Sélection de livres de sciences (numéro 6)

Tout comme vous pouvez trouver, chaque fin de semaine, dans Passeur de sciences, une sélection de liens, il y a régulièrement (mais plutôt tous les six mois) une sélection des livres que j’ai reçus. Voici la sixième, juste avant les départs … Continuer la lecture

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Scepticisme et théorie de l’évolution

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charlesdarwinpokemon
Cet article fait suite à de nombreuses discussions que j’ai eu avec des amis ou des collègues ou même des anonymes sur des forums concernant le créationnisme. Vous savez, le créationnisme, cette théorie pseudo scientifique qui s’oppose à la théorie de l’évolution Darwinienne, et qui bénéficie de nombreux soutiens aux USA. 
A chaque nouvelle discussion sur le sujet résonnaient en moi toujours les mêmes mots: “Pourquoi un tel rejet de la théorie de l’évolution“?? Ben oui, pourquoi existe-t-il des mouvements contre l’évolution Darwinienne mais pas contre la gravité Newtonienne ou la mécanique quantique? Au fur et à mesures de ces discussions, je me suis fait à l’idée que plusieurs raisons pouvaient exister … en voici 3!




Alors, il ne sera pas ici question du créationnisme tellement le sujet est grand … En effet, en passant de la lecture littérale de la bible à l’intelligent design 2.0, LEScréationnismes sont nombreux et ne doivent pas tous être analysés sur le même plan. Non, ici pas d’attaque à boulets rouges contre les évangélistes américains ou contre les fondamentalistes musulmans tel Harun Yahyaet son Atlas de la Création (1). Mais plutôt une réflexion sur le pourquoi ces créationnismes existent! Pourquoi les “théories” concurrentes à l’évolution ont le vent en poupe, alors que le public n’a que faire de la théorie MOND permettant de se passer de la théorie de la matière noire dans l’univers? Pourquoi en 2005, une école de la ville de Dover (Pennsylvanie) a tenté d’obliger l’apprentissage du créationnisme sur un même pied d’égalité que l’évolution darwinienne? Pourquoi ce même État n’a pas fait la même chose pour la théorie de l’éther, abandonnée par les physiciens à la fin du XIXème siècle? Pourquoi on entend souvent la phrase “tu crois en l’évolution toi?” et jamais “tu crois en la gravité toi?” …?

Une étude publiée dans PLoS Biology en 2008 a montré que seulement un quart des professeurs aux USA
 acceptent l’évolution comme processus permettant d’expliquer la diversité des espèces. Source ici

Bref, pourquoi l’évolution darwinienne bénéficie d’un tel scepticisme comparativement aux autres théories scientifiques?

Raisons 1:

L’arbre de la vie de Haeckel

Parce que l’évolution touche à notre égo

Et oui, contrairement à la gravité, la thermodynamique ou encore la chimie organique, la théorie de l’évolution nous apprend que nous ne sommes pas des êtres à part. 

En effet, l’Homme qui trônait au-dessus de l’arbre de la vie dans la classification linnéenne n’est plus maintenant qu’une ramure de plus. Nous sommes le fruit d’une histoire évolutive aussi longue que celle de la fourmi que vous pouvez écraser lorsque vous vous balader en forêt. 
L’héliocentrisme de Copernic avait déjà fait mal à notre égo en éjectant la Terre de sa place au centre de l’univers. Il a fallu près de 6 siècles et 40 ans d’images satellites pour que la religion l’accepte (en 1992). Mais que dire de l’évolution darwinienne qui exclue l’Homme lui-même d’une place à part dans le vivant? L’affront à l’égo de chacun est encore plus fort que dans l’héliocentrisme (2). 

Certes, l’Église n’est pas prête à l’accepter, mais réjouissons-nous quand même que certains y voient plus loin qu’une simple querelle d’égo (3).



Raison 2:

Parce que l’évolution est une science historique

Je vais m’expliquer sur ce terme peut être flou … Quand la plupart des gens pensent à l’évolution darwinienne ils pensent surtout à la phylogénie, aux dinosaures et à l’évolution passée de l’Homme. Or la biologie évolutive est une science du passé certes, mais aussi du présent et du futur. La génétique quantitative par exemple permet de prédire l’évolution future d’une population. Cependant, son caractère historique  fait bénéficier à l’évolution du même scepticisme qui touche certains faits historiques ou archéologiques. 

En effet, qui n’a pas déjà entendu parler des débats entre historiens autours de Jeanne d’Arc, les pyramides égyptiennes ou encore l’assassinat de Kennedy? Les fait du passés ont cette particularité de ne pouvoir se soumettre à l’expérience et donc – plus important encore – aux sens. Par exemple, lorsque le physicien veut confirmer ou infirmer sa théorie il va directement interroger la Nature en faisant une expérience. 



Là où la Nature peut être le juge impartial de la Science du présent, elle ne peut remplir son rôle lorsque nous voulons raconter l’Histoire. Disons le autrement: On ne peut faire l’expérience sensorielle du passé! La légitimité par la population s’en retrouve inévitablement réduite. La conclusion à cela est qu’il est facile de faire accepter la sélection naturelle (phénomène intemporel) dans une boite de pétri avec un antibiotique, mais qu’il est beaucoup plus difficile de faire accepter la filiation entre les dinosaures et les oiseaux. La raison est simple: On ne peut voir la filiation entre les oiseaux et les dinosaures (contrairement à la sélection naturelle), on ne peut que la déduire à partir de faits indirects.
Raison 3:

Photo originale prise en 1862 (source)
Parce que l’évolution est simplissime au premier abord. 

Et oui, personne n’oserait remettre en question la physique quantique, non? Toi-même lecteur, je suppose qu’il ne t’est surement pas venu un jour l’idée de t’attaquer à la théorie quantique des champs pour en déceler les incohérences et les contradictions non? 

En effet, bien souvent sur ce genre de sujets, le commun des mortels “fait confiance” aux scientifiques, pour la bonne et simple raison que c’est ultra compliqué! Difficile de mettre à mal la relativité générale sans un solide bagage mathématique! Or, ce n’est pas le cas pour la théorie de l’évolution. En effet, il est facile de comprendre les concepts clefs de la théorie de l’évolution aujourd’hui sans maitriser pour autant l’algèbre linéaire! Cette apparente simplicité permet donc à n’importe qui d’affirmer qu’il comprend l’évolution… et c’est tant mieux!  (4)


Là où ça devient dommageable, c’est lorsque ces même gens affirment trouver des incohérences et des contradictions dans la théorie de l’évolution et que, dans la majorité des cas, les prétendues incohérences ne sont que le fruit de leur méconnaissance sur des sujets plus pointus (quelque idées fausses sur l’évolution ici). Par exemple, dans le top 3 des prétendues incohérences on a le passage de la micro à la macro évolution, les stases évolutives, ou encore l’évolution de l’œil (sujet préféré des créationnistes). Qu’on soit bien clair, ces sujets ne posent aucun problème à la théorie de l’évolution. Penser qu’ils en posent relève d’une méconnaissance de la théorie. A ce genre de scepticisme vient se greffer parfois la peur d’un complot de la part des scientifiques, qui cacheraient volontairement des faits et des incohérences. On voit encore ici se profiler l’accusation classique du caractère dogmatique de la Science, chère aux créationnistes. Soyons clair: Le jour ou un scientifique trouve une grosse incohérence dans la théorie de l’évolution, il s’ouvre une voie vers l’obtention du prix Nobel!

Je n’ai fait ici qu’esquisser les 3 raisons principales qui sont pour moi le moteur principal de la remise en question de l’évolution parmi la population. Il y en a surement d’autres! Alors … suite à ce constat on pourrait aussi de demander “Est-ce grave”? Quel est le mal de croire que Dieu à créer les espèces en quelques jours? Doit-on partir en guerre contre ce type de pensées? Doit-on promouvoir la théorie de l’évolution, quitte à devenir aussi dogmatique que les évangélistes (Richard Dawkins si tu me lis!)? Quelle attitude avoir alors que la personne avec qui vous parlez en soirée vous dis “tu crois en l’évolution toi!?” …? En mon sens, une telle personne ne pourra pas être convaincue en multipliant les faits et les études en biologie évolutive. Pour reprendre les mots de Poincare “On fait la science avec les faits, comme on fait une maison avec des pierres: mais une accumulation de faits n’est pas plus une science qu’un tas de pierres n’est une maison“. 

La question de croire ou pas en la théorie de l’évolution ne renvoie pas aux prétendues incohérences de la théorie, mais plutôt aux sentiments intimeshabitants chacun de nous, bref cela renvoi au domaine de l’irrationalité (les trois raisons présentées plus haut). C’est pourquoi un discours argumenté rationnel et logique ne pourra pas convaincre un créationniste. Le convaincre passera nécessairement par des interrogations plus générales de type “qu’est-ce-que la Science?“, “ça veut dire quoi croire?“, “qu’est-ce-que la théorie de l’évolution a de particulier par rapport à la théorie de la création?“. Au contraire de la phylogénie ou de la sélection naturelle, ces questions sont du ressort de l’épistémologie, et non de la Science. Les armes du biologiste résident donc en mon sens dans un discours plus ouvert et philosophique que dans une multiplication des faits, renvoyant son interlocuteur à la place d’ignorant que le scientifique lui attribue parfois. On y gagnerait à la fois du respect, mais surtout de la clarté, ce qui devient rares par les temps qui courent (voir par exemple le récent débat ultra médiatisé et ridicule entre Bill Nye et Ken Ham sur une célèbre chaîne américaine).

(1)    Il est incroyable de constater que le mot clef « Théorie de l’évolution » sur Google renvoi en lien n°14 le site de Harun Yahya, intitulé le mensonge de l’évolution.

(2)    Freud parle à ce sujet des trois blessures narcissiques que la Science a infligé à l’Homme : La révolution Copernicienne, l’évolution Darwinienne et la psychanalyse Freudienne. 

(3)    En effet, Jean Paul 2 déclare le 22 octobre 1996 que la théorie de l’évolution serait « plus qu’une hypothèse ». 

(4)    Notez aussi le nombre effarant de bêtises répandues dans l’imaginaire collectif sur l’évolution. Il suffit de taper « évolution de l’Homme » dans Google image pour tomber exclusivement sur la célèbre image du singe qui se redresse, tendant à faire penser que l’Homme descend du singe (ce qui est bien évidemment faux). A ce sujet, je recommande l’excellant site internet http://www.hominides.com/ qui est une mine d’informations de qualité sur le sujet.
Quelques lectures intéressantes sur le sujet :

-          - Enquête sur les créationnismes, par Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau. Edition Belin.

-          - Et Dieu dit « Que Darwin soit! », par Stephen Jay Gould. Edition du Seuil. (C’est dans ce livre que Gould expose son Non-overlapping magisteria “NOMA” entre Religion et Science, très intéressant!)

-          - L’excellant blog de Jerry Coyne ici
-          - Quelques très bons articles :

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Erreurs, critiques, et conneries!

Dinosaurs

La rédaction de ma thèse prenant davantage de temps que je ne l’avais initialement imaginé, je ne peux guère alimenter correctement mon blog. Par chance une connaissance virtuelle du site «rationalisme.org» m’a gratifié de constructives critiques pour au moins deux articles de mon présent blog. Et comme on ne progresse pas sans s’exposer à la critique autant les retranscrire ici tant bien que mal avec mes mots en espérant être fidèle à ces dernières.

Ce n’est pas la sélection naturelle, ce n’est pas la dérive génétique donc c’est….
Dans ce précédent article j’étais revenu sur l’importance que pouvais revêtir la dérive génétique, notamment sur le fait que celle-ci pouvait expliquer la proportion relativement importante d’allèles plus ou moins délétère chez certaines populations humaines. Hélas je me suis en partie planté dans certaines de mes explications/illustrations. Ainsi j’ai par exemple cité l’exemple de Gengis Khan (qui a eu de nombreux descendants) pour illustrer l’expansion d’allèles sans que ceux-ci aient se soient répandus car «codant» un hypothétique phénotype ayant pu être positivement sélectionné. Le problème c’est que je me suis servi de cet exemple de Gengis Khan pour illustrer la très grande importance que pouvait avoir la dérive génétique dans les changements de fréquence allélique. C’est vrai la dérive génétique peut grandement impacter les fréquences allélique, problème l’exemple de Gengis Khan n’est pas vraiment celui d’une dérive génétique tout comme elle n’est pas vraiment l’exemple d’un cas de sélection naturelle!
Mais alors c’est quoi? Je n’ai pas trouvé de terme approprié pour décrire la chose, tout ce que nous pouvons dire c’est que parfois, notamment au sein de l’espèce humaine, certains allèles peuvent se répandre massivement pour des raisons politiques, sociales et/ou militaires, sans que les dits allèles n’aient un quelconque effet phénotypique conférant un quelconque avantage aux organismes qui les possèdent! Certes les plus avisés ont déjà entendu parler de «Genetic Hitchhiking» ou «Genetic Draft», c’est-à-dire d’allèles neutres ou même faiblement délétères augmentant en fréquence parce qu’associés à des allèles conférant eux de réels avantages à l’organisme. Mais ici c’est encore différent car nous parlons donc d’allèles augmentant massivement en fréquence pour des raisons autre, à savoir ici sociales ou politiques bref pour des caractéristiques acquises et non innées. Ainsi cette année il y avait une intéressante publication sur une mutation nommée EDAR370A (qui donc est un allèle spécifique du gène nommé EDAR) responsable de certaines caractéristiques physiques de nombreux asiatiques (notamment une poitrine féminine réduite, des cheveux plus épais et un nombre plus important de glandes sudoripares) [1], et qui aurait par le passé c’est-à-dire il y a moins de 30’000 ans, rapidement augmenter en fréquence. Bien évidemment les chercheurs ont tout de suite poser l’hypothèse voulant que l’allèle se serait répandu via un mécanisme sélectif mais est-ce vraiment le cas? Alors sélection naturelle, dérive génétique, «Genetic Draft» ou simple expansion de l’allèle suite à des expansions démographique ayant des causes purement «culturelles»? On ne peut pas vraiment le savoir!

 
Carte présentant la distribution géographique de l’allèle EDAR370A! Comment expliquer l’expansion de la mutation EDAR370A en Asie de l’Est? La seule réponse honnête que l’on peut donner est qu’on ne sait pas pourquoi cet allèle s’est répandu!
Bref dans certains cas ce n’est pas de la dérive génétique mais ce n’est pas vraiment de la sélection naturelle non plus, donc c’est….Je laisse les éventuelle personnes avisées donner le terme adéquats à ces événements particuliers impactant de manière importante la distribution des allèles au sein des populations humaines ou non.

La sélection hiérarchique de SJ. Gould, une insipide pirouette rhétorique?
 Stephen Jay Gould était capable du meilleur comme du pire!
La présente question mérite également d’être posée en effet dans ce précédent article j’avais exposé et même, à mes dépends, pris partie en faveur de la Théorie hiérarchique de Stephen Jay Gould. Et comme je pouvais m’y attendre ma connaissance virtuelle précédemment mentionnée, n’y est pas allé par quatre chemins en soulignant que la théorie hiérarchique de SJ. Gould, celle consistant à considérer les espèces comme des entités individuelle en parlant de «Sélection de l’Espèce», semble avant tout un insipide abus de langage rhétorique comme son histoire de «poissons optimal» opposé au «poisson médiocre» aux pages 929 et 930 de son «Opus Magnum». [2] Ces abus de langage rhétorique venant probablement du fait que SJ. Gould en tant que paléontologue collait des termes comme «naissances», «durée» de vie et «mort» sur les espèces qu’il identifiait dans le registre fossile (on peut rajouter que déterminer des espèces dans le registre fossile n’est pas sans poser certains problèmes). Or si ces termes peuvent paraître légitime comme illustrations métaphoriques c’est autre chose en matière de concept théorique. Certes j’avais mentionné l’exemple des tigres infanticides en montrant que si la sélection naturelle favorisait individuellement les tigres tuants les petits qui n’étaient pas de lui, il maximisait alors son succès reproductif mais que cela pouvait en contrepartie nuire à l’espèce à partir du moment que celle-ci voit ses territoires disponibles se réduire dangereusement. Problème j’avais omis qu’au final la sélection se pratique néanmoins sur les individus et non pas sur l’espèce entière sachant que dans mon exemple le tigre infanticide voit certes son succès reproducteur augmenté mais en contrepartie et toujours au niveau de l’individu, le tigre dont les petits ont été tués voit son succès reproducteur diminuer. Dit autrement avons-nous besoin d’une conception hiérarchique? Peut-être, encore faudrait-il la définir mieux que l’a fait SJ. Gould, ce dernier se laissait souvent aller à de pompeuses et illisibles digressions rhétoriques. De plus même en admettant qu’un fait connu, à savoir que l’air de répartitions des populations d’une espèces, les flux de gènes entre elles, etc, etc…, puisse avoir un impact positif ou négatif sur le succès à long terme de la dite espèce, au final ce sont toujours les individus qui sont soumis à des pression sélectives, ce sont les individus qui sont adaptés ou non à d’éventuels changements de milieux et qui laissent in fine ou non des descendants.
Je m’arrêterais là pour la brève critique de ce qui fut probablement le pire de SJ. Gould par opposition à ses intéressantes réflexions sur les contraintes développementales et ses critiques du «programme adaptationniste».

Toi aussi repousse les chemtrails avec du vinaigre!
Ben oui après avoir admis mes erreurs et bourdes autant soulager mon égo blessé en rappelant qu’il y a pire que ma petite personne (oui je sais il y a aussi mieux beaucoup mieux même), ci-dessous une vidéo qu’avait généreusement posté CerberusXt de Nioutaik, montrant une femme pensant repousser les méchants pas beaux chemtrails situés à des kilomètres (à haute altitude) de sa maison, en giclant de l’acide acétique dans son jardin!

 
Top 6 des théories du complot les plus ridicules du monde

À ce titre notez l’état de la pelouse de la dame! Coïncidence? Je ne pense pas! De quoi douter de l’espèce humaine!

Références:

[1] Yana G. Kamberov et al (2013), Modeling Recent Human Evolution in Mice by Expression of a Selected EDAR Variant, Cell

[2] Stephen Jay Gould (2002), La structure de la théorie de l’évolution, Éditions Gallimard 2006

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Vers une expansion hiérarchique de la Théorie de l’Évolution?

Stephen_Jay_Gould

Stephen Jay Gould théoricien de l’expansion hiérarchique de la Théorie de l’Évolution

Étant en pleine rédaction de thèse je n’ai pratiquement plus de temps pour me consacrer à mon blog, par chance j’ai réussit à en trouver pour y balancer quelques réflexions suite à la lecture d’un très intéressant article du paléontologue Donald Prothero [1]. Dans cet article Donald Prothero revient sur l’influence scientifique du regretté Stephen Jay Gould dans le domaine de la paléontologie ainsi qu’en biologie de l’évolution en général. Donald Prothero mentionne notamment une des théories majeures, mais souvent omise de S.J. Gould, à savoir un découplage de la micro et de la macro-évolution et plus généralement une expansion hiérarchique de la théorie de l’évolution.

«The gradual adaptation of fruit flies and Galapagos finches may be good examples of short-term microevolutionary change, but they simply do not address what the fossil record has shown for over a century. This only became apparent when Gould, Eldredge, Stanley and others began to talk about species sorting, decoupling microevolution from macroevolution, and the importance of hierarchical thinking in evolutionary biology. Many neontologists appear to maintain a relentlessly reductionist attitude for no apparent reason. Meanwhile, the hierarchical expansion of evolutionary theory has enjoyed widespread support among philosophers as well as paleontologists (Salthe 1985; Eldredge 1985b; Okasha 2006; Wilson and Wilson 2007; Jablonski 2000, 2007, 2008a).» Donald Prothero [1]

Mais qu’est-ce donc que cette expansion hiérarchique de la théorie l’évolution? Il y aurait énormément à dire sur cette dernière mais pour résumé il s’agit notamment de l’idée voulant que la sélection naturelle opère à différent niveaux. Mais concrètement qu’est-ce qu’une sélection multi-niveaux? Eh bien pour le savoir il faut se souvenir que classiquement en biologie de l’évolution on considère que les individus sont les seules véritables «unités de sélection». Certes les personnes avisées en biologie de l’évolution ont entendu parler de la sélection de parentèle conceptualisé par le regretté William D. Hamilton ainsi que le gène égoïste de Richard Dawkins où ce sont les gènes qui ont le beau rôle comme «unité de sélection». Cependant avec sa théorie Stephen Jay Gould va bien plus loin en stipulant que la sélection pouvait avoir lieu à de multiples niveaux à savoir des gènes aux espèces en passant par les individus et les populations d’une même espèce. Et loin d’être séparés ces différentes niveaux de sélection s’emboiteraient joyeusement les uns dans les autres.

Petit rappel imagé concernant des notions de Micro-évolution et de Macro-évolution mentionnées plus haut, la première se référant à l’évolution au sein des espèces, la seconde au-delà du niveau de l’espèce. Bien évidemment il n’y a pas de limite nette dans cette dichotomie théorique surtout lorsque l’on sait que la barrière de l’espèce peut-être elle-même extrêmement floue dans la nature.

Mais donc qu’est-ce concrètement une sélection «au niveau de l’espèce»? Car certes on pense immédiatement à une espèce supplantant une autre dans une niche écologique donnée, mais donc pas besoin forcément d’invoquer une sélection au niveau de l’espèce (quoi qu’on entende exactement par-là) car cela peut simplement signifier que les individus d’une espèce sont mieux adaptés à la dite niche écologique que les individus de la seconde espèce, et donc c’est toujours l’individu qui est la véritable «unité de sélection» et non l’espèce, rien qui ne nécessite de se prendre la tête avec l’idée d’une sélection multi-niveaux. Et il faut dire que pendant longtemps j’avais moi-même du mal à savoir ce que Stephen Jay Gould entendait par-là! Mais qu’on se rassure il est possible de comprendre ce que SJ. Gould entendait par «sélection entre espèce» ou «sélection au niveau de l’espèce» en se référant à des exemples concrets.

Les tigres infanticides

C’est en regardant un reportage animalier comme il en existe tant, que j’ai me semble-t-il, en bonne parti compris ce que pouvait être concrètement et véritablement une sélection au niveau de l’espèce et en quoi cette idée et/ou notion pouvait être utile en biologie de l’évolution ainsi qu’en écologie. Ce reportage animalier concernait les tigres du sous-continent indien. De nombreuses populations de tigres sont menacées par les activité humaines et leurs expansions dans des lieux jusqu’alors relativement préservés. Or ce reportage relatait les observation d’une population de tigre dans une région donnée par une équipe de scientifiques s’inquiétant à juste titre, de la survie de la dite population. Or si les activité humaines sont déjà une menace pesante pour leur survie, les tigres sont victimes d’une autre menace dont les responsables sont…..les tigres eux-mêmes! En effet à chaque fois qu’une tigresse donnait naissance à des petits, les scientifiques s’alarmaient à juste titre du risque de voir les petits tigres tués par un mâle adulte. Les mâles tuant les bébés tigres qui ne sont pas les leurs afin que la femelle soit de nouveau disposée à s’accoupler. Ce comportement qui nous semble cruel est en réalité une «stratégie évolutive» des plus rationnelles du point de vue sélectif, car cela permet au mâle infanticide de maximiser sa valeur sélective! Problème ce qui est bon pour l’individu est ici désastreux pour la population de tigres dans son ensemble et peut-être même pour l’espèce toute entière, car dans le contexte d’une expansion humaine réduisant les territoires disponibles et la taille des populations de tigres, ce comportement infanticide risque fort de contribuer à l’extinction des populations en question!

Les bébés tigres ont beau être mignons un tigre mâle adulte n’hésiterait pas à les tuer froidement pour obtenir les faveurs sexuelles de leur mère.

Et maintenant imaginez une espèce de félin, ou même une population particulière de tigres, dont les mâles n’ont pas ces mœurs infanticides. Cette population de félins n’aurait-elle pas davantage de chance de survivre au réductions territoriales imposées par les activités humaines? Ces félins hypothétiques survivraient mieux que les tigres non pas parce qu’ils seraient mieux adaptés en tant qu’individus, mais bel et bien parce qu’ils seraient mieux adapté en tant qu’espèce! C’est-à-dire que les interactions entre individus, interactions ne comprenant pas l’infanticide d’une progéniture qui n’est pas sienne, ne pèse pas sur le renouvellement démographique de la population. Au niveau individuel un mâle de ce félin hypothétique est certes moins performant en terme de valeur sélective qu’un tigre mâle infanticide, mais au niveau collectif ce félin hypothétique est, en tant qu’espèce, plus apte à survivre dans le difficile contexte imposée par la civilisation humaine.

Cet exemple en partie hypothétique (uniquement en partie car ayant une base factuelle et logique), permet d’entrevoir de manière claire et concrète ce que Stephen Jay Gould entendait par sélection au niveau de l’espèce et mieux encore l’importance des propriétés émergentes dans la compréhension de l’évolution du vivant. Les populations et les espèces sont davantage que la somme des individus qui les constituent (c’est le principe même de l’émergence), les interactions entre ces derniers sont source de propriétés émergentes qui sont susceptibles d’être elles-mêmes sujettes à une sélection darwinienne. Dès lors la théorie de Stephen Jay Gould sur une sélection s’effectuant à différents niveaux (gènes => individus => populations => espèces) semble bel et bien avoir sa pertinence, les différents niveaux de sélection ne s’excluant pas mutuellement mais interagissent les uns avec les autres de manière complexe.

Gastéropodes marins et spéciations

L’autre aspect majeur de la théorie de SJ. Gould est que les propriétés émergentes de certaines espèces/clades, sont susceptibles d’affecter le «taux de spéciation», des espèces/clades concernés. SJ. Gould expose la chose de la manière suivante:

«Un trait attaché à la structure des populations conduisant à une faible fréquence d’isolement des nouveaux dèmes, doit nécessairement être considéré comme une caractéristique propre aux populations, si l’on se fie au sens normal des mots. [...] Les organismes ne donnent pas lieu individuellement à des spéciations; seules les populations le font: par conséquent, le caractère en question appartient bien à l’espèce.» Stephen Jay Gould [2]

Vous ne voyez pas ce que SJ. Gould veut dire par ces présents propos? Pas grave il illustre ces derniers en se référant à une publication d’Anthony J. Arnold et Kurt Fristrup (1982) [3] comparant deux clade de gastéropodes marins, l’un constitué d’espèces planctotrophes (dont les larves se nourrissent de planctons) et l’autre d’espèces non-planctotrophes (utilisant ses réserves vitellines pendant sa croissance). AJ. Arnold et K. Fristrup soulignant que les espèces non-planctotrophes sont davantage sujettes aux événements de spéciation car leur mode de reproduction impose des structures populationnelles davantage propices aux spéciations allopatriques que les espèces planctotrophes qui elle ont tendance à avoir une «population effective» plus importante et donc moins de spéciations allopatriques. Cette constatation est l’exemple même d’une propriété émergente au niveau de l’espèce car quelle que soit la valeur sélective des individus non-planctotrophes par-apport à celle des individus planctotrophes, ce n’est pas de cette valeur sélective individuelle que découle la plus grande fréquence des spéciations chez les premiers par-apport aux seconds. La raison se situe ici au niveau des populations et même des espèces et c’est cette particularité propre à l’espèce dans son ensemble qui sera sujette à une forme de sélection, à savoir ici la plus grande diversification des non-planctotrophes par-apport aux planctotrophes.

Rappel simplifié de quelques dynamiques/modes de spéciation. Les spéciations peuvent avoir différentes causes, l’une d’entre elle étant la manière dont les populations se subdivisent et/ou répartissent. Selon Anthony J. Arnold et Kurt Fristup (1982) [3] chez les gastéropodes marins, les espèces non-planctotrophes auraient en raison même de leur mode de reproduction des distributions populationnelles davantage propices aux spéciations que les gastéropodes marins planctotrophes.

Bien évidemment n’étant de loin pas la personne la mieux renseignée sur les stratégies de reproduction et l’évolution des gastéropodes, j’ignore si cet exemple particulier doit être nuancé et si oui dans quelle mesure. En revanche le fait que certaines espèces/taxons, ont des structures populationnelles davantage susceptibles de favoriser les événement de spéciations, n’a rien de surprenant et l’impact que cela pourrait avoir dans le succès évolutif des lignées a fort «taux de spéciation» par-apport à celles moins affectées par ce genre d’événements, mériterait qu’on s’y intéresse de près. D’ailleurs les paléontologues n’ont-ils pas déjà des informations susceptibles de donnée du poids à la théorie de SJ. Gould? Personnellement je l’ignore cependant si l’on en croit Donald Prothero, les théories de SJ. Gould aurait un assentiment assez répandu chez les paléontologues. Cependant si un des lecteurs du présent blog aurait davantage d’informations à ce sujet qu’il n’hésite pas à les communiquer.

Je termine donc ici cette brève description de la théorie soutenant la nécessité d’une expansion hiérarchique de la Théorie de l’Évolution et laisse le soin à tout à chacun de se faire son idée sur la question voir même de la nuancer et de la critiquer. Dans tous les cas il me semble (mais peut-être que je me plante complètement) que cet apport théorique de Stephen Jay Gould est souvent mal-compris et/ou ignoré ce qui serait dommage car elle demeure malgré sa possible inexactitude, une de ses contributions théoriques les plus intéressantes en biologie de l’évolution. Addendum: Je suis en pleine échange avec une connaissance virtuelle câlée en biologie pas convaincue du tout par l’utilité et la réalité de l’apport théorique de Stephen Jay Gould discutée ici (et cela quand bien même la dite personne reconnait la pertinence de SJ. Gould sur d’autres sujets). Mes échanges avec cette personne étant en cours, je ne peux encore en faire une synthèse. Cependant celle-ci m’a déjà rappelé à jsute titre que le découplage «microévolution» et «macroévolution» a précédé SJ. Gould et fut apparemment le fait d’un entomologiste Russe nommé Iuri’i Filipchenko en 1927 déjà et cela apparemment dans le cadre d’une distinction d’une évolution à court terme (microévolution vue comme darwinienne mais d’une évolution à long terme perçu commme obéissant à une sorte d’orthogenèse. Il faudrait cependant vérifié plus en détails si c’est réellement ce que théorisait ce scientifique russe dans son découplace entre microévolution et macroévolution. Stephen Jay Gould reprend ce découplage, qui fut déjà repris par d’autres avant lui, mais ne propose bien évidemment pas que la macroévolution soit le fait d’une hypothétique orthogenèse.
Références:

[1] Donald Prothero (2009), Stephen Jay Gould: Did He Bring Paleontology to the “High Table”?, Philosophy and Theory in Biology

[2] Stephen Jay Gould (2002), La structure de la théorie de l’évolution, Éditions Gallimard 2006

[3] Anthony J. Arnold et Kurt Fristrup (1982), The theory of evolution by natural selection: a hierarchical expansion, Paleobiology
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Poiscaille versus Dessein Intelligent

Latimeria_Chalumnae
La théorie de l’évolution selon Madame Garrison de South Park! Cliquez ici pour voir la vidéo!
Je suis masochiste je ne peux m’empêcher de me faire du mal! Non pas en me mutilant à l’aide de lames de rasoire ou en m’amusant à éteindre des cigarettes sur mon avant-bras, non je fait bien pire et plus tordu que cela puisque je me force à lire toutes les salades pseudo-scientifiques réparties un peu près partout sur le Net! Ainsi je consulte souvent les sites des créationnistes adeptes du «Dessein Intelligent», j’y ai déjà consacré divers articles. Or récemment un article particulièrement amusant du créationniste Casey Luskin sur les Cœlacanthes, a attiré mon attention. Peu après la publication de cet article clownesque, le biologiste PZ Myers publia une réfutation détaillée des inepties de Casey Luskin. Au départ je n’avais pas pensé rédiger un billet sur ces joyeuses inepties créationnistes, cependant un détail a attiré mon attention. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet voyons dans quel contexte de situe cette amusante prise de tête.

Cœlacanthe africain Latimeria chalumnae

Récemment une publication décrivant des analyses détaillées du génome de cœlacanthes africains, a beaucoup fait parler d’elle, car soutenant l’idée d’une «évolution plus lente» (notez les guillemets) des dits cœlacanthes par-apport aux tétrapodes que nous sommes. [1] Bien évidemment cette publication a fait l’objet de divers commentaires et critiques en plus des nécessaires rappels sur le caractère fallacieux du terme de «fossile vivant» pour parler des actuels Cœlacanthes. [2] Et pour davantage de détails sur le cœlacanthe ainsi que sur cette affaire je vous recommande les deux articles suivants de deux membres du C@fé des Sciences:

Un bon fossile est un fossile mort! Beaucoup de gènes et un peu de gêne pour un fossile vivant : le retour du cœlacanthe

Bien évidemment dès qu’il y a quelques remous intellectuels dans la «blogosphère scientifique» et plus exactement «évolutionniste», les créationnistes tentent de s’y immiscer pour tenter de faire croire au plus grand nombre que l’idée même de l’évolution serait mise à mal (alors que les débats scientifiques sont tout ce qu’il y a de plus normal et de plus sain en Science)! Et à ce titre le créationniste Casey Luskin pense sincèrement avoir trouvé LA preuve mettant à mal l’idée même de fililation commune entre les espèce ou plus exactement notre filiation commune avec les cœlacanthes. Pour ce faire Casey Luskin se réfaire notamment à une donnée particulière de la récente étude du génome du cœlacanthe africain, à savoir les gènes codant une catégorie d’anticorps nommés Immonuglobuline W ou IgW. La particularité de l’IgW est d’être présent chez les poissons cartilagineux (Chondrichthyens), et chez les Cœlacanthes. En revanche l’IgW est totalement absent chez les Téléostéens et chez les Tétrapodes! Or Casey Luskin affirme qu’en se basant sur les gènes codant l’IgW nous obtenons une phylogénie des vertébérés en totale désaccord avec les phylogénies communément admises.
Phylogénie des vertébrés si l’on se base que sur la présence ou l’absence du caractère IgW. On remarque que l’arbre phylogénétique obtenue ne correspond pas du tout à la phylogénie communément admise. Casey Luskin pensant à tort que cela remettrait en question l’évolution en tant que telle!

Bien évidemment nous savons tous qu’on ne peut établir une phylogénie en se basant sur un seul caractère, qu’il soit génétique ou morphologique, car bien évidemment au niveau individuel des convergences évolutives ont lieu comme ici la perte des gènes IgW ayant eu lieu de manière indépendantes chez les Tétrapodes et chez les ancêtres des Téléostéens. C’est ce que rappel PZ Myers et donc l’objection de Casey Luskin est risible! Cependant j’ai remarqué que PZ Myers a omit un point important du «raisonnement» de Casey Luskin. Car voilà celui-ci semble en réalité admettre le fait qu’un caractère unique puisse être perdu deux fois de manière indépendante dans deux différentes lignées. Non En réalité Casey Luskin développe un «argument» bien plus étrange pour affirmer que la perte IgW ne tiendrait pas, et histoire de bien comprendre ce que ce créationniste affirme illustrons ces propos en image!

Phylogénie des poissons osseux selon Casey Luskin pour qui «le compte-rendu standard de l’évolution» stipulerait que les Téléostéens ont commencé à se diversifié avant l’apparition des Sarcoptérygiens. On remarque que selon ce scénario les Téléostéens formeraient donc un groupe paraphylétique. Et donc la perte des gènes IgW constaté chez les Téléostéens devraient donc s’être produit plusieurs fois de manière indépendant au sein de plusieurs lignées de Téléostéens. Problème Casey Luskin raconte n’importe quoi et donc se plante donc complètement!
 
Bon ok qu’est-ce que cette endive de Casey Luskin tente de démontrer ici? Simplement que la perte des gènes IgW chez les poissons à nageoires rayonnées (Téléostéens) serait problématique car selon lui cela impliquerait que ce gène ait été perdu de manière indépendante dans de multiples lignées de Téléostéens et non pas une fois chez un des ancêtres communs de ces derniers! Pourquoi? Parce que selon lui les téléostéens se seraient diversifiés avant que la branche des Sarcoptérygiens ne bifurque des autres, donc avant que la dite branche des Sarcoptérygiens ne voit le jour! Ce qui impliquerait selon le «raisonnement» de Casey Luskin, que les Téléostéens formeraient un clade paraphylétique! Or cette erreur particulièrement grossière de Casey Luskin est inexcusable sachant qu’il utilisait lui-même ce diagramme ci-dessous montrant que les Téléostéens forment bel et bien un clade monophylétique.
Phylogénie classique des vertébérés, avec mention des pertes du caractères IgW chez les ancêtre des Téléostéens et chez les ancêtres des Tétrapodes. Et donc pas besoin d’évoquer de multiples pertes des gènes IgW de manière indépendante chez diverses lignées de Téléostéens! Certes certains connaisseurs en phylogénie des vertébrés peuvent noter que les poissons à nageoires rayonnées ne se limitent pas aux seuls Téléostéens mais inclue également l’ensemble des Actinoptérygiens. Mais cela ne change rien à l’affaire puisque les Actinoptérygiens (représentés en grande partie mais pas uniquement par les Téléostéens) forment également un groupe monophylétique. [3] La perte du gène IgW ayant très bien pu avoir eu lieu une seule fois durant l’évolution des Actinoptérygiens!
Phylogénie de la plupart des vertébérés. Il apparaît clairement que les Actinoptérygiens tout comme les Téléostéens (qui font partie des Actinoptérygiens) forment aussi un clade monophylétique. [3] Et donc comment expliquer cette erreur particulièrement grossière de Casey Luskin? Certes la stupidité et la mauvaise foi de ce dernier sont sans aucun doute à blâmer, mais il y a  probablement selon moi un troisième facteur entrant en compte, à savoir une vision gradiste et obsolète de l’évolution. Ainsi malgré la fait que ce cher Casey Luskin avait déjà le diagramme phylogénétique correct sous les yeux, il a néanmoins réussit à en voir les poissons Téléostéens comme un véritable «marche-pied évolutif» des vertébrés! Pour plus d’informations sur la question des «marche-pied évolutif» voir ce précédent article! Je ne vois pas d’autre explication pour avoir commis une erreur aussi grossière…enfin aucune à part la stupidité et la mauvaise fois avérées du bonhomme! Mais aller assez parler poissons, et finissons cette longue et pédante tirade sur une sympathique vidéo des Monty Python mettant en scène des Poissons Téléostéens! Références: [1] Chris T. Amemiya et al (2013), The African coelacanth genome provides insights into tetrapod evolution, Nature [2] Didier Casane and Patrick Laurenti (2013), Why coelacanths are not ‘living fossils’: a review of molecular and morphological data, Bioessays [3] Ricardo Betancur-R et al (2013), The Tree of Life and a New Classification of Bony Fishes, PLoS ONE
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L’évolution est-elle une science?

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Podcast Science a posé ces questions que plus personne ne pose. Pourquoi l’évolution - plus que d’autres domaines – est-elle sujette à des attaques permanentes et à des récupérations de toutes sortes? Et d’abord, qu’est-ce que l’évolution? Est-une science? Discussion de haute tenue (à plusieurs voix du café des sciences!) avec Pierre Kerner - chercheur en génétique évolutive, maître […]

Petite parenthèse IDiote

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 Si jamais ce singe est un Nasique.
Laurence A. Moran les appels IDiots car comment qualifier par d’autre termes les partisans de l’ID («Intelligent Design»)? Récemment le site «Evolution News and Views», l’IDiot David Klinghoffer nous a sorti une des plus magnifiques perles dont seuls les IDiots ont le secret, à savoir la démonstration du «Dessein Intelligent» par la faible pilosité humaine! Pour ce faire David Klinghoffer se base sur les propos de Nina Jablonski, celle-ci évoquant (et soutenant) le scénario selon lequel nos ancêtres auraient perdu leur poils pour facilité la perte de chaleur que nécessitait la station debout et la pratique de la «course-à-pied» (qui aurait été utile d’un point de vue sélectif et bien évidemment lié à notre spécialisation à la locomotion bipède). Nina Jablonski soutenant également que cette perte de pilosité aurait également entrainé un assombrissement de la peau de nos ancêtres, sachant que ces derniers vivaient alors très probablement en Afrique et qu’un taux de mélanine élevé est nécessaire pour se protéger des rayonnements ultra-violets (Nina Jablonki présume donc comme d’autres que les premiers représentants du genre Homo étaient «noirs»). En se basant sur ce récit simplifié (et il faut le reconnaitre mis en avant de manière trop péremptoire par Nina Jablonski), David Klinghoffer en déduit qu’il tient là une démonstration flagrante de la supériorité du «Dessein Intelligent» par-apport au «darwinisme»!

 David Klinghoffer (ci-dessus) vous explique (ci-dessous) la démonstration du «Dessein Intelligent» par l’absence de poils!
«Mais comme Jablonski le fait également remarquer, sous leur fourrure les chimpanzés ont la peau claire. Otez leur la fourrure et vous avez donc un animal de couleur claire qui sous le chaud soleil africain, serait extrêmement vulnérable aux rayons nocifs du soleil. Donc, vous avez besoin d’une peau foncée. Mais donc que serait l’avantage évolutif de cela [la peau foncée] avant la transition menant à une perte des poils? Aucune c’est évident. Alors, qu’est-ce qui est apparu en premier? La course à pied? Mais cela nécessite une absence de fourrure. L’absence de fourrure alors? Mais cela nécessite la peau foncée. OK donc la peau sombre est apparue en premier? Mais cela revient en quelque sorte à anticiper son utilité future avant que le moindre avantage évolutif entre en jeu, ce qui semble donc être dangereusement téléologique. L’évolution darwinienne ne peut pas mettre ainsi des choses de côté à l’avance, avec une vue vers de leur utilité à un stade ultérieur de l’évolution de la lignée. D’un autre côté cette anticipation est une caractéristique du Dessein Intelligent, avec laquelle nous sommes tous familiers dans notre vie quotidienne. Dans le cas contraire, cet aveugle barattage darwinien semble avoir eu beaucoup de chance en sortant ensemble ces trois innovations simultanément juste au bon moment. Cela ressemble plus à une illustration d’une innovation à dessein, n’est-il pas?» David Klinghoffer
What the F…?

Bon ok que répondre à pareille démonstration d’ignorance, de bêtise et de mauvaise foi combinées? Si ce n’est qu’en bon IDiot David Klinghoffer se raccroche à une vision ultra-adaptationniste de l’évolution, à un «darwinisme naïf» voulant qu’une espèce devrait toujours, à n’importe quelle moment de son évolution, être parfaitement adapté à son milieu? Cette mauvaise cariacture de l’évolution, limitée à sa seule dimension «darwinienne» (vision des plus caricaturale qui plus est) permet donc à David Klinghoffer de s’attaquer ni plus ni moins à un stupide épouvantail!
Certes dans ce cas-ci on pourrait également reprocher à Nina Jablonski de privilégier elle-même de manière quasi-exclusive des scénarios adaptationnistes alors que des causes non-adaptatives pour la perte de notre pilosité sont également tout à fait plausibles. Mais cela n’excuse cependant en rien la bêtise de David Klinghoffer car celui-ci force alors le trait en n’envisageant pas une seule seconde le fait qu’une espèce peut-être très bien survivre sans être optimale sur tous les points (à ce titre souvenez-vous de l’exemple du clitoris de la Hyène) et donc exclue fallacieusement toute possibilité de «coévolution»* des différentes caractéristiques phénotypiques mentionnées ici. Bref vous l’avez compris de la bêtise créationniste pur jus!

Bon aller je referme ici la parenthèse IDiote, celle-ci étant juste une piqûre de rappel du véritable niveau intellectuel de ce créationnisme sophistiqué nommé «Dessein Intelligent».

* Oui je sais le terme «coévolution» est habituellement réservé à des espèces distinctes évoluent chacun en fonction de l’autre en raison de leurs influences réciproques. Mais bon ce terme reste ici pratique pour décrire l’évolution de différentes caractéristiques phénotypiques ayant un impact sur d’autres du point de vue sélectif au sein d’une même espèce.
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Veille de blog de la semaine du 25/02 au 03/03

Un ferrofluide mélangé avec de la peinture
La semaine précédente, sur le C@fé des Sciences En détail : La dérive génétique peut vous briser le coeur! par Hans sur Du côté de chez Elysia chlorotica Il y a quelques années de cela le biochimiste Laurence A. Moran a souligné que l’anthropologue John Hawks semble privilégier la sélection naturelle sur la dérive génétique […]

La dérive génétique peut vous briser le cœur!

  Petit rappel imagé du principe de dérive génétique et d’effet fondateur
Le titre du présent article est bien évidemment dérivé du titre d’un article de l’anthropologue John Hawks. L’article de ce dernier m’avait au moins autant surpris qu’il avait surpris le biochimiste Laurence A. Moran. Et pour cause dans l’article John Hawks tiens des propos pour le moins surprenant pour un anthropologue spécialisé en évolution humaine et en génétique des populations. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet que les choses soient clair, je ne prétends pas que John Hawks ignore la complexité d’un domaine pour lequel il est un spécialiste et je ne prétends donc pas qu’il est incompétent ou pire encore malhonnête. Bien au contraire John Hawks est tout le contraire. Certes comme tout scientifique il est partial, c’est-à-dire ici privilégié son hypothèse plutôt que d’autres, mais quoi de plus normal c’est le cas de tous les chercheurs aussi pas de quoi attaquer la crédibilité de John Hawks loin de là! Dans cet article John Hawks mentionne une étude consacrée au cas d’une mutation génétique et plus exactement une délétion, responsable d’une grave déficience cardiovasculaire. [1] Cette délétion n’est cependant présente que dans une région spécifique du monde, à savoir la péninsule indienne où sa fréquence varie aux alentours des 4% un peu plus ou un peu moins en fonction des régions. Les auteurs de l’étude en question soulignent que cette mutation délétère est probablement apparue aux alentour d’il y a -30’000 ans et s’est ensuite répandue dans la péninsule indienne par simple dérive génétique. Et c’est ce dernier point qui fait grincer les dents de John Hawks car pour ce dernier cette mutation délétère n’aurait pas pu atteindre une pareille fréquence dans la région en si peu de temps!
Les auteurs de l’étude précédemment mentionnées, souligne que cette mutation délétère est probablement apparu aux alentour d’il y a -30’000 ans et s’est ensuite répandu dans la péninsule indienne par simple dérive génétique pour atteindre les fréquences que montre la carte ci-dessus. [1]
 

En effet pour John Hawks l’idée que cette délétion ait pu se répandre par simple dérive génétique ne tient pas, car il estime que la mutation serait apparu dans une population de 100’000 individus et que ces 100’000 individus représenteraient la « population effective » (c’est-à-dire que les individus de cette population se reproduiraient librement les uns des autres sans barrière géographique, culturelle ou autre) donc une population de 100’000 individus qui ne se subdiviseraient donc pas réellement en plusieurs sous populations! Or bien sûr en posant les choses ainsi John Hawks montre qu’il est extrêmement improbable qu’une copie unique atteigne la fréquence moyenne de 4% au sein de la population indienne en seulement 30’000 ans! Et que donc la délétion en question a forcément dû être positivement sélectionnée (ou éventuellement «liée» à un allèle positivement sélectionné), d’une manière ou d’une autre et donc exit la dérive génétique, la sélection naturelle doit être à l’origine de cette malheureuse délétion! Or comme l’a noté le biochimiste Laurence A. Moran John Hawks omet ici la complexité des fluctuations démographiques et cela même s’il en a conscience. Car même en prenant une population de 100’000 habitants pour la péninsule Indienne, il va de soi que ces 100’000 individus étaient divisé en plusieurs sous-populations, avec parfois un fort dégrée de consanguinité et donc possiblement la fixation de cette mutation dans certaines des sous-populations en question. Dès lors la probabilité de voir cette mutation s’être répandu par simple dérive génétique, n’a plus rien d’extraordinaire. Mais c’est-là que John Hawks s’adonne à nouveau à une étrange remarque en affirmant que même si la mutation s’était répandu à haute fréquence chez certaines populations, celle-ci n’aurait guère pu se répandre dans l’ensemble de la région (péninsule) par simple dérive génétique. Mais c’est alors que le dénommé Chris Nedin rappelle à John Hawks ce qui aurait pourtant dû être une évidence pour ce dernier, à savoir que la mutation aurait bien pu se répandre d’une population à l’autre dans la péninsule indienne, à partir du moment qu’il existe des échanges même limités d’une population à l’autre. Chris Nedin ironisant même sur le simplisme voir même la paresse intellectuelle que représente l’invocation d’explications adaptationnistes ad hoc (les fameuses «Just-so-stories»). À cela j’ajouterais que la population dans laquelle une mutation atteint une forte fréquence par simple dérive génétique, peut ensuite connaître une très forte expansion pour de nombreuses raisons (culturelles, sociales, économiques et militaires) et donc diffuser certains de ces allèles de manière importante à d’autres populations. D’ailleurs combien de descendants a eu Gengis Khan? À ce titre John Hawks semble également avoir ignoré le fait que Larry Moran avait déjà enfoncé le clou dans son article, en rappelant comment une mutation sans aucune valeur sélective voir même faiblement délétère, peut rapidement augmenter en fréquence en quelque 200 ans seulement. L’exemple de Laurence A. Moran étant celui d’un allèle particulier favorisant l’apparition de la Maladie de Huntington, une maladie dégénérative apparaissant également en moyenne entre 40 et 50 ans et dont l’allèle mentionné ici échappe donc en bonne partie à la sélection naturelle car ne se manifestant qu’après que les individus aient pu se reproduire (au-delà de 30 ans). Et donc malgré le caractère délétère de cet l’allèle celui-ci est aujourd’hui portée par 18’000 individus dans la région du Lac Maracaibo au Venezuela (je sais c’est impressionnant mais donc néanmoins tout à fait possible). Or cet allèle s’est répandu dans cette région via une femme unique ayant vécu il y environ 200 ans. Bien qu’en réalité l’origine et la dispersion de cette maladie est un peu plus complexe mais donc il semble tout du moins bel et bien que 96% des personnes affectées dans la région ait hérité de cet allèle via cet ancêtre commun récent! [2]
Les porteurs de l’allèle responsable de la Maladie de Huntington, précédemment mentionné, sont concentré dans la région du Lac Maracaibo bien visible en haut à gauche sur la présente carte. J’ignore quelle était la population du Venezuela au cours de ces 200 dernières années mais je ne pense pas qu’elle se réduisait à quelque centaines d’individus seulement cela n’ayant donc cependant pas empêché la mise en place d’un important «Effet Fondateur» dans une région spécifique du Venezuela. Car cette mutation a pu se répandre de manière assez simple probablement via une conjonction de facteurs sociaux, culturels et/ou économiques, au sein d’une région particulière où il y avait peut-être une certaine consanguinité lié à un relatif isolement social, culturel et/ou géographique des habitants. Dans tous les cas invoquer ici la sélection naturelle paraît difficilement tenable rien n’indiquant que cette mutation ait un impact positif sur le taux de reproduction. L’exemple de Laurence A. Moran illustre comment une mutation même délétère peut augmenter rapidement en fréquence dans des conditions particulières l’évolution démographique humaine étant souvent irrégulière et dans tous les cas très complexes. Aussi vous l’avez compris John Hawks utilise des modèles certes utiles et pertinents mais il omet ici leur limite car se heurtant à une réalité complexe ne se laissant pas capturer par les modèles probabilistes en question. Cet étrange parti pris en faveur de la sélection naturelle de la part de John Hawks peut surprendre mais elle est à mettre directement en lien avec la célèbre étude qu’il avait publié en 2007, étude qui stipulait que l’évolution adaptative de notre espèce, se serait énormément accélérée durant les 40’000 dernières années! [3] Cette hypothèse a été reprise en grande pompe dans les médias, car l’idée que notre espèce non seulement évoluerait toujours (comme si notre évolution pouvait être stoppée) mais en plus extrêmement vite, éveille vite certains fantasmes! Mais hormis les assertions fantaisistes, voir même parfois les bêtises qu’ont hélas inspiré chez certains, l’étude de John Hawks et al, le problème est que les conclusions de celle-ci ne sont de loin pas admises par l’ensemble des spécialistes. Par exemple les auteurs d’une étude autrement plus détaillée sur les probables «signaux génétiques» trahissant des événements sélectifs passées, se montrent très sceptiques vis-à-vis des assertions de John Hawks et al.
«This suggests that distinguishing true cases of selection from the tails of the neutral distribution may be more difficult than sometimes assumed, and raises the possibility that many loci identified as being under selection in genome scans of this kind may be false positives. Reports of ubiquitous strong (s = 1 – 5%) positive selection in the human genome (Hawks et al 2007) may be considerably overstated.» Joseph K. Pickrell et al (2009) [4]

Cela n’a d’ailleurs pas plu du tout à John Hawks. Mais donc le problème subsiste, car comme déjà mentionné les modèles qu’emploient John Hawks et al ne prennent de loin pas en compte toute la complexité de la dynamique démographique et migratoire qui a dû caractériser les populations humaines durant les 40’000 dernières années. Dès lors même si selon les modèles de John Hawks et al bon nombre des «Déséquilibres de Liaisons» seraient compatibles avec des événements sélectifs importants et récent et non pas par de simples cas de dérive génétique, on peut se montrer hautement sceptiques. Car ces modèles ignorent très probablement de nombreux «événements démographiques» pouvant potentiellement rendre les conclusions faites à partir des dits modèles, en grande partie erronées! Pour autant je n’enterre pas définitivement l’hypothèse de John Hawks et al mais donc je rejoins totalement la position de Joseph K. Pickrell et al (2009) ainsi que Laurence A. Moran, selon laquelle la dite hypothèse stipule quelque chose de probablement fortement exagérée.

Qu’on se rassure malgré leurs désaccords Laurence A. Moran (à gauche) et John Hawks (à droite) font toujours preuve d’une entente cordiale! Et donc que retenir de tout cela ? Simplement qu’il faut se méfier des conclusions hâtives! Et dans ce cas-ci j’ajouterai simplement que John Hawks est simplement partial dans le sens qu’il privilégie la «sélection naturelle» sur l’évolution neutre via notamment la dérive génétique. Et vous l’avez compris Laurence A. Moran comme beaucoup d’autres (dont ma petite personne) privilégient plutôt l’évolution neutre! À ce titre il semble bel et bien que la majeure partie de la «divergence génétiques» entre les populations humaines actuelle soit le fruit de l’évolution neutre. [5] Même si donc John Hawks continue de soutenir que cela serait compatible avec sa théorie tandis que d’autres tels que Dienekes ou Daniel MacArthur y voient potentiellement un problème pour la dite théorie. Car voilà encore une fois je le précise, le but du présent billet n’est pas de dire «John Hawks se plante complètement» mais simplement comme l’avait déjà soulevé Laurence A. Moran, que l’hypothèse de John Hawks et al est bel et bien une hypothèse qui n’est pas prouvée, peut-être le sera-t-elle un jour mais peut-être ne le sera-t-elle jamais (et donc je m’abstiens de tout pari là-dessus)! Dès lors vous l’avez tous compris je pense qu’il faut toujours prendre avec des pincettes certaines hypothèses et cela même si elles sont le fait de scientifiques honnêtes, compétents et ayant eu raison sur d’autres points. Addendum:
 
Vous noterez que dans le présent message je ne suis pas revenu sur certains détails, notamment sur ce en quoi consisterait concrètement la très forte évolution adaptative qui aurait récemment affecté les populations humaines. John Hawks et al ne donnent que bien peu d’exemples, certes ils mentionnent la pigmentation, la capacité de digéré le lactose à l’âge adulte et la résistance à certaines maladies, le truc étant que personne ne nie l’existence d’adaptations durant l’histoire évolutive récente de notre espèce. Mais donc les exemples précédemment mentionnés même si très intéressants, ne constituent pas en eux-mêmes une démonstration de la thèse défendue par John Hawks et al. Je ne mentionne même pas certaines hypothèses particulièrement grotesques qu’ont formulé certains des collègues de John Hawks et qui ont déjà été décortiquées et réfutées par d’autres. Références:
 
[1] Perundurai S Dhandapany et al (2009), A common MYBPC3 (cardiac myosin binding protein C) variant associated with cardiomyopathies in South Asia, Nature Genetics [2] Irene Paradisi, Alba Hernández and Sergio Arias (2008), Huntington disease mutation in Venezuela: age of onset, haplotype analyses and geographic aggregation, Journal of Human Genetics [3] John Hawks et al (2007), Recent acceleration of human adaptive evolution, Proceedings of the National Academy of Sciences [4] Joseph K. Pickrell et al (2009), Signals of recent positive selection in a worldwide sample of human populations, Genome Research [5] T. Hofer, N. Ray, D. Wegmann and L. Excoffier (2009), Large Allele Frequency Differences between Human Continental Groups are more Likely to have Occurred by Drift During range Expansions than by Selection, Annals of Human Genetics
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