A-t-on (enfin) détecté de la matière noire ?

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174735main_LEFTFullDisk.jpg La matière noire, c’est un peu l’homme invisible de la physique. Elle est là, elle est même très présente, puisqu’elle composerait 85% de la matière de l’univers. Seulement, elle n’émet pas de lumière, et ne l’absorbe pas non plus. Résultat : on ne peut pas la voir. En revanche, on sait qu’elle est là, par la théorie, mais aussi par les forces gravitationnelles qu’elle exerce, et qui participent à la cohésion de l’univers : sans matière noire, les galaxies s’éparpilleraient en petits morceaux façon puzzle. Alors, comment détecter quelque chose qui n’interagit pas, ou très peu, avec la matière? C’est l’objet de la quête de la matière noire, saga moderne pour les physiciens et astrophysiciens. Ceux de l’université de Leicester (Angleterre) viennent d’en vivre un épisode dramatique, mais qui pourrait ouvrir la voie vers la détection d’une particule de matière noire, l’axion. Le professeur George Fraser, directeur du centre de recherches spatiales de l’université de Leicester, auteur principal d’une étude publiée ce lundi dans la revue Monthly Notices of the Royal Astronomical Society n’en verra malheureusement pas la confirmation (ou l’infirmation) : il est décédé dramatiquement en mars. Mais qu’a donc découvert cette équipe ? “Le fond diffus de rayons X – le ciel, après que l’on ait enlevé les sources lumineuses de rayons X – paraît inchangé, quel que soit l’endroit d’où on l’observe”, explique l’un des co-auteurs de l’étude, le  Dr.Andy Read. “Cependant, nous avons découvert un signal saisonnier dans ce fond de rayons X qui n’a pas d’explication conventionnelle, mais qui est en accord avec la découverte d’axions.” Il semblerait, selon l’étude, que les axions sont produits dans le coeur du Soleil, et en réagissant avec les ceintures magnétiques qui protègent la Terre, ils se transformeraient en rayons X. Le signal dû à ces axions serait donc plus grand lorsqu’on l’observe en direction du Soleil. Axion_PR.png Cette étude est cependant discutée, il y a des pour, et des contre. “Ces découvertes excitantes, le dernier papier de George, pourraient être vraiment innovantes, et potentiellement ouvrir une fenêtre sur une nouvelle physique et pourrait avoir des implications énormes, non seulement pour notre compréhension du véritable ciel des rayons X mais aussi pour identifier la matière noire qui domine le contenu massif du cosmos”, déclare Andy Read. Il met cependant un bémol à son enthousiasme dans un entretien avec la revue Nature : “Nous avons trouvé un résultat inhabituel que nous ne pouvons expliquer par aucune méthode conventionnelle, et cette théorie de l’axion , elle, l’explique. Mais c’est juste une hypothèse, et beaucoup d’hypothèses ne survivent pas.” Christian Beck, qui a travaillé sur les axions à l’université Queen Mary de Londres (et n’a pas participé à l’étude) déclare au Guardian que “les axions de matière noire, ou des particules ressemblant aux axions, pourraient être responsables de ceci car elles peuvent se transformer en photons dans le champ magnétique terrestre. Cette découverte pourrait potentiellement être très importante. Ce qui est moins clair, cependant, est si toutes les autres explications de l’effet mesuré peuvent être exclues. Une véritable découverte de matière noire qui soit convaincante pour la plupart des scientifiques nécessiterait des résultats réguliers de plusieurs expériences différentes utilisant différentes méthodes de détection, en plus de ce qui a été observé par le groupe de Leicester”. Prudence donc, l’affaire des ondes gravitationnelles, toujours en suspens, montre que dans ce domaine il faut parfois attendre des mois après l’enthousiasme initial pour que la science tranche. Mais si elle s’avérait exacte, l’article de feu le professeur Fraser ferait date dans l’histoire.   Credits photos : - Image du soleil obtenue par la mission Stereo (NASA) - Schéma (pas à l’échelle) montrant les axions (en bleu) en provenance du Soleil se changeant en rayons X (orange) au contact du champ magnétique terrestre (en rouge), qui sont ensuite détectés par l’observatoire XMM-Newton. (© Université de Leicester). Continue reading

Voyager

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  Dans les planètes du système solaire, la plupart sont connues depuis l’Antiquité. Il s’agissait alors de repérer les points dans le ciel qui ne bougeaient pas avec les autres, ceux qui ne rentrent pas dans ces grands amas fixes que les grecs ont définis comme mes constellations.  On connaît alors les planètes rocheuses (Mercure, […]
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La sélection scientifique de la semaine (numéro 142)

- Grand article du Temps sur Ebola et VIH, deux virus venus de la forêt africaine. Voir aussi cette infographie du Monde.fr qui, en plusieurs panneaux, explique comment le virus Ebola s’en prend à l’organisme. – La consommation de sodas, en plus … Continuer la lecture

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Mimas, “l’étoile de la mort” a-t-elle des océans ?

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pia06258-browse.jpg On l’a surnommée bien improprement “l’étoile de la mort” du fait de sa forme caractéristique qui rappelle les films de la première trilogie de Star Wars. Mimas est l’une des lunes de Saturne, bien moins célèbre que sa grande soeur Titan. Il faut dire que Mimas est assez petite (entre 382 et 418 kilomètres de diamètre, en fonction des endroits, elle n’est pas totalement sphérique), et qu’à part le cratère géant qui la fait paraître tout droit sortie d’une production hollywoodienne, elle n’avait jusqu’ici pas beaucoup attiré l’attention. On avait certes théorisé, à cause de sa faible densité, qu’elle pouvait être principalement composée de glace d’eau avec seulement un peu de roc, mais peu d’éléments détaillés étaient disponibles sur le sujet. Aujourd’hui, ce sont les vacillations de Mimas dans son orbite autour de Saturne qui ont fait l’objet d’une étude emmenée par un astrophysicien de l’université de Cornell (USA), publiée dans la revue Science. Parmi les auteurs, des chercheurs français de l’IMCCE-observatoire de Paris et du laboratoire AIM de Paris-Saclay. En se penchant sur les données recueillies par la sonde Cassini, les scientifiques ont tout d’abord essayé de déterminer l’ampleur de ses oscillations, puis les ont modélisées afin d’en déduire la composition possible de l’intérieur de cette petite lune. Le résultat en est plutôt surprenant. ”Les données suggèrent que quelque chose ne tourne pas rond, façon de parler, à l’intérieur de Mimas”, explique Radwan Tajeddine, auteur principal de l’article, “les oscillations mesurées étaient le double de ce qui était prévu.” Deux hypothèses sont avancées par les chercheurs : soit Mimas a un coeur rocheux en forme de ballon de rugby, soit elle contient un océan d’eau liquide. Dans les deux cas, on aboutit à un résultat bizarre. Le coeur de Mimas, formé il y a plus de 4 milliards d’années, aurait dû prendre une forme sphérique. S’il restait ovale, ce serait un record pour la formation d’une lune, expliquent les scientifiques. Si Mimas possède un océan, elle rejoindrait alors le club fermé des mondes du système solaire qui possèdent de l’eau liquide, et serait la troisième lune de Saturne susceptible d’avoir un océan, après Titan et Encelade. Le club comprend aussi des lunes de Jupiter, dont bien sûr Europe, mais aussi Ganymède. Radwan Tajeddine explique cependant qu’un océan couvrant l’ensemble de la planète sous la couche de glace serait surprenant, du fait que la surface de Mimas ne présente aucune trace d’activité géologique. “Cette petite lune pleine de cratères pourrait bien être plus complexe que nous le pensions”, admet Radwan Tajeddine.   Crédit photo : Mimas, parfois surnommée “l’étoile de la mort” du fait de sa forme rappelant le film Star Wars (NASA/JPL/Space Science Institute) Continue reading

La géante de glace aux deux soleils

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PIA01492_modest.jpgElle a un nom à coucher dehors, comme la plupart des découvertes d’exoplanètes récentes. Si les astronomes utilisent entre eux des surnoms pour “leurs” planètes, ils se gardent bien de les communiquer au public, ce qui est sans doute un peu dommage… Celle-ci se nomme donc OGLE-2008-BLG-092LAb, un nom aussi compliqué à lire qu’un code barre, mais son intérêt est heureusement inversemement proportionnel à celui de son nom. Découverte par une équipe internationale menée par Radek Poleski, de l’université de l’Iowa (USA), elle est située à quelques 25 000 années-lumière, dans la direction du Sagittaire, cette planète serait le premier exemple d’une géante de glace de type Uranus que l’on ait jamais pu observer.

“Géante de glace”, c’est quoi ?

Dans notre système solaire, il y a deux sortes de géantes gazeuses. Les premières, Jupiter et Saturne, sont de grosses boules composées essentiellement d’hydrogène et d’hélium. Les secondes, Uranus et Neptune, sont appelées “géantes de glace“. Celles-ci, bien que comprenant également de l’hydrogène et de l’hélium (en plus petites quantités), contiennent aussi de fortes proportions de “glace de méthane”, d’eau, d’ammoniac et même un peu d’hydrocarbures. La catégorie des géantes gazeuses s’est étendue depuis que l’on a découvert des exoplanètes tournant autour d’autres étoiles. Les “Jupiters chauds“, par exemple, sont des géantes gazeuses de la taille de Jupiter ou plus grosses, et qui orbitent très près de leur soleil. Il y a également, désormais, les “Neptunes froids”, ou géantes de glace, (comme notre Neptune) et les “Neptunes chauds”, de composition similaire mais qui sont proches de leur étoile. Les “Neptunes froids” se limitaient pour l’instant à un seul exemple certain : Neptune elle-même. Il y a bien le cas de Kepler 421b, planète de la masse d’Uranus et qui se trouverait au-delà de la limite séparant les géantes gazeuses des planètes rocheuses, mais il doit probablement manquer quelques confirmations sur son statut. En effet, l’équipe de Radek Poleski, qui vient de publier les résultats de ses observations dans The Astrophysical Journal, affirme que sa découverte est une première…  

Une orbite influencée par deux étoiles

OGLE-2008-BLG-092LAb orbite donc autour d’une étoile qui fait les deux tiers de la masse de notre Soleil. La planète, elle, a quatre fois la masse de notre Uranus, mais tourne autour de son étoile à une distance pratiquement identique à celle d’Uranus autour du Soleil. Une orbite qui n’est pas totalement régulière : la deuxième étoile du système binaire, qui fait un sixième de masse solaire, est suffisamment proche pour perturber la planète.  

Merci aux lentilles gravitationnelles

Comment les astronomes ont-ils pu glaner autant de détails sur une planète aussi lointaine ? C’est grâce à un phénomène que l’on nomme “microlentille gravitationnelle“. C’est un peu comme si vous observiez un objet lointain avec une loupe, sauf que dans ce cas, c’est la gravitation qui joue le rôle d’amplificateur visuel. Cela ne se produit pas tous les jours, et les événements qui permettent d’observer la signature d’une planète dans la lumière ainsi observée sont rares. OGLE-2008-BLG-092LAb a eu de la chance : elle a été détectée grâce à deux événements  séparés : une première observation en 2008, qui a permis de découvrir l’étoile principale et suggérer la présence d’une planète, et une seconde observation en 2010, confirmant la présence de la planète et révélant l’existence de la seconde étoile. Toutes ces données ont permis à l’équipe de calculer les masses des deux étoiles et de la planète, ainsi que leurs distances respectives. “Nous avons eu de la chance de voir le signal de la planète, de son étoile hôte et de l’étoile compagnon”, déclarait Radek Poleski. “Si l’orientation avait été différente, nous n’aurions vu que la planète et nous aurions probablement pensé qu’il s’agissait d’une planète flottant librement dans l’espace”.   Crédit photo : Neptune, l’une des deux géantes de glace de notre système solaire avec Uranus (NASA/JPL) Continue reading

Les dinosaures ont vu des volcans sur la Lune

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14-284_0.jpgQu’il y ait eu des volcans sur la Lune, il n’y a rien de nouveau à cela. On estimait cependant jusqu’ici que les derniers volcans lunaires étaient éteints depuis belle lurette, et plus précisément depuis au moins un milliard d’années. C’était compter sans la persistance de l’un de ces engins vrombissants que nous avons tendance à envoyer un peu partout dans l’espace, et dans ce cas particulier, le Lunar Reconnaissance Orbiter, LRO pour les intimes. Ce petit robot, qui tourne autour de la Lune depuis 2009, vient en effet de livrer des indices qui ont amené une équipe de scientifiques de la NASA et de l’université d’état de l’Arizona à affirmer qu’il y aurait eu de l’activité volcanique sur la Lune voici moins de 100 millions d’années. Ce qui signifie que si un dinosaure avait eu la curiosité de regarder dans le ciel, il aurait pu voir des volcans sur la Lune. La découverte, qui fait l’objet d’un article scientifique dans la revue Nature Geoscience, est basée sur l’observation de dépôts rocheux caractéristiques sur la surface lunaire, et dont les chercheurs ont pu estimer l’âge, certaines zones pouvant même avoir moins de 50 millions d’années. Il n’y aurait donc plus eu de dinosaures pour observer les derniers volcans de la Lune, la météorite qui les a décimés datant d’environ 60 millions d’années. Les dépôts en question, trop petits pour être vus depuis la Terre, sont répartis dans les plaines volcaniques lunaires, et présentent une combinaison de textures particulière qui a été baptisée “irregular mare patches” (ou zones irrégulières des mers). Pour l’instant, les chercheurs en ont identifié 70 sur la face visible de la Lune. Une quantité qui va dans le sens non pas d’une activité exceptionnelle, mais bien d’un phénomène global lié à la nature du volcanisme lunaire. L’existence de tels dépôts démontrerait que l’activité volcanique sur notre satellite s’est ralentie progressivement au lieu de s’arrêter totalement voici un milliard d’années. “Cette découverte est le type de science qui va littéralement obliger les géologues à réécrire les manuels concernant la Lune”, affirme John Keller, du projet LRO (NASA). Elle a en effet aussi des conséquences sur notre compréhension de la nature du sous-sol lunaire. “L’existence et l’âge de ces zones irrégulières nous montre que le manteau lunaire devait rester suffisamment chaud pour fournir du magma à ces petites éruptions qui ont créé ces aspects inhabituellement jeunes”, affirme Sarah Braden, de l’université de l’Arizona et auteur principal de l’étude. Du côté de la NASA, on a bien l’intention de continuer à observer ces zones particulières pour en apprendre davantage…   Crédit photo : les traces laissées par le volcanisme récent de la Lune (NASA/GSFC/Arizona State University) Continue reading

La sélection scientifique de la semaine (numéro 141)

- C’était la semaine des prix Nobel. S’il était vivant aujourd’hui, Alfred Nobel créerait-il un Nobel de l’environnement ? (en anglais) – En sciences, la cuvée Nobel 2014 c’est : en médecine le GPS du cerveau, en physique les LED bleues, en … Continuer la lecture

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Bulletin météo pour une planète géante

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14-268.pngWasp 43 est une étoile qui a presque la taille de notre Soleil, mais la moitié de sa masse seulement. Située à environ 260 années-lumière, dans la constellation équatoriale du Sextant, elle est aussi plus orangée, et plus froide. Elle possède au moins une planète, Wasp 43b, qui est un “Jupiter chaud” (géante gazeuse avec une orbite proche), et qui passe régulièrement devant son soleil par rapport à nous, ce qui nous permet de l’observer par la méthode dite des transits. Wasp 43b a la taille de notre Jupiter, et serait 2 fois plus massive. Elle orbite autour de son étoile en moins de 20 heures, et se situe à une distance de quelques 2 millions de kilomètres de celle-ci, soit environ 27 fois plus près que Mercure ne l’est du Soleil. Mais ce qui distingue cette exoplanète des autres, ce n’est pas ses caractéristiques physiques, mais bien le fait qu’il pourrait s’agir de la première planète extrasolaire à avoir son bulletin météo. Une équipe de scientifiques vient en effet d’exploiter les données transmises par le télescope spatial Hubble pour établir “la carte la plus détaillée à ce jour” de la lumière qui en provient, ce qui a permis de comprendre les flux de températures de son atmosphère et de la vapeur d’eau qu’elle contient. La météo de Wasp 43b est loin d’être paradisiaque, ne rêvez pas de plages, de sable blanc et de douces brises marines. Là-bas, le vent souffle à la vitesse du son, la température diurne est de plus de 1600 degrés, assez chaude pour faire fondre du fer, et même les nuits “froides” (en comparaison) atteignent allègrement les 530 degrés. En plus, cette grosse boule constituée principalement d’hydrogène présente toujours sa même face à son étoile, il y a donc un hémisphère du jour et un autre de la nuit. Pour des vacances idéales, on repassera. Cela n’a pourtant pas empêché les scientifiques de regarder cette planète de près, et de cartographier les températures des différentes couches de son atmosphère, tout en détectant les traces de vapeur d’eau qu’elle contient. Ces observations ont fait l’objet de deux études : l’une sur l’abondance de l’eau dans l’atmosphère de l’exoplanète, parue dans The Astrophysical Journal Letters, l’autre sur la cartographie des températures de l’atmosphère en question, parue dans le journal Science. Les scientifiques ont observé trois rotations complètes de la planète, ce qui est en soi une première. En utilisant des techniques de spectroscopie, ils ont pu déterminer à la fois les températures et les quantités de vapeur d’eau présentes. Ces travaux vont permettre de mieux comprendre le fonctionnement de l’atmosphère des planètes gazeuses géantes, comme celle de Jupiter, ainsi que la formation de ces planètes, mais aussi la dynamique des atmosphères en général. “Ces mesures ont ouvert la porte à de nouvelles méthodes pour comparer les propriétés de différents types de planètes”, explique Jacob Bean, de l’université de Chicago, qui a dirigé les équipes de chercheurs. “Parce qu’il n’y a aucune planète avec des conditions aussi torturées dans le système solaire, définir l’atmosphère d’un monde aussi bizarre nous fournit un laboratoire unique avec lequel acquérir une meilleure compréhension de la formation des planètes et de la physique des planètes”, explique Nikku Madhusudhan, de l’université de Cambridge, co-auteur des deux études. “Dans ce cas, la découverte s’intègre bien aux modèles pré-existants sur le comportement de telles planètes.”     Crédit image : la carte des températures sur Wasp 43b : le noir indique les zones les plus “froides” (relativement parlant) et les zones les plus claires sont les plus chaudes, jusqu’à 1600 degrés. (NASA/ESA) Continue reading

L’étoile morte plus brillante que 10 millions de soleils

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14-270.jpgDans la galaxie du Cigare, il y avait un pulsar… Cela pourrait être le début d’une comptine, mais c’est en fait la surprenante découverte faite par une équipe internationale d’astrophysiciens. Le pulsar en question, qui est le résidu d’une explosion de supernova qui s’est condensé en une étoile extrêmement dense, émet en effet de l’énergie avec la puissance de dix millions de fois celle de notre Soleil. “C’est la Super-Souris des restes d’étoiles”, affirme Fiona Harrison, astronome au California Institute of Technology et co-auteur d’un article sur ce pulsar un peu bizarre qui paraît aujourd’hui dans la revue Nature. Situé au centre de la galaxie Messier 82, surnommée la “galaxie du cigare”, à 12 millions d’années-lumière, ce pulsar a été trouvé par hasard, lors d’une étude d’une supernova dans cette même galaxie. Il a tout d’abord identifié comme l’une des sources ultralumineuses de rayons X qui maintiennent la curiosité des astronomes en éveil. Jusqu’ici, l’hypothèse communément admise était que ces sources correspondaient toutes à des trous noirs. Mais cette source-là n’en était pas un, même s’il s’agit également d’une “étoile morte” : il pulsait, ce qui n’est pas le cas des trous noirs. “On considérait comme acquis que les sources X ultralumineuses devaient être des trous noirs massifs”, reconnaît Matteo Bachetti, de l’université de Toulouse et auteur principal de l’étude. “Lorsque nous avons vu pour la première fois les pulsations dans les données, nous avons pensé qu’elles devaient provenir d’une autre source”. En utilisant le téléscope spatial à rayons X NuSTAR, les chercheurs ont pu mieux comprendre cet objet stellaire. “Il a toute la puissance d’un trou noir, mais avec une masse plus faible”, explique Fiona Harrison. “On n’avait jamais rien vu de pareil”. Un pulsar est en effet censé avoir une ou deux fois la masse du Soleil, ce qui est probablement le cas ici, mais il brille 100 fois plus que la théorie le laisserait penser. Il y a en effet une limite à la brillance d’un objet en fonction de sa masse (la limite d’Eddington) et ce pulsar-là la dépasse allègrement. “C’est la plus extrême violation de cette limite que nous ayons jamais vue”, assure Dom Walton, co-auteur de l’étude. “On a vu des objets qui la dépassaient légèrement, mais ceci la fait exploser”. “On n’a jamais vu de pulsar qui s’approche d’une telle brillance”, ajoute le chercheur. ”Honnêtement, nous ne savons pas comment cela se produit, et les théoriciens vont remâcher ça pendant longtemps”. L’explication la plus probable pour sa luminosité extrême est que le pulsar en question a un régime alimentaire de trou noir : il se “nourrit” de la matière des étoiles environnantes, attirée par sa gravité. Mais le rythme auquel il absorbe cette matière intrigue les chercheurs. Ce pulsar-là va peut-être apporter un éclairage nouveau sur la manière dont les trous noirs peuvent grossir aussi vite, ainsi que sur la formation des galaxies…   Crédit photo : le pulsar (en rose) au centre de la galaxie Messier 82 (Nasa/JPL-Caltech)   Continue reading

Le Prix Nobel de Physique pour Vera Rubin, Parti Pris!

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Vera Cooper Rubin '48
Chers Académiciens des Sciences du Royaume de Suède,

Mardi 7 octobre, après-demain, aura lieu l’annonce du ou des lauréats du Prix Nobel de Physique pour l’année 2014. Mesdames et Messieurs les Académiciens des Sciences de Suède, je sors de ma réserve pour vous proposer, ou vous suggérer, voire vous inciter, pour ne pas dire vous implorer de considérer le cas d’une chercheuse qui mérite amplement de se voir attribuer ce fameux Prix. Je veux parler de madame Vera Rubin, aujourd’hui âgée de 86 ans.
Vera Rubin en 1948 (20 ans) à Vassar College
(Vassar Archive)
J’estime que les travaux de Vera Rubin sur la découverte d’une anomalie majeure de la dynamique des galaxies en 1970 et qui a mené des milliers de physiciens et d’astrophysiciens de par le monde depuis lors à étudier quelle pourrait être la raison d’une telle anomalie, appelée existence de matière noire, est une découverte majeure, au même titre que le fut la découverte de l’anomalie de la vitesse d’expansion cosmique mise à jour par Saul Perlsmutter, Brian Schmidt et Adam Riess en 1998 et pour laquelle vous leur avez décerné le Prix Nobel de Physique en 2011.
Faut-il rappeler que la nature du phénomène à l’origine de cette expansion accélérée de l’Univers, attribuée à une “énergie noire”, n’a pourtant encore jamais été déterminé, pas plus que celle à l’origine de l’anomalie de la dynamique des galaxies, la “matière noire”, découverte par Vera Rubin, ces deux concepts fondant pourtant le paradigme actuel en astrophysique et en cosmologie? Il est même assez aisé de prédire que l’impact de l’existence d’une matière invisible est plus important sur notre vision de l’Univers que ne pourrait l’être celui de la présence d’une énergie du vide.
Vera Rubin installant un spectrographe sur le 84 pouces
du Kitt Peak en 1970 (DTM/Carnegie Institution)

Vous aurez sans doute également remarqué, chers académiciens, que Vera Rubin est une femme. Et nous aurons aussi remarqué, nous, que vous ou vos prédécesseurs, depuis 1901, n’avez décerné le prix Nobel de Physique que deux fois à des femmes : une première fois en 1903 à Marie Curie (pour 1/4 du prix, partagé à la fois avec son époux Pierre Curie et avec Henri Becquerel), puis en 1963 à Maria Goeppert Mayer, à nouveau pour 1/4 du prix, partagé avec deux hommes. Etant donné la valeur des travaux scientifiques de Vera Rubin, rare femme ayant réussi a percer dans le milieu très très masculin (pour ne pas dire plus) de l’astrophysique aux Etats-Unis à la fin des années 1950, et ne pouvant pas croire que vous attendiez 2023 pour décerner un nouveau Nobel de Physique à une représentante de la moitié de l’humanité, fusse pour un quart du prix, vous vous honoreriez à décerner cette année le prix Nobel à cette astrophysicienne hors du commun qui a su convaincre ses pairs par ses travaux extrêmement novateurs à une époque où être une femme était tout sauf une aide dans le monde académique.

Vera Rubin vers 2010
(Michael A. Stecker)
Vera Rubin a suivi ses études a Vassar College dans l’Etat de New York, où elle prit goût à l’astronomie à la fin des années 1940. Elle poursuivit ses études supérieures là où les femmes étaient acceptées, ce fut à Cornell University, où elle eut la chance d’avoir pour professeurs des physiciens de talent, futurs nobélisés (Richard Feynman (1965) ou Hans Bethe (1967)). Elle poursuivit sa thèse de doctorat sous la direction d’un autre physicien déjà nobélisé, George Gamow (1946).
Le résultat de son travail de thèse, en 1954, consacré à l’étude des galaxies, fut déjà révolutionnaire, lorsqu’elle proposa que les galaxies se rassemblaient en vastes amas, un concept qui fut admis seulement vingt ans plus tard par la communauté scientifique. Ce n’est qu’en 1965 que Vera Rubin put être la première femme à pouvoir accéder au télescope du Mont Palomar, jusqu’alors réservé aux hommes…
Mesdames et messieurs les académiciens suédois, si ce n’est pour l’ensemble de ses travaux sur les galaxies, vous vous enorgueilliriez d’offrir le prix Nobel de Physique à Vera Rubin pour ses travaux sans précédents sur l’étude de la rotation des galaxies, qu’elle mena durant toutes les années soixante et soixante-dix et qui la menèrent à imposer observationnellement l’idée de l’existence d’une masse invisible à l’origine des fortes anomalies systématiquement  observées sur des milliers de galaxies.
Mesdames et messieurs les académiciens, vous avez attendu seulement 13 ans pour récompenser l’observation d’une anomalie de l’expansion de l’Univers, dont l’origine est totalement inconnue. Qu’attendez-vous pour récompenser l’observation de l’anomalie de la rotation des galaxies, vieille de plus de 45 ans, et de source tout aussi inconnue, mais pourtant fondamentale aujourd’hui en cosmologie ? Qu’attendez-vous donc pour récompenser le travail d’une femme, astrophysicienne ?
Mesdames et messieurs les académiciens, il se fait tard, et si jamais le nom de Vera Rubin ne vous inspirait pas, vous pourriez avantageusement vous tourner vers celui de Jocelyn Bell (71 ans), découvreuse en 1967 du premier pulsar, et dont vous ou vos prédécesseurs avez honteusement attribué la découverte et le prix Nobel en 1974 à celui qui n’était que son directeur de thèse et cosignataire des travaux…

Avec tous mes respects,


http://drericsimon.blogspot.com
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