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Les plantes entendent quand on les mange

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800px-Monarch_caterpillar_eating_swan_plant_leaf.jpgC’est une histoire à faire froid dans le dos, et à culpabiliser tous les végétariens : les plantes seraient sensibles aux vibrations émises lorsque leurs prédateurs les dévorent à belles dents (ou à belles mandibules). C’est en tout cas la conclusion d’une étude très sérieuse menée par le laboratoire d’écologie chimique de l’université du Missouri, et publiée dans la revue Oecologia. Toutefois, avant de se faire des films et d’imaginer sa carotte hurlant de douleur lorsqu’on la râpe, ou hésiter à cuire ses broccoli à la vapeur de peur de commettre un crime impardonnable, il est nécessaire de préciser un peu les choses. En fait, les scientifiques ont étudié les réponses d’une sorte de chou, l’arabette des dames, à l’attaque de chenilles. Ils ont constaté que les vibrations causées par la mastication assidue des insectes poussait la plante à générer davantage d’huile de moutarde, un composé qui repousse les insectes. Une réaction de défense, donc. Mais est-ce vraiment dû aux sons ? Pour le savoir, les chercheurs ont enregistré les vibrations grâce à un micro spécial, puis ont repassé l’enregistrement à des plantes qui n’étaient pas menacées par des chenilles. Leur réaction a été la même que les arabettes attaquées : davantage d’huile de moutarde, alors qu’un groupe de contrôle, préservé à la fois des insectes et des enregistrements de vibrations, avait des taux tout à fait normaux de ce répulsif à chenilles. “Notre travail est le premier exemple de la manière dont les plantes répondes à une vibration écologiquement pertinente”, explique Heidi Appel, co-auteur de l’étude. “Nous avons trouvé que les vibrations émises par la mastication donne le signal de modifications du métabolisme de la plante, créant davantage de produits chimiques défensifs qui peuvent repousser les attaques de chenilles”. Pas de panique, cependant : vos choux ne vont pas essayer de vous empoisonner si vous mastiquez trop fort. Crédit photo : chenille dévorant allègrement une feuille (Pseudopanax via Wikimedia Commons) Continue reading

En bref (octobre 2014) : immunologie, niveau des mers, stéréotype de genre et nanomédecine

Une sélection parmi mes lectures des deux derniers mois: – réponse immunitaire et variation génétique, ou comment la variabilité génétique interindividuelle affecte le comportement des cellules immunitaires, contribuant aux différences de réaction face à un pathogène ou de susceptibilité à … Lire la suite

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La sélection scientifique de la semaine (numéro 143)

- Pas après pas, la Chine fait son chemin vers la Lune. Nouvelle étape avec le lancement d’une sonde censée se mettre en orbite autour de notre satellite puis revenir sur Terre. – Après des négociations difficiles, l’Union européenne est … Continuer la lecture

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Respirez différemment pour vaincre l’insomnie?

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Dans une série d’articles que je vous prépare, j’aimerais vous sensibiliser au fait que, pour bien dormir, il faut aussi être bien réveillé. En d’autres termes, il est primordial de bien optimiser et gérer sa journée pour « dormir sur ses … Lire la suite Respirez différemment pour vaincre l’insomnie? is a post from: Les secrets du sommeil Continue reading

Nos ancêtres ont commencé à batifoler avec Néandertal voici moins de 60 000 ans

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439px-Homo_neanderthalensis_adult_male_-_head_model_-_Smithsonian_Museum_of_Natural_History_-_2012-05-17.jpgOn savait déjà que les ancêtres des humains modernes et l’Homme de Néandertal avaient eu une descendance commune. Ces premiers occupants de l’Europe ont en effet vu arriver les Homo Sapiens d’Afrique, et ont coexisté avec eux durant quelques milliers d’années. On a aujourd’hui davantage de précisions sur ces “mariages” inter-espèces grâce à une étude menée sous l’égide de l’institut Max Planck d’anthropologie évolutionniste et publiée hier dans la revue Nature. En utilisant un fémur complet trouvé sur les rives de la rivière Irtych, les chercheurs ont procédé au séquençage du génome d’un homme qui vécut en Sibérie voici 45000 ans. Un homme moderne, donc. “La morphologie de l’os suggère qu’il s’agit d’un des premiers humains modernes, et que c’est un individu apparenté aux populations qui sont les ancêtres directs des gens en vie aujourd’hui”, explique Bence Viola, anthropologue qui a analysé le fémur. “Cet individu est l’un des plus vieux humains modernes trouvés hors du Moyen-Orient et d’Afrique,” précise-t-il. Il vivait également à une période proche de celle à laquelle les ancêtres des Européens actuels et de ceux des habitants d’Asie orientale se sont séparé, et pourrait être le représentant d’une population de premiers migrants en Europe et Asie centrale qui n’a pas aujourd’hui de descendants directs. Comme tous les humains modernes hors d’Afrique, cet homme avait des gènes de Néandertal (la moyenne est d’environ 2% chez nos contemporains). Mais les segments de gènes de Néandertal était “substantiellement plus longs que ceux observés chez les individus d’aujourd’hui, ce qui montre que la migration des gènes des Néandertaliens vers les ancêtres de l’homme étudié s’est produite entre 7 et 13 000 ans avant sa naissance. Comprenez, que l’un (ou l’une) de ses ancêtres avait eu une descendance avec un (ou une) Néandertalien(ne). La fourchette de ce premier rapport fertile se situerait donc entre 52 et 58 000 ans avant notre ère. Que les avocats du respect de la vie privée se rassurent, on n’en est pas encore à cibler le couple mixte Homo Sapiens / Néandertal qui a eu les premiers rapports sexuels, ni à publier leurs photos dans un magazine à scandales, les paparazzi n’avaient pas encore été inventés. Mais ces études nous aident à comprendre la nature des flux migratoires des diverses espèces humaines, ainsi que la manière dont elles vivaient et interagissaient durant la préhistoire.
 
  Crédit photo : un homme de Néandertal. Reconstruction: John Gurche; photograph: Tim Evanson  Continue reading

Les gladiateurs étaient-ils végétariens ?

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800px-Jean-Leon_Gerome_Pollice_Verso.jpg Lorsqu’on pense aux gladiateurs qui combattaient dans les arènes pour distraire les citoyens romains, on pouvait les imaginer festoyer après le combat, et s’empiffrer de steaks bien saignants. Erreur ! Ils étaient quasiment végétariens, si l’on en croit une étude menée par des experts en médecine légale, et publiée cette semaine dans le journal PLOS One. Au premier siècle de notre ère, la ville d’Ephèse, aujourd’hui en Turquie, était l’une des plus grandes métropoles du monde occidental, capitale de la province impériale d’Asie. La ville avait abrité le grand temple d’Artémis, l’une des sept merveilles du monde, dont il ne reste hélas rien, et qui avait d’ailleurs été détruit bien avant la conquête romaine. Quiconque visite les ruines d’Ephèse un jour de pluie sera frappé par le fait que les égoûts romains évacuent toujours l’eau avec une efficacité inégalée, témoin du savoir-faire des ingénieurs impériaux. Ephèse avait bien entendu son cirque et ses jeux, comme toute ville romaine qui se respecte.En 1993, des fouilles archéologiques permettaient même d’y découvrir un cimetière de gladiateurs, daté des deuxième et troisième siècles de notre ère. Diverses inscriptions et objets ont en outre permis de déduire que les gladiateurs étaient enterrés à Ephèse depuis le tout début du premier siècle. Une équipe de médecine légale emmenée par le Dr Fabian Kanz, du département de médecine légale de l’université médicale de Vienne (Autriche), a étudié les os de ces combattants de l’arène, ce qui leur a permis de reconstituer leur régime alimentaire. On savait déjà, grâce à Pline l’Ancien, que les gladiateurs mangeaient des céréales, ce qui leur avait valu le surnom de “hordearii” (mangeurs d’orge). Mais ce que l’on ne savait pas, et que l’étude vient de montrer, c’est l’étendue de leur régime végétarien.

De l’orge et des boissons énergisantes… à base de cendre

En analysant les restes de 53 occupants du cimetière, dont 22 gladiateurs, les médecins ont pu faire “parler” leurs os en utilisant la spectroscopie, les pourcentages d’isotopes de carbone, d’azote et de soufre dans le collagène, ainsi que la proportion de strontium et de calcium dans ces os. Les chercheurs ont ainsi pu déterminer l’alimentation des gladiateurs par rapport au reste de la population. On sait donc désormais que le blé, l’orge et les fèves constituaient la base de leur alimentation, ce qui était aussi le cas pour les habitants “ordinaires” d’Ephèse. Le citoyen moyen devait cependant manger du grain de meilleure qualité que les gladiateurs , et ceux-ci n’avaient donc pas un “régime d’athlètes” particulier. Mais les gladiateurs avaient des besoins différents, du fait de leur activité physique intense. Ils absorbaient donc des “cocktails toniques” composés de cendres , pour se maintenir en forme. “Les cendres de plantes étaient à l’évidence consommées pour fortifier le corps après l’effort physique, et pour permettre aux os de mieux guérir,” explique le Dr Kanz à MedicalDaily. “Cela se passait de manière similaire à ce que nous faisons aujourd’hui : nous prenons du magnésium et du calcium (sous la forme de comprimés effervescents, par exemple) après l’exercice physique.” L’histoire ne dit pas s’ils avaient également des produits dopants…   Crédit image : Pollice Verso, par Jean-Léon Gérôme (1872) via Wikimedia Commons Continue reading