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La sélection scientifique de la semaine (numéro 172)

– Et c’est parti pour le projet Lightsail, un satellite poids plume qui va tester la voile solaire, un moyen de propulsion spatiale qui consiste en quelque sorte à se laisser pousser par les rayons du Soleil… (en anglais) – … Continuer la lecture

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La prêtresse du Soleil allemande est allée mourir au Danemark

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La célèbre tombe danoise de la “fille d’Egtved”, vieille de 3400 ans, a révélé une partie de ses secrets. Son occupante était une jeune noble immigrée… 800px-Egtvedpigen.jpg C’était il y a près de 3400 ans. Les civilisations minoenne et mycénienne s’effondraient en Crète et en Grèce, le pharaon hérétique Akhenaton et son épouse Néfertiti allaient bientôt naître en Egypte, et les tout premiers Gaulois s’apprêtaient à s’installer dans ce qui est aujourd’hui la France. Le monde n’avait alors rien à voir avec l’antiquité classique des Grecs, des Romains et des Gaulois avec laquelle nombre d’entre nous sont familiers. C’était l’âge du Bronze, et la plupart des civilisations et des peuples qui vivaient en Europe ont été oubliés ou sont très mal connus. Vers -1390 naît une fille, quelque part près de l’actuelle Forêt Noire (Allemagne). A quelle tribu appartenait-elle, on n’en a aucune idée. En fait, on ne connaissait jusqu’ici pratiquement rien sur ses origines. En revanche, on connaît le lieu de son inhumation : près d’Egtved, petite ville du sud du Danemark. C’est en 1921 que sa tombe y a été découverte, avec à l’intérieur un grand cercueil de chêne. Là gisaient les restes de la jeune fille, avec une partie de ses possessions. De son corps, il ne restait que les cheveux, les dents, les ongles, le cerveau et un peu de peau. Elle portait une petite tunique et une jupe de corde descendant jusqu’aux genoux, décorée d’une boucle de ceinture de bronze avec une spirale gravée. Elle avait des anneaux de bronze aux bras, et un anneau dans l’oreille. A sa ceinture, un peigne de corne. A ses pieds, un récipient fait d’écorce, dont l’analyse a montré qu’il contenait une sorte de bière à base de myrte des marais, d’airelles, de tilleul et de miel. On a également retrouvé les restes calcinés et quelques os d’un enfant de cinq ou six ans. Depuis, la science a fait parler ces restes. On sait par exemple que la “fille d’Egtved” a été enterrée durant l’été de l’an 1370 avant notre ère. Elle avait alors entre 16 et 18 ans. Elle était mince, mesurait 1m60, avait les cheveux blonds et assez courts (23cm), et des ongles soignés. Ses parures montrent qu’elle faisait partie de la classe dirigeante de l’époque, et sa boucle de ceinture ornée d’un symbole solaire laissent penser qu’elle pouvait être une sorte de prêtresse du dieu Soleil, révéré par les civilisations européennes de l’âge du Bronze. 92233_web.jpgUne nouvelle étude, qui vient d’être publiée dans la revue Scientific Reports, apporte de nouveaux éléments sur la “fille d’Egtved”. Grâce à des analyses de ses restes et des objets présents dans la tombe, les chercheurs de l’université de Copenhague ont pu reconstituer les déplacements de la jeune femme, et ce depuis sa naissance. En effet, certains éléments (dont les isotopes de strontium) présents dans les tissus humains permettent de connaître assez précisément le lieu où une personne a vécu à une époque donnée de sa vie. Grâce à tout cela, l’équipe a pu déterminer que la “fille d’Egtved” (de même que l’enfant incinéré) était née loin du lieu de sa sépulture : quelque part dans la Forêt Noire allemande, à 800 kilomètres de là. C’est de cette région que venaient aussi les tissus qui l’ont accompagnée dans son dernier voyage… qui n’était pas le premier. “J’ai analysé les signatures isotopiques du strontium de l’émail d’une de ses premières molaires, qui était pleinement formée lorsqu’elle avait trois ou quatre ans, et les analyses nous disent qu’elle est née et a vécu ses premières années dans une région géologiquement plus ancienne et différente de la péninsule du Jutland au Danemark“, explique Karin Margarita Frei, du musée national du Danemark, auteur principal de l’étude. En analysant également les signatures du strontium dans ses cheveux, les chercheurs ont déduit qu’elle avait effectué un long voyage peu avant sa mort. “Si l’on considère les deux dernières années de sa vie, nous pouvons voir que de 13 à 15 mois avant sa mort, elle est restée en un endroit avec une signature isotopique très similaire à celle qui caractérise la région où elle est née. Ensuite, elle est allée dans une autre région qui pourrait bien avoir été le Jutland. Après une période de 9 à 10 mois là-bas, elle est retournée dans la région dont elle était originaire, et y est restée entre 4 à 6 mois avant d’aller rejoindre Egtved, où elle devait décéder un mois plus tard,” détaille la scientifique. La laine de ses vêtements, le tissu qui la recouvrait, la peau de boeuf sur laquelle elle était étendue ont également fourni de précieux renseignements afin d’établir ce scénario. A l’âge du bronze, il y avait donc des relations proches entre l’actuel Danemark et le sud de ce qui est aujourd’hui l’Allemagne, le premier échangeant son ambre contre le bronze du second. Selon le professeur Kristian Kristiansen, de l’université de Gothenburg, ces deux régions étaient à l’âge du Bronze “deux centres dominants de pouvoir, très similaires à des royaumes. Nous avons trouvé de nombreuses connexions directes entre les deux dans les découvertes archéologiques, et je suppose que la “fille d’Egtved” était une Allemande du sud donnée en mariage à un homme du Jutland pour forger une alliance entre deux familles puissantes“, et sécuriser ainsi les routes commerciales du bronze et de l’ambre. On le voit, les études pluridisciplinaires sur des découvertes archéologiques comme la tombe de la “fille d’Egtved” permettent de déboucher sur des résultats fascinants. Mais il reste encore des points d’ombre dans l’histoire de cette jeune noble. Par exemple, on ne sait pas de quoi elle est morte. Ou encore, d’où venait l’enfant dont on a retrouvé les restes dans sa tombe : il était trop âgé pour être son fils. Etait-il son frère ? Une victime sacrificielle ? Une prochaine recherche nous apportera peut-être d’autres réponses. Crédit photos :  - Le “cercueil de chêne” (Tommy Hansen via Wikimedia Commons) - Vue de la tombe de la “fille d’Egtved” (Musée national du Danemark)     Continue reading

Ciel ! On critique un article scientifique sur Twitter !

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Après une longue pause, ce blog redémarre. Je reviendrais sur mes réflexions sur les blogs et la communication scientifique prochainement, mais commençons par un billet sur un petit évènement qui agite mon landerneau, celui de la génomique et la bioinformatique … Continue reading

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Grand-père, comme vous avez un menton court…

Savez-vous ce qui distingue probablement le plus notre espèce humaine actuelle de tous les êtres vivants d’aujourd’hui et d’antan ? Ce n’est pas la bipédie que maîtrisaient également Néandertal ou d’autres hominidés, ni les pouces opposables fréquents chez les primates. Non, c’est notre menton. Aussi anodin puisse-t-il paraître, il serait d’après certains la trace d’une importante évolution des mœurs… […]

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La vie extraterrestre serait-elle dans la lune ?

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124231main_NEW_extrasolar-browse.jpg Lorsqu’on imagine une planète habitable autour d’une autre étoile, on a tendance à penser à une sorte de jumelle de la Terre, qui serait à une distance idéale de son soleil, ou peut-être un peu trop chaude (climat désertique) ou trop froide (une planète à l’hiver éternel). Ce que l’on oublie souvent, c’est qu’il peut y avoir des environnements favorables à la vie qui soient assez différents de ce que nous connaissons sur notre bonne vieille planète. L’exploration du système solaire nous amène cependant à considérer les lieux habitables d’un oeil différent. Les océans d’Europe ou de Ganymède, par exemple, pourraient fort bien héberger des formes de vie. Par extension, on peut imaginer des conditions encore plus propices sur des lunes orbitant autour de géantes gazeuses lointaines, un peu comme la lune forestière d’Endor (la planète des Ewoks) dans Star Wars, ou encore Pandora dans Avatar. Plusieurs études récentes ont été consacrées aux exolunes (les lunes d’exoplanètes). Ainsi, deux chercheurs canadiens de l’université McMaster expliquent que certaines exolunes pourraient être dans une position idéale pour héberger la vie, si elles sont de la bonne taille et ont de l’eau à leur surface. En effet, parmi les exoplanètes détectées à ce jour, nombre d’entre elles sont des géantes gazeuses, susceptibles d’avoir des satellites. Pour eux, détecter ces exolunes serait possible, à condition d’être deux fois plus massives que Mars. Un bémol, cependant : les modèles de formation des exolunes laissent entendre que celles-ci ne pourraient que difficilement atteindre une taille comparable à celle de notre Terre. En revanche, une grosse exolune pourrait être protégée des radiations nocives de son étoile, non pas par un champ magnétique propre comme la Terre, mais par la magnétosphère de la planète géante autour de laquelle elles tournent… à condition que ledit champ magnétique ne soit pas trop fort pour influencer négativement les possibilités de vie. Un équilibre difficile entre la taille de l’exolune et sa distance à la géante gazeuse, donc, mais pas impossible, selon une étude publiée fin 2013. Les arguments en faveur de la vie sur des exolunes avaient également été avancés dans d’autres recherches, notamment un article publié en septembre dans Astrobiology et qui supposait que le nombre de lunes de bonne taille se situant dans une zone habitable pourrait même être supérieur à celle des “simples” planètes. Reste cependant un léger problème : la détection d’exolunes est particulièrement difficile. Les données du télescope spatial Kepler peuvent cependant déjà receler les traces de telles lunes lointaines. Un projet de l’université de Harvard (USA), intitulé “Hunt for Exomoons with Kepler” (HEK) s’est d’ailleurs donné pour mission d’éplucher ces données, en espérant y dénicher des exolunes. Pour l’instant, aucune exolune n’a été confirmée, même si plusieurs candidates sont sur les rangs. Ainsi, en 2013, une étude suggérait la présence d’une exolune autour de la géante gazeuse (de deux fois la masse de Jupiter) MOA-2011-BLG-262L b, située à plus de 22 000 années-lumière de nous.  Au mois de janvier dernier, une autre étude laissait entrevoir la possibilité d’une exolune autour d’une planète gazeuse de 10 à 40 fois la taille de Jupiter, à 420 années-lumière. L’exolune serait au milieu d’un système d’anneaux, un peu comme ceux de Saturne. Il reste cependant à déterminer de manière irréfutable la présence d’une exolune… en attendant de déterminer si elle serait potentiellement habitable. Vidéo de René Keller montrant une exolune autour d’une géante gazeuse   Crédit image : vue d’artiste d’une exolune (NASA) Continue reading