Ce papillon qui se joue du sonar des chauves-souris

Cela dure depuis plus de 60 millions d’années. Depuis tout ce temps, chauves-souris d’un côté, papillons de nuit de l’autre, sont engagés dans une course aux armements, les premières pour perfectionner les outils acoustiques de détection de leurs proies volantes, … Continuer la lecture

Continue reading

Chapitre 1_Médecine et Evolution: Je t’aime, moi non plus.

Featured

nm1210-1346a-I1
Maintenant que le plan est posé et que je me suis dédouané de certaines incommodités (ici), allons-y gaiement. Médecine évolutive… Médecine et évolution… Deux mondes gigantesques, deux titans de théories et de savoir faire. Et qui pourtant ne se sont jamais véritablement rencontrés. Pourquoi  ?
 
Doctor Charles D.
Nous allons ici poser les bases pour la suite de cette mini-série que j’entame et faire un peu d’histoire,  nous rendre compte que médecine et évolution ont eu quelques occasions de se rencontrer dans le passé, mais aussi que les barrières culturelles sont profondes et les objectifs bien différents.
Je me suis ici inspiré de deux conférences. L’une donnée par Luc Périno, médecin généraliste français dont voici le site web (Luc Périno). L’autre par Samuel Alizon, dans le laboratoire de Génétique et Evolution des Maladies Infectieusesà L’IRD de Montpellier.
          I)     Un peu (beaucoup) d’histoire : de avant à 1860.
Théorie des 4 humeurs, basée sur les 4 éléments (terre, eau,
feu et air )
, chacun correspondant à un fluide du corps
et associé à une série de pathologies.
La médecine, celle qu’on appelle moderne, celle qui ne traite pas une infection par des drogues ou des saignées est en fait relativement récente. Avant le XIX° siècle on pouvait la considérer comme quasi-philosophique avec sa pensée des 4 humeurs développée par Galien en 129 après J.C. (pensée qui repose sur le rétablissement des 4 éléments qui composent le corps). Bien sûr on trouve quelques herboristes ou éleveurs de sangsues dans les ruelles sombres, quelques moines connaissant les plantes qui soignent ou quelques sorcières qui brûlent sur des bûchers. On connaît aussi sans le savoir, les effets de certaines molécules dont l’IPK, l’aspirine ou l’akinine qui aident dans la lutte contre fièvres et douleurs. Mais le savoir est limité et surtout, on ne comprend pas ce que l’on fait : il n’ y a aucune preuve physiologique de nos actions. Les bases de la médecine moderne seront réellement posées avec Harvey et Lavoisier qui respectivement en 1628 et 1626, découvriront la circulation sanguine et le rôle de l’oxygène dans la respiration. Bref, après 2 ou 3 milliers d’années de tripatouillage, on commence à comprendre comment notre corps fonctionne.


     Les sciences évolutionnistes n’ont pas à se vanter elles non plus d’être centenaires comme Pascal nous l’explique très bien ici (Petite histoire de la Biologie). Elles sont apparues de façon très tardive et, pour résumer, nous pouvons dire que le petit père de l’ Évolution est (et bien malgré lui) Lamarck qui a voulu trier et classer le vivant et son hétérogénéité. Il n’a malheureusement pour lui pas pointé du doigt les bons mécanismes (Dieu?) mais quelques années plus tard Darwin s’en chargera à sa place.
      A la fin des années 1850, nous entrons dans 10 années de folies, 10 années glorieuses où tout sera posé comme par enchantement dans les deux disciplines :
          =>  En 1858 Virchow propose la théorie de la pathologie cellulaire. Pasteur en 1861 lance son traité sur les “corpuscules organiques”. Puis Bernard en 1865 publie son “Introduction à l’étude de la médecine expérimentale”. Le paradigme est posé : l’Homme est une machinerie cellulaire et organique qui  peut être déréglée par une intervention externe (bactérienne, virale, parasitaire, physique,…). Cette machine présente des symptômes de ce dérèglement et devrait être réparable (ou non). C’est la base de la méthode anatomo-clinique qui vient de naître et qui, après 250 ans, fait toujours son chemin.
          => Du côté de l’évolution, il y a d’abord Charles D. comme les intimes l’appellent, qui sortira son best -seller en 1859, puis Mendel qui posera les bases de la génétique en 1865.
          II)      De 1869 à 1950 : quelques essais plus ou moins foireux.

Nous y sommes donc, la médecine a posé ses bases (qui ont fait leurs preuves d’ailleurs) alors que les sciences de l’évolution sont naissantes. Quelques tentatives d’intrusion de l’évolution dans la médecine vont cependant exister très tôt et elles vont se concentrer sur deux points.      Vous connaissez déjà le premier, c’est l’eugénisme qui conduira tout droit au nazisme, que je ne prendrai pas la peine de considérer ici. Je dirai simplement que le nazisme a été l’extrême de cette idéologie, mais que les États-Unis, la Suède et d’autres pays ne se sont pas gênés pour stériliser plusieurs milliers d’individus jugés mauvais pour la population. Passons…
La découverte de la pénicilline, une révolution dans le de domaine
de la santé,
Source: National WWII musuem, New-Orleans. 

    L’autre point sera bien plus intéressant: la bactériologie. Le premier à toucher le problème du doigt sera Théobald SMITH qui, en 1887, conclua dans un manuscrit de bactériologie qu’une bactérie infectieuse peut se retrouver dans notre environnement dans une forme inoffensive. Autrement dit, il se rend plus ou moins compte que les bactéries évoluent. Et avec elles… nos maladies ! Lui succèderont très rapidement Messieurs Pasteur et Koch qui, avec leurs méthodes de vaccination, seront en fait les premiers à effectuer des manips’ d’évolution expérimentales sur des micro-organismes. 
 
           Mais les premières personnes qui s’approcheront véritablement du lien entre évolution et médecine sont les disciples d’Alexander Fleming. Pour l’histoire, c’est au retour de ses vacances d’été de 1928, que notre cher Alexander découvre que ses expériences de bactériologies ont été sabotées par une souche de champignon dont le nom sonne comme un sauveur : Penicilium notatum. Sans le vouloir, il vient de découvrir le premier antiobiotique utilisé massivement par l’homme, la pénicilline. La production de masse commencera 14 ans plus tard en 1942 et c’est en fait le moment de la petite question piège :
 ”Au bout de combien de temps le premier article scientifique viendra crier au scandale, en s’étonnant que , l’antibiotique ne fonctionne pas sur certains des patients traités ?” 
2 ans ? 5 ans ? 10 ans ? 150 ans ? Je vous ai dit qu’il y avait un piège ! Dès 1940 des résistances étaient connues… en 1942, 10% des patients ne répondaient plus, en 1949 ils étaient 50%… Bienvenue dans le monde de l’antibio-résistance, problème purement évolutif, lié à des mécanismes de sélection naturelle et de mutation. Je n’en parlerai pas plus ici, mais reviendrai dessus dans un prochain article (bande de veinards!).
          III)     Toujours un peu (plus) d’histoire : de 1950 à maintenant. Dans les années 1950 les évolutionnistes sont en effervescence : ils vont fourrer leur gros nez dans tous les domaines et théorisent à peu près tout et n’importe quoi à la lumière de leur dada, la sélection naturelle. Génétique et Théorie Synthétique, Théorie Neutraliste, Gène Égoïste, Immunologie,… La médecine, quant à elle, fait face à une crise identitaire dans les pays développés. Les antibiotiques sont là, ils soignent les symptômes, détruisent les méchantes bactéries (certes malgré des résistances) et réduisent la mortalité infantile de façon drastique, l’espérance de vie augmente  d’environ 40 ans ( /!\ on ne vit pas forcément plus longtemps, on meurt moins étant jeune et l’ Espérance au sens mathématique augmente en conséquence /!\ ). Va-t-on rendre l’homme immortel ? Est-ce la fin de la mort ? Mais Oui ! Joie sur nos têtes !

Espérance de vie en France au cours des 3 derniers siècles.
Source : La prévention du risque en médecine, Pierre Corvol

      Pas vraiment en fait… Car de “nouvelles” pathologies émergent : cancers, maladies cardio-vasculaire, maladies neuro-dégénératives ou auto-immunes… Des maladies de la senescence et du dérèglement du corps, causées (nous verrons plus tard que c’est faux) par rien d’autre que notre nous-même de pathocénose (“denvironnement de maladie”, nous y reviendrons dans un prochain post). Et le paradigme dans lequel la médecine s’était enfermée ne fonctionne donc plus : les symptômes ne peuvent plus êtres expérimentés et la temporalité change. Oui: la temporalité change et c’est bien tout le problème. Nous passons de maladies vécues dans un instant clinique, à des maladies infra-clinique, voir virtuelles. Je m’explique : la médecine doit désormais se baser sur des statistiques (beurk) pour prévoir si quelqu’un sera malade. Elle prédit des maladies qui n’existent pas encore chez le patient selon une approche probabiliste. Un exemple ? N’avez-vous pas entendu dire par votre médecin: “Vous fumez de l’herbe ? vous buvez du jus betterave en plus? J’espère que vos parents étaient à Woodstock… Mon pauvre, vous avez 92 % de chance d’attraper une hipitonite aiguë!”. Les bio-statistiques arrivent, donnent des chances de s’en sortir et dans les 50 dernières années, nous n’avons gagné que 3 à 4 ans d’ espérance de vie. Comprenez-moi bien, je ne dis pas que la médecine a tort de faire cela, au contraire. Je dis simplement qu’ elle sort de l’urgence du soin, puisque la maladie dure, et est prévisible. Et nous verrons qu’elle va alors devenir ouverte au dialogue.
“-I… AM…DEATH”
“-We don’t want any !”
      Je vais me permettre ici une petite parenthèse, qui n’engage que moi mais… même si aujourd’hui on comprend toujours mieux ces maladies, même si on essaye d’en réduire les causes ou d’en soigner les conséquences, je suis malheureusement dans le devoir de vous informer que vous en mourrez. Si ce n’est pas un cancer, ce sera une maladie cardio-vasculaire. si ce n’est pas une maladie cardio-vasculaire, elle sera auto-immune ou neuro-dégénérative. C’est la mort. Ou plutôt la vie en fait ! Nous ne sommes pas éternel comme l’explique ici Pascal (Pourquoi on meurt ?) et comme nous le reverrons peut-être plus tard.




          IV)     Le bon sens comme barrière.
Revenons à nos moutons. Nous avons vu qu’ historiquement, la médecine et l’évolution ont fait leur chemin mais qu’elles ne se sont jamais vraiment rencontrées durablement. Pourquoi ?
Une guerre contre la maladie, la doctrine martiale
     En fait, j’ai déjà donné l’explication la plus probable un peu plus haut. Les deux sciences ne se placent pas dans la même temporalité. La logique des sciences de l’évolution est historique : on regarde comment, dans le temps, les interactions se sont façonnées. La logique de la médecine a toujours été au contraire martiale et immédiate: on déclare la guerre à la maladie et on la détruit rapidement avant qu’elle ne nous détruise. Logique implacable. Discutez avec un médecin qui est face à un patient. Passez-moi l’expression mais… qu’en a-t-il à foutre de pléiotropie antagoniste en gériatrie, de milliers d’années de sélection face à une césarienne, de bipédie et d’hypertension ou de flore intestinale et d’obésité… Il va vous répondre (à raison) “Tu me le soignes avec ton évolution mon malade ? Bah non coco… T’es bien gentil avec ton darwinisme mais là, dans les minutes, heures et jours qui viennent, tu ne me le sauveras pas”.
      Et effectivement, je ne peux pas dire grand chose contre cet argument. Pourtant, nous l’avons vu plus haut, cette logique martiale ne marche plus vraiment aujourd’hui, puisque nous entrons dans une aire de médecine probabiliste. Je ne dis pas que les infections virales, bactériennes ne sont plus présentes (ébola/VIH/grippe/paludisme/…), mais nous avons déjà des idées pour en soigner la plupart. Et il existe de nouvelles maladies pour lesquelles nous ne sommes plus dans l’urgence (cancer/cardio-vasculaire/neuro…). Et c’est peut-être pour celles-ci que nous autres évolutionnistes avons maintenant un petit espace où nous engouffrer pour dire : 
“Et si on regardait pourquoi ? Et si au lieu de s’intéresser aux heures à venir pour le malade, nous nous intéressions aux millions d’années qui ont conduit à cette maladie ? Et si au lieu de regarder simplement la maladie, nous la considérions comme un corps étranger dans un environnement ? Et si nous considérions cette interaction comme un conflit entre deux parties qui ne peuvent s’entendre ? Et si tout était lié au hasard ? Et si notre mode de vie, en rupture avec l’environnement dans lequel nous avons évolué, nous rendait malade ?”. 
      Les questions semblent triviales, et peut-être inutiles, mais elles définissent l’idée de la médecine darwinienne: réintégrer l’homme dans un processus évolutif pour comprendre ses maladies. J’espère vous montrer dans les 6 ou 7 articles qui vont suivre ce long billet (et non pas 4 comme prévu initalement) que les processus évolutifs permettront de mieux comprendre les maladies, et peut-être un jour, de soigner. Car oui, je dis peut-être. Je ne pense pas me tromper en disant que nous autres évolutionnistes ne développerons pas de thérapie. Mais étudier l’évolution des maladies ou des agents pathogènes pourra permettre de pointer du doigt quelques pistes de réponses….
Alex
Continue reading

La sociobiologie racialiste ou l’art des spéculations ad hoc

Featured

Scientific_racism_irish
En 2014 Nicholas Wade, journaliste scientifique américain déjà controversé quant à ses positions sur les  « races », publia un livre intitulé « A Troublesome Inheritance: Genes, Race and Human History »; un ouvrage qui vulgarise véritablement les derniers « développements théoriques » de la pensée racialiste encore soutenu par quelques scientifiques et même un […]

La sociobiologie racialiste ou l’art des spéculations ad hoc

«The arguments for inferiority drawn from the history of civilization are also weak. At the time when the early kingdom of Babylonia flourished the same disparaging remarks that are now made regarding the Negro might have been made regarding the ancestors of the ancient Romans. They were then a barbarous horde that had never made any contribution to the advance of that civilization that was confined to parts of Asia, and still they were destined to develop a culture which has become the foundation and an integral part of our own. Even later the barbarous hordes of northern Europe, who at the time of the ancient Romans were tribal groups without cultural achievements, have become the most advanced nations of our days.» Franz Boas [1]
Par ces présents propos l’anthropologue Franz Boas (connu pour ses prises de positions critiques à l’encontre le racisme « scientifique » de son époque) fournissait l’une des critiques les plus pertinentes au paradigme racialiste dominant de son époque. Bien évidemment les personnes avisées se montreront probablement critiques vis-à-vis des présents propos de Franz Boas, notamment en soulignant que les populations Nord-Européennes de l’Antiquité avaient également leur accomplissement culturels (notamment la métallurgie). Mais donc cela étaient également vrai pour les Noirs-Africains [2], Noirs-Africains qui justement étaient à l’époque considérés comme racialement inférieurs et sans aucun accomplissement culturel digne de ce nom. De plus malgré des inexactitudes évidentes, il faut comprendre ces propos de Franz Boas dans leur contexte. C’est-à-dire la mise en contraste de populations ayant atteints des niveaux d’avancements technologiques, et de complexité sociale surpassant de beaucoup, ceux de populations considérées comme arriérées, primitives et rustres par les premières.

Car ici Franz Boas répond notamment à l’idée, très en vogue à son époque, voulant que les Nord-Européens formeraient une race supérieure,. Supériorité raciale qui serait confirmée par la domination coloniale britannique à travers le monde ou encore par la puissance militaire et économique de l’Empire Allemand. Les présents propos de Franz Boas mettant à mal cette conception raciale du monde, en rappelant qu’il y moins de deux millénaires les barbares arriérés étaient ces mêmes Nord-Européens et les civilisés se situaient principalement autour de la Méditerranée et même avant cela au Moyen-Orient. Bien sûr les racialistes de l’époque avaient toute sorte d’explications ad hoc pour se défendre. Beaucoup affirmèrent que l’origine des Grecs, des Romains et parfois même des Égyptiens, se trouvaient au Nord de l’Europe, mobilisant par là toute sorte de spéculations autour d’un mythique Peuple Indo-européen, racialement civilisateur. Un mythe qui atteignit son apogée avec l’avènement de l’Allemagne nazie. Si certains racialistes continuèrent à s’attacher à cette conception fallacieuse longtemps après la Seconde Guerre Mondiale, celle-ci tomba donc en désuétude y compris en raison des avancées en génétique. Cependant la pensée racialiste ne mourut pas pour autant, elle ne cessa de ressurgir périodiquement, notamment au travers de justificatifs scientifiquement spécieux tels que les tests de QI. Cependant il manquait au racialisme un moyen d’être cohérent au regard d’une histoire humaine ne collant pas avec ses narrations et ses classifications antérieures. Car l’objection de Franz Boas n’a depuis cessé d’être pertinente! Le racialisme devait donc trouvé de nouvelles explications ad hoc pour demeurer crédible et mieux encore pour s’affubler d’une réelle crédibilité scientifique. Sans surprise ce fut la sociobiologie qui devint le nouveau vecteur du racisme « scientifique ».

Ce qu’on appelle « sociobiologie » n’est pas en soi raciste et mieux encore elle comprend des théories ou approches tout ce qu’il y a de plus scientifiques à mettre en lien avec l’anthropologie en générale. Hélas la sociobiologie fut également victime des fameuses «just-so-stories» et autres raccourcis ultra-adaptationnistes ayant vite fait de la décrédibiliser. C’est d’ailleurs dans le cadre de cette dérive de la sociobiologie que s’inscrit le renouveau du racialisme contemporain. Et qui dit renouveau, dit changement de nom! Après s’être fait appelé un temps, « race realism », les tenant de la pensée raciale répondent aujourd’hui au doux nom de « HBD » acronyme de « Human Biological Diversity ». Que stipule la sociobiologie HBDienne? En 2014 cette sociobiologie HBDienne fut popularisée au travers d’un livre qui fit abondamment parler de lui à savoir « A Troublesome Inheritance: Genes, Race and Human History » du journaliste Nicholas Wade [3]. Ce dernier exprimait depuis longtemps déjà sa sympathie pour ces approches sociobiologistes et racialistes. Et si ce livre de Nicholas Wade a un intérêt, c’est bien de synthétiser à lui seul la pensée sociobiologiste et raciale du mouvement  «HBD» mentionné ici. Ainsi on apprend que cette sociobiologie racialiste reprend à son compte le concept de coévolution gène-culture concept qui avait même séduit l’anthropologue Claude Lévi-Strauss en 1971 déjà. [4] Et pour cause ce concept est des plus intéressants et est valide à bien des égards. Un des exemples les plus souvent cités, est la diffusion de mutations permettant la digestion du lactose à l’âge adulte qui aurait eu lieu suite à la généralisation de la consommation du lait des animaux d’élevage au sein de certaines populations humaines. Mais comme l’écrit ensuite Nicholas Wade, selon certains scientifiques le concept de coévolution gène-culture serait également à l’origine d’importantes différences cognitives entre les différentes populations humaines. Et pour ce faire Nicholas Wade se base sur les écrits d’un économiste…

Oui parce qu’un économiste comme soutient à une sociobiologie teintée de racialisme ça sent d’avance la connerie…
Cet économiste c’est Gregory Clark, ce dernier soutient grosso modo que d’une période partant aux alentour des années 1200 jusqu’au début de la révolution industrielle en 1800, la population anglaise aurait été soumise à une importante pression sélective sélectionnant les individus ayant la propension à être moins violent, la propension a davantage économiser et la propension à davantage travailler (Wade 2014, 155-156) [3] (Clark 2007) [5]. L’origine de cette sélection? Clark soutient grosso modo que durant la première partie de cette période, l’augmentation de la production agricole aurait abouti à une augmentation rapide de la population. Mais alors l’Angleterre serait entrer dans un « piège malthusien », c’est-à-dire que la production se serait mise à stagner tandis que la population continuait à augmenter. Conséquence le revenue moyen réel par habitant se serait effondrer, les plus aisés, qui pour le coup seraient également les plus travailleurs, économes, intelligents et donc riches, auraient mieux survécut durant cette période et donc auraient eu davantage d’enfants, d’où l’évolution vers une population génétiquement plus travailleuse, économes et patati et patata… Une jolie narration sociobiologiste qui fut pourtant sévèrement critiquée tant les fondements sur lesquelles elle repose sont bancals. [6]  Je pense notamment à la référence de Clark aux études de Napoleon Chagnon sur les Yanomami, et sur laquelle Clark s’appuie pour justifier sa théorie sociobiologistes appliquée elle, aux Anglais. (Clark 2007,129-130) En effet Napoleon Chagnon soutenaient que les Yanomami ayant commis des actes de guerre entrainant la mort avaient davantage accès aux femmes donc davantage d’enfants. Certains sociobiologistes interprétant cette description de Chagnon comme un démonstration d’une sélection génétique en faveur des individus les plus violents (alors que Chagnon lui-même demeurait distant face à ces interprétations sociobiologiques). Gregory Clark adhére lui aussi à cette interprétation et met en contraste l’hypothèse sociobiologiste sur les Yanomami, avec l’évolution de la société anglaise des années 1200 à 1800. Société anglaise qui, à l’inverse de ce qui se passerait avec les Yanomami, aurait sélectionné les individus les moins violents.  Problème les interprétations sociobiologistes autour des propos de Chagnon ne tiennent pas au regard des observations mêmes de ce dernier. Car seuls les Yanomami ayant survécut aux actes de guerre peuvent avoir des enfants or beaucoup des Yanomami entrant dans ces conflits, meurent. Et si l’on prend en compte ceux qui sont morts on s’aperçoit que la propension à faire la guerre ne constitue plus l’avantage sélectif qu’il semblait être de prime abord. [7] Mais Clark survole cette nécessaire mise-au-point, en ne lui consacrant qu’une courte note de bas de page et sans même noter que cela rend sa référence à Napoléon Chagnon hors-de-propos comme défense de sa thèse sociobiologique. Par ailleurs la thèse de Clark (tout comme celle des interprétations sociobiologiques autour de Napoleon Chagnon) n’a à son actif aucune donnée génétique appuyant son interprétation sociobiologique! Mais qu’à ne cela tienne Wade prend partie pour cette interprétation sociobiologique et affirme même, sans aucune donnée solide à l’appuie que le processus décrit par Clark pour l’Angleterre aurait également eu lieu ailleurs en Europe ainsi qu’à l’Est de l’Asie.

Des Barbares à l’Occident moderne

Cette approche sociobiologique que synthétise Wade, répondrait ainsi à l’objection que Franz Boas formula il y a plus d’un siècle. En effet il y a 2000 ans les Nord-Européens auraient été de nature différente, c’est-à-dire génétiquement plus violent, moins économes, moins prévoyants, bref de véritables barbares. Puis grâce au processus sélectif décrit plus haut, ils seraient devenus les peuples civilisés et raffinés que nous connaissons aujourd’hui.
Des Barbares rustres et violents (à gauche) à l’Occidental moderne, civilisé, raffiné et intelligent (à droite). Arf!

Mais alors comment expliqué que les Grecs, Romains, et Égyptiens aient précédés les Nords-Européens? Peter Frost un anthropologue et HBDiste convaincu, soutien que les populations Méditerranéennes incorporées au sein de l’Empire Romain auraient été « génétiquement pacifiées » par la répression qu’auraient exercés l’Empire contre ses élément les plus dissidents et violents. Peter Frost poussant sa joyeuse spéculation plus loin encore en affirmant que les Romains auraient été tellement pacifiés qu’ils se seraient alors passivement laissés envahir par des populations non-pacifiées à savoir les fameux barbares Nord-Européens! [8] Et c’est sans surprise que Henry Harpending, autre partisan convaincu de la pensée HBD, s’adonne sur son blog à une comparaison de la narration de Frost sur les Romains, avec l’Occident moderne. Occident moderne qui serait lui aussi confronté à ses barbares non-pacifiés à savoir les immigrés en provenance des divers pays du Tiers-Monde. Bref une population occidentale génétiquement pacifiée face aux hordes de barbares génétiquement violents venu du Sud. Mais non le mouvement HBD n’est pas animé par des considérations politiques c’est une pure théorie scientifique puisqu’on vous le dit!

Mais donc que penser de cette sociobiologie HDBienne?
1. Réponse courte:
2: Réponse longue:

Bon ok on va quand même essayer de développer mais donc par où commencer? Car franchement il y a tellement de raccourcis fallacieux savamment mélangés à des considérations évolutives, ma foi tout à fait valides même si maniées n’importe comment, qu’il est difficile de savoir par où décortiquer cette sociobiologie HBDienne. La première chose à faire serait donc peut-être d’aller directement au fond du problème, à savoir souligner que cette sociobiologie repose sur une série d’explications ad hoc sans démonstration et preuve solide derrière ces dernières. Par exemple quelle preuves solides, c’est-à-dire génétiques, ont Clark, Harpending, Frost et compagnie pour soutenir que les Nord-Européens de l’Antiquité avaient génétiquement plus de propension à la violence que les Nord-Européens actuels? Réponse: Que dalle!

Et en réalité c’est même bien pire encore. Puisque cette sociobiologie se garde bien de distinguer un tant soit peu clairement ce qui serait du registre de l’évolution culturelle et sociale, de ce qui serait réellement du registre de la génétique, et pour cause elle ne le peut pas. Comme l’avait noté un dénommé Noah Smith au 19ème siècle les Irlandais étaient pauvres, les immigrants Irlandais aux États-Unis étaient souvent très mal vus, perçus non seulement comme pauvres, mais également comme violents et méprisables, etc… Et aujourd’hui ils ne sont plus considérés ainsi. Doit-on en déduire qu’en moins de 200 ans il y aurait eu un puissant processus sélectif ayant modifié la nature même des Irlandais, y compris celle de leurs descendants Outre-Atlantique?
Exemple de racisme « scientifique » du 19ème siècle avec des Irlandais représentés, à l’instar des Noirs, comme appartenant à une race humaine simienne, à l’inverse des «Anglo-Teutoniques» considérés comme étant racialement supérieurs. Le biologiste H. Allen Orr souligne à ce titre l’absence totale de preuve solide dans la synthèse sociobiologiste que propose Nicholas Wade dans son livre. Souvent certains de ces sociobiologistes rétorquent que des preuves existent, notamment le fait que les immigrants Asiatiques se sont très bien intégrés en Amérique du Nord et même du Sud tandis que les Noirs demeurent socialement désavantagés. Mais c’est oublier les différences historiques et culturelles profondes entre ces populations qui ont d’ailleurs des histoires migratoires fort différentes. Il est par ailleurs amusant de constater que Nicholas Wade ne fait preuve d’aucune rigueur ne serait-ce qu’historique, faute d’en faire preuve en génétique. En effet Nicholas compare l’ascension économique post deuxième guerre mondiale, de pays asiatiques tels que la Corée du Sud, avec des pays africains tels que le Nigeria demeurant en comparaison, rongés par la corruption, la pauvreté et les guerres. Pour Nicholas Wade ces différentes évolutions seraient des preuves de différences génétiques en matière de comportement entre Est-Asiatiques et Noirs-Africains (Wade 2014, 173-185) [3]. Or je ne vois pas comment Nicholas Wade peut affirmer cela sans creuser, ne serait-ce qu’un peu, les multiples autres facteurs susceptibles d’expliquer ces différentes évolutions. Nous pourrions notamment mentionner les profondes et très nombreuses fractures ethniques au sein de nombreux pays africains, y compris le Nigéria, par-apport à la plus grande cohésion ethnique et sociale d’un pays comme la Corée. Mais Nicolas Wade n’en fait rien au mieux il survole rapidement ces questions! Idem pour l’économiste Gregory Clark qui affirme à demi-mot par exemple, que les populations Indiennes (ou tout du moins certaines d’entre-elles) ne disposeraient pas des prédispositions comportementales d’origine génétiques pour s’adapter à une société industrialisée (Clark 2007, 354-357) [5]. Mais cela sans parvenir à distinguer les facteurs culturels et sociaux des hypothétiques facteurs génétiques (Allen 2008, 968-969) [6]. Mais peu importe Clark comme Wade et comme les autres partisans du mouvement « HBD », minimisent ou au mieux survolent en vitesse ces objections, pour finalement reconnaitre qu’elles sont valides mais que leur théorie demeure malgré tout hypothétiquement possible…Bref ils n’amènent aucune démonstration solide et ne reconnaissent pas comme il se devrait les failles évidentes de leurs théories comprenant de nombreux faits qui s’opposent à ces dernières. Conclusion: La conclusion est simple, si l’on prend un minimum de recule on s’aperçoit que cette nouvelle évolution du racialisme est véritablement du foutage de gueule. Les approches sociobiologiques proposées consistent à faire coller des scénarios hypothétique ad hoc pour coller aux faits observés (différence de développement économiques et technologiques) pour ensuite affirmer que ces faits collent avec les scénarios hypothétiques précédemment proposée et confirment ainsi la théorie sociobiologiste de départ. Si ce n’est pas un raisonnement circulaire cela y ressemble beaucoup!

Certes les avocats de cette sociobiologie particulière couvrent leur arrières en reconnaissant par exemple que dans certains cas la culture et l’évolution sociale à elles seules peuvent suffire à expliquer des différences que leurs interprétations sociobiologistes expliqueraient dans d’autres cas. Mais alors comment distinguent-ils les hypothétiques facteurs génétiques qu’ils soutiennent, des facteurs purement culturels et sociaux, alors qu’ils n’ont aucune démonstration génétique solide à l’appui? Bref tout ça pour dire que si le livre de Nicholas Wade et les autres publications du mouvement
« HBD » connaissent tant de succès ou tout du moins font tant parler d’eux ce n’est certainement pas en raison de leur valeur scientifique mais bel et bien de leur portée idéologique et politique.

Références:

[1] BOAS, Franz (1974 [1906]), The Outlook for the American Negro, in A Franz Boas Reader, The Shaping of American Anthropology, 1883-1911, University of Chicago Press : Edited by George W. Stocking, Jr, 1982, Originally published 1974, Reprint 1989. 310-31 [2] HUYSECOM, Éric (2007), Un Néolithique ancien en Afrique de l’Ouest?, Pour la Science N°358

[3] WADE, Nicholas (2014), A Troublesome Inheritance: Genes, Race and Human History, The Penguin Press 2014 [4] LÉVI-STRAUSS, Claude (2001 [1971]), Race et Culture, in Race et Histoire Race et Culture, Albin Michel / Éditions UNESCO [5] CLARK, Gregory (2007), A Farewell to Alms: A Brief Economic History of the WorldPrinceton University Press [6] ALLEN Robert C. (2008), A Review of Gregory Clark’s A Farewell to Alms: A Brief Economic History of the World, Journal of Economic Literature 46:4, 946–973

[7] FERGUSON, R. Brian (2001), Materialist, cultural and biological theories on why Yanomami make war, Anthropological Theory, Volume 1(1) 99-116

[8] FROST, Peter (2010), The Roman State and Genetic Pacification, Evolutionary Psychology Volume 8(3)


Continue reading

Inspiré par ses courbes

Featured

Sin1xVue-11
Je vous dois un aveu.
Voilà bientôt dix ans que je vis une histoire d’amour, cachée, honteuse, contrariée. Nous ne venons pas du même milieu, chez elle je suis niais, chez moi elle est snob.
Elle, c’est une fonction mathématique. Elle m’a fait entrevoir pour la première fois plusieurs idées très simples, mais inspirantes à la hauteur de mon esprit lambda. Lisez la suite pour faire sa connaissance et découvrir comment un exercice de pensée mathématique peut servir en biologie. 
Elle est très simple, élégante, je l’ai rencontrée en terminale et ç’aurait pu en être une autre, mais sans raisons particulières, elle ne m’est jamais sorti de la tête depuis.
Elle, c’est  :
Pour info, ça se lit “de r étoile dans r, la fonction associe x à sinus de un sur x.”
 et voici son portrait:
Mon être tout entier tressaille à la vue de ses courbes affriolantes, grrrr
Quelles leçons mon amour de fonction m’a donc t-elle enseigné?

Premièrement, une question mal posée n’a pas de solution.

Par exemple, la branche de la courbe venant de la droite et la branche venant de la gauche oscillent autour de zéro de façon symétrique (symétrie centrale par rapport au point 0,0): quand la branche de droite est à son maximum, celle de gauche est au plus bas, et inversement. 
Dès lors, une question que l’on peut se poser naturellement, est de savoir si les deux branches se rencontrent avec une pente décroissante (la branche gauche plus haute que la branche droite) ou bien avec une pente croissante (la branche gauche étant plus basse que celle de droite).
               Les branches se rencontrent-elles avec une pente croissante…    
…ou décroissante?
 
Les élèves d’une classe de terminales peuvent facilement perdre un quart d’heure sur une telle question (vécu hélas), alors que tous les outils mathématiques pour répondre à cette question en 10 secondes sont à leur disposition.
Pourquoi? 
Parce que cette question n’a aucun sens, et qu’il faut prendre un peu de recul pour le réaliser. Les deux branches ne se rejoignent en fait jamais, et ne sont même pas proche de le faire.
De la même façon, la biologie a rencontré, et rencontre encore, tout un tas de de questions qui n’ont pas de sens et qui entravent la progression de notre compréhension du vivant.
Par exemple, la sélection naturelle intervient-elle au niveau des individus, des espèces ou bien des gènes?
L’idée que la réponse puisse être “les gènes” a été popularisée par Richard Dawkins avec son livre le gène égoïste, et immédiatement combattue par des chercheurs qui voyaient en l’individu la seule cible possible pour la sélection, la seule supportée par des données. Pourtant, Dawkins prenait grand soin d’expliquer qu’il ne proposait qu’un changement de point de vue, utile pour comprendre certains phénomènes particuliers, pour développer de nouvelles directions de réflexion… et qu’il n’y avait pas une seule vraie et unique cible pour la sélection naturelle. De nos jours, il semble acquis que cette question n’en est pas une, la sélection peut intervenir à tous les niveaux: nucléotide, gène, cellule, individu, famille, population, espèce… le même processus sélectif peut tout à fait être observé à plusieurs niveau simultanément. (1)

Deuxièmement, quelques maths peuvent boucler des débats tortueux.

Revenons à la plus belle des fonctions. Tout d’abord, en arithmétique classique, diviser un nombre par zéro n’a aucun sens. En effet, comment partager un gâteau en zéro part(s)? Soit on ne le partage pas du tout (donc on le divise par 1), soit il n’y a pas de gâteau du tout (et donc on n’a rien à partager). Partager ou diviser en zéro parts ne veux rien dire. Si on autorise la division par zéro, il est très facile de démontrer que tous les nombres sont égaux, et tout l’édifice des mathématiques s’effondre (en voici un exemple avec la démonstration que 1=2, à vous de trouver l’erreur).
Or notre fonction contient 1 divisé par x. Elle n’est donc pas définie en x=0, et un simple coup d’œil à la formule devrait nous alerter que les branches ne peuvent pas se toucher.
D’accord, mais même s’il y a un tout petit trou dans la courbe, quand elle passe au dessus de zéro, est-ce qu’à un moment donné les deux branches ne vont pas se retrouver juste face à face, à un poil de cul de pachyure étrusque de se toucher?
La pachyure étrusque, plus léger, et second plus petit, mammifère du monde. Vous en avez peut-être dans votre jardin si vous vivez dans le sud de la France.
Non. En prenant la dérivé (c’est à dire une fonction décrivant les variations d’une autre fonction) de ma fonction d’amour, on peut facilement analyser quelle est sa pente quand elle s’approche de zéro.
Et là, on réalise que les deux branches ont des pentes qui oscillent elles aussi, de plus en plus vite, en s’approchant de zéro, toujours de façon symétrique par rapport au point 0,0.
L’oscillation se poursuit donc indéfiniment, et est de plus en plus rapide quand les nombres deviennent infiniment proche de zéro. Les deux branches ne tombent donc jamais face à face, elles continuent chacune leur course, se rapprochant toujours plus mais ne s’embrassant jamais. Encore une histoire d’amour contrariée.
D’accord, mais en quoi ça a un rapport avec la biologie?
Et bien en biologie aussi, quelques maths très basiques peuvent clouer le bec aux mauvaises intuitions et montrer que de vieux débats n’ont en fait aucun sens.
Ainsi, l’existence de l’altruisme chez les animaux a initialement posé un problème à Darwin. Comme il était trop fort, il a finalement eu l’intuition que des pressions de sélection, tout ce qu’il y a de plus égoïste, pouvaient produire de l’altruisme si de la sélection avait lieu entre familles. C’était pas mal, mais comme la théorie n’était pas formalisée et encore moins démontrée, la possibilité de l’évolution de l’altruisme pas sélection naturelle est restée l’objet de débats, essentiellement pseudo-scientifiques, c’est à dire au service d’objectifs politiques.
Très caricaturalement, pour Huxley, la sélection doit réguler les sociétés humaines pour éliminer les plus faibles. Kropotkine s’oppose à ce “Darwinisme social” et explique que l’évolution est dirigé par la coopération, et devrait être la base d’une nouvelle éthique libertaire.
Alors, la sélection n’est-elle dirigée que par un égoïsme froid? Ou alors conduit-elle naturellement à l’évolution de l’altruisme? 
Les premières réponses formelles seront proposées dans les années 30 par Fisher et Haldane, mais c’est Hamilton qui proposera la réponse la plus élégante et célèbre: l’altruisme peut-être sélectionné si
b> c*r
c’est à dire, si le bénéfice (b) reçu est plus grand que le coût (c) pour l’individu altruiste, multiplié par la parenté entre l’émetteur et le receveur (r) (coût et bénéfice sont mesurés en “valeur reproductive” ou “fitness”). Donc ça dépend. Plus précisément, la sélection est toujours égoïste au niveau de sélection le plus bas (ici les gènes), mais peut conduire à de l’altruisme à des niveaux supérieurs (l’individu, la famille…). La sélection n’est donc ni égoïste ni altruiste, ou les deux à la fois si l’on veut. Voilà, la réponse à des milliers de pages de pseudo-science tient en 5 caractères…

Troisièmement, la complexité d’un système n’augmente pas forcément avec sa taille.

Plus on dé-zoome, et considère de grands nombres, plus la fonction semble simple. Quand on la regarde de très loin, on a l’impression que la fonction ne fait rien d’autre que d’aller monotonement de zéro jusqu’à moins un, quand x est négatif, puis de un à zéro, quand x est positif.
                 Quand on dé-zoome, la courbe devient relativement simple
À l’inverse, plus on zoome, et plus on prend la mesure de l’accélération de l’oscillation. Ça devient vite impossible à représenter correctement sur un graphique, de jolies aberrations apparaissent sur les côtés quand les lignes qui montent sont trop proches de celles qui descendent, et au centre on n’a qu’une colonne toute noire, barrée de quelques petites lignes blanches quand la période d’oscillation devient plus petite que l’intervalle entre deux points…
Quand on zoome, c’est le gros bordel, ça part dans tous les sens et des artéfacts bizarres apparaissent…
Super… et alors?
Alors, c’est clair, ce point là est un peu capillotracté. La métaphore n’engage que moi, mais je trouve qu’il s’agit d’une belle illustration du fait que la complexité n’est pas forcément hiérarchique. Ce n’est pas parce que l’on prend un système plus grand qu’il est plus complexe.
Un de mes amis m’a un jour expliqué que vu que les sociétés humaines, ou les écosystèmes, sont composées d’organismes très complexes, qui obéissent aux lois très complexes de la physiologie, qui découlent du fonctionnement très complexe des cellules, qui sont un assemblage très complexe de réactions chimiques, qui sont gouvernées par de très complexes interactions quantiques… c’est même pas la peine de chercher, les complexités se multiplient et on n’y comprendra jamais rien.
Si ce raisonnement était correct, il nous faudrait patienter jusqu’à ce que tous les mystères de la physique soient résolus pour commencer à faire de la chimie, puis de la biologie cellulaire, puis se pencher sur le fonctionnement des organismes, puis sur les interactions entre organismes et leur évolution, et enfin peut-être pourrions nous commencer les sciences humaines… on se rappelle dans dix puissance quatre-vingt trois années.
En fait, nul besoin de maitriser tous les éléments d’un système pour comprendre son fonctionnement. Au contraire, il est souvent beaucoup plus difficile de comprendre comment les briques d’un ensemble créent ses propriétés globales (par exemple comment la pensée humaine émerge des neurones), que de comprendre le fonctionnement du système observé comme un tout (à supposer que vous ayez des relations sociales, vous êtes probablement capables d’une compréhension basique du cerveau de vos interlocuteurs, sans pour autant observer l’activité de leurs réseaux neuronaux).

De la même façon, quand on tente de comprendre ou de prédire l’évolution d’une population sur quelques générations, il est souvent très délicat d’utiliser des marqueurs génétiques: il en faut des milliers, on ne sait pas comment ils influencent les caractères, il est difficile de différencier l’effet de la sélection de celui de la dérive, il faut des GB de données… Une approche beaucoup plus élégante consiste à considérer les effets des gènes comme un ensemble, par la variation phénotypique (c’est à dire les caractères directement observables) qu’ils produisent, et à calculer leurs effets et la façon dont ils changent (l’évolution) en suivant la variation de parent à descendant. On peut alors étudier l’évolution sans jamais s’intéresser au plus petit bout d’ADN. La génétique quantitative, c’est la vie.
En résumé, la première étape d’une démarche scientifique, c’est de poser une question qui a du sens; les mathématiques peuvent nous aider à le faire; et pas besoin de disséquer tous les détails pour comprendre l’ensemble. Et aussi, les équations, c’est sexy et super utile en biologie. —————————————————————————————————————————-
Notes:
(1) Ce qui ne veut pas dire que la sélection a le même effet et la même force explicative à tous les niveaux! En fait, le débat s’est déplacé sur quels sont les effets de la sélection sur différents niveaux, et quelles sont les forces explicatives des différents niveaux. Par exemple, considérer le gène, plutôt que l’espèce, comme unité de sélection rend bien mieux compte de l’évolution telle qu’on l’observe. De plus, attention au sens des formules, “sélection de groupe” est parfois utilisé pour parler de sélection à l’intérieur d’un groupe, pour le bien du groupe, et ça, ça n’a pas beaucoup de sens. Il faut plusieurs groupes en compétition pour que l’on puisse parler de sélection de certains groupes par rapport à d’autres (et il me semble que considérer la sélection au niveau individuel ou génétique est quand même plus facile et puissant dans ce cas là, mais bon, pourquoi pas).
 (Aussi, pour info, un des farouches défenseurs de l’individu comme niveau unique de la sélection, Lewontin, serait revenu sur ses positions en catimini, voir la footnote de cet article) Continue reading

Les 10 billets de Passeur de sciences les plus lus de 2014

Comme chaque année, voici la liste des 10 billets qui vous ont le plus intéressés en 2014. Au-delà du traditionnel bilan de fin d’année, c’est aussi l’occasion de souligner que les sujets qui sortent des sentiers battus vous plaisent tout autant … Continuer la lecture

Continue reading

Galerie de Membres: DirtyBiology – Paleobites

Featured

Microbrachius-copulation_thumb_thumb
En suivant le compte Facebook de SSAFT, on peut très vite se rendre compte de deux choses: Premièrement, que je suis fan absolu de la chaine de Léo Grasset, DirtyBiology. Deuxièment, que je parle beaucoup de bites. Bon, vous pouviez déjà vous douter de cette fascination que je partage avec Vran et qui nous a permis de peupler ce blog de pas moins… Lire Galerie de Membres: DirtyBiology – Paleobites Continue reading

Tous les oiseaux du monde sur un seul arbre !

Featured

oiseaux_300
Il s’agit de la plus grosse étude scientifique jamais entreprise sur les oiseaux. Elle est le fruit d’une collaboration entre près de 80 laboratoires de recherche, qui ont réalisé le séquençage du génome de 48 espèces d’oiseaux, parmi les 10 000 que l’on connait actuellement. Parmi les nombreux résultats de cette étude (une vingtaine de […]

Continue reading

Evolution et chimères, interview du Professeur Selosse pour Podcast Science

Featured

ps193_B2L9KM9CUAAAmVt-590x590
Et voilà, l’émission annoncée la semaine dernière, l’interview du Pr. Selosse sur les chimères, est en ligne sur Podcast Science: Pour vous aider à suivre, voici tout d’abord les questions que j’avais préparées en amont de l’interview: Paradoxalement, la notion d’espèce semble très intuitive (Les chats donnent des chats,… Lire Evolution et chimères, interview du Professeur Selosse pour Podcast Science Continue reading