Les Européens se découvrent un troisième ancêtre

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450px-Cro-magnon_-_diorama_du_Musée_de_Préhistoire_des_gorges_du_Verdon.jpgJusqu’ici, on avait une idée assez simple de l’évolution de l’Homme moderne en Europe. Il était arrivé en deux vagues : la première, voici environ 45000 ans. Venus d’Afrique, ces chasseurs-cueilleurs ont coexisté avec une autre espèce, l’Homme de Néandertal jusqu’à l’extinction de celui-ci, tout en se croisant avec lui de manière épisodique : l’ADN de l’ensemble des humains hors Afrique contiendrait en effet 2% de gènes Néandertaliens. La seconde vague, toujours bien connue jusqu’ici, c’est celle des premiers agriculteurs. Ceux-ci sont venus du Moyen-Orient, il y a à peu près 8 à 9000 ans. Ces porteurs de nouvelles technologies se sont donc installés sur les terrains de chasse de leurs prédécesseurs, se mélangeant avec eux, formant ainsi ce que l’on pensait être l’origine des humains d’Europe. C’était compter sans les analyses d’ADN, de plus en plus précises. Aujourd’hui, une étude réalisée par une équipe internationale emmenée par Iosif Lazardis, du département de génétique de l’école de médecine de Harvard (USA), est publiée dans la revue Nature. Elle révèle qu’une troisième vague de migration, les Eurasiens du nord, s’est ajoutée aux deux précédentes. Et ce n’est pas tout : cette ethnie aurait également apporté sa contribution au patrimoine génétique des tribus qui ont traversé le détroit de Bering pour rejoindre le continent américain, voici 15000 ans, et dont les descendants sont aujourd’hui les Indiens d’Amérique. L’étude a pu détecter une “transition génétique abrupte entre les chasseurs-cueilleurs et les agriculteurs, reflétant un mouvement migratoire majeur en Europe, en provenance du Moyen-Orient”, explique David Reich, professeur de génétique à l’école de médecine de Harvard et l’un des co-auteurs de l’étude. En revanche, l’ADN nord-eurasien n’était présent chez aucun d’entre eux, ce qui laisse penser que ces peuplades sont arrivées dans la région plus tard.

Des traces de Nord-Eurasiens… en Sibérie

Concernant les humains actuels, “pratiquement tous les Européens ont des ancêtres dans les trois groupes”, explique l’étude. La différence est dans les proportions. Les actuels Européens du nord ont davantage d’ancêtres chasseurs-cueilleurs, jusqu’à 50% chez les Lituaniens, et les Européens du sud ont davantage d’ancêtres agriculteurs. La proportion d’ancêtres Nord-Eurasiens est plus faible que les deux autres groupes, jamais plus de 20%, et ce dans toute l’Europe, mais elle existe dans tous les groupes, ainsi que dans certaines populations du Caucase et du Proche-Orient. Pour les chercheurs, “une profonde transformation a dû se produire dans l’ouest de l’Eurasie après l’arrivée des agriculteurs”. Qui étaient ces Nord-Eurasiens qui font donc partie des ancêtres des Européens ? Jusqu’il y a peu, c’était une “population fantôme”, dont on n’avait pas trouvé de présence à part dans nos gènes. Mais au début de cette année, un groupe d’archéologues a trouvé les restes de deux d’entre eux… en Sibérie, ce qui va permettre d’étudier plus précisément leurs liens avec les autres groupes humains. L’équipe a également pu démontrer que les humains de la seconde vague, celle des agriculteurs venus du Proche-Orient, et leurs descendants européens peuvent faire remonter leur arbre généalogique jusqu’à une autre lignée, jusqu’ici inconnue, “d’Eurasiens de base”. Cette lignée se serait séparée des autres groupes non-africains avant qu’ils se séparent les uns des autres, soit avant que les Aborigènes australiens, les Indiens du sud et les Indiens d’Amérique ne se soient divisés. Il reste encore beaucoup de questions en suspens : on ne sait pas, par exemple, quand les anciens Nord-Eurasiens sont arrivés en Europe. On n’a pas non plus retrouvé d’ADN des “Eurasiens de base”. Pour arriver à ce résultat, les chercheurs ont collecté et étudié l’ADN de plus de 2300 personnes (contemporaines) dans le monde, et l’ont comparé avec celui de neuf anciens humains, retrouvés en Suède, au Luxembourg et en Allemagne. Il s’agissait de chasseurs-cueilleurs, qui vivaient voici 8000 ans, avant l’arrivée des agriculteurs, et de l’un de ceux-ci, datant d’environ 7000 ans. Ils ont également incorporé à leur résultats des recherches précédemment effectuées, comme celles sur “l’homme des glaces”, Ötzi, découvert dans les Alpes en 1991.   Crédit photo : Les chasseurs-cueilleurs, première vague des humains modernes en Europe, ici un Homme de Cro-Magnon représenté dans un diorama du musée de la préhistoire des gorges du Verdon (Service communication du Conseil général des Alpes de Haute-Provence via Wikimedia Commons)

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La météorite qui a tué les dinosaures a aussi changé le visage des forêts

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79261_web.jpgUn impact de météorite comme celui qui a provoqué (au moins en partie) l’extinction des dinosaures a pu avoir d’autres effets, peut-être moins spectaculaires de notre point de vue actuel, mais sûrement à une tout aussi grande échelle. C’est en tout cas la thèse défendue par une équipe de chercheurs de l’université de l’Arizona dans un article qui vient de paraître dans la revue PLOS Biology.  Lorsque cette météorite (ou cette comète, selon les théories) heurta notre planète, elle fut la cause de la disparition de nombreuses espèces animales, mais elle provoqua également celle de  plus de la moitié des espèces de plantes. Au sein de celle-ci, elle se révéla assez inégalitaire. Parmi les angiospermes (plantes qui fleurissent), elle aurait en effet touché bien davantage les plantes à feuilles persistantes que celles à feuilles caduques, qui se trouvèrent donc renforcées ensuite. “Lorsque vous regardez les forêts dans le monde aujourd’hui, vous ne voyez pas beaucoup d’entre elles dominées par des plantes à fleurs et à feuilles persistantes”, explique le principal auteur de l’étude, le Dr. Benjamin Blonder. “Au lieu de cela, elles sont dominées par des plantes à feuilles caduques, qui perdent leurs feuilles à un moment donné durant l’année”. Les angiospermes à feuilles caduques semblent avoir été favorisées justement à cause de leur croissance rapide, ce que démontre l’étude. La poussière de l’impact de la météorite aurait causé un changement climatique, filtrant la lumière du soleil et faisant descendre les températures. Dans de telles conditions, de nombreuses plantes ont dû lutter pour accumuler assez de lumière pour assurer leur survie. Les plantes qui poussent vite, et peuvent profiter des moments où il y a davantage de soleil, comme ces plantes à feuilles caduques, ont donc été favorisées par rapport aux autres. L’équipe a également étudié le “rendement” des feuilles pour chaque plante, à savoir a quantité d’énergie, plus précisément de carbone, que chaque plante investissait dans ses feuilles. “Lorsque vous regardez une feuille dans la lumière, par transparence, vous pouvez voir un réseau de veines à l’intérieur”, explique le Dr Blonder.  ”Ce réseau détermine la quantité d’eau qui sera transportée dans la feuille. Si la densité en est importante, la plante est capable de transpirer davantage d’eau, ce qui signifie qu’elle acquerra du carbone plus rapidement. En comparant les deux paramètres, nous avons une idée des ressources investies par rapport aux ressources récupérées, ce qui nous permet de comprendre la stratégie écologique de plantes que nous avons étudiées longtemps après leur disparition”. Les plantes à feuilles persistantes investissent dans des feuilles robustes, qui nécessitent beaucoup d’énergie à faire pousser, mais sont solides et conçues pour durer longtemps. A l’inverse, les feuilles caduques ont une vie courte, mais ont un haut rendement métabolique. C’est ce qui les a favorisées durant la période post-cataclysme, où les rayons solaires étaient beaucoup plus rares. Pour arriver à ces résultats, les chercheurs ont examiné plus de 10 000 feuilles d’angiospermes fossilisées, principalement en provenance du Denver Museum of Nature and Science, et s’en sont servis pour reconstruire toute l’écologie de ces plantes sur une période de 2,2 millions d’années autour de l’époque du cataclysme. Ils ont ainsi pu mettre en évidence ce changement dramatique entre les types d’espèces présentes avant et après l’impact. Cela pourrait également expliquer le visage de nos forêts contemporaines…   Crédit photo:  Le paysage post-extinction, avec assez peu d’espèces d’arbres. (Donna Braginetz/courtesy of Denver Museum of Nature & Science) Continue reading

A la recherche de l’ancêtre des ordinateurs, vieux de plus de 2200 ans

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672px-NAMA_Machine_d'Anticythère_1.jpgVoici plus d’un siècle, en 1900, lors d’une plongée, des pêcheurs d’éponges grecs découvraient une main de bronze près des côtes de l’île d’Anticythère (située environ à mi-chemin entre la Crète et la pointe sud du Pélopponèse). Ils prévenaient alors les autorités, et des fouilles sous-marines menées les années suivantes permettaient de récupérer un trésor archéologique : des statues, de la vaisselle, plus de 200 amphores et bien d’autres objets usuels et oeuvres d’art. Mais l’objet le plus fantastique se présentait sous la forme de 82 morceaux d’un mécanisme que l’on peut considérer comme l’ancêtre d’un ordinateur. La “machine d’Anticythère” a fait depuis l’objet de nombreuses étude, et les progrès technologiques (dont les scanners) ont permis, plus récemment, d’étudier toutes les pièces, y compris celles fusionnées entre elles par la corrosion maritime. Cela a rendu possible une visualisation en 3D de ce qu’était cet objet unique, ou tout au moins des pièces que l’on a pu retrouver 

Fabriqué par les Grecs, transporté par les Romains

Les inscriptions et le style de fabrication ont permis de dater l’objet : il aurait été fabriqué en Grèce, probablement sur l’île de Rhodes, autour de l’an 87 avant notre ère. Le navire romain qui le transportait, lui, devait être une liaison maritime entre l’Asie mineure et Rome. Vers 70 avant notre ère, il aurait alors rencontré son destin sur les récifs parsemant les alentours d’Anticythère, et ses restes se seraient alors décomposés par le fond, ne laissant que quelques fragments…et la précieuse cargaison. Celle-ci, y compris la machine d’Anticythère, est conservée au musée archéologique d’Athènes.

Un boîtier qui calculait les éclipses

La reconstitution du mécanisme a permis d’avoir une idée assez précise de sa forme et de son fonctionnement, comme le détaillait déjà en novembre 2006 un article paru dans la revue Nature. Depuis, d’autres recherches ont encore été effectuées, ainsi que des modélisations en 3D. Alors, comment fonctionnait-il ? Il devait être contenu dans une boîte en bois, de 34 cm x 18 cm x 9 cm. A l’intérieur, de nombreux engrenages, très précisément ciselés et ajustés. En comparant les engrenages aux données astronomiques connues dans l’antiquité, les chercheurs ont pu définir que cette machine permettait d’indiquer la position du soleil et de la lune, les phases de la lune, et même les éclipses…voire peut-être aussi la position des autres planètes connues à l’époque (Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne). La reconstitution de l’engin montre, côté face, un cadran gradué des 365 jours de l’année solaire, selon le calendrier égyptien de l’époque. A l’intérieur de ce cercle, un autre cercle, gradué avec les signes du zodiaque. Une aiguille se positionnait devant le jour, marquant la position du soleil, alors qu’une autre aiguille, plus petite, marquait la position de la lune. Sur cette petite aiguille, le globe lunaire, en rotation, indiquait les phases lunaires. Certains pensent que d’autres aiguilles y représentaient les autres planètes, comme cela est suggéré dans l’inscription figurant sur le boîtier, mais cela n’a pas encore pu être démontré avec certitude. Il a également été suggéré qu’il permettait de déterminer la ville qui hébergerait les jeux olympiques une année donnée… Une manivelle sur le côté du boîtier permettait de faire tourner les aiguilles pour les positionner sur le jour désiré. Côté pile, un cadran montre le cycle de Méton, une correspondance entre les révolutions du soleil et de la lune : en 19 années solaires, on a pratiquement un nombre exact de mois lunaires. Au-dessous de ce cadran, un autre, en spirale, indique les dates des éclipses de soleil et de lune. Un texte, dont on a pu déchiffrer quelques parties, était également gravé sur l’objet. Il s’agirait d’une mode d’emploi, qui a aidé les chercheurs à reconstituer le mécanisme, mais aussi à dater précisément la machine : la forme des lettres et le vocabulaire utilisé sont en effet de précieuses indications pour les historiens et linguistes.  

La quête des morceaux manquants

Malgré tout ce qui a pu être découvert sur la machine d’Anticythère, il reste probablement des morceaux au fond de la Méditerrannée. Il y a aussi, très probablement, d’autres trésors archéologiques, ce qui a poussé le ministère de la Culture grec, en collaboration avec l’institut océanographique de Woods Hole, à organiser un “retour à Anticythère” : une campagne de fouilles sous-marines, Depuis la découverte de l’épave, une seule campagne d’exploration des lieux avait été autorisée. C’était en 1976, et la mission avait été menée par le commandant Cousteau. Depuis, rien n’avait été entrepris. Aujourd’hui, c’est avec toutes les ressources de la technologie moderne que la campagne de fouilles a été lancée. Il va falloir faire vite, le créneau ne sera que d’un mois. Après, la météo rendrait difficile la poursuite des travaux. L’outillage est impressionnant, à commencer par des robots sous-marins qui vont cartographier et photographier le site, mais aussi un scaphandre de plongée digne d’un film de science-fiction, qui permettra à un plongeur de rester sous l’eau pendant des heures, et de descendre jusqu’à une profondeur de 300 mètres. Dans la ligne de mire des archéologues sous-marins, des objets repérés au sonar et qui pourraient être des statues colossales. Ils espèrent retrouver la tête d’une statue d’Héraclès, haute de plus de deux mètres et ramenée lors des premières fouilles. Pour pouvoir emporter les probables statues et morceaux de statues se trouvant au fond de l’eau, un navire spécial de la marine grecque, équipé d’une grue capable de soulever des charges de cinq tonnes, est également de la partie. Il semble également qu’une autre épave se trouve à proximité, qui pourrait avoir été un compagnon de route du navire précédemment exploré, et qui pourrait également receler des trésors archéologiques. Bien sûr, les chercheurs espèrent également trouver d’autres morceaux de la machine d’Anticythère, ou, qui sait, peut-être un autre exemplaire de celle-ci. L’un des engrenages découverts avec la machine semblait en effet d’une autre facture que les autres, comme l’explique l’International Business Times, ce qui pourrait laisser présager un deuxième modèle… Crédit photo : la machine d’Anticythère telle qu’exposée au musée archéologique d’Athènes (Wikimedia Commons) Continue reading

Disparition des grands mammifères au pays des pharaons

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La diversité des espèces était plus importante au temps des pyramides Satirical_papyrus.jpg “Du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent”, aurait dit Napoléon à ses troupes. En fait, il s’agit au moins de 45 siècles, mais l’esprit y est. Ce que le Petit Caporal ne savait pas, c’est que durant toutes ces années, les pyramides en question ont été témoin d’un changement climatique qui a transformé la vallée du Nil, et vu l’extinction de nombreuses espèces, comme vient de le confirmer une étude publiée dans le journal Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Dans l’Égypte des pharaons, il y avait des lions, des gazelles, des girafes, et même des éléphants. L’équipe menée par Justin Yeakel (Université de Californie / Santa Fe Institute) a réexaminé en détails la liste de ces grands mammifères qui ont vécu dans la vallée du Nil durant les 6000 dernières années, liste basée sur les descriptions d’animaux sur les monuments et documents de l’Égypte ancienne. Sur 37 espèces qui prospéraient avant même l’avènement du premier pharaon, il n’en reste plus que huit aujourd’hui. Les chercheurs ont utilisé une liste compilée par le zoologiste Dale Osborne, qui à base de données archéologiques et paléontologiques ainsi que des archives historiques a réalisé une base de données des espèces et de leur évolution (ou disparition) au fil du temps. Un “travail incroyable” qui a permis à Justin Yeakel et son équipe d’utiliser “des techniques de modélisation écologiques pour examiner les ramifications de ces changements”. L’analyse de ces données montre que l’extinction des espèces, probablement due à un climat de plus en plus sec et à la croissance de la population humaine, a rendu l’écosystème progressivement moins stable. “Ce qui était jadis une communauté de mammifères riche et diverse est très différente à présent”, explique Justin Yeakel. “Au fur et à mesure que le nombre d’espèces a décliné, l’un des premiers éléments a été la perte de redondance écologique du système. Il y avait plusieurs espèces de gazelles et d’autres petits herbivores, qui sont importants parce que de très nombreux prédateurs différents s’en nourrissent. Lorsqu’il y a moins de ces herbivores, la perte de l’une de ces espèces a un plus grand effet sur la stabilité du système, et peut amener des extinctions supplémentaires”. Climat aride, chute des empires et lutte pour l’espace cultivable Les chercheurs ont identifié 5 épisodes principaux durant les 6000 dernières années, durant lesquels des changements dramatiques se sont produits, trois d’entre eux coïncidant avec des changements environnementaux extrêmes, durant lesquels le climat est devenu plus aride. Ces périodes d’assèchement coïncident également avec des bouleversements dans les sociétés humaines, comme l’effondrement de l’Ancien Empire, il y a 4000 ans, ou la chute du Nouvel Empire, il y a 3000 ans. S’ils ne peuvent exactement démêler les causes possibles de ces changements écologiques, ils ont identifié des moteurs potentiels.  Il y a eu trois grandes vagues d’aridification, alors que l’Égypte allait d’un climat plus humide à un climat plus sec, à commencer par la fin d’une période humide pour l’Afrique, voici 5500 ans, lorsque les moussons se sont déplacées vers le sud. En même temps, les densités de populations humaines augmentaient, l’agriculture s’emparait de terres jadis occupées par des herbivores, et la compétition pour l’espace le long de la vallée du Nil aurait eu un large impact sur les populations animales. précisent-ils. Le plus récent changement pour les mammifères de la région se serait produit il y a cent ans. L’analyse des réseaux entre proies et prédateurs montre que les extinctions d’espèces dans les 150 dernières années a eu un impact disproportionné sur la stabilité de l’écosystème. Pour l’équipe de Justin Yeakel, ces résultats ont des implications sur la compréhension des écosystèmes modernes. “Ce peut être juste un exemple d’une tendance plus large”, explique Yeakel. “Nous voyons aujourd’hui beaucoup d’écosystèmes dans lesquels le changement d’une espèce provoque un grand changement sur la manière dont l’écosystème fonctionne, et cela peut être un phénomène moderne. On n’a pas tendance à penser à comment le système était voici 10000 ans, quand il y avait une plus grande redondance”. Il espère cependant que cela aidera à prévoir les changements futurs… Crédit photo : papyrus satyrique datant d’environ 3200 ans, conservé aujourd’hui au British Museum, et qui montre la diversité des animaux de l’Égypte ancienne (Wikimedia Commons) Continue reading

Petite histoire des blogs de science en français

Il y a quelques mois, un chercheur en histoire culturelle m’a contacté suite au colloque “Histoire de la culture scientifique en France : institutions et acteurs” organisé à Dijon en février. Dans le cadre de l’édition des actes, il souhaitait élargir le périmètre des thèmes traités et m’a demandé de faire un article de synthèse sur l’histoire des blogs de science. J’ai longtemps hésité avant d’accepter, et j’ai profité de l’été pour retourner dans mes archives personnelles et fouiller ma mémoire afin d’écrire ce chapitre. Le voici en version auteur : j’en suis assez fier. N’hésitez pas à laisser un commentaire pour signaler une erreur ou combler un manque. Continue reading

L’homme de Néandertal a-t-il inventé le hashtag?

L’homme de Néandertal ne cesse de nous surprendre. Ces dernières années, la science a tordu le cou à l’image d’Epinal des brutes au front bas à peine capables de nouer une peau d’animal mal tannée autour de leur taille. En fait, ces cousins de l’espèce humaine actuelle étaient non seulement aussi intelligents que nous, mais ils ont également laissé quelques traces dans le patrimoine génétique des humains (hors Afrique). Intelligent, certes, mais Néandertal avait-il aussi la fibre artistique? Pour certains chercheurs, comme Alistair Pike, archéologue à l’université de Bristol, et Joao Zilhao, professeur à l’université de Barcelone, certaines peintures rupestres, notamment dans des grottes comme celles de El CastilloAltamira ou Tito Bustillo (Espagne), pourraient fort bien avoir été l’oeuvre de Néandertaliens, comme ils l’expliquaient en 2012 dans une étude publiée dans la revue Science et basée sur de nouvelles datations des peintures. “Il ne serait pas surprenant que les Néandertaliens soient en fait les premiers artistes rupestres en Europe”, déclarait alors avec enthousiasme Joao Zilhao à LiveScience. De nouveaux éléments viennent appuyer la thèse des capacités artistiques de l’homme de Néandertal. Une étude qui va être publiée dans le journal Proceedings of the National Academy of Sciences fait en effet état d’une découverte dans la grotte de Gorham (Gibraltar) : un symbole qui ressemble au fameux hashtag que l’on utilise aujourd’hui pour indiquer des mots-clés. De nombreux experts semblent d’accord pour affirmer que ces gravures ont été faites par des Néandertaliens. Tom Higham, de l’université d’Oxford, déclare à NewScientist qu’elles ont été gravées depuis plus de 39000 ans, “peut-être de nombreux millénaires plus tôt”. De plus, comme le souligne le site de la BBC, la forme géométrique identifiée à Gibraltar a été découverte sous des sédiments inviolés, qui contenaient également des outils Néandertaliens. De plus, des analyses géochimiques indiqueraient que les gravures ont été réalisées avant que les sédiments ne se soient déposés, précise Business Insider. D’autres ont des doutes, comme le Dr Matt Pope, paléontologue au University College de Londres, qui estime que lier ces gravures aux Néandertaliens ou prouver qu’ils les ont effectués sans contacts avec les humains modernes est difficile. Il évoque pour cela les dates auxquelles nos ancêtres ont rejoint l’Europe, dates qui sont aujourd’hui rediscutées. “C’est le dernier clou dans le cercueil de l’hypothèse que les Néandertaliens étaient cognitivement inférieurs aux humains modernes”, déclare à Phys.org Paul Tacon, expert en art rupestre à l’université Griffith (Australie). “Nous ne connaîtrons jamais la signification que ce dessin avait pour son auteur et les Néandertaliens qui habitaient cette grotte, mais le fait qu’ils marquaient leur territoire de cette manière bien avant que les humains modernes n’arrivent dans la région a d’énormes implications dans les débats sur ce qui est humain, et sur l’origine de l’art”, affirme-t-il. Le “hashtag préhistorique” est en tout cas la marque d’un tempérament artistique et d’une capacité pour l’abstraction. L’homme de Néandertal n’a peut-être pas inventé Twitter, mais de plus en plus d’éléments semblent montrer qu’il était tout aussi imaginatif (et artiste) que nous… Continue reading

L’homme de Néandertal aurait disparu plus tôt qu’on le pensait… et nos ancêtres y seraient (un peu) pour quelque chose

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2138876647.jpgDans l’arbre généalogique des espèces humaines, l’homme de Néandertal serait un proche cousin. Une branche parallèle de l’évolution, qui se serait développée en Europe pendant plus de 200 000 ans, et qui aurait disparu après avoir cohabité quelques temps avec nos ancêtres.  Ces derniers auraient commencé à peupler l’Europe voici environ 50 000 ans, mais combien de temps a duré l’interaction avec Néandertal et comment ce dernier s’est-il éteint sont des questions toujours en suspens, pour lesquelles diverses théories sont avancées. Une étude publiée ce mercredi dans le journal Nature vient d’apporter de nouveaux éléments sur le sujet, et a tenté de définir un calendrier de ce qui s’est passé à l’aube de la préhistoire européenne, et ses résultats tendent à montrer que les Néandertaliens auraient disparu plusieurs millénaires plus tôt qu’on ne le pensait.  

Une meilleure datation des os

L’équipe internationale de chercheurs emmenée par Tom Higham, directeur adjoint du Radiocarbon Accelerator Unit de l’université d’Oxford, a étudié plus de 40 sites néandertaliens dans toute l’Europe, de Gibraltar au Caucase. Pour obtenir les dates les plus précises possibles, il était nécessaire d’améliorer les techniques de datation au carbone 14 utilisées jusqu’ici. En effet, celles-ci ont une précision plus limitée lorsqu’on atteint les environs des 50 000 ans, soit exactement la période qui nous intéresse ici. L’équipe a donc développé une méthode qui consiste à traiter chimiquement les os afin de retirer le carbone contenu dans le collagène des os, puis mesurer les minuscules quantités de carbone 14 en utilisant un accélérateur de particules.  

Quelques milliers d’années ensemble

Les éléments recueillis permettent de voir une baisse de population chez l’homme de Néandertal il y a environ 50 000 ans. Les humains modernes, nos ancêtres, seraient eux arrivés en Europe il y a environ 45 000 ans. Bien sûr, cette migration a été progressive et ne s’est pas effectuée au même moment dans tout le continent. Toujours selon les conclusions de l’étude, voici 35 000 ans, il n’y avait plus trace d’hommes de Néandertal, et notre espèce dominait le continent européen. Cette disparition ne s’est pas faite d’un coup : les populations néandertaliennes ont survécu plus longtemps dans certains endroits. Ils auraient tout de même cohabité avec nos ancêtres pendant 2600 à 5400 ans, en fonction des régions. Cela a laissé le temps aux deux population d’interagir… et de se métisser, même s’il semble que les deux populations avaient leurs territoires propres. On savait déjà grâce à des recherches récentes que les gènes de l’homme de Néandertal sont toujours présents : tous les humains modernes sauf les Africains possèdent en moyenne 2% de ces gènes néandertaliens. Ils ont pu également échanger des technologies, quoique l’on pense généralement que ce sont les humains modernes qui ont amené avec eux des méthodes plus perfectionnées de taille du silex, par exemple.  

Comment Néandertal a-t-il disparu?

Le fait que la baisse de population de l’homme de Néandertal coïncide avec l’arrivée des humains modernes fait bien évidemment songer à un rapport de cause à effet. Les auteurs de l’étude évoquent une “pression compétitive” des nouveaux arrivants, qui chassaient les mêmes types de proies, peut-être avec un avantage technologique, ce qui aurait pu hâter la disparition d’une race déjà en danger. Selon le professeur Chris Stringer, du muséum d’histoire naturelle de Londres cité par le site de la BBC, “l’arrivée des humains modernes a ajouté à leurs problèmes. Ils chassaient les mêmes animaux, cueillaient les mêmes plantes et voulaient habiter dans les meilleures cavernes, il y aurait donc eu une compétition économique. Mais ce n’était pas une extinction instantanée, ils n’ont pas été chassés et tués par les humains modernes ou décimés par les maladies que ceux-ci auraient amenées d’Afrique. Ce fut un processus plus graduel.”

Certains ne sont pas d’accord

Cette étude ne va probablement pas mettre fin aux controverses. Les tenants de la théorie de l’hybridation et de l’assimilation n’y verront pas forcément de contradiction profonde. En revanche, des chercheurs ont déjà manifesté leur scepticisme, comme Clive Finlayson, directeur du département “héritage” du musée de Gibraltar, qui remet en question la fiabilité de la technique utilisée pour les os trouvés dans des régions plus chaudes. Ce chercheur avait dirigé l’équipe auteur de la datation de restes de Néandertaliens découverts dans cette partie de l’Espagne à 28 000 ans en arrière. Pour lui, les archéologues ne vont probablement jamais trouver le dernier lieu occupé par l’homme de Néandertal. Crédit photo : un homme de Néandertal. Reconstruction: John Gurche; photograph: Tim Evanson via Wikimedia Commons  

La vidéo de Nature

Pour les anglophones, le journal Nature a réalisé une intéressante vidéo illustrant les éléments-clés de l’étude Continue reading

Vin, cygne, poisson d’eau douce : un régime de roi pour Richard III

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427px-King_Richard_III.jpgSavoir ce que le dernier des Plantagenêt avait dans son assiette de son enfance jusqu’à l’époque de sa mort, cela semble relever davantage d’une enquête de voyageur temporel que de science… Et pourtant. Depuis la découverte du corps du défunt roi, l’université de Leicester a mené des recherches dans diverses disciplines autour de feu Richard III. Ils ont même réussi à faire parler…ses os, et cela n’a rien à voir avec de la divination.

Le “Roi bossu” de Shakespeare et la présomption d’innocence

Pour mieux comprendre l’importance de ce roi, il est nécessaire d’effectuer une petite plongée dans l’histoire d’Angleterre. Richard naît en 1452, alors que la guerre de Cent Ans se termine sur le continent. Mais de l’autre côté de la Manche, les conflits ne sont pas terminés, bien au contraire. La série de conflits entre les maisons d’York et de Lancastre, que l’on rassemblera ensuite sous le nom générique de ”guerre des Deux Roses“, va se dérouler durant toute la vie de Richard, dont le décès marquera la fin. Cette guerre était le résultat d’un conflit dynastique aussi compliqué que l’intrigue des Rois Maudits (ou de Game of Thrones). Il trouve la mort durant la bataille de Bosworth, près de Leicester, ce qui fait de lui le dernier souverain d’Angleterre à périr au combat. Roi bossu (on sait désormais qu’il avait une scoliose prononcée), Richard III traîne une mauvaise réputation grandement due à la pièce de Shakespeare, écrite un siècle après sa mort, qui lui est consacrée. Ses défenseurs contemporains mettent en avant ses réalisations, dont, entre autres, l’introduction du concept de présomption d’innocence dans la loi anglaise. Ce qui a propulsé de nouveau Richard III sur le devant de la scène n’est cependant pas un procès en réhabilitation ou un festival de théâtre, mais la découverte il y a deux ans, lors de fouilles, de sa sépulture, sous un parking de Leicester. Les analyses ADN effectuées sur des membres actuels de sa lignée ont confirmé qu’il s’agissait bien du roi, et la forme de sa colonne vertébrale (scoliose prononcée) était également un indice. Ses os ont parlé, et ont également permis de reconstituer les coups qui l’ont tué, très probablement une hallebarde le heurtant à la base du crâne.

Des dents, un fémur, une côte : les os ont parlé

Aujourd’hui, pourtant, il n’est plus question de son règne ni de sa mort, mais de son régime alimentaire dans une étude qui vient d’être publiée dans le Journal of Archaeological Science. Une équipe de l’université de Leicester, emmenée par le Dr. Angela Lamb, a étudié les os et les dents du défunt roi, ce qui a permis de mieux connaître le mode de vie de Richard III. Les scientifiques ont examiné les changements dans la chimie des dents, d’un fémur et d’une côte, qui se sont développés et reconstitués à différentes époques de la vie du roi. Les dents, qui se forment dans l’enfance, ont pu confirmer que Richard avait déménagé à l’âge de sept ans, pour vivre dans une région avec davantage de pluies, des rochers plus anciens (probablement dans les environs du Pays de Galles), et avec un régime alimentaire différent en comparaison avec son lieu de naissance, à Fotheringay Castle. Le fémur, qui représente en moyenne les 15 années avant sa mort, montrent qu’il est retourné dans l’est de l’Angleterre étant adolescent, et qu’il se nourrissait alors comme la haute aristocratie de son époque. Les côtes, enfin : elles se renouvellent asses vite, et ne représentent que 2 à 5 ans avant la mort. C’est dans celles-ci que se trouvait le changement le plus remarquable de son régime alimentaire. Les différences dans la chimie des côtes auraient pu s’expliquer par un déménagement, mais cela contredirait les données historiques, il devait donc y avoir plutôt un changement dans l’alimentation. Cette différence, selon l’étude, suggère une plus grande consommation de poissons d’eau douce et d’oiseaux, qui constituaient des mets assez courants lors des banquets royaux de l’époque. On n’y mangeait pas de dinde (importée bien plus tard d’Amérique), mais des oiseaux qui ont aujourd’hui disparu de nos tables : le cygne, le héron, la grue, l’aigrette… La chimie de ses os révèle également qu’il buvait davantage de vin tout au long de son court règne (à peine plus de 2 ans). Ces éléments démontrent bien que la nourriture dans l’Angleterre médiévale, la nourriture était liée au statut social.

Un enterrement royal le 26 mars 2015

Pour parvenir à de tels résultats, ils ont mesuré les isotopes de certains éléments-clé, comme le strontium, l’azote, l’oxygène, le carbone et le plomb. Par exemple, le changement dans les isotopes d’azote alors que le carbone reste identique suggère l’accroissement de la consommation de nourritures plus riches. L’accroissement des valeurs des isotopes d’oxygène à la fin de sa vie montrerait l’augmentation de sa consommation de vin. Le fait que les déplacements du roi soient bien connus (l’histoire en a gardé la trace) a donné des éléments stables de comparaison, un cas très rare pour de telles études… Maintenant que le roi Richard a livré ses secrets, il va pouvoir être de nouveau enterré. Même si la polémique sur le lieu de sa sépulture (d’aucuns voudraient voir ses restes transférés à York, siège de sa maison), n’est pas totalement éteinte, la décision est prise, son tombeau est préparé : il se situera dans la cathédrale de Leicester, et ses secondes funérailles prévues pour le 26 mars 2015.   Crédit image : Portrait de Richard III, auteur inconnu (National Portrait Gallery, Londres, via Wikimedia Commons) Continue reading