Démarrage du LHC au CERN
Benjamin Bradu, doctorant au CERN et rédacteur du blog La Science pour tous, est un peu l’envoyé permanent du C@fé des sciences au CERN. Il nous offre du coup ce billet de synthèse sur les événements des derniers jours et semaines, merci à lui !
10 Septembre 2008, il est 10h28 à Prévessin en France, près de la frontière suisse, à quelques kilomètres de Genève. Tout à coup, un tonnerre d’applaudissement jaillit d’une grande salle avec des écrans qui affichent des courbes un peu partout. Ca y est. Le premier paquet de protons vient de faire 3 tours de 27 kilomètres à 100 mètres sous la frontière franco-suisse dans une mystérieuse machine appelée le LHC.
Cet événement s’est passé au CERN, l’Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire, qui vient de mettre en service le plus puissant accélérateur de particules du monde : le LHC (Large Hadron Collider). Cette machine est qualifiée comme étant la machine la plus complexe jamais construite par l’homme. Le projet LHC a été pensé dans les années 80 et approuvé officiellement en 1994. Le premier coup de pelle a été donné en 1998 et sa construction, estimée à 6 milliards de francs suisses (3,75 milliards d’euros), s’est achevée en 2008.
Cet événement très attendu par toute la communauté scientifique est l’aboutissement de 15 ans de travail de plus de 8000 techniciens, ingénieurs et chercheurs de plus de 80 nationalités différentes. Le LHC est unique, il utilise toutes les dernières technologies maitrisées par l’homme comme la supraconductivité et la superfluidité à des échelles quasi-industrielles et le tout pour un projet de physique théorique. Les retombées technologiques issues du développement et de la construction de la machine sont immenses. La construction du LHC aura apporté des nouvelles solutions en imagerie médicale, en supraconductivité, en cryogénie, en télécommunication, en informatique, en génie civile, etc. Après tout, c’est le CERN qui a inventé le WEB en 1989 pour échanger des données. Désormais, toute nos sociétés sont basées sur le WEB !
Cette incroyable machine est constituée de 27 kilomètres d’aimants supraconducteurs refroidis à 1,9K (-271°C) permettant de courber et de focaliser les faisceaux de particules à l’aide de puissants champs magnétiques (environ 8 Tesla). Ainsi le LHC est la plus grande installation supraconductrice du monde et a nécessité la construction de gigantesques installations cryogéniques (de gros réfrigérateurs). Le refroidissement des 27 km d’aimants nécessite 10 000 tonnes d’azote liquide et 120 tonnes d’hélium liquide dont environ 90 tonnes d’hélium superfluide.
Le LHC peut accélérer environ 100 milliards de protons dans 2 anneaux en sens opposés pour les faire collisionner à 4 points distincts dans lesquels se trouvent de gigantesques détecteurs de particules (nommés ATLAS, CMS, ALICE et LHCb) qui peuvent faire la taille d’une cathédrale tout en étant enfouis à 100 mètres sous terre. Les faisceaux tournent à environ 99,9999991% de la vitesse de la lumière et le LHC va produire 600 millions de collisions par seconde. C’est ensuite une grille de calcul planétaire qui prend le relais pour traiter le véritable flot de données qui sort de ces détecteurs. L’ensemble des détecteurs produira au total 15 000 000 de Giga Octets de données par an (soit une pile de CD de 20 km de haut).
Le LHC ne fait que reproduire des collisions qui se produisent tous les jours dans notre Univers. Mais ici ces collisions sont créées artificiellement pour permettre à l’homme de les analyser dans des détecteurs de particules.
La fonction du LHC est de répondre à plusieurs questions de la physique théorique qui demeurent toujours sans réponse. Les physiciens veulent confirmer ou infirmer leurs théories sur la constitution de la matière qui nous entoure, sur le Big-Bang et les différents phénomènes observables dans l’Univers.
Tout notre Univers est constitué de particules élémentaires (les étoiles, les planètes, les plantes, les hommes, etc.) qui obéissent a un modèle de physique théorique appelé le modèle standard. Jusqu’à présent, toutes les observations concordent avec ce modèle mais une particule n’a jamais été observée : le boson de Higgs. Cette particule, appelée abusivement « la particule de Dieu » par les journaux, devrait expliquer l’origine de la masse de toutes les particules. Le LHC a pour première mission de « découvrir » ce boson de Higgs, mais ce n’est pas son unique but. Il cherchera également une mystérieuse matière noire que l’on observe indirectement dans l’Univers ainsi que les différences matière/antimatière tout en reconstituant les conditions qui régnaient quelques milliardièmes de seconde après le Big-Bang.

Tom Roud le 12 sept 2008 à 12:01 #
Merci pour ce résumé.
Je crois avoir lu qu’en fait ce sont certains physiciens eux-mêmes qui ont surnommé le Higgs “The God Particle”. Comme quoi, il ne faut pas tout mettre sur le dos des media
Benjamin Bradu le 12 sept 2008 à 5:08 #
Exact, apres verification, c est le prix Nobel Leon Ledermann qui a utilise le terme “Particule de Dieu” pour la premniere fois.
Riviere le 12 sept 2008 à 6:22 #
Bonjour, merci pour ces informations. En ce qui concerne la date de naissance de l’internet, il semble qu’en 1973 le concept ait été imaginé aussi par Vint Cerf, Bob Kahn, Dave Clark et John Postel. Christian Huitema a écrit qu’il en a entendu parler pour la première fois en 1982 à l’INRIA…
Benjamin Bradu le 13 sept 2008 à 1:19 #
Je ne parlais pas de l’internet mais du WEB.
Internet est un ensemble de protocole de communication pour échanger des données entre ordinateurs. Effectivement le protocole TCP/IP date de 1974.
En revanche le WEB, c’est le système de “sites internet” avec des liens hypertextes utilisant une couche protocole au dessus du TCP/IP appelée HTTP. Ce protocole a été inventé au CERN ainsi que le Mot “World Wide Web” (le fameux www) en 1989 par Tim Berners-Lee.
Vous pouvez consultez un précédent billet sur mon blog à ce sujet intitulé INTERNET : HTTP, TCP/IP et WWW à cette adresse :
http://science-for-everyone.over-blog.com/article-13291644.html
Bonche Bernard le 25 oct 2008 à 1:06 #
Question simple :
Ou en sont les réparations (mise au pt ?) du LHC?
merci
Benjamin Bradu le 02 nov 2008 à 10:58 #
Avant d’effectuer des réparations il a fallu identifier le problème et savoir ce qui s’est exactement passé pour que cet incident ne se reproduise pas. Il a été établi que l’incident a été provoqué par une mauvaise interconnexion entre un aimant dipolaire et un aimant quadripolaire dans le secteur 3-4 de la machine LHC. Cette interconnexion supraconductrice a « quenché » à 8,7 kA, cela signifie qu’elle a perdue sa supraconductivité et une tension d’environ 1V est alors apparue ce qui a entraîné la libération d’une grande quantité d’énergie sous forme de chaleur provoquant des dommages sur le système de vide, sur la cryogénie et plusieurs aimants doivent être réparés. Toutes les informations sont consultables dans le communiqué officiel ici :
https://edms.cern.ch/file/973073/1/Report_on_080919_incident_at_LHC__2_.pdf
Le CERN profite de la trêve hivernale annuelle pour effectuer les réparations nécessaires, c’est-à -dire sortir du tunnel les aimants endommagés, les remplacer ou les réparer si possible, les re-tester au niveau géométrique, électrique et magnétique pour les réinstaller dans le tunnel. Cette phase commence à peine car il a fallu attendre que tout le secteur (qui mesure 3,3km) où s’est produit l’accident se réchauffe à température ambiante avant qu’une intervention humaine soit possible.
Lienzin le 01 jan 2009 à 9:14 #
Mais y’a t-il des risques réels, et si oui lequels ( en pourcentage?)
Benjamin Bradu le 03 jan 2009 à 2:22 #
Bonjour,
Qu’entends-tu exactement par risques « réels » ?
Il y a 4 types de risques à mon sens :
1 – Des risques pour la machine comme l’incident du 19 Septembre qui a endommagé de nombreux aimants. Ces risques ont assez difficiles à évaluer et peuvent avoir des origines très diverses. Vu le nombre de risques dues aux millions de pièces de la machine et aux centaines de milliers d’interventions humaines, il est inévitable de voir ce genre d’incident à la mise en marche. A titre de comparaison, il a fallut plusieurs années pour que le Tevatron (l’accélérateur de particules américain du Fermilab) fonctionne à puissance nominale. Disons qu’une fois la machine testée à puissance maximale, le risque qu’un nouvel incident de ce genre est très mince et de nombreux systèmes de diagnostique ont été mis en place.
2 – Des risques pour le personnel comme dans toutes les usines à cause de la manipulation d’objets lourds et volumineux, de fortes tensions et courants électriques, des champs magnétiques puissants. Les dispositions de sécurité classiques sont prises. De plus, il peut y avoir des zones présentant des radiations. Chaque membre du personnel allant dans de telles zones possède un dosimètre qui permet de mesurer la dose de radiation reçue et un examen mensuel permet de contrôler la dose reçue. Les doses acceptables sont extrêmement faibles, comparables avec la radioactivité naturelle due au granit en Bretagne par exemple.
3 – Des risques pour l’environnement. Le LHC est avant tout une machine, comparable à un projet industriel classique et présente donc des risques environnementaux. Une étude indépendante sur l’impact environnemental a été réalisée et tout est normal.
voir les sites suivants :
http://environmental-impact.web.cern.ch/environmental-impact/fr/EnvImpact/EnvImpact-fr.html
http://environmental-impact.web.cern.ch/environmental-impact/fr/Radiation/Radiation-fr.html
4 – Des risques pour l’humanité. J’imagine que tu parlais dans ta question de ce genre de risques (trous noirs, strangelets, monopoles magnétiques…) qui a tant fait débat.
Selon certaines personnes (pas toujours bien intentionnées à mon avis), le LHC pourrait créer ce que les physiciens appellent des « micro trous noirs » qui sont un peu différents des trous noirs classiques de l’Univers car selon la théorie, de tels objets s’évaporent quasi-instantanément et ne peuvent donc pas « aspirer » la matière environnante.
Le LHC n’avalera pas la Terre ! Le principal argument est qu’environ dix mille milliards de collisions types LHC (et même plus puissantes) ont lieu à chaque seconde dans l’Univers depuis sa naissance. De même, notre système solaire a « survécu » pendant 5 milliards d’années sans encombre alors qu’il est bombardé par des rayons cosmiques sans interruptions.
Je ne peux pas te donner de chiffre quant aux chances que le LHC a de produire un trou noir « méchant » mais je peux te donner un phénomène ayant à peu près les mêmes chances de se produire: pendant le repas de Noà«l, tu mélanges dans ton verre sans faire attention du Bordeaux et du Bourgogne. Les 2 vins sont donc mélangés dans ton verre et sont indissociables. Selon les équations de la physique, il est possible que les 2 vins se séparent spontanément en attendant assez longtemps (disons tout le Bordeaux sur le coté gauche du verre et tout le Bourgogne sur le coté droit) mais c’est très improbable !! Fais l’expérience et si tu vois le Bordeaux et le Bourgogne se scinder en deux alors il y a un risque non négligeable mais je doute que tu observes ce phénomène…
Plus d’infos : http://public.web.cern.ch/public/fr/LHC/Safety-fr.html
Vincent Collins le 24 jan 2009 à 3:17 #
Bonjour,
- Pour quand prévoit-on, à ce jour, la fin des réparations du LHC et quelle est la date prévue pour le redémarrage ?
- Je suppose que le LHC est un des systèmes les plus complexes qui ait jamais été construit; le nombre de pièces fonctionnant pour la première fois, interconnectées les unes aux autres devrait entrainer une probabilité de panne très importante. Comment êtes-vous organisés pour réduire cette probabilité de panne ?
benjamin bradu le 26 jan 2009 à 11:06 #
En réponse à Vincent :
Le CERN prévoit la fin de la réparation et de la réinstallation des aimants endommagés pour fin Mars. Il faudra ensuite refroidir le secteur de la machine où la panne a eu lieu (qui fait plus de 3km) et normalement le LHC pourrait être “froid” pour fin Juin. Ensuite, des tests devront se poursuivre pour s’assurer que toute la machine est opérationnelle et on peut s’attendre à voir circuler des faisceaux (et donc faire des collisions) aux alentours de Septembre à mon avis mais pour l’instant la date n’a pas été fixée : elle le sera lors d’une prochaine conférence à Chamonix au mois de Février.
La probabilité de “petites pannes” nécessitant qq débuggages est importante. Une période relativement importante après la mise en froid (qq mois) est réalisée avant d’injecter des faisceaux dans la machine dans une phase que nous appelons “comissioning” qui consiste à tester tous les systèmes un par un comme si un faisceau de particules circulait.
Nous espérons que dans l’avenir il n’y aura plus de “grosses pannes” nécessitant l’arrêt et le réchauffage de la machine, des systèmes de diagnostiques sophistiqués sont mis en place pour prévenir ces incidents avant qu’ils ne se produisent. En principe tout est testé et retesté avant d’être mis en place et une surveillance active est à l’Å“uvre pour les systèmes délicats.
montana le 14 mar 2009 à 12:15 #
Salut a tous…
Je voudrais juste attirer votre attention sur le fait qu il est de source sure certain que le CERN a eu tout interet de transmettre des informations erronnees sur un incident lie a des connexions defaillantes.En effet,les experiences effectuees dans le LHC suscitent des craintes quand a la securite mondiale et le fait etant qu un risque aussi infime puisse t il etre,susiste,il est indique de poursuivre les programmes de recherche tout en ralantissant l impact sur l opinion publique.
Le CERN est une grande organisation et la conception meme du LHC est par definition a l abri d une panne pouvant engendrer un arret aussi long de l accelerateur.
Les personnes qui dirigent le CERN sont alliees pour parvenir a une formidable connaissance que de pouvoir enfin tabletiser les particules de par leur masse grace a la base de toute particule,le BOSUM DE HIGGS.
Ces recherches ont un prix tres eleve et rien ne pourra entraver leur progression et ce au peril meme de tout ce qui nous entoure.
Pour ma part je pense que le savoir n a pas de prix,la connaissance est notre raison principale,devons nous pour cela avancer dans l obscurite et l incertitude au peril de l humanite?
Benjamin Bradu le 15 mar 2009 à 7:33 #
Bonjour,
Pour répondre à Montana :
Je me demande tout d’abord quelle est donc cette mystérieuse “source sûre” que tu mentionnes car je ne vois pas pourquoi le CERN aurait intérêt à fournir des informations erronées.
Ensuite, tu dis que “la conception meme du LHC est par definition a l abri d une panne pouvant engendrer un arret aussi long de l accelerateur” : J’aimerai donc connaitre ta connaissance sur le “conception du LHC” car c’est sans doute la machine la plus complexe jamais construite par l’homme et si plusieurs centaines de personnes en ont une excellente connaissance globale, très peu de gens en comprenne tous les détails. Dans ce genre de machine, nous ne sommes JAMAIS à l’abri de pannes importantes nécessitant plusieurs mois de réparation. Imagine toi que pour refroidir la machine et simplement “tester” les circuits électriques avec les aimants il faut environ 3 mois de travail à plusieurs centaines de personnes !!! Dans ce contexte, le moindre incident nécessitant de réchauffer, refroidir et retester la machine prend déjà 5 mois !
Quant au fait d’ “avancer dans l obscurite et l incertitude au peril de l humanite” je pense avoir fourni suffisamment d’explication sur le non-fondement de ces propos dans un billet précédent sur mon blog (http://science-for-everyone.over-blog.com/article-22675709.html).
Benjamin