Que d’eau, que d’eau !
Combien de fois avons-nous entendu proclamer que le XXIe siècle serait celui de la course à l’or bleu ? Qu’on y verrait les peuples se déchirer encore un peu plus pour accaparer les maigres ressources d’un fleuve ou d’une nappe phréatique ? L’eau, principale source des désordres géopolitiques à venir ? Pas si sûr
D’autres crises apparaîtront sans doute bien avant. Cela dit, l’accès à l’eau reste indiscutablement un des enjeux majeurs des décennies à venir. Le réchauffement de la planète, la pollution, la surconsommation bouleversent les équilibres en jeu alors que les hommes sont de plus en plus nombreux. Il y aura toujours plus de gosiers à désaltérer et de bouches à nourrir
On a souvent parlé de l’eau douce comme d’un stock, à l’instar du pétrole ou des autres ressources fossiles qui ne se renouvellent pas. Or l’eau fait intervenir des mécanismes bien plus complexes. Il n’y a pas de stocks d’eau potable à proprement parler, mais une addition complexe de flux. C’est le cycle de l’eau. Vous avez bu une molécule d’eau dans laquelle vous vous êtes baignés il y a quelques années, avant vous vous étiez lavés avec cette même molécule qui avait aussi servi à irriguer les cultures aux alentours du delta du Nil, il y a de ça quelques millénaires [La liste est non exhaustive et partiellement inexacte car une molécule d’eau ne reste pas forcément en l’état ; ses atomes pouvant se combiner et participer à d’autres molécules.]
Bref, le cycle de l’eau est une série de processus complexes qu’il est indispensable de cerner pour espérer comprendre les problématiques relatives à l’accès à l’eau. La livraison estivale du magazine La Recherche consacre un dossier très complet sur le sujet, dans un style résolument pluridisciplinaire. Notons par exemple, l’interview de l’économiste Bernard Barraqué (à écouter sur le site) qui explique que les guerres de l’eau sont improbables, les différents usagers ayant toujours, au gré de l’Histoire, géré communément les ressources en eau douce. Guerres improbables, certes, mais les problèmes que soulèvent l’accès à l’eau ne manquent pas. Et d’autres apparaîtront à mesure que l’humanité se développera. Par exemple, l’urbanisation de Pékin a eu pour conséquence l’assèchement des marais alentours, obligeant ces “nouveaux” citadins à s’approvisionner en eau beaucoup plus loin. Le dessalement de l’eau de mer, solution miracle ? Sans doute pas car très coûteuse en énergie et potentiellement dévastatrice pour les écosystèmes à proximité des usines. Ou encore, les problèmes soulevés par l’exploitation des nappes d’eau souterraines. Ce numéro de La Recherche multiplie les exemples significatifs, même s’ils sont parfois rédigés d’une manière un peu aride (c’est un comble !) pour le commun des mortels.
La somme des informations présentées dans ce numéro spécial et les nombreux suppléments qui l’accompagnent gratuitement sur le site du magazine donnent le vertige. Mais nous aurons tout l’été pour les digérer et y réfléchir Les hommes sont assez peu gourmands en eau pour boire et se laver. Mais sont très dépensiers quand il s’agit de faire pousser leur pitance ou celle des bêtes qu’ils mangeront. Il faut en effet 100 litres d’eau pour produire 1 kg de pommes de terre, 13 000 pour un steak d’1 kg Dans l’article intitulé ”La crise de l’eau n’aura pas lieu” qui ouvre ce dossier, l’hydrologue Jean-Marie Fritsch estime que “l’Humanité ne mourra probablement pas de soif, [mais] elle risque d’avoir sérieusement faim à l’horizon du demi-siècle prochain“. Le XXIe siècle, finalement, pourrait bien être encore celui de la faim. S’il y a des fleuves où l’on ne se baigne jamais deux fois, il y a aussi des problèmes où l’on n’a pas fini de baigner.
Jonathan Parienté et Enro (billet sponsorisé par La Recherche contre un lien sur leur site)



Timothée le 07 juil 2008 à 10:45 #
“d’avoir sérieusement fin ” = “… faim” ?
Enro le 08 juil 2008 à 12:33 #
Corrigé, merci !
fed le 11 juil 2008 à 7:51 #
Salut Enro.
Petite réaction à la citation de Bernard Barraqué : la guerre de l’eau a déjà eu lieu.. il y a 8 ans à Cochabamba, Bolivie!
Certes, “guerre” est un bien grand mot, on dirait plutot guerre civile, voire intra-metropolitaine.. en vrai ce furent des manifestations et blocages de la ville, qui mobilisèrent toute une ville contre son gouvernement, et qui furent un peu réprimées par l’armée et les flics (d’après les souvenirs de mon stage à Cochabamba) - je dis un peu, car la Bolivie, c’est pas la chine ni le myanmar…
ci-dessous des petits liens trouvés à la va-vite :
http://amd.belfort.free.fr/22cochabamba.htm
http://archimede.bibl.ulaval.ca/archimede/files/2094bd6e-8e27-4792-93fe-00cab4f88c7e/22869.html
Enro, scientifique et citoyen le 13 juil 2008 à 10:07 #
Un peu de géographie de l’environnement……
J’ai commis avec Jonathan Parienté un billet sur le numéro d’été de La Recherche, à la demande de leur service de communication, à lire sur le C@fé des sciences. Ce que je n’ai pas eu la place d’écrire là -bas, je vais l’écrire ici.
…
PAk le 21 juil 2008 à 5:15 #
>billet sponsorisé par La Recherche contre un lien sur leur site
si je puis me permettre, le lien est vraiment moche (notamment le traitement de votre logo).
si je puis me re-permettre, c’est amusant de le voir apparaitre dans la rubrique “l’eau sur le web”, alors les questions relative à l’eau sont traitée de manières franchement anecdotique sur le café des sciences … (ou au moins pour l’instant, à l’exception du billet qui vous a valu ce lien :-))
PS : je trouve la nouvelle version du logo, en couleur bien plus jolie que la précédente. Il s’en est fallu de peu que je vous en propose une refonte
PS2 : ne serait-il pas possible d’avoir un “cloud” général des tags utilisés par les bloggeurs du café ?
PAk le 21 juil 2008 à 5:17 #
et sinon, pour ajouter au paragraphe sur le cycle de l’eau une citation que j’aime bien, Paul-Emile Victor disait il y a peu :
“L’eau que vous buvez a déjà été pissée 6 fois par un diplodocus.”
Enro le 21 juil 2008 à 6:32 #
PAk > Tu sais ce qu’il faudrait pour que le C@fé des sciences parle plus des problématiques liées à l’eau !
Merci pour les compliments sur le logo, quant au nuage de tags… on y pense !
Manger moins pour sauvegarder la planète - Autour des sciences - Blog LeMonde.fr le 24 juil 2008 à 12:44 #
[…] de viande -ce qui, au passage, permettrait d’économiser des quantités astronomiques d’eau . Et quitte à manger de la viande, autant qu’elle soit bio, moins gourmande en […]
Ryuujin le 31 août 2008 à 2:46 #
“Il faut en effet 100 litres d’eau pour produire 1 kg de pommes de terre, 13 000 pour un steak d’1 kg…”
Oh, la belle phrase choc pour faire sensation !!
Je me demande bien, en tant que scientifique, comment ce chiffre a été calculé.
Et cela me choque, toujours en tant que scientifique, que quelqu’un qui est semble t’il un de mes pairs se laisse aller à ce genre de généralité pour le moins…bidon.
Non ; il ne faut pas 13 000 litres d’eau pour produire 1 kg de steak. Il faut 13 000 litres d’eau pour produire 1kg de steak dans un système d’élevage donné, qui devrait être précisé.
Pour information, l’élevage est le dernier recours lors des sècheresses en milieu rural. Ce n’est sans doute pas pour rien.
C’est tout simplement parceque l’élevage, et les cultures ne consomment pas nécessairement la même eau, et ne sont donc pas nécessairement en compétition. Loin de là .
Ce genre de petite phrase choc contribue à empêcher la majorité de gens d’entrevoir toutes les solutions plus ou moins subtiles basées sur des nuances. Elles entretiennent des visions simplistes, et invitent au manichéisme.
D’où le fait que ce chiffre sorti de nulle part devienne notament l’argument de “vegans”.
Enro le 01 sept 2008 à 8:17 #
Ces chiffres que nous citons viennent de l’article de Jean-Marie Fritsch (hydrologue à l’IRD) et sont repris de Daniel Zimmer (Conseil mondial de l’eau) et Daniel Renault (FAO) : Proceeding of Delft Workshop on Virtual Water, 2003. C’est une application du concept d’eau virtuel, avec lequel je ne peux que t’encourager à te familiariser : il a ses défauts mais permet de mettre en perspective des choses qui ne l’étaient pas jusque là , et effectivement de produire des chiffres assez étonnants !
Ryuujin le 14 sept 2008 à 7:30 #
J’avais initialement pondu une réponse trop détaillée, que je viens donc d’effacer pour la remplacer par ceci :
Dans ce cas, votre phrase initiale est aussi fausse que “un dès donne 3,5″ ; d’abord, il s’agit d’une moyenne, ensuite, tous les dès n’ont pas 6 faces numérotées de 1 à 6.
Si vous avez lu Allan 1998, vous aurez constaté que les chiffres en question sont estimés pour le Moyen-Orient. Ni pour la France, ni pour le monde.
Quant à l’étude de Renault (Renault and Wallender, 2000), il est écrit noir sur blanc “in reference to Californian production sites”.
Alors, 100 litres d’eau par kg de patates, où ? En Irlande ? Au Maroc ?
Donc au lieu de citer ce genre de chiffre en le sortant complètement de son contexte, ce qui empêche le lecteur d’en saisir la limite et la portée (je dirais même “en le faisant mentir” si je n’avais pas envie d’être sympa ce soir), vous ne trouvez pas qu’il aurait été plus approprié de prendre quelques lignes pour définir ce concept d’eau virtuelle ?
Vous passez à coté de ma remarque : je n’ai absolument rien contre le concept d’eau virtuelle.
Je trouve au contraire qu’il ne devrait pas être absent de votre article…surtout lorsque vous en citez des valeurs.
En bref, double erreur :
1) vous parlez de litres d’eau alors qu’il s’agit d’eau virtuelle, alors que vous pourriez expliquer rapidement d’où sort ce chiffre.
2) si vous l’aviez fait, vous auriez vu qu’il est faux en France, et vous vous seriez tourné vers les chiffre de l’AFEID. Et il y a une différence importante visiblement ; pour le maà¯s par exemple, la valeur d’eau virtuelle est de 0.53 m3/kg en France (maà¯s irrigué), contre 0.71 en Californie.
Tient d’ailleurs, c’est amusant ; le maà¯s à l’endroit où les mesures citées par l’AFEID ont été faites (l’Astarac,1985-1999) donne 1,6kg/m3 lorsqu’il n’est pas irrigué, et 1,9 lorsqu’il l’est. Le maà¯s consommerait donc moins d’eau lorsqu’il est irrigué ?
J’aurais appris un truc important suite à cet article…
Benjamin le 28 oct 2008 à 3:49 #
Dans ce HS sur l’eau, il y a un article sur les nitrates pondu par un chercheur de l’INRA… qui affirme sans sourciller que les nitrates sont toxiques pour la santé humaine au-delà de la norme de 50 mg/L (dans un HS de La Recherche sur la sécurité alimentaire, ce préjugé était démonté), qui à la découverte des bactéries assimilatrices d’azote atmosphérique met en référence un de ses propres articles publié dans la revue “Fourrages”…
javi le 23 juin 2009 à 9:10 #
A propos de l’eau, je suis tombé sur un site de géologue où on explique la façon de prendre les mesures.
Cath le 28 août 2009 à 3:26 #
Et combien de transpiration pour écrire un article passionnant ?
Bonne journée.