L’homme de Néandertal aurait disparu plus tôt qu’on le pensait… et nos ancêtres y seraient (un peu) pour quelque chose

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2138876647.jpgDans l’arbre généalogique des espèces humaines, l’homme de Néandertal serait un proche cousin. Une branche parallèle de l’évolution, qui se serait développée en Europe pendant plus de 200 000 ans, et qui aurait disparu après avoir cohabité quelques temps avec nos ancêtres.  Ces derniers auraient commencé à peupler l’Europe voici environ 50 000 ans, mais combien de temps a duré l’interaction avec Néandertal et comment ce dernier s’est-il éteint sont des questions toujours en suspens, pour lesquelles diverses théories sont avancées. Une étude publiée ce mercredi dans le journal Nature vient d’apporter de nouveaux éléments sur le sujet, et a tenté de définir un calendrier de ce qui s’est passé à l’aube de la préhistoire européenne, et ses résultats tendent à montrer que les Néandertaliens auraient disparu plusieurs millénaires plus tôt qu’on ne le pensait.  

Une meilleure datation des os

L’équipe internationale de chercheurs emmenée par Tom Higham, directeur adjoint du Radiocarbon Accelerator Unit de l’université d’Oxford, a étudié plus de 40 sites néandertaliens dans toute l’Europe, de Gibraltar au Caucase. Pour obtenir les dates les plus précises possibles, il était nécessaire d’améliorer les techniques de datation au carbone 14 utilisées jusqu’ici. En effet, celles-ci ont une précision plus limitée lorsqu’on atteint les environs des 50 000 ans, soit exactement la période qui nous intéresse ici. L’équipe a donc développé une méthode qui consiste à traiter chimiquement les os afin de retirer le carbone contenu dans le collagène des os, puis mesurer les minuscules quantités de carbone 14 en utilisant un accélérateur de particules.  

Quelques milliers d’années ensemble

Les éléments recueillis permettent de voir une baisse de population chez l’homme de Néandertal il y a environ 50 000 ans. Les humains modernes, nos ancêtres, seraient eux arrivés en Europe il y a environ 45 000 ans. Bien sûr, cette migration a été progressive et ne s’est pas effectuée au même moment dans tout le continent. Toujours selon les conclusions de l’étude, voici 35 000 ans, il n’y avait plus trace d’hommes de Néandertal, et notre espèce dominait le continent européen. Cette disparition ne s’est pas faite d’un coup : les populations néandertaliennes ont survécu plus longtemps dans certains endroits. Ils auraient tout de même cohabité avec nos ancêtres pendant 2600 à 5400 ans, en fonction des régions. Cela a laissé le temps aux deux population d’interagir… et de se métisser, même s’il semble que les deux populations avaient leurs territoires propres. On savait déjà grâce à des recherches récentes que les gènes de l’homme de Néandertal sont toujours présents : tous les humains modernes sauf les Africains possèdent en moyenne 2% de ces gènes néandertaliens. Ils ont pu également échanger des technologies, quoique l’on pense généralement que ce sont les humains modernes qui ont amené avec eux des méthodes plus perfectionnées de taille du silex, par exemple.  

Comment Néandertal a-t-il disparu?

Le fait que la baisse de population de l’homme de Néandertal coïncide avec l’arrivée des humains modernes fait bien évidemment songer à un rapport de cause à effet. Les auteurs de l’étude évoquent une “pression compétitive” des nouveaux arrivants, qui chassaient les mêmes types de proies, peut-être avec un avantage technologique, ce qui aurait pu hâter la disparition d’une race déjà en danger. Selon le professeur Chris Stringer, du muséum d’histoire naturelle de Londres cité par le site de la BBC, “l’arrivée des humains modernes a ajouté à leurs problèmes. Ils chassaient les mêmes animaux, cueillaient les mêmes plantes et voulaient habiter dans les meilleures cavernes, il y aurait donc eu une compétition économique. Mais ce n’était pas une extinction instantanée, ils n’ont pas été chassés et tués par les humains modernes ou décimés par les maladies que ceux-ci auraient amenées d’Afrique. Ce fut un processus plus graduel.”

Certains ne sont pas d’accord

Cette étude ne va probablement pas mettre fin aux controverses. Les tenants de la théorie de l’hybridation et de l’assimilation n’y verront pas forcément de contradiction profonde. En revanche, des chercheurs ont déjà manifesté leur scepticisme, comme Clive Finlayson, directeur du département “héritage” du musée de Gibraltar, qui remet en question la fiabilité de la technique utilisée pour les os trouvés dans des régions plus chaudes. Ce chercheur avait dirigé l’équipe auteur de la datation de restes de Néandertaliens découverts dans cette partie de l’Espagne à 28 000 ans en arrière. Pour lui, les archéologues ne vont probablement jamais trouver le dernier lieu occupé par l’homme de Néandertal. Crédit photo : un homme de Néandertal. Reconstruction: John Gurche; photograph: Tim Evanson via Wikimedia Commons  

La vidéo de Nature

Pour les anglophones, le journal Nature a réalisé une intéressante vidéo illustrant les éléments-clés de l’étude Continue reading

Vin, cygne, poisson d’eau douce : un régime de roi pour Richard III

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427px-King_Richard_III.jpgSavoir ce que le dernier des Plantagenêt avait dans son assiette de son enfance jusqu’à l’époque de sa mort, cela semble relever davantage d’une enquête de voyageur temporel que de science… Et pourtant. Depuis la découverte du corps du défunt roi, l’université de Leicester a mené des recherches dans diverses disciplines autour de feu Richard III. Ils ont même réussi à faire parler…ses os, et cela n’a rien à voir avec de la divination.

Le “Roi bossu” de Shakespeare et la présomption d’innocence

Pour mieux comprendre l’importance de ce roi, il est nécessaire d’effectuer une petite plongée dans l’histoire d’Angleterre. Richard naît en 1452, alors que la guerre de Cent Ans se termine sur le continent. Mais de l’autre côté de la Manche, les conflits ne sont pas terminés, bien au contraire. La série de conflits entre les maisons d’York et de Lancastre, que l’on rassemblera ensuite sous le nom générique de ”guerre des Deux Roses“, va se dérouler durant toute la vie de Richard, dont le décès marquera la fin. Cette guerre était le résultat d’un conflit dynastique aussi compliqué que l’intrigue des Rois Maudits (ou de Game of Thrones). Il trouve la mort durant la bataille de Bosworth, près de Leicester, ce qui fait de lui le dernier souverain d’Angleterre à périr au combat. Roi bossu (on sait désormais qu’il avait une scoliose prononcée), Richard III traîne une mauvaise réputation grandement due à la pièce de Shakespeare, écrite un siècle après sa mort, qui lui est consacrée. Ses défenseurs contemporains mettent en avant ses réalisations, dont, entre autres, l’introduction du concept de présomption d’innocence dans la loi anglaise. Ce qui a propulsé de nouveau Richard III sur le devant de la scène n’est cependant pas un procès en réhabilitation ou un festival de théâtre, mais la découverte il y a deux ans, lors de fouilles, de sa sépulture, sous un parking de Leicester. Les analyses ADN effectuées sur des membres actuels de sa lignée ont confirmé qu’il s’agissait bien du roi, et la forme de sa colonne vertébrale (scoliose prononcée) était également un indice. Ses os ont parlé, et ont également permis de reconstituer les coups qui l’ont tué, très probablement une hallebarde le heurtant à la base du crâne.

Des dents, un fémur, une côte : les os ont parlé

Aujourd’hui, pourtant, il n’est plus question de son règne ni de sa mort, mais de son régime alimentaire dans une étude qui vient d’être publiée dans le Journal of Archaeological Science. Une équipe de l’université de Leicester, emmenée par le Dr. Angela Lamb, a étudié les os et les dents du défunt roi, ce qui a permis de mieux connaître le mode de vie de Richard III. Les scientifiques ont examiné les changements dans la chimie des dents, d’un fémur et d’une côte, qui se sont développés et reconstitués à différentes époques de la vie du roi. Les dents, qui se forment dans l’enfance, ont pu confirmer que Richard avait déménagé à l’âge de sept ans, pour vivre dans une région avec davantage de pluies, des rochers plus anciens (probablement dans les environs du Pays de Galles), et avec un régime alimentaire différent en comparaison avec son lieu de naissance, à Fotheringay Castle. Le fémur, qui représente en moyenne les 15 années avant sa mort, montrent qu’il est retourné dans l’est de l’Angleterre étant adolescent, et qu’il se nourrissait alors comme la haute aristocratie de son époque. Les côtes, enfin : elles se renouvellent asses vite, et ne représentent que 2 à 5 ans avant la mort. C’est dans celles-ci que se trouvait le changement le plus remarquable de son régime alimentaire. Les différences dans la chimie des côtes auraient pu s’expliquer par un déménagement, mais cela contredirait les données historiques, il devait donc y avoir plutôt un changement dans l’alimentation. Cette différence, selon l’étude, suggère une plus grande consommation de poissons d’eau douce et d’oiseaux, qui constituaient des mets assez courants lors des banquets royaux de l’époque. On n’y mangeait pas de dinde (importée bien plus tard d’Amérique), mais des oiseaux qui ont aujourd’hui disparu de nos tables : le cygne, le héron, la grue, l’aigrette… La chimie de ses os révèle également qu’il buvait davantage de vin tout au long de son court règne (à peine plus de 2 ans). Ces éléments démontrent bien que la nourriture dans l’Angleterre médiévale, la nourriture était liée au statut social.

Un enterrement royal le 26 mars 2015

Pour parvenir à de tels résultats, ils ont mesuré les isotopes de certains éléments-clé, comme le strontium, l’azote, l’oxygène, le carbone et le plomb. Par exemple, le changement dans les isotopes d’azote alors que le carbone reste identique suggère l’accroissement de la consommation de nourritures plus riches. L’accroissement des valeurs des isotopes d’oxygène à la fin de sa vie montrerait l’augmentation de sa consommation de vin. Le fait que les déplacements du roi soient bien connus (l’histoire en a gardé la trace) a donné des éléments stables de comparaison, un cas très rare pour de telles études… Maintenant que le roi Richard a livré ses secrets, il va pouvoir être de nouveau enterré. Même si la polémique sur le lieu de sa sépulture (d’aucuns voudraient voir ses restes transférés à York, siège de sa maison), n’est pas totalement éteinte, la décision est prise, son tombeau est préparé : il se situera dans la cathédrale de Leicester, et ses secondes funérailles prévues pour le 26 mars 2015.   Crédit image : Portrait de Richard III, auteur inconnu (National Portrait Gallery, Londres, via Wikimedia Commons) Continue reading

Sexy fruit : le cocofesse, une noix qui porte bien son nom !

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cocofesse
C’est non seulement le plus gros fruit au monde, mais aussi un des plus surprenants : découvrez comment le cocofesse a fait chavirer le cœur des explorateurs et naturalistes de l’Histoire. Nous sommes au XVIIIème siècle. Marc-Joseph Marion du Fresne, corsaire malouin et explorateur, navigue en plein Océan Indien. De …
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Archéologie : les traces d’une épidémie antique découvertes en Egypte

Ils travaillaient dans une nécropole mais ne s’attendaient pas à trouver ces morts-là. Dirigée par Francesco Tiradritti, l’équipe de la Mission archéologique italienne à Louxor (MAIL), s’intéresse depuis 1996 au complexe funéraire de deux dignitaires religieux du VIIe siècle av. … Continuer la lecture

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Petite histoire de la biologie: Partie 2

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Broca

Dans un précédent billet, nous avons exploré les débuts de la biologie, d’Aristote à Lamarck, en passant par Buffon et Cuvier. Nous avons vu que la biologie est une science à la fois ancienne et récente, qui a subit de nombreuses révolutions. La plus connue est sans conteste celle de 1859 avec la parution de l’origine des espèces de Charles Darwin. Si tout le monde connait son nom, peu de gens connaissent la véritable théorie darwinienne, qui n’a d’ailleurs plus grand chose à voir avec la théorie de l’évolution telle qu’on la connait. Allons voir un peu plus en détail ce qui était appelé “Évolution” au XIXème siècle!




La bible des biologistes
de l’évolution

Tout d’abord, commençons par dire que le mot “évolution” n’apparaît pas une seule fois dans la première édition de l’origine des espèces! Avouez que c’est quand même étrange pour le père de la “Théorie de l’Évolution” …  Il en va tout autant de “la lutte pour le plus apte“, qui est introduit par Darwin seulement lors de la parution de la cinquième édition de l’origine des espèces.

En effet, Darwin introduit lui même ces termes qu’il emprunte à Herbert Spencer (1820-1903). A cette époque, Spencer est l’un des philosophes les plus influents, et ne cesse de propager au travers de l’Europe l’idée d’évolution. Spencer ne s’arrête pas là, il n’hésite pas à analyser la société humaine sous le prisme de la sélection naturelle, c’est ce que l’on appellera plus tard le darwinisme social.

La craniométrie de Paul Broca





A cette époque, apparaît aussi les idées d’eugénisme (Francis Galton, 1822-1911), ou d’anthropologie physique (Paul Broca, 1824-1880), vous savez, cette idée selon laquelle le profil meurtrier ou les capacités intellectuelles d’un individu peuvent être caractérisées par les dimensions de son crâne


Si le darwinisme social n’est plus d’époque et peut être choquant à nos yeux, il ne faut pas oublier qu’à cette époque, Spencer et non Darwin est considéré comme l’aboutissement et le vecteur de la pensée évolutionniste. 


En bref, en 1870 le mot évolution est associé à Spencer et non à Darwin. Mais alors? Quel est l’apport de Darwin?


L’imaginaire nous dit que la théorie de l’évolution a vu le jour dans l’esprit d’un jeune naturaliste  à la suite de son tour du monde de 6 ans à bord du Beagles. Ceci est seulement une partie de la réalité historique. En effet, l’idée de sélection naturelle à partir de variations aléatoires est venue à Darwin après de nombreuses observations, telles que les fameux pinsons des Galápagos. Cependant, l’idée même d’évolution était déjà dans l’air du temps à l’époque. En effet, la bataille faisait rage entre fixistes (Georges Cuvier, 1769-1832) et évolutionnistes (Lamarck, 1744-1829 et  Geoffroy St-Hilaire, 1772-1844) au début du XIXème siècle. Darwin ne manqua pas de lire les écrits de ces auteurs pendant les  longues journées à bord du Beagle. Les 2 penseurs qui eurent probablement le plus d’influence sur le jeune Darwin furent Malthus et Lyell. Thomas Malthus (1776-1834) était un géographe, connu pour avoir énoncé une loi selon laquelle la population mondiale augmente plus vite que la production de ressources, et que donc un jour ou l’autre les individus vont entrer en compétition pour l’accès aux ressources. On voit bien ici les prémices de la fameuse sélection naturelle. Charles Lyell (1797-1875) quant à lui est un des précurseurs de la géologie. Grâce à Lyell, ses idées et ses découvertes vont permettre à Darwin d’observer dans les couches fossiles de nombreuses similitudes entre les espèces disparues et les espèces actuelles. Associé aux idées de Lamarck et Lyell, Darwin va alors être convaincu de la continuité entre les espèces. Enfin, il faut ajouter que Darwin sera aussi fortement influencé par les techniques de sélection opérées par les éleveurs. Depuis très longtemps, les éleveurs pratiquaient de la sélection artificiellesur les variations déjà présentes dans la nature. En observant cela, Darwin se dit donc que la nature opérait elle aussi une sélection entre les individus, non pas basée sur la productivité, mais sur le nombre de descendants.

Le tour du monde du Beagle (5 ans), commandé par un tout
jeune capitaine de 26 ans: Robert FitzRoy.

Alfred. R. Wallace, le codécouvreur oublié.

L’analyse historique révèle donc ici que la théorie Darwinienne ne provient pas seulement de l’esprit du naturaliste anglais. Au contraire, comme souvent en Science, cette théorie provient d’une concordance de facteurs, que sont l’observation et le contexte scientifique de l’époque. 

D’ailleurs, c’est à cette époque aussi qu’un autre scientifique (un peu oublié) en arrive indépendamment aux mêmes conclusions que Darwin: Alfred. R. Wallace. (1823-1913). En accord avec Wallace, Darwin va d’ailleurs précipiter la publication de l’origine des espèces en 1859 (Darwin était tellement méticuleux et soucieux de convaincre ses lecteurs qu’il a mis un temps fou avant de concrétiser ses idées sur le papier, ce qui donna le temps à Wallace d’en arriver aux mêmes conclusions).

Voir un ancien billet de ce blog pour une remise en question quelque peu virulente de la sacralisation de Darwin.





Alors concrètement, que nous dit la théorie originale de Darwin, exposée dans l’origine des espèces de 1859?


La sélection naturelle, une histoire de
taille de bec chez les pinsons!
Cette théorie tient en deux concepts clefs: la variation et la sélection. En effet, contrairement à Lamarck qui soutenait une évolution dirigéedes espèces (voir billet précédent), Darwin met l’accent sur les variations aléatoires qui apparaissent dans les populations. Si ces variations apportent un avantage au succès reproducteur de l’individu, alors elles seront sélectionnées. Sélectionnées car les individus seront plus représentés dans la population que les autres (de par leur succès reproducteur plus grand). Si la variation est en plus héritable (transmise à la descendance), alors sa fréquence augmentera dans la population de génération en génération. Au fur et à mesure, la variation sera complètement fixée dans la population (tous les individus l’auront). Évidemment, le lien entre une variation et un plus grand succès reproducteur c’est l’environnement. Par exemple, un individu qui a un gros bec peut se nourrir de plus grosses graines que les autres, et donc avoir plus de descendants. S’il n’y a pas de grosses graines dans l’environnement, l’avantage du gros bec disparaît. Voilà ce que nous dit dans les grandes lignes la théorie darwinienne.

L’originalité de cette théorie réside en très grande partie dans le concept de sélection naturelle, dont le rôle est primordial dans la diversification des espèces. Si à l’époque la majorité des scientifiques étaient ou se sont ralliés à l’idée d’évolution, ce n’était pas le cas pour le concept de sélection naturelle. On compte par exemple parmi les évolutionnistes les plus convaincus Thomas. H. Huxley (1825-1895), qui n’a jamais cru au rôle primordial de la sélection naturelle comme moteur de l’évolution. Même Darwin à la fin de sa vie a émis des réserves quant à l’importance de la sélection naturelle dans l’évolution.

Comme vous l’avez peut-être remarqué, il n’est question à aucun moment ici de gènes.

En effet, Darwin n’a pas clairement formulé une théorie de l’hérédité. Une idée largement en vogue encore aujourd’hui est que Lamarck croyait en l’hérédité des caractères acquis et Darwin l’hérédité des caractères innés. Cette idée est fausse car Darwin croyait lui aussi en une hérédité des caractère acquis. Encore aujourd’hui, il est courant d’associer des mécanismes d’hérédité acquise à Lamarck et innés à Darwin…  Il convient donc de bien séparer la théorie Darwinienne et l’hérédité, qui ne sont pas encore réuni au XIXème siècle.




August Weismann, ou comment 
étudier l’hérédité en coupant les 
queues des rats pour voir si leurs 
déscendants en sont munis ou pas

L’hérédité va faire son apparition à la fin du XIXème siècle, notamment grâce à la découverte des lois de l’hérédité par Gregor Mendel (1822-1884) en 1880. Les travaux d’Auguste Weismann (1834-1914) quant à eux permirent de mettre en évidence la différenciation entre les cellules germinales (les seules qui transportent l’information héritable) et somatiques (les cellules du corps, qui ne comportent donc pas les gamètes), ce qui écarta toute possibilité d’hérédité des caractères acquis.  Suivirent les travaux de Morgan, Wright, Fisher, Haldane, etc …  


Le début du XXème siècle fut marqué par de très nombreux débats en biologie évolutive, dont le point d’orgue sera l’inclusion des lois de l’hérédité (et des mutations génétiques) dans la théorie Darwinienne, ce qui sera nommé la théorie synthétique de l’évolution (Ernst Mayr en fut l’un des plus grands contributeurs).


La dernière partie de cette histoire sera donc consacrée à la théorie synthétique de l’évolution et son histoire au cours du XXème siècle … dans le prochain billet!


Quelques livres intéressants qui m’ont inspiré pour cet article:

- Histoire et Philosophie des sciences. Sous la direction de T. Lepeltier. Edition Sciences Humaines.

- L’Effet Darwin, Patrick Tort. Seuil, “Sciences ouverte”. (Petit résumé intéressant du livre ici).

- Les mondes darwiniens. L’évolution de l’évolution. Sous la direction de Thomas Heams, Philippe Huneman, Guillaume Lecointre et Marc Silberstein. Préface de Jean Gayon. Edition Syllepse.

Épistémologie et histoire des sciences. Sous la direction de Solange Gonzalez. CNED, collectif.


Un documentaire bien fait


- Le grand voyage de Charles Darwin – les origines de la théorie de l’évolution. ARTE France


Une superbe animation du CNRS décrivant le voyage de Darwin

- http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosdarwin/darwin.html

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Flinguer la biodiversité, c’est bon pour la santé !

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fayaaa
Lecteur, ne le nie pas, ce titre te choque. La diversité biologique -ou biodiversité- est un mot magique depuis qu’Edward O. Wilson l’a popularisé dans un compte rendu de colloque, et elle est généralement considérée comme quelque chose de positif. La biodiversité, c’est BIEN. La perte de biodiversité, c’est MAL. La crise d’extinction majeure actuelle, c’est SUPER CACA.
Certes. Mais cher lecteur, ça te dirait de jouter un peu ?
Imaginons que je sois un promoteur immobilier sans scrupule, prêt à raser une forêt vierge pleine à craquer de gentils orangs-outans mignons pour construire une zone industrielle. Toi, lecteur, vas devoir me convaincre qu’il faut protéger la biodiversité avec des arguments béton (parce que sinon, je noie tout dedans. Dans le béton. HAHAA. Humour de promoteur, ‘Pouvez pas comprendre.). ALLEZ C’EST PARTI.
Je t’écoute. Après quelques bafouillis peu convaincants parlant de Gaïa et Grand-mère feuillage, tu attaques avec mon argument préféré : « nous dépendons de la biodiversité pour vivre. ». Il m’éclate tellement qu’on va en faire un sous-titre, tiens.

Ton argument : nous dépendons de la biodiversité pour vivre. 

Je suis peut-être un promoteur pourri, mais j’ai une formation scientifique, alors je te demande de citer des papiers. Ce que tu fais : tu me cites le Millenium Ecosystem Assesment (MEA), une gigantesque étude commissionnée en l’an 2000 par Kofi Annan, alors secrétaire générale de l’ONU. Publié en 2005, le rapport impliquera plus de 1000 experts dans une centaine de pays. Ses conclusions sont claires : la biodiversité est en péril, les espèces s’éteignent à un rythme record, et l’homme va nécessairement finir par en pâtir à un moment où un autre. Ces conclusions passeront tellement bien dans la culture populaire qu’on devra se farcir les années suivante les discours catastrophistes de photographes et autres animateurs de télé français. Et ce en boucle.
Bien tenté, lecteur, mais nul part dans le rapport du MEA il n’y a de preuve véritable que l’homme souffre lorsque la biodiversité diminue. Pas d’étude corrélationnelle. Pas d’expériences. Juste une grosse hypothèse non testée.  Maintenant c’est mon tour, on va se marrer.
Pour commencer, les pays avec le plus de biodiversité sont également les pays où l’on meurt le plus à cause de cette biodiversité. Hé oui, diversité d’espèces implique diversité d’organismes pathogènes ou vecteurs de pathogènes – de maladies quoi-. Fiève jaune, paludisme, dengue : toutes ces maladies mortelles inconnues des pays tempérés sont de véritables machines à tuer. Chaque année, environ 700 millions de personnes meurent des pathogènes transmis par les moustiques des tropiques. Ah tout de suite, elle est moins sympa la biodiversité.
Mais attends, ne pars pas, ça devient encore meilleur.
Si on corrèle la diminution globale de biodiversité au cours du temps (sous la forme de l’indice planète vivante de WWF – Gaïa, grand-mère feuillage, tout ça… –) avec n’importe quel indicateur de développement humain au cours du temps (au hasard, l’IDH, il sert à ça), on obtient quelque chose d’assez différent :
http://leo.grasset.free.fr/wp-content/uploads/living-planet-index.jpghttp://leo.grasset.free.fr/wp-content/uploads/ScreenHunter_01-Sep.-02-23.25.jpg
À gauche, l’indice planète vivante, qui s’effondre tranquillement depuis les années 70. À droite, l’indice de développement humain, qui croît tranquillement depuis cette date (sauf en Afrique Subsaharienne, où le départ à l’allumage a été un peu plus lent).
En d’autres termes, plus la biodiversité se casse la tronche, plus on est contents.
C’est un fait, on a jamais été aussi bien qu’aujourd’hui : le taux de conflits armés est historiquement bas, une meilleure santé que jamais, les gens sont plus riches que jamais, la mortalité infantile s’effondre, le tiers monde n’existe plus, etc., etc.
Ce grand écart entre l’hypothèse de départ et la réalité factuelle a été nommé le Paradoxe de l’environnementaliste, et ses auteurs ont proposé 4 hypothèses pour expliquer cet écart :
  1. En fait, en vrai, l’état des humains se dégrade, mais on n’arrive pas à le voir avec des mesures comme l’IDH.
    Cette hypothèse est pourrie, et est facilement éjectée par les auteurs : quel que soit le critère qu’on prend, l’humanité se porte mieux aujourd’hui qu’il y a 100 ans. Suivant.
  2. La technologie dissocie les humains des écosystèmes. Hypothèse très improbable pour tout un tas de raisons : l’air que l’on respire n’est pas (encore) recyclé par des plantes électroniques, et la nourriture synthétique est encore du pur hype. La technologie, et principalement le pétrole, a surtout permis d’augmenter la productivité des agrosystèmes par 5 au cours des 50 dernières années. Ce n’est pas une dissociation, c’est le contraire.
    Rendement agricoles aux USA. Source : USDA NASS (National Agricultural Statistics Service). 2010. “Quick Stats – U.S. & All States Data – Crops.” 
  3.  Le pire est à venir Il y a un décalage temporel entre le moment où un écosystème est dégradé et le moment où la punition se fait sur les humains pénitents.
À moins que la dernière hypothèse ne se révèle confirmée, et qu’il existe bien un seuil au-delà duquel tout bascule, tu vas devoir te trouver un autre argument très cher lecteur: les données ne soutiennent pas le précédent que tu m’as fourni.
Tu répliques :  
OUI, MAIS. Plein de civilisations du passé se sont pété la truffe après avoir massacré leur environnement, alors pourquoi pas nous ? 
(i.e : il existe bel et bien un seuil de biodiversité en deçà duquel on meurt tous).
C’est incontestable, de nombreux travaux en archéologie et en archéobotanique montrent que tout un tas de cultures diverses ont mal fini après avoir exploité de façon non durable leur environnement.  Tu namedrop « Jared Diamond », qui recense ces sociétés dans son livre Effondrement : les Vikings du Groenland, les Mayas, le Rwanda, l’Île de Pâques, Mangareva, etc., etc. Tu es un lecteur de goût, ce livre est bien. De nouveaux travaux en archéologie confirment que la biodiversité du solpar exemple est un  facteur suffisamment important pour que sa dégradation mène à un effondrement social total.
Tu me cites aussi les états en faillitecomme Haïti, la Somalie, le Yémen ou l’Afghanistan : leur état catastrophique va en effet avec des dégradations environnementales sévères, mais il est difficile de savoir ce qui est la cause et ce qui est l’effet ici : est-ce parce qu’il n’y a plus de gouvernement centralisé que l’environnement est dégradé, ou l’inverse ? Bof bof pour ce point particulier. Tu as autre chose ?
Tu me dis oui ! Un papier récent a montré que la perte de biodiversité était liée à l’augmentation d’épidémies en Asie. D’ailleurs, le papier montre que la diminution de la couverture forestière a le même effet. La voilà la bonne raison pour ne pas construire mon complexe immobilier : je contribue aux futures pandémies en coupant du bois et en faisant disparaître des espèces. Pourquoi pas, je vais y réfléchir. En attendant, un peu plus de faits scientifiques seraient bienvenus : il ne suffit pas de clamer que les humains dépendent de la biodiversité, il faut aussi pouvoir le prouver.
Note de l’auteur : la biologie de la conservation, avant d’être une science, était un mouvement militant (voir UN SUPER HISTORIQUE ICI OUAH TROP BIEN ÉCRIT ET TOUT).
Ce passé militant est encore vif aujourd’hui, et complique nécessairement un peu la démarche rigoureuse de connaître l’impact de la biodiversité sur nos vies de tous les jours. Après 100 ans de matraquage par le syndrome Gaïa, il serait intéressant de commencer à regarder ce que nous disent vraiment les données.
Alors, pourquoi sauvegarder la biodiversité ? Imaginons qu’un jour, la science nous dise que l’on pourrait très bien vivre avec 3 espèces autour de nous (blé, vaches et rats), et très bien s’en porter. Pour moi, ça ne change rien : j’estime que la conservation de la biodiversité est un problème moral, avant d’être un problème « pratique ». D’ailleurs quand on y pense, c’est assez triste de devoir justifier la valeur du vivant par des raisons pragmatiques. C’est vraiment une attitude de promoteur quoi.

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En savoir plus :
Ben déjà, tu peux commencer par cliquer sur tous les liens de l’article !
Sinon, pour une chouette réflexion sur la valeur de la biodiversité, le livre de Donald Maier, What’s So Good about Biodiversity?: A Call for Better Reasoning about Nature’s Value. Si vous êtes pressés et que vous n’avez pas le temps de lire tout ça, optez pour cette synthèse super rapide d’une page.
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“Plus c’est gros, mieux c’est ?” Lunettes astronomiques et télescopes pour l’astronomie

 Pour commencer un petit rappel sur le spectre électromagnétique. Les ondes lumineuses sont plus ou moins énergétiques et finalement la partie que nous pouvons voir (appelée bien à propos le visible) est très petite par rapport à tout les photons que nous pouvons observer venant du ciel. Dans cette partie visible, une différence entre ces […]
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Game of thrones et la pédagogie scientifique

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tywin
Tywin Lannister est intrigué par le titre de l’article. Normal. C’est fait pour.

Les œuvres de fiction peuvent-elles être d’une quelconque utilité pratique pour la science ?

( Spoiler : Oui, carrément. Grave. A donf. )

Première bonne raison : la fiction peut aider la science elle-même.

1. La fiction comme bac à sable d’idées folles

Tous les lecteurs d’Isaac Asimov le savent et le récitent comme une comptine : la fiction précède bien souvent la science. Pourquoi Asimov ? Parce qu’il avait formulé les Trois Lois de la Robotique dans l’une de ses nouvelles de fiction avant que l’intelligence artificielle ne soit vraiment une discipline scientifique. (Wikipédia me souffle dans l’oreillette qu’un auteur tchèque lui aurait damé le pion pour l’apparition du premier robot  dans une œuvre littéraire.). L’exemple d’Asimov n’est pas anecdotique : on trouve aujourd’hui tout un tas d’exemples d’objets du quotidien qui ont été pensés bien avant par des auteurs, à une époque où ces objets n’étaient pas réalisables.

Tenez, tiens, l’ascenseur spatial. Cette formidable installation promet de rejoindre un jour une orbite géostationnaire à faible coût, et elle est dans les cartons depuis le 19ème siècle ! Il sera réutilisé dans les nouvelles d’Arthur C. Clarke, qui était un auteur de hard-SF. Ce courant de la science-fiction tente d’extrapoler le plus prudemment possible ce que l’on sait pour imaginer ce que l’on ne sait pas encore, et ses partisans ont très souvent une formation scientifique. 
Citons aussi Kim Stanley Robinson, qui déroule très rigoureusement un scénario complet de la colonisation et la terraformation de la planète Mars dans La trilogie martienne, ou Greg Bear qui imaginait un scénario d’évolution humaine à partir de Néanderthal dans L’Échelle de Darwin en invoquant tout un tas de concepts assez velus pour le justifier, avec des virus comme des éléments déclenchant une évolution accélérée ou même des réseaux de gènes qui formeraient un “calculateur évolutif”  etc. Le bouquin n’est pas formidable (2x trop long, personnages fadasses) mais pour les évo-nerdz, j’imagine que c’est un must-read.

2. Les jeux de fiction comme outils scientifiques

Ok là on est à la bordure du hors-sujet, parce que les jeux vidéo n’ont pas forcément de rapport avec la science (même ceux qui font réfléchir), et ne sont pas tous des œuvres de fiction. Mais néanmoins je vais tenter une petite pirouette pour vous montrer que, en fait, si.
Il était une fois, fin de l’année 2005, dans le monde de World of Warcraft, une équipe de développeurs qui décida de rajouter un nouveau donjon qui puisse constituer un défi raisonnable pour des joueurs de haut-niveau. Ils introduisirent un boss de fin de donjon, répondant au nom fleuri d’ « Hakkar l’écorcheur d’âmes », qui avait la capacité d’envoyer un sort d’attaque, le bien nommé « Sang corrompu », sur les joueurs. 
 
Ledit sort se répandait également aux autres joueurs, dans ce qui était voulu au départ comme un effet de zone. Mais un petit bug fit que ce sort pouvait également contaminer les animaux de compagnie des joueurs, et les autres bestioles autour également. Lorsque ces joueurs retournèrent dans les villes du jeu, après avoir pillé, massacré et bouyavé tout leur content, ils refilèrent  l’effet toxique aux autres joueurs. Et ainsi commença la toute première épidémie à l’intérieur d’un jeu-vidéo. 
Cadavres de personnages
L’évènement pris de l’ampleur et les administrateurs du jeu tentèrent de contrôler l’épidémie avec des quarantaines, mais hélas les joueurs pouvaient se téléporter d’une zone à l’autre dans le monde du jeu, et ils possédaient leurs propres réservoirs infectieux : leurs animaux de compagnie. La pandémie enfla tellement que l’expérience de jeu fut, un temps, complètement distordue. Les villes furent vidées de leurs joueurs, et les comportements de ceux-ci fut ceux de personnes en situations réelles : certains fuyant les zones infectées, d’autres se portant volontaires pour soigner d’autres personnages infectés, certains enfin tirant profit de la situation ou transmettant la maladie à d’autres joueurs. Paniquant devant cette situation de crise, les développeurs firent un bon gros reset sur les serveurs, accompagné d’une retouche dans le code pour faire disparaître toute trace de cette épidémie. 
Néanmoins, l’évènement aura attiré l’attention de plusieurs scientifiques : en 2007, un épidémiologiste israëlien publiera une brève mentionnant les rapports entre cette épidémie virtuelle et une véritable épidémie, et des parutions dans Science et le prestigieux Lancet proposeront d’utiliser vraiment pour de vrai les jeux massivement multijoueurs pour la recherche en épidémiologie. Dans les arguments qui ressortent, il y a le fait que le jeu permet d’observer des comportements humains difficilement modélisables sur ordinateur.
Par exemple, ils n’avaient pas incorporés dans leurs modèles que certains humains couraient dans les premiers temps vers l’épidémie, poussé par la curiosité, ramenant ensuite les germes dans des endroits précédemment sains. 
Depuis cet évènement, plusieurs jeux sérieux et scientifiques, c’est-à-dire des jeux dont l’un des buts est de faire avancer la science, ont vu le jour. Citons Fold-it, où le joueur doit plier des protéines, le jeu Dna Puzzles pour faire de l’alignement de séquence phylogénétiques, etc etc
Un très bon dossier existe sur le sujet, lisible ici : http://www.knowtex.com/blog/jouer-pour-faire-avancer-la-recherche/. Mais là effectivement, aucun rapport avec la fiction donc, passons.

 

Deuxième très bonne raison : la fiction pour communiquer la science

« Un univers de fiction bien foutu, en fait, c’est comme un modèle pédagogique. » – moi, il y a 30 secondes.
Aah. La pédagogie. Bien que n’ayant qu’une très modeste expérience dans le domaine, ( 2 mois de prof au collège, plus jamais ça. ) la pratique m’a fait me rendre compte d’une chose : nos cerveaux sont câblés pour être réceptifs à la narration, aux histoires, aux mythes et aux contes. Beaucoup moins bien foutus pour absorber des articles d’encyclopédie par contre.
Racontez à une classe de collégiens l’histoire des virus lytiques et lysogéniques comme elle est écrite sur wikipédia ou dans les bouquins = aucune réaction dans votre auditoire, sauf la poignée de groupies du premier rang.
Racontez l’histoire des virus comme le fait Tyler Dewitt (conférence TED ci-dessous), avec une analogie sur l’espionnage, des explosions, un fil conducteur et des personnages attachants = même le radiateur du fond sera tout ouïe.
C’est un fait : on trouve beaucoup plus de jeunes qui peuvent citer la généalogie compliquée d’Aragorn (Lord of the rings), ou la chronologie de la guerre entre Lannisters et Starks (Game of Thrones) que de jeunes qui connaissent la généalogie des capétiens ou le déroulement de la Guerre des Deux-Rosessur le bout des doigts. Et pourtant, fondamentalement, ce sont des choses très similaires. 
Généalogie d’Aragorn… source 
Autre exemple : faites un test en demandant à des élèves s’ils préfèrent un cours sur la biologie de Pandora (la planète du film Avatar) ou sur celle d’un écosystème terrestre. A vue de nez, le résultat devrait être en faveur des animaux qui n’existent pas… Pourquoi ? Question de narration.

Or donc, les univers de fantasy bien conçus pourraient aider à enseigner les sciences ? Quelques exemples.
En biologie d’abord, avec la biologie spéculative. Pourquoi apprendre l’évolution ? Ben pour se créer son propre monde, avec des bestioles différentes et étranges pardi ! On trouve de nombreuses personnes talentueuses, amatrices de hard-SF, qui poussent le vice à faire de la biomécanique pour savoir si des créatures à 6 pattes sont possibles ou non, si un gros monstre devrait avoir 2 jambes ou plutôt 4, qui imaginent la couleur de l’herbe dans d’autres systèmes solaires, et qui se demandent à quoi ressemble une bestiole qui vit en forte gravité.
Certains sont en plus très doués en dessin, et produisent des bouquins là dessus (des japonais ou des français).
En génétique, il existe des analyses forensic pour savoir si Joffrey Baratheon, un personnage de la saga Game of Thrones, est bien le fils des jumeaux Lannister ou si il n’y a pas des chances qu’il soit malgré tout un descendant de Robert Baratheon.
En sciences politiques : le monde de Westeros (de la saga Game of Thrones, toujours) est soumit au règne sans pitié de diverses maisons qui se frittent pour le pouvoir. De très chouettes analyses politiquesnous permettent d’en savoir plus sur les ficelles politiques au moyen-âge, par l’entremise de l’univers du trône de fer.
La Terre du Milieu, vue par un chercheur du GIEC
En climatologie aussi ! Fin 2013, un auteur intitulé Radagast le Brun (si si) de l’université de Bristol a simulé ce que serait le climat sur des masses continentales de la forme et dimension de celles de la Terre du Milieu, avec des modèles de climatologie de pointe. On y apprend que le Mordor a probablement le climat du Texas, et que le meilleur endroit pour filmer la Comté est probablement quelque part en Nouvelle Zélande (bien joué Peter Jackson). A noter que Radagast a pris la peine de traduire son travail en elfique et en nain. Sympa, merci pour eux !
En astronomie : le premier avril 2013, une équipe dirigée par un chercheur basé aux îles de Ferde Westeros (apparemment aussi chercheur invité à Moat Cailin:-P ) a publié un article sur Arxiv intitulé “Winter is coming !“, dans lequel elle tente d’une part de comprendre pourquoi les hivers et les étés durent plusieurs années sur Westeros, et d’autre part de les prédire. Peine perdue, point de prédiction précise pour les hivers, mais un bel exercice d’astronomie spéculative.
Distribution de la durée des hivers sur Westeros
A chaque fois, la démarche est un peu la même : utiliser l’univers de fantasy comme une analogie pour pointer du doigt un fait scientifique réel.
Résumons. Un univers de fiction peut aider directement la recherche scientifique en apportant des solutions, des idées folles, des scénarios fous qui ne peuvent pas s’écrire dans un rapport officiel mais qui prennent quand même racine dans les esprits. Les jeux-vidéo qui prennent place dans des univers de fantasy peuvent aussi filer un coup de main aux chercheurs.
Mais surtout, les univers de fantasy peuvent fournir tout un tas de bonnes analogies, de mises en situations, d’objets d’études pédagogiques et d’exercices pour faire comprendre aux gens des concepts scientifiques bien réels.
Ce serait carrément bien que l’éducation nationale développe un univers de fantasy complexe, riche et intriguant, pour que les élèves s’y immergent et y découvrent indirectement des phénomènes étonnants (mais réels), devant lesquels ils ne se seraient même pas retournés dans la vraie vie… Le premier qui écrit une pétition pour ce projet, je lui prépare des cookies.
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