La consanguinité augmente-t-elle la fertilité?

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Mariage_Enfants
Une récente vidéo de l’excellente équipe de «Dirty Biology» revient sur une étude de 2008 arrivant à la conclusion curieuse voulant que les unions entre cousins du troisième et quatrième degrés, seraient davantage fertiles que les unions entre individus moins apparentés. Les auteurs de cette étude, concluent que plus grande fertilité des cousins au troisième […]

Du Hip-Hop et de la Science!

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singe mélomane

(DIGITAURA/FLICKR/CC)

Quand on pense au Hip-Hop, on s’imagine être entouré de grosses cylindrées et d’une demi-douzaine de strip-teaseuses, mais surement pas de livres de ScienceEt pourtant … Bien au delà des 50 cents et autres Snoop Dogg (lion …),  il existe un rappeur qui s’est dit que ça serait une bonne chose que d’utiliser le Hip-Hop pour propager la culture scientifique!


Darwin on the MIC

Big ups to Darwin!
Baba Brinkman est un rappeur un peu différent des autres. Quand d’autres préfèrent parler de leur amour des femmes, lui se lance dans un savant mélange de Hip-Hop et de Darwinisme. Tout commence en 2008, lorsque Baba rencontre le Dr Mark Pallen lors de sa tournée au Royaume-Uni. Mark est à ce moment là en train de préparer son Rough Guide To Evolution, et, en amoureux inconditionnel de Hip-Hop, demande à Baba s’il pourrait accompagner son guide de l’évolution avec un peu de musique qui vient de la rue. Baba, passionné de Science se dit pourquoi pas!

De cette collaboration improbable né le Rap Guide To Evolution , qui devient le premier album de Hip-Hop “peer-reviewed” (les paroles ont été soumises à la critique de Mark Pallen et de  plusieurs biologistes).

Cet album, c’est un peu comme si Jay-z voulait te faire le cours de biologie évolutive en live 

Baba le dit lui-même dans Hypnotize, il a passé son temps à écouter Kanye West, Nas et Jay-z en lisant Richard Dawkins (“Cause I’ve been listenin’ to Kanye, Nas and Jay while reading Richard Dawkins“).
Et tout  y passe, l’ADN, la sélection artificielle, mais aussi notre origine africaine commune ou encore la psychologie évolutive. Et c’est bon, même très bon! Mention spéciale pour l’hilarante Creationist Cousins (n’oubliez pas les sous-titres):


Creationist Cousins – Baba Brinkman


Baba a toujours été passionné par la Science et surtout la théorie de l’évolution. Il voit notamment une analogie entre la sélection naturelle et la compétition entre les rappeurs pour atteindre la consécration et passer à la radio. Selon lui, le concept de sélection naturelle peut être résumé par cette citation de Pras des Fugees sur l’album The Score: “Too many MCs, not enough mics“. Remplacez MCs par individus et mics par ressources et Darwin est là! Pour Baba, si les individus ne sont jugés que sur leur aptitude à se reproduire et survivre, les rappeurs ne le sont que sur leur succès.

Darwin se met à la musique…

Évolution darwinienne de la musique de la génération N à N +1.
 
(Crédit: Robert M. MacCallum, Matthias Mauch, Austin Burt, Armand M. Leroi / PNAS)
Si la sélection naturelle fait rage parmi les artistes, d’autres scientifiques se sont dit que l’évolution de la musique devait elle aussi suivre les mêmes règles! Dans un article publié dans PNAS en 2012, MacCallum et ses collègues se sont demandé si la musique pouvait être issue d’une simple sélection darwinienne (culturelle) exercée par l’Homme sur le son. Pour y répondre, ils ont construit un programme informatique qui génère aléatoirement une population darwinienne de boucles audio de 8 secondes se reproduisant par deux à chaque génération. Leur particularité? Les internautes étaient invités à dire ce qu’ils pensaient des boucles à chaque génération (de “insupportable” à “j’adore”). Les boucles conservées à la génération suivante étaient issues de la “reproduction” de deux boucles ayant eut les meilleures notes. Dans cette expérience, les gènes étaient représentés par les caractéristiques des boucles: le rythme, les instruments utilisés, les notes, etc …

Au final, au bout de 2513 générations et l’oreille cobaye de 6931 internautes, le programme évolua de simples boucles audio aléatoires vers de la musique! Même plus, la musique finale était dominée par les instruments à cordes et avait une rythmique comparable à ce qui se fait actuellement. Notez bien que les chercheurs ont réussi l’exploit de parvenir à une forme de musique (avec ses codes) sans qu’aucun but artistique ne guide leur création, seulement la sélection darwinienne! Fort de leur succès, MacCallum et ses collègues ont relancé l’expérience sur leur site web Darwin Tunes The survival Of The Funkiest. N’hésitez pas à aller écouter l’évolution de la musique (de 0 à 8700 générations) sur Sound Cloud. C’est pas tous les jours que l’on peut écouter de la Science!

Revenons à notre rappeur darwinien

Baba, qui vient de publier un article dans la revue scientifique Evolution (Darwin on The MIC), ne s’est pas arrêté à l’évolution. En effet, on peut trouver dans sa discographie, un rap guide to medecine , un autre sur le business ou encore un sur les religions. Exaspéré par les pseudo-sciences en vogue aux USA, Baba produit même en 2010 son Rationalist Anthem (Hymne au rationalisme), inspiré d’une chanson de Jay-Z dans l’album The Blueprint3.

Bref, Baba c’est l’alliance aussi improbable que géniale de la musique de la rue avec la Science. Baba, c’est l’occasion de faire dire à TupacOnly Darwin can judge me“!


Natural Selection – Baba Brinkman

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Brontosaurus 2.0

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Si vous avez ne serait-ce qu’un modeste début d’intérêt pour les dinosaures, vous savez forcément que le nom Brontosaurus est un synonyme d’Apatosaurus. C’est simple, c’est dans tous les livres ! Explications : Brontosaurus, le lézard-tonnerre, fut baptisé ainsi à cause du souk qu’il faisait en se déplaçant, du moins dans l’esprit de son papa, le paléontologue [...]
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C’est pas la taille qui compte : une histoire de petits vers méconnus

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Neogossea-voigti45c
Au cours de mes recherches pour ma thèse, j’ai été amené à parcourir la littérature d’un certain nombre de groupes d’animaux. Ceux qui ont déjà lu certains de mes articles doivent bien avoir compris que ces animaux sont toujours bizarres ou méconnus. Dernièrement je suis tombé en fascination pour de tous petits animaux, les gastrotriches dont je vous ai parlé ici (histoire de vers microscopiques) ou là (les artistes minuscules). Certains gastrotriches ont plus spécialement attiré mon attention, un groupe appelé les Chaetonotida, ou chétonotides (prononcer kétonotides). Ce groupe est extrêmement commun. Pour l’anecdote le premier que j’ai vu (au microscope) je l’ai trouvé dans mon jardin en île de France. Ils vivent dans les milieux aquatiques ou humides et peuvent être extrêmement nombreux. La plupart des chétonotides se retrouve surtout dans les eaux douces, parfois en très grande concentration. Ils peuvent être minuscules, moins d’un dixième de millimètres pour certains, et sont souvent ornementés d’écailles et d’épines très complexes. Mais malgré leur omniprésence ils sont très peu étudiés. On ne connait quasiment rien de leurs écologie ou cycle de vie. La plupart des travaux sur ces animaux se sont limités à des descriptions taxonomiques (descriptions d’espèces) où à des travaux écologiques portant toujours sur la même espèce (Lepidodermella squamata) ou sur « Chaetonotus sp. », ce qui désigne plus ou moins la moitié des chétonotides… Heureusement quelques chercheurs se sont quand même penchés sur la biologie de ces animaux pas faciles à étudier (un dixième de millimètre, quand même, c’est difficile à manipuler !). Et comme on peut toujours s’y attendre avec les trucs peu étudiés, ils nous révèlent plein d’histoires rigolotes. 
Lepidodermella, le chétonotide « modèle ». Remarquez l’agencement des écailles ! (Source: gastrotriche top-modèle
Alors déjà un gastrotriche chétonotide, c’est quoi, et comment ça vit ? Tous les gastrotriches ont une ciliation ventrale, des espèces de « poils » cellulaires qui, quand ils battent à l’unisson, créent un mouvement. C’est d’ailleurs pour ça qu’on les appelle des gastrotriches, du grecque « gastro » : ventre et « tricho » : poil. Les gastrotriches utilisent donc cette ciliation ventrale pour se déplacer en rampant au fond de l’eau, ou parfois, quand le « cœur » (inexistant) leur en dit, nager. Mais les gastrotriches ne bougent pas seulement grâce à leurs cils et ont aussi des muscles (malgré leur taille riquiqui). Leurs muscles les plus puissants sont présents dans leur pharynx, qui est un tube, et quand les muscles du pharynx vont se contracter, le volume à l’intérieur du pharynx va augmenter et l’eau va être aspirée. Ainsi ils vont se nourrir en « suçant » (aspirant) tout ce qui leur plait et qu’ils auront préalablement goûté avec leurs cils sensoriels faciaux. Jusque-là rien de bien impressionnant me direz-vous, vous aussi vous pouvez aspirer des trucs. Oui mais à ces dimensions l’eau ne se comporte plus comme le liquide que l’on connait mais plutôt comme de la mélasse super épaisse. Maintenant ouvrez un pot de miel, mettez-y la bouche, et aspirez ça comme vous le feriez avec un flan. Si vous y arrivez c’est probablement que vous avez des super pouvoirs de gastrotriches (essayez de nager avec vos poils maintenant pour confirmer ça). De cette manière nos minuscules chétonotides peuvent aspirer le contenu des cellules végétales qu’ils trouvent, voici une vidéo parlante :
Remarquez la précision et la « puissance » avec laquelle le gastrotriche absorbe sa nourriture. Si ce ne sont pas de vrais petits monstres…
Ok, une manière originale de se nourrir. Enfin pas tant que ça, des animaux suceurs avec un pharynx musculeux, il y en a beaucoup, je ne vais pas rentrer dans les détails (Nielsen 2003). Aussi, il semble que parfois les chétonotides aspirent une cellule sans la casser et se retrouvent avec une cellule vivante d’une euglène (un organisme unicellulaire commun en eau douce) qui se balade joyeusement dans leur intestin. Seulement voilà, un gastrotriche c’est petit, et une euglène, pour un truc qui n’est constitué que d’une cellule c’est gros, et du coup on a des gastrotriches à l’air pas très finnot qui se retrouvent avec une (voire même plusieurs !) euglène qui fait à peu près un dixième de leur taille dans le bide. L’euglène en plus a l’air de bien profiter de la vie dans cet environnement et ne se prive pas de mouvements. C’est un peu comme si vous promeniez avec un chat agité dans le ventre. Ces observations ont été faites très récemment et publiées seulement cette année, en 2015 (Kisielewska et al. 2015). Autant dire qu’au vu des connaissances faibles qu’on a des gastrotriches et des euglènes, ben on a encore moins idée de comment s’organise cette association. L’euglène est-elle un parasite ? Est-ce juste une « erreur » du gastrotriche (bien que ça ait été observé plusieurs fois) ? Simplement une proie longue à digérer ? Ou est-ce que les gastrotriches en tirent un quelconque avantage ? Aucune réponse n’est encore possible, et ce mystère reste à éclaircir.
La présence de trois euglènes encombrantes vivantes dans l’intestin d’un gastrotriche ! Source :  Kisielewska et al 2015.
Des mystères, des mystères, plein de mystères ! Mais ce n’est pas fini ! Quelles autres histoires les gastrotriches nous réservent-ils ? Au fond des eaux douces, dans la faune microscopique, il y a toute une clique de compères qui se balade. Un des grands compagnons du gastrotriche, c’est le rotifère. Plus précisément le bdelloïde. Sophie en a parlé ici (minuscules super-héroïnes) , et elle vous a expliqué que depuis plusieurs millions d’années, le bdelloïde se reproduit sans sexe. On n’a que des femelles clonales et aucun mâle ne semble exister. D’une les mâles n’ont jamais été trouvés, mais aussi, récemment, l’étude du génome d’un bdelloïde montre qu’il n’y a aucune trace de reproduction sexuée. Considérant la diversité du groupe et son âge évolutif, c’est un cas unique chez les animaux, les groupes à reproduction strictement asexuée sont souvent plus restreints que les bdelloïdes, qui sont omniprésents sur la Terre entière. Au même titre, pendant très longtemps, les mâles n’ont jamais été trouvés chez les chétonotides, et c’était écrit noir sur blanc dans les bouquins universitaires, là où l’on trouve les connaissances souvent gravées dans le marbre : « les chétonotides ne présentent que des femelles et se reproduisent de manière assexuée » (Hyman 1951). Après tout pourquoi pas, s’ils vivent dans le même milieu que les bdelloïdes, on peut penser que les même causes entraînent les même conséquences (mais il ne faut jamais penser ça en biologie évolutive, voyez la suite). C’était sans compter sur nos faibles connaissances sur ce groupe. Car il y a de cela déjà quelques décennies, dans les années 80, des mâles ont été trouvés chez les chétonotides. Des mâles ? Ouais, enfin des mâles/femelles, des individus hermaphrodites, comme l’escargot. Des gastrotriches avec à la fois des œufs et du sperme. Mais alors comment se fait-il que les testicules des chétonotides nous aient échappés pendant plus de cent ans ? C’est que ces, petits, petits cachotiers n’en n’ont pas en permanence, et après cette découverte, leur cycle de vie a enfin pu être élucidé. L’espèce la plus étudiée est Lepidodermella squamata, un gastrotriche aux délicates écailles, pourtant élevé en culture pendant des décennies. Cependant un auteur fut surpris un jour de trouver des testicules dans ces animaux. Et après quelques études, il résolu enfin le mystère. Chaque Lepidodermella naît femelle. Puis elle va invariablement déposer quatre œufs issus d’une reproduction asexuée. Une fois cette tâche accomplie, madame va devenir un monsieur (tout en restant madame en même temps, vous me suivez ?) et va se voir pousser des testicules tout en gardant des œufs. La modalité de reproduction est encore inconnue (est-ce que les animaux s’accouplent ? Se fécondent eux même ? Qui sait, ce sperme ne sert peut-être à rien) ? Alors les gens ont commencé à se douter qu’il n’y avait pas que Lepidodermella qui faisait ça, à cause d’un certain nombre de mentions dans la littérature à propos de testicules dégénérés chez d’autres chétonotides. Puis un type, en 2001 (Weiss 2001), relativement récemment donc, a enfin décidé de chercher sérieusement des testicules chez les autres chétonotides, et Eurêka ! Il en a toujours trouvé chez toutes les espèces étudiées ! En gros c’était là, sous nos yeux, fallait juste chercher… Il y a de cela 15 ans, avant que cet auteur ne cherche vraiment des organes mâles, on n’avait donc aucune idée du cycle de vie de ces animaux omniprésents dans les milieux d’eau douce… Et permettez-moi de rajouter que ce mode de reproduction (parthénogenèse/reproduction asexuée obligatoire suivie d’un hermaphrodisme simultané c’est-à-dire mâle et femelle en même temps), semble être unique chez les animaux !
Ici la preuve de la présence simultanée de sperme et d’œufs chez un gastrotriche chétonotide (les flèches rouges indiquent le sperme et les bleues les œufs). Source : Weiss 2001.
Donc, les chétonotides sont petits et difficiles à étudier, si petits qu’on n’a compris leur sexualité que relativement tard. Soit. Mais à part le mode de vie d’un type d’organismes, il est bon de connaître la diversité du groupe auquel il appartient. Comme je vous l’ai dit les chétonotides possèdent de minuscules, nombreuses et parfois complexes écailles. Elles ne sont pas seulement complexes dans leur forme mais aussi dans leur organisation. Toutes les écailles ne sont pas identiques, et on va retrouver des écailles différentes sur le corps de l’animal. C’est important car cette organisation complexe des écailles ainsi que leur diversité, est le moyen le plus utile pour les scientifiques de reconnaître les différentes espèces de chétonotides. Jusqu’ici tout va bien, et avec un bon microscope il n’est pas difficile d’identifier un chétonotide. Seulement un problème a été soulevé lors d’une autre étude sur Lepidodermella (notre chétonotide « modèle »). En effet, la comparaison d’animaux clones (dont on était sûr qu’ils n’étaient pas le produit d’une reproduction sexuée) a montré qu’entre différents clones, on pouvait trouver de la variation dans l’organisation des écailles ! « Oui bon, y’a des variations entre jumeaux et c’est pas un drame » me direz-vous, mais chez Lepidodermella, le nombre de cellules est fixe. Pas de variation dans l’arrangement cellulaire possible donc ! C’est toujours le même nombre et arrangement d’un individu à l’autre.  Pire encore, cette variation entre écailles se retrouve aussi entre chaque côté de l’animal ! En gros cela signifie qu’il y a parfois une asymétrie entre les écailles d’un côté et de l’autre. Ce problème n’est pas anodin car les chétonotides sont déjà un « bordel  taxonomique ». En effet, une étude récente a montré que le genre Chaetonotus était tellement mal défini qu’on le retrouvait partout dans l’arbre évolutif des chétonotides (Kånneby et al. 2012). Pour faire simple, tout comme les poissons, « Chaetonotus n’existe pas ». Alors imaginez quelle dimension prend ce problème si on remarque que toute notre classification se basait sur un caractère qui varie entre individus génétiquement identiques… On peut apercevoir un énorme casse-tête taxonomique pointer le bout de son nez. Et pour des organismes si nombreux et omniprésents, ce n’est pas un problème anodin.
Illustration de l’asymétrie que l’on peut trouver sur les écailles ventrales de Lepidodermella au niveau des flèches. Source Amato et Weiss 1982.
Après ce petit tour des mystères qu’on trouve chez nos petits et adorables chétonotides, on comprend l’ampleur notre ignorance concernant la biodiversité qui nous entoure, et c’est bien la raison pour laquelle le sujet des « vers étranges » est intarissable. C’est là que se trouvent les derniers territoires inexplorés de la zoologie, et ils sont vastes. Ici c’était un aperçu très rapide de quelques problèmes qui existent avec les chétonotides, mais j’ai passé sous silence la moitié des gastrotriches : les « macrodasyides » ! Alors au final la question que l’on peut se poser est : est-ce parce qu’on ne les étudie pas que ces organismes nous cachent tant de mystères et qu’ils semblent si uniques, ou est-ce à l’inverse parce qu’ils sont uniques et si étranges, et donc qu’ils sont difficiles à étudier, qu’on ne les connait pas ? Comme souvent en biologie, la réponse se trouve probablement quelque part entre les deux.
Pour finir deux photos de jolis gastrotriches chétonotides semi planctoniques un peu moins communs que ceux qu’on a l’habitude de voir, parce que les photos de publis en noir et blanc, ben c’est pas joli ! Donc en haut Neogossea voigti et en bas, Stylochaeta fusiformis. Si vous voulez d’autres photos allez voir ici, sur le site de cet habile photographe : photographe patient.
Et la bibliographie :
Sur le pharynx suceur (notamment chez les animaux en général) :
-Nielsen C. 2013. The triradiate sucking pharynx in animal phylogeny. Invertebrate Zoology, 132(1), 1-13.
Sur les Euglènes :
-Kisielewska G., Kolicka M. et Zawierucha K. 2015. Prey or parasite? The first observations of live Euglenida in the intestine of Gastrotricha. European Journal of Protistology 51, 138–141.
Sur les Gastrotriches hermaphrodites :
-Hummon M. R. 1986. Reproduction and Sexual Development in a Fresh-Water Gastrotrich. 4. Life History Traits and the Possibility of Sexual Reproduction. Transactions of the American Microscopical Society,  105(2), 97-109.
-Hyman L. H. 1951. The Invertebrates: Acanthocephala, Aschelminthes and Entoprocta, The pseudocoelomate Bilateria, Volume II. 
-Weiss M. J. 2001. Widespread Hermaphroditism in Freshwater Gastrotrichs. Invertebrate Biology, 120(4),308-341.
Sur les écailles et la taxonomie tordue :
-Amato A. J. et Weiss M. R. 1982. Developmental Flexibility in the Cuticular Pattern of a Cell-Constant Organism, Lepidodermella squammata (Gastrotricha). Transactions of the American Microscopical Society, 101(3), 229-240.
-Kånneby T., Todaro M. A. et Jondelius U. 2012. Phylogeny of Chaetonotidae and other Paucitubulatina (Gastrotricha: Chaetonotida) and the colonization of aquatic ecosystems. Zoologica scripta, 42(1), 88–105.
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Une Grande Dame de la paléontologie nous a quittés

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ZofiaKielan
Zofia Kielan-Jaworowska n’est plus. Notre grande polonaise, celle qui a révélé en pionnière et mis en lumière dans toute leur étonnante diversité ce qu’avait été les Mammifères au cours du Secondaire s’est éteinte à l’âge de 89 ans. Elle laisse une œuvre considérable en même temps qu’un souvenir impérissable : elle a suscité bien des vocations, [...]
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Quand la biologie devient sale …

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un canard curieux
Éloignez les enfants, aujourd’hui on va aller se perdre dans les coins sombres de la recherche en écologie, plus précisément de l’écologie comportementale. Oui, parce que l’écologie comportementale c’est la science des pandas, des gazelles et des jaguars … mais pas que. Non, vraiment pas que. Aujourd’hui ça va être sale, très sale.

Posons rapidement un cadre, la recherche ça marche comme ça: des équipes de chercheurs de partout dans le monde travaillent très fort sur un sujet, pendant très longtemps et un beau jour ils se décident à publier un article. Les articles produits par un chercheur sont super importants car c’est l’aboutissement de son travail, la reconnaissance enfin tant attendue de ses collègues, ainsi qu’un moyen d’avoir des financements … ou simplement un poste (oui…).

Mais vous me direz, tous les articles ne se valent pas? Et vous auriez raison, effectivement tous les articles ne se valent pas, et c’est là qu’interviennent les journaux scientifiques qui publient les articles. Les journaux scientifiques sont les arbitres de ce beau monde qu’est la recherche. Soumettre un article à Science par exemple c’est en quelque sorte aller draguer la plus jolie fille du bar alors qu’on est encore qu’un ado mal dans sa peau qui ne connait que les filles en JPEG. Maintenant que nous savons tout ça, de quoi allons nous parler aujourd’hui? De la jolie fille accoudée au bar dégustant son Kir Royal ou de Raymond qui reste assis à côté du jukebox en sirotant sa bière? Ben … à peu près par là:

Merci Power Point!

Une histoire de canard mort …

Tout commence par cet article scientifique publié le 9 novembre 2001 par Kees Moeliker dans la revue Deinsea qui est le journal du Muséum d’Histoire Naturelle de Rotterdam:


Oui, vous avez bien lu le titre: Premier cas de nécrophilie homosexuelle chez le canard colvert.

L’histoire commence le 5 juin 1995, alors que Kees Moeliker travaillait tranquillement au Muséum, il entendit un “Bang” inhabituel provenant de la grande vitre qui borde son bureau. Malgré le fait que cet ornithologiste expérimenté avait l’habitude d’entendre de nombreux chocs provenant de cette vitre (ce qui signifiait qu’un nouvel oiseau venait de se prendre la vitre de plein fouet et qu’il allait rejoindre les collections du Muséum), celui-ci était plus bruyant que les autres. Kees regarda par la vitre, et compris qu’un canard venait de s’écraser contre la vitre. Mais sa surprise fut totale lorsqu’il vit le corps du canard sans vie gisant par terre, être rejoint par un congénère. Celui-ci ne se contenta pas de pleurer son ami tombé au champ d’honneur, mais se dit qu’il serait plus intéressant de …. comment dire … ben … de s’accoupler avec lui … pendant 72 minutes! Kees, qui observait la scène, ne manqua pas de relever que le canard mort était lui aussi un mâle. Il prit des photos de cette scène surréaliste et l’histoire aurait pu s’arrêter là.

Figure tirée de l’article en question. Je crois que tout le monde comprend ce qui est en train de se passer …

Mais c’est sans compter sur le fait que Keed Moeliker est un scientifique, qui, comme tout scientifique, se doit de communiquer au monde ses observations. 6 ans plus tard, il se dit qu’il ne pouvait garder une seconde de plus ce terrible secret pour lui et publia l’histoire du canard violeur nécrophile dans un journal scientifique.

Une fois la lecture de cet article achevé, je me suis dit que c’était quand même étrange, et pas mal WHAT THE FUCK pour un article scientifique. Et, poussé par une curiosité que je n’explique pas, je me suis demandé si cet article avait été cité ailleurs dans la littérature scientifique.

Alice qui s’aventure dans le terrier du lapin blanc…

Et quelle ne fut pas ma surprise de voir que cet article est cité 8 fois dans Google Scholar. Parce que OUI, la nécrophilie c’est un sujet sérieux! On trouve par exemple:

- Un cas de nécrophilie relevé chez le crapaud publié dans North-Western Journal of Zoology. Les auteurs mentionnent qu’au détour d’une balade dans la forêt brésilienne, ils ont surpris un couple de  crapauds en plein ébat. Ils se sont approchés, mais seulement l’un des deux amants s’enfuit (le mâle). C’est la qu’ils comprirent que la femelle était morte depuis quelque jours au vu d’un développement précoce de bactéries et de champignons …


- Un autre cas publié dans Herpetology Notes chez le lézard arc-en-ciel. Ici l’histoire se résume à un mâle errant qui s’accoupla à plusieurs reprises avec une femelle écrasée par une voiture sur la route. Les auteurs expliquent l’étrange comportement du mâle par le fait que “le corps de la femelle avait dû être chauffé par les rayons du soleil de cette après-midi d’été” (je n’invente rien, c’est dans l’article).

- Mais ces exemples ne sont rien à côté des terribles manchots de la Terre Adélie. En 1912, l’explorateur George Murray Levick fut contraint de passer l’hiver antarctique en attendant son bateau sur la Terre Adélie. C’est alors qu’il se mit à observer les manchots … et ce qu’il observa fut – selon ses dires – le pire à supporter. Au programme: Viols à plusieurs, nécrophilie, pédophilie, rapt, etc … bref, il fait pas bon d’être un manchot! Levick fut tellement choqué qu’il consigna ses observations en grec afin de réduire le nombre de personnes pouvant lire le carnet de note de l’explorateur.


Mais revenons à notre canard nécrophile

Après la publication de son article, Kees Moeliker, fut contacté par Marc Abraham (fondateur du journal Improbable Research) pour recevoir l’Ig Nobel 2003 de biologie. Il y avait finalement une certaine continuité avec l’Ig Nobel de l’année précédente (2002) attribué à Norma. E. Bibier et ses collaborateurs pour leurs travaux sur le comportement nuptial des autruches vis-à-vis des humains dans les conditions agricoles en Grande-Bretagne. En tout cas, Kees a de l’humour à revendre, et fut très heureux de gagner l’Ig Nobel de biologie. Il instaura même la journée du canard mort (Dead Duck Day) dans son muséum au Pays-Bas (le 5 juin). Pour vous montrer à quel point Kees a de l’humour, allez regarder sa conférence TED (sous-titré en français) sobrement intitulée “Comment un canard mort a changé ma vie“. On se marre bien avec Kees!

Si vous passez à Rotterdam le 5 juin …
La morale de cette histoire au final c’est que …c’est pas facile de trouver une morale à tout ça! Disons que la prochaine fois qu’un ami vous dit que la Nature c’est ce qu’il y a de plus beau, à l’image d’un télétubbies qui nage dans de la guimauve en arc-en-ciel … rappelez-lui que derrière ce beau paysage se cache parfois un canard!
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La baleine qui monte, qui monte, qui monte…

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LocalisationBaleine
On a trouvé une baleine à bec dans des sédiments du Miocène (17 ma) près de la vallée du Rift, au Kenya, à 620 mètres d’altitude et à 740 km du rivage de l’océan Indien ! De fait c’est une redécouverte : le fossile était considéré perdu. Cette retrouvaille peut être qualifiée de résurrection car cette baleine [...]
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