La sélection scientifique de la semaine (numéro 181)

– Juin 2015 a été le plus chaud de tous les mois de juin depuis le début des relevés météorologiques. Le premier semestre de cette année a lui aussi établi un nouveau record de température. Ceux qui veulent plus de … Continuer la lecture
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#psSortDuPlacard – Gènes & Homosexualité

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La chronique de Thomas démarre à 28:01. » Ecoute sur Soundcloud Billet présenté dans le cadre de l’event #psSortDuPlacard le 27 juin 2015 Homosexualité et génétique Les intervenants précédents vous ont montré que le sexe est une invention de la nature beaucoup moi simple que nous avons tendance à le croire intuitivement. Il faut donc […]
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CRISPR, la mutagenèse qui croustille

CRISPR, c’est pas un paquet de cérales...
(Dossier écrit par Vran et Taupo et co-publié sur SSAFT)   CRISPR, c’est pas un paquet de chips Depuis 2012 dans les laboratoires de biologie on entend beaucoup parler de CRISPR. CRISPR, C.R.I.S.P.R, c’est un nouvel outil de biologie moléculaire qui ouvre la voie à la modification du patrimoine génétique in vivo. C’est-à-dire qu’en utilisant […]
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CRISPR, la mutagenèse qui croustille

(Ecrit par Vran et Taupo et co-publié sur Podcast Science (notes de l’émission)   CRISPR, c’est pas un paquet de chips Depuis 2012 dans les laboratoires de biologie on entend beaucoup parler de CRISPR. CRISPR, C.R.I.S.P.R, c’est un nouvel outil de biologie moléculaire qui ouvre la voie à la modification du patrimoine génétique in… Lire CRISPR, la mutagenèse qui croustille Continue reading

L’intolérance au lactose est-elle une maladie ? [Vidéo]

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La vidéo du jour nous parle de l’étonnante histoire génétique de l’intolérance au lactose. Je profite de ce billet pour revenir plus en détail sur le cas de la carte de la tolérance, que je vous remets ci-dessous. J’ai pris cette carte dans la publication citée en référence [1], et il faut savoir qu’ils l’ont […]

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Le dernier ancêtre commun de l’humanité: L’ascendance de l’humanité et les arbres, Partie 2.

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Dans l’article précédent, nous avons vu que l’Ève mitochondriale et l’Adam Y vivaient il y a entre 100 000 et 300 000 ans, et n’avaient rien à voir avec leurs contreparties bibliques: ce sont les derniers ancêtres communs à toute l’humanité par une chaine ininterrompue de mères, ou de pères, respectivement. 

Nous allons maintenant tenter de dater le vrai dernier ancêtre commun à tous les humains vivants actuellement, sans nous préoccuper du sexe de nos ancêtres. La réponse est très surprenante et remet en cause nos intuitions portant sur notre généalogies et notre parenté avec le reste de l’humanité. Préparez-vous à tuer le raciste qui sommeille en vous, c’est parti!


Partie 2: Les derniers ancêtres communs de l’humanité

L’ancêtre commun le plus récent varie donc pour chaque emplacement de notre génome: c’est l’Ève mitochondriale pour la mitochondrie, et l’Adam Y pour le chromosome Y, mais il y a des millions d’autres morceaux du génomes indépendants les uns des autres, chacun avec son ancêtre commun le plus récent (certain partagent éventuellement le même). Ceci implique que, parmi tous les emplacements du génomes, le bout d’ADN dont l’ancêtre commun est le plus récent marque la limite maximale de l’âge de l’ancêtre commun le plus récent de l’humanité. Par exemple: Si toutes les mitochondries humaines remontent à 150 000 ans, alors on est sûr que le dernier ancêtre commun de l’humanité a au plus 150 000 ans. Mais si on découvrait par exemple que le gène MC1R avait un ancêtre commun datant de  80 000 ans, alors on pourrait rabaisser l’âge du dernier ancêtre commun de l’humanité à au plus 80 000 ans. Ce raisonnement laisse penser que les ancêtres communs à toute l’humanité sont un peu plus jeunes que les ancêtres de la plupart de leurs gènes, mais dans un même ordre de grandeur. 
 Mais c’est faux. En fait, c’est beaucoup moins!
En effet, si partager des gènes implique le partage d’ancêtres humains, l’inverse n’est pas vrai. On peut partager des ancêtres humains sans partager d’ADN.
Les arbres généalogiques humains ne se comportent pas du tout comme les arbres de gènes, et en fait, la génétique n’est de presque aucun secours pour évaluer l’âge du dernier ancêtre commun des Inuits, des Han, des Zoulous, des Fremens et des Tasmaniens. Il nous faut donc maintenant comprendre comment marche la propagation de la descendance dans un arbre généalogique.

 

Le mixeur généalogique

Combien avez-vous de parents? Deux
Combien de grands-parents? Quatre
Combien d’arrières grands-parents? Huit

à chaque génération que l’on remonte dans le temps, le nombre d’ancêtres est multiplié par deux. 10 générations en arrière vous avez 2 048 ancêtres, 20 générations en arrière 1 048 576 ancêtres, 32 générations en arrière 8 589 934 592 anc… euh une minute… Oui, quelque chose cloche, c’est plus que le nombre d’humains vivants actuellement! 32 générations humaines font approximativement 1000 ans. Il y avait il donc 8 milliards d’humains sur terre il y a 1000 ans? Non, il y en avait probablement 20 fois moins. Le problème avec ce calcul est que tôt ou tard quand on remonte une généalogie, on finit fatalement par tomber sur un mariage entre cousins!
Cette petite expérience de pensée montre que mixer la descendance commune d’une généalogie dans une population va vite, très vite même. Même si à cause des mariages entre cousins on multiplie par moins de deux le nombre de ses ancêtres à chaque générations, après une trentaine de générations, on est quasiment certain que tout le monde est cousin quelque soit la taille d’une population.   La rapidité avec laquelle l’ascendance se répand est  plutôt contre intuitive. En 2014, le gouvernement espagnol a offert une possibilité d’obtenir la nationalité espagnole à tous les juifs  descendants de juifs séfarades chassés du royaume en 1492. Il semble que l’annonce ait été faite sans trop d’étude de la question car le gouvernement a annoncé estimer à 150.000 le nombre de candidats potentiels. Or après 500 ans, ou 20 générations humaines, les 200.000 personnes exclues au 15ème siècle sont les ancêtres de l’ensemble des juifs séfarades (qui étaient ciblés par le gouvernement) mais aussi tous les autres juifs du monde (voir (1)), soit entre 13 et 18 millions de personnes. (le projet de loi demandait explicitement que les candidats soient Juifs, sans cela il faudrait rajouter quasiment toute la population d’Europe, d’Afrique du Nord et d’Amérique du Nord).

 

Épidémie mondiale de fraternité

Le seul facteur qui limite l’extension de l’ascendance commune c’est l’isolement géographique (l’isolement culturel pourrait marcher s’il était strict, mais même s’ils sont rares, il y a toujours quelques unions entres religions, castes, ou même entre espèces d’Homo).


On peut voir le problème comme une épidémie : l’ascendance se répand très vite au sein d’une population donnée, mais nécessite l’émigration d’au moins une personne pour commencer à contaminer une autre population. Dès qu’une nouvelle population est touchée, il faut un rien de temps (20 ou 30 générations au plus) pour qu’elle soit totalement contaminée. De proche en proche, l’ascendance peut ainsi se répandre sur toute la planète pour peu qu’il n’existe pas de populations totalement isolées sur des îles inaccessibles depuis des milliers d’années (2). Combien de temps faut-il pour que tous les humains vivants soient contaminés?

Épidémie de zombis ou d’ascendance, c’est un peu la même histoire: ça va vite, il vaut mieux se planquer dans des endroits isolés, mais au final, personne n’en réchappe.

On ne saura jamais la réponse exacte, car ces évènements de migrations rares et de proche en proche ne laissent pas de traces génétiques. Il faut se baser sur des estimations archéologiques de mouvements humains (notamment ceux provocant des naissances! Un détail pas très glamour est que ceux-ci sont en partie constitués par des viols, par exemple lors de guerres et invasions.) et de répartition des population, sur quelques approximations à la louche et un peu de mathématiques… et puis faire le calcul plein de fois en changeant un peu les hypothèses pour voir quelles sont les valeurs possibles.

Une équipe (Rhode & al., 2004) a tenté de simuler des planètes terre habitées par des populations humaines organisées en villes emboitées dans des pays eux-mêmes organisés en continents. Au sein des villes les unions ne sont pas contraintes, les villes d’un même pays échangent beaucoup de migrants (5%), les pays quelques migrants (0.05%), les continents peu de migrants. Les continents diffèrent en leur densité en villes et cette densité varie pour refléter les grandes tendances démographiques qui échangent un faible nombre de migrants par génération.
Une illustration du modèle de Rhode & al. (2004). Chaque carré représente un “pays”, doté de villes. La densité en villes varie entre continents.  Les flèches indiques les flux de migrations entre continents, avec nombre de migrant par génération et période historique du flux.
Et la réponse est: il y a seulement environ 3500 ans!
On peut critiquer tous ces détails et les simplifications qui y sont attachées. Certaines augmentent, d’autres réduisent l’estimation de l’âge de l’ancêtre. Cependant, l’ordre de grandeur est assez stable: en changeant les paramètres, les estimations de cet article varient entre 2000 et 3700 ans (2).  Pour finir, une conclusion subsidiaire de cette publication, déjà discuté plus formellement auparavant (Derrida & al. 2000), est qu’en remontant un peu plus dans le passé, autour de -5000 (c’est à dire il y a 7000 ans), TOUS les humains actuels partagent exactement TOUS leurs ancêtres!
Ou pour le dire autrement: tous les humains qui vivaient il y a 7000 ans et qui ont encore des descendants (environ 80% d’entre eux) sont tous les ancêtres de chaque humain vivant aujourd’hui!

On peut donc s’émerveiller avec les auteurs de cette publication:
Pour peu que l’on considère l’ascendance en terme généalogique plutôt que génétique, nos résultats suggèrent un fait remarquable: quelque soit notre langage ou la couleur de notre peau, nous partageons des ancêtres qui ont planté du riz sur les rives du Yangtze, qui ont domestiqué les chevaux des steppes Ukrainiennes, qui ont chassé des paresseux géants des forêts d’Amérique et qui ont travaillé pour bâtir la grande pyramide de Khéops.” (ma traduction de Rhode & al. (2004), voir (3) pour la version originale)
Donc (même si c’est inapproprié de faire porter des implications morales aux résultats scientifiques) : les enfants, paix, amour et ouverture aux autres.
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Notes

(1) Malgré un taux de mariage 1000 fois moins élevé entre Séfarades et Ashkénazes, qu’entre individus d’une même communauté. (Weitz 2014) Je découvre juste que ce projet de loi n’a pas fini aux oubliettes. Il semble que le gouvernement ait parié que peu des personnes pouvant réclamer un passeport Européen feraient la démarche au final. Cependant, d’après cet article du New York Time, le gouvernement n’a toujours pas réévalué ses chiffres et compte toujours 150.000 candidats potentiels, alors que 200.000 personnes avaient été exclues et que l’article de Weitz laisse peu de doute sur le nombre réel de personnes concernées. (2) Il se peut que la Tasmanie soient l’unique emplacement de la planète qui ait tiré l’âge de l’ascendance commune de l’humanité jusqu’à il y a 12 000 ans. Entre -10 000 et le 18ème siècle, il est possible qu’il n’y ait eu aucun contact entre les populations vivant sur l’île et le reste de l’humanité. Cependant, la population était petite, a été décimée par les épidémies à l’arrivée des Européens, et a été “contaminée” par l’ascendance commune lors d’unions (je ne sais pas s’il s’agissait de mariages/unions forcées/viols) avec des Européens. Donc la Tasmanie a (hélas) définitivement fini de reculer l’ascendance commune de l’humanité.
(3) la citation originale: “But to the extent that ancestry is considered in genealogical rather than genetic terms, our findings suggest a remarkable proposition: no matter the languages we speak or the colour of our skin, we share ancestors who planted rice on the banks of the Yangtze, who first domesticated horses on the steppes of the Ukraine, who hunted giant sloths in the forests of North and South America, and who laboured to build the Great Pyramid of Khufu.

Références 

  • Pourquoi tous les Juifs du monde pourraient devenir espagnol. Weitz 2014. Let My People Go (Home) to Spain: A Genealogical Model of Jewish Identities since 1492. PLoS One. 9(1): e85673. :
  • Une tentative de datation du dernier ancêtre commun à toute l’humanité. Rhode & al. 2004.
    Modelling the recent common ancestry of all living humans. Nature 431, 562-566:
Rhode & al. (2004) Modelling the recent common ancestry of all living humans. Nature, 431, 562-566.  http://www.nature.com/nature/journal/v431/n7008/full/nature02842.html
  • Une démonstration plus formelle de pourquoi tout le monde fini par avoir exactement tous les mêmes ancêtres en commun quand on remonte suffisamment loin dans le passé. Derrida & al. 2000. On the Genealogy of a Population of Biparental Individuals. Journal of Theoretical Biology 203, 303–315:
http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0022519300910956
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Adam et Ève: Les arbres et l’ascendance de l’humanité, Partie 1.

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Un thème fréquent dans les mythes originels de l’humanité est celui d’un couple primordial, parents de tous les humains vivant aujourd’hui. Ainsi on a Adam et Ève dans les trois grands monothéismes du livre, Wurugag and Waramurungundi chez les Aborigènes, Fu Xi et Nüwa en Chine, Deucalion et Pyrrha en Grèce, les enfants de Pacha Kamaq au Pérou, Kumu-Honua et Lalo-Honua en Polynésie, Ask et Embla en Scandinavie… (1)
Au cours des deux derniers siècles, la biologie a révélé les origines communes que l’humanité partage avec le reste du vivant, et l’idée d’un couple primordial crée ex-nihilo semble désormais assez exotique.
Néanmoins, ces mythes trouvent un certain écho dans des études scientifiques récentes qui tentent d’identifier et de dater “l’Ève mitochondriale“.

Qui était cette Ève mitochondriale? Quel âge a-t-elle? Quand vécurent les plus récents ancêtres communs à toute l’humanité?
Les réponses à toutes ces questions murissent dans des arbres, laissez-vous tenter : venez donc cueillir quelques fruits!

Partie 1: Adam et Ève moléculaires

La phylogénie de la mitochondrie

La mitochondrie est un petit composant de nos cellules, qui possède son ADN rien qu’à elle, indépendant de l’ADN contenu dans le noyau. 
Le noyau est sur la gauche, les mitochondries au centre, la cuisine à droite et les chiottes au bout du couloir.
La mitochondrie n’est transmise que de mère à enfant: l’ADN des mitochondries de l’enfant est une copie de l’ADN des mitochondries de la mère. Les hommes ont aussi des mitochondries, mais dans l’immense majorité des cas ils n’en transmettent pas à leur descendance. Si une femme n’a pas d’enfants, ou si elle n’a que des enfants mâles, ses mitochondries ne sont pas transmises et la version d’ADN qu’elles portaient disparait. 
Pour que les mitochondries d’une femme soit préservées au fil des générations, il faut donc une suite ininterrompues de mères et de filles. Même si la probabilité d’avoir au moins une fille peut-être élevée pour toutes les femmes, la probabilité d’avoir une fille qui aura une fille, qui aura elle même une fille, etc… diminue rapidement quand on augmente les générations. Comme illustré dans le schéma ci-dessous, en partant d’une génération donnée et en allant vers le futur, on trouve toujours un moment où il ne reste des mitochondries ne provenant que d’une seule des femmes présentes initialement.

Un arbre de coalescence des mitochondries. Après 5 générations, seules les mitochondries de la femme en noir ont encore des copies dans la population. Les autres versions de mitochondrie ont disparu parce que certaines femmes n’ont pas eu de filles. Notez que le schéma est un peu ambigu: il n’est pas clair si tous les hommes à la dernière génération sont porteurs de la lignée mitochondriale noire, cependant, comme toutes les femmes vivantes le sont, la prochaine génération ne contiendra que des mitochondries “noires” et la première femme en noir, tout en haut, deviendra en effet la porteuse de la plus récente ancêtre commun (MRCA) des mitochondries (Creative Commons, by C. Rottensteiner).

Ce que l’on appelle lÈve mitochondriale, est la plus récente femme qui soit l’ancêtre de tous les humains, vivant actuellement, par une ligne ininterrompue de femmes. (2) On l’appelle “mitochondriale” parce que cette femme était porteuse de mitochondries qui ont totalement envahi l’humanité.

Notre Ève mitochondriale n’a pas grand chose à voir avec l’Ève biblique (n’en déplaise aux clowns de “Jounal of Creation” qui se contorsionnent pour faire coller l’Ève mitochondriale et autres découvertes scientifiques avec la bible!):
  1. Premièrement, comme on peut le voir sur le schéma ci-dessus, il n’y a aucune raison de penser que l’Ève mitochondriale était la seule femme vivant à son époque. En fait, c’est extrêmement improbable puisque la survie de l’humanité aurait été quasi-impossible (consanguinité, stochasticité démographique, effet Allee…); parce que le reste de notre génome porterait une trace, facile à identifier, de cette quasi-extinction; et parce que c’est en contradiction totale avec les restes paléontologiques, qui montrent que l’humanité n’était pas restreinte à une seule localisation.
  2. Deuxièmement, rien n’indique qu’elle ait été quelqu’un de spécial, qu’elle volait des pommes (3) ou tapait la causette avec des lézards, tout ce que l’on peut dire c’est qu’elle a eu au moins une fille. 
  3. Finalement, il est important de remarque que l’Ève mitochondriale n’est pas une personne fixe. Avant elle, sa mère l’avait été, et sa grand mère et ainsi de suite jusqu’aux origines des mitochondries, bien avant que les humains ou même les animaux n’existent, il y a deux milliard d’années, quand des bactéries sont devenues symbiotes de plus gros organismes unicellulaires pour donner la lignée des eucaryotes dont nous faisons parti. De même, chaque génération qui passe, une de ses filles peut prendre sa place d’ancêtre matrilinéaire la plus récente. 

Très bien, mais quelle âge a-t-elle? 

Pour répondre à cette question, une bonne méthode est de regarder encore notre arbre de femmes, depuis le présent vers le passé:
On prend toutes les versions de mitochondries actuelles (c’est à dire que l’on regroupe celles qui ont des séquences d’ADN identiques, par exemple “L0a”, “L0k” jusqu’à “N” dans l’arbre ci-dessous), et on relie celles qui se ressemblent le plus (qui ont le moins de mutations entre elles) pour construire leur ancêtre hypothétique (qui peut-être de nombreuses générations humaines plus tôt). Cet ancêtre remplace les deux lignées fusionnées dans la liste des lignées, et on relie les deux lignées qui se ressemblent le plus, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une. Une fois la topologie de cet arbre établie, on peut mettre des dates sur ses bifurcations en observant la distribution des mutations actuelles, et en faisant des hypothèses sur le taux de mutation dans le passé (classiquement on suppose qu’il est le même que celui observé actuellement).

On peut ainsi construire des arbres hypothétiques qui coalescent les lignées mitochondriales actuelles jusqu’à remonter à une lignée unique: Ève.
Verdict: Ève a probablement entre 100 000 à  230 000 ans! 
La fourchette est très large parce que le calcul doit faire des hypothèses sur le taux de mutation ou la force de la sélection naturelle (et donc aussi la taille des populations humaines qui affecte l’efficacité de la sélection), mais l’idée est là: ça fait un bail, et en tous cas beaucoup plus que les 6500 ans bibliques.

Et Adam?

L’équivalent mâle de l’Ève mitochondriale est l’Adam Y, c’est à dire le plus récent humain qui ait porté un chromosome Y ancêtre de tous les chromosomes Y actuels; ou de façon équivalente, le plus récent humain ancêtre de tous les humains par une chaine ininterrompue de mâles. En effet, chez notre espèce, le chromosome Y n’est transmis que de père à fils (il est absent des femelles).
On peut donc de la même façon étudier les propriétés des arbres qui réunissent les chromosome Y actuels, et en fonction de la topologie et des taux de mutation observés estimer l’âge et la localisation d’Adam Y.
En 2013, une étude a estimé l’âge d’Adam entre 120 000 et 156 000 ans. Cependant, cette même année, une version du chromosome Y inconnue jusqu’alors, et très différentes de toutes les autres versions, a été découverte chez un afro-américain dont les ancêtres vivaient au Cameroun. Ceci signifie que cette lignée de chromosomes Y a divergé des autres avant ce que l’on considérait comme l’Adam Y… et donc on a dû repousser l’Adam Y dans le passé, entre 192 000 et 300 000 ans, pour inclure la nouvelle version. Ceci démontre l’aspect très relatif de ces datations. Au gré des découvertes de nouveaux variants génétiques, les âges des Adam et Ève génétique pourraient être encore repoussés, tandis qu’il est possible que dans le futur des lignées s’éteigne, ce qui au contraire diminuerait leurs âges.

Un arbre des chromosomes Y de l’humanité. Tout en haut à gauche, l’ancêtre commun, qui était porté par “Adam”. Tout à gauche, on voit la lignée A00 qui a été découverte en 2013, et qui tire Adam de 100 000 ans en arrière. Remarquez que la diversité génétique ne se superpose pas vraiment à la géographie (oui les échantillons excluent les immigrants récents): seule l’Afrique a une signature génétique distincte, le reste n’est qu’un sous ensemble de cette diversité. C’est un des indices qui indique l’origine Africaine de Homo sapiens. Karmin & al. (2015) Genome Research
Il n’y a aucune raison pour qu’Adam et Ève aient vécu à la même époque, ils pourraient être séparés d’une centaine de millier d’années, ni au même endroit (les topologies des arbres de coalescence situent Adam plutôt en Afrique du nord-ouest, et Ève en Afrique de l’Est). Et il est donc extrêmement improbable qu’ils se soient connus et aient joué à touche pipi ensemble. En conclusion, malgré des choix de noms un peu maladroits, les Adam et Ève moléculaires n’ont vraiment rien à voir avec leurs contreparties bibliques, et le fait que la biologie soit parvenue à les dater ne supporte absolument pas les mythes originels de l’humanité.
Ici nous n’avons parlé que des ancêtres par une chaine ininterrompue de femmes (ou de façon équivalente, de mitochondries) ou par une chaine ininterrompue d’hommes (ou de façon équivalente, de chromosomes Y). Une chaine ininterrompue d’un seul sexe est une condition très stricte. Il y a énormément plus de chaines généalogiques qui passent par des hommes et des femmes. Pour toucher du doigt ce qui se passe, songez à tous vos cousins qui portent un nom de famille différent. 
Si maintenant on considère tous les chemins généalogiques existants, mâle ou femelle, une question qui me semble plus intéressante et plus concrète est: quand vivait donc le plus récent des ancêtres communs de tous les humains actuels?

Ce post est déjà bien trop long, la suite viendra donc très bientôt dans un article à part, je vous laisse juste une semaine pour digérer celui-ci! 
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Notes

(1) Tous ces couples mythiques diffèrent beaucoup sur leur statut (humain, demi-dieu ou dieu), sur la relation à leur créateur (enfant “biologique” ou création “artisanale”), sur le fait qu’ils sont les tout premiers humains ou les deux seuls humains à avoir survécu à un cataclysme… D’ailleurs il existe souvent de nombreuses versions divergentes de ces mythologie.
Si je les mets ensemble c’est que je trouve intéressant de noter cette convergences entre un vaste ensemble de cultures parfois très distantes les unes des autres. (Attention idée de sociobiologiste primaire, qui n’engage que lui:) Peut-être est-ce une tendance des cerveaux humains de concevoir leurs origines de cette façon. Notre cerveau n’est sans doute pas construit pour trouver intuitif une généalogie continue remontant jusqu’à des minéraux voire jusqu’aux particules élémentaires, c’est à dire sans début objectif, ni sans différences avec le reste du vivant. L’idée d’un couple originel est probablement assez naturelle si on ne considère pas la possibilité d’une parenté commune avec le reste du vivant et que l’on considère que l’humanité a eu un début (et n’a pas toujours existé).
(2) Ce n’est pas parce que les mitochondries ont un ancêtre commun (c’est à dire qu’elle sont toutes des copies de la même mitochondrie), que toutes les mitochondries actuelles sont identiques. En effet des mutations réintroduisent la diversité génétique qui a été perdue (ça veut dire que sur le schéma, les femmes en noir devraient être représentées avec différentes nuances de noir, aussi diverses et contrastées que les couleurs présentes dans la première génération). En fait, les mitochondries actuelles sont très différentes les unes des autres, et aussi très différentes de la mitochondrie que portait l’Ève mitochondriale.
(3) Le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal n’est pas identifié comme une pomme, ni dans la bible, ni dans le coran. Et plein de gens intelligents ont débattu pendant des siècles pour savoir s’il s’agissait d’une figue, de raisin, d’une caroube ou d’un citron (ça semblerait logique, point de vue métaphore sur la connaissance, le bien et le mal (bordel, y’a vraiment des compilations de bébés torturés par leurs parents!) ). La pomme a juste eu le bon gout de l’emporter en Europe occidentale durant le moyen âge (grâce au jeu de mot latin autour de Malum).

Références

  • Pour tout savoir sur la mitochondrie:

  • Pour rigoler un peu sur les contorsions de créationnistes qui pensent que l’existence d’une Ève mitochondriale (i.e. une nécessité mathématique) supporte l’existence d’une Ève biblique:

NB: ce journal est une tentative de contre-attaque pseudo-scientifique de la théorie de l’évolution, de la part de créationnistes de la tendance intelligent-design. Tout ce qui y est écrit est potentiellement une démonstration soit de l’ignorance, soit de la bêtise, soit de la mauvaise foi de ses auteurs, donc à lire avec un œil critique (ça peut être un bon exercice que de trouver les failles de raisonnement).
  • La nouvelle plus vielle lignée de chromosome Y:

Mendez & al. (2013) An African American Paternal Lineage Adds an Extremely Ancient Root to the Human Y Chromosome Phylogenetic Tree. The American Journal of Human Genetics, 92 (3) : 454-459

  • Des datations récentes des Ève et Adam moléculaires:

G. David Poznik & al. (2013). Sequencing Y Chromosomes Resolves Discrepancy in Time to Common Ancestor of Males Versus Females. Science 341 (6145), 562-565 Continue reading

La sélection scientifique de la semaine (numéro 168)

– Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), un enfant sur cinq dans le monde ne reçoit pas les vaccinations indispensables. – Jusque dans les années 1980 on a pensé que le cerveau des nourrissons n’était pas assez développé pour que … Continuer la lecture

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La consanguinité augmente-t-elle la fertilité?

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Mariage_Enfants
Une récente vidéo de l’excellente équipe de «Dirty Biology» revient sur une étude de 2008 arrivant à la conclusion curieuse voulant que les unions entre cousins du troisième et quatrième degrés, seraient davantage fertiles que les unions entre individus moins apparentés. Les auteurs de cette étude, concluent que plus grande fertilité des cousins au troisième […]