Antidote

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Je me souviens vaguement du temps lointain où, la nuit tombée, enroulée dans les couettes et les peluches douillées, j’écoutais somnolente la chaude voix de maman. Assise à mes côtés, elle me lisait des livres, des histoires fascinantes, troublantes ou rassurantes. Rocambolesques. De ces histoires parlées, sa voix résonne, encore, dans ma mémoire percée. Si douce. C’était comme si l’univers entier se suspendait au son de ses mots et cherchait le réconfort dans le frémissement de ses lèvres. L’espace d’un instant, mon monde retenait son souffle. L’espace d’un instant. L’instant d’un conte.
Des contes scientifiques, c’est ce que nous offre Jean-Claude Ameisen, pendant une heure, toutes les semaines sur France Inter. Chaque samedi, ce chercheur en biologie et en immunologie enrobe la science d’un écrin de poèmes, de culture et d’humanité. Chaque samedi, de 11h à midi, plus d’un million de personnes se suspend au son de sa voix. Pourtant, son émission Sur les épaules de Darwin ne ressemble à aucune autre. C’est un ovni radiophonique, une aberration des ondes. Un pur bijou.
Pendant une heure, il nous raconte la science et la société. Sans aucun intervenant, avec juste 3 interludes musicaux. Pas de sommaire ni de chapitres, non plus. Jean Claude Ameisen nous raconte purement et simplement une histoire. Rebondissant allègrement d’une publication scientifique à une autre, le fil conducteur se trace en pointillés. S’il est perdu, ce n’est qu’en apparence.
Et puis l’important n’est pas d’engloutir le plus d’informations le plus rapidement possible. Non, l’important est de se laisser emmener, tranquillement, un certain temps.
Un temps nécessaire pour que le vent devienne musique ou que les neurosciences s’enchevêtrent avec conscience. Ici, tout est mariage entre culture et sciences. Ici, on ne parle pas génétique ou histoire mais liens, rêves, souffrance, deuil et mémoire. Jean-Claude Ameisen brouille les pistes en nous présentant les chercheurs en êtres poétiques et les écrivains en êtres scientifiques.
Bien sûr, il y a des thèmes de prédilection : évolution, écologie ou biologie ! Pourtant la richesse de ces disciplines permet que chaque émission soit teintée d’une question différente et concrète : l’une s’intéresse à la reconnaissance des visages, l’autre à l’évolution de l’agriculture, une autre encore au langage des oiseaux.
Une réalisation soignée, un texte travaillé et extrêmement documenté, et puis une voix … à en faire trembler nos squelettes. Jean-Claude Ameisen est bien la preuve que conter la science n’est pas donné à tout le monde. Le susurrement apaisant de ses mots, comme chuchotés, le phrasé délicatement ciselé, tout donne envie qu’on l’écoute et fait penser aux conteurs qui ont exercé dans des temps ancestraux, au pied d’un arbre sacré, sur la place municipale, ou autour d’un feu. Autant de symboles communautaires forts.
Un parler doux mais à l’impact puissant qui n’est pas sans rappeler la voix d’Yves Blanc, autre sage conteur des ondes radiophoniques qu’un précédent billet évoquait. Si ce dernier aime à nous conter le futur, Jean-Claude Ameisen, lui, affectionne plus particulièrement notre passé. Pourtant, il suffit de quelques émissions pour se rendre compte que passé, présent et futur sont tous trois étroitement liés. Ce n’est pas une histoire que l’on écoute mais Notre Histoire et elle nous raconte nos ancêtres comme des êtres si proches et pourtant si loin dans le temps. Ici, personne n’est traité de primates, au contraire, leur capacité est si grande, leur intelligence si vive ! C’est à se demander quels ont été nos progrès, autre que techniques. Les animaux aussi, ainsi que tous les êtres vivants, sont considérés dans ce qu’ils ont de différents et d’extraordinaires. A l’écoute de ce monsieur, nous nous sentons faire partie intégrante d’un monde complexe, fragile et sensible, dans lequel les découvertes les plus incongrues fascinent et les expériences les plus ahurissantes prennent tout leur sens. 
Sur les épaules de Darwin est résolument une émission d’utilité publique. En ré-enchantant la science, elle nous invite chaque semaine à un peu plus de respect et d’émerveillement. Comme un antidote puissant à la morosité.
Et écouter et ré-écouter l’émission grâce au Podcast.
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Le pouvoir de la vapeur

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Évidemment, quand on évoque la machine à vapeur, tout le monde a en tête, des noms comme Papin, Leibniz, Savery, Hooke, Watt. Mais en fait, dans l’idée c’était bien avant ! Remontons jusqu’à la Grèce antique : une civilisation bouillonnante… Read more → Continue reading

Qui a peur des espèces invasives ?

Un entretien avec Jacques Tassin Chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), Jacques Tassin vient de publier La grande invasion aux éditions Odile Jacob. Dans cet ouvrage limpide et profond, il remet en cause la … Continuer la lecture

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Grand ou petite ?

Un documentaire intelligent aborde une question d’apparence inutile et que presque personne ne s’est jamais réellement posée : pourquoi les femmes sont-elles plus petites que les hommes ? Construit comme une investigation scientifique, ce film nous balade de scientifiques en scientifiques, de sciences de la vie à l’anthropologie en passant par les sciences sociales. Et plutôt que de nous apporter une réponse, cette étude nous invite discrètement à nous remettre en question. Ne serait-ce pas nous le problème ? … Nous, qui ne nous sommes jamais posés la question et avons accepté sans rien dire cette différence de taille !
Véronique Kleiner n’a pas encore de page Wikipédia, pou r autant elle n’en est pas à sa première réalisation de documentaire scientifique. Productrice de Picta Productions, boîte de prod de docus historiques et scientifiques, et responsable de l’unité de production de CNRS Images, Véronique en connaît un rayon question science. Au détour d’une de ses nombreuses collaborations scientifiques, elle fait la connaissance de Priscille Touraille.

Priscille Touraille est socio-anthropologue au Muséum National d’Histoire Naturelle, ses recherches portent sur l’évolution et le genre. En 2008, elle publie d’après ses travaux de thèse l’ouvrageHommes grands, femmes petites : une évolution coûteuse. Les régimes de genre comme force sélective de l’adaptation biologique. Véronique Kleiner a été profondément fascinée par ces recherches car sa réalisation Pourquoi les femmes sont-elles plus petites que les hommes ? reprend quasiment point par point l’argumentaire de Priscille Touraille.

Après une courte introduction sur les mécanismes de croissance et les différences homme/femmes observées, le documentaire nous emmène ainsi dans le monde de la biologie de l’évolution. Vous savez, la génétique et la sélection naturelle de Darwin ! Où l’on apprend que les chercheurs ont tenté d’expliquer la plus grande taille des hommes pour ses avantages en matière de reproduction.  L’exploration de plusieurs pistes ne mène finalement pas à grand chose. La question reste ouverte. Le documentaire prend alors un tournant qui surprend quelque peu en reformulant la question d’origine. Pourquoi cherchons-nous à prouver que les hommes ont intérêt à être plus grands ? Et si ce n’était pas plutôt les femmes qui avaient intérêt à être plus petites ? 
N’oublions pas, le milieu scientifique a toujours été très masculin. Ce n’est qu’après les années 70 que nous prenons réellement conscience des discriminations sexistes. Et ce n’est que grâce aux études de genre qui ont suivi l’apparition des féministes que la question peut être posée différemment. Plus qu’un simple changement de point de vue, c’est une autre dimension qui est apportée. La sociologie se mêlant à la biologie de l’évolution, le problème devient plus complexe à résoudre cependant le débat est renouvelé en profondeur. En effet, même si le film ne répond pas vraiment à l’interrogation posée par son titre, il prouve irréfutablement que l’aspect culturel d’une société est essentiel dans l’étude de sa biologie. La question de départ ne trouvera de réponse que si la sociologie est impliquée.
Avec ses quelques défauts qu’on lui pardonne aisément (l’argumentaire donne l’impression de réfuter un peu trop vite chaque hypothèse), le documentaire s’impose subtilement comme miroir de notre propre société. En partant d’une question anodine, il amène à réfléchir à d’autres questions : la recherche scientifique peut-elle être objective ou ne peut-elle qu’être le reflet de notre société et de sa perception du monde ? Et à quel point sommes-nous formatés par nos préjugés socio-culturels ?
Et ces questions-là n’ont vraiment rien d’anodin !
Un documentaire qui ne laissera personne indifférent. A regarder gratuitement encore pendant quelques jours sur Arte + 7.
Et pour les malchanceux, vous pouvez vous rattraper avec Grand et petite ? Une série de neufs petites vidéos de la réalisatrice, sur le même sujet, disponible gratuitement sur Universciences, ”ad vitam aeternam”, et toutes aussi passionnantes.
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L’histoire des microscopes

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  Une histoire de la microscopie   Cette histoire fait partie de celles qui n’ont évidemment pas de fin, mais aussi pas de commencement, parce qu’il n’y a pas eu un jour un nouvel instrument mis au point et appelé microscope.  Les systèmes optiques développés par la nature, dont nos yeux, ne sont pas parfaits, […]
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Crossover Podcast Science – Tales of the World

Dans cette émission, nous avons eu le plaisir de recevoir une collègue podcasteresse pour un petit crossover podcastsuisse. Il s’agit de Ruxandra Stoicescu, analyste des relations internationales et productrice du podcast Tales of the World. Nous avons parlé économie, politique, sciences molles et sciences dures et des rapports mutuels entre politique et science.  

L’ordre dans le chaos

Que ce soit à la télé, à la radio, sur internet ou dans le journal gratuit du jour, vous ne loupez jamais la météo. Alors que vous ne croyez pas aux horoscopes, vous avez une sacrée confiance dans les prévisions météorologiques. Pourquoi ? « Mais parce que les premiers n’ont rien de scientifique !! » Pourtant, il y a bien longtemps, les mathématiciens eux-mêmes fabriquaient des horoscopes !
C’est par cette étonnante remarque que commence CHAOS. Ce film ambitieux, nous explique ce qu’est le chaos, et les liens avec la météo, en mélangeant habilement mathématiques, physique, philosophie et histoire des sciences. La narration nous promène, à travers le passé, d’un chercheur à l’autre, tous poussés par l’envie de prévoir de quoi demain sera fait, et nous explique comment a évolué notre savoir au fil des découvertes scientifiques.
Vous apprendrez pourquoi les conditions atmosphériques et les trajectoires des planètes sont si difficiles à prévoir, ce qui se cache derrière l’effet papillon et vous saurez enfin quel est le point commun entre un taureau et un fer à cheval.
Une particularité de CHAOS est d’avoir été entièrement conçu par des scientifiques, passionnés, sur leur temps libre. Etienne Ghys est directeur de recherche au CNRS spécialisé en géométrie, Jos Leys, ingénieur et créateur d’images mathématiques, et Aurélien Alvarez, enseignant-chercheur en mathématiques. Tous les trois se sont chargés du scénario, de l’imagerie mathématique, du calcul des images et de la post-production. Les images numériques sont, en effet, au cœur du film. Et même si certains concepts peuvent parfois paraître compliqués et que l’on se perd un peu dans la multiplicité des exemples et des notions, les images restent fascinantes de par leur beauté.
Rendre accessible les notions et objets mathématiques par les images est une idée géniale, qui nous fait ressentir les maths de façon plus proche, plus réelle. D’ailleurs l’aller-retour constant entre maths et physique témoigne de ce souci : les maths sont abstraits mais tirent leur substance du concret. Et c’est bien dommage qu’elles ne soient pas enseignées ainsi à l’école !
Ce trio de scientifiques n’en est pas à sa première expérience cinématographique. Il s’était déjà attaqué à un autre « monstre » : la quatrième dimension. Ainsi, le film Dimensions (2008) cherchait à nous apprendre à voir en quatre dimensions. Le pitch était simple : en partant du principe que nos yeux voient deux images en 2D que notre cerveau interprète en une image en 3 dimensions, pouvons-nous entraîner notre cerveau à voir en 4 dimensions ?
Là aussi, les images magnifiques suffisent à nous subjuguer.
CHAOS, comme Dimensions, est accessible gratuitement sur Internet. Le visionnage est rendu facile par la division en 9 chapitres d’une dizaine de minutes chacun. Saluons, au passage, la formidable variété de traductions disponibles. 

Le premier chapitre de CHAOS

L’intégralité du film CHAOS est sur http://www.chaos-math.org/fr/le-film.
Pour Dimensions, c’est sur cette page.

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L’histoire de l’électromagnétisme

Il est intéressant de remarquer que pendant l’antiquité, deux phénomènes à distance étaient observables et suscitaient beaucoup d’intérêt de questions : celui de l’attraction d’un petit morceau de fer par la pierre d’aimant, et celui de la paille attiré par un morceau d’ambre frottée. Ces phénomènes étaient-ils réellement des observations d’action à distance ou bien […]
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