farine. “Ces résultats suggèrent que des réseaux sociaux sophistiqués reliaient les communautés néolithiques du sud de l’Europe avec les peuples mésolithiques du nord de l’Europe”, expliquent les chercheurs. Le néolithique est en effet la période correspondant à l’arrivée des civilisations agraires, alors que le mésolithique, lui, concerne encore des chasseurs-cueilleurs. “Il y avait un réel lien culturel entre les anciens Britanniques et l’Europe”, explique à Phys.org Robin G.Allaby, de l’université de Warwick (Angleterre) et auteur principal de l’étude. “Les peuples du mésolithique n’ont pas été remplacés rapidement par ceux du néolithique. Il y a eu une longue période, des milliers d’années, d’interaction entre les deux”. Et dans les interactions, il y avait donc l’acquisition de farine de blé cultivé chez leurs voisins du sud. Un bel exemple d’importation de denrées alimentaires…   Crédit photo : Un champ de blé (Bluemoose via Wikimedia Commons) Continue reading

Les Britanniques ont découvert l’import-export avant l’agriculture…

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800px-Wheat_close-up (2).JPGL’agriculture serait née il y a plus de 10 000 ans en Mésopotamie, lorsque nos ancêtres ont appris à domestiquer des plantes sauvages. Mais la pratique de ce qui était alors une nouvelle technologie ne s’est pas répandue aussi vite que celle de l’utilisation des téléphones portables ces dernières années. Dans de nombreuses régions du monde, il a fallu des milliers d’années pour que les habitants passent d’une vie de chasseurs-cueilleurs à une existence de fermiers… ou que les autochtones courant après les migrations saisonnières des animaux et récoltant les baies sauvages soient remplacés par d’autres tribus pratiquant l’agriculture. En Grande-Bretagne, on estimait jusqu’ici que l’agriculture s’était implantée voici 6000 ans. C’est en tout cas ce que les archéologues ont déduit des découvertes effectuées, et de la datation des os et des outils associés à l’agriculture. C’est pourquoi ce fut une surprise de découvrir des échantillons de blé beaucoup plus anciens lors de fouilles sous-marines au large de l’île de Wight. Une étude qui vient d’être publiée dans le journal Science fait état de cette découverte étonnante, dans des sols datant de 8000 ans, et qui démontre la présence de blé cultivé 2000 ans plus tôt que prévu, et aussi 400 ans plus tôt que sur les sites d’Europe continentale les plus proches. Le site de Bouldnor Cliff, aujourd’hui à 11 mètres de profondeur, était alors bien au sec. Là, un groupe de chasseurs-cueilleurs avait établi son camp. Les aliments qu’ils consommaient ont été depuis longtemps détruits, mais les sédiments du campement ont révélé leurs secrets grâce aux analyses ADN. Les spécialistes ont ainsi pu déterminer la présence de deux variétés de blé domestique originaire du Moyen-Orient, et qui n’ont aucun ancêtre sauvage dans le nord de l’Europe. “Cela signifie qu’ils étaient associés à l’apparition de l’agriculture au Moyen-Orient plutôt que domestiqués localement”, précise Science. Et ce à une époque où l’agriculture n’avait pas encore été plus à l’ouest que les Balkans. Alors, s’agit-il d’un exemple de fermiers qui se seraient répandus plus vite qu’on le pensait ? Pas du tout, selon les scientifiques. S’ils ont trouvé les traces du fameux blé, il n’y avait pas de pollen… ce qui indique que les céréales n’avaient pas effectué tout leur cycle de vie sur les lieux. Et si le blé n’était pas cultivé là, c’est qu’il avait été importé ! De plus, aucune graine n’a été retrouvée, ce qui laisse penser que ce blé était sous forme de farine. “Ces résultats suggèrent que des réseaux sociaux sophistiqués reliaient les communautés néolithiques du sud de l’Europe avec les peuples mésolithiques du nord de l’Europe”, expliquent les chercheurs. Le néolithique est en effet la période correspondant à l’arrivée des civilisations agraires, alors que le mésolithique, lui, concerne encore des chasseurs-cueilleurs. “Il y avait un réel lien culturel entre les anciens Britanniques et l’Europe”, explique à Phys.org Robin G.Allaby, de l’université de Warwick (Angleterre) et auteur principal de l’étude. “Les peuples du mésolithique n’ont pas été remplacés rapidement par ceux du néolithique. Il y a eu une longue période, des milliers d’années, d’interaction entre les deux”. Et dans les interactions, il y avait donc l’acquisition de farine de blé cultivé chez leurs voisins du sud. Un bel exemple d’importation de denrées alimentaires…   Crédit photo : Un champ de blé (Bluemoose via Wikimedia Commons) Continue reading

Changements climatiques en Asie, peste noire en Europe…

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800px-Yersinia_pestis.jpgLa peste noire. Plus de 600 ans après l’épidémie, le nom seul fait encore frémir. En six ans, de 1347 à 1353, entre 30 et 50% de la population européenne y succomba, et ce n’était que la partie aiguë d’une pandémie qui se prolongea sur plusieurs siècles. Jusqu’ici, les principales théories pensaient que la bactérie responsable de cette peste, Yersinia Pestis, avait été introduite dans les ports méditerranéens en provenance d’Asie en 1347. Elle se serait alors propagée sur tout le continent, via les puces infectées parasitant les rats, ces derniers infestant les centres urbains médiévaux. Ces mêmes rongeurs auraient alors constitué des sortes de “réservoirs” locaux, qui auraient expliqué la persistance de la maladie et des sursauts d’épidémies durant plusieurs siècles. Certes, il y a des théories alternatives. Par exemple, l’an dernier, une équipe médicale britannique expliquait que la peste noire n’était pas un type de peste bubonique comme on le pensait, mais une peste pulmonaire, à l’incubation plus rapide, transmise entre humains et non par les rats. Aujourd’hui, c’est le concept de “réservoirs de rongeurs” qui est remis en question par une équipe de chercheurs norvégiens et suisses. Selon ces scientifiques, qui publient leurs résultats dans la revue PNAS, il n’y aurait en effet pas eu une contamination unique en 1347, mais bien des vagues de peste régulières venant d’Asie à partir de cette époque-là. Des vagues provoquées… par les variations climatiques. En comparant les épidémies régionales entre 1347 et le début du 19ème siècle avec les cernes de croissance des arbres (une méthode pour dater les événements climatiques) en Europe et en Asie, les chercheurs ont mis en évidence une relation entre les fluctuations de la météo et l’arrivée de nouvelles vagues de peste en Europe. Celles-ci se produisaient en effet dans un délai de 10 à 15 ans après des événements pluvieux affectant l’Asie centrale. Apparemment, les conditions climatiques créées par ces pluies (printemps humide et été chaud) auraient permis à un rongeur sauvage, la grande gerbille, de prospérer plus que de coutume. Or, ce rongeur est également un vecteur pour les puces transmettant la peste. “De telles conditions sont bonnes pour les gerbilles. Cela signifie une population de gerbilles importante sur de très grands territoires, et cela est favorable à la peste”, expliquait à la BBC le professeur Niels Christian Stehseth, de l’université d’Oslo, auteur principal de l’article. Selon cette étude, ce serait donc cette grande gerbille qui, lors des cycles climatiques lui fournissant un environnement favorable, aurait permis à la peste de se transmettre à l’Europe de manière régulière via les ports de commerce avec l’Asie, mais aussi via la Russie du sud. the-climatic-pulse.png Crédit photos :  - Yersinia Pestis, la bactérie responsable de la peste bubonique, vue au microscope électronique (Rocky Mountain Laboratories, NIAID, via Wikimedia Commons) - Le parcours de la peste : la première phase voit la peste se propager grâce à l’augmentation de la population de rongeurs, et se transmet aux humains (1 à 2 ans). La maladie va alors voyager en suivant les routes commerciales, depuis l’Asie jusqu’en Europe (entre 10 et 12 ans). Elle se propage ensuite à l’ensemble de l’Europe en moins de 3 ans.  (Center of ecological and evolutionary synthesis (CEES), université d’OSLO) Continue reading

L’étoile qui a frôlé le système solaire

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1436_binarysystem.jpg En ce temps-là, l’Europe était occupée par l’Homme de Néandertal. En ce temps-là, nos ancêtres avaient déjà commencé à migrer hors d’Afrique, mais ne s’étaient pas encore aventurés sur un continent encore en pleine glaciation. En ce temps-là, on pouvait aller en Angleterre à pied. En ce temps-là, un autre soleil est passé très près du nôtre. Lorsqu’on regarde le ciel aujourd’hui à partir de l’hémisphère sud, on peut voir une constellation poétiquement nommée la Licorne. A une vingtaine d’années-lumière dans cette direction se trouve une petite étoile (sa masse est de 8% de celle du Soleil) pas très brillante, dont la découverte n’a été annoncée qu’en 2013 : l’étoile de Scholz. A cette distance-là, c’est une voisine, même si d’autres étoiles sont beaucoup plus proches (comme le système d’Alpha/Proxima du Centaure, qui est à un peu plus de 4 années-lumières d’ici). Mais il y a 70 000 ans, les positions des étoiles dans la Voie Lactée n’étaient pas les mêmes. Car autant on peut avoir l’impression en regardant le ciel que tous ces points brillants sont immobiles, c’est loin d’être le cas : la galaxie est en mouvement, et les étoiles qui la composent “tournent” plus ou moins autour de son centre. C’est le cas de notre Soleil. C’est aussi le cas de l’étoile de Scholz. Il y a 70 000 ans, l’étoile de Scholz a frôlé notre système solaire. L’Homme de Néandertal ne s’en est pas aperçu, et nos ancêtres pas davantage, mais la naine rouge a tout de même traversé ce que l’on nomme le “berceau des comètes”, le nuage d’Oort. De quoi envoyer balader plus d’une boule de glace! En plus, l’étoile de Scholz n’est pas seule : elle a un compagnon discret, ce que l’on nomme une naine brune, un objet intermédiaire entre les géantes gazeuses de type Jupiter et de petites étoiles. C’est donc cette paire discrète qui a effectué une incursion très près de la Terre, du moins à l’échelle astronomique : elle est passée à 0,8 années-lumière du Soleil… Cela représente plus de mille fois la plus grande distance entre le Soleil et Pluton, mais vu de la galaxie, c’est à un cheveu. La découverte de ce passage a été effectuée par une équipe internationale emmenée par Eric Mamajek, de l’université de Rochester (USA). En analysant la trajectoire et la vitesse de l’étoile de Scholz, les chercheurs ont pu déterminer la date de ce passage, et le fait que la naine rouge et sa compagne sont passées au travers d’une zone peuplée de milliards de comètes. Ils viennent de publier leurs résultats dans la revue Astrophysical Journal Letters. Heureusement, l’étoile de Scholz est passée dans la frange extérieure du nuage d’Oort. Si elle avait approché la partie interne de ce nuage, elle aurait pu déclencher des pluies de comètes dans tout le système solaire, avec un danger pour la Terre. Ce ne fut pas le cas, et nos braves ancêtres n’ont probablement même pas remarqué une étoile filante de plus que d’ordinaire. Ce passage récent d’une étoile dans la banlieue du Soleil montre que la galaxie n’est pas un endroit très sûr. “D’autres perturbateurs du nuage d’Oort peuvent être tapis parmi les étoiles proches”, prévient Eric Mamajek. Le satellite européen Gaia, qui doit cartographier les distances et vitesses d’un milliard d’étoiles, devrait apporter des éléments sur le sujet. Qui sait, peut-être découvrirons-nous que d’autres étoiles sont passées encore plus près. Ou que d’autres vont venir nous rendre visite, dans quelques dizaines de milliers d’années… Crédit image : vue d’artiste de l’étoile de Scholz et de la naine brune qui l’accompagne, durant leur passage près du système solaire (Michael Osadciw/University of Rochester.) Continue reading

Le rat géant qui mordait plus fort qu’un tigre

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Josepho Francia.jpgIl a déjà un surnom, facile à retenir : Ratzilla. Josephoartigasia monesi, c’est son appellation officielle, ressemblait à un gros cochon d’Inde d’un mètre cinquante de haut et trois mètres de long, pesait une tonne, et vivait en Amérique du Sud il y a entre 2 et 4 millions d’années. Ce rongeur hors normes nous est connu par un crâne que l’on a retrouvé en Uruguay. L’animal a fait l’objet d’une description détaillée en 2008, dans le journal Proceedings B. Les auteurs le qualifient alors de “plus grand rongeur connu”. Si l’animal était impressionnant, son régime alimentaire, lui, était végétarien : il consommait probablement des fruits, des végétaux et peut-être quelques algues. Mais pour manger tout ça, il avait à sa disposition des mâchoires à en faire pâlir d’envie nos actuels tigres et crocodiles. C’est en tout cas ce qu’affirme une étude qui vient d’être publiée dans le “Journal of Anatomy”.  Pour mieux comprendre les capacités de mastication de l’animal, les chercheurs des universités de York (Angleterre) et Montevideo (Uruguay) ont utilisé des logiciels de modélisation pour estimer la force exercée par ses mâchoires, en comparant à la fois le crâne du fossile et le modèle de la mâchoire inférieure d’un chinchilla, un parent proche encore vivant. Le résultat obtenu est une force de 4165 newtons, soit “à peu près trois fois plus que celle estimée pour les tigres et les crocodiles de taille moyenne”, précisent les auteurs. A la pointe de ses incisives géantes, Ratzilla aurait encore été de 1400 newtons, soit l’équivalent de la force des mâchoires d’un tigre. Les incisives en question auraient d’ailleurs pu encaisser les conséquences d’une force trois fois supérieure, ce qui amène les scientifiques à penser que cette charmante bestiole utilisait ses dents de devant pour autre chose que la mastication. Déterrer des racines ou se défendre contre les prédateurs sont les hypothèses émises. Ratzilla aurait ainsi pu utiliser ses incisives un peu comme les éléphants se servent aujourd’hui de leurs défenses. De quoi décourager de leur chercher des noises, à moins d’être vraiment plus gros… Rinderknecht and Blanco Fig 4.jpg Crédit images :  - Vue d’artiste de Josephoartigasia monesi (James Gurney via l’université de York) - Taille comparée d’un humain, d’un Josephoartigasia monesi et d’un pacarana, son plus proche parent vivant (Andres Rinderknecht et Ernesto Blanco via l’université de York) Continue reading

Les humains et Néandertal ont vécu ensemble en Israël il y a 55 000 ans

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Skeleton_and_restoration_model_of_Neanderthal_La_Ferrassie_1.jpgNotre connaissance de la préhistoire progresse à pas de géant ces dernières années, et plus particulièrement celle du sujet passionnant qu’est la rencontre entre nos ancêtres en ligne directe, les humains modernes qui sont partis d’Afrique, et l’Homme de Néandertal, ce cousin implanté en Europe avec lequel ils se sont partiellement mélangés.  A chaque nouveau morceau d’os découvert, nous avons une nouvelle pièce du puzzle. En octobre, on apprenait grâce à un morceau de fémur qu’un Sibérien vivant il y a 45000 ans avait déjà des gènes de Néandertal. La rencontre, parfois intime, entre les humains de l’époque et Néandertal, n’était cependant pas encore datée, ni située… jusqu’à la découverte d’un morceau de crâne dans la grotte de Manot, à l’ouest de la Galilée, en Israël. Le crâne en question aurait dans les 55 000 ans, comme le rapportent les travaux d’une équipe internationale qui viennent d’être publiés dans le journal Nature. Il s’agirait bien d’un crâne d’humain moderne, et très probablement celui de l’un des ancêtres des hommes qui sont allés peupler l’Europe au paléolithique. Et aussi de l’un de ceux qui ont coexisté avec les populations néandertaliennes, la grotte de Manot étant proche de deux sites occupés par l’Homme de Néandertal à la même époque, ce qui ferait de cette zone “le seul endroit où les humains anatomiquement modernes et les Néandertaliens ont vécu côte à côte pendant des milliers et des milliers d’années”, déclare Israel Hershkovitz, anthropologue à l’université de Tel-Aviv et co-auteur de l’article. “C’est la première preuve qui montre qu’il y avait une large vague de migrants venant de l’est de l’Afrique, qui ont traversé les déserts du Sahara et de Nubie et ont été peupler l’est du bassin méditerranéen il y a 55 000 ans”, précise le professeur Hershkovitz à la BBC. “Il s’agit bien d’un crâne clé pour comprendre l’évolution de l’humain moderne”. On ne pourra malheureusement pas savoir si l’humain à qui appartenait ce crâne avait ou non des gènes de Néandertal, les chercheurs précisant que son ADN n’avait probablement pas été préservé. “Ce spécimen est vraiment important et excitant, car si la datation est correcte, il montre pour la première fois que les humains modernes ont vécu au Moyen-Orient en même temps que les Néandertals”, affirme Katerina Harvati, paléoanthropologue à l’université de Tübingen (Allemagne). “Jusqu’ici, nous n’avions pas de preuves que les deux avaient même coexisté dans cette région à cette époque, c’est donc une pièce essentielle du puzzle”. Une pièce que les chercheurs espèrent qu’elle ne soit pas unique, et qu’ils puissent trouver d’autres fragments d’os, peut-être même avec de l’ADN à analyser. Mais en attendant, cette découverte reste un jalon important pour mieux comprendre le long voyage de migration des humains modernes à partir de l’Afrique, et de leurs interactions avec l’Homme de Néandertal. Une cohabitation qui ne se serait donc pas seulement produite en Europe, mais aurait peut-être débuté au Moyen-Orient, où deux espèces différentes auraient vécu ensemble… et se seraient même génétiquement croisées.   Crédit photo : le squelette et la reconstitution d’un homme de Néandertal au musée national de la nature et des sciences de Tokyo (Photaro / Wikimedia Commons) Continue reading

Fin du mystère sur la mort d’un chef de guerre italien en 1329

Il est connu comme le protecteur de Dante, qui lui dédia son Paradis, mais Cangrande della Scala (1291-1329) restera avant tout dans l’histoire tel qu’il est représenté sur la photographie ci-dessus, comme un condottiere, un seigneur de la guerre. Dans l’interminable conflit entre … Continuer la lecture

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Quand la science résout l’énigme de la mort d’un seigneur de Vérone

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800px-Tomba_Cangrande_VR.jpgL’investigation scientifique a parfois tous les ingrédients d’un bon polar. Elle permet aussi dans certaines circonstances d’élucider les circonstances de la mort de personnages disparus depuis des siècles. Ce fut le cas récemment pour Richard III d’Angleterre, dont on connaît même le régime alimentaire, ou encore, du moins sous forme d’hypothèse, pour Toutankhamon. Aujourd’hui, c’est un dirigeant de la cité-état de Vérone, en Italie, qui est sous les feux de l’actualité. Cangrande della Scala, capitaine de guerre de Vérone à la Renaissance, membre d’une dynastie qui dirigea la ville pendant plus d’un siècle, serait mort des suites d’une fièvre en juillet 1329, juste après avoir conquis la ville de Trévise. C’était en tout cas la version officielle, jusqu’à ces derniers jours. Une équipe de chercheurs dirigés par Gino Fornaciari, du département de paléopathologie de l’université de Pise (Italie) a en effet exhumé le corps de Cangrande,”toujours vêtu de ses habits précieux, et dans un bon état de conservation”,  afin de le soumettre à divers examens, dans une enquête qui a mêlé l’archéologie, la paléopathologie (étude des maladies du passé), la palynologie (étude des spores et grains de pollen), la toxicologie et, bien sûr, l’histoire. Les résultats de cette étude viennent d’être publiés dans le Journal of Archaeological Science. Selon les récits de l’époque, la mort de Cangrande, le 22 juillet 1329, a été précédée de vomissements, de diarrhée et d’une fièvre qu’il aurait contractée quelques jours plus tôt en buvant à une fontaine polluée. Une version officielle cependant teintées de quelques rumeurs d’empoisonnement, que les scientifiques ont tenté de vérifier. Lors des différents tests et de l’autopsie effectuée sur la momie, les chercheurs ont eu quelques éléments intéressants sur son état de santé. Ses poumons, par exemple, montrent qu’il aurait souffert de tuberculose, ainsi que d’anthracose, une maladie provoquée par l’inhalation de particules de charbon (facile à expliquer par les cheminées ouvertes dans les édifices médiévaux mal ventilés). Son foie pourrait présenter des traces de cirrhose, mais aussi de toxines liées à la digitale, une plante très toxique. On a également retrouvé des grains de pollen de camomille, de mûrier et… encore de digitale dans les excréments encore présents dans le corps. Les symptômes décrits par les textes prennent alors une autre signification. Ils sont en effet “compatibles avec la première phase d’une intoxication à la digitale”. Un empoisonnement confirmé par les analyses, donc. “L’hypothèse la plus probable des causes de la mort est l’administration délibérée d’une dose mortelle de digitale”, affirme l’étude. Le fait que l’on ait retrouvé des traces de camomille, une plante médicinale encore utilisée aujourd’hui, ou de mûrier, connu pour ses propriétés astringentes, peut laisser penser que le poison a pu être administré dans une tisane sous prétexte de soigner un autre problème de santé… Selon les auteurs de l’étude, ”même si plusieurs cas d’empoisonnement par l’utilisation de substances organiques sont connues par des sources historiques, il n’y a pas d’autres preuves directes documentées dans la littérature paléopathologique”. Ce serait donc la première fois qu’on peut prouver un empoisonnement dans le passé. Sherlock Holmes et H.G.Wells n’auraient pas fait mieux… Crédit photo : la tombe de Cangrande à Vérone (Lo Scaligero via Wikimedia Commons) Continue reading

Les typhons kamikazes, ou comment la météo a sauvé le Japon des Mongols

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637px-MokoShurai.jpgEn Occident, le mot “kamikaze” désigne principalement les aviateurs japonais envoyés en mission suicide durant la seconde guerre mondiale. Mais le terme lui-même remonte à une époque beaucoup plus éloignée. A cette époque, Kubilaï, petit-fils de Gengis Khan, règne sur l’empire conquis par son grand-père. L’homme s’est déjà approprié bien des us et coutumes de la civilisation chinoise, s’installant près de Pékin et fondant sa propre dynastie dans l’Empire du Milieu. Mais celui que servit Marco Polo ne reniait pas ses origines : il était, lui aussi, un conquérant, qui s’est notamment emparé de la Corée. Kubilaï s’est intéressé de très près au Japon, tentant par deux fois de le conquérir. En 1274, il envoie une première flotte à l’assaut. Les guerriers mongols mettent en déroute les samouraï japonais, mais finissent par battre en retraite, et leur flotte est endommagée par une tempête. La seconde tentative a lieu en 1281, l’empereur mongol envoyant ce qui est décrit comme l’une des plus grandes flottes de l’époque. Les Japonais ont profité du délai pour fortifier leurs côtes. Les envahisseurs ont du mal à prendre pied à terre, et lorsqu’ils y parviennent, les Japonais les repoussent. L’armée Mongole (d’ailleurs composée de beaucoup de Chinois) passe la plupart de son temps à bord de ses navires, eux aussi harcelés par des embarcations nippones. La légende veut que les Japonais aient invoqué leurs divinités, qui envoyèrent alors des vents célestes pour disperser la flotte mongole, marquant la fin de la tentative de conquête par Kubilaï. C’est de là que vient le mot “kamikaze”, littéralement “vent des dieux”. Il est parfois difficile de démêler l’histoire de la légende, et les compte-rendus et chroniques postérieures à l’événement peuvent être un peu (voire beaucoup) exagérées. Comment alors savoir ce qui s’est réellement passé ? C’est l’objet de l’étude qui a été menée par des chercheurs du département de géosciences de l’université du Massachussetts, qui ont publié récemment leurs résultats dans la revue Geology. Les scientifiques ont reconstitué 2000 ans de sédiments d’un lac côtier situé près de l’un des principaux sites de l’invasion mongole. Cela leur a permis de découvrir qu’entre 250 et 1600, les typhons étaient plus actifs dans la région qu’ils ne le sont aujourd’hui. Ils ont aussi pu confirmer que deux dépôts marins datent de l’époque des deux invasions, et correspondent bien aux “kamikaze” légendaires. “Les résultats sont en accord avec le fait que la paire de typhons Kamikaze a été d’une intensité significative, et corroborent les compte-rendus qui leur donnent un rôle important pour empêcher la conquête du Japon par les flottes mongoles,” précise l’étude. “Les typhons kamikaze peuvent donc servir d’exemple de premier plan de la manière dont les événements météorologiques extrêmes associés à des changements climatiques ont eu des impacts géopolitiques significatifs.” Comme quoi, les légendes sont parfois ancrées dans la réalité…   Crédit image : Représentation artistique de la tentative d’invasion mongole (Kikuchi Yoosai / Tokyo National Museum via Wikimedia Commons         Continue reading

A la recherche de l’urine de dinosaure

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Urolito_Fernandes.jpgIl y a dans le monde des collectionneurs de crottes de dinosaures. Lorsque ces créatures aujourd’hui disparues faisaient leur “grosse commission”, certains des déchets se retrouvaient fossilisés et transformés en pierres que l’on nomme coprolithes, et qui font aujourd’hui les délices de certains amateurs de reliques du passé. On peut même s’en procurer sur Ebay pour quelques dizaines d’euros. Mais si les matières fécales fossilisées en apprennent beaucoup aux scientifiques sur le régime alimentaire des dinosaures, on s’interroge toujours sur leur urine. Pour mieux comprendre ce mystère de la science, il faut parler des oiseaux et des crocodiles, qui sont sans doute les plus proches parents vivants des T-Rex et autres diplodocus. La plupart des oiseaux évacuent urine et matières fécales toutes ensemble, ce qui explique l’aspect liquide des tâches que vous retrouvez sur votre voiture (ou pour les moins chanceux sur leur veste) si vous passez du temps dans des lieux où les pigeons (ou les mouettes) volent bas. Si le détail de la chose vous intéresse, je vous recommande d’ailleurs un excellent article sur Ornithomedia. Mais revenons à nos oiseaux. Certains d’entre eux, comme les autruches, séparent l’action d’uriner de celle de déféquer, à la manière des mammifères que nous sommes. C’est aussi le cas pour les crocodiles et leurs divers cousins. La question se pose donc de savoir si les dinosaures se comportaient comme de nombreux oiseaux, ou s’ils étaient équipés (biologiquement) de la même manière que les autruches et les crocodiles. Donc s’ils pouvaient juste aller faire pipi quelque part… C’est là qu’interviennent les urolithes. Alors que les coprolithes sont des excréments d’animaux fossilisés, les urolithes sont non pas de l’urine fossilisée (le liquide s’en est allé depuis belle lurette) mais les traces qu’elle a pu laisser dans un sol meuble, et plus particulièrement du sable, l’ensemble subissant à son tour un processus de fossilisation. Ces traces de pipi transformées en pierre sont plutôt rares, en tout cas en ce qui concerne les dinosaures. Selon National Geographic, les premières traces probables d’urine de dinosaure n’ont été découvertes que récemment :  lors d’une conférence de la Society of Vertebrate Paleontology en 2002, des chercheurs faisaient état d’une “dépression en forme de baignoire” au milieu de douzaines de traces de dinosaures, dans des pierres vieilles de 150 millions d’années sur le bord de ce qui fut jadis un lac, dans le Colorado. La trace était de dimensions respectables : 3 mètres de long, 1,50 mètre de large et 25 centimètres de profondeur. Sur l’identité du dinosaure responsable de cet imposant pipi, pas d’information précise, si ce n’est que l’endroit était un lieu de passage notamment pour des Allosaurus et des Apatosaurus. Mais c’est du Brésil que nous viennent les dernières informations sur le sujet, avec la recherche publiée la semaine dernière dans le Journal of South American Earth Science. Les deux auteurs, P.R.F Souto et M.A. Fernandes, font état de découvertes de coprolithes et d’urolithes en quatre lieux différents, associées avec des empreintes d’ornithopodes et de théropodes. Dans leur étude, ils décrivent en détails les résultats de l’impact des jets d’urine sur le sable. S’agit-il d’urine de dinosaures ? Pour l’instant, ce ne sont que des indices sur la manière dont les dinosaures non-aviens pouvaient uriner. Pour en savoir davantage, il faudra probablement trouver d’autres fossiles. D’ici à ce que les urolithes deviennent aussi populaires sur Ebay que les coprolithes, il y a encore du chemin à parcourir… Crédit photo : Urolithe (Fernandes via Wikimedia Commons) Continue reading