Poiscaille versus Dessein Intelligent

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Latimeria_Chalumnae
La théorie de l’évolution selon Madame Garrison de South Park! Cliquez ici pour voir la vidéo!
Je suis masochiste je ne peux m’empêcher de me faire du mal! Non pas en me mutilant à l’aide de lames de rasoire ou en m’amusant à éteindre des cigarettes sur mon avant-bras, non je fait bien pire et plus tordu que cela puisque je me force à lire toutes les salades pseudo-scientifiques réparties un peu près partout sur le Net! Ainsi je consulte souvent les sites des créationnistes adeptes du «Dessein Intelligent», j’y ai déjà consacré divers articles. Or récemment un article particulièrement amusant du créationniste Casey Luskin sur les Cœlacanthes, a attiré mon attention. Peu après la publication de cet article clownesque, le biologiste PZ Myers publia une réfutation détaillée des inepties de Casey Luskin. Au départ je n’avais pas pensé rédiger un billet sur ces joyeuses inepties créationnistes, cependant un détail a attiré mon attention. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet voyons dans quel contexte de situe cette amusante prise de tête.

Cœlacanthe africain Latimeria chalumnae

Récemment une publication décrivant des analyses détaillées du génome de cœlacanthes africains, a beaucoup fait parler d’elle, car soutenant l’idée d’une «évolution plus lente» (notez les guillemets) des dits cœlacanthes par-apport aux tétrapodes que nous sommes. [1] Bien évidemment cette publication a fait l’objet de divers commentaires et critiques en plus des nécessaires rappels sur le caractère fallacieux de «fossile vivant» pour parler des actuels Cœlacanthes. [2] Et pour davantage de détails sur le cœlacanthe ainsi que sur cette affaire je vous recommande les deux articles suivants de deux membres du C@fé des Sciences:

Un bon fossile est un fossile mort! Beaucoup de gènes et un peu de gêne pour un fossile vivant : le retour du cœlacanthe

Bien évidemment dès qu’il y a quelques remous intellectuels dans la «blogosphère scientifique» et plus exactement «évolutionniste», les créationnistes tentent de s’y immiscer pour tenter de faire croire au plus grand nombre que l’idée même de l’évolution serait mise à mal (alors que les débats scientifiques sont tout ce qu’il y a de plus normal et de plus sain en Science)! Et à ce titre le créationniste Casey Luskin pense sincèrement avoir trouvé LA preuve mettant à mal l’idée même de fililation commune entre les espèce ou plus exactement notre filiation commune avec les cœlacanthes. Pour ce faire Casey Luskin se réfaire notamment à une donnée particulière de la récente étude du génome du cœlacanthe africain, à savoir les codant une catégorie d’anticorps nommé Immonuglobuline W ou IgW. La particularité de l’IgW est d’être présent chez les poissons cartilagineux (Chondrichthyens), et chez les poissons Sarcoptérygiens. En revanche l’IgW est totalement absent chez les Téléostéens et chez les Tétrapodes! Or Casey Luskin affirme qu’en se basant sur les gènes codant l’IgW nous obtenons une phylogénie des vertébérés en totale désaccord avec les phylogénies communément admises.
Phylogénie des vertébrés si l’on se base que sur la présence ou l’absence du caractère IgW. On remarque que l’arbre phylogénétique obtenue ne correspond pas du tout à la phylogénie communément admise. Casey Luskin pensant à tort que cela remettrait en question l’évolution en tant que telle!

Bien évidemment nous savons tous qu’on ne peut établir une phylogénie en se basant sur un seul caractère, qu’il soit génétique ou morphologique, car bien évidemment au niveau individuel des convergences évolutives ont lieu comme ici la perte des gènes IgW ayant eu lieu de manière indépendantes chez les Tétrapodes et chez les ancêtres des Téléostéens. C’est ce que rappel PZ Myers et donc l’objection de Casey Luskin est risible! Cependant j’ai remarqué que PZ Myers a omit un point important du «raisonnement» de Casey Luskin. Car voilà celui-ci semble en réalité admettre le fait qu’un caractère unique puisse être perdu deux fois de manière indépendante dans deux différentes lignées. Non En réalité Casey Luskin développe un «argument» bien plus étrange pour affirmer que la perte IgW ne tiendrait pas, et histoire de bien comprendre ce que ce créationniste affirme illustrons ces propos en image!

Phylogénie des poissons osseux selon Casey Luskin pour qui «le compte-rendu standard de l’évolution» stipulerait que les Téléostéens ont commencé à se diversifié avant l’apparition des Sarcoptérygiens. On remarque que selon ce scénario les Téléostéens formeraient donc un groupe paraphylétique. Et donc la perte des gènes IgW constaté chez les Téléostéens devraient donc s’être produit plusieurs fois de manière indépendant au sein de plusieurs lignées de Téléostéens. Problème Casey Luskin raconte n’importe quoi et donc se plante donc complètement!
 
Bon ok qu’est-ce que cette endive de Casey Luskin tente de démontrer ici? Simplement que la perte des gènes IgW chez les poissons à nageoires rayonnées (Téléostéens) serait problématique car selon lui cela impliquerait que ce gène ait été perdu de manière indépendante dans de multiples lignées de Téléostéens et non pas une fois chez un des ancêtres communs de ces derniers! Pourquoi? Parce que selon lui les téléostéens se seraient diversifiés avant que la branche des Sarcoptérygiens ne bifurque des autres, donc avant que la dite branche des Sarcoptérygiens ne voit le jour! Ce qui impliquerait selon le «raisonnement» de Casey Luskin, que les Téléostéens formeraient un clade paraphylétique! Or cette erreur particulièrement grossière de Casey Luskin est inexcusable sachant qu’il utilisait lui-même ce diagramme ci-dessous montrant que les Téléostéens forment bel et bien un clade monophylétique.
Phylogénie classique des vertébérés, avec mention des pertes du caractères IgW chez les ancêtre des Téléostéens et chez les ancêtres des Tétrapodes. Et donc pas besoin d’évoquer de multiples pertes des gènes IgW de manière indépendante chez diverses lignées de Téléostéens! Certes certains connaisseurs en phylogénie des vertébrés peuvent noter que les poissons à nageoire rayonné ne se limite pas aux seuls Téléostéens mais inclue également l’ensemble des Actinoptérygiens. Mais cela ne change rien à l’affaire puisque les Actinoptérygiens (représentés en grande partie mais pas uniquement par les Téléostéens) forment également un groupe monophylétique. [3] La perte du gène IgW ayant très bien pu avoir eu lieu une seule fois durant l’évolution des Actinoptérygiens!
Phylogénie de la plupart des vertébérés. Il apparaît clairement que les Actinoptérygiens tout comme les Téléostéens (qui font partie des Actinoptérygiens) forment aussi un clade monophylétique. [3] Et donc comment expliquer cette erreur particulièrement grossière de Casey Luskin? Certes la stupidité et la mauvaise foi de ce dernier sont sans aucun doute à blâmer, mais il y a  probablement selon moi un troisième facteur entrant en compte, à savoir une vision gradiste et obsolète de l’évolution. Ainsi malgré la fait que ce cher Casey Luskin avait déjà le diagramme phylogénétique correct sous les yeux, il a néanmoins réussit à en voir les poissons Téléostéens comme un véritable «marche-pied évolutif» des vertébrés! Pour plus d’informations sur la question des «marche-pied évolutif» voir ce précédent article! Je ne vois pas d’autre explication pour avoir commis une erreur aussi grossière…enfin aucune à part la stupidité et la mauvaise fois avérées du bonhomme! ais aller assez parler poissons, et finissons cette longue et pédante tirade sur une sympathique vidéo des Monty Python mettant en scène des Poissons Téléostéens! Références: [1] Chris T. Amemiya et al (2013), The African coelacanth genome provides insights into tetrapod evolution, Nature [2] Didier Casane and Patrick Laurenti (2013), Why coelacanths are not ‘living fossils’: a review of molecular and morphological data, Bioessays [3] Ricardo Betancur-R et al (2013), The Tree of Life and a New Classification of Bony Fishes, PLoS ONE
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Mésanges tueuses et Dinos à plumes

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Mésange_Charbonnière4
Entre une Mésange Charbonnière (Parus major) et un Vélociraptor il y a davantage de points communs que vous le pensez! À droite la magnifique reconstitution d’un Vélociraptor attaquant un Protocéraptos est l’œuvre du paléo-artiste Peter Schouten! Qui n’a pas déjà vu ces petits passereaux très communs chez nous? Ils sont si beaux, si mignons et aux petits piaillements si délicats? Je parle bien sûr des Mésanges Charbonnières! Ah ces chères Mésanges Charbonnières, petits passereaux insectivores et granivores, qu’il est toujours agréable d’avoir dans son jardin n’est-il pas? Vous pouvez même leur y installer des nichoirs et avec un peu de chances certains viendront y établir leur nid. Ce qu’en revanche vous ignorez sans doute c’est qu’alors vous accueillerez dans votre propriété des animaux potentiellement sanguinaires, de redoutables prédateurs sans pitié aucune! Hein quoi? Pourtant on parle bien de Mésanges Charbonnières pas de Pies-grièches adeptes de l’empalement de proies! Hélas la mésange charbonnière elle aussi est capable d’une cruauté et d’une violence propre aux plus redoutables prédateurs! C’est par le paléontologue Darren Naish (d’autres francophones de la toile ici et ayant cependant déjà noté cela avant moi) que j’ai appris toute la vérité sur nos (pas si) adorables mésanges charbonnières, vérité dont témoigne parfaitement une des victimes de ces mésanges (voir image ci-dessous)!
 
Chauve-Souris mise à mort et dépecer par des mésanges charbonnières! Notez que ces dernières ont privilégié le cerveau de leur victime!

Ca fout un coup n’est-il pas? Certains pourront me rétorquer «Oui mais peut-être que les mésanges ne font que dépecer des Chauves-Souris déjà mortes ou alors s’attaquent-t-elles qu’à des Chauves-Souris mourantes»! À cela je réponds Que Nenni! L’image ci-dessus provient d’une étude faite par une équipe de chercheurs, Péter Estók et al (2009) [1], dont les membres ont observé et décrit les modes opératoires qu’utilisent les mésanges charbonnières pour traquer les Chauves-Souris dans leurs crevasses avant de froidement tuer ces dernières. Impitoyables nos mésanges semblent exploiter à leur profit les cris émises par les Chauves-Souris lorsque celles-ci se réveillent (même brièvement). Ce qui est autant ironique que tragique étant donné que ces cris semblent avoir d’habitude la fonction inverse, à savoir dissuader et repousser certains prédateurs mammifères des Chauves-Souris. [2] Mais donc loin de dissuader les mésanges, ces cris permette au contraire à ces passereaux assoiffées de sang d’identifier la position exacte de leurs victimes qu’elles n’auront plus ensuite qu’à tuer, dépecer et dévorer avec une préférence pour la cervelle de leurs dites victimes!


Sizerins flammés (Acanthis flammea) tués par des mésanges charbonnières. Plus d’informations sur le blog «Tetrapod Zoology» de Darren Naish. Mais un avocat zélé de nos mésanges rétorquerait que le comportement prédateur de ces dernières, ne s’exprime que dans des conditions extrêmes à savoir en hiver lorsque le froid et le manque de nourriture se font cruellement sentir! Après tout c’est également dans certaines circonstances particulières, par exemple en cas de sécheresse, que certains «Pinsons de Darwin» pourtant granivores se transforment en véritables vampires, alors bon que des mésanges tuent quand il fait froid avec rien à bouffer d’accord mais cela n’a peut-être lieu que dans des situations exceptionnelles.  C’est sans doute en partie vrai, hélas comme le souligne l’étude de Péter Estók et al les mésanges charbonnières n’hésitent pas à mobiliser leur talent de tueuses durant la belle saison, mettant à mort d’autres oiseaux dans le cadre de compétions pour les meilleurs lieux de nidifications! [3] Bien évidemment nous savons déjà tous que certains oiseaux sont de redoutables prédateurs mais que cela vienne de petits passereaux semblant parfaitement inoffensifs cela peut en surprendre plus d’un y compris votre serviteur! Tueurs à plumes!
 
Les mésanges charbonnières nous rappellent donc que même les plus petits et apparemment inoffensifs des passereaux, peuvent s’avérer être les plus redoutables des tueurs, mais si vous êtes un lecteur régulier du présent blog, ou simplement un passionné de bio-évolution, cela doit vous rappeler qui étaient les plus proches cousins de nos oiseaux, à savoir les redoutables Deinonychosauriens (aussi appelés communément «raptors»)! À ce titre Darren Naish souligne que les passereaux s’adonnent parfois à de violentes bagarres «à la Vélociraptor».  
Mésanges charbonnières en plein combat.

Dit autrement nos amis à plumes même les plus petits, duveteux et si mignons puissent-ils nous paraître, n’en sont pas moins les dignes héritiers des redoutables prédateurs Deinonychosauriens du Mésozoïque! Cela m’amenant à une dernière réflexion, ou plutôt à un coup de gueule! Oui un coup de gueule contre ceux qui prétendent que la présence de plumes chez les dinosaures rendrait ces derniers moins effrayants! Certains pensant réellement qu’un 
«raptor» recouvert de plumes n’aurait plus grand intérêt car ne ferait plus peur et, comme me l’avait signalé Ethaniel, reviendrait même chez certains à véritablement briser un rêve d’enfance!

Certes ce genre de réactions vis-à-vis des dinosaures à plumes m’amuse, mais parfois comme c’est le cas pour Brian Switek cette hostilité pour ne pas dire mépris à l’encontre des dinosaures à plumes m’agace au plus haut point car pourquoi diable un «raptor» serait-il moins effrayant parce que couvert de plumes? Souvenez-vous des œuvres des mésanges, précédemment citées, mais essayez également de vous représenter, comme l’a dit Brian Switek, un «raptor» en train de laver son plumage du sang de son dernier forfait! Ou mieux encore souvenez-vous des possibles modalités de mise-à-mort qu’impliqueraient (peut-être) les avant-bras emplumés des «raptors». [4]

Petite BD de xkcd comics et reconstitution d’un Deinonychus en pleine capture et mise à mort de sa proie, issue de l’étude de PLoS ONE mentionnés dans la BD ci-dessus! [4]

Et avec ça certains affirment que les plumes rendraient les «raptors» moins effrayant c’est à n’y rien comprendre! Bref pour la justice que nous nous devons de rendre aux dinosaures et plus spécifiquement aux Deinonychosauriens, n’oubliez pas que ces derniers avaient des plumes. Et vu que «Jurassic Park 4» continuera très probablement à nous montrer des «raptors» sans plumes il ne faudra pas compter sur moi pour aller voir ce film qui ne rendra donc nullement justice à ces fascinants dinosaures!*

* Oui je sais que beaucoup justifient cette absence probable de plumes par la contrainte de la «continuité scénaristiques». Pour eux le quatrième opus de la franchise «Jurassic Park» ne peut se permettre de montrer des «raptors» à plumes car ces derniers n’en avaient pas durant les précédents opus de la saga. Mais bon l’intérêt de «Jurassic Park» en 1993, était justement qu’il mettait en scène des dinosaures correspondant aux avancées de la «Renaissance des Dinosaures» (malgré des inexactitudes non-négligeables pour certains dinosaures). Or là le quatrième opus de «Jurassic Park» va probablement assoir son noble postérieur sur deux décennies d’avancées scientifiques pour nous montrer des «raptors» à peau uniformément écailleuse ne correspondant donc nullement à ce que nous savons aujourd’hui de ces animaux et participera donc à diffuser une image fausse de ces fascinants animaux auprès du grand public! Quel gâchis!

Références: [1] Péter Estók, Sándor Zsebők and Björn M. Siemers (2013), Great tits search for, capture, kill and eat hibernating bats, Biology Letters Royal Society Publishing [2] K.A.Martin and M.B. Fenton (1978), Possible defensive function for calls given by bats (Myotis lucifugus) arousing from torpor, Canadian Journal of Zoology [3] Juha Merilä and David A. Wiggins (1995), Competition for Nest Holes Causes Adult Mortality in the Collared Flycatcher, The Condor


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Origine de l’Homme Moderne: Erreurs et sophismes de Bernard Lugan

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Bernard Lugan est un historien spécialiste de l’Afrique qui a fait l’objet de controverses. Cependant mes connaissances de l’Histoire africaines étant limité je ne peux pas juger de la validité de ses travaux. En revanche ce que j’ai pu mettre en avant ce sont les erreurs flagrantes de Bernard Lugan en matière de paléoanthropologie et plus exactement celles concernant la question de l’origine de l’Homme anatomiquement moderne. J’avais d’ailleurs déjà adressé une réponse à Bernard Lugan (que je lui avais communiqué par mail), j’avais également consacré une mise au point détaillée concernant un dossier de «Sciences & Vie» sur lequel Bernard Lugan basait ses dires. Mieux plus récemment j’ai même posté divers articles concernant l’origine de l’Homme modernes en y exposant notamment les controverses et incertitudes actuelles. Aussi de manière particulièrement naïve, je pensais que Bernard Lugan allait prendre note de ma réponse ou tout du moins se renseigner davantages sur ses erreurs initiales pour lesquelles je lui avais répondu. Mais j’ai rapidement dû déchanter lorsque je suis tomber sur l’entretien radiophonique suivant où Bernard Lugan discute de son dernier livre intitulé «Mythes et Manipulations de l’Histoire Africaine».
Si vous écouter cet entretien de 5.45 min à 8.40 min, là où Bernard Lugan parle de l’origine de l’Homme Moderne, vous aurez un concentré de faussetés et de raccourcis idéologiques, particulièrement affligeants pour ne pas dire complètement grotesques! Aussi ci-dessous je me fend donc d’une nouvelle réponse à l’intéressé et cela même si il est fort possible que celui-ci l’ignore et ne me réponde jamais (mais bon qui sait)!
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Monsieur Lugan Bonjour
Il y plus d’un an et demi maintenant je vous avais adressé une réponse concernant un communiqué de votre blog traitant de l’origine de l’homme moderne. Dans cette réponse j’avais fait quelques mises au point sur la théorie de «l’Ève Africaine» souvent mal comprise et que vous enterriez à tort sans vraiment la comprendre, sans même non plus connaître les diverses données génétiques sur lesquelles se base cette dite théorie. De la même manière vous témoigniez déjà dans votre communiqué d’une certaines ignorance en paléoanthropologie. J’espèrais naïvement que vous prendriez en compte mon article pour mieux vous renseignez ensuite par vous même en matière de paléoanthropologie. Hélas dans votre dernière intervention radiophonique sur «Radio Courtoisie», j’ai constaté le contraire, vous répéter les mêmes erreurs. Aussi j’ai retranscrit ci-dessous les propos que vous avez tenu en ce qui concerne l’origine de l’Homme moderne afin de vous répondre de manière approprié.

Intervieweur: La question des origines africaines supposées de l’Homme en général avec un «H» majuscule.
Bernard Lugan: Oui alors là nous sommes exactement toujours dans le même mythe, le mythe de l’unicité et le mythe de la dispersion donc tout est unique, il n’y a qu’une explication et tout part d’un seul foyer! Cette idée est une idée qui ne repose plus sur des réalités scientifiques toutes les découvertes qui sont faites vont dans le sens de plusieurs foyers, de plusieurs foyers qui sont assez contemporains d’ailleurs. Et ces foyers dans l’état actuel des connaissances il y en a trois. Il y a un foyer africain, il y a un foyer asiatique et il y a un foyer européen. Le foyer européen qui se situe grosso modo dans la région de l’Ukraine de cette zone…..trois foyers! Et les populations actuelles vont dévier de souches archaïques d’Homo erectus de ces trois foyers.

Désolé Monsieur Lugan mais vous témoignez ici d’une ignorance particulièrement affligeante des connaissances et débats entourant la question de l’origine de l’Homme moderne. D’une part les plus anciens ossement attribués à Homo sapiens sont africains et datent d’il y a plus de 150’000 ans! [1] Par la suite nous avons les plus anciens ossement d’Homo sapiens situés hors d’Afrique à savoir au Levant [2], vieux d’il y a près de 100’000. Et nous avons même divers artefacts archaéologiques montrant qu’Homo sapiens avait probablement déjà quitté le continent Africain entre 130’000 et 100’000 ans. [3] Mais donc à l’époque pas de traces d’Homo sapiens en Europe, à l’époque l’Europe était peuplé de Néandertaliens. L’Homme moderne n’ayant colonisé le continent que bien plus tard, probablement aux alentours de 50’000 avec l’arrivée de la Culture Aurignacienne. Dès lors nous n’avons pas un Foyer Européen duquel l’Homme Moderne aurait émergé de manière indépendante des autres continents, mais bel et bien une arrivé tardive de l’Homme moderne en Europe depuis le Moyen-Orient, avec à terme un remplacement de populations, à savoir la disparition de l’Homme de Neandertal.
Fossiles des voûtes crâniennes d’Omo I et d’Omo II. Les plus anciens vestiges d’Homme modernes connus. Omo I, étant nettement plus anciens que -150’000 ans et probablement vieux d’environ 195’000 ans! Image tirée de John G. Fleaglea et al (2008) [1] Tout cela se vérifie archéologiquement mais aussi génétiquement. En effet l’Homme moderne s’est de tout évidence en partie métissé avec certains Néandertaliens (métissages ayant probablement eu lieu en bonne partie au Moyen-Orient ont les Hommes Anatomiquement Modernes ont probablement cohabité relativement longtemps avec les Néandertaliens), mais donc la contribution Néandertalienne dans notre génome est relativement faible (estimé entre 1% et 4% dans tous les cas inférieur à 10%), et donc témoigne bel et bien d’une rupture c’est-à-dire d’un remplacement de populations avec disparition des Néandertaliens lors de l’arrivée des Homo Sapiens en Europe depuis le Moyen-Orient. [4] À cela nous pouvons ajouter les données issus des haplogroupes du chromosome Y ou de l’ADN mitochondriale pointant clairement vers une origine moyen-orientale et africaine des populations européennes actuelles.

Photo des corps retrouvés sur le site de Qafzeh en Israël. Ces ossements sont datés entre -80’000 à -120’000 ans probablement aux alentours de -100’000 ans. Et il s’agit bel et bien d’Homo sapiens c’est-à-dire d’Hommes anatomiquement modernes! [2]
Bernard Lugan: Et les chinois l’ont parfaitement démontré, les chinois qui n’ont pas les préventions que nous avons, qui sont libres par-apport aux dogmes universalistes. Les chinois ont démontrer que l’Homo erectus chinois a déjà des caractères pré-mongoloïdes qui vont se retrouver dans les populations asiatiques, donc toutes les découvertes vont dans ce sens et le professeur Coppens l’a reconnue lui-même en disant qu’il ne croyait plus en l’origine unique de l’humanité.

Monsieurs Lugan pensez-vous sincèrement que les Chinois seraient forcèment plus libres que les occidentaux en matière de dogmes? Prenons un exemple concret dont j’avais déjà discuté à savoir les propos du paléoanthropogue chinois Wu Xinzhi:
Wu Xinzhi: «En Asie la continuité a été le principal processus à l’œuvre, l’hybridation a certainement été faible.»
Par ces présents propos Wu Xinzhi soutient que les populations asiatiques descendraient d’Homo erectus asiatiques sans qu’il n’y ait donc eu de flux de gènes conséquents avec d’autres populations humaines en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient, donc sans que les caractéristiques d’Hommes modernes des populations asiatiques actuelles aient une origine autres qu’asiatique. C’est d’ailleurs également la position que vous semblez défendre ici Monsieur Lugan. Problème Wu Xinzhi ignore l’ensemble des données génétiques et paléoanthropologiques qui s’opposent totalement à sa théories. Données génétiques qui ont également été présenté par des scientifiques chinois, soutenant eux-aussi une origine africaines des populations asiatiques actuelles [5], chose dont j’avais discuté plus en détail dans mon précédant article!
Et cela m’amène donc aux propos d’Yves Coppens, propos qui diffère sensiblement de ceux de Wu Xinzhi, Yves Coppens affirmant bel et bien ceci:

Sciences et Avenir: «Comment expliquez vous dès lors que les généticiens remarquent un fort flux génétique venu d’Afrique il y a 150’000 ans?»Yves Coppens: «Si ils l’ont remarqué, il est probable qu’il ait existé une souche africaine ayant contribué à l’émergence de l’homme moderne. Mais ces Homo sapiens africains se sont forcément croisé avec les gens qu’ils ont rencontrés, qui étaient d’autres Homo sapiens. Isolés suffisamment de temps pour être un peu différents, mais pas suffisamment pour ne plus être féconds. Bref il y a sans doute eu un grand métissage.»
Contrairement à Wu Xinzhi, Yves Coppens soutient que le métissage (ou hybridation) est à l’origine des diverses populations humaines actuelles, y compris donc à l’origine des actuels asiatiques! Yves Coppens ne soutenant pas que les diverses populations d’Hommes Modernes soient apparus indépendamment les unes des autres dans des foyers séparés. Au contraire il soutient que les dites populations humaines n’ont cessé d’être reliées entre elles et d’évoluer ensembles via d’importants métissages et donc de migrations d’un continent à l’autre!

Ainsi même si les asiatiques actuels ont très probablement hérité de certaines caractéristiques morphologiques des Homo erectus asiatiques, la majeure partie de leur génome ainsi que les haplogroupes du chromosome Y  et de l’ADN mitochondriale [5], pointent vers une origine extra-asiatique et plus exactement africaine et moyen-orientale, correspondant à la migration des Homo sapiens à partir des régions précédemment mentionnées. Dès lors il n’y pas un foyer asiatique qui aurait vu l’émergence de l’Homme Moderne asiatique indépendemment de ce qui se passait sur les autres continents, au contraire il y a bel et bien une origine commune de l’Homme moderne qui en colonisant les autres continents s’est simplement en parti métissé avec des populations humaines archaïques tout en remplaçant peu-à-peu ces dernières.

Pour d’avantage d’informations sur les débats actuels concernant l’origine de notre espèce je vous met en lien trois de mes précédents articles consacré à l’évolution récente de notre espèce:



Et pour résumé rapidement le contenu des articles mis en lien ci-dessus je précise que l’évolution des connaissances actuelles en ce qui concerne l’Histoire évolutive récente de notre espèce, ne pointe pas vers trois foyers distincts d’apprition de l’Homme Moderne, foyers qui seraient situés en Afrique, Europe et Asie, mais bel vers une expansion de l’Homme moderne à partir d’Afrique et du Moyen-Orient. En ajoutant que durant cette expansion, expansion qui s’est très probablement faite en plusieurs vagues, les Homo sapiens ont peu-à-peu remplacé les populations humaines archaïques alors présentes en Europe et en Asie tout en se métissant dans une certaine mesure avec ces dernières.

Bernard Lugan: Mais là cette origine de l’humanité ça nous ramène aux notions religieuses, notions religieuses au départ et ensuite notions universalistes. Pourquoi? Parce qu’en disant que l’homme est originaire d’Afrique, ça veut dire que l’homme à l’époque ressemblait à un petit singe de quelque de 25 kilos….. «Comment pouvez-vous refusez l’immigration (rires complices dans le studio) alors que nos ancêtres sont africains? Nous sommes hommes citoyens de la Terre!» Et nous sommes là dans la grande logique universaliste et nous sommes dans la grande logique révolutionnaire qui lutte contre tous les enracinements, «l’enracinement c’est en danger» C’est pour cela que les mêmes vont dire que les ethnies n’existent pas!
Ach!

Bon d’accord Monsieur Lugan, je me remet de la consternation que m’inspire vos présents propos pour tenter malgré tout de corriger vos présentes erreurs et sophismes. Déjà de un que vient faire ici votre histoire de petit singe de 25 kilos? Vous êtes sensé parler ici de l’expansion de l’Homme moderne à partir du continent Africain, pas des Australopithèques, ces derniers ayant disparus longtemps avant l’apparition des premiers Homo sapiens! Dès lors selon la théorie de l’expansion hors d’Afrique aussi appelé «Out of Africa», lorsque les hommes modernes quittent le continent africains, ce sont bien évidemment déjà des êtres humaine anatomiquement modernes et non pas des petits singes de 25 kilos. S’il vous plaît Monsieur Lugan faites de l’ordre dans vos propos car vous vous attaquez à des épouvantails que vous semblez avoir vous-même créé, si bien que nous pourrions légitimement douter de votre honnêteté!

Nous pouvons d’autant plus en douter qu’ensuite vous attribuez aux tenants de la théorie du foyer unique («Out of Africa») des intentions purement politiques qui n’ont plus rien à voir avec les débats scientifiques ayant court en paléoanthropologie! La question de l’immigration dans nos sociétés contemporaines n’a strictement rien à avoir avec celle de l’origine de l’Homme Moderne, je dis bien rien! Dis autrement même si l’Homme moderne est bel et bien originaire d’Afrique cela ne nous dit bien évidemment pas si l’immigration actuelle en provenance de ce même continent, est souhaitable ou non (je ne vais d’ailleurs pas entrer ici dans une discussion sociologique, économique et politique sur l’immigration). Mais comble du n’importe quoi vous parler de gens qui prétendraient que les ethnies n’existent pas! Quel rapport avec la théorie dite «Out of Africa»? Bref encore une fois vous-vous attaquez-là à des épouvantails!

Conclusion

C’est avec regret Monsieur Lugan que je constate que vous ne vous êtes pas davantage renseigner en matière de paléoanthropologie depuis juin 2011 date à laquelleje vous avais écrit pour corriger certaines des erreurs que vous avez donc répété en grande pompe. Je trouve même votre présente intervention radiophonique particulièrement déplorable car totalement désinformative sur les connaissance réelles en matière de paléoanthropologie, votre intervention étant par ailleurs truffée de ce qui semble être de véritables épouvantails, bref de véritables démonstrations de malhonnêteté! Même si vous n’êtes pas vous-mêmes paléoanthropologue (je ne le suis pas moi-même) nous pouvons malgré tout attendre bien mieux de la part d’un Historien, surtout lorsque le dit Historien se dit être réaliste! J’ignore si vous daignerez ou non à me répondre, que cela soit sur votre blog ou ailleurs. L’idéal serait que oui afin qu’en bon scientifique (je considère le métier d’Historien comme une discipline scientifique comme celles des autres sciences sociales) vous confrontier votre point de vues aux arguments et aux données qui s’y opposent.

D’ici là je remet ci-dessous en lien deux articles que j’avais rédigé et qui concernaient directement la question de l’origine de l’Homme moderne en entrant notamment dans certains détails qui pourraient vous être fort utiles pour une meilleur compréhension des débats ayant court en paléoanthropologie sur cette fascinante thématique qu’est celle de l’origine de notre espèce.

Taux de Mutation et Évolution Humaine

En espérant que vous tiendrez compte des divers éléments qui vous ont été présentez ici.

Cordialement

Hans

Références:
[1] John G. Fleaglea et al (2008), Paleoanthropology of the Kibish Formation, southern Ethiopia: Introduction, Journal of Human Evolution
[2] Bernard Vandermeersch (2002), The excavation of Qafzeh, Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem
[4] Richard E. Green et al (2010), A Draft Sequence of the Neandertal Genome, Science
[5] Feng Zhang, Bing Su, Ya-ping Zhang and Li Jin (2007), Genetic studies of human diversity in East Asia, Philosophical Transactions of The Royal Society
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Gwawinapterus, ou comment passer des airs aux océans

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Le DinOblog a déjà montré à ses lecteurs comment un oiseau (Samrukia nessovi) peut se muer en ptérosaure, et un primate (Arrhinolemur) en poisson. Continuons dans la même veine et voyons comment un ptérosaure peut devenir un poisson. Il ne s’agit pas d’évolution, bien sûr, mais de réinterprétation – un sport que les paléontologues pratiquent [...]
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