Les attaques terroristes auraient un effet sur la natalité

Lorsqu’on pense aux effets directs et indirects du terrorisme, on n’imagine pas forcément la courbe de natalité. Pourtant, selon deux chercheurs, dans les pays qui ont connu des actes terroristes, on constaterait des infléchissements du taux de natalité (et du taux de fécondité). Les docteurs Claude Berrebi, de l’université Hébraïque de Jérusalem, et Jordan Ostwald, de la RAND Corporation, ont pu déterminer qu’en moyenne, les attaques terroristes affecteraient à la fois le nombre d’enfants qu’une femme pourrait avoir durant sa vie et le nombre de naissances qui se produisent chaque année. Les deux chercheurs, qui viennent de publier leurs résultats dans le Oxford Economic Papers, ont étudié les données relatives à des actes terroristes entre 1970 et 2007, ainsi que les données démographiques correspondantes, sur un ensemble de 170 pays. L’étude explique que ”le terrorisme agirait sur la fertilité au travers de l’incertitude sur l’emploi, le stress psychologique, les soucis d’argent et les problèmes de santé, qui peuvent causer des déclins significatifs et à court terme de la fertilité en affectant des facteurs liés, comme l’âge auquel on a son premier enfant, l’âge lors du mariage, la fréquence des rapports sexuels et les migrations liées au travail”. “Même si les attaques terroristes se produisent relativement rarement, elles génèrent une quantité de stress et de peur disproportionnée, ce qui suggère que leurs effets directs pourraient être faibles en comparaison avec un éventail d’effets indirects plus importants et plus étendus”, ajoutent les chercheurs. L’influence en question, une réduction de 0,018% du taux de fécondité dans les deux ans suivant un accroissement d’attaques terroristes, serait “statistiquement significative” : pour un million de femmes, 18 000 enfants de moins naîtraient, sur la durée d’une vie. Le Dr Berrebi, cité par The Australian, admet qu’il a été surpris par l’importance de cet impact :”Cela veut dire que les actes terroristes affectent nos vies bien davantage que ce que nous pensions initialement, bien plus que des dommages économiques ou des morts.” Continue reading

Les hommes et les femmes ne sont pas égaux… dans l’espace ?

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spaceradiationgenderillustration59459.jpg.jpegLa différence homme-femme dans l’espace n’est pas un nouveau sujet de controverse sexiste, et n’a rien à voir avec le “shirtgate” du malheureux Matt Taylor. La NASA et le National Space Biomedical Research Institute (NSBRI) se sont intéressés aux différences biologiques et psychologiques des astronautes en fonction de leur sexe et de leur genre (sexe se référant à l’identité biologique, et genre à l’identité sociale). Le résultat de cet atelier est une série d’études qui viennent d’être publiées dans le numéro de novembre du “Journal of Women’s Health.

Les différences homme-femme dans l’espace

  • Les astronautes de sexe féminin sont davantage sujettes à l‘intolérance orthostatique qui se manifeste, après un séjour dans l’espace, par l’incapacité à se tenir debout durant des périodes prolongées sans s’évanouir. Cela pourrait s’expliquer par des problèmes liés à la circulation vasculaire dans les jambes.
  • Les femmes ont une plus grosse perte de volume de plasma sanguin que les hommes pendant les vols spatiaux. Cela induirait un rythme cardiaque accru chez les femmes, et une résistance vasculaire accrue chez les hommes (ces observations nécessitent davantage d’études dans l’espace).
  • Le syndrome VIIP (réduction de la vue due à l’hypertension intra-crânienne) se manifeste par des changements oculaires à des degrés divers. 82% des astronautes masculins ont été affectés, contre 62% des astronautes féminines. De plus, tous les cas significatifs se sont produits chez les hommes.
  • Des changements dans les fonctionnalités et la concentration de composants clés du système immunitaire en relation avec le vol spatial ont été rapportés. Il n’y a pas de différences homme/femme constatées dans l’espace, mais au sol, les femmes présentent une réponse immunitaire plus puissante, ce qui les rend plus résistantes aux infections virales et bactériennes. Lorsqu’elles sont infectées, les femmes ont même une réponse plus importante. Cela les rendrait en revanche plus vulnérables aux maladies auto-immunes. On ne sait pas si ces changements constatés au sol se produiraient durant des missions spatiales longues, ou d’exploration planétaire.
  • Les femmes seraient plus vulnérables aux cancers provoqués par les radiations que les hommes. Les doses de rayonnements autorisés sont donc plus basses pour elles que pour leurs homologues masculins.
  • Après le passage en micro-gravité lors à l’arrivée dans la station spatiale internationale, les astronautes de sexe féminin ont été légèrement plus sujettes au mal de l’espace que les hommes. A l’inverse, davantage d’hommes manifestent de tels troubles une fois de retour au sol. (Ces symptômes s’apparentent à ce que l’on ressent quand on est victime du mal des transports). Les études précisent que les données ne sont pas statistiquement significatives du fait de la taille trop réduite de l’échantillon concerné, et des faibles différences homme/femme dans les incidents rapportés.
  • La sensibilité auditive décline plus rapidement avec l’âge chez les astronautes masculins que chez leurs homologues féminines. Il n’y a pas d’éléments pour suggérer que ces différences chez les astronautes sont liées à l’exposition à la micro-gravité.
  • La réponse de l’appareil locomoteur au changement de gravité est extrêmement variable en fonction des individus, et aucune différence liée au sexe n’a été observée.
  • Les infections des voies urinaires dans l’espace sont plus communes chez les femmes, et ont été traitées avec succès grâce aux antibiotiques.
  • Il n’y a pas de preuves de différences liées au sexe en termes de comportement ou de réponses psychologiques au vol spatial.
 

Il faut davantage de femmes astronautes

Le résultat montre que s’il y a effectivement des différences, elles ne sont en aucun cas des contre-indications pour l’un ou l’autre sexe en matière de capacités à voler dans l’espace. Il est cependant important de les détecter et de les comprendre, afin d’anticiper les problèmes éventuels qu’elles pourraient générer pour la santé des astronautes, et cela d’autant plus que les missions de longue durée, et qui s’éloigneraient de la Terre (missions vers Mars, vers Europe…) se profilent à l’horizon. Il est donc essentiel pour les agences spatiales de réduire les risques. Les groupes de travail des scientifiques qui ont réalisé les études sous la houlette de la NASA et du NSBRI ont également porté cinq recommandations :
  • Sélectionner davantage de femmes astronautes pour les missions dans l’espace
  • Encourager et faciliter la participation de davantage de sujets masculins et féminins dans des études à la fois au sol et en vol
  • Se focaliser sur les réactions individuelles des astronautes durant les vols spatiaux et à leur retour sur Terre
  • Inclure les facteurs de sexe et de genre dans la conception des expériences
  • Incorporer le sexe et le genre, ainsi que d’autres facteurs de risque individuels, dans les programmes de recherche financés par la NASA
  Ces études montrent l’importance de ne pas ignorer le facteur que représente le sexe d’un individu quand il s’agit de voler dans l’espace. Les différences existent, et il est nécessaire de les prendre en compte, de la même manière que les différences entre individus. “Il y a dans de nombreux cas des différences liées au sexe dans la réponse aux facteurs de stress du vol spatial”, explique le Dr Mark Shelhamer, responsable du NASA Human Research Program. Pour lui, “il est important de les reconnaître au lieu de les ignorer, et de fournir des contre-mesures qui soit adaptées à chaque sous-population, ou même à chaque individu”. Crédit image : schéma montrant les différences principales entre hommes et femmes dans leurs réactions physiques et psychologiques dans l’espace (NASA/NSBRI) Continue reading

Comprendre le cancer du sein (partie II)

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Suite de la série d’articles (5 en tout) commencée il y a quelques temps, permettant de comprendre dans les grandes lignes le cancer du sein : ses caractéristiques, ses origines connues et les possibles facteurs protecteurs. Note préliminaire : Les informations présentées ici… Read more → Continue reading

Peut-on prédire les épidémies avec Wikipedia ?

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Épidémie — Wikipédia.pngOn ne doute plus de l’utilité de Wikipedia en tant que gigantesque encyclopédie librement accessible. On peut bien sûr y trouver des failles, après tout, elle est rédigée par des contributeurs bénévoles, et les erreurs sont possibles, mais globalement, c’est un bel outil pour la connaissance. C’est aussi, parfois, un moyen intéressant pour traduire les termes techniques en d’autres langues. Ce que je ne savais pas jusqu’à aujourd’hui, c’est que c’est aussi un instrument de mesure de la propagation d’épidémies. C’est en tout cas la thèse développée dans un article qui vient de paraître dans PLOS Computational Biology. Une équipe du Los Alamos National Laboratory a en effet étudié le déclenchement de plusieurs épidémies de grippe (aux Etats-Unis, en Pologne, au Japon et en Thaïlande), ainsi que de dengue (au Brésil et en Thaïlande) et de tuberculose (Chine et Thaïlande). Mis à part l’épidémie de tuberculose en Chine, les chercheurs ont pu prédire ces épidémies au moins 28 jours à l’avance grâce à l’utilisation de statistiques de consultation de l’encyclopédie en ligne. Les résultats montreraient que les personnes qui ressentent les premiers symptômes vont tout d’abord rechercher sur Internet l’information relative à leur maladie avant même de consulter un médecin. L’avantage de prévoir les épidémies à l’avance, serait de mieux les gérer, et de faire de la prévention bien en amont… et d’espérer ainsi sauver des vies. La grippe, qui peut sembler banale à certains, fait entre 3.000 et 49.000 morts par épidémie rien qu’aux Etats-Unis ! Les chercheurs pensent que l’analyse des pages vues de Wikipedia rendrait possible de prévoir et suivre l’évolution des maladies dans le monde. Pour cela, ils préconisent de transférer des modèles informatiques d’un pays à un autre, en se basant sur les données de santé publique. Un modèle établi pour rechercher une maladie au Japon pourrait ainsi être utilisé en Thaïlande, ce qui serait important pour les pays qui n’ont pas suffisamment de données fiables sur une maladie. Sara Del Valle, qui a dirigé l’équipe de scientifiques, “Un système global de prévision des maladies changerait la manière dont nous réagissons aux épidémies. De la même manière que nous consultons la météo tous les jours, les particuliers et les professionnels de santé publique pourraient surveiller la fréquence des maladies et planifier leurs activités en se basant sur le bulletin du jour.” Elle précise également que “le but de cette recherche est de construire un système opérationnel de contrôle et de prévision des maladies avec des données en libre accès et un code open source”. Comme Wikipedia. Continue reading

Sommes-nous infectés par un virus qui rend stupide ?

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Green_algae_on_the_shore_near_Longniddry_-_geograph.org.uk_-_1253373.jpgL’existence d’un virus qui rend stupide, c’est une nouvelle qui aurait pu reléguer au second rang tous les gros titres de la presse nationale et internationale, de l’atterrissage du robot-sonde Philae sur la comète Rosetta aux déboires d’une certaine starlette, en passant par les derniers résultats de football. Alors, sommes-nous infectés par un méchant organisme qui nous prive (en tout cas une proportion importante d’entre nous) d’une partie de nos capacités intellectuelles ?  

Ce qui a été découvert

Une équipe de scientifiques des universités Johns Hopkins et du Nebraska (USA) a publié fin octobre une étude dans la revue PNAS. Dans celle-ci, les chercheurs relatent la découverte, dans les muqueuses de la gorge de sujets humains en bonne santé, d’un chlorovirus qui jusqu’ici se cantonnait aux algues vertes. Ils expliquent également que dans leur groupe-test de 93 personnes, 40 étaient porteurs de ce virus. De plus, ceux chez qui ce virus a été trouvé ont également fait preuve “d’une baisse modeste mais statistiquement significative dans l’appréciation cognitive du traitement visuel et de vitesse motrice visuelle”. En injectant ledit virus à des souris, les chercheurs ont également noté “la baisse de performance dans plusieurs domaines cognitifs, incluant ceux qui concernent la mémoire de reconnaissance…” Bref, il y aurait une sorte de baisse de performance pour la compréhension liée aux signaux reçus et à la mémoire visuelle.  

Des algues aux humains

Le premier élément intéressant de l’histoire, c’est qu’un virus que l’on pensait réservé aux algues ait pu “sauter” sur les humains et les souris. Pour l’équipe auteur de la recherche, c’est une première, d’autant plus importante que les chlorovirus sont répandus sur toute la planète : ils sont présents dans les océans, mais sont également assez communs dans les lacs et mares d’eau douce. Le second élément concerne la performance des sujets humains dans les tests de traitement visuel et d’orientation dans l’espace : elle était moins bonne chez les sujets porteurs du chlorovirus. “C’est un exemple flagrant de ce que des micro-organismes “inoffensifs” que nous portons peuvent affecter notre comportement et notre cognition”, explique Robert Yolken, l’un des auteurs de l’étude. “De nombreuses différences physiologiques entre une personne A et une personne B sont encodées dans les gènes que chacun hérite de ses parents, pourtant quelques-unes de ces différences sont alimentées par les divers micro-organismes que nous hébergeons, et la manière dont ils interagissent avec nos gènes”.  

La stupidité qui venait des algues vertes ? 

Jusqu’à quel point les sujets porteurs du chlorovirus avaient-ils des capacités moins bonnes que ceux qui ne l’avaient pas ? Un exemple, relaté sur le site de l’université Johns Hopkins : dans un test qui consistait à mesurer la vitesse à laquelle les sujets pouvaient tracer une ligne entre des cercles numérotés sur une feuille de papier, les porteurs se sont situés en moyenne à neuf points au-dessous des autres. Ils ont également eu sept points de moins à des tests d’attention. Les souris infectées, elles, avaient plus de difficultés que les autres à trouver leur chemin dans un labyrinthe, exploraient moins, et avaient plus de difficultés à prêter attention à un nouvel objet. Elles étaient moins attentives, et étaient distraites plus facilement. Les analyses de tissus cérébraux des souris infectées ont aussi révélé des changements dans les gènes de l’hippocampe, région du cerveau qui effectue le tri entre mémoires à long et à court terme, et est responsable de l’orientation dans l’espace. “La similarité de nos découvertes chez les souris et les humains met en avant les mécanismes communs que beaucoup de microbes utilisent pour affecter les fonctions cognitives à la fois pour les animaux et pour les gens,” explique l’un des co-auteurs, Mikhail Pletnikov.  

Le problème des raccourcis

500px-Stupidity_is_contagious.svg.pngDevant de tels éléments, on ne peut qu’être tenté de prendre des raccourcis. Après tout, le virus de la stupidité, c’est assez extraordinaire et ça parle à tout le monde, mais c’est peut-être un peu rapide. Une journaliste scientifique américaine, F.D. Flam, s’insurge contre cela dans une tribune publiée sur le site de Forbes. “Je n’ai pas trouvé le mot “stupide” dans quelque forme que ce soit dans cette étude”, assure-t-elle, “et je n’ai trouvé le mot “intelligence” qu’une seule fois, lorsque les chercheurs admettent que les personnes infectées et non infectées ont le même score sur le test que l’on appelle Wechsler Adult Intelligence Scale“. En résumé, on a donc une influence mesurée d’un virus sur certaines fonctions cognitives, mais qui mérite d’autres tests. Il ne s’agit pas d’un virus de la bêtise qui pourrait être transmis de l’algue à l’humain, et se répandre ensuite comme une traînée de poudre tout autour du monde. En revanche, cela illustre le délicat équilibre de nos fonctions cérébrales dans un organisme qui est soumis à de très nombreuses influences, notamment microbiennes. De plus, et les auteurs l’admettent, ces résultats “requièrent un suivi en profondeur pour éclaircir les effets du virus, et les mécanismes qui les génèrent.” Si vous avez vue sur la mer ou si vous avez un étang dans votre jardin, ne déménagez pas tout de suite… Crédits images :  Ce chlorovirus passerait des algues vertes aux humains (M.J. Richardson via Wikimedia Commons) “La stupidité est dangereuse et très contagieuse”… Un petit clin d’oeil (Betacommand via Wikimedia Commons) Continue reading

Le chocolat, c’est bon (aussi) pour les séniors… et leur mémoire ?

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800px-Where_Chocolate_Comes_From_(Imagicity_218).jpgCeux qui aiment vraiment le chocolat ont rarement besoin d’excuses pour en consommer, mais il est toujours agréable de voir la science confirmer les bienfaits de sa “drogue” favorite. Les sites consacrés à la santé ne s’en privent d’ailleurs pas. La bonne nouvelle du jour nous est apportée par une étude publiée dimanche dans Nature Neuroscience, et dirigée par des scientifiques du centre médical de l’université de Columbia (USA). Les flavanols, composés très présents dans le cacao, pourraient contrecarrer, voire inverser le déclin naturel de la mémoire chez les personnes âgées en bonne santé. “Au fur et à mesure que l’on prend de l’âge, on subit un déclin dans les capacités cognitives, ce qui inclut la capacité d’apprendre et de se souvenir de choses comme les noms des nouvelles connaissances, où l’on a garé sa voiture, ou encore ses clés”, explique le site de l’université de Columbia. “Ce déclin normal de la mémoire lié à l’âge démarre au début de la vie adulte, mais n’a pas d’impact visible sur la qualité de la vie jusqu’à ce que les gens atteignent la cinquantaine ou la soixantaine.” Il ne s’agit donc pas là des ravages de maladies neurologiques frappant les populations âgées, comme Alzheimer, mais bien d’un déclin normal. L’étude de l’université de Columbia s’est intéressée à la partie du cerveau que l’on nomme le gyrus denté, dont des études précédentes avaient montré qu’elle était associée au déclin mémoriel lié à l’âge, sans pour autant qu’il y ait un lien de cause à effet établi : était-ce le déclin mémoriel qui provoquait ces changements ? L’inverse ? Les deux étaient-ils causés par un même phénomène ? Pour mieux cerner le phénomène, les chercheurs ont fait absorber à des volontaires un cocktail de flavanols extraits de fèves de cacao, préparé spécialement par la société Mars (oui, celle des barres chocolatées), qui finançait partiellement l’étude. Pendant trois mois, les sujets du test ont eu droit soit à un régime de 900 milligrammes de flavanols par jour, soit un régime avec seulement 10 milligrammes. Ces sujets ont été soumis à des tests de mémoire et des clichés de leur cerveau ont été pris, avant et après l’expérience. Le résultat ? Au bout de trois mois, l’adulte moyen de la soixantaine soumis au régime avec hautes doses de flavanols se retrouve avec la mémoire d’un adulte de 30 ou 40 ans. Une “cure de jouvence” mémorielle liée au fonctionnement du fameux gyrus denté, dont les imageries cérébrales montrent des améliorations notables. Avant de vous précipiter sur la tablette la plus proche, quelques bémols sur cette étude :
  • L’échantillon de sujets-test était assez réduit de l’avis même de ceux qui ont mené l’étude. Ils prévoient de recommencer à une plus grande échelle
  • Les doses de flavanols administrées correspondraient à de très grosses quantités de chocolat si l’on voulait les égaler. On parle là de 300 grammes de chocolat noir par jour, ou peut-être 100 grammes de poudre de cacao non sucrée…
  • Oubliez les barres chocolatées. Comme l’explique au New-York Times un responsable de la nutrition chez Mars, leur processus de fabrication élimine une grande quantité de flavanols.
  • Attention aux effets secondaires. N’imaginez pas qu’en vous empiffrant de chocolat vous allez resplendir de santé : si vous en consommez beaucoup sans faire de l’exercice, vous allez vous retrouver avec d’autres problèmes de santé, et vous n’aurez pas l’excuse de ne pas vous souvenir de ce que vous aurez mangé…
L’étude a cependant le mérite de faire le lien direct entre les capacités mémorielles des sujets âgés et le fonctionnement du fameux gyrus denté…   Crédit photo : des fèves de cacao (Graham Crumb/Imagicity.com via Wikimedia Commons)

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Les gladiateurs étaient-ils végétariens ?

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800px-Jean-Leon_Gerome_Pollice_Verso.jpg Lorsqu’on pense aux gladiateurs qui combattaient dans les arènes pour distraire les citoyens romains, on pouvait les imaginer festoyer après le combat, et s’empiffrer de steaks bien saignants. Erreur ! Ils étaient quasiment végétariens, si l’on en croit une étude menée par des experts en médecine légale, et publiée cette semaine dans le journal PLOS One. Au premier siècle de notre ère, la ville d’Ephèse, aujourd’hui en Turquie, était l’une des plus grandes métropoles du monde occidental, capitale de la province impériale d’Asie. La ville avait abrité le grand temple d’Artémis, l’une des sept merveilles du monde, dont il ne reste hélas rien, et qui avait d’ailleurs été détruit bien avant la conquête romaine. Quiconque visite les ruines d’Ephèse un jour de pluie sera frappé par le fait que les égoûts romains évacuent toujours l’eau avec une efficacité inégalée, témoin du savoir-faire des ingénieurs impériaux. Ephèse avait bien entendu son cirque et ses jeux, comme toute ville romaine qui se respecte.En 1993, des fouilles archéologiques permettaient même d’y découvrir un cimetière de gladiateurs, daté des deuxième et troisième siècles de notre ère. Diverses inscriptions et objets ont en outre permis de déduire que les gladiateurs étaient enterrés à Ephèse depuis le tout début du premier siècle. Une équipe de médecine légale emmenée par le Dr Fabian Kanz, du département de médecine légale de l’université médicale de Vienne (Autriche), a étudié les os de ces combattants de l’arène, ce qui leur a permis de reconstituer leur régime alimentaire. On savait déjà, grâce à Pline l’Ancien, que les gladiateurs mangeaient des céréales, ce qui leur avait valu le surnom de “hordearii” (mangeurs d’orge). Mais ce que l’on ne savait pas, et que l’étude vient de montrer, c’est l’étendue de leur régime végétarien.

De l’orge et des boissons énergisantes… à base de cendre

En analysant les restes de 53 occupants du cimetière, dont 22 gladiateurs, les médecins ont pu faire “parler” leurs os en utilisant la spectroscopie, les pourcentages d’isotopes de carbone, d’azote et de soufre dans le collagène, ainsi que la proportion de strontium et de calcium dans ces os. Les chercheurs ont ainsi pu déterminer l’alimentation des gladiateurs par rapport au reste de la population. On sait donc désormais que le blé, l’orge et les fèves constituaient la base de leur alimentation, ce qui était aussi le cas pour les habitants “ordinaires” d’Ephèse. Le citoyen moyen devait cependant manger du grain de meilleure qualité que les gladiateurs , et ceux-ci n’avaient donc pas un “régime d’athlètes” particulier. Mais les gladiateurs avaient des besoins différents, du fait de leur activité physique intense. Ils absorbaient donc des “cocktails toniques” composés de cendres , pour se maintenir en forme. “Les cendres de plantes étaient à l’évidence consommées pour fortifier le corps après l’effort physique, et pour permettre aux os de mieux guérir,” explique le Dr Kanz à MedicalDaily. “Cela se passait de manière similaire à ce que nous faisons aujourd’hui : nous prenons du magnésium et du calcium (sous la forme de comprimés effervescents, par exemple) après l’exercice physique.” L’histoire ne dit pas s’ils avaient également des produits dopants…   Crédit image : Pollice Verso, par Jean-Léon Gérôme (1872) via Wikimedia Commons Continue reading

Pourra-t-on bientôt se passer de lunettes ?

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Applying_riboflavin_for_LASIK_Xtra.png Dans les années à venir, même les Google Glass pourraient être un objet du passé. Si l’on en croit une communication faite ce week-end lors de la réunion annuelle de la société américaine d’ophtalmologie (AAO) par John Vukich, médecin et professeur adjoint d’ophtalmologie à l’université du Wisconsin, l’avenir résiderait dans les implants oculaires, en tout cas pour les presbytes. Il y avait déjà la chirurgie laser, comme le Lasik qui remodèle la cornée pour corriger certains problèmes visuels, mais ce procédé n’est pas généralisé dans le grand public, et n’est pas non plus (pas encore) à la portée de toutes les bourses. Désormais, il y aura donc ce qui est décrit comme un “remède sans lunette pour la presbytie”. Ceux qui, passé un certain âge, éloignent de plus en plus leurs livres et magazines afin de distinguer les lettres comprendront (à moins qu’ils n’utilisent déjà une tablette, qui permet d’adapter la grosseur des caractères à leur vue). Le remède en question, ce sont des implants incrustés dans la cornée. Trois modèles de ces implants sont actuellement inspectés par la FDA, l’agence américaine qui a seule le pouvoir d’autoriser un médicament ou un accessoire de santé (la technologie serait cependant disponible dans certains pays d’Europe et d’Amérique du Sud) : il s’agit de KAMRA, de Raindrop Near Vision Inlay et de Presbia Flexivue Microlens. De quoi faire (déjà?) jouer la concurrence en la matière. Parmi ces trois modèles, le KAMRA, cité en exemple dans la communication, est un anneau de 3,8mm de diamètre avec un trou de 1,6mm en son centre. Lorsqu’il est déposé dans une petite poche dans la cornée, il agit alors comme l’ouverture d’un appareil photo, ajustant la profondeur de champ afin que la personne puisse voir aussi bien de près que de loin. Plus besoin de s’adapter à des verres progressifs, donc, ni de chercher ses lunettes chaque fois qu’on veut déchiffrer une étiquette dans un supermarché. Lorsqu’on parle d’implants, il y a de quoi frissonner. Pourtant, le KAMRA ne prendrait que 10 minutes à installer sous anesthésie locale de surface. L’expérience serait probablement moins pénible que de se faire poser un inlay core chez le dentiste… Et elle pourrait aussi se cumuler avec un Lasik, pour acquérir une vision parfaite. L’efficacité clinique du dispositif a été testée pendant trois ans sur 507 patients presbytes non atteints de myopie, aux USA, en Europe et en Asie. 83% des sujets ont pu regagner une vision de 20/40, ce qui est le standard pour lire un journal ou conduire un véhicule sans verres correctifs. Ces résultats demeurent stables après trois ans. Des complications (vision floue) ont été traitées avec des stéroïdes, mais, assure l’étude, des améliorations dans le design des implants ont rendu ces effets secondaires moins communs. De plus, les implants peuvent être enlevés : la technique est donc réversible, contrairement aux traitements par laser. “Les incrustations cornéennes représentent une grande chance d’améliorer la vue avec le filet de sécurité que représente l’amovibilité,” assure le Dr Vukich. Si l’on considère que la presbytie, selon les chiffres avancés par l’AAO, concernerait un milliard de personnes dans le monde, cela représente tout de même un sacré marché. Reste à savoir combien de temps il faudrait pour que ce qui est aujourd’hui une technologie de pointe, à l’image de la chirurgie laser, devienne aussi courante que d’aller se faire poser une prothèse dentaire. Les fabriquants de lunettes peuvent donc dormir tranquilles pendant encore quelques années. Mais dans 20 ou 30 ans, qui sait, peut-être que les lunettes ne seront plus qu’un accessoire de mode rétro… Crédit photo : Image d’illustration prise durant une intervention Lasik (Poryongming via Wikimedia Commons)
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