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Nos ancêtres étaient-ils des charognards ?

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elephantbutcheryreconstruction_kc_hoh.jpg__800x600_q85_crop.jpgL’image d’Epinal du brave chasseur préhistorique, affrontant les gigantesques mammouths et les féroces tigres à dents de sabre vient d’être sérieusement écornée par une étude publiée dans le numéro de ce mois du Journal of Human Evolution. La paléoanthropologue Brianna Pobiner, de la Smithsonian Institution, vient en effet de présenter les résultats de fouilles au Kenya qui montreraient que nos ancêtres Homo Erectus auraient profité des restes de proies tuées par les grands carnivores, et principalement des lions. En passant plusieurs mois dans une réserve naturelle kenyane, la chercheuse a pu observer les techniques de chasse des carnivores, essentiellement les lions. Cela lui a permis de constater que les restes de viande se trouvant sur une proie de grande taille déjà bien entamée par les carnivores étaient abondants. “Le plus surprenant est la grande quantité de viande que les lions abandonnent lorsqu’ils ont tué une proie”, précise-t-elle à Popular Archaeology. “En fait, les restes de viande provenant d’un seul zèbre tué par des lions pourraient avoir fourni presque 6100 calories pour nos ancêtres, ce qui représente les besoins caloriques journaliers de presque trois mâles Homo Erectus adultes, ou à peine plus de 11 Big Macs.” “Les preuves fossiles de la consommation de viande et de moelle par les humains préhistoriques datent d’au moins 2,6 millions d’années, sous forme d’os d’animaux débités”, explique Brianna Pobiner sur son blog. “Les outils de la même période suggèrent que nos ancêtres utilisaient des simples couteaux de pierre et des rochers arrondis pour détacher la viande des os et pour les briser afin d’accéder à la moelle riche en calories à l’intérieur. Mais à cette époque, les humains mesuraient à peine un mètre et n’avaient pas développé les technologies de chasse, comme les lances ou les arcs et les flèches. Alors, comment pouvaient-ils venir à bout d’animaux gros et dangereux comme des éléphants et des hippopotames?” Pour Brianna Pobiner, “attendre que de plus gros prédateurs abandonnent leur proie aurait valu la peine pour des espèces humaines comme Homo Erectus.” Ils pouvaient en effet patienter jusqu’à ce que les lions s’en aillent pour découper la viande restante des os, et briser ces derniers pour récupérer la moelle. “En plus, attendre aurait diminué les risques pour eux de se faire manger par les lions”, ajoute la paléoanthropologue. Elle supporte également la thèse de la récupération des restes de la chasse des tigres à dents de sabre, qui fréquentaient les mêmes régions que les humains. Ces gigantesques félins étaient probablement solitaires, et auraient donc laissé beaucoup de viande sur les grosses proies qu’ils avaient tuées. Là encore, de quoi nourrir quelques hommes préhistoriques… Le fait que des ancêtres de l’Homme aient pu se contenter de restes n’est peut-être pas aussi poétique que de grandes chasses dangereuses dans la savane, mais cela avait probablement le mérite d’être efficace. Crédit image : vue d’artiste d’un groupe d’Homo Erectus dépeçant un éléphant (Karen Carr Studios/Human Origins Program/Smithsonian Institution) Continue reading

A l’assaut d’un paradoxe de la recherche française !

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A l’ère de l‘open data, on ne peut que s’étonner de ne pas avoir de vision pluriannuelle des financements accordés par l’Agence nationale de la recherche (ANR) ; ou de ne pas savoir sur quels projets travaille tel chercheur et avec quels résultats, ou qui est spécialiste de tel sujet dans telle université… D’autant plus que les chercheurs se plaignent tout le temps de remplir trop de formulaires et de rendre sans cesse des comptes, qu’il s’agisse de soumettre un dossier à l’ANR, de déposer une publication dans l’archive ouverte HAL, de produire leur compte-rendu annuel d’activité ou de remplir le dossier d’évaluation HCERES de leur laboratoire. Voici donc le paradoxe (enfin, un des paradoxes…) de la recherche française : multiplication des saisies de données en entrée, et pauvreté des données publiques en sortie. Dit autrement par l’Académie des sciences, cela donne (je souligne) :
La facilité de diffusion par voie électronique de questionnaires construits de manière peu rationnelle par des personnes très éloignées des laboratoires et n’ayant pas une connaissance réelle de la vie des laboratoires amène les chercheurs à passer un temps de plus en plus grand à remplir de trop nombreux formulaires qui nourrissent des « cimetières à informations » dont la taille semble seulement limitée par celle des serveurs qui hébergent ces formulaires une fois remplis. Partant de ce constat déplorable, j’ai passé un nombre incalculable d’heures avec ma collègue Elifsu à comprendre d’où venait le problème. Nous avons épluché un grand nombre de documents, rapports et articles ; testé de nombreux logiciels ; et interrogé une douzaine d’acteurs du monde de la recherche. Bref, nous avons pénétré pour vous dans les rouages de l’administration, du pilotage et de la valorisation de la recherche. On dit merci qui ? Et non seulement nous pensons, modestement, avoir trouvé la réponse, mais en plus nous avons une bonne nouvelle : il existe quelques solutions simples à la déperdition d’information dans la recherche, que vous découvrirez dans notre livre blanc tout juste paru :-) Couverture-livre-blanc-31oct14.jpg Notre analyse devrait rassurer les chercheurs, qui souffrent à la fois du manque d’information sur les orientations de la recherche et de la difficulté à repérer les bons interlocuteurs sur tel ou tel sujet, et des lourdeurs administratives évoquées plus haut. Elle devrait également rassurer les administrateurs : il est possible de rendre l’administration de la recherche conviviale et directement utile, en retirant toutes les corvées (ou les tâches perçues comme telles). Elle devrait enfin rassurer les dirigeants : ce que nous décrivons n’est pas un idéal sorti de nos cerveaux mais des processus, des infrastructures déjà éprouvés en Grande-Bretagne et ailleurs… avec une analyse coûts-bénéfices qui ne laisse aucun doute quant à l’opportunité de rejoindre le mouvement ! Chercheurs, administrateurs, dirigeants de la recherche : la feuille de route est claire et la balle dans votre camp… Continue reading

La lumière (enfin) vue dans tous ses états

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87545_web.jpg Qu’est-ce que la lumière ? Une onde, selon certains. Une particule, selon d’autres. Le débat a fait rage pendant de nombreuses années jusqu’à ce que la science réconcilie les théories : la lumière est, en fait, à la fois une particule (le photon) et une onde (faites passer un faisceau de lumière au travers de deux fentes, et vous verrez les raies d’interférences caractéristiques d’une onde lumineuse). Ce que l’on nomme la dualité onde-particule est donc désormais bien comprise par les physiciens. Mais entre savoir et voir, il y a souvent un grand pas. Celui-ci vient d’être franchi grâce aux travaux d’une équipe internationale autour de scientifiques de l’école polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL, Suisse), qui vient de capturer pour la première fois une image de la lumière se manifestant simultanément sous forme d’onde et de particule. Jusqu’ici, on avait pu observer séparément les deux aspects de la lumière, photons et ondes. Mais l’exploit qui vient d’être réalisé par les chercheurs Suisses est d’avoir conçu une expérience permettant d’immortaliser sur image cette dualité. Mais comment réussir à photographier la lumière elle-même ? C’est là qu’intervient l’originalité de cette expérience, décrite sur le site de l’EPFL : “L’expérience se déroule de la manière suivante: une impulsion laser est envoyée sur un minuscule nano-fil métallique. Le laser ajoute de l’énergie aux particules chargées dans le nano-fil, ce qui les fait vibrer. La lumière voyage le long du minuscule fil dans deux directions possibles, comme des voitures sur une autoroute. Lorsque les ondes voyageant dans des directions opposées se rencontrent, elles forment une nouvelle onde, qui paraît rester immobile. Cette onde stationnaire devient une source de lumière et rayonne le long du fil.” “C’est ici qu’intervient l’astuce de l’expérience: les scientifiques envoient un flux d’électrons à proximité du nano-fil, en les utilisant pour photographier l’onde de lumière stationnaire. Lorsque les électrons interagissent avec la lumière confinée du nano-fil, certains accélèrent, d’autres ralentissent. En utilisant un microscope ultrarapide pour photographier l’endroit où ce changement de vitesse avait lieu, l’équipe de Carbone a pu alors visualiser l’onde stationnaire, qui signe la nature ondulatoire de la lumière.” “Mais tandis que ce phénomène montre la nature d’onde de la lumière, il démontre aussi, en même temps, sa nature de particule. En effet, lorsque les électrons passent à proximité de l’onde stationnaire, ils «frappent» les particules de lumière, les photons. Comme mentionné plus haut, ceci affecte leur vitesse, les faisant se déplacer plus vite ou plus lentement. Ce changement de vitesse apparaît comme un échange de «paquets» d’énergie (quanta) entre les électrons et les photons. L’existence même de ces paquets d’énergie montre que la lumière se comporte comme une particule.” Mais cette expérience va au-delà de la seule manifestation de la dualité onde-particule de la lumière : elle pourrait permettre des avancées technologiques pour les futurs ordinateurs quantiques. “L’expérience démontre pour la toute première fois que l’on peut filmer directement la mécanique quantique – et sa nature paradoxale”, explique Fabrizio Carbone, qui a dirigé l’étude. Pour lui, “être en mesure de photographier et de contrôler des phénomènes quantiques à l’échelle nanométrique ouvre de nouvelles perspectives vers l’informatique quantique.” Les résultats de l’étude ont été publiés dans la revue Nature Communications Crédit photo : La lumière “prise sur le vif”, avec la manifestation de ses particules (couche du bas) et d’ondes lumineuses (couche du haut). (Fabrizio Carbone/EPFL) Continue reading

Veille de blog de la semaine du 23/02 au 01/03/2015

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La semaine précédente, sur le C@fé des Sciences L’image de la semaine : Les articles : Liberté, égalité, maternité par Emilie sur Sense the Science Cela fait plus de 40 ans qu’il y a autant de bachelières que de bacheliers. Alors pourquoi aujourd’hui encore 70% des chercheurs sont des hommes ? L’image du racisme par […]

[Strange and Funky Animal Photographer] Brad Wilson

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Sachant que j’ai initié ce blog avec un billet sur un hibou transformiste, on peut s’attendre à ce qu’une série de portraits de ces nobles rapaces titille mon intérêt (En plus, je ne m’étais pas arrêté à un seul billet, ayant notamment décrit un hibou-chaton de l’enfer et des hiboux invisibles). Si en plus, le photographe en question, Brad Wilson,… Lire [Strange and Funky Animal Photographer] Brad Wilson Continue reading

Les rats rient quand on les chatouille…

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… et se souviennent de ceux qui sont gentils avec eux

Wanderratte(IMG_8022).jpgMalgré sa mauvaise réputation, le rat est un exemple de choix pour étudier l’intelligence animale… et certaines similitudes avec l’être humain. Une étude menée par des chercheurs de l’université de Berne (Suisse) et publiée dans Biology Letters s’est en effet intéressée à la manière dont les rats se rendent mutuellement service… et savent rendre faveur pour faveur. Pour cela, ils ont permis à certains rats de déclencher l’accès à certains types de nourriture pour l’occupant de la cage voisine. Les récompenses ainsi attribuées au voisin étaient soit des bananes, soit des carottes… en sachant que les rats préféraient de loin les bananes. Certains rats permettaient donc l’accès des carottes à leurs voisins, alors que d’autres leur envoyaient des bananes. Lorsque les rôles étaient inversés, les chercheurs se sont aperçus que la nourriture distribuée était liée à celle que les rats avaient reçues : globalement, ils envoyaient plus souvent des bananes à ceux qui leur en avaient précédemment envoyé, et idem pour les carottes. La coopération était donc récompensée. “La réciprocité directe, selon la règle de décision “aidez quelqu’un qui vous a aidé auparavant” reflète une coopération basée sur le principe de bénéfices à retardement”, expliquent les auteurs. “Un facteur prédominant influençant les motivations pour un Homo Sapiens à retourner une faveur est la perception du bénéfice résultant de la valeur de l’aide accordée.” Un comportement humain dont on ne sait pas à quel point il est partagé par les animaux. L’expérience menée sur ces rats semble aller dans une direction similaire… Car comme l’explique l’un des auteurs, Michael Taborsky, à National Geographic, les rats “utilisent clairement la qualité de service qu’ils ont reçue pour déterminer combien ils doivent donner en retour”.

Ca vous grattouille ou ça vous chatouille?

A l’occasion d’une polémique sur le traitement des animaux de laboratoire, qui présentait les méthodes pour mettre les rongeurs de bonne humeur avant une injection, des études sont également revenues sur le devant de la scène : elles concernaient le côté chatouilleux des rats. Outre le renforcement des liens parents-enfants, la chatouille et le rire qu’elle provoque serait aussi un moyen d’aider les jeunes à apprendre à protéger les parties sensibles de leur corps. Lorsqu’on les chatouille, ils développeraient des réflexes pour mieux couvrir les zones vulnérables comme le cou et les côtes. Si l’humain réagit quand on le chatouille, ce n’est pas très répandu dans le monde animal. Nos cousins les chimpanzés, les orang-outans et les gorilles, sont chatouilleux. Mais hormis la “famille proche” de l’humanité, ce réflexe de rire lorsque certaines parties sensibles du corps sont excitées n’est pas une caractéristique que l’on peut lier au monde animal. Une exception : les rats. Selon Jaak Panksepp, à l’époque chercheur à la Bowling Green University (Ohio, USA), et auteur de plusieurs études sur le sujet, les rats chatouillés émettent un pépiement ultrasonique joyeux qui “a davantage qu’une simple ressemblance au rire humain primitif”. Ce “rire du rat” serait ainsi lié au rire joyeux des enfants lorsqu’on les chatouille, et aurait un rôle ludique de renforcement du lien social chez ces rongeurs également. En plus, cela les rendrait optimistes! Crédit photo : Un rat tentant de s’approprier de la nourriture destinée aux oiseaux (Losch via Wikimedia Commons) Continue reading