Il est minuit moins 3 avant la fin des temps

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170773LOGO.jpeg L’horloge de la fin des temps a avancé de 2 minutes. Nous sommes donc plus proches de la disparition de l’humanité. Il ne s’agit pas là d’une prophécie Maya ou d’une prédiction de Paco Rabanne, mais bien un avertissement lancé par des scientifiques, qui s’occupent de cette horloge virtuelle depuis presque 70 ans. A l’orée de la seconde guerre mondiale, après les bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, en 1945, naissait le bulletin des savants atomiques (Bulletin of Atomic Scientists). Scientifiques, ingénieurs, experts, ils avaient participé au fameux Manhattan Project qui avait abouti à la première bombe A. Avec ce bulletin, ils souhaitaient informer le public sur les armes nucléaires et les conséquences de leur utilisation, afin d’être certains que les citoyens ne seraient pas mantenus dans l’ignorance de leurs intentions par leurs gouvernants. En 1947, l’horloge de la fin des temps apparaissait pour la première fois sur le Bulletin, symbole des dangers encourus par un monde risquant l’holocauste nucléaire, comme un compte à rebours vers minuit et la fin de la civilisation telle que nous la connaissons. Il était alors minuit moins 7. Depuis, chaque année, le conseil de direction du Bulletin, après consultation de son conseil des sponsors (qui comprend 18 prix Nobel) se réunit pour examiner les menaces sur la survie de l’humanité, et plus particulièrement ceux touchant aux possibles conflits nucléaires ou plus récemment au changement climatique ou même aux “technologies émergentes dans les sciences de la vie”.

Entre minuit moins 2 et minuit moins 17

Au fil des années, l’horloge a changé d’heure, en fonction de l’intensité des menaces sur la sécurité de notre planète. Le pire fut en 1953 : les Etats-Unis avaient décidé de produire la bombe à hydrogène, testant sa première tête nucléaire en 1952. Neuf mois plus tard, les Soviétiques faisaient de même, et le Bulletin sonnait l’alarme : “encore quelques balancements du pendule, et de Moscou à Chicago, les explosions atomiques sonneront minuit pour la civilisation occidentale”. Il était alors minuit moins 2. La situation la plus confortable fut en 1991. La guerre froide était terminée, les arsenaux nucléaires réduits par traité. Pour le Bulletin, “l’illusion que des dizaines de milliers d’armes nucléaires sont garantes de la sécurité nationale a été dissipée”. A l’horloge, il était minuit moins 17. Depuis, l’horloge a tempéré son optimisme. En 1995, devant un ralentissement du désarmement, elle passe à minuit moins 14. En 1998, l’Inde et le Pakistan testent des armes nucléaires : minuit moins 9. En 2002, la menace terroriste et la dissémination des matériaux nucléaires de qualité militaire sont là : minuit moins 7. En 2007, le Bulletin constate que les USA et la Russie ont toujours la possibilité de déclencher une guerre nucléaire, il y a 27000 armes atomiques dans le monde, 2000 d’entre elles pouvant être lancées en quelques minutes. La Corée du Nord a effectué un test d’arme atomique, et l’Iran projette de construire la bombe. De plus, le changement climatique est là, et les dommages aux écosystèmes sont déjà visibles : minuit moins 5. 2010 marque un optimisme relatif. Les pourparlers entre Washington et Moscou sont dans une bonne voie pour la réduction dnucléaires es arsenaux nucléaires, et côté changement climatique, la conférence de Copenhague laisse briller une lueur d’espoir. L’horloge recule d’une minute, à minuit moins 6. Dernier changement avant aujourd’hui, 2012. Le bulletin montre alors du doigt le nucléaire, avec entre autres les risques de conflits régionaux (Moyen-Orient, Asie du Sud et du Nord-Est), ainsi que la lenteur et l’inadéquation des solutions mises en oeuvre pour lutter contre le changement climatique. Il est de nouveau minuit moins 5.

On avance… dans le mauvais sens

Le couperet est donc tombé aujourd’hui : nous avançons de deux minutes, et il est minuit moins 3, à une minute du score du pire moment de la guerre froide. Cette fois, le nucléaire et le climat se combinent pour créer ce niveau de danger. Pour le premier, le comité pointe du doigt notamment le ralentissement de la réduction des arsenaux nucléaires, ainsi que le paradoxe de leur modernisation. Pour le changement climatique, il parle de “sentiment d’urgence” dans la réduction des émissions de gaz carbonique, et du peu de temps que nous avons pour les réduire avant qu’il ne soit trop tard pour en limiter les effets. Bien sûr, l’horloge de la fin des temps est une image, et elle porte sa part de subjectivité. Mais tous les esprits brillants qui y contribuent se basent sur des faits, sur des éléments tangibles, pour nous alerter sur les dangers qui nous guettent si nous ne sommes pas plus prudents, avec l’atome comme avec le climat. “La probabilité d’une catastrophe globale est très haute”, assure le comité. “Maîtriser notre technologie ou en devenir les victimes, le choix est le nôtre, et le temps est compté”.   Crédit image : Il est minuit moins 3 (Bulletin of the Atomic Science) Continue reading

A quelle vitesse oublie-t-on les présidents ?

Qui se souvient d’Emile Loubet ? Fouillez votre cervelle… Il y a un siècle, l’homme était pourtant probablement dans toutes les mémoires, après avoir occupé le poste de président de la République entre 1899 et 1906. Certes, sous la IIIe République, … Continuer la lecture

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Les attaques terroristes auraient un effet sur la natalité

Lorsqu’on pense aux effets directs et indirects du terrorisme, on n’imagine pas forcément la courbe de natalité. Pourtant, selon deux chercheurs, dans les pays qui ont connu des actes terroristes, on constaterait des infléchissements du taux de natalité (et du taux de fécondité). Les docteurs Claude Berrebi, de l’université Hébraïque de Jérusalem, et Jordan Ostwald, de la RAND Corporation, ont pu déterminer qu’en moyenne, les attaques terroristes affecteraient à la fois le nombre d’enfants qu’une femme pourrait avoir durant sa vie et le nombre de naissances qui se produisent chaque année. Les deux chercheurs, qui viennent de publier leurs résultats dans le Oxford Economic Papers, ont étudié les données relatives à des actes terroristes entre 1970 et 2007, ainsi que les données démographiques correspondantes, sur un ensemble de 170 pays. L’étude explique que ”le terrorisme agirait sur la fertilité au travers de l’incertitude sur l’emploi, le stress psychologique, les soucis d’argent et les problèmes de santé, qui peuvent causer des déclins significatifs et à court terme de la fertilité en affectant des facteurs liés, comme l’âge auquel on a son premier enfant, l’âge lors du mariage, la fréquence des rapports sexuels et les migrations liées au travail”. “Même si les attaques terroristes se produisent relativement rarement, elles génèrent une quantité de stress et de peur disproportionnée, ce qui suggère que leurs effets directs pourraient être faibles en comparaison avec un éventail d’effets indirects plus importants et plus étendus”, ajoutent les chercheurs. L’influence en question, une réduction de 0,018% du taux de fécondité dans les deux ans suivant un accroissement d’attaques terroristes, serait “statistiquement significative” : pour un million de femmes, 18 000 enfants de moins naîtraient, sur la durée d’une vie. Le Dr Berrebi, cité par The Australian, admet qu’il a été surpris par l’importance de cet impact :”Cela veut dire que les actes terroristes affectent nos vies bien davantage que ce que nous pensions initialement, bien plus que des dommages économiques ou des morts.” Continue reading

Le scandale des abonnements de revues scientifiques éclate au grand jour

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Comme disent les anglophones, the shit hit the fan : Rue89 révèle le montant exhorbitant et les conditions incroyables qu’Elsevier extorque au gouvernement français pour les abonnements. Alors on rappelle que la publication libre accès (open access) existe depuis des … Continue reading

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Avez-vous le dégoût de gauche ou de droite ?

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leftrightbrain.jpgLa manière dont vous réagissez aux images de vers grouillants, de carcasses pourrissantes ou de toilettes sales révélerait si vous êtes de tendance libérale ou conservatrice, les équivalents américains du clivage gauche/droite. C’est en tout cas ce que prétend une étude menée par une équipe internationale, sous la houlette d’un professeur de l’institut polytechnique de Virginie (VirginiaTech), et publiée aujourd’hui dans la revue Current Biology. Pour les chercheurs, des éléments idéologiques comme la manière dont une personne se comporte en public ou en privé, ses attitudes envers le sexe, la famille, l’éducation, l’autonomie personnelle, ou encore sur des sujets clivants comme l’avortement ou le contrôle des armes (un sujet chaud aux Etats-Unis), seraient “profondément connectés à des mécanismes biologiques de base”. L’expérience menée par ces scientifiques a consisté à étudier les données recueillies par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, une technologie qui permet de visualiser le fonctionnement du cerveau, lors de la projection d’images politiquement neutres, par exemple de la nourriture avariée ou des menaces physiques, en alternance avec des images paisibles de natures ou de bébés. Ces mêmes sujets ont passé également un test sur leurs positions en matière de sujets de société permettant de déterminer leur orientation politique. La comparaison des réactions avec les opinions politiques des participants est marquée lors de la projection d’images provoquant le dégoût. Cela va même plus loin : les réactions inconscientes de dégoût ne sont pas forcément en accord avec la notation consciente attribuée par les sujets aux images en question… “De manière remarquable, nous avons trouvé que la réponse du cerveau à une seule image dégoûtante était suffisante pour prédire l’idéologie politique d’un individu”, affirme le professeur Read Montague, de VirginiaTech. Selon l’étude, les réponses cérébrales aux images dégoûtantes a permis de prédire avec une exactitude de 95 à 98% la manière dont une personne répondrait au questionnaire politique. Les personnes conservatrices auraient en effet une réponse plus grande aux images dégoûtantes, mais les scientifiques ne savent pas vraiment pourquoi.

Nous ne sommes pas conçus pour réagir seulement à l’instinct

“Ces résultats suggèrent que les idéologies politiques sont calquées sur des réponses neuronales qui peuvent avoir servi à protéger nos ancêtres contre les menaces issues de leur environnement”, explique le professeur Montague. “Ces réponses neuronales peuvent avoir été transmises aux lignées familiales : il est probable que les réactions au dégoût soient héréditaires”. “Nous avons mené cette recherche parce que des précédents travaux dans un domaine voisin montraient que l’idéologie politique (plus précisément le degré auquel quelqu’un est libéral ou conservateur) était hautement héréditaire, presque autant que la taille”, assure-t-il. Reste à savoir pourquoi. “Les réponses pourraient être un rappel de réactions profondes et négatives dont nos ancêtres primitifs avaient besoin pour éviter la contamination et la maladie” Nos opinions politiques et philosophiques ne seraient donc qu’instinctives, selon ces scientifiques ? Ils y mettent toutefois un bémol : nous ne serions pas conçus pour réagir seulement à l’instinct. “La génétique détermine la taille, mais pas entièrement”, détaille Read Montague, “la nourriture, le sommeil, la malnutrition, des blessures, peuvent changer la taille finale de quelqu’un. Mais les enfants de personnes grandes ont tendance à être grands, et c’est une sorte de point de départ. Si nous pouvons commencer à comprendre que des réactions automatiques à des sujets politiques peuvent être simplement cela, des réactions, alors nous pourrions faire baisser la température de la chaudière du discours politique”. L’être humain aurait donc une “tendance politique instinctive”, qu’il serait capable de mettre de côté par sa réflexion, sa pensée raisonnée. Et lorsqu’il s’agit de sujets qui jouent sur nos instincts, ce serait une bonne raison pour ne pas les écouter et se concentrer sur notre raisonnement. En gros, même si ces chercheurs avaient raison et que l’on avait un cerveau “de droite” ou “de gauche”, cela ne devrait pas nous empêcher de faire nos propres choix basés sur des opinions raisonnées. C’est ce qui fait théoriquement l’humain, non ? Crédit photo : mix utilisant l’image IRM de Ranveig et les drapeaux de Wereon, via Wikimedia Commons) Continue reading

Les pays où Internet dort

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81170.gif Internet serait-il comme une gigantesque colonie de créatures vivantes, dont certaines dormiraient et d’autres pas ? C’est en tout cas l’impression générée par une toute nouvelle carte du “sommeil de l’Internet” dont les premiers éléments viennent d’être rendus publics par une équipe de chercheurs de l’école d’ingénieurs en sciences de l’information de l’université de Californie du Sud (ISI). Bien entendu, l’analogie avec un être vivant est une simple image, mais comme Internet est utilisé par des créatures de chair et de sang (vous et moi), il est intéressant d’étudier ce “cycle de sommeil”. Dans certains pays, comme aux Etats-Unis ou en Europe de l’Ouest, Internet ne dort jamais, alors que dans d’autres régions du monde comme l’Asie, l’Amérique du Sud ou l’Europe de l’Est, l’activité des ordinateurs connectés peut être rapprochée du cycle jour-nuit. Cela veut-il dire que l’Occident est composé d’accros à Internet qui ne dorment jamais ? Evidemment non, mais cela donne des informations sur la nature des connexions et le développement des réseaux. Ainsi, ceux qui ont des accès permanents à des réseaux à haut débit laisseront leurs appareils connectés jour et nuit. A l’inverse, ceux qui sont toujours dépendants d’accès ponctuels ne se connecteront que lorsqu’ils utilisent vraiment la connexion, donc généralement pas au beau milieu de la nuit.

A quoi ça sert ? 

Mais l’étude n’est pas focalisée sur le cycle du sommeil des utilisateurs d’Internet. Le but est de fournir des outils pour mesurer et identifier les coupures d’Internet, par exemple : connaître les “cycles de sommeil” du réseau permet ainsi d’éviter de confondre une période d’inactivité régulière avec un gros incident réseau privant d’accès une zone géographique. “Internet est important dans nos vies et pour nos entreprises, des films en streaming aux achats en ligne”, explique John Heidemann, professeur à l’ISI et l’un des chercheurs de l’étude. “Mesurer les coupures réseau est un premier pas pour améliorer la fiabilité d’Internet”. Pour lui, “Ces données servent à établir une base de l’Internet, à comprendre comment il fonctionne, pour que nous ayons une meilleure idée de sa résistance globale, et que nous puissions détecter les problèmes plus rapidement”. L’étude permet aussi de comprendre le fonctionnement du réseau à plusieurs niveaux :
  • Les politiques de développement par pays, tout d’abord : aux USA, par exemple, la connexion haut débit permanente est un objectif gouvernemental.
  • Il y a également un rapport entre le niveau de vie et l’accès nocturne : plus un pays est riche, plus il y a de chances que son Internet soit en fonction 24 heures sur 24. L’étude montre une corrélation entre le PIB et l’activité Internet, ainsi qu’avec l’utilisation électrique par personne. “La corrélation entre l’activité du réseau et l’économie nous aide à mieux comprendre notre monde”, affirment les chercheurs. En fonction du “rythme de sommeil” de votre réseau, ils peuvent prédire dans quelle région du globe vous êtes situé…
  • Des mesures de la taille et de la croissance d’Internet. Le “sommeil” permet de mieux estimer la taille globale du réseau, que l’on a tendance à considérer en fonction du nombre d’adresses, qu’elles soient actives ou non. Prendre en compte leur activité réelle est un élément important.
  • Comprendre pourquoi les réseaux “dorment” : en pratique, pourquoi les gens éteignent leur ordinateur la nuit. Que le trafic change en fonction des activités humaines, cela semble normal, mais que le réseau soit éteint dans certains endroits répond à des causes qui touchent à la sociologie autant qu’à l’informatique. Les entreprises éteignent-elles leurs ordinateurs à la fin de la journée de travail ?  Les particuliers coupent-ils toutes leurs connexions lorsqu’ils vont se coucher ? Et pourquoi le font-ils ? Quand il s’agit de cybercafés fermant la nuit, ou de pays où la connexion s’effectue par modem et ligne téléphonique, on comprend la cause de la coupure, mais qu’en est-il des endroits à connexion haut débit illimitée ? La politique d’un pays encourage-t-elle les déconnexions ? Le manque d’adresses IP disponibles pour un fournisseur d’accès l’incite-t-il à limiter les temps de connexion de ses clients ?
On le voit, cette étude offre de nombreuses directions de recherche…

Comment ils ont procédé

Rappelons que les ordinateurs connectés à Internet se voient attribuer une adresse réseau, l’IP, qui correspond peu ou prou à une sorte de numéro de téléphone pour votre connexion. La différence, c’est que selon votre mode de connexion, ce numéro peut changer régulièrement sans que vous le sachiez, et sans que cela affecte votre utilisation d’Internet (votre fournisseur d’accès possède ces adresses et vous les attribue en fonction de ses possibilités…ou de votre type de contrat). Il y a dans le monde 4 milliards d’adresses Internet au standard IPv4 (un autre standard, IPv6, qui permettra d’avoir encore plus d’adresses, est en cours de mise en place). Sur ces 4 milliards, l’équipe de l’ISI a pu monitorer 3,7 millions de blocs d’adresses, qui représentent environ 950 millions d’adresses individuelles. En les testant toutes les 11 minutes pendant 2 mois, ils ont pu ainsi observer les tendances d’activité et d’inactivité de ces réseaux. Ces données ne représentent que le début d’une étude en cours, et elles seront présentées officiellement le 5 novembre lors d’une conférence de l’ACM (association mondiale de professionnels de l’informatique). En attendant, l’équipe continue ses recherches. “Nous avons étendu notre couverture à 4 millions de blocs (plus de 1 milliard d’adresses), explique John Heidemann, qui espère que les mesures à long terme aideront à guider le fonctionnement d’Internet.   Crédit image : Un gif animé des données recueillies. Les carrés du rose pâle au rouge indiquent des activités Internet supérieures à la moyenne mondiale, ceux allant vers le bleu, des activités inférieures à la moyenne (Courtesy of John Heidemann / USC Viterbi ISI) Continue reading

Ménage à trois

Quelle est la place des chercheurs dans notre monde actuel ? Notre société capitaliste, qui repose sur le progrès technique et scientifique, se trouve à un tournant. Les modifications climatiques, les profonds bouleversements des écosystèmes, l’explosion récente des outils numériques modèlent une société qui, d’une […]

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Pourquoi Pluton est (toujours) une planète

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(Note : ce post reflète les opinions de l’auteur)
 all_dwarfs-lrg.en.pngEn août 2006, l’Union Astronomique Internationale, association d’astronomes professionnels qui a le privilège de pouvoir nommer les objets célestes, adoptait une résolution (texte du communiqué en anglais ici) qui n’en finit pas de faire des vagues : celle de la nouvelle définition d’une planète, qui excluait de fait Pluton. Certes, une nouvelle catégorie était créée, celle de “planète naine”, qui représente plus ou moins les objets embarrassants dont on ne veut plus vraiment faire des planètes, mais que l’on ne peut pas faire entrer dans la liste des corps célestes déjà existants. Pluton, mais aussi d’autres objets lointains comme Makémaké, l’ovoïde Hauméa,  Eris, qui serait plus grosse que Pluton, ce qui en aurait fait théoriquement la 10ème planète de notre système solaire, ou encore Cérès, le plus gros objet de la ceinture d’astéroïdes. La décision de l’UAI n’a pas fait que des heureux dans une communauté d’astronomes divisée sur le sujet, mais également parmi un grand public interrogatif, voir sceptique quant à cette décision. Passer de 9 planètes à 8, c’est plus difficile à admettre que d’en accueillir une nouvelle dans le club.

Une planète, c’est quoi, selon l’UAI?

La nouvelle définition des planètes selon l’UAI prend en compte trois critères. Pour être une planète, un objet doit :
  • Etre en orbite autour du Soleil
  • Avoir une masse suffisante pour parvenir à un équilibre hydrostatique (donc avoir une forme sphérique)
  • Avoir nettoyé le voisinage de son orbite
C’est sur le troisième élément que Pluton a été “disqualifiée”, du fait de la présence d’autres objets dans la ceinture de Kuiper, vaste ceinture d’astéroïdes au-delà de l’orbite de Neptune.

Les raisons du changement

Derrière la définition scientifique se cache une problématique pratique. Les nouvelles informations sur Pluton ramenées par les sondes spatiales montrent une planète beaucoup plus petite qu’on le pensait, qui ne se distingue pas vraiment d’autres gros objets de la ceinture de Kuiper. Cela laissait penser à certains astronomes que l’on allait devoir appeler “planètes” de plus en plus d’objets, jusqu’à en faire une liste sans fin. D’où une motivation de redéfinir le statut de planète pour limiter le nombre d’entrants dans ce club fermé.

Le “vote populaire” de Harvard

La semaine dernière, le Harvard Smithsonian Center for Astrophysics (CfA) a organisé une soirée-débat sur le sujet, invitant l’assistance à voter en fin de conférence. L’occasion pour l’un des intervenants de rappeler les arguments qui ont présidé à la nouvelle définition, et pour un autre de pointer du doigt les problèmes que cela pose… En introduction, il était mis en avant le processus de vote en lui-même : 400 membres de l’UAI sur les 6000 qu’elle comporte ont voté la nouvelle définition, ce qui pose un problème de représentativité…  Et l’animateur jouait aussi sur les mots : “un hamster nain est toujours un petit hamster”, affirmait-il, en réaction à l’appellation “planète naine”. Pour lui, une planète naine est toujours une planète… D’autres arguments des “contre” touchent à l’existence d’autres planètes autour d’autres soleils. La définition de “planète” telle qu’adoptée par l’UAI ne concerne en effet que notre propre système solaire, ce qui peut apparaître restrictif à l’heure où l’on découvre des milliers d’exoplanètes grâce aux télescopes spatiaux. Le Dr Dimitar Sasselov, professeur d’astronomie à Harvard, brossait un portrait très divers de ces planètes d’ailleurs, dont certaines ne rentreraient pas dans la définition de l’UAI… Qui précisons-le n’a jamais affirmé qu’elle s’appliquerait en-dehors du système solaire. Le Dr Sasselov proposait alors une nouvelle définition : “Le plus petit morceau de matière sphérique qui se forme autour d’une étoile ou de restes d’étoile”. Une définition large, selon laquelle, bien sûr, Pluton (et quelques autres) serait bien une planète.
Le vote du public qui s’ensuivit montra de manière indiscutable l’attachement de l’audience à la notion selon laquelle Pluton est une planète. Ce vote n’est évidemment pas représentatif, mais c’était aussi l’un des buts perceptibles des organisateurs : contester la représentativité du vote de l’UAI en 2006…

Revenir au statu quo?

Ce qui semble certain, c’est que l’UAI n’a pas vraiment pris en compte l’attachement populaire à Pluton dans sa décision, et a principalement voulu établir un “principe” pour prévenir l’augmentation croissante de planètes potentielles, comme si celles-ci devaient être un club aussi fermé que l’UAI elle-même. Et quand on veut parvenir à un résultat, on peut toujours trouver une définition qui “colle”. Est-ce vraiment une démarche scientifique rigoureuse? La solution d’apaisement serait de revenir à la situation antérieure à 2006… et d’attendre. Après tout, on peut considérer Pluton comme une exception temporaire. Les autres “planètes naines”? Cérès est un astéroïde, cela ne change pas. Quant à Eris, Hauméa, Makémaké et ceux qui vont suivre, ce sont des objets de la ceinture de Kuiper, on peut leur maintenir cette définition. Avec les progrès de la science des exoplanètes, nul doute que dans les années à venir on trouvera une véritable définition de ce qu’est une planète, que ce soit autour du Soleil ou d’une autre étoile, et, à ce moment-là, on pourra reconsidérer le “cas Pluton”. Ne réécrivons pas les manuels scolaires ou notre histoire récente de l’astronomie. Pluton est notre neuvième planète, c’est inscrit dans le coeur de très nombreux amateurs d’astronomie, qu’ils soient ou non professionnels ou membres de l’UAI.   Vidéo du débat qui a eu lieu au Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics (en anglais)    Crédit photo : les tailles des nouvelles “planètes naines” comparées à la Terre (NASA) Continue reading