Archive for août, 2008

[EMOP-X] Il est trop tard pour le barcoding

Le principal problème qu’on rencontre au moment de la collecte d’un individu est souvent celui de l’identification. Utiliser l’ADN pour résoudre ce problème semble une approche prometteuse, et c’est ce constat qui a lancé le mouvent barcoding. Pour ceux d’entre vous qui ne savent pas ce dont il s’agit, une rapide introduction.

Le barcoding consiste a […]

Sondages 2007 : quel bilan ?

Claire Durand, spécialiste des sondages d’opinion, a publié il y a quelques jours un bilan des sondages électoraux de l’élection présidentielle de 2007. Résumé où il apparaît que les leçons de 2002 n’ont pas toutes été retenues …

Durand avait montré que la catastrophe française de 2002 était en partie imputable à  l’utilisation de la méthode des quotas(voir ce billet), déjà  mouillée dans de grosses erreurs de prédiction dans le passé comme l’élection US de 1948, (voir la fameuse photo du Président élu Truman ci-contre). Elle avait aussi pointé du doigt les redressements des courbes à  l’intuition et la culture du secret des sondeurs français.

L’élection de 2007 a été l’occasion pour Durand de voir si les sondeurs français ont corrigé le tir. L’étude de Durand porte sur les instituts BVA, CSA, IFOP, Ipsos, LH2 (Louis Harris), et SOFRES (les sondeurs d’Opinion Way ont été exclus de l’étude car leurs études sont menées sur Internet et ne peuvent donc correctement sonder toute la population).

Sondages de premier tour

L’étude des résultats du premier tour fait très mal pour les sondeurs. En effet, Durand montre que les sondages de premier tour de 2007 étaient moins précis statistiquement que les sondages de 2002 ! Pour une raison simple : les écarts entre les scores prédits et les scores réels des candidats majeurs (PS, UMP et Le Pen) étaient plus grands en 2007 qu’en 2002. Durand s’est penchée plus particulièrement sur les sondages de la semaine du premier tour. Comme je l’avais souligné ici même le 22 avril, les sondages du premier tour étaient non seulement hors de la marge d’erreur pour nombre d’entre eux, mais surtout biaisés en faveur de Le Pen et au détriment de Sarkozy et Royal. La catastrophe sondagière est passée inaperçue car les écarts réels entre les candidats étaient largement supérieurs à  la marge d’erreur … Cependant, Durand note que l’aggrégation “droite-gauche” (63-37) était, elle, correctement prédite (Bayrou étant semble-t-il considéré de droite).

Sondages de deuxième tour

L’évolution des sondages de deuxième tour a une allure très simple : Sarkozy et Royal commencent à  50-50 au début de l’année, puis Sarkozy atteint lentement 53 en mars, reste collé en moyenne à  ce score jusqu’à  … trois jours avant le second tour où il monte à  55 dans les sondages (je m’en étais agacé à  l’époque, doutant sérieusement de la justification scientifique d’un tel bond après 6 mois de courbes lissées ). Durand montre effectivement que ces derniers sondages sont suspects (!) : si on prolonge la tendance prédite par les sondages en prenant en compte les sondages des derniers jours, on tombe hors de la marge d’erreur. Sans ces sondages des derniers jours, la projection est exacte. Coup de pied de l’âne : Durand souligne que, mathématiquement, les sondages de deuxième tour devraient être plus précis car il n’y a que deux choix, la marge d’erreur est réduite. Je vous laisse conclure sur ces trois derniers sondages d’avant le second tour.


Bilan des méthodes

Durand se penche ensuite sur les méthodes des sondeurs, et en particulier leur “indépendance” relative.  Les sondages de 2002 étaient très suspects car les sondeurs prédisaient tous exactement les mêmes résultats. Compte-tenu de la qualité de leur boule de cristal version 2002, cette touchante unanimité montrait que les sondeurs “s’inspiraient” probablement des résultats des uns et des autres pour établir leurs propres résultats. En 2007, il y a eu plus de variabilité entre sondeurs. Durand en conclut que les sondeurs ont donc changé de méthode par rapport à  2002 : ils ne se copient plus !

Durand montre ensuite des données particulièrement intéressantes : la part des sondés entre les deux tours ayant déclaré avoir voté Le Pen au premier tour. Où l’on voit qu’entre le premier et le second tour, seuls 3 à  7 % des sondés déclarent avoir voté Le Pen au premier tour. Compte-tenu du score réel de premier tour de Le Pen (11% ) Durand en conclut que :
- soit les sondés mentent
- soit les sondeurs ont de mauvais échantillons.
Le vote Le Pen reste une épine dans le pied des sondeurs incapables de l’estimer correctement.  Comme les électeurs du FN sont forcément méchants, les sondeurs nous servent régulièrement l’excuse du  mensonge des fourbes sondés, garantissant que leurs échantillons et quotas sont parfaits.  Il y a clairement là  un problème méthodologique général, que les sondeurs n’ont pas plus résolu en 2007 qu’en 2002.


La commission des sondages

Durand revient ensuite sur le rôle de la commission des sondages, spécificité française. Rappelons que la commission des sondages doit contrôler les méthodes des sondeurs, et peut, le cas échéant, adresser des remontrances. En particulier, CSA s’était fait taper sur les doigts durant la campagne, ce qui ne l’a pas empêché de prédire que Le Pen monterait à  16.5 % et passerait devant Bayrou au premier tour deux jours avant celui-ci…

La commission des sondages regroupe et tient à  la disposition du public les informations méthodologiques sur les sondages fournies par les sondeurs. Rassurons-les : il semble que leurs secrets soient bien gardés, malgré la loi. En 2002, la commission des sondages avait interdit à  Durand de faire des photocopies des documents normalement consultables par le public (elle avait dû tout recopier à  la main sur la place). En 2007, il y a plus de transparence et les photocopies étaient autorisées, mais :
- les sondeurs ne donnaient pas les questions exactes posées dans les sondages,
- la taille des échantillons interrogés était imprécise,
- il y avait un “gentlemen agreement” entre la commission et les sondeurs pour ne pas fournir les données brutes au public
Ah, ça sent si bon la France !

Conclusion

Points positifs :
- les sondeurs ont changé leurs méthode et ne se copient plus les uns les autres,
- la commission des sondages a joué un rôle plus actif en achetant des photocopieurs pour les citoyens et chercheurs intéressés et en rouspétant contre CSA.

Points négatifs :

- les sondeurs ont des pratiques que Claire Durand qualifie de “quite unscientific” (sic), ce qui aboutit notamment au fait que les courbes des sondages sont lissées (propriété qui montre sans ambiguité que les sondages sont partiellement bidonnés).

- la culture du secret empêche une évaluation scientifique des méthodes des sondeurs, et donc leur amélioration.

Petite note dérisoire pour finir :  cette culture très française du secret sur les méthodes de sondages et d’évaluation a fait école sur la blogosphère (suivez mon regard, je ne comprendrai jamais pourquoi le c@fé des sciences n’est pas premier :P )

Référence :

The Polls of the 2007 French Presidential Campaign: Were Lessons Learned from the 2002 Catastrophe?, Durand C, International Journal of Public Opinion Research 2008 20(3):275-298, Version PDF

Toute la force de Newton

Toujours dans les fractales, un peu plus éloigné de Mandelbrot, mais tellement joli : les fractales de Newton ! Le nom de cette fractale vient de la méthode de Newton, inventée par Isaac Newton, le même qui a trouvé les lois de la gravitation dans une pomme. NewtonFractale de Newton associé au polynôme X³-1 La méthode de NewtonUn pan des mathématiques consiste à  faire des calculs exacts, l'autre pan à  faire des calculs approchés. Ce deuxième pan, ce sont les méthodes numériques, dans lesquelles on s'amuse généralement à  trouver les meilleurs moyen de calculer un tas de décimales de pi ou deracinede2.Prenons le cas deracinede2, qui vaut approximativement 1,4142135... Comment a t-on trouvé cette valeur ? Une façon de retrouver ces décimales est la méthode de Newton.Pour une fonction f donnée (un polynôme, par exemple), la méthode de Newton permet de retrouver ses racines (les x tels que f(x)=0). Le principe de cette méthode est d'approcher la fonction par ses tangentes.Prenons par exemple la fonction f:x->x²-2.methodeOn connait ses racines, c'est racinede2 (le point A) et -racinede2 (le point A'). On va alors approcher l'un de ses deux points, de manière à  avoir toujours plus de décimales.On va alors prendre un point quelconque x0 et tracer la tangente à  la courbe au point (x0,f(x0)). On peut alors trouver l'abscisse du point x1, croisement entre la tangente et l'axe horizontal. En recommençant avec le point x1, on se rapproche du point A, que l'on recherche.La suite des points xn se rapproche du point A que l'on cherche, cette suite est donnée par la formule (que l'on trouve par calculs) : formule_methNewtAvec la fonction f:x²-2 et en partant de x0 = 2, la formule devient formulemn2.x0 = 2x1 = 1,5x2 = 1,416666667x3 = 1,414215686x4 = 1,414213562En 4 itérations, on a déjà  au moins 9 décimales correctes !Choix des termes initiauxEn partant de n'importe quel valeur x0 positive, on aboutit après plus ou moins d'itérations à  racinede2 ; si on avait choisit une valeur de départ x0 négative, on aurait aboutit à  -racinede2.On peut séparer les valeurs possibles de x0 en 3 catégories : celles qui aboutissent à  racinede2, celles qui aboutissent à  -racinede2 et celles qui n'aboutissent nulle part (ici, il n'y a que x0=0).Prenons à  présent la fonction f:x->x³-3x²+2x. Ce polynôme admet 3 racines : 0, 1 et 2.Que se passe t'il lorsque l'on applique la méthode de newton en partant de x0 = 0,4 ? En partant de x0 = 0,5 ? En partant de x0 = 0,6 ? De x0 = 0,5527 ? De x0 = 0,55275 ? De x0 = 0,5528 ?Solutions :x0 = 0,4 -> 0x0 = 0,5 -> 2x0 = 0,6 -> 1x0 = 0,5527 -> 0x0 = 0,55275 -> 2x0 = 0,5528 -> 1En choisissant une couleur par limite possible (0:jaune, 1:vert et 2:bleu), on retrouve quelque chose de fractal !frac_x3m3x2p2x Les fractales de NewtonIl est temps de passer aux nombres complexes !Prenons à  présent la fonction f:x->x³-1. Il ne possède qu'une racine réelle (x=1), donc peu importe le choix de x0 (réel), utiliser la méthode de Newton amènera vers 1.Mais la méthode de Newton marche également dans le plan complexe, avec des termes initiaux complexes ! Et notre polynôme possède également deux racines complexes : j = -0.5 + i.0.866 et j = -0.5 - i.0.866.Pour quels x0 la méthode de Newton nous mènera à  x ? Quelles valeurs mènent à  j ? Et à  j ?La solution, en image :Newton2On peut également faire la même chose pour d'autres fonctions :Newton4f:x-> x8 + 15x4 − 16Newton5f:x->z5 − 3iz3 − (5 + 2i)z2 + 3z + 1
Sources :Images produites par Xaos (Pas très efficace sur les fractales de type Newton), et empruntées sur Wikipédia.  

Rentabilité des éoliennes

A

Science Blogging 2008 en direct

Me voici en route pour Londres afin d'assister demain à  la conférence Science Blogging 2008 organisée par Nature, où j'aurai l'honneur d'être l'unique Français. Comme promis, je bloguerai l'événement en direct, sans pour autant exclure des billets ultérieurs si des idées demandent à  être développées. Une nouveauté cette fois-ci : chaque notule peut-être commentée en propre sur la page ScribbleLive de l'événement... Et puis pour les anglophones, il risque également d'y avoir de l'animation dans la "room" FriendFeed prévue à  cet effet.

[EMOP-X] It’s all over now

Je rentre juste de l’EMOP-X, qui se finissait ce soir.
Ca a été le “baptême du feu”, puisque c’était mon premier congrès. Plein de discussions intéressantes, de moments ou j’ai été impressionné, en me disant “Ouaouh, c’est lui/elle!”.
Et beaucoup, beaucoup de présentations impressionnantes. Et la mienne, aussi, que vous pouvez voir juste en dessous.

EMOP-X slides - […]

Monsieur et madame sont des scientifiques (1)

Quelques petits exemples, véridiques, de scientifiques aux noms prédestinés. Pour rire un peu*. Toute nouvelle proposition est bienvenue.Jean-Louis Cheminée...

Bonjour, Ce sujet n’est vraiment pas simple. De sur Les biocarburants

Bonjour,
Ce sujet n'est vraiment pas simple. De plus si on y rajoute les intérêts économiques et politiques...alors là ! Bref, on n'est pas sorti de l'auberge alors qu'il serait grand temps de passer à  la vitesse supérieure... Merci de mettre à  notre porté ces informations scientifiques.

Le graphène, médaille de la résistance

© ScienceLe diamant vient de céder son trône de matériau le plus résistant. Abrasé sur la ligne par le graphène. Ce nouveau matériau, fait d’atomes de carbone a pu être conçu, en 2004, grâce aux progrès des nanotechnologies. Ses propriétés, de résistance en particulier, sont révolutionnaires. [D’ailleurs, d’aucuns disent qu’il a pris le maquis.]

Comprenons-nous bien. Selon l’agencement des atomes de carbone dans un cristal, ce dernier a des propriétés très différentes. Par exemple le graphite - la mine d’un crayon à  papier- et le diamant -la bague de mère-grand- sont deux assemblages distincts d’atomes. Le crayon 2B de vos cours de dessin, votre rivière de diamants et le graphène, c’est rien que du carbone!

Revenons au graphène. Il est composé d’une mono-couche d’atomes de carbone, contrairement au graphite qui est un emplilement de “feuilles” de carbone. Le graphène, c’est une seule “feuille” de graphite. Sa résistance hors du commun a provoqué une petite révolution dans le monde -trop fermé- de la physique des matériaux. Et ce n’est qu’un début.

Visualisons tout cela a l’echelle atomique (environ 10-9 mètres)

 

Graphite
GRAPHITEIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIGRAPHENE

 

 

L’étude de James Hone, Jeffrey Kysar, Changgu Lee et Xiaoding Wei, publiée dans Science porte sur la résistance d'un feuillet de graphène à  l'aide d’une pointe en diamant. Les résultats sont surprenants, le graphène résiste a une pression énorme exercée par cette pointe. Il bat le record du matériau le plus résistant connu à  ce jour. Pour être plus explicite, si le graphène était un film plastique alimentaire,  il pourrait résister à  une masse de deux tonnes concentrée sur la surface de la pointe -taillée ou pas?- d’un crayon.

Pour le moment, on parvient à  fabriquer des plaques de graphène de
très petite taille, mais les progrès sont déjà  spectaculaires. Et les scientifiques se mettent à  rêver. Ils imaginent créer un ascenceur spatial grâce à  des cables ultra résistants. En graphène, bien entendu.

 

Opinion publique et nanotechnologies

La Lettre de l'OCIM n°118 (juillet-août 2008) vient de publier les principaux résultats de l'enquête sur les opinions et pratiques délibératives du public de l'Expo Nano, présentée à  La Casemate fin 2006/début 2007. Cette enquête, dirigée par Pascale Ancel et Marie-Sylvie Poli (laboratoire ROMA/Université Pierre Mendès France, Grenoble), s'est appuyée sur une méthodologie originale, dont une partie, les contributions écrites des visiteurs, était intégrée dans la scénographie de l'exposition (voir image ci-dessous)...



Cliquez sur le lien suivant pour télécharger l'article : Opinon publique et nanotechnologies, par Pascal Ancel et Marie-Sylvie Poli.

-- Le (nouveau !) site web de l'Expo Nano : www.exponano.com
-- Des photos de l'Expo Nano sur Flickr.

Le mème amish

Libé nous apprend qu’en seize ans, la population des Amish aux Etats-Unis a doublé.

A ce rythme là , un calcul rapide montre qu’il suffirait de seulement 160 ans pour que les Amish soient majoritaires en nombre aux US ! Une bonne illustration d’un avantage évolutif de la religion ? En tous cas, force est de constater que dans l’environnement social américain, les populations Amish ont un avantage sélectif certain, et transmettent leurs gènes plus efficacement aux générations suivantes du seul fait de leurs traditions . Un couple d’Amish a 4 à  5 enfants en moyenne, les a eu certainement assez tôt donc a pu bien s’en occuper; de plus, le célibat est déconseillé ce qui maximise le potentiel reproductif. Tout le contraire - au hasard- du scientifique lambda, à  la vie de couple chaotique ou inexistante, ayant des enfants sur le tard s’il en a… En ce qui me concerne, j’ai pour l’instant fitness 0 !

Maintenant, peut-on se rassurer en se disant que les scientifiques participent à  l’élaboration de nombreux mèmes (articles, livres, blogs) qui vont marquer les esprits et le monde par leur profondeur et leur puissance ? J’ai quelques doutes : en définitive, la meilleure façon de transmettre un mème à  quelqu’un, c’est de l’y exposer depuis tout petit. Là  encore, les Amish en sont un très bon exemple : non seulement ils transmettent leurs gènes, mais ils transmettent aussi leurs traditions et leurs religions, puisque les enfants d’Amish restent Amish en général. J’ai tendance à  penser que dans le domaine religieux, rares sont les changements profonds d’opinion , pour des raisons qui sont aussi sociales (même s’il existe des contre-exemples comme le créationniste devenu paléontologue). Sans compter que Lewis Wolpert m’a convaincu que les interrogations religieuses ne sont que la conséquence de ce qu’il appelle la “croyance causale“, qui nous permettent aussi de faire de la science; l’homme spontané serait donc religieux…

Finalement, pour la transmission des gènes comme des mèmes, c’est Dieu qui a raison lorsqu’il dit :

Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-là 

;)

Chasse aux nombres acratopèges

A

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