Richard Feynman

  Version audio : PodcastScience #209   Ce soir on va parler d’un des physiciens les plus importants de la seconde moitié du XXIème siècle : Richard Feynman. Ses apports à la théorie quantique des champs sont considérables. Je vais essayer d’expliquer ce que j’en ai compris.  En fait, il n’est pas du tout connu […]
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L’Homme de Néandertal fabriquait des bijoux

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87998_web.jpgParce qu’il n’est que notre “cousin” sur l’arbre de l’évolution des espèces, l’Homme de Néandertal a été longtemps sous-estimé. Mais les recherches récentes révèlent de plus en plus d’éléments montrant qu’il était aussi intelligent que nos ancêtres. Mieux encore, il aurait même eu la fibre artistique. Lorsque l’Homo Sapiens est arrivé d’Afrique en Europe, voici environ 50 000 ans, les Néandertaliens étaient déjà là depuis plus de 200 000 ans, ce qui en fait probablement les seuls vrais “Européens de souche”, si tant est que le concept puisse avoir une réalité scientifique. Ils étaient installés sur de nombreux sites, dont celui situé à Krapina, dans ce qui est aujourd’hui la Croatie. C’est là que des fouilles réalisées entre 1899 et 1905 ont mis au jour un ensemble de serres de grand aigle de mer (ou pygargue à queue blanche), parmi des restes d’os et d’outils néandertaliens. Oubliées pendant plus d’un siècle, ces serres ont été étudiées de nouveau par une équipe internationale, qui a pu s’apercevoir que les serres en question, datant de 130 000 ans, étaient très probablement les premiers bijoux que l’on puisse attribuer à l’Homme de Néandertal. Les serres portent en effet de nombreuses entailles, marques de coupe et signes de polissage. Trois des plus grandes ont aussi de petites encoches, à peu près au même endroit. Dans une étude publiée dans le journal PLOS One, les auteurs expliquent que ces différentes caractéristiques observées sur ces serres “suggèrent qu’elles feraient partie d’un assemblage de bijoux”, et qu’elles auraient été montées soit en collier, soit en bracelet. Pour les chercheurs, “La présence de ces huit serres indique que les Néandertaliens de Krapina ont acquis et collectionné ces serres d’aigles pour une sorte de but symbolique”. Si l’on avait déjà découvert sur d’autres sites quelques serres de rapaces et plumes qui laissaient penser que Néandertal les utilisait comme parures, la collection trouvée à Krapina est à la fois la plus importante et la plus ancienne. “C’est vraiment une découverte étonnante”, se réjouit David Frayer, paléoanthropologue de l’université du Kansas, et l’un des auteurs de l’étude. Il souligne non seulement la prouesse technique dans la réalisation des “bijoux”, mais aussi celle nécessaire pour capturer les rapaces qui ont fourni les serres. “Ce sont des oiseaux très puissants”, explique-t-il à Nature, “cela demande une certaine dose de courage, ou même de folie pure, que d’attraper l’un de ces animaux”. Le grand aigle de mer est en effet le plus gros prédateur aérien d’Europe avec ses deux mètres d’envergure… L’Homme de Néandertal avait donc des qualités que l’on considère comme propres à l’humain moderne : l’imagination, les connaissances techniques pour réaliser des bijoux, la capacité d’exprimer une pensée symbolique, et la bravoure nécessaire pour chasser un grand prédateur ailé. Crédit photo : Serres trouvées sur le site néandertalien de Krapina (Croatie). Elles portent des marques qui suggèrent qu’elles faisaient partie d’un collier ou d’un bracelet (Luka Mjeda, Zagreb) Continue reading

L’océan perdu de Mars

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eso1509a.jpg Un océan entier perdu dans l’espace : c’est ce qui serait arrivé à la planète Mars dans un lointain passé. L’océan en question était de la taille de l’océan Arctique, le plus petit des océans terrestres, mais comme Mars est grande comme une demi-Terre (53%), la proportion est plus importante : cette grande mer martienne aurait représenté, proportionnellement, un peu plus que ce que l’océan Atlantique représente sur notre bonne vieille planète. Si cet océan avait recouvert toute la planète rouge, il aurait formé une couche de 137 mètres de profondeur. Mais il était plus probablement limité à une partie de l’hémisphère nord martien, en occupant presque la moitié. En certains endroits, il y aurait même eu des fosses profondes de plus d’un kilomètre et demi ! Mais qu’est donc devenu cet océan ? Il s’est probablement évaporé, mais il est possible qu’il y ait encore des réservoirs souterrains qui n’attendent que d’être découverts, en plus des calottes polaires.

Une question de proportions

L’équipe internationale qui vient de publier les résultats de ses travaux dans la revue Science a utilisé non pas les mesures effectuées par les sondes en orbite autour de Mars, mais des télescopes terrestres, dont le Very Large Telescope de l’observatoire européen austral (ESO) au Chili et les instruments de l’observatoire Keck et de l’Infrared Telescope Facility de la NASA (à Hawaï). Ils ont ainsi pu collecter des données sur la durée : six années terrestres, soit à peu près trois années martiennes. Les éléments recherchés ? Il faut savoir que l’eau n’est pas entièrement composée de la fameuse molécule H2O. Du fait que l’hydrogène possède des isotopes naturels, dont le deutérium, il y a également des molécules d’eau qui en contiennent, formant des molécules HDO (un atome d’hydrogène “normal”, un atome de deutérium, un atome d’oxygène). Cette eau est plus lourde que l’eau normale, et va donc s’évaporer moins facilement dans l’espace. Mesurer le rapport entre ce HDO et l’eau H2O va permettre de déterminer la quantité d’eau perdue par Mars : plus il y aura de HDO, et plus cette quantité a été grande. Les données détaillées que l’équipe a recueillies ont ainsi servi à modéliser l’océan perdu… qui représentait un volume de plus de 20 millions de kilomètres cube. MARS_Oceans_1920x19202_1800_1800.jpg

Mars a été humide plus longtemps qu’on le pensait

Une conséquence de cette découverte est que “la planète a été très probablement humide pendant une plus grande période de temps qu’on le pensait précédemment, suggérant qu’elle a pu être habitable plus longtemps”, déclarait Michael Mumma, l’un des auteurs de l’étude. L’habitabilité, bien sûr, est toute théorique, mais plus les conditions propices auront été longues, et plus il y aura eu de chance qu’une vie puisse se développer. L’étude a également mis en évidence des changements saisonniers et des micro-climats aujourd’hui à la surface de Mars, ainsi que des variations dans la quantité d’eau présente dans l’atmosphère. La cartographie réalisée avec ces données pourrait donc être utile dans la recherche de nappes d’eau souterraines par les missions martiennes. Que Mars ait eu un océan avait déjà été envisagé à plusieurs reprises, même si la théorie n’a pas que des partisans. La NASA a même publié voici deux ans une vidéo illustrant l’aspect de cette planète dans le passé.  En 2013, des chercheurs du California Institute of Technologie avaient trouvé des traces du delta d’un fleuve qui se serait jeté dans ce fameux océan de l’hémisphère nord.  Mais aujourd’hui il ne s’agit pas seulement de traces géologiques, mais bien du début d’une étude détaillée de l’atmosphère martienne. La sonde MAVEN, qui s’est mise en orbite en septembre dernier, apportera probablement encore plus de détails : elle est en effet spécialement conçue pour l’étude de l’atmosphère de Mars, son histoire, et son habitabilité passée. On saura peut-être bientôt quand l’océan martien s’est évaporé, et s’il reste encore un peu de son eau quelque part, sous la poussière rouge du désert martien. Crédits photos :  Vue d’artiste de Mars il y a quatre milliards d’années (ESO/M. Kornmesser) Vue d’artiste de l’océan perdu de Mars (NASA/GSFC) Continue reading

Les taupes qui voulaient être archéologues

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800px-Mr_Mole.jpgDans le monde de l’archéologie, la concurrence est rude. Tout le monde ne peut pas être un Indiana Jones moderne, même en abandonnant le côté pilleur de tombes. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille ignorer sa vocation. Souvenez-vous de ce lapin des Cornouailles qui a très bien réussi dans la profession ! Mais le lapin a lui aussi de la concurrence. Une autre espèce souhaite en effet être associée aux travaux de découverte du passé de l’humanité. Les taupes, qui aiment fouiller par nature, sont ainsi devenues des auxiliaires précieux pour les archéologues à deux pattes. La dernière anecdote en date les concernant se passe au Danemark. Le très sérieux musée de Viborg a en effet reçu le soutien des autorités pour un projet impliquant la coopération des taupes pour fouiller les ruines d’un château médiéval enfouies dans le sol sans avoir à détruire la configuration actuelle des lieux en effectuant des fouilles classiques. Les animaux fouisseurs creusent tranquillement leurs galeries, et ensuite les archéologues humains analysent les piles de terre qu’elles laissent derrière elles. Dedans, ils trouvent des morceaux de briques, de poterie et autres petits objets, qui leur apprennent ce qui se trouve au-dessous. “Plus nous sommes près d’un bâtiment, plus nous trouvons une grande quantité d’objets par litre de terre” explique Jesper Hjermind, archéologue au musée de Viborg, au Copenhagen Post. ”C’est simple, mais ça marche”. Les informations ainsi recueillies sont collectées dans une base de données qui fournit une vue d’ensemble des bâtiments toujours enfouis dans le sol. “La grande récompense, c’est que nous n’avons rien détruit de ce monticule historique pour obtenir de nombreuses informations importantes”, ajoute l’archéologue. De la vraie “taupe-o-logie”.  Ce n’est pas la première fois que des taupes de choc sont ainsi mises à contribution. En 2013, des taupes britanniques ont participé aux fouilles du fort romain d’Epiacum (près d’Alston, dans le nord de l’Angleterre). Le fort en question date du début du deuxième siècle, et est probablement contemporain du fameux mur d’Hadrien. Ce site est classé monument historique en Grande-Bretagne, ce qui interdit toute fouille sans dispense spéciale… dont les taupes n’ont pas besoin. Les archéologues ont donc invité des taupes à rejoindre le chantier de fouilles effectué par un groupe de 500 bénévoles encadré par des archéologues professionnels. En analysant les taupinières, ils ont eu de très bonnes surprises, comme le rapporte le site de la BBC : en plus de fragments de verre et de poterie, les taupes ont ramené, entre autres, une perle d’un collier de jais et un dauphin de bronze. La datation de ces différents éléments permet de déterminer l’époque des différents bâtiments enfouis. Il n’est pas vraiment étonnant de voir les taupes ainsi collaborer avec les humains, du moins en Angleterre : là-bas, elles sont liées à l’histoire. On dit en effet que Guillaume III d’Orange serait mort des suites d’une chute de cheval, sa monture ayant trébuché… sur une taupinière. Les Jacobites, ses rivaux défaits, ont alors dédié un toast à l’animal : “le petit gentilhomme au gilet de velours noir”. Avec un tel pedigree, les taupes britanniques ne pouvaient que se passionner pour la recherche archéologique. Crédit photo : taupe européenne (Mick E. Talbot via Wikimedia Commons) Continue reading

Nos ancêtres étaient-ils des charognards ?

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elephantbutcheryreconstruction_kc_hoh.jpg__800x600_q85_crop.jpgL’image d’Epinal du brave chasseur préhistorique, affrontant les gigantesques mammouths et les féroces tigres à dents de sabre vient d’être sérieusement écornée par une étude publiée dans le numéro de ce mois du Journal of Human Evolution. La paléoanthropologue Brianna Pobiner, de la Smithsonian Institution, vient en effet de présenter les résultats de fouilles au Kenya qui montreraient que nos ancêtres Homo Erectus auraient profité des restes de proies tuées par les grands carnivores, et principalement des lions. En passant plusieurs mois dans une réserve naturelle kenyane, la chercheuse a pu observer les techniques de chasse des carnivores, essentiellement les lions. Cela lui a permis de constater que les restes de viande se trouvant sur une proie de grande taille déjà bien entamée par les carnivores étaient abondants. “Le plus surprenant est la grande quantité de viande que les lions abandonnent lorsqu’ils ont tué une proie”, précise-t-elle à Popular Archaeology. “En fait, les restes de viande provenant d’un seul zèbre tué par des lions pourraient avoir fourni presque 6100 calories pour nos ancêtres, ce qui représente les besoins caloriques journaliers de presque trois mâles Homo Erectus adultes, ou à peine plus de 11 Big Macs.” “Les preuves fossiles de la consommation de viande et de moelle par les humains préhistoriques datent d’au moins 2,6 millions d’années, sous forme d’os d’animaux débités”, explique Brianna Pobiner sur son blog. “Les outils de la même période suggèrent que nos ancêtres utilisaient des simples couteaux de pierre et des rochers arrondis pour détacher la viande des os et pour les briser afin d’accéder à la moelle riche en calories à l’intérieur. Mais à cette époque, les humains mesuraient à peine un mètre et n’avaient pas développé les technologies de chasse, comme les lances ou les arcs et les flèches. Alors, comment pouvaient-ils venir à bout d’animaux gros et dangereux comme des éléphants et des hippopotames?” Pour Brianna Pobiner, “attendre que de plus gros prédateurs abandonnent leur proie aurait valu la peine pour des espèces humaines comme Homo Erectus.” Ils pouvaient en effet patienter jusqu’à ce que les lions s’en aillent pour découper la viande restante des os, et briser ces derniers pour récupérer la moelle. “En plus, attendre aurait diminué les risques pour eux de se faire manger par les lions”, ajoute la paléoanthropologue. Elle supporte également la thèse de la récupération des restes de la chasse des tigres à dents de sabre, qui fréquentaient les mêmes régions que les humains. Ces gigantesques félins étaient probablement solitaires, et auraient donc laissé beaucoup de viande sur les grosses proies qu’ils avaient tuées. Là encore, de quoi nourrir quelques hommes préhistoriques… Le fait que des ancêtres de l’Homme aient pu se contenter de restes n’est peut-être pas aussi poétique que de grandes chasses dangereuses dans la savane, mais cela avait probablement le mérite d’être efficace. Crédit image : vue d’artiste d’un groupe d’Homo Erectus dépeçant un éléphant (Karen Carr Studios/Human Origins Program/Smithsonian Institution) Continue reading

Les Britanniques ont découvert l’import-export avant l’agriculture…

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800px-Wheat_close-up (2).JPGL’agriculture serait née il y a plus de 10 000 ans en Mésopotamie, lorsque nos ancêtres ont appris à domestiquer des plantes sauvages. Mais la pratique de ce qui était alors une nouvelle technologie ne s’est pas répandue aussi vite que celle de l’utilisation des téléphones portables ces dernières années. Dans de nombreuses régions du monde, il a fallu des milliers d’années pour que les habitants passent d’une vie de chasseurs-cueilleurs à une existence de fermiers… ou que les autochtones courant après les migrations saisonnières des animaux et récoltant les baies sauvages soient remplacés par d’autres tribus pratiquant l’agriculture. En Grande-Bretagne, on estimait jusqu’ici que l’agriculture s’était implantée voici 6000 ans. C’est en tout cas ce que les archéologues ont déduit des découvertes effectuées, et de la datation des os et des outils associés à l’agriculture. C’est pourquoi ce fut une surprise de découvrir des échantillons de blé beaucoup plus anciens lors de fouilles sous-marines au large de l’île de Wight. Une étude qui vient d’être publiée dans le journal Science fait état de cette découverte étonnante, dans des sols datant de 8000 ans, et qui démontre la présence de blé cultivé 2000 ans plus tôt que prévu, et aussi 400 ans plus tôt que sur les sites d’Europe continentale les plus proches. Le site de Bouldnor Cliff, aujourd’hui à 11 mètres de profondeur, était alors bien au sec. Là, un groupe de chasseurs-cueilleurs avait établi son camp. Les aliments qu’ils consommaient ont été depuis longtemps détruits, mais les sédiments du campement ont révélé leurs secrets grâce aux analyses ADN. Les spécialistes ont ainsi pu déterminer la présence de deux variétés de blé domestique originaire du Moyen-Orient, et qui n’ont aucun ancêtre sauvage dans le nord de l’Europe. “Cela signifie qu’ils étaient associés à l’apparition de l’agriculture au Moyen-Orient plutôt que domestiqués localement”, précise Science. Et ce à une époque où l’agriculture n’avait pas encore été plus à l’ouest que les Balkans. Alors, s’agit-il d’un exemple de fermiers qui se seraient répandus plus vite qu’on le pensait ? Pas du tout, selon les scientifiques. S’ils ont trouvé les traces du fameux blé, il n’y avait pas de pollen… ce qui indique que les céréales n’avaient pas effectué tout leur cycle de vie sur les lieux. Et si le blé n’était pas cultivé là, c’est qu’il avait été importé ! De plus, aucune graine n’a été retrouvée, ce qui laisse penser que ce blé était sous forme de farine. “Ces résultats suggèrent que des réseaux sociaux sophistiqués reliaient les communautés néolithiques du sud de l’Europe avec les peuples mésolithiques du nord de l’Europe”, expliquent les chercheurs. Le néolithique est en effet la période correspondant à l’arrivée des civilisations agraires, alors que le mésolithique, lui, concerne encore des chasseurs-cueilleurs. “Il y avait un réel lien culturel entre les anciens Britanniques et l’Europe”, explique à Phys.org Robin G.Allaby, de l’université de Warwick (Angleterre) et auteur principal de l’étude. “Les peuples du mésolithique n’ont pas été remplacés rapidement par ceux du néolithique. Il y a eu une longue période, des milliers d’années, d’interaction entre les deux”. Et dans les interactions, il y avait donc l’acquisition de farine de blé cultivé chez leurs voisins du sud. Un bel exemple d’importation de denrées alimentaires…   Crédit photo : Un champ de blé (Bluemoose via Wikimedia Commons) Continue reading

Les Britanniques ont découvert l’import-export avant l’agriculture…

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800px-Wheat_close-up (2).JPGL’agriculture serait née il y a plus de 10 000 ans en Mésopotamie, lorsque nos ancêtres ont appris à domestiquer des plantes sauvages. Mais la pratique de ce qui était alors une nouvelle technologie ne s’est pas répandue aussi vite que celle de l’utilisation des téléphones portables ces dernières années. Dans de nombreuses régions du monde, il a fallu des milliers d’années pour que les habitants passent d’une vie de chasseurs-cueilleurs à une existence de fermiers… ou que les autochtones courant après les migrations saisonnières des animaux et récoltant les baies sauvages soient remplacés par d’autres tribus pratiquant l’agriculture. En Grande-Bretagne, on estimait jusqu’ici que l’agriculture s’était implantée voici 6000 ans. C’est en tout cas ce que les archéologues ont déduit des découvertes effectuées, et de la datation des os et des outils associés à l’agriculture. C’est pourquoi ce fut une surprise de découvrir des échantillons de blé beaucoup plus anciens lors de fouilles sous-marines au large de l’île de Wight. Une étude qui vient d’être publiée dans le journal Science fait état de cette découverte étonnante, dans des sols datant de 8000 ans, et qui démontre la présence de blé cultivé 2000 ans plus tôt que prévu, et aussi 400 ans plus tôt que sur les sites d’Europe continentale les plus proches. Le site de Bouldnor Cliff, aujourd’hui à 11 mètres de profondeur, était alors bien au sec. Là, un groupe de chasseurs-cueilleurs avait établi son camp. Les aliments qu’ils consommaient ont été depuis longtemps détruits, mais les sédiments du campement ont révélé leurs secrets grâce aux analyses ADN. Les spécialistes ont ainsi pu déterminer la présence de deux variétés de blé domestique originaire du Moyen-Orient, et qui n’ont aucun ancêtre sauvage dans le nord de l’Europe. “Cela signifie qu’ils étaient associés à l’apparition de l’agriculture au Moyen-Orient plutôt que domestiqués localement”, précise Science. Et ce à une époque où l’agriculture n’avait pas encore été plus à l’ouest que les Balkans. Alors, s’agit-il d’un exemple de fermiers qui se seraient répandus plus vite qu’on le pensait ? Pas du tout, selon les scientifiques. S’ils ont trouvé les traces du fameux blé, il n’y avait pas de pollen… ce qui indique que les céréales n’avaient pas effectué tout leur cycle de vie sur les lieux. Et si le blé n’était pas cultivé là, c’est qu’il avait été importé ! De plus, aucune graine n’a été retrouvée, ce qui laisse penser que ce blé était sous forme de farine. “Ces résultats suggèrent que des réseaux sociaux sophistiqués reliaient les communautés néolithiques du sud de l’Europe avec les peuples mésolithiques du nord de l’Europe”, expliquent les chercheurs. Le néolithique est en effet la période correspondant à l’arrivée des civilisations agraires, alors que le mésolithique, lui, concerne encore des chasseurs-cueilleurs. “Il y avait un réel lien culturel entre les anciens Britanniques et l’Europe”, explique à Phys.org Robin G.Allaby, de l’université de Warwick (Angleterre) et auteur principal de l’étude. “Les peuples du mésolithique n’ont pas été remplacés rapidement par ceux du néolithique. Il y a eu une longue période, des milliers d’années, d’interaction entre les deux”. Et dans les interactions, il y avait donc l’acquisition de farine de blé cultivé chez leurs voisins du sud. Un bel exemple d’importation de denrées alimentaires…   Crédit photo : Un champ de blé (Bluemoose via Wikimedia Commons) Continue reading

Changements climatiques en Asie, peste noire en Europe…

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800px-Yersinia_pestis.jpgLa peste noire. Plus de 600 ans après l’épidémie, le nom seul fait encore frémir. En six ans, de 1347 à 1353, entre 30 et 50% de la population européenne y succomba, et ce n’était que la partie aiguë d’une pandémie qui se prolongea sur plusieurs siècles. Jusqu’ici, les principales théories pensaient que la bactérie responsable de cette peste, Yersinia Pestis, avait été introduite dans les ports méditerranéens en provenance d’Asie en 1347. Elle se serait alors propagée sur tout le continent, via les puces infectées parasitant les rats, ces derniers infestant les centres urbains médiévaux. Ces mêmes rongeurs auraient alors constitué des sortes de “réservoirs” locaux, qui auraient expliqué la persistance de la maladie et des sursauts d’épidémies durant plusieurs siècles. Certes, il y a des théories alternatives. Par exemple, l’an dernier, une équipe médicale britannique expliquait que la peste noire n’était pas un type de peste bubonique comme on le pensait, mais une peste pulmonaire, à l’incubation plus rapide, transmise entre humains et non par les rats. Aujourd’hui, c’est le concept de “réservoirs de rongeurs” qui est remis en question par une équipe de chercheurs norvégiens et suisses. Selon ces scientifiques, qui publient leurs résultats dans la revue PNAS, il n’y aurait en effet pas eu une contamination unique en 1347, mais bien des vagues de peste régulières venant d’Asie à partir de cette époque-là. Des vagues provoquées… par les variations climatiques. En comparant les épidémies régionales entre 1347 et le début du 19ème siècle avec les cernes de croissance des arbres (une méthode pour dater les événements climatiques) en Europe et en Asie, les chercheurs ont mis en évidence une relation entre les fluctuations de la météo et l’arrivée de nouvelles vagues de peste en Europe. Celles-ci se produisaient en effet dans un délai de 10 à 15 ans après des événements pluvieux affectant l’Asie centrale. Apparemment, les conditions climatiques créées par ces pluies (printemps humide et été chaud) auraient permis à un rongeur sauvage, la grande gerbille, de prospérer plus que de coutume. Or, ce rongeur est également un vecteur pour les puces transmettant la peste. “De telles conditions sont bonnes pour les gerbilles. Cela signifie une population de gerbilles importante sur de très grands territoires, et cela est favorable à la peste”, expliquait à la BBC le professeur Niels Christian Stehseth, de l’université d’Oslo, auteur principal de l’article. Selon cette étude, ce serait donc cette grande gerbille qui, lors des cycles climatiques lui fournissant un environnement favorable, aurait permis à la peste de se transmettre à l’Europe de manière régulière via les ports de commerce avec l’Asie, mais aussi via la Russie du sud. the-climatic-pulse.png Crédit photos :  - Yersinia Pestis, la bactérie responsable de la peste bubonique, vue au microscope électronique (Rocky Mountain Laboratories, NIAID, via Wikimedia Commons) - Le parcours de la peste : la première phase voit la peste se propager grâce à l’augmentation de la population de rongeurs, et se transmet aux humains (1 à 2 ans). La maladie va alors voyager en suivant les routes commerciales, depuis l’Asie jusqu’en Europe (entre 10 et 12 ans). Elle se propage ensuite à l’ensemble de l’Europe en moins de 3 ans.  (Center of ecological and evolutionary synthesis (CEES), université d’OSLO) Continue reading

L’étoile qui a frôlé le système solaire

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1436_binarysystem.jpg En ce temps-là, l’Europe était occupée par l’Homme de Néandertal. En ce temps-là, nos ancêtres avaient déjà commencé à migrer hors d’Afrique, mais ne s’étaient pas encore aventurés sur un continent encore en pleine glaciation. En ce temps-là, on pouvait aller en Angleterre à pied. En ce temps-là, un autre soleil est passé très près du nôtre. Lorsqu’on regarde le ciel aujourd’hui à partir de l’hémisphère sud, on peut voir une constellation poétiquement nommée la Licorne. A une vingtaine d’années-lumière dans cette direction se trouve une petite étoile (sa masse est de 8% de celle du Soleil) pas très brillante, dont la découverte n’a été annoncée qu’en 2013 : l’étoile de Scholz. A cette distance-là, c’est une voisine, même si d’autres étoiles sont beaucoup plus proches (comme le système d’Alpha/Proxima du Centaure, qui est à un peu plus de 4 années-lumières d’ici). Mais il y a 70 000 ans, les positions des étoiles dans la Voie Lactée n’étaient pas les mêmes. Car autant on peut avoir l’impression en regardant le ciel que tous ces points brillants sont immobiles, c’est loin d’être le cas : la galaxie est en mouvement, et les étoiles qui la composent “tournent” plus ou moins autour de son centre. C’est le cas de notre Soleil. C’est aussi le cas de l’étoile de Scholz. Il y a 70 000 ans, l’étoile de Scholz a frôlé notre système solaire. L’Homme de Néandertal ne s’en est pas aperçu, et nos ancêtres pas davantage, mais la naine rouge a tout de même traversé ce que l’on nomme le “berceau des comètes”, le nuage d’Oort. De quoi envoyer balader plus d’une boule de glace! En plus, l’étoile de Scholz n’est pas seule : elle a un compagnon discret, ce que l’on nomme une naine brune, un objet intermédiaire entre les géantes gazeuses de type Jupiter et de petites étoiles. C’est donc cette paire discrète qui a effectué une incursion très près de la Terre, du moins à l’échelle astronomique : elle est passée à 0,8 années-lumière du Soleil… Cela représente plus de mille fois la plus grande distance entre le Soleil et Pluton, mais vu de la galaxie, c’est à un cheveu. La découverte de ce passage a été effectuée par une équipe internationale emmenée par Eric Mamajek, de l’université de Rochester (USA). En analysant la trajectoire et la vitesse de l’étoile de Scholz, les chercheurs ont pu déterminer la date de ce passage, et le fait que la naine rouge et sa compagne sont passées au travers d’une zone peuplée de milliards de comètes. Ils viennent de publier leurs résultats dans la revue Astrophysical Journal Letters. Heureusement, l’étoile de Scholz est passée dans la frange extérieure du nuage d’Oort. Si elle avait approché la partie interne de ce nuage, elle aurait pu déclencher des pluies de comètes dans tout le système solaire, avec un danger pour la Terre. Ce ne fut pas le cas, et nos braves ancêtres n’ont probablement même pas remarqué une étoile filante de plus que d’ordinaire. Ce passage récent d’une étoile dans la banlieue du Soleil montre que la galaxie n’est pas un endroit très sûr. “D’autres perturbateurs du nuage d’Oort peuvent être tapis parmi les étoiles proches”, prévient Eric Mamajek. Le satellite européen Gaia, qui doit cartographier les distances et vitesses d’un milliard d’étoiles, devrait apporter des éléments sur le sujet. Qui sait, peut-être découvrirons-nous que d’autres étoiles sont passées encore plus près. Ou que d’autres vont venir nous rendre visite, dans quelques dizaines de milliers d’années… Crédit image : vue d’artiste de l’étoile de Scholz et de la naine brune qui l’accompagne, durant leur passage près du système solaire (Michael Osadciw/University of Rochester.) Continue reading

Le rat géant qui mordait plus fort qu’un tigre

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Josepho Francia.jpgIl a déjà un surnom, facile à retenir : Ratzilla. Josephoartigasia monesi, c’est son appellation officielle, ressemblait à un gros cochon d’Inde d’un mètre cinquante de haut et trois mètres de long, pesait une tonne, et vivait en Amérique du Sud il y a entre 2 et 4 millions d’années. Ce rongeur hors normes nous est connu par un crâne que l’on a retrouvé en Uruguay. L’animal a fait l’objet d’une description détaillée en 2008, dans le journal Proceedings B. Les auteurs le qualifient alors de “plus grand rongeur connu”. Si l’animal était impressionnant, son régime alimentaire, lui, était végétarien : il consommait probablement des fruits, des végétaux et peut-être quelques algues. Mais pour manger tout ça, il avait à sa disposition des mâchoires à en faire pâlir d’envie nos actuels tigres et crocodiles. C’est en tout cas ce qu’affirme une étude qui vient d’être publiée dans le “Journal of Anatomy”.  Pour mieux comprendre les capacités de mastication de l’animal, les chercheurs des universités de York (Angleterre) et Montevideo (Uruguay) ont utilisé des logiciels de modélisation pour estimer la force exercée par ses mâchoires, en comparant à la fois le crâne du fossile et le modèle de la mâchoire inférieure d’un chinchilla, un parent proche encore vivant. Le résultat obtenu est une force de 4165 newtons, soit “à peu près trois fois plus que celle estimée pour les tigres et les crocodiles de taille moyenne”, précisent les auteurs. A la pointe de ses incisives géantes, Ratzilla aurait encore été de 1400 newtons, soit l’équivalent de la force des mâchoires d’un tigre. Les incisives en question auraient d’ailleurs pu encaisser les conséquences d’une force trois fois supérieure, ce qui amène les scientifiques à penser que cette charmante bestiole utilisait ses dents de devant pour autre chose que la mastication. Déterrer des racines ou se défendre contre les prédateurs sont les hypothèses émises. Ratzilla aurait ainsi pu utiliser ses incisives un peu comme les éléphants se servent aujourd’hui de leurs défenses. De quoi décourager de leur chercher des noises, à moins d’être vraiment plus gros… Rinderknecht and Blanco Fig 4.jpg Crédit images :  - Vue d’artiste de Josephoartigasia monesi (James Gurney via l’université de York) - Taille comparée d’un humain, d’un Josephoartigasia monesi et d’un pacarana, son plus proche parent vivant (Andres Rinderknecht et Ernesto Blanco via l’université de York) Continue reading