Spinosaurus et « les vacances de Monsieur Vullo »

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Depuis quelques années, Spinosaurus rivalise de popularité avec Tyrannosaurus parmi les « gros – méchants dinosaures ». C’est vrai qu’avec sa grande voile sur le dos et sa gueule de crocodile, le spinosaure a tout pour plaire aux aficionados de dinosaures insolites. Une gueule de crocodile, vraiment ? Parlons-en un peu. Il est certain que les longues mâchoires […]
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Depuis quand les cachalots ont le melon ? Bis

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L’oreille interne du bien nommé Echovenator sandersi (signifie chasseur par écholocation dédié à Sanders) a toutes les qualités anatomiques requises pour percevoir et transmettre les ultras sons (plus de 100 kHz). Ce cachalot fossile vivait à l’Oligocène supérieur voici 24 à 27 millions d’années. C’est la conclusion de l’étude d’un fossile exceptionnel : un crâne très […]
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Rétrovirus, Placenta et Créationnisme

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Environ 8% de notre génome est d’origine rétroviral. Si la plupart de ces séquences d’origine virale appelées Rétrovirus Endogènes (ERVs), sont sans conséquences, certaines ont littéralement bouleversé l’évolution du vivant. C’est notamment aux rétrovirus que nous devons notre placenta. Mais comment les ERVs participent-il à l’élaboration de notre placenta? Et pourquoi revenir sur un énième […]

Rétrovirus, Placenta et Créationnisme

Comme vous le savez probablement déjà, environ 8% de notre génome est d’origine rétroviral, il s’agit des Rétrovirus Endogènes ou ERV (Endogenous Retrovirus). Si vous ignorez ce que sont les Rétrovirus Endogènes et quelles sont les origines de ces derniers je vous conseille la vidéo suivante.
 
Notez que dans le présente vidéo ils francisent également l’acronyme ERV (Endogenous Retrovirus) et le renomment RVE (Rétrovirus Endogène).

Bien et maintenant que vous savez ce qu’est un ERV (ou RVE) et accessoirement en quoi ils sont un formidable outil pour démontrer l’ascendance commune des différentes espèces, attaquons le vif du sujet, à savoir le rôle de certains ERV dans l’évolution de notre placenta.

Protéine virale et placenta

En effet une partie des rétrovirus endogènes acquis durant la longue évolution des mammifères ont été coopté pour l’élaboration du placenta. Certains ERVs contribuent ainsi à avoir une fonction immunosuppressive, fonction indispensable car sans elle le système immunitaire de la mère attaquerait l’embryon. Mais dans le présent article nous allons nous intéresser plus en détail à des ERVs qui permettent de synthétiser une protéine indispensable au placenta des mammifères que nous sommes, à savoir la Syncytine. La Syncytine dérive d’une protéine env, c’est-à-dire d’une protéine de l’enveloppe virale des rétrovirus. Les gènes viraux codant cette protéine se sont ainsi insérés chez les mammifères marsupiaux et euthériens qui ont ainsi acquis la capacité de synthétiser cette fameuse Syncytine [1]. Cette dernière permet aux cellules du placenta de fusionner entre elles (on parle d’activité fusogène) permettant l’établissement d’un syncytium, un tissu constitué de cellules à plusieurs noyaux (car issues de la fusion de plusieurs cellules) présent à l’interface materno-fœtale, et indispensable au bon fonctionnement du placenta de nombreux mammifères (dont celui des humains).
Diagramme 1. Diagramme d’une glycoprotéine d’enveloppe rétrovirale (a) Structure de la protéine d’enveloppe rétrovirale avec les sous-unités SU et TM, le peptide de fusion et le domaine immunosuppresseur. (ISD). (b) Les conséquences de l’interaction entre une protéine d’enveloppe rétrovirale et de son récepteur apparenté. (i) Cas d’une infection rétrovirale, le rétrovirus utilise sa glycoprotéine env pour engager une fusion membranaire avec la cellule cible et ainsi inséré son matériel génétique à l’intérieur de la cellule. (ii) Cas de fusion cellulaire, La cellule porteuse de la glycoprotéine d’origine virale (syncytine) entre en contact avec une autre cellule, la glycoprotéine permet là aussi une fusion des enveloppes et donc ici une fusion de deux cellules, et donc la formation d’un syncytium, cellule à deux voir plusieurs noyaux. (ii). (c) La fusion de cellules humaines et la formation de syncytia multi-nucléaires (processus similaire menant à la formation du syncytium) induite par transfection de cellules TE671 humaines par un vecteur d’expression syncytine-2. À vue de nez le scénario est donc simple, l’ensemble des mammifères ayant un placenta avec syncytium, dérive d’un ancêtre commun ayant acquis un ERV dont le gène env à par la suite été coopté pour l’élaboration des dits syncytium que nous connaissons. Sauf que l’histoire est en réalité bien plus complexe. Plus complexe car d’une part il existe au moins quatre grands types de placentas. Il y a le placenta du type hémochorial (comme chez les humains) avec un syncytium bien constitué et une forte activité fusogène, le placenta de type endotheliochorial, différent du précédent type mais présentant lui aussi une activité fusogène importante et un syncytium, le placenta synepitheliochorial, propre aux ruminant et présentant une activité fusogène réduite et enfin le placenta épithéliochorial dépourvu de syncytium (voir diagramme 2). Le deuxième point complexifiant l’évolution des placentas est que la distribution des quatre types de placenta susmentionnées au sein des grands clades des mammifères, ne correspond pas à l’apparentement phylogénétiques de ces derniers (voir diagramme 2). Mais les choses deviennent plus claires lorsque l’on analyses les ERVs codant la Syncytine.

De multiples ERVs

En 2013 une équipe de chercheurs français publie une étude des plus intéressantes sur les ERVs impliqués dans le développement du placenta chez les mammifères. [2] Les chercheurs mettent à jours non pas un mais de multiples ERVs impliqué dans la synthèse de Syncytine et donc dans le développement du placenta. Mais plus fort encore ils déterminent que les ERVs en question ne sont pas les mêmes dans tous les clades de mammifères. Par exemple un des ERV synthétisant la Syncytine chez les carnivore comme les chiens et les chats n’est pas du tout le même que ceux synthétisant la Syncytine chez les primates. Mieux souvent ces ERVs ont une origine relativement récente, par exemple les ERVs impliqués dans la synthèse de Syncitine chez les primates datent d’il y a moins de 50 millions d’années. Soit beaucoup plus tard que l’apparition des premiers mammifères placentaires.
Diagramme 2. Diagramme présentant la capture de plusieurs ERVs codant la syntycine au cours de l’évolution de grands clades de mammifères, ainsi que l’arbre phylogénétique de ces clades, et les différentes structures placentaires au sein de ces derniers. (a) Arbre phylogénétique de quatre clades majeurs d’Euthériens (I) Afrotheria, (II) Xenarthra, (III) Euarchontoglires et (IV) Laurasiatheria, nous avons également les clades de mammifères plus basaux que sont les marsupiaux et les monotrèmes. Les quatre types de développement placentaires sont représentés par des carrés de couleurs (chaque couleur correspond à une boîte de la même couleur encadrant chaque type de placenta à droite du présent diagramme). Les triangles violets placés sur l’arbre phylogénétique, représentent les événements d’acquisition des différents ERVs codant la Syncytine répertoriés par cette étude (d’autres ERVs similaires existent également au sein des lignées où ils ne sont pas mentionnés ici, mais ils n’ont simplement pas été répertoriés par la présente étude, rapelons qu’une autre étude fait état de pareils ERVs chez les marsupiaux [1]), chez les différents clades de mammifères. (b) Enfin toute à droite du présent diagramme nous avons quatre cadres contenant chacun un type de développement placentaire différent (rappel la couleur des cadres correspond aux couleurs des carrées à l’extrémité de l’arbre phylogénétique).

De Multiples infections rétrovirales.

À partir de là le scénario évolutif des mammifères s’éclaire davantage. Premièrement rappelons que l’acquisition du placenta remonte au lointain ancêtre commun des mammifères marsupiaux et euthériens (les monotrème demeurant ovipares). Cette acquisition originelle du placenta a peut-être (voir probablement ) été possible grâce a l’endogénéisation d’au moins un premier rétrovirus ancestral ayant permis l’acquisition d’une fonction immunosuppressive ayant rendu possible la tolérance de l’embryon et du fœtus par son hôte maternelle. Mais par la suite les rétrovirus continuèrent d’influer massivement l’évolution du placenta. Car alors que les mammifères se diversifiaient, ils continuèrent d’intégrer divers ERVs dont beaucoup furent cooptés pour leur Syncytine. Or l’impact des infections virales explique très probablement pourquoi le placenta est l’organe le plus variable parmi les mammifères (voir le diagramme 2 ainsi que l’étude de LAVIALLE et al 2013 [2]). En effet les divers placentas des diverses lignées de mammifères n’ont cessés d’évoluer au grès des diverses infections virales qui n’ont cessé de favoriser une forte divergence des diverses structures placentaires. Par ailleurs  un mammifère donnée même s’il possède déjà une activité fusogène lié à un ERV (appelons le ERV1), peut également au cours de son évolution acquérir un autre ERV (appelons le ERV2) synthétisant lui aussi de la Syncitine et étant lui aussi fusogène. Ce nouvelle ERV participant à son tour à une modification d‘un placenta avec fusion des cellules. La lignée de mammifère ainsi concerné coévoluant avec ses hôtes d’origine viral. Le truc c’est qu’au cours de l’évolution l’ERV1 peut donc devenir obsolète et perdre son activité (devenir un des multiples ERV fossiles) voir disparaitre, ne laissant plus que l’ERV2 en activité. [3] Nous pouvons illustrer ce scénario via le digramme suivant.
Diagramme 3. Prenons l’exemple d’une lignée de mammifères possédant déjà un ERV1 doté d’un gène codant la syncytine (A). Un jour un nouveau rétrovirus infecte les cellules germinales d’un membre de cette espèce (B), le rétrovirus va subir une endogénéisation et ainsi donner naissance à l’ERV2 (C) dont le gène env est lui-même devenu un gène permettant la synthèse de la Syncytine, les gène gag et pol ayant de l’ancêtre virale de l’ERV ayant été quant à eux désactivé. Suite à l’arrivée de l’ERV2, le gène de la Syncytine de l’ERV1 est désactivé par une mutation, si bien qu’au final la lignée de mammifère en question ne conserve que la Syncytine de l’ERV2, l’ERV1 étant devenu un ERV fossile sans fonction aucune (D).

C’est ainsi que de nouveaux ERVs coopté pour la synthèse de la Syncytine, mais aussi pour d’autres fonctions, n’auraient cessé d’envahir le génome des mammifères, les nouveaux venus remplaçant parfois les anciens. De plus les ERVs codant la Syncytine différent sensiblement les uns des autres, se logent dans différentes parties du génome et évoluent de manières différentes avec leurs hôtes, expliquant ainsi la forte diversification des placentas chez les mammifères (voir le précédent diagramme)

Puis arrivèrent les créationnistes

Ben oui nous avons ici une étude élucidant une part importante de l’évolution des mammifères, il fallait bien que les créationnistes y amènent leur grain de sel. À savoir ici la créationniste Anne Gauger qui nous explique que cette étude met à mal la théorie de l’évolution car remettrait en cause l’ascendance commune des mammifères, rien que cela! Son «raisonnement» est le suivant:
«Ce que nous avons à expliquer est la cooptation, indépendante, spécifique et unique à chaque groupe de Syncytines pour une fonction qui est essentielle pour le développement placentaire, une caractéristique commune à tous les groupes de mammifères. Six origines indépendantes pour le placenta! Il n’y a aucune preuve d’une grande Syncytine ancestrale partagée par tous les groupes qui a ensuite été remplacé par d’autres Syncytines, donc l’explication de l’ascendance commune du placenta chez les mammifères échoue.» Ann Gauger
À cela je réponds «Bullshit»! Bullshit car les auteurs de l’étude n’affirment pas que le placenta ancestrale avait dès le départ une Syncytine (objectivement rien n’est sûr de ce côté là). Bullshit car comme je l’ai précisé plus haut, l’étude en question explique pourquoi les ERVs synthétisant la Syncytine ne sont pas les mêmes au sein des différentes lignées de mammifères, à savoir la répétition des insertions rétrovirales et le remplacement d’anciens ERVs par de nouveaux et qu‘il n’est donc pas question dans cette étude de six origines indépendante du placenta. Bullshit aussi parce que l’étude à même la preuve de ce qu’elle affirme à ce titre je cite l’étude en question.
«Une conséquence de ce modèle est l’existence d’éléments attestant de Syncytines perdus chez les mammifères euthériens et c’est précisément ce qui fut trouvé dans une récente étude d’un autre gène de protéine d’enveloppe virale, qui appartient un provirus HERV-V, nommé envV, et qui est également exprimé dans le placenta humain, et dont le rôle putatif dans la formation du placenta humain reste à étudier, car il a été constaté que ce gène n’a pas d’activité fusogène. [67]. En fait, ce gène env est entré dans le génome des primates en concomitance avec le gène syncytine-2, qui est, âgé de plus de 45 Ma comme inféré de son présent rôle chez les primates. Fait intéressant, il a été montré récemment que le gène (le gène envV) est fusogène chez les cercopithécidés (Old World Monkeys), où il se comporte probablement encore comme une véritable syncytine, alors que son activité fusogène semble avoir été perdu chez les primates supérieurs (y compris chez les humains) ainsi que chez certains singes du Nouveau Monde [68].»  LAVIALLE Christian et al

Dit autrement nous avons ici l’exemple d’un ERV (le gène envV) qui a conservé son activité fusogène chez certaines espèces mais l’a perdu chez d’autres, ce qui confirme le modèle évolutif des ERVs des auteurs. Mais bien évidemment Ann Gauger passe très malhonnêtement sous silence ce passage clé de l’étude en question pour tenter de faire passer sa narration voulant que la multiplicité des ERVs chez les mammifères réfutent l’ascendance commune de ces derniers.

Mais pourquoi mentionner cette créationniste?

Ben oui était-ce vraiment nécessaire de mentionner une énième distorsion malhonnête venant de créationniste ? Je pense que cela est nécessaire car permettant de rappeler les ficelles d’une stratégie de propagande créationniste bien connue, à savoir la capacité à désinformé les gens en faisant croire que la position créationniste est scientifique. Une personne mal-informée pourrait penser que les créationnistes ont en fait la science de leur côté car citant des études qui apparemment démontrent la validité de leur position antiévolutionniste. Et souvent les créationnistes du «Discovery Institute» privilégient des études comme celles discutées dans le présent topic, à savoir des études qui traitent de sujet ma foi, déjà passablement complexes et qui ne sont pas forcément comprises par un profane non initié à ces thématiques. Dès lors il est toujours utile de démonter cette stratégie créationnistes particulièrement malhonnête et méprisable sur le plan intellectuelle puisque consistant à faire die à des études ce qu’elles ne disent pas via le «Quote Mining», le mensonge par omission et autre distorsions. Et bordel à titre personnelle je trouve particulièrement ignoble de distordre des études aussi fascinantes et riche d’enseignement pour faire passer un agenda idéologique moisi visant à abrutir les gens. Je ne comprendrais jamais comment ces personnes font pour ne pas avoir honte ça dépasse mon entendement.  Notes et Références: [1] Et oui les marsupiaux ont également deux types de placenta qui leur sont propre et ont également acquis des ERVs permettant la synthèse de Syncytine indépendamment de leurs cousins placentaires. CORNELISA Guillaume et al (2015), Retroviral envelope gene captures and syncytin exaptation for placentation in marsupials, Proceedings of the National Academy of Sciences [2] LAVIALLE Christian et al (2013), Paleovirology of ‘syncytins’, retroviral env genes exapted for a role in placentation, Philosophical Transactions of the Royal Society [3] Environ 85% des ERVs de notre génome sont en fait des ERVs fossiles dépourvus de séquences codantes et très probablement pour la plupart sans fonction aucune pour l’organisme, voir KATZOURAKIS Aris, RAMBAUT Andrew and PYBUS Olivier G (2005), The evolutionary dynamics of endogenous retroviruses ,TRENDS in Microbiology
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Sélection scientifique de la semaine (numéro 227)

– Les humains provoquent la disparition de nombreuses espèces… et l’apparition de nouvelles espèces en raison des pressions qu’ils imposent au vivant. (en anglais) – Quels seront les effets du Brexit sur la politique de l’Europe en matière de climat ? … Continuer la lecture
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L’évolution selon Wayward Pines

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Et si nous nous amusions à rationaliser scientifiquement un scénario de Science-Fiction issu d’une bonne série TV? Ce billet vous plonge dans le scénario évolutif dystopique de la série intitulée «Wayward Pines». Via un exercice de pensée, des explications ad hoc et d’une certaine dose d’imagination nous allons tenter de rendre crédible une version bien […]

L’évolution selon Wayward Pines

SPOILER ALERT! Si vous n’avez pas vue la saison 1 de «Wayward Pines» et que vous comptez la regarder je vous déconseille de lire l’article en question. 
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Avant Propos: Voici mon premier article ayant pour base un récit de science fiction et plus exactement la série nommée «Wayward Pines» (elle même tirée d’une série de trois livres rédigés par l’auteur américain Blake Crouch, et que je n’ai pas lu) [1]. Dans cet article nous allons tenter de rationaliser un maximum le scénario SF que nous propose la série en question, à savoir la très rapide évolution (ou la dévolution comme l’appelle la série) de l’espèce humaine en Abbies (ou Aberrations). Pour comprendre de quoi il s’agit commençons par un petit récapitulatif du scénario en question.
Récapitulatif de l’évolution humaine selon la série

À la fin du 20ème siècle un scientifique nommé David Pilcher a pu anticiper l’évolution future de l’humanité, à savoir son évolution rapide vers des formes qu’il nomma lui-même «Aberrations» ou «Abbies». Sa prédiction s’avéra exacte et 2000 plus tard au 41ème siècle les Abbies dominent notre planète! David Pilcher ayant cependant réussit à sauver l’humanité en cryogénisant avec ou sans leur grès quelques centaines voir milliers d’individus pendant plus de 2000 ans avant de les réveiller dans une ville qu’il a lui-même conçu à savoir Wayward Pines.
Mais que sont concrètement les Abbies?

Un Abby en train de déjeuner.
Les «Abbies» sont basiquement des prédateurs humanoïdes plus redoutables que n’importe lequel des grands mammifères carnivores que nous connaissons. Ils sont incroyablement forts, dotés de griffes acérées à la places des ongles, d’un odorat et d’une ouïe extrêmement bien développés et d’une dentition redoutable comprenant des crocs particulièrement imposants. En revanche leur intelligence est bien moindre que la nôtre, ils semblent ne communiquer qu’à travers de simples grognements [2], et ne conçoivent ni outils, ni vêtements, ni autres technologies. Bref les «Abbies» représentent un véritable «ensauvagement» de l’espèce humaine, un «ensauvagement» tel que Pilcher (ou tout du moins son entourage) parle de «dévolution» d’Homo sapiens.
 Repas convivial entre Abbies.

Mais comment l’Humanité a-t-elle pu évoluer en Abbies?

Par chance je n’étais pas le premier à me poser cette question vitale pour le futur de l’humanité. Une écrivaine spécialisée dans les sciences et diplômée en génétique, nommée Ricki Lewis a elle-même proposé un scénario évolutif, le plus réaliste possible, afin de rendre l’évolution de l’humanité en Abbies plausible scientifiquement parlant. Le scénario évolutif de Ricki Lewis est le suivant:
Imaginez un peuplement de 200 personnes ayant survécut à toutes les catastrophes (celles que l’humanité aurait provoqué en détruisant son environnement). Au sein de ce groupe, un garçon, appelons-le Adam, a subi une mutation autosomique dominante (une mutation de novo qu’il n’a pas hérité de ses parents). Cette mutation fait d’Adam un garçon magnifique, fort, intelligent, très excitée, et très agressif. Peut-être Adam a sur un gène donné, une mutation dominante conférant une «puberté précoce centrale», ce qui, en terme mendélien, se manifeste par «des troubles de la conduite et du comportement», en plus d’une maturité sexuelle accélérée. Le premier mutant capable d’avoir un impact durable sera un mâle, car à l’instar de Gengis Khan, qui est célèbre pour avoir répandu son chromosome Y dans le monde entier, les mâles peuvent engendrer beaucoup plus de d’enfants en une seule durée de vie que les femelles. De plus si Adam vient en plus à s’accoupler avec des «Ève» génétiquement prédisposées à ovuler plus d’un œuf à la fois, ou peut-être même à une femme capable de concevoir des quadruplés identiques, comme le font les  tatous, la mutation d’Adam qui est à l’origine des Abbies, ainsi d’autres variations génétiques sur son chromosome (transmis ensembles grâce à un déséquilibre de liaison), va se répandre au sein de cette population. En quelques générations, des homozygotes dominants apparaissent et se multiplient. Ces homozygotes se caractérisent par un effet de dosage génique qui intensifie les phénotypes caractéristiques (agressivité, puberté précoce, hyperactivité sexuelle, etc, etc…) de leur ancêtre Adam (car Adam était hétérozygote pour la mutation donnée). Alors que davantage de catastrophes et de  fléaux érodent la biodiversité et les ressources naturelles, les Abbies affamés et de plus en plus agressifs commencent à véritablement dévorer les derniers vestiges terrifiés de l’humanité. Ricki Lewis
Ce scénario est hypothétiquement plausible, surtout si le gène mutant dont Adam était le porteur finit par subir des événements de duplication géniques augmentant encore l’effet de dosage et exacerbant davantage encore davantage l’agressivité de ses descendants. Enfin Adam était certes intelligent, mais au final le caractère puberté précoce et l’agressivité exacerbée par l’effet de dosage aurait pu finir par limiter le développement intellectuel, et transformer ainsi véritablement cette population humaine en «Abbies», à savoir des prédateurs humanoïdes particulièrement agressifs et dangereux. Par la suite cette population d’Abbies ainsi constituée, va s’étendre démographiquement et géographiquement en dévorant littéralement toutes les populations humaines survivantes qu’elle viendrait à croiser sur son chemin.
Mais ce scénario correspond-t-il à la théorie de David Pilcher?

Non et c’est bien pour cela qu’on ne peut pas accepter tel quel le scénario de Ricki Lewis. Car rappelons que nous essayons de rationaliser scientifiquement le scénario de la série. Or que nous dit la série au sujet de l’évolution des Abbies? Pour cela citons David Pilcher lui-même.
«À la fin des années 1990, les humains ont commencé à comprendre le terrible impact qu’ils avaient sur l’environnement. Au même moment l’une des cellules de ma société a fait une découverte surprenante, une mutation petite mais extrêmement significative de notre propre ADN. Nous étions en train de transformer le monde et en conséquence nous commencions à nous transformer nous aussi, à nous adapter.»David Pilcher (Saison 1 Épisode 6)
 David Pilcher, brillamment interprété par l’acteur britannique Toby Jones.

Il n’est donc pas question d’une mutation apparue de novo, après que l’humanité ait vu sa démographie chuter suite à des catastrophes majeures. En fait une première mutation génétique, mutation qui allait participer à l’évolution de l’Humanité en Abbies, est apparue à la fin du 20ème siècle. Dés lors quel scénario peut-on proposer pour rendre la théorie de David Pilcher crédible? Voici deux modestes propositions.
Le Scénario à l’Idiocracy
Ce scénario s’inspire des théories eugénistes classiques voulant que nos société post-industrielles favorisent la reproduction des individus les moins intelligents sur ceux dotés d’un meilleur intellect, précipitant ainsi l’humanité vers une irrémédiable décadence c’est-à-dire un abrutissement général de l’espèce humaine. l’introduction du film «Idiocracy» expose cette théorie avec panache.



Cependant même si j’ai beaucoup aimé ce film, la théorie sur laquelle il s’appuie, en plus d’être foireuse [3], ne correspond très probablement pas à la théorie de David Pilcher. En effet celui-ci parle de changements environnementaux et non pas de déterminismes sociaux, affectant l’évolution humaine. Certes la société est factuellement l’environnement dans lequel les êtres humains évoluent, mais on devine que ce n’est pas de cela que parle David Pilcher. En effet une membre de l’entourage de Pilcher rappelle que les Abbies ont évolués dans un environnement hostile (Saison 1 Épisode 5), et non pas dans un environnement au contraire trop protecteur comme le veut le scénario du film «Idiocracy». De plus la série laisse entendre que notre civilisation se serait effondrer peu après 2095 (Saison 1 Épisode 5). Dès lors contrairement au film «Idiocracy» où une civilisation protectrice continue d’influer l’évolution humaine en favorisant ses éléments les moins brillants,  le scénario de «Wayward Pines» stipule que notre civilisation n’aurait même plus 100 ans à vivre et que les Abbies ont certes commencé leur évolution avant l’effondrement de notre civilisation mais l’ont également poursuivit après que celle-ci se soit effondrée. Dès lors il faut proposer un autre scénario.
Le scénario évolutif en deux étapes

Ce scénario propose que l’évolution des Abbies ait nécessité deux étapes cruciales. La première étape étant l’apparition de mutations clés dans une population humaine connaissant une très importante expansion démographique. La deuxième étape reprend le scénario proposé plus haut par Ricki Lewis. Et donc voici comment l’évolution des Abbies se serait produit. 1ère Étape: Démographie folle et mutations: Il s’agit d’un modèle semblable à celui de John Hawks et al (2007) [4] voulant que l’explosion démographique humaine du Néolithique ait favorisé une accélération de l’évolution humaine via le nombre accru de mutations que permet une population plus nombreuses et en expansion. De plus les changements de modes de vie et d’environnement induis par l’agriculture, auraient favoriser diverses pressions sélectives et donc une accélération de l’évolution des populations humaines.
Modèle d’accélération de l’évolution humaine selon John Hawks et al (2007). Durant le Néolithique la population humaine a explosé, ce qui aurait augmenté le nombre d’innovations génétique par mutations. De plus l’arrivée de l’agriculture et les changement sociaux et environnementaux qu’elle aurait provoqué, aurait favoriser de nouvelles pressions sélective et donc accéléré l’évolution de notre espèce.

Dans le scénario de «Wayward Pines», le scénario de John Hawks et al, se pose de manière similaire. À la fin du 20ème siècle l’humanité dépasse déjà les 6 milliards d’habitants et ne cesse de voir sa démographie exploser. La conséquence de tout cela est un nombre accru de mutations génétiques. C’est dans ce contexte que David Pilcher aurait détecté une mutation particulièrement importante favorisant une puberté précoce et une plus grande agressivité. Cette mutation demeure à ce stade à très faible fréquence mais David Pilcher réalise qu’en raison des changements environnementaux en cours, cette mutation sera au final favorisée. Car lorsque l’environnement atteindra son point de rupture la mutation en question, ainsi que toutes celles favorisant une plus grande agressivité, seront positivement sélectionnées. David Pilcher anticipe donc l’ensauvagement inéluctable de l’Humanité.

2ème Étape: Effondrement et sélection de l’agressivité: À ce moment là nous reprenons le modèle de Ricki Lewis cité plus haut. Les mutants porteurs de variations favorisant une puberté précoce ainsi qu’une plus grande agressivité sont favorisés dans l’environnement post-apocalyptique laissé par l’humanité après que celle-ci ait finit d’épuiser la majeure partie des ressources naturelles. Ces mutants agressifs pratiquent massivement le cannibalisme, et les mutations génétiques favorisant une forte force physique et une forte agressivité sont systématiquement favorisées au détriment même d’une intelligence trop élaborée donc trop coûteuse en énergie et inhibant inutilement les comportement impulsifs et agressifs nécessaires à la survie. Par la suite les Abbies voient leurs adaptations à ce mode de vie de prédateur s’affiner davantage avec l’évolution de griffes et d’une dentition de carnivore particulièrement redoutable.
Le seul caractère phénotypique des Abbies qui demeure difficile à expliquer est l’absence pilosité de ces derniers. En fait leur absence de pilosité les rend particulièrement vulnérables au froid, David Pilcher mentionnant le fait que durant l’hiver les Abbies sont obligés de migrer vers des climats plus chauds pour survivre (Saison 1 Épisode 10). Cependant l’absence de pilosité des Abbies peut aisément s’expliquer par la pléoiotropie. Par exemple imaginons que la mutation favorisant une plus grande agressivité affecte un gène qui non seulement est impliqué dans l’agressivité mais également dans la pilosité, la mutation peut alors affecter les deux traits en question en même temps. La mutation confère à la fois une plus grande agressivité et à la fois une perte de la pilosité. Pour comprendre la chose pensons à la mutation du gène EDAR chez l’être humain.
Diagramme explicatif des conséquences de la mutation du gène EDAR. La variant originelle du gène est EDAR370V, la variante mutante EDAR370A. La mutation a un effet pliéotropique, c’est-à-dire qu’elle provoque à la fois un épaississement des fibres des poils et des cheveux ainsi qu’une plus grande élaboration et densité des glandes mammaires et des glandes sudoripares. Cette mutation provoque les mêmes effets chez l’Homme et la souris, les populations Est-Asiatiques ont une très forte fréquence du gène mutant alors que celui-ci demeure rare au sein des autres populations humaines De la même manière la perte de pilosité des Abbies peut s’expliquer par l’effet pléiotropique de la mutation qui fut positivement sélectionnée au cours de leur rapide évolution car favorisant l’agressivité, mais qui en raison du caractère pléiotropique du gène affecté à aussi débouché sur une perte totale de la pilosité.
Mais cette évolution est-elle réellement possible?

De façon très hypothétique et avec un nombre impressionnant de scénarios ad hoc et autres «Just So Stories», oui c’est théoriquement possible même si très improbable. Mais ce qui rend le scénario de «Wayward Pines» particulièrement irréaliste est la durée sur laquelle l’évolution de l’Humanité en Abbies aurait eu lieu. En effet en seulement 2000 ans l’Humanité se serait brutalement changé en Abbies. Bien que l’évolution peut être rapide, elle aurait dû dans ce cas-ci véritablement battre des records et je doute que John Hawks lui-même adhère à l’idée d’une évolution aussi brutale s’apparentant presque à du saltationnisme.
Conclusion

J’espère que vous aurez apprécié cet exercice de pensée consistant à rationaliser scientifiquement un scénario de pur Science Fiction. Comme les plus avertis d’entre-vous le savez probablement déjà «Wayward Pines» n’est pas la première œuvre de fiction à proposer une vision dystopique de l’évolution future de l’humanité. Pensons à H.G. Wells avec «La Machine à explorer le temps» et ses Morlocks, ou à Cyril M. Kornbluth et son livre «The Marching Morons» thèse repris par Mike Judge dans le film «Idiocracy» mentionné plus haut. Ce qui est intéressant est que certaines de ces craintes dystopiques aient parfois pu favoriser les idéologies eugénistes que l’on connait. Mais cela est une autre histoire, une histoire qui plus est déjà maintes fois discutée. Notes et Références: 

[1] Si par hasard quelqu’un a lu les livres de Black Crouch et que ceux-ci contiennent davantage d’informations sur l’évolution des Abbies qu’il n’hésite pas à les partager dans les commentaires.

[2] Apparemment, si j’en crois la saison 2 de la série qui est actuellement en cours de diffusion, les Abbies ne seraient pas aussi stupides que de prime abord. Pire il n’est pas impossible qu’ils communiquent par télépathie si j’en crois certaines interprétations de l’épisode 5 de la saison 2. Mais là je suis largué je ne pourrais en aucun cas rationaliser scientifiquement pareille évolution de notre espèce. Je me tiens à ce que la série nous apprend sur les Abbies durant la saison 1.

[3] Le scénario du film «Idiocracy» se base sur des théories d’eugénistes bien connues à commencer par celle de Francis Galton, voulant que les classes sociales les plus pauvres sont génétiquement inférieures intellectuellement parlant. Une thèse au mieux critiquable et au pire foireuse pour plusieurs raisons.

[4] HAWKS John et al (2007), Recent acceleration of human adaptive evolution, Proceedings of the National Academy of Sciences, Notez bien que cette publication est à prendre avec des pincettes dans le sens que certaines des conclusions de cette étude demeurent sujettes à controverses. 
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Série TV, Rétrovirus, et Politiquement Correct, Les affaires reprennent!

Cela faisait longtemps que je n’avais plus alimenté mon blog. Entre la naissance de ma deuxième fille, mon nouveau travail et mon énorme poil dans la main, il fut difficile de me remettre à la rédaction. Mais rassurez-vous je suis donc en train de remédier à cela à l’aide de trois billets à venir sur des thématiques forts différentes les unes des autres.

Et comme je suis un gros connard au lieu de poster dès maintenant le premier billet voici un avant-goût des dits articles à venir.
1. La Théorie Waywardpinesque de l’évolution.
 

SPOILER ALERT! Si vous ne connaissez pas la série «Wayward Pines» et que vous compter la regarder, ne lisez ce billet à venir qu’après avoir visionné la saison 1 de la dites série. Car ce billet consistera à tenter de rationaliser scientifiquement un aspect central de l’histoire de la dite série. Un exercice de pensée amusant qui, je l’espère, sera amuser les membres du Café des Sciences ainsi que tout autre lecteur potentiel.
2. Le rétrovirus, le placenta et le créationniste.
Probablement le billet le moins fun de la trilogie car il consistera à réfuter une énième ânerie créationniste. Mais le point positif de cette réfutation en règle sera de prendre connaissance de récentes recherches sur le rôle des rétovirus endogènes dans l’évolution de notre placenta.

3. Science, Société et politiquement correct
 
Ce billet prendra probablement pas mal de temps à voir le jour car il faut que je le fignole correctement afin que le message passe bien et ne soit pas mal compris par certains de mes lecteurs. Car si je me suis fait un plaisir à réfuter à maintes reprises les âneries du racisme «scientifique», je vais cette fois m’attaquer à l’autre bout du spectre idéologique. Pour avoir déjà une idée de quoi je vais parler, je vous conseille cet excellent article de La Menace Théoriste.

Donc voilà, voilà en ce qui concerne les billets à venir. Le premier billet de la série devrait arriver très rapidement voir tout de suite. En m’excusant du temps qu’il m’a fallu pour à nouveau donner un signe de vie et cela tout particulièrement vis-à-vis des membres du Café des Sciences. À tout bientôt donc!
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Une Collaboration Fourmidable

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  Après avoir collaboré sur plusieurs observations microscopiques, et vu que le Dr. Nozman envoie du pâté niveau sympathie, il n’est pas bien étonnant que je me sois retrouvé embarqué sur une collaboration complète. Un peu d’indulgence pour cette première véritable vidéo devant la caméra siouplait: C’est l’occasion de vous fournir un… Lire Une Collaboration Fourmidable Continue reading