Archive for octobre, 2007

Trouver l’auteur : l’intelligence du savant

L'extrait ci-dessous fait le portrait de deux "génies" du XIXe siècle, reste à  deviner lesquels (sans vous aider de Google, petits malins !) :

L'un avait une intelligence volontaire, consciente, méthodique et semblant faite pour l'abstraction mathématique : elle a donné essentiellement naissance à  un monde romantique. L'autre était spontané, peu réfléchi, ayant plus de goût pour le rêve que pour une approche rationnelle et faite, semble-t-il, pour des travaux de pure imagination, sans soumission à  la réalité : il a triomphé dans la recherche mathématique.

Mà J 02/11 : Cette citation vient du psychologue Edouard Toulouse (cité par Tom Stoppard, "La Science en jeu", Alliage n° 37-38, 1998, p. 151), qui avait pris pour objet d'étude le romancier Emile Zola et le mathématicien Henri Poincaré. Etonnamment, c'est bien le romancier qui avait ce cerveau fait pour l'abstraction mathématique et le mathématicien ce goût pour le rêve. Surprenant à  première vue mais peut-être pas si absurde — m'est avis que la psychologie des sciences a encore du pain sur la planche !

Les bactéries du genre Raoultella peuvent provoquer de sévères oedèmes de la cheville chez certains microbiologistes

Voici quelques jours de cela, je m'étais attelé à  la préparation de travaux pratiques de microbiologie. Les étudiants disposant de souches d'Escherichia coli et de Klebsiella pneumoniae, soit deux espèces assez proches d'entérobactéries, je me suis mis en quête d'un test biochimique permett[ ]

Thalès est toujours à  faire

Chapitre numéro 3 : Bons mots
(Les réponses sont toujours en blanc sur blanc)

* Quel est le comble du mathématicien ?
R : C'est de se faire piquer sa moitié par un tiers dans un car.

* Quel est le comble du mathématicien ? (version 2)
R : C'est de se coucher avec une inconnue et de se réveiller avec un problème.

* Quel est le comble de la science ?
R : Un cheval-vapeur, qui mange des racines carrées dans un champ magnétique.

* Je suis nul en calcul pour trois raisons :
- ça ne m'intéresse pas,
- je compte faux.

* Il y a trois sortes de gens au monde : ceux qui savent compter et ceux qui ne savent pas compter.

* Il y a 10 sortes de personnes : ceux qui comprennent le binaire, et les autres.

Bacterioquizz n°7

Aujourd'hui,  il vous faudra deviner la provenance de ces citations au sujet de la science et du savoir: qui a dit: "C'est pareil pour le SAVOIR, il ne peut vous apporter le bonheur parce que le savoir n'apporte rien, pendant que vous dîtes que ce joli petit oiseau es[ ]

Quel beau métier professeur !

Chapitre 2 : Humour graphique

* Un prof de maths explique à  une blonde les limites, et donne cet exemple :
blonde1

Il demande ensuite à  la blonde si elle a bien compris, et elle répond oui. Pour s'en convaincre, il lui demande de trouver cette limite :
blonde2

Et la blonde répond alors :
blonde3

* Comment démontrer :
sinx 
R : On simplifie par n...

* Démontrer que vache/oiseau=pi...
vacheL

sexisfun

A quoi ressemblait donc notre cousin Néandertal?

L'homme de Néandertal (Néanderthal pour nos amis anglophones) appartient à  une espèce d'hominidés aujourd'hui disparue, Homo neanderthalensis, et qui serait une ramification de notre famille plutôt qu'une espèce ancestrale. Un cousin, quoi! Longtemps, ce parent a eu mauvaise presse, une [ ]

Understanding comics (the invisible art)

Je resterai aujourd'hui dans la lignée des billets du dimanche "sans aucun rapport avec la science" pour vous parler d'un livre, ou plutôt d'une bande dessinée, qui traite... de la bande dessinée elle-même. Scott McCloud s'y représente lui-même pour nous expliquer comment[ ]

Mon prof de maths a montré Bézout

En l'honneur des vacances scolaires et de ma terrible maladie, toute cette semaine sera placée sous le signe du rire et du bon mot, avec toutes les meilleurs blagues de geek des maths !

Chapitre numéro 1 : Les aventures de Exponentielle et de Logarithme.
(Les solutions sont écrites blanc sur blanc)

* Exponentielle et Logarithme sont dans un bar. Chacun prend une boisson. Qui est-ce qui paye ?
R : C'est Exponentielle, parce que Logarithme ne paie rien...

* Exponentielle et Logarithme font un concours de peinture. Qui est-ce qui gagne ?
R : C'est Exponentielle, parce que Logarithme dessine mal...

* Exponentielle et Logarithme vont à  une fête. Logarithme danse au milieu de la piste, mais Exponentielle reste dans son coin. Logarithme va donc le voir et lui dit :
- Pourquoi tu viens pas danser ? Viens avec nous, intègre toi !
Et Exponentielle répond :
- De toutes façon, ça changera rien...

* Exponentielle et Logarithme sont chacun dans leur barque. Lequel des deux est emporté par le courant ?
R : C'est Logarithme, car Exponentielle ne dérive pas...

Science et pas science au Grenelle de l’environnement

La science n'est pas connaissance du monde : elle est un discours sur le monde. Parce qu'elle délimite elle-même son champ d'application (les trous noirs mais pas les OVNIs), parce qu'elle propose une méthode presque univalente (essentiellement réductionniste), parce qu'elle se construit sur une dynamique sociale forte (revues, collèges invisibles, académies, universités et instituts de recherche), elle ne peut prétendre à  l'exhaustivité.

Du coup, elle va avoir tendance à  rejeter tout ce qu'elle n'est pas, afin de maintenir la démarcation qui donne à  la science sa légitimité particulière. Ce sont les accusations envers la fausse science, la pseudo-science, la junk science méprisés en regard de la sound science, cette science bien faite, cherchant le consensus des pairs, sans motifs politiques. Le plus drôle, comme toujours, est qu'un camp traite l'autre de junk science et réciproquement !

Puis il y a tout ce que la science n'a pas encore intégré dans son champ : tous les domaines laissés de côté, toutes les questions jugées superflues. On peut citer par exemple les traitements alternatifs contre le cancer : ils font partie de ce que David Hess a appelé la "science qui n'est pas faite" (undone science). Pour bien montrer que ces sujets sont temporairement exclus de la science mais que celle-ci peut se les approprier, dès qu'il se crée une communauté de recherche ou une source de financements : Because the pharmaceutical industry invests only in patentable products rather than public domain interventions, clinical trials research for nutritional and herbal therapies has moved forward at a slow pace. On n'est pas loin de l'histoire racontée par Matthieu, toujours à  propos d'un traitement contre le cancer…

Il n'y a donc pas la science d'un côté et la non-science de l'autre mais ce que la science a investit, ce qu'elle pourrait investir dans le futur ou ce qu'elle a décrété ne relevait pas de son ressort. Mais même ce qu'elle a investit n'est pas monolithique. Selon les disciplines, les discours sur le monde divergent et peuvent devenir incompatibles (ou "incommensurables", dirait Thomas Kuhn). J'ai étudié un bel exemple de cette situation : l'affaire Quist et Chapela. Vous vous souvenez que Quist et Chapela avaient démontré en 2001 la présence au Mexique (région de l'Oaxaca), dans des populations sauvages de maà¯s, de séquences génétiques provenant de maà¯s OGM. Ils ont d'abord été critiqués sur le résultat lui-même, puis sur le protocole expérimental, et sur les conclusions que l'on pouvait tirer du résultat en termes écologiques. Une étude parue en 2005 dans les prestigieux Proceedings of the National Academy of Sciences mettait fin à  la controverse en montrant qu'en 2003 et 2004, pour 153 000 semences testées prélevées dans 125 champs de l'Oaxaca, aucun transgène n'était à  signaler. S'ils étaient bien présents en 2001, ils ont donc disparus sous l'effet de la baisse des importations de PGM et de l'éducation des agriculteurs, entraînés à  ne plus planter n'importe quelle semence.

Mais voilà  : un article de 2005 revenait sur le raisonnement statistique des auteurs et soulignait surtout que la question est plus complexe qu'il n'y paraît puisqu'au-delà  de l'analyse, des estimations précises et fiables de la présence de transgènes nécessitent de comprendre la structure et la dynamique des populations locales de maà¯s traditionnel et la manière dont les agriculteurs les gèrent. C'est donc la manière de poser le problème qui doit être corrigée, pour revenir aux pratiques agricoles locales… Dans ces conditions, alors que Quist et Chapela sont bien positionnés puisqu'ils s'intéressaient depuis longtemps à  la biodiversité sous l'angle anthropologique et économique, que deviennent les biologistes moléculaires qui les avaient attaqués le plus durement ? Que deviennent même les biologistes des populations qui ignorent les savoirs locaux ? On voit que la manière de poser le problème peut-être suffisamment différente pour que des communautés scientifiques un tant soit peu éloignées n'arrivent plus à  se parler, à  se mesurer l'une à  l'autre !

Mais alors, comment s'en sortir ? Pas question de chercher à  démêler le faux du vrai puisque les discours peuvent être incommensurables ou inexistants dans le cas de la science qui n'est pas faite. Mieux vaut faire comme le propose Bruno Latour, prenant l'exemple de l'affrontement sur les OGM en France :

Chaque groupe propose (…) un monde dans lequel les autres sont invités à  venir vivre. Or, ces propositions de mondes divergent les unes des autres non seulement dans leurs "aspects sociaux", mais surtout dans leurs "aspects scientifiques". Il n'est pas très étonnant qu'elles suscitent des réactions virulentes de ceux qui se trouvent ainsi mobilisés, surtout si on leur demande de modifier leurs habitudes alimentaires, leur définition du risque, leur lien à  la terre, leurs relations avec les firmes agro-alimentaires, la manne des subventions européennes, et ainsi de suite. C'est justement, le rôle de la politique que de faire émerger de ces propositions antagonistes, un monde commun : une définition acceptée de ce qu'est l'agriculture, la recherche, l'alimentation, la génétique, l'Europe de demain.

 ©© Cyril Cavalié

A l'heure du Grenelle de l'environnement, il faut donc tâcher de créer un monde commun, en ne demandant pas à  la science d'apporter des preuves et de simplifier le débat mais de le complexifier pour que les choix soient épais, robustes et qu'ils tiennent compte des humains comme des non-humains.

Science et pas science au Grenelle de l’environnement

La science n'est pas connaissance du monde : elle est un discours sur le monde. Parce qu'elle délimite elle-même son champ d'application (les trous noirs mais pas les OVNIs), parce qu'elle propose une méthode presque univalente (essentiellement réductionniste), parce qu'elle se construit sur une dynamique sociale forte (revues, collèges invisibles, académies, universités et instituts de recherche), elle ne peut prétendre à  l'exhaustivité.

Du coup, elle va avoir tendance à  rejeter tout ce qu'elle n'est pas, afin de maintenir la démarcation qui donne à  la science sa légitimité particulière. Ce sont les accusations envers la fausse science, la pseudo-science, la junk science méprisés en regard de la sound science, cette science bien faite, cherchant le consensus des pairs, sans motifs politiques. Le plus drôle, comme toujours, est qu'un camp traite l'autre de junk science et réciproquement !

Puis il y a tout ce que la science n'a pas encore intégré dans son champ : tous les domaines laissés de côté, toutes les questions jugées superflues. On peut citer par exemple les traitements alternatifs contre le cancer : ils font partie de ce que David Hess a appelé la "science qui n'est pas faite" (undone science). Pour bien montrer que ces sujets sont temporairement exclus de la science mais que celle-ci peut se les approprier, dès qu'il se crée une communauté de recherche ou une source de financements : Because the pharmaceutical industry invests only in patentable products rather than public domain interventions, clinical trials research for nutritional and herbal therapies has moved forward at a slow pace. On n'est pas loin de l'histoire racontée par Matthieu, toujours à  propos d'un traitement contre le cancer…

Il n'y a donc pas la science d'un côté et la non-science de l'autre mais ce que la science a investit, ce qu'elle pourrait investir dans le futur ou ce qu'elle a décrété ne relevait pas de son ressort. Mais même ce qu'elle a investit n'est pas monolithique. Selon les disciplines, les discours sur le monde divergent et peuvent devenir incompatibles (ou "incommensurables", dirait Thomas Kuhn). J'ai étudié un bel exemple de cette situation : l'affaire Quist et Chapela. Vous vous souvenez que Quist et Chapela avaient démontré en 2001 la présence au Mexique (région de l'Oaxaca), dans des populations sauvages de maà¯s, de séquences génétiques provenant de maà¯s OGM. Ils ont d'abord été critiqués sur le résultat lui-même, puis sur le protocole expérimental, et sur les conclusions que l'on pouvait tirer du résultat en termes écologiques. Une étude parue en 2005 dans les prestigieux Proceedings of the National Academy of Sciences mettait fin à  la controverse en montrant qu'en 2003 et 2004, pour 153 000 semences testées prélevées dans 125 champs de l'Oaxaca, aucun transgène n'était à  signaler. S'ils étaient bien présents en 2001, ils ont donc disparus sous l'effet de la baisse des importations de PGM et de l'éducation des agriculteurs, entraînés à  ne plus planter n'importe quelle semence.

Mais voilà  : un article de 2005 revenait sur le raisonnement statistique des auteurs et soulignait surtout que la question est plus complexe qu'il n'y paraît puisqu'au-delà  de l'analyse, des estimations précises et fiables de la présence de transgènes nécessitent de comprendre la structure et la dynamique des populations locales de maà¯s traditionnel et la manière dont les agriculteurs les gèrent. C'est donc la manière de poser le problème qui doit être corrigée, pour revenir aux pratiques agricoles locales… Dans ces conditions, alors que Quist et Chapela sont bien positionnés puisqu'ils s'intéressaient depuis longtemps à  la biodiversité sous l'angle anthropologique et économique, que deviennent les biologistes moléculaires qui les avaient attaqués le plus durement ? Que deviennent même les biologistes des populations qui ignorent les savoirs locaux ? On voit que la manière de poser le problème peut-être suffisamment différente pour que des communautés scientifiques un tant soit peu éloignées n'arrivent plus à  se parler, à  se mesurer l'une à  l'autre !

Mais alors, comment s'en sortir ? Pas question de chercher à  démêler le faux du vrai puisque les discours peuvent être incommensurables ou inexistants dans le cas de la science qui n'est pas faite. Mieux vaut faire comme le propose Bruno Latour, prenant l'exemple de l'affrontement sur les OGM en France :

Chaque groupe propose (…) un monde dans lequel les autres sont invités à  venir vivre. Or, ces propositions de mondes divergent les unes des autres non seulement dans leurs "aspects sociaux", mais surtout dans leurs "aspects scientifiques". Il n'est pas très étonnant qu'elles suscitent des réactions virulentes de ceux qui se trouvent ainsi mobilisés, surtout si on leur demande de modifier leurs habitudes alimentaires, leur définition du risque, leur lien à  la terre, leurs relations avec les firmes agro-alimentaires, la manne des subventions européennes, et ainsi de suite. C'est justement, le rôle de la politique que de faire émerger de ces propositions antagonistes, un monde commun : une définition acceptée de ce qu'est l'agriculture, la recherche, l'alimentation, la génétique, l'Europe de demain.

 ©© Cyril Cavalié

A l'heure du Grenelle de l'environnement, il faut donc tâcher de créer un monde commun, en ne demandant pas à  la science d'apporter des preuves et de simplifier le débat mais de le complexifier pour que les choix soient épais, robustes et qu'ils tiennent compte des humains comme des non-humains.

Science : peut-on tout dire sur le net?

Billet à  4 mains (enfin 6, si on compte le feedback d’Enro) suite à  la récente fermeture du site de Vincent Fleury. C’est à  lire et à  commenter sur le blog du doc’.

Science : peut-on tout dire sur le net?

Comment un moyen de communication scientifique aussi puissant etprometteur que le web finit-il par devenir préjudiciable aux professionnels qui font l’effort de l’investir ? Quelles sont les limites de la communication scientifique sur le web, et dans quelle mesure ses acteurs peuvent-ils contrôler ses dérives ? Comment l’idéal de liberté du scientifique peut-il s’acoquiner avec […]

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