Prisme de tête
Les sciences vues par les sciences humaines et sociales, telle est la ligne que s’est fixée Pris(m)e de tête. Participatif, il accueillera tous les jeudi un billet présentant les sciences vues par l’histoire, la philosophie, la sociologie, l’anthropologie, la didactique et d’autres encore. Dominique Pestre, historien et sociologue à l’EHESS, a inauguré ce nouveau blog. Voici en substance ce qu’il nous dit.
Depuis 30 ans, nos manières de faire des sciences et de voir les sciences (et non pas la science) ont radicalement changé. Les historiens et sociologues se sont penchés sur les savoirs produits par les chercheurs mais surtout sur leurs pratiques au quotidien, au laboratoire et sur le terrain. Les sciences émergent alors dans toutes leurs complexités, leurs limites et leurs incertitudes.
Il apparaît que les sciences ne fournissent plus de réponses simples aux questions que leur pose la société (mais en a-t-elle jamais fournit ?). Ces sciences devenues technosciences ne sont plus seulement des fournisseurs de savoirs mobilisés devant tel ou tel problème. Elles modèlent nos corps, notre environnement et s’intègrent dans de nombreux aspects de nos vies.
En parallèle le monde politique et social s’est lui aussi transformé : libéralisme financier, émergence de nouveaux acteurs, désindustrialisation, nouvelles identités sociales, perte de confiance vis-à-vis des institutions. Dans ce contexte, le rapport de la société à la science et aux savoirs n’est plus le même : les crises sanitaires et environnementales ont ébranlé le pouvoir des experts officiel, les connaissances sont devenues marchandises. Des questions relevant autrefois du privé ont émergé dans l’espace public (la procréation médicalement assistée par exemple) et de nouveaux acteurs comme les ONG, se positionnement comme experts au même titre que les chercheurs officiels. Finalement, les sciences sont sorties des laboratoires et des universités. Faut-il s’en plaindre ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’un gain de démocratie ?
Mobilisation face à une pollution, constitution de réseaux, recherches collectives. Irrationalité anti-science ? Plutôt volonté démocratique de choisir sa vie et d’en débattre. Une vraie révolution où se mêlent sciences, technologie, politique, éthique, droit, culture. Dans ce (fertile) imbroglio, le sociologue, l’historien, le philosophe ont autant d’éclairages à nous apporter que le physicien, le biologiste ou le mathématicien. C’est ce que Pris(m)e de tête nous propose d’explorer : les sciences vues par les sciences humaines et sociales.

