Archive for avril, 2009
Grippe, quel est ton nom ?

Jamais on a vu autant de cochon s’étaler en Une des journaux, squatter la page d’accueil des sites d’infos ou grouiner dans les JT. La filière porcine a connu, bien malgré elle, une publicité à cause de la grippe du même nom que l’on ne présente plus.
Aujourd’hui, alors que le niveau d’alerte a été élevé au rang 5, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a tranché. La grippe n’est plus porcine, ni mexicaine ni d’Amérique du Nord – comme l’ont suggéré certains. Elle a mis en ligne, sur son site, un petit encadré mettant les choses au point : “à compter de ce jour, l’OMS se réfère au nouveau virus de la grippe sous le nom de grippe A(H1N1).”
C’est noté. Finis les “grouïk grouïk” incessants. Plus de vidéo de Noël Jamet, lauréat du concours du cri de cochon (réaliste à faire peur). On a le droit de faire le cri du H1N1, mais ça va être plus compliqué.
Plaisanteries à part, même si les manger ne présente aucun risque, les cochons et leurs propriétaires ont déjà payé un lourd tribu à ce début de probable pandémie. Plusieurs pays ont stoppé leurs importations de porcs en provenance d’Amérique. Les cours du porcs ont très vite pâti du nom donné à la grippe.
Les Égyptiens, majoritairement musulmans, n’ont laissé aucun répit aux cochons. Le gouvernement a décrété que “tous les troupeaux de porcs [devraient] être égorgés le plus vite possible”. 350 000 porcs vont donc connaître ce sort. Les quelques éleveurs (chrétiens) auraient sans doute apprécié que l’OMS impose le nom H1N1 plus tôt.
Chez leurs voisins israéliens où le porc est tout aussi impur qu’en Egypte, un débat sémantique a fait rage. N’y avait-il pas un risque à appeler une maladie du nom d’une bête proscrite ? Dès lundi, l’ultra-orthodoxe ministre de la santé, Yakov Litzman avait imposé une grippe cachère, la grippe du Mexique. Le quotidien Haaretz voit dans cette histoire “le symptôme de la maladie de la politique en Israël”.
Si l’OMS l’avait appelée grippe du Mexique, on n’ose imaginer les répercussions sur les Mexicains. H1N1, c’est très bien.
Photo : Loungerie
La torture invisible
L’administration américaine, millésime 2009, est revenue sur la torture autorisée quelques années plus tôt par ses plus hauts responsables. Et ce quels que soient les faits reprochés au présumé criminel ou terroriste. Dès sa prise de fonction, le président Obama a signé le décret suivant :
“Les prisonniers seront, en toute circonstances, traités avec humanité et ne doivent pas être soumis à la violence (y compris le meurtre sous toutes ces formes, les mutilations, les traitements cruels et la torture), no être l’objet d’atteintes à la dignité de la personne.”
Si l’on a beaucoup parlé du waterboarding, les longues périodes d’isolement n’ont que rarement été évoquées. Le site Wired.com a interviewé Craig Haney, psychologue de l’université de Californie sur les raisons et les conséquences de ces mises à l’isolement.
“L’isolement a toujours fait partie des techniques de torture. Quand les gens perdent la conscience d’eux-mêmes, ils sont plus malléables et sont aisément manipulés. En un sens, l’isolement est un préalable qui permet de rendre plus efficaces les autres techniques de torture.”
Ces techniques ont été utilisées sur un grand nombre des détenus de Guantanamo, mais pas uniquement. Selon Wired, 25 000 Américains sont à l’isolement de longue durée. Avec de graves conséquences sur leur santé mentale.
“C’est une expérience très douloureuse. (…) Les personnes qui ont été isolées connaissent des moments psychologiquement difficiles où elles se sentent totalement seules. (…) Une longue période d’isolement nuit à la conscience de soi. (…) Les humains sont des organismes socialement connectés. Ce n’est que quand on est privé de cette connexion que l’on s’aperçoit à quel point on dépend du contact et du regard des autres.”
L’interview complète de Carig Haney est à sur le site de Wired.
Pour en savoir plus, lire Psychiatric Effects of Solitary Confinement de Stuart Grassian ou, dans un autre genre, Le joueur d’échecs de Stefan Zweig dont l’extrait suivant est tiré. Le narrateur raconte ces premiers jours à l’isolement seul avec ses pensées. (page 29)
“La pression qu’on voulait exercer sur nous pour nous arracher les renseignements recherchés était d’une espèce plus subtile que celle des coups de bâton et des tortures corporelles : c’était l’isolement le plus raffiné qui se puisse imaginer. On ne nous faisait rien – on nous laissait seulement en
face du néant, car il est notoire qu’aucune chose au monde n’oppresse davantage l’âme humaine. En créant autour de chacun de nous un vide complet, en nous confinant dans une chambre hermétiquement fermée au monde extérieur, on usait d’un moyen de pression qui devait nous desserrer les lèvres, de l’intérieur, plus sûrement que les coups et le froid. Au premier abord, la chambre qu’on m’assigna n’avait rien d’inconfortable. Elle possédait une porte, un lit, une chaise, une cuvette, une fenêtre grillagée. Mais la porte demeurait verrouillée nuit et jour,
il m’était interdit d’avoir un livre, un journal, du papier ou un crayon. Et la fenêtre s’ouvrait sur un mur coupe-feu. Autour de moi, c’était le néant, j’y étais tout entier plongé. On m’avait pris ma montre, afin que je ne mesure plus le temps, mon crayon, afin que je ne puisse plus écrire, mon couteau, afin que je ne m’ouvre pas les veines : on me refusa même la légère griserie d’une cigarette. Je ne voyais jamais aucune figure humaine, sauf celle du gardien, qui avait ordre de ne pas m’adresser la parole et de ne répondre à aucune question. Je n’entendais jamais une voix humaine. Jour et nuit, les yeux, les oreilles, tous les sens ne trouvaient pas le moindre aliment, on restait seul, désespérément seul en face de soi-même, avec son corps et quatre ou cinq bjets muets : la table, le lit, la fenêtre, la cuvette. On vivait comme le plongeur sous sa cloche de verre, dans ce noir océan
de silence, mais un plongeur qui pressent déjà que la corde qui le reliait au monde s’est rompue et qu’on ne le remontera jamais de ces profondeurs muettes. On n’avait rien à faire, rien à entendre, rien à voir, autour de soi régnait le néant vertigineux, un vide sans dimensions dans l’espace et dans le temps. On allait et venait dans sa chambre, avec des pensées qui vous trottaient et vous venaient dans la tête, sans trêve, suivant le même mouvement. “
Combattre le Cancer avec des Tomates ?
Voilà une nouvelle qui va en moucher plus d’un et laisser nombre d’autres perplexes. Une coalition de laboratoires européens a publié, fin 2008, ses travaux sur une variété de tomates génétiquement modifiées arborant une magnifique couleur violette et surtout, possédant des propriétés anti-cancéreuses.
L’idée est partie d’un constat : certains végétaux, en particulier les mûres, cassis et autres baies, produisent à haute dose des molécules anti-oxydantes appelées anthocyanines. Celles-ci, si on en absorbe suffisamment, offriraient une protection contre certains cancers, maladies cardio-vasculaires et maladies dégénératives liées à l’âge (des anti-oxydants quoi…). On leur prêterait même des vertus anti-inflammatoires, d’amélioration de l’acuité visuelle ou de la lutte contre l’obésité et le diabète. Alors si on fait le compte il ne manque plus que le SIDA, Alzheimer, le réchauffement climatique, la musique country et on a le remède miracle à tous les fléaux qui frappent la planète… Non, sans rire, les anthocyanines c’est chouette. Le problème, comme souvent quand on parle de régime alimentaire, est que les gens (surtout vous en fait, parce que moi de ce côté-là je suis plutôt clean) mangent très peu de fruits et légumes, ou en tout cas pas les 5 par jour recommandés par le bienveillant ministère de la santé. Du coup ils n’absorbent pas de doses suffisantes d’anthocyanines pour être protégés du mauvais œil. L’idée de nos braves scientifiques fut alors de faciliter la tâche d’Homo sapiens junkfoodis en lui offrant un maximum d’anthocyanines pour un minimum de fruits et légumes ingurgités.
Les baies de type cassis et mûres contiennent naturellement de fortes concentrations d’anthocyanines. (image: www.fruitstockphotos.com)
Pour ce faire, ils ont intégré au génome de notre bonne vieille tomate, les gènes codant deux facteurs de transcription issus de la plante à fleur Snapdragon (Antirrhinum en latin, ou Muflier en français) et destinés à augmenter la production d’anthocyanines. Mission accomplie, la variété de tomates obtenue présente une teneur en anthocyanines comparable à celle des baies citées plus haut. Des tests effectués sur une lignée de souris fortement prédisposée au développement de cancers (c'est-à-dire des souris spécialement designées pour faire un max de cancers et mourir dans d’atroces souffrances dans le seul but de trouver peut être un jour un remède pour votre pomme) ont même montré un rallongement significatif de leur durée de vie.
Alors évidement, comme dans toute étude sur les OGM alimentaires, la question va se poser des effets secondaires. D’habitude la crainte principale c’est « Est-ce que ma boîte de maïs que je mets dans mon chili con carne va me donner le cancer? », mais dans le cas de notre tomate anti-cancer, difficile d’imaginer ce type d’arguments (quoi que certains médicaments contre le mal de tête peuvent eux même provoquer des maux de tête… c’est si beau la médecine). En tout cas il existe effectivement un effet secondaire à cette modification génétique, mais il est plutôt funky. En effet, non contentes d’être des molécules super healthy, les anthocyanines sont également des pigments violets (qui donnent leur couleur aux mûres, cassis etc…). Dès lors, si on pousse une mignonne petite tomate à en produire des tonnes , elle perd son teint rouge vif et affiche un violet foncé des plus étonnants. Ca ne vous rappelle rien? Souvenez vous du maïs décoratif violet présenté il y a quelques semaines, encore un coup des anthocyanines, idem chez le choux rouge, à la différence que ceux-ci n’ont subit aucune insertion dans leur génome. Alors… pas si contre nature que ça les OGM.
Tomate wild type vs transgénique (image: www.blogs.nature.com)
Les mêmes en pot (image: www.thesun.co.uk )
C’est-y pas super la science ? On en fait des trucs chouettes pour vous faciliter la vie et vous permettre de vous goinfrer impunément de saloperies. Et ça ne fait que commencer ! Il paraît, mais ce n’est encore qu’une rumeur, que d’ici 2027 on devrait voir apparaître dans les cantines scolaires, un nouveau plat spécial « healthy food » : Le kebab à la viande d’agneau 0%, salade Q10 au collagène redensifiant, tomates anti-oxydantes, oignons enrichis en calcium + vitamine D et mayonnaise anti-dépresseur... ils vont être beaux vos gamins.
références bibliographiques:
Observations of a Nerd, une jolie fille qui sait plein de choses. ici
Enrichment of tomato fruit with health-promoting anthocyanins by expression of select transcription factors, Butelli et al, Nature botechnology, 2008. ici
Le finalisme selon Dr manhattan
[Le mercredi on converge…] A la pêche aux moules?
On parlera plusieurs fois de moules cette semaine (allez savoir pourquoi je me mets à m’intéresser à ce sujet), enfin de bestioles qui ressemblent à des mollusques en tout cas. Si je vous montre cette photo par exemple:
Est-ce que vous jugez que ces animaux sont plus proches d’un crabe, ou plus proche d’une huître?
Ha ha, quel farceur ce Taupo : il y a en fait deux types d’espèces animales sur l’image ci-dessus. On y trouve d’une part la patelle qui n’est autre qu’un petit gastéropode marin (un escargot avec une coquille en chapeau chinois, quoi!).
L’escargot, étant un mollusque, vous ne serez pas surpris de le regrouper avec huîtres, moules et autres conques, n’est-ce pas? Mais que dire alors du deuxième type d’animal qu’on trouve dans la première image? Il s’agit de balanes dont voici un autre cliché:
Et bien ce sont ces animaux-ci qui sont proches-parents des crabes, tout deux appartenant à la famille des arthropodes, les animaux à pattes articulées et possédant un exosquelette. Pas facile à croire non? Si on observe ces animaux en train de collecter leur nourriture, on peut déjà être un peu plus conscient de leur différence avec les mollusques:
Les balanes font partie de la famille des Cirripèdes, parmi qui ont retrouve des anatifes, des chthamales ou encore des sacculines (non ce ne sont pas des noms que j’invente, j’vous jure!).
Leur ressemblance avec des mollusques ont fasciné bon nombre de chercheurs, dont Charles Darwin en personne qui a dédié 8 années de sa vie à décrire de nombreux spécimens et à les classer avant de publier ses résultats en 1851 et 1854. Il est probable que cette étude fut l’étape décisive le convaincant de la cohérence de sa théorie de l’évolution.
Mais comment les zoologistes ont bien pu les différencier des mollusques? Et bien en étudiant plus attentivement le cycle de vie et des animaux, et plus particulièrement le développement et la morphologie de la larve des cirripèdes, les doutes quant à leur parenté s’estompent progressivement.
Lorsque l’embryon des cirripèdes éclot, il donne une larve dont la morphologie est dite de type “nauplius”, puis suit une première métamorphose pour donner une larve de type “Cypris” qui va se fixer sur un support en y collant le haut de sa tête pour achever sa métamorphose et donner un adulte filtreur.


A vrai dire, il suffit de savoir que tout commence par une larve nauplius pour comprendre que ces animaux sont très proches des crustacés. Pourquoi? Et bien parce que presque tous les crustacés ont une larve de ce type. Comparez par exemple la larve nauplius d’une crevette:
Celle d’un crabe:
Et enfin celle d’une balane:
On retrouve le petit air de ressemblance, là, non?
A son tour, le stade Cypris permet d’éclaircir le mystère qui concerne les sortes de tentacules qui permettent aux balanes de se nourrir. Voici une image d’un stade Cypris de balane:
Schématiquement, c’est peut être plus facile à comprendre:
Cette larve va se coller sur une roche (voire même d’autres animaux comme des baleines) via le disque adhésif qu’elle porte sur le haut de sa tête et ce sont donc bien ses pattes, garnies de longues soies, qui vont lui permettre de filtrer l’eau et amener le bon miam miam direct dans sa bouche.
La coupe d’une anatife permet de mieux comprendre l’organisation anatomique des cirripèdes (et on se dit que les créateurs d’alien ont certainement du s’inspirer d’un anatife pour leur film).
(et si vous voulez comparer avec alien, c’est ici)
Vous voilà désormais fins prêts à épater la galerie sur les plages d’été où vous impressionnerez par vos connaissances aigües de la faune marine (mais je déconseille d’essayer de draguer en se lançant sur une description de la sexualité des balanes: d’une part c’est une espèce hermaphrodite, et puis d’autre part, j’ai essayé, ça emballe pas des masses après…)
Liens:
Observation d’un objet distant de 13 milliards d’années-lumière

Regarder le ciel revient à voyager dans le passé. Les scientifiques de l’ESO et de la NASA l’ont à nouveau prouvé ces derniers jours en apercevant un objet distant de 13 milliards d’années-lumière. Soit le plus lointain jamais observé dans l’univers.
Il ne l’ont qu’aperçu car ce sursaut de photons gamma n’a duré que dix secondes… Suffisamment long pour que le satellite Swift de la NASA et deux télescopes chiliens de l’ESO le voient.
Après mesures, calculs et analyse ce flash lumineux a été émis lors de la mort d’une étoile particulièrement lumineuse, il y a 13 milliards d’années. Ce sont donc les “vestiges” d’un évènement qui a eu lieu quand l’univers n’était qu’un tout jeune homme de 600 millions d’années.
Photo : NASA
Psychose porcine
En 1976, avec l’expérience de la guerre froide on savait vraiment paniquer les gens, les traditions se perdent…
(via Telegraph)
Pour les non anglophones, la première partie de la vidéo est relativement transparente, sur le mode “moi, la grippe porcine ? Mais je joue au golf tous les week-end !”. La seconde video montre comment une dangereuse mamie porteuse peut transmettre la maladie très rapidement, notamment à son amie Dotty qui avait déjà un problème cardiaque et a été achevée par la grippe.
Suite à 1 cas dans l’armée, les autorités avaient lancé une campagne de vaccination, il semble toutefois que le vaccin causait des effets secondaires un peu trop nombreux et qu’il n’y avait pas vraiment de risque pandémique.
J’ai compilé un petit billet sur l’évolution de la grippe pour le blog darwin (reprise d’un billet plus complet publié il y a deux ans).
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Plantes carnivores: La revanche sur la revanche du stagiaire
Il fallait que je rétablisse un peu l’équilibre cosmique en remettant Vran, le stagiaire, à sa place…
Après l’affront porté au règne animal en osant comparer des légumes à de sanguinaires bêtes sauvages sous prétexte que quelques exemples de plantes soient capables de digérer des proies maladroites, je me devais de restituer les animaux à leur place: en haut de la chaine alimentaire! (si vous êtes choqué par ce manque total d’objectivité de la part d’un scientifique, ne vous inquiétez pas, c’est juste du taquinage).
Bref, je veux démontrer que les animaux ne manquent pas de ressources quand il s’agit de se payer un gueuleton. Pourquoi, par exemple, ne pas profiter du pouvoir attractif de la dionée quand on est une petite araignée?
Et vous vous souvenez des terribles nepenthes dont Vran nous parlait dans son deuxième article? Certains étaient même capable de dissoudre une souris entière! Impressionnant, non? Et bien pas pour l’araignée-crabe Misumenops nepenthicola. Celle-ci n’hésite pas à plonger au fond de ces pièges végétaux pour pêcher des proies qui s’y sont noyées. Mieux, elle peut stocker de l’air sous forme d’une bulle coincée autour de ses stigmates respiratoires et attendre patiemment, parfois près de 40 minutes, qu’une proie tombe et se noie. Elle a ainsi la possibilité de se cacher de ses prédateurs et de ses proies. Toujours rattachée à l’extérieur par un fil de soie, l’araignée n’est jamais menacée de se noyer.
Mais l’araignée n’est pas mauvaise joueuse pour autant: elle alimente son piège régulièrement de nutriments… sous forme d’excréments. C’est moins la classe Vran, non?
Références :
Pollard, S. D.
2006. Fishing crab spiders in the hanging stomachs of Borneo. Pp. 32. In Abstracts, American Arachnological Society, 30th Annual Meeting, June 2006. Baltimore, MD. 73. pp.
Liens :
La guerre des sexes
Mais pourquoi en arrive-t-on là? Et pourquoi pas l'inverse?
Cas remarquable de la mouche à yeux pédonculés : le mâle a les yeux au bout de ces longs pédoncules et....se bat avec ses yeux façon massue contre les autres mâles pour gagner l'affection de la femelle. Une méthode de drague pour le moins tape à l'oeil. (applause).La réponse réside dans les gamètes. Les quoi? Les gamètes, ce sont ces cellules sexuelles que vous connaissez bien : le spermatozoïde et l'ovocyte. Ces deux cellules sont à la fois très semblables mais aussi très différentes. Toutes les deux sont, certes et entre autres, haploïdes (portent que la moitié du génome de l'individu), et sont "faites" pour constituer un zygote (cellule œuf, pouvant éventuellement donner un nouvel organisme) lors de leurs rencontres, mais elles diffèrent par leur taille et leur quota de production. Je m'explique. Si l'on considère qu'une femme fait un ovocyte par mois, de 12 à 50 ans, elle produira 456 ovocytes fécondables dans sa vie. Chez l'homme, une seule éjaculation contient environ 200 millions de spermatozoïdes !!!
Vous constatez donc une différence certaine entre ces deux quotas de production. Mais ce n'est pas tout, l'ovocyte est une grosse cellule contenant beaucoup de réserves, alors que le spermatozoïde lui, est tout petit avec très peu de réserves.


Mais où veux-je en venir? Tout simplement, avec ces chiffres, on peut voir que l'ovocyte est une ressource rare, et que comme tout ce qui est rare, va susciter la convoitise. On comprend ainsi que les femelles méritent bien que les mâles se battent pour elle et que ce ne soit pas l'inverse. Le gamète mâle est abondant et facile à trouver contrairement au gamète femelle, à la fois rare et précieux. Ceci expliquant aussi le soin tout particulier que de nombreuses femelles portent au choix du partenaire : gâcher un ovocyte revient à perdre énormément d'énergie et de temps pour la femelle...
Mais pourquoi une telle différence finalement? Pourquoi chacun n'a pas un gamète entre les deux...Pas en faire trop, et pas trop riche ni trop pauvre en réserve? Et bien cela s'explique par des simulations. Il s'avère que les deux stratégies les plus efficaces sont :
-produire beaucoup mais de faible qualité (spermatozoïde)
-produire peu mais de forte qualité (ovocyte)
Un mélange des deux étant visiblement contre-sélectionné par les modèles. Il s'agit en fait tout simplement d'un trade-off (compromis) entre la qualité et la quantité!
Et voilà un mystère de la vie expliqué. Mais attention, dame Nature nous réserve bien des surprises et rien n'est jamais simple. Les contre-exemples se ramassent à la pelle bien évidemment (sinon ça serait pas marrant) ! Par exemple, chez certaines espèces d'oiseaux (le phalarope à bec étroit par exemple), ceux sont les femelles qui sont toutes colorées, font la cour aux mâles et se battent, pendant que le mâle choisit sa partenaire, et couve les œufs. Belle inversion des rôles qui s'explique par le fait que le soin aux jeunes est également un important critère de sélection et qu'un mâle qui s'occupe bien de ses petits, ben ça court pas forcément la calotte polaire, et que ça peut donc à son tour, devenir la ressource rare (n'est ce pas mesdames!!!)! Bon et puis en plus, on pourra noter qu'après la ponte, les rôles sont inversables alors que chez les mammifères, il y a allaitement etc, mais ça ne dédouane pas ces messieurs de filer un coup de main !
Martine dans les arènes
"Nîmes : un escargot prisonner des arènes depuis 2000 ans

Regardez ce sympathique petit mollusque gastropode à enroulement sénestre. Son nom est Clausilie romaine Leucostigma candidescens, mais comme c'est un peu long, on l'appellera dans cet article Martine.
Martine vit dans deux endroits précis : dans les Apennins près de Rome et dans les arènes de Nîmes. Ceux qui l'ont découverte (Georges Coutagne en 1903) et ceux qui l'étudient pensent que l'animal est arrivé à Nîmes il y a 2000 ans, par exemple à dos d'amphore, pendant la construction des arènes, et qu'il y vit toujours.
A la différence d'autres espèces introduites, Martine ne fait de mal à personne : contrairement aux écrevisses américaines, qui envahissent les fleuves et rivières de France, elle ne quitte pas un coin précis des arênes.
Olivier Gargominy, du Muséum national d'histoire naturelle, et Vincent Prié, de l'agence Biotope, sont allés vérifier que Martine était toujours là. Ils ont également constaté qu'elle était en danger. Aujourd'hui, l'entretien des arènes s'effectue en effet à l'aide de désherbants chimiques, des produits qui « pourraient bien venir à bout de 2000 ans d'histoire pour la Clausilie romaine », constate le muséum.
Heureusement, la direction des arènes a agi, explique le communiqué du Muséum d'histoire naturelle :
« Conscients de l'intérêt patrimonial de cet escargot témoin de la construction des arènes, la direction technique des arènes a fait le choix de préserver les zones où vit la Clausilie romaine en réalisant localement un désherbage manuel et préservant quelques plantes des vieux murs pour maintenir cette population historique. »
Photo : un spécimen de clausilie romaine Leucostigma candidescens, Muséum d'histoire naturelle."
Voilà, pas mal non? J'ai beaucoup aimé le surnom de Martine. Pour avoir été aux arènes pour le concert de Bjork, je n'aurais jamais imaginé qu'un escargot y vivait de façon si spécifique !
En tout cas je salue la direction des arènes, pour cette décision, et de ne pas dire "façon on s'en fou c'est qu'un escargot!!" :).












