La sélection scientifique de la semaine (numéro 160)

– Un tiers de la nourriture produite dans le monde ne serait pas consommée, un gâchis qui coûterait quelque 400 milliards de dollars par an. (en anglais) – Agroalimentaire encore, avec une bactérie responsable de gastro-entérites qui devient résistante aux antibiotiques utilisés pour … Continuer la lecture

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Le trou noir géant qui était trop gros pour son âge

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quasar_credit-ESO_M. Kornmesser.jpg Dans l’univers, il y a des objets si gigantesques qu’ils font passer notre Soleil pour un grain de poussière. C’est le cas des trous noirs supermassifs, qui se trouvent au centre des grandes galaxies comme la Voie Lactée. Autour de ces trous noirs, la matière s’agglomère en des disques captifs de l’énergie gravitationnelle de ces monstres. Le centre hyperactif de ces galaxies, nourri par l’énergie du trou noir, forme ainsi une source de rayonnement radio d’une puissance colossale : des quasars, les objets les plus lumineux de l’univers. SDSS J0100+2802, comme l’ont numéroté les astrophysiciens, est l’un d’entre eux. Ce monstre émet 420 000 milliards de fois plus d’énergie que le Soleil, et le trou noir en son centre serait 12 milliards de fois plus massif que notre bonne vieille étoile. Cet objet remarquable se situe à 12,8 milliards d’années-lumière de nous… et s’est formé seulement 900 millions d’années après le Big Bang, ce qui en fait le quasar le plus lumineux découvert à ce jour pour cette période précoce de l’univers. “Ce quasar est unique,” explique Xue-Bing Wu, de l’université de Pékin, auteur principal d’un article sur cette découverte qui vient d’être publié dans la revue Nature. ”Un peu comme le phare le plus lumineux dans l’univers lointain, sa lumière incandescente nous guidera pour mieux enquêter sur les débuts de l’univers”. Moins poétique, son co-auteur Fuyan Bian, de l’institut d’astronomie et d’astrophysique de l’université nationale australienne (ANU) explique que cette découverte défie les théories sur la formation et la croissance des trous noirs à cette époque de l’univers. “La formation d’un trou noir si grand si rapidement est difficile à interpréter avec les théories actuelles”, déclare-t-il. En effet, lorsque la matière du nuage situé autour d’un trou noir supermassif accélère dans sa direction, sa température augmente, émettant de très grosses quantités de lumière qui repoussent la matière qui arrive derrière. Ce phénomène, que l’on nomme pression de radiation, devrait limiter la croissance des trous noirs, selon le Dr Bian. “Pourtant, ce trou noir au centre du quasar a gagné une masse énorme en un laps de temps court”, ajoute-t-il. Faudra-t-il revoir la théorie ? “Ce quasar est un laboratoire unique pour étudier la manière dont le trou noir d’un quasar et sa galaxie hôte évoluent ensemble”, affirme Yuri Beletsky, de la Carnegie Institution for Science (USA), autre co-auteur de l’article scientifique. “Nos découvertes montrent que dans un jeune univers, les trous noirs des quasars grossissaient probablement plus vite que leurs galaxies hôtes, bien que davantage de recherches soient nécessaires pour confirmer cette idée”. Les observations se poursuivent pour tenter de trouver d’autres quasar du même type… Crédit image : vue d’artiste d’un quasar (ESO/M.Kornmesser) Continue reading

La sonde DAWN en vue de la planète naine Cérès

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La planète naine Cérès, qui était autrefois classée parmi les astéroïdes (jusqu’en 2006), va très bientôt avoir pour la toute première fois  la visite d’une sonde, la sonde américaine Dawn. C’est le 6 mars prochain qu’aura lieu le premier rendez-vous tant attendu. Cérès n’est pas un corps comme les autres, il fait partie du petit club des astres du système solaire qui ont pu être (ou sont) habitables, notamment grâce à l’eau liquide qu’il semble renfermer.

Cérès imagé par DAWN le 12 février 2015 à une distance de 80 000 km (deux angles différents) (NASA/JPL).
Des mesures de densité ont déjà été effectuées sur Cérès et ont révélé qu’il était constitué pour 1/3 de glace. Les planétologues pensent que sous une énorme couche de glace se cache un océan liquide. On est à quasi sûrs qu’il a dû exister dans la jeunesse de Cérès quand il était plus chaud, et tout le challenge de la sonde Dawn sera de montrer s’il a été entièrement gelé ou bien s’il subsiste sous forme liquide.

Cérès ressemble ainsi un peu à Europe, satellite de Jupiter et à Encelade, satellite de Saturne, qui ont le même type de structure, grosse couche de glace avec potentiellement un océan liquide en dessous. Le gros intérêt de Cérès est qu’il se trouve bien plus près de nous que le monde des planètes gazeuses. Plus Dawn se rapproche de Cérès, meilleures sont les images qu’elle nous envoie. Ces dernières sont devenues meilleures que celles du télescope spatial Hubble à partir du mois de janvier. Le 12 février dernier, Dawn n’était plus qu’à 80 000 km du but et a envoyé des images très détaillées, sur lesquelles apparaissent des taches blanches un peu étranges dans des cratères. Certains planétologues pensent qu’il s’agit de glace de subsurface exposée par un impact d’astéroïde.

Une fois arrivée à proximité de Cérès, Dawn va être mise en orbite autour de la planète naine, à 13 500 km d’altitude, vers la fin du mois d’avril. Puis petit à petit, son altitude va être diminuée pour atteindre seulement 375 km à la fin 2015.  Cette très basse orbite permettra de produire des images avec une résolution impressionnante de seulement 35 m.
Cérès est très différent de Vesta, l’autre planète naine (ex astéroïde géant) que Dawn a déjà étudiée en détails en 2012. Cette différence est probablement due à la vitesse de formation respective des deux corps, qui a dû être de quelques millions d’années différente, suffisante pour qu’il subsiste moins d’éléments radioactifs ayant pour effet de chauffer le milieu. Vesta s’étant formée rapidement dans un milieu encore chaud, toute glace s’est vaporisée, alors que Cérès a pu conserver une bonne quantité de glace dans un milieu déjà plus froid.
Il existe aussi l’hypothèse que Cérès se serait formée beaucoup loin qu’elle n’est aujourd’hui, du fait de sa ressemblance avec Europe, Encelade, ou encore Pluton. Les chercheurs exploitant Dawn vont tenter de tester ces différentes hypothèses, par exemple en analysant la présence de certaines molécules qu’on associe à une formation en zone froide.
L’autre grand chantier de Dawn sera bien sûr de déterminer la structure interne de Cérès, quelles sont les différentes couches, y-a-t-il une couche liquide ? Ces évaluations seront effectuées grâce à des mesures de champ gravitationnel.
Vue d’artiste de la sonde Dawn (JPL/NASA)

Ce qui rend l’aventure de Dawn passionnante, c’est que c’est une sonde déjà rescapée. Elle est munie de roues gyroscopiques, des gros disques qui tournent pour produire un moment cinétique qui permettent de se positionner dans une direction donnée. Et juste avant son lancement en juillet 2007, les ingénieurs apprirent qu’il existait une défaillance sur ces roues gyroscopiques, mais c’était trop tard pour les changer. Le télescope Kepler est muni des mêmes roues gyroscopiques et c’est aussi ce qui l’a amené à de graves défaillances.
La première roue gyroscopique de Dawn tomba en rade en juin 2010, puis une deuxième en août 2012, alors que Dawn quittait Vesta. Les responsables de la mission, pour pouvoir arriver jusqu’à Cérès ont alors décidé d’utiliser un plan B, et de remplacer l’orientation par roues gyroscopiques (il en restait encore deux) par de brefs ajustements de propulseurs.
Dawn a la particularité d’emporter un stock de carburant (de l’hydrazine) mais qui n’est pas dédié à sa propulsion principale. Elle utilise un moteur à propulsion ionique, qui éjecte du xénon ionisé, en produisant une petite accélération, certes faible (il lui faut 9 jours pour passer de 0 à 100 km/h), mais suffisante pour atteindre ses objectifs. L’hydrazine économisée peut ainsi être utilisée pour ajuster l’orientation de la sonde.
Pour économiser du carburant une fois en orbite autour de Cérès, Dawn sera retournée en direction de la Terre moins souvent que prévu initialement, stockant plus de données et en envoyant plus par session de transmissions. Ces changements de protocole font que la mission durera plus longtemps que prévu et devrait prendre fin à l’été 2016.

Il est très probable qu’une fois la mission de Dawn menée avec succès, Cérès devienne la prochaine destination pour un futur atterrisseur à la recherche de traces de vie… Les mois qui viennent nous le diront.

Source:

Dawn probe to look for a habitable ocean on Ceres
Eric Hand
Science Vol. 347 no. 6224 pp. 813-814 (20 February 2015)
http://drericsimon.blogspot.com
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La sélection scientifique de la semaine (numéro 159)

– Il y a 70 000 ans une petite étoile, l’étoile de Scholz, accompagnée par une géante rouge, a traversé les confins du système solaire, passant à moins d’une année-lumière de nos ancêtres préhistoriques. – Un nouveau mystère martien, celui … Continuer la lecture

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La matière noire a-t-elle tué les dinosaures ?

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On ne l’a jamais vue, mais elle serait responsable des extinctions massives passées… et à venir potw1443a.jpgLa matière noire, c’est un peu l’Arlésienne de la physique : on en parle beaucoup, mais on ne la voit jamais. Pourtant, selon les théoriciens, cette fameuse substance qui nous échappe encore composerait 80% de la matière de l’univers (et 23% de tout l’univers, énergie comprise). Si on ne l’a pas directement observée, on a tout de même pu en mesurer les effets, notamment sur la gravitation dans l’univers. Aujourd’hui, il y a diverses hypothèses sur sa nature, mais on cherche toujours à la voir de près. Si l’on en croit l’étude que vient de publier un professeur de biologie de l’université de New-York, cette même matière noire pourrait fort bien avoir sur nous des effets dont nous nous passerions bien. Dans les Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, Michael Rampino évoque en effet une corrélation entre la matière noire et les extinctions massives qui se produisent sur notre planète de manière régulière. Il faut savoir que le Soleil effectue une course autour de la galaxie, et qu’il en fait le tour approximativement tous les 250 millions d’années (cela peut sembler lent, mais cela représente tout de même une vitesse approchant les 200 kilomètres à la seconde).  Durant ce parcours, le Soleil (et la Terre avec lui) effectuerait des passages réguliers au travers du disque galactique, une traversée qui se produirait environ tous les 30 millions d’années. Et c’est là où les choses se corsent. Car pour Michael Rampino, le disque galactique, et surtout la matière noire qui y est concentrée, perturberait les orbites des comètes qui orbitent dans la banlieue de notre système solaire, les envoyant dans des directions inhabituelles… qui amènerait certaines d’entre elles sur des trajectoires de collision avec notre planète. Ce serait donc pour cette raison que le bolide tueur de dinosaures nous aurait percutés, voici 66 millions d’années. Ce n’est pas tout. Pour le professeur Rampino, la matière noire s’accumulerait également dans le noyau terrestre. Ses particules, en s’annihilant entre elles, généreraient une chaleur considérable qui pourrait provoquer des éruptions volcaniques, la naissance de montagnes, des inversions des pôles magnétiques, un changement du niveau des mers et autres joyeux événements qui, eux aussi, connaîtraient un pic tous les 30 millions d’années. L’idée n’est pas totalement nouvelle. Déjà en 1998, un article dans la même revue astronomique mettait en avant ce cycle d’une trentaine de millions d’années et les possibles effets de la matière noire sur les trajectoires cométaires, mais sans envisager les conséquences pour le noyau terrestre. Michael Rampino suggère que les géologues incorporent ces découvertes astrophysiques afin de mieux comprendre certains événements, dont on pense aujourd’hui qu’ils ont des causes purement terrestres. Il pense également que son modèle pourra amener de nouvelles connaissances sur la distribution possible et le comportement de la matière noire au sein de la galaxie. Crédit photo : une vue par la tranche du disque galactique de NGC4762 (ESA/Hubble & NASA) Continue reading

L’étoile qui a frôlé le système solaire

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1436_binarysystem.jpg En ce temps-là, l’Europe était occupée par l’Homme de Néandertal. En ce temps-là, nos ancêtres avaient déjà commencé à migrer hors d’Afrique, mais ne s’étaient pas encore aventurés sur un continent encore en pleine glaciation. En ce temps-là, on pouvait aller en Angleterre à pied. En ce temps-là, un autre soleil est passé très près du nôtre. Lorsqu’on regarde le ciel aujourd’hui à partir de l’hémisphère sud, on peut voir une constellation poétiquement nommée la Licorne. A une vingtaine d’années-lumière dans cette direction se trouve une petite étoile (sa masse est de 8% de celle du Soleil) pas très brillante, dont la découverte n’a été annoncée qu’en 2013 : l’étoile de Scholz. A cette distance-là, c’est une voisine, même si d’autres étoiles sont beaucoup plus proches (comme le système d’Alpha/Proxima du Centaure, qui est à un peu plus de 4 années-lumières d’ici). Mais il y a 70 000 ans, les positions des étoiles dans la Voie Lactée n’étaient pas les mêmes. Car autant on peut avoir l’impression en regardant le ciel que tous ces points brillants sont immobiles, c’est loin d’être le cas : la galaxie est en mouvement, et les étoiles qui la composent “tournent” plus ou moins autour de son centre. C’est le cas de notre Soleil. C’est aussi le cas de l’étoile de Scholz. Il y a 70 000 ans, l’étoile de Scholz a frôlé notre système solaire. L’Homme de Néandertal ne s’en est pas aperçu, et nos ancêtres pas davantage, mais la naine rouge a tout de même traversé ce que l’on nomme le “berceau des comètes”, le nuage d’Oort. De quoi envoyer balader plus d’une boule de glace! En plus, l’étoile de Scholz n’est pas seule : elle a un compagnon discret, ce que l’on nomme une naine brune, un objet intermédiaire entre les géantes gazeuses de type Jupiter et de petites étoiles. C’est donc cette paire discrète qui a effectué une incursion très près de la Terre, du moins à l’échelle astronomique : elle est passée à 0,8 années-lumière du Soleil… Cela représente plus de mille fois la plus grande distance entre le Soleil et Pluton, mais vu de la galaxie, c’est à un cheveu. La découverte de ce passage a été effectuée par une équipe internationale emmenée par Eric Mamajek, de l’université de Rochester (USA). En analysant la trajectoire et la vitesse de l’étoile de Scholz, les chercheurs ont pu déterminer la date de ce passage, et le fait que la naine rouge et sa compagne sont passées au travers d’une zone peuplée de milliards de comètes. Ils viennent de publier leurs résultats dans la revue Astrophysical Journal Letters. Heureusement, l’étoile de Scholz est passée dans la frange extérieure du nuage d’Oort. Si elle avait approché la partie interne de ce nuage, elle aurait pu déclencher des pluies de comètes dans tout le système solaire, avec un danger pour la Terre. Ce ne fut pas le cas, et nos braves ancêtres n’ont probablement même pas remarqué une étoile filante de plus que d’ordinaire. Ce passage récent d’une étoile dans la banlieue du Soleil montre que la galaxie n’est pas un endroit très sûr. “D’autres perturbateurs du nuage d’Oort peuvent être tapis parmi les étoiles proches”, prévient Eric Mamajek. Le satellite européen Gaia, qui doit cartographier les distances et vitesses d’un milliard d’étoiles, devrait apporter des éléments sur le sujet. Qui sait, peut-être découvrirons-nous que d’autres étoiles sont passées encore plus près. Ou que d’autres vont venir nous rendre visite, dans quelques dizaines de milliers d’années… Crédit image : vue d’artiste de l’étoile de Scholz et de la naine brune qui l’accompagne, durant leur passage près du système solaire (Michael Osadciw/University of Rochester.) Continue reading

Une étoile à frôlé le système solaire il y a 70000 ans

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Red and Brown dwarf binary system
Une équipe internationale d’astronomes vient de découvrir qu’une petite étoile binaire était passée très près de notre système solaire il y a 70 000 ans seulement. Elle est passée si près qu’elle a traversé le nuage d’Oort, ce grand réservoir de comètes situé aux confins du système solaire.


Illustration de l’étoile binaire de Scholtz (Rochester University)
Bien que globalement les étoiles de notre Galaxie possède un mouvement de rotation autour du centre galactique, les vitesses et les directions d’étoiles voisines peuvent être assez différentes, pour des raisons propres à leur histoire respective. Il peut ainsi arriver qu’une étoile se rapproche d’une autre assez vite puis s’en éloigne aussi vite. C’est ce qui s’est passé avec cette étoile nommée WISE J072003.20-084651.2, mais surnommée (on comprend pourquoi) WJ0720 ou encore l’ « étoile de Scholtz », du nom de l’astronome allemand Ralf-Dieter Scholtz qui l’a découverte à la fin 2013 grâce à la mission WISE de la NASA (Wide-field Infrared Survey Explorer) qui a cartographié le ciel en infra-rouge.
L’étoile de Scholtz est composée de deux composantes, toutes les deux très petites, l’une est une étoile naine rouge dont la masse fait seulement 8% de celle du soleil et sa compagne est une naine brune (étoile non allumée) de seulement 6% de la masse du soleil. Elle a une faible luminosité malgré sa distance assez faible (elles sont à environ 20 années-lumière de nous aujourd’hui).
C’est en analysant la vitesse et la trajectoire de l’étoile de Scholtz que Eric Mamajek de l’université de Rochester aux Etats-Unis et ses collègues sont parvenus à retracer son parcours passé et montrent que cette étoile s’est approché du Soleil à une distance la plus courte connue à ce jour pour une étoile voisine, à seulement 0,8 années-lumière, 5 fois plus près que notre voisine la plus proche actuelle, Proxima Centauri. Cette distance est égale à 52000 unités astronomiques (une U.A est la distance séparant le Soleil et la Terre).
Dans leur article paru la semaine dernière dans The Astrophysical Journal Letters, les astronomes indiquent qu’ils sont sûrs à 98% que WJ0720 a traversé ce qu’on appelle le nuage d’Oort externe. Le nuage d’Oort est une sorte de coquille entourant le soleil à très longue distance s’étalant entre 0,5 et 1 année-lumière et peuplée de milliards de petits cailloux, qui sont autant de comètes potentielles lorsqu’une perturbation gravitationnelle vient modifier leur orbite. Et le nuage d’Oort est relativement épais, il peut être décomposé en ce qu’on appelle le nuage d’Oort interne, et le nuage externe.
Ce qui a intrigué Eric Mamajek et l’a poussé à regarder de plus près la trajectoire de l’étoile de Scholtz, c’est qu’elle avait une vitesse tangentielle très faible (sa vitesse apparente sur la voûte céleste) malgré sa distance faible. Normalement, les étoiles aussi proches ont une vitesse tangentielle assez grande. Il n’y avait que deux possibilités : soit l’étoile fonçait vers nous, ou soit elle s’éloignait de nous. Mais d’autres mesures, de sa vitesse radiale cette fois, ont été effectuées à l’ESO par Ivanov, coauteur de l’étude, et ses collègues, par des mesures du décalage Doppler, et ont montré que l’étoile de Scholtz s’éloignait directement de nous à très grande vitesse, environ 20 U.A/an, ce qui fait en unités « humaines » près de 340 000 km/h… ou environ 100 km/s si vous préférez.  Les chercheurs ont pour cela exploité deux grands télescopes, le Southern African Large Telescope (SALT) situé en Afrique du Sud et le Magellan Telescope de l’observatoire Las Campanas au Chili.
Structure du nuage d’Oort (The Electronic Universe Project)
En reliant sa vitesse radiale mesurée et la direction de son mouvement (obtenu par la combinaison des deux vitesses, radiale et tangentielle), les astronomes se sont rendus compte que l’étoile de Scholtz était passée très près du Soleil il y a très peu de temps à l’échelle cosmologique, à peine 70 000 ans.
Avant cette découverte, le passage d’étoile le plus proche était estimé être celui de l’étoile HIP 85605, qui est passée près du soleil il y a 240000 à 470000 ans, mais seulement à une distance (réestimée par Mamajek et al.) de 200 années-lumière, soit très très loin du nuage d’Oort du système solaire.
Mamajek et son équipe ont modélisé plus de 10000 trajectoires possibles pour WJ0720 à partir des données cinématiques, en prenant en compte un grand nombre de paramètres. 98% de ces trajectoires montrent que l’étoile est passée dans le nuage d’Oort externe. En revanche seulement 1 trajectoire sur 10000 arrive dans le nuage d’Oort interne. Ce résultat est important car ce sont des perturbations de cette zone interne du nuage d’Oort qui peuvent produire des pluies intenses de comètes, potentiellement dangereuses pour les planètes telluriques que sont Mars, Vénus ou la Terre. Le passage de l’étoile de Scholtz n’aurait donc eu qu’un impact négligeable sur notre système solaire et on peut s’en réjouir. Mais comme le fait remarquer Eric Mamajek, d’autres perturbateurs importants du nuage d’Oort peuvent se cacher dans des étoiles proches.

Même si la luminosité intrinsèque de ce type de naine rouge est très faible, elles peuvent être sujettes à des éruptions multipliant par mille leur éclat. Il est donc possible que l’étoile de Scholtz lors de son passage proche ait été visible à l’œil nu de quelques hommes de Neandertal admirant le ciel.
Le télescope Gaia lancé récemment par l’Agence spatiale européenne a pour mission de cartographier des milliards d’étoiles de la Galaxie en mesurant leurs vitesses et positions. Grâce à ces données, les astronomes pourront enfin déterminer avec précision quelles sont les étoiles proches qui se sont ainsi rapprochées de près du Soleil dans le passé ou qui vont le faire à coup sûr dans le futur.

Sources :
The closest known flyby of a star to the solar system
Eric E. Mamajek et al.
The Astrophysical Journal Letters, 800:L17, 2015 February 10

Neighbours hiding in the Galactic plane, a new M/L dwarf candidate for the 8 pc sample
R.-D. Scholz
Astronomy & Astrophysics 561, A113 (2014)
http://drericsimon.blogspot.com
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Le jour où le Soleil explosera

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10461394966_08065d9cd4_o.jpg Jusqu’ici, on s’imaginait que la longue vie de notre bon vieux Soleil serait un long fleuve presque tranquille. Pendant encore cinq milliards d’années, soit jusqu’au double de l’âge qu’il a aujourd’hui, il va continuer tranquillement à consommer son hydrogène. Mais ce combustible, qui alimente les réactions de fusion nucléaire de notre étoile, va finir par s’épuiser, du moins dans le coeur du Soleil. Celui-ci va se contracter sous l’effet de la gravitation, augmentant sa température,  provoquant l’expansion des couches externes où la fusion de l’hydrogène se poursuit encore, et débutant la fusion de l’hélium. Le Soleil deviendra alors une géante rouge, qui en quelques petits millions d’années englobera jusqu’à l’orbite même de la Terre, qui sera vaporisée. Si l’humanité a survécu, elle pourra peut-être aller se baigner sur les plages de Pluton, qui sera alors en zone habitable… L’évolution de la géante rouge va se poursuivre rapidement. La fusion de l’hélium durera environ 150 millions d’années. Alors que celui-ci s’épuisera peu à peu, le Soleil va peu à peu expulser une grande partie de sa masse vers l’extérieur. Le coeur, lui, se contractera dans une boule chaude guère plus grosse que la Terre (mais beaucoup plus massive), dans laquelle il n’y aura plus de réactions nucléaires : une naine blanche. La matière expulsée, elle, formera un joli spectacle pour les extraterrestres qui braqueraient leurs télescopes dans notre direction : une nébuleuse planétaire.

Une autre fin est possible

C’était en tout cas le scénario quasi paisible que les astrophysiciens envisageaient jusqu’ici pour le Soleil, jusqu’à aujourd’hui. Mais une étude qui vient d’être publiée dans The Astrophysical Journal laisse envisager une autre fin possible pour notre étoile. C’est en étudiant une étoile qui est en train de se transformer en nébuleuse planétaire que l’équipe dirigée par des chercheurs de l’Institut d’Astrophysique d’Andalousie a émis cette hypothèse, qui remet en cause la formation lente de ces nébuleuses. IRAS 15103-5754, c’est son numéro officiel, fait partie d’une catégorie pour l’instant très fermée (on en connaît seulement 16) que l’on nomme les “jets d’eau” (water fountains). Il s’agit d’étoiles en pleine transformation de géante rouge en nébuleuse planétaire, et dont les jets de matière qu’elles éjectent se détectent sous forme de radiations intenses (maser) produites par des molécules de vapeur d’eau. Dans le cas de IRAS 15103-5754, la vitesse de ce jet a intrigué les chercheurs. “Les molécules d’eau sont généralement détruites peu de temps après la formation de la nébuleuse planétaire, et dans les rares cas où une émission maser a été détectée, sa vélocité a toujours été très basse”, explique Luis F.Miranda, de l’université de Vigo, co-auteur de l’étude. “Dans IRAS 15103-5754, nous voyons pour la première fois une émission maser d’eau à des vitesses de centaines de kilomètres à la seconde. Nous sommes les témoins de la transition d’une étoile en nébuleuse planétaire en temps réel”. Pour Jose Francisco Gomez, de l’Institut d’astrophysique d’Andalousie et auteur principal de l’article, “La haute vélocité ne peut être expliquée que par la survenue d’une explosion.” “Nos résultats montrent que contrairement aux théories les plus répandues, lorsqu’une étoile se transforme en nébuleuse planétaire, une énorme explosion se produit — courte mais hautement énergétique — qui déterminera l’évolution de l’étoile dans les dernières phases de sa vie,” ajoute le chercheur. Si cette théorie est exacte, le Soleil pourra donc finir dans un grand “boum”… Crédit photo : Une éruption solaire (NASA/Solar Dynamics Observatory) Continue reading

La planète qui va être avalée par une géante rouge

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566413main_p1122a1_946-710.jpgC’est encore une découverte de ce brave télescope spatial Kepler : cette fois, il s’agit d’une planète de la taille de Jupiter, mais près de six fois plus massive, et dont le destin intrigue les astrophysiciens. Kepler 432b, c’est son nom, se situe à plus de 2000 années-lumière de nous, et serait l’une des exoplanètes les plus denses et massives que l’on connaisse. Elle tourne autour d’une géante rouge, une étoile qui ressemble probablement à ce que notre Soleil sera dans quelques milliards d’années, plus grosse, mais aussi (paradoxalement) plus froide. Il ne fait pourtant pas froid sur Kepler 432b, loin de là : les températures de surface de cette planète géante vont de 500 à 1000 degrés. Kepler 432b, effectue un tour complet autour de son étoile en 52 jours, à comparer aux 88 jours que Mercure met pour effectuer une révolution autour de notre Soleil. L’orbite de Kepler 432b est située à une distance légèrement inférieure à celle de Mercure au Soleil, mais elle est beaucoup plus elliptique que celle de Mercure, ce qui n’est pas courant pour des planètes aussi proches de leur soleil. Une masse inhabituelle, une orbite peu commune… Kepler 432b est une “anticonformiste”, selon les termes mêmes de ses observateurs. “La majorité des planètes connues qui tournent autour d’étoiles géantes ont des orbites larges et circulaires”, explique Mauricio Ortiz, du centre astronomique de l’université d’Heidelberg (Allemagne). Kepler 432b, elle, fait régulièrement des passages très près de son soleil, pour s’en éloigner un peu ensuite, ce qui explique les différences de température. Telle qu’on peut l’observer aujourd’hui, l’étoile Kepler 432 a environ quatre fois la taille de notre soleil, et n’a pas fini de grossir. Dans 200 millions d’années, elle sera devenu si grande qu’elle englobera jusqu’à l’orbite de ce Jupiter massif qui lui tourne autour… “C’est probablement la raison pour laquelle nous n’avons pas trouvé d’autres planètes de cette sorte”, commente Mauricio Ortiz. “Astronomiquement parlant, leur vie doit être extrêmement courte”. Reste que son existence même est un mystère : jusqu’ici, on pensait que ce genre de planète aurait été absorbée par son étoile relativement rapidement. Sur les quelques 1900 exoplanètes connues jusqu’ici, seulement 50 tournent autour de géantes rouges, et seulement cinq, Kepler 432b comprise, sont “inhabituellement proches” de leur étoile, et on n’a pu déterminer les données de masse et de taille que pour deux d’entre elles (dont 432b). “A ce point, il y a deux possibilités”, explique Simona Ciceri, du Max Planck Institut für Astronomie, “soit nous avons été inhabituellement chanceux d’avoir observé deux rares orbites planétaires proches, ou alors les planètes comme celles-ci survivent beaucoup plus longtemps qu’on le pensait précédemment”. Même si Kepler 432b est une “survivante”, elle est de toutes manières condamnée à (relativement) court terme. Les observations de Kepler 432b ont été menées en parallèle par deux équipes allemandes, l’une de l’université de Heidelberg, l’autre du Max Planck Insitut für Astronomie. Leurs résultats ont été  publiés dans la revue Astronomy & Astrophysics (ici et ).   Crédit image : Vue d’artiste d’une planète géante proche de son étoile (NASA, ESA, and G. Bacon (STScI)) Continue reading