Euro Evo Devo – Vienna – Videos

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Dans la série des chantiers perpétuels comme ma série sur mes vacances en Australie, j’avais commencé à décrire mes impressions et observations du meeting Euro Evo Devo qui s’est tenu à Vienne cet été… puis laissé la série à l’abandon après avoir décrit quelques posters. Heureusement pour moi, voici l’occasion de combler un peu le vide en vous… Lire Euro Evo Devo – Vienna – Videos Continue reading

Colibris, Umami et Sucreries

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  Les colibris, ou oiseaux mouches, tout le monde les connait. Ce sont les stars des documentaires animaliers avec les célèbres séquences au ralenti de leur fantastique vol stationnaire tandis qu’ils sirotent avidement le nectar de fleurs. Leur côte populaire, ils la doivent aussi à leur petite taille qui renforce le côté Kawaï, notamment… Lire Colibris, Umami et Sucreries Continue reading

Quelques petites choses au sujet du colibri : records, anatomie et évolution.

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Crédits : Priscilla Burcher C’était l’été, et nous dévalions tant bien que mal les marches étonnamment mal taillées des ruines de Písac, dans la glorieuse vallée de Cuzco. Le soleil de fin d’après midi dorait les herbes des minces terrasse…
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Méta-évolution : L’évolution peut-elle créer de l’intelligent design ?

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Sur ce blog, on n’hésite pas à faire dans le titre racoleur. Ah vous aviez déjà remarqué. Bon bon bon. La question est pourtant valable : l’évolution peut-elle spontanément créer un organisme capable de quitter l’évolution “à la Darwin” ? Autrement dit, pourrait-il exister un organisme capable de diriger/plannifier sa propre évolution, ou encore, capable de diriger celle d’autres organismes, sans passer par les forces évolutives telles que la sélection naturelle ? Résumons le cahier des charges. Il s’agirait d’un organisme capable de :
1- prendre conscience de ses caractéristiques, de son phénotype (“tiens, je suis bleu”).
2- imaginer ce que serait le meilleur phénotype dans un environnement donné, avec pas trop d’erreur (“mais en vrai, ce serait mieux que je sois jaune pour me cacher dans la savane”)
3- modifier son phénotype tout seul comme un grand, et faire en sorte que cette modification se transmette à ses petits. Bien sûr il faut que ces trois capacités apparaissent spontanément au cours de l’évolution, et soient maintenues par la suite. Hors de question d’invoquer l’intervention d’un barbu flottant dans le cosmos, c’est triché ;-)
Pas de Spaghetti Volant ni de Jésus-Raptor non plus. Désolé.
En fait, “peut-on faire un organisme qui quitte la sélection naturelle pour se modifier tout seul” ressemble à une question qu’on a plus l’habitude de croiser dans l’étude de l’intelligence artificielle : peut-on créer un logiciel capable de se programmer tout seul ? En d’autre terme, cela corresponds à un logiciel capable d’améliorer son propre code, de pister ses propres bugs et potentiellement de mettre au chômage de plein de programmeurs à court terme. L’analogie avec l’informatique est pas mal, parce que l’évolution est basiquement un algorithme. Au départ simple, celui-ci s’est complexifié au cours de ses 3.8 milliards d’années d’existence. Le début de l’histoire de l’algorithme évolutif commence avec une cellule unique*, LUCA. Grand-grand-grand…-grand papy LUCA découvre comment se diviser, première fonctionnalité du logiciel “La vie.”. En vrac, d’autres innovations hackant l’algorithme de l’évolution apparaissent comme le sexe, les transferts horizontaux, l’hérédité non génétique, etc. Mais jusqu’à maintenant l’algorithme général, même si il s’est complexifié, ne propose pas vraiment d’intelligent design. L’évolution reste le processus de création de nombreux organismes tous un peu différents les uns des autres, qui sont triés par ce que l’on appelle la sélection : certains survivent et se reproduisent beaucoup, d’autres meurent célibataires. Tout ça, ce sont les règles de départ. Voyons si l’on peut hacker une fois de plus le système et aboutir à une “autre évolution” non darwinienne, ce qui revient à modifier les règles en utilisant… les règles.
Je vois deux façons d’y parvenir, si vous avez vos propres idées n’hésitez pas à les mettre en commentaires !

Proposition 1 – Une hérédité alternative plus rapide.

La transmission d’ADN des parents aux enfants ou d’une bactérie à une autre est un système d’hérédité. Lors de la reproduction d’une algue, toute l’information décrivant la future tronche du bébé algue (“trop mimignon, des flagelles à crooooquer”) est écrite sur un ruban long de plusieurs kilomètres de long, l’ADN, qui sera transmis à l’enfant. Pour faire un parallèle avec une course de relai, c’est comme si le premier coureur donnait un journal enroulé au suivant, le journal décrivant de façon complète la tête du second coureur.
La version Molotov a grand même plus de classe
On pourrait pourtant imaginer que les parents soient moins radins, et qu’ils transmettent plusieurs journaux à la fois. En d’autre termes, on peut imaginer qu’il existe plusieurs supports de l’information décrivant le futur individu, plusieurs supports de l’hérédité. Ce qui est chouette, c’est qu’il n’y a pas besoin de l’imaginer : ça existe déja. Certains organismes transmettent à leurs enfants de l’ADN, mais aussi des modifications épigénétiques, des ressources particulières et… de la culture, que ces organismes vont eux-même transmettre à leurs propres enfants, et ainsi de suite : l’évolution peut se dérouler sur plusieurs supports à la fois. L’avantage ? Ça va plus vite ! Prenez les humains par exemple. Depuis qu’il existe, notre support alternatif d’hérédité “la culture” a évolué beaucoup plus vite que le support d’hérédité “ADN”, menant à l’apparition d’une foultitude de langues, de systèmes d’éthiques, de technologies. Rien que ces 100 dernières années, un nombre hallucinant de technologies ont été développé. Dans la même période de temps, le support de l’hérédité nommé “ADN” n’a pas développé une telle variation.
Vous voyez où je veux en venir : par l’apparition d’un support d’hérédité alternatif, la culture, l’homme a développé une technologie qui pourrait bien un jour lui permettre de s’amuser à faire de l’intelligent design : à planifier le destin évolutif de son espèce ou celui d’autres espèces. En fait on a déjà un peu commencé : la sélection artificielle et les OGMs nous permettent d’obtenir certains traits particuliers chez des espèces d’intérêt. Mais la première réside sur l’existence d’une variation pré-existante, générée par “le vieil” algorithme évolutif, et la seconde technique est loin d’être au point pour l’ambition démesurée que nous avons. Divers futuristes promettent dès aujourd’hui un futur dans lequel la biologie synthétique permettra de créer des organismes de types bactéries, de toutes pièces. Il faudrait étendre ce concept à l’espèce humaine pour valider la proposition de départ : l’homme fabrique les mutations dont il a besoin, les insère dans ses nouveaux-nés (ou dans ses anciens-nés avec un peu de thérapie génique), et de fait, contrôlerait son évolution “à la main”. Ici c’est l’emballement de la culture technologique chez l’homme qui pourrait permettre à cet intelligent design d’exister, soit l’emballement d’un système alternatif d’hérédité. Mais ne pourrait-on pas se débrouiller avec de l’ADN, tout simplement ?
Avoir une bactérie qui dirigerait elle-même son évolution, est-ce possible ?

Proposition 2 – Des bactéries calculant leur futur.

Dans des conditions de stress, certaines espèces de bactéries sont capables d’accélérer le rythme des mutations à des endroits bien spécifiques de leur ADN. Ce faisant, elles augmentent la probabilité que l’une des mutations colle bien à la situation stressante, et fasse émerger une adaptation à l’échelle de la population. Cette tactique, observée aussi chez les tumeurs cancéreuses, chez certaines plantes et plusieurs animaux, est une capacité acquise au cours de l’évolution face à des environnements stressants. Le problème, c’est la relative inefficacité de ce processus : pour une mutation qui va taper juste, des milliers de mutations vont causer des erreurs souvent fatales à leurs porteurs. Ce qu’il manque à la bactérie, c’est la capacité de prédire quelle serait la “bonne” mutation (et faire ainsi de l’auto-intelligent design). Vous vous souvenez de la métaphore informatique ? Si la bactérie était capable de calculer des scénarios possibles correspondant à une situation donnée, et de choisir la meilleure solution parmi toutes les possibilités, elle pourrait effectivement prédire le “meilleur” phénotype adapté à la situation.
Et diriger ses mutations aux bonnes parties de l’ADN, changeant ainsi son phénotype pour le diriger vers “l’optimum” du paysage adaptatif.
En une génération.
Sans sélection naturelle. Donc il nous faut un ordinateur biologique qui puisse faire des calculs, des prédictions, un peu comme celui dont parle Greg Bear dans L’échelle de Darwin. Idéalement ce serait bien qu’il existe une forme de mémoire dans laquelle cet ordinateur puisse puiser pour établir ses scénarios (des priors). Le disque dur. Impossible ? Et pourtant, l’ADN n’est rien d’autre qu’une forme de stockage d’information particulièrement compacte, et des chercheurs du European Bioinformatics Institute de Cambridge ont réussi l’année dernière à encoder dans de l’ADN, entre autres, l’ensemble des 154 sonnets de Shakespeare, une publication scientifique au format PDF et le speech de Martin Luther King : “I have a dream”. Bon, pour le stockage, c’est faisable, on imagine tout à fait que l’ADN puisse stocker des informations utiles aux prédictions.
Maintenant nous voudrions un calculateur, une unité capable de répondre à des questions sous la forme de “OUI / NON”. C’est chouette, ça existe aussi : l’équivalent biologique du transistor électronique s’appelle le transcriptor, et il a été développé l’année dernière par une équipe de Stanford. Le transcriptor, uniquement constitué de molécules tout à fait classiques au sein de la cellule ( intégrases ) est un pas important vers l’objectif ultime qui est de créer des ordinateurs biologiques, en général connus sous le nom d’ordinateurs à ADN. ** Il est donc théoriquement possible d’avoir une bactérie stockant des informations sur l’état de son environnement, son état interne, et capable de produire des calculs pour connaître la solution phénotypique optimale correspondant à la situation. Par le jeu de mutations dirigées qui existe déjà, notre bactérie serait ensuite théoriquement capable de s’auto-modifier, et d’échapper à la sélection naturelle.
Wow. Ce genre de questions en soulèvent plein d’autres : une bactérie capable d’auto-modification serait-elle vraiment plus efficace que ses congénères subordonnés à la sélection naturelle ? L’évolution peut-elle elle même méta-évoluer, la sélection naturelle étant au final une phase comme une autre dans une longue liste de processus évolutifs ? Que se passera-t-il si les bactéries avec des transcriptors du futur seront lachées dans la nature ? Il faudra plus qu’un billet de blog pour répondre à tout ça, mais c’est un domaine remplit de questions fascinantes. N’hésitez pas à faire part de vos idées dans les commentaires ! —- *En fait, l’histoire ne commence peut-être pas avec une cellule unique. Ce modèle est de plus en plus débattu, et c’est une bonne chose. Après tout, rien n’empêche de penser que plusieurs lignées du vivant aient développé indépendamment le support de l’information génétique qu’est l’ADN. ** Au passage, les passionnés de biologie synthétique comme Drew Endy sont convaincus que des versions exploitables du transcriptor seront utilisables dans quelques décennies pour faire de vrais calculs en parallèle avec des cellules vivantes, ou pour tout un tas d’autres utilisations dont on n’a même pas encore idée aujourd’hui. Un article va suivre pour en parler, parce que c’est fascinant. The future is now, comme on dit. Continue reading

Dialogues #OGM : Jérôme Goudet, Professeur en génétique des populations

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« Red campion close 700« . Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons. (Ce dialogue s’inscrit dans une série, voir introduction dans ce billet.) Marc Robinson-Rechavi (MRR): Salut, et merci d’avoir accepté ce dialogue. Est-ce que tu peux s’il-te-plaît nous résumer … Continue reading

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La sélection scientifique de la semaine (numéro 137)

- Sorte de croisement entre un canard géant et un alligator, le Spinosaurus était probablement le plus grand dinosaure prédateur à avoir foulé cette Terre. Encore plus grand que le plus grand des tyrannosaures… Et en plus il nageait. – … Continuer la lecture

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Un nouveau casse-tête pour les zoologistes

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Ça courrait dans les couloirs de mon université depuis quelques mois, mais enfin, hier, la description d’une nouvelle énigme zoologique a été publiée…
Il arrive que les zoologistes crient au nouvel animal. Et souvent, ça tombe dans une case qu’on connait. Pour n’en citer que deux jolis cas, le premier est celui des Concentricycloidea  (un nom bien barbare) pris pour un tout nouveau type d’échinodermes (oursins, étoiles de mer, plus d’infos ici, ou ), mais qui se sont révélés être seulement des étoiles de mer. Le second cas est celui de Buddenbrochia  (encore un avec un nom pas possible), longtemps resté une énigme zoologique totale (vraiment aucune idée, si ce n’est que c’est un animal), jusqu’à ce qu’on réalise que c’était un cousin des méduses, au sein d’un groupe bien connu de parasites.


Un Concentricycloidea à gauche et un Buddenbrockia à droite. A première vue ils ne ressemblent pas à grand-chose, et c’est bien pour ça qu’ils ont été des énigmes pendant un bout de temps. Source: paquerette de mer et ver mystère.
Hier, c’est un nouveau candidat au titre d’animal «incertae sedis » (placement incertain) qui a fait l’objet d’une publication. Et pour ne pas déroger à la règle des noms, il a été nommé Dendrogramma. Trouvé au fond des mers australiennes, de 400 à 1000 mètres de profondeur, cet humble animal d’un demi centimètre fait déjà beaucoup parler de lui. Alors, c’est quoi ce truc ? Il a été décrit comme un animal « non bilatérien », c’est-à-dire un animal qui n’est pas composé de deux côtés symétriques comme nous. Un animal sans avant, sans arrière, sans gauche, sans droite, mais avec une bouche (face orale) et un côté opposé à la bouche (face aborale). Comme expliqué précédemment (ici), définir un groupe sur une absence, c’est pas très élégant, et ça fait des groupes qui n’existent pas, comme les poissons. Le groupe des « animaux non bilatériens » donc, n’existe pas, mais la découverte d’un nouvel animal non bilatérien est quand même une belle trouvaille. Parce que les bilatériens comprennent plus de 95% des espèces animales décrites, et parce qu’il n’y avait jusqu’alors que 4 groupes d’animaux non bilatériens bien définis : les éponges de mer, les cnidaires (méduses et coraux), les gracieux cténophores et le mystérieux placozoaire (avec une seule espèce décrite). Autant dire que même si les cnidaires et les éponges contiennent un nombre raisonnable d’espèces, on n’a pas grand monde en dehors des bilatériens. En plus les relations de parentés entre les non bilatériens sont loin d’être établies et beaucoup de discussions persistent (voir les discussions sur SSAFT). Mais ce que cette histoire de Dendrgrammanous dit en plus c’est que notre nouvel ami pourrait nous en apprendre beaucoup sur les origines des animaux !


Une gracieuse méduse, un des animaux non bilatériens que vous connaissez le mieux. Source : spaghettis nageant
Euplectella, la délicate éponge de verre. Source : aille ça pique.
Un fragile cténophore, ces animaux qui donnent mal à la tête aux zoologistes. Source : cténotrofort.
Un heuu… Ttruc appellé placozoaire. C’est un blob plat, et jusque là, c’était le plus mystérieux des animaux non bilatériens. Source : pauvre animal délaissé.
Oui mais…
Mais la réalité en zoologie ce n’est pas toujours si simple et le matériel utilisé n’est pas en si bon état. Si bien que les auteurs du papier sont resté très prudents. Ils auraient pu décrire cet animal comme un nouveau phylum, le plus haut rang au sein des animaux, le Graal du taxonomiste. Qu’importe le nombre d’espèces dans un phylum (une pour les placozoaires, un million pour les arthropodes), les membres d’un même phylum sont organisés de manière suffisamment distincte pour être placés ensemble, mais sont suffisamment différents du reste pour qu’il soit, à première vue, difficile de les relier à un autre phylum. Bref, les auteurs ont rechigné à décrire les Dendrogrammacomme un nouveau phylum. Pourtant, pour avoir discuté avec eux, les scientifiques qui ont relu et commenté leur article (c’est comme ça qu’on publie en science, des gens doivent approuver l’article avant) leur auraient même proposé de le faire. Alors, pourquoi ne pas avoir sauté le pas et ajouté un nouveau phylum aux animaux ? D’autant plus qu’un des auteurs en a déjà décrit 3, c’est pas comme s’il avait l’habitude (et j’en ai parlé ici !) ! Déjà, pas mal de gens n’aiment pas les « phylums », bah, c’est de la dispute de zoologistes, je ne rentre pas dans les détails. Ensuite, les organismes ont été mal fixés, c’est-à-dire qu’ils ont été récoltés il y a presque 30 ans et gardés de côté depuis. Malheureusement, aucun autre spécimen n’a été récolté depuis, malgré plusieurs essais. Ca implique que malheureusement, aucun ADN n’a été récolté. Et aujourd’hui, pour justifier une grande découverte zoologique, il faut de l’ADN (ça se critique ou pas, bref). Plusieurs scientifiques qui ont déjà commenté cette découverte ici (ça a fait beaucoup de bruit), prétendent qu’ils pourraient en extraire de l’ADN quand même. Toujours est-il que les auteurs de ce nouvel article n’avaient pas la possibilité de le faire, c’est comme ça. Et le matériel lui-même était vieux et difficile à étudier. Tellement que leur appartenance aux animaux elle-même a été mise en doute. En effet, les spécimens ont été récoltés en 1987, il y a 27 ans… Et les spécimens ont passé ce temps dans le formol et l’alcool, rendant leur morphologie difficile à interpréter. Ça implique aussi qu’ils ont été tués et conservés dès qu’ils ont été récoltés (c’est comme ça qu’on procède en mission en haute mer), si bien que ces animaux n’ont jamais été observés vivants !
Nos étranges Dendrogramma. Les larges avec une astérisque à gauche, sont une autre espèce que les autres plus petits. Source: la publication originale que vous devriez lire.
Alors, à quoi ressemblent nos nouveaux amis (attention, partie morphologie !). Deux espèces ont été décrites. En gros ce sont des disques avec une tige au milieu. Oui, ça ressemble à des champignons ! Cette tige porte la bouche à son extrémité (et les champignons n’ont pas de bouche, dommage), qui semble présenter des cellules glandulaires. Ces cellules permettraient de créer du mucus pour piéger les particules qui flottent dans le fond des mers Australiennes. Au sein de cette tige, la bouche débouche (forcément) sur un canal qui descend jusqu’au centre du disque et va se ramifier de manière dichotomique (deux par deux) jusqu’à atteindre les bords du disque. Ce canal semble remplis de larges cellules. Malheureusement comme les spécimens sont vieux, il est dur de savoir si ces cellules forment bien une cavité quand le spécimen est vivant et/ou se nourrit. Cependant, chez certains animaux, l’intestin au repos ne présente en effet aucune cavité. L’animal n’a que deux tissus cellulaires : des cellules « endodermiques » présentes dans ces tubes, et des cellules « épidermiques » présentes à l’extérieur de l’animal. Entre les deux se trouve une substance, la mésoglée, qui, selon les endroits, a une texture fibreuse ou spongieuse. Deux espèces ont été décrites. Une large, Dendrogramma discoides, dont le disque mesure autour d’un demi centimètre, et avec une tige courte et un disque bien rond, et une petite, mesurant autour de deux millimètres, avec une longue tige et une entaille dans le disque.

Détails de la morphologie de notre nouveau venu chez les animaux. Source: encore la publi orginale, allez, lisez là.
En réalité ces caractères (canaux, une bouche et pas d’anus, deux tissus, une mésoglée) sont présents chez les cnidaires et les cténaires, ces autres animaux non bilatériens que j’ai évoqué plus haut. Mais nos Dendrogramma ne présentent aucun des autres caractères spécifiques à ces deux groupes (que je ne vais pas détailler, à moins que vous me le demandiez), ce qui les en exclu. Cependant ils pourraient être de proches cousins. Malheureusement encore, les relations de parentés entre ces organismes sont encore mal comprises, la morphologie de ces organismes est mal préservée, et aucun ADN n’a été prélevé. Il va falloir attendre de nouvelles recherches. Et aux vues des nombreuses réactions déjà existantes, on espère que ça va aller vite. Une petite critique pourrait être faite : l’entaille de Dendrogramma enigmatica pourrait présenter une forme de bilatéralité, et donc ces animaux auraient en effet deux côtés, comme les bilatériens. Ceci dit, une petite touche de bilatéralité se trouve aussi chez les animaux non bilatériens : par exemple l’intestin des anémones l’est clairement. Rien de bien informatif donc, d’autant plus que Dendrogramma discoides ne présente pas cette entaille.
Les relations de parentés entre les animaux non bilatériens, les bilatériens et Dendrogramma vues par les auteurs du nouvel article. Source: mais vous allez le lire cet article oui ?
Aussi, d’autres hypothèses ont été proposées, lors de la publication, mais aussi après discussion avec quelques collègues hier. Est-ce que ça pourrait être des écailles de vers à élytres (souris de mer par exemple). Ces écailles n’ont pas de bouche, et même si l’image ci-dessous montre des similarités (l’aspect ramifié), elles ne sont que superficielles (ces ramifications sont des nerfs). Pareil avec les « tapettes de mer » (désolé pour la traduction de l’anglais, mais je n’ai pas trouvé d’équivalent français, pensée de mer marche aussi mais c’est moins drôle) qui y ressemblent fortement, mais qui ont une organisation très différente (c’est une colonie de petites animaux, apparentés aux coraux).

Harmorthoe, un ver à écailles. Et si Dendrogramma n’était que des écailles perdues ? Peu probable. Source : ver blindé.

Photo de microscopie confocale d’un écaille de ver à écailles. La ressemblance a un peu intrigué lers auteurs, mais non, ça colle pas. Source : la photo m’a été donnée par un collègue et ami à moi Brett.
Une “tapette de mer”, Renilla reniformis. Un truc qui ressemble quand même au Dendrogramma… Source : cnidaire échoué.
Autre chose à se mettre sous la dent ? Oui, et pas n’importe quoi. Ce qui fait grand bruit avec cette découverte, c’est que ces animaux ont été comparés avec des fossiles qui datent du fond des âges, il y a 600 millions d’années, probablement pas bien longtemps après que les animaux soient apparus. Ces fossiles datent de l’édiacarien, où les animaux présentaient des formes étranges, et encore, l’appartenance de ces fossiles aux animaux a elle aussi été discutée (tiens tiens, comme les Dendrogramma). L’organisation des canaux et l’aspect discoïdal ressemble fortement. Mais y’a un hic, comme toujours, c’est que les canaux de ces animaux Ediacariens présentent une symétrie en trois au centre, alors que les Dendrogramma n’ont que deux canaux qui partent du centre. Une histoire à creuser donc, mais passionnante. Qui sait, ces étranges organismes du fin fond des âges pourraient avoir survécu finalement ! Jusqu’alors les pauvres avaient été décrits comme un échec de l’évolution (et ça, ça m’énerve en plus !), ce serait un bel exemple d’une incroyable découverte de quelque chose que l’on pensait disparu. Et même si c’était une convergence évolutive, ça montrerait que ces organismes n’étaient pas tellement un échec, et que d’autres animaux les ont même copié (bien sûr pas consciemment, on parle d’évolution quand même) !

Reconstitution, pas très artistique de Rucognites, un des vieux trucs fossiles qui ressemble quand même drôlement à Dendrogramma. Source : Notre ami wikipédia
Une reproduction plus artistique, de la faune d’Ediacaria. Source: vieux animaux.
Pour finir, je dirais que malgré cette effervescence autour de cette découverte, il faut rester prudent, tout comme les auteurs l’ont fait. Il faut toujours le temps pour qu’une nouvelle découverte scientifique se décante. Que la communauté scientifique commente et critique, qu’elle lance de nouvelles recherches. Comme l’a dit l’un des auteurs dans une interview « cette publication est un appel à l’aide » et à la vue des premières réactions, il a été entendu. Et dans tous les cas, il fallait bien publier ça, même si les résultats sont incomplets, ça stimule la communauté et nous fait rêver : au fin fond des mers il y a encore plein de belles découvertes. 

Pour aller plus loin :

L’article original, quand même : 

Et pour les curieux, un article où je parle, entre autre d’autres découvertes similaires passées d’un des auteurs de l’article dont j’ai parlé ici : vers infiniment petites et au delà !




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