On peut être thésarde et tenir un blog de fille, on peut tenir un blog de fille et demander “Qu’est-ce qu’un chercheur pour vous ?” à  ses lectrices. En tous cas quand on s’appelle Funnyface. Et puis comme Funnyface n’est pas à  une contradiction près, elle travaille sur des embryons bovins sans être embryologiste ou faire du clonage. Alors, que fait-elle ? Réponse dans ce billet…

Comment me suis-je retrouvée embarquée là -dedans ? Que s’est-il passé pour me faire atterrir au C@fé des sciences ? Je n’en suis pas bien sûre.

Je sais que tout commence par un mail me proposant d’écrire un article sur mon expérience ou ma discipline : je sais que j’ai dit oui. Pourtant une multitude de raisons me poussaient à  refuser : piles de copies d’étudiants à  corriger, bibliographie en retard, correction du rapport de stage de l’étudiant de l’été, débuter la rédaction d’un papier, boucler des expériences en cours ainsi va la vie du thésard-moniteur en troisième année (on ne parle pas de dernière année de thèse, c’est malpoli, on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve !). Malgré toutes ces excellentes raisons, j’ai dit oui parce que, voyez-vous, pour une fille qui travaille sur le « silence » d’un chromosome, je suis fort bavarde et si l’occasion se présente de parler de mon travail, de ma vie de thésarde, je deviens intarissable.

En guise de présentation, je pourrais vous donner l’intitulé de ma thèse mais l’expérience m’a enseigné qu’il n’est pas poli de commencer par une telle entrée en matière. Pourquoi ? Mais parce qu’en général l’énoncé d’un intitulé de thèse à  tendance à  générer, chez l’interlocuteur, un comportement de fuite. Pourtant, à  moi, il ne fait pas peur mon intitulé, c’est un vieil ami que je fréquente depuis bientôt 3 ans, je le connais sur le bout des doigts et je l’ai complètement apprivoisé. Mais lorsque je le prononce devant toute personne étrangère à  ma discipline il prend différents visages et devient tour à  tour incongru, incompréhensible, compliqué et tel une incantation il a tendance à  faire disparaître les gens en une fraction de seconde. Avec du recul je sais parfaitement que si l’on me disait de but en blanc : « moi je travaille sur les chevaliers-paysans de l’an mille au lac du Paladru », je serais, moi aussi, fortement tentée de prendre la poudre d’escampette. N’est-il pas perturbant que chaque mot d’une phrase isolé ait une signification mais que associés les uns aux autres le sens en soit obscur ? J’ai donc fini par tirer la conclusion que donner l’intitulé de sa thèse de but en blanc sans préambule, tel une carte d’identité, c’est mal (c’est un peu une première règle de survie en société pour le thésard).

J’ai donc adopté l’humour pour parler de mon travail : « moi je travaille dans le X le chromosome évidemment ». D’autres fois, je me contente de maintenir un certain flou artistique en donnant les informations au compte goutte : « je fais de la biologie », la subtilité c’est que ni le mot thèse, ni le mot recherche n’ont franchi mes lèvres, je ne prononce pas non plus de gros mots tels que « moléculaire », « cellulaire », encore moins « clonage » Ainsi les plus curieux pourront continuer à  poser des questions et les autres se contenteront de l’abstrait.

Bref il est grand temps de sortir du placard et de clamer haut et fort : « oui j’ai mal tourné je suis devenue biologiste et je dirais même plus, biologiste cellulaire tendance moléculaire ». Je ne sais pas dans quelle mesure mon enfance, pas plus malheureuse qu’une autre, a été déterminante, ou si les beaux yeux d’un professeur de biologie ont contribué à  m’orienter dans cette direction mais c’est ce que je suis devenue. Dans ce cocktail de départ, je pense que la curiosité, l’envie d’apprendre et comprendre m’ont conduit vers un travail qui me laisse, tout à  loisir, chercher des réponses, ou début de réponses, à  une question bien particulière. Enfin une question c’est vite dit ! Disons qu’une thèse, à  l’image d’une poupée gigogne, va pour chaque petite piste, chaque début de piste, déboucher sur une autre question et petit à  petit, touche par touche, on arrive sur une question de plus en plus précise, pointue. La recherche, je la perçois donc comme une histoire sans fin : il y aura toujours une chose à  comprendre, une nouvelle histoire à  raconter car chaque histoire écrite permettra de tracer les grandes lignes d’un nouveau scenario.

Maintenant que les présentations sont faites peut-être allons nous parler sciences, si vous le voulez bien. Toutefois, je ne vous parlerais que d’une thématique de ma thèse, eut égard au fait que nous venons tout juste de nous rencontrer. Je suis sûre que vous connaissez tous les différences entre un homme et une femme enfin j’espère pour vous ! Mais du point de vu des chromosomes, saviez-vous que hommes et femmes ne sont pas en tout point semblable ? Monsieur se paye le luxe d’avoir deux chromosomes sexuels différents alors que Madame aura deux chromosomes sexuels identiques.

Pour commencer, laissez-moi vous présenter les chromosomes sexuels :

  • chromosome X, tirant son nom des inconnues que l’on retrouve dans les équations mathématiques et qui est assez populaire
  • chromosome Y (oui après X vient Y lorsque l’on travaille sur des équations à  deux inconnues), le mal aimé ” on a longtemps dit qu’il était dégénéré.

Maintenant que les présentations sont faites, allons plus avant dans les détails : Madame est l’heureuse détentrice de deux chromosomes X et Monsieur possède un chromosome X et un chromosome Y. Voici pour le niveau cytologique, c’est à  dire en ce qui concerne les cellules de Monsieur et Madame.

Si on change d’échelle et que l’on passe à  ce que produisent les chromosomes de Monsieur et Madame, on s’attend à  ce que Madame produise deux fois plus d’éléments venant du chromosome X. Pourtant que nenni, Madame « fabrique » autant de produits du chromosome X que Monsieur. Afin d’éviter une surproduction des éléments du chromosome X, chaque cellule de Madame va, au hasard, réduire au silence un des deux chromosome X qu’elle possède. Ainsi Madame possède deux chromosomes X mais l’un est « silencieux » et l’autre s’exprime. Cette supposition, depuis fortement documentée, date de 1961 et nous vient de Mary Lyon. Un tel évènement, le silence d’un chromosome ou même d’un gène, découle de processus qui sont liés à  l’environnement du gène et que l’on appelle : épigénétique. Un tel phénomène suscite beaucoup de questions : pourquoi ce silence ? Quelle pression entraîne le silence ? Comment rend-on un gène ou un chromosome silencieux ? Des éléments de réponses, des pistes existent. Ce mécanisme que l’on appelle inactivation du chromosome X est nécessaire chez toutes les cellules de Madame, sans cette inactivation les cellules ne peuvent survivre c’est un fait bien établi. Ce n’est qu’un aperçu que je vous donne issu, la partie immergée de l’iceberg et d’autres points mériteraient d’être mis en lumière ou détaillé mais pour cette fois nous en resterons là .

Et moi dans tout ça ? Moi, j’ai choisi de comprendre comment se passe cette inactivation et les acteurs qui interviennent pour réduire un chromosome X au silence. Les questions sont là  en grand nombre et attendent pour qu’un jour, moi aussi peut-être, je puisse à  mon tour raconter une petite histoire de X le chromosome évidemment.