Archive for avril, 2007

Endorphines: sport et plaisir

Les sources de plaisir sont plus nombreuses qu’on ne le pense, et très accessibles, quand on y pense, justement. Après le soleil, voici le sport !

Etant en plein trip, surfant encore sur une vague opiacée, je ne peux en effet résister au désir d’en faire profiter le reste de l’univers. Enfin la planète. Ou la France. Bon d’accord, mes quelques centaines de lecteurs. (Quoi ? Je vous ai écrit que je surfais, là)

Je sens poindre une once d’inquiétude dans vos crânes attentifs et alertes. Je me dois donc de vous rassurer rapidement.

Non, je n’ai pas abusé de substances aussi illicites que dangereuses. Mais il est des addictions sympathiques, et je vais vous en faire une (brève toujours) éloge.

Voici le mot clé : endorphines. (Si vous tapez ce mot sur Google, vous trouverez tout un tas de sites qui vous décriront plus ou moins en détail ces petites molécules, je vous recommande celui de Mac Gill si vous aimez les neurosciences). Ce sont des opiacés endogènes, c’est-à-dire produites par notre sympathique cerveau. De l’héroïne en libre accès ! Et sans ses effets dévastateurs…

Les interactions de ces neurotransmetteurs (ben oui, ce sont des neurotransmetteurs, comme le GABA) avec les autres systèmes sont tout aussi multiples que variées, et je les résumerai en deux mots. D’accord, trois ou quatre.

Les endorphines ont des effets euphorisant, anxiolytique, de renforcement positif du système de récompense, d’atténuation de la douleur…Bref, tout bénef’ comme qui dirait ! Mais nous ne nous sentons pas toujours aussi bien que ça : lorsque le système est en situation d’équilibre, nous sommes, disons, comme d’hab. Mais il y a des moyens d’augmenter la production.

NAN, pas l’héroïne, j’ai dit PRODUCTION.

Comment ? Je vais vous le dire…

En gros, n’importe quel stress, en fait. Le truc, c’est que le stress fait sécréter de l’adrénaline et de la noradrénaline, c’est bien connu. Et pour compenser, pour calmer le jeu, et bien les neurones produisent plus d’endorphines. Exemple de stress: le sport. au cours duquel les endorphines sont sécrétées proportionnellement à l’intensité et à la durée de l’effort. Condition sine qua non: que la fréquence cardiaque atteigne 70% de la fréquence cardiaque maximale, grossièrement (qui peut être estimée par la formule 200-âge pour les hommes, et 220-âge pour les femmes).  Les sports d’endurance, tels la course à pied, le vélo, la natation. (Bon, je m’arrête là dans cette palpitante énumération), les sports d’endurances, donc, nécessitant un effort soutenu prolongé, sont  "les plus" endorphinogènes. Mais les sports à effort fractionné, comme le badminton, au hasard, sont très bons aussi!
Ainsi, après un tel effort,  le taux d’endorphine est multiplié par 5 ! Et les effets perdurent plusieurs heures. Mais pas plusieurs jours, quand même, il faut donc recommencer régulièrement.

Moralité, vive la course à pied ! (et le vélo et la natation et le badminton et et et, mais ça ne rime pas !)

PS 1 :Mon but n’étant pas de faire l’apologie du sport, je ne m’étendrai pas sur les autres bénéfices cardio-vasculaires, esthétiques etc.

 

PS 2 : Information complémentaire ne devant pas décourager les futurs adeptes. Le seul problème est représenté par la survenue d’une blessure, ou tout autre motif d’arrêt forcé. Il se produit alors comme qui dirait comme un phénomène de sevrage, avec sensation de mal-être, irritabilité et tout. Mais pas sévère comme avec la drogue, hein, ne me faîtes pas écrire ce que je n’ai pas écrit ! Néanmoins, mieux vaut prévenir l’entourage. Personnel ET professionnel. Remarquez que c’est un bon moyen de faire le ménage autour de soi: les amis restent, les autres…

Cerveau contre machine

Un livre et une actualité scientifique reposent la question du rôle des ordinateurs dans les démonstrations mathématiques.

Le livre c'est ...

Coups de soleil*

Quelques commentaires sur le film de Danny Boyle, Sunshine.

J'ai apprécié de voir qu'une attachée de presse a bien fait ...

Les blogs politiques comme terrain d’expériences

Deux tentatives (au moins) d'appliquer des maths aux blogs politiques.

La première tentative vient d'un groupe d'informaticiens, mathématiciens et sociologues ...

Interrupteur neuronal.

La lumière a décidément le vent en poupe en ce moment ! Après les photons anti-épileptiques, voici venue une méthode révolutionnaire pour étudier le système nerveux.

Un interrupteur neuronal. Rien que ça.

Il existe chez certaines algues (je ne vous apprends rien, on a toujours besoin d’un plus petit et plus archaïque que soi) deux types de photopigments ou rhodopsines. Les « sensoriels » et les autres. Et ben ce sont les autres qui nous intéressent. Ce sont des pompes ioniques membranaires activées par la lumière. On distingue

1)      les bactériorhodopsines qui font rentrer du calcium, et dépolarisent la cellule (Rappel : Ca2+ c’est positif)

2)      les halorhadopsines qui font rentrer du chlore, et hyperpolarisent la cellule (Cl-  c’est… oui d’accord).

Il y a quelques temps déjà (et je l’ignorais, humpfff) que des gens (oui, des chercheurs) avaient réussi à transfecter une protéine du type 1) appelée CR2 (pour channel rhodopsin 2. Original n’est-il pas ? Mais parlant en tous cas) dans des neurones. Et déjà c’était pas mal. Mais voilà, c’est bien connu, on en veut toujours plus. Les mêmes gens en voulaient donc plus. Et ils ont travaillé d’arrache-pied pour trouver une copine à CR2, capable cette fois-ci d’inhiber les neurones. De façon à disposer d’un interrupteur, comme je vous l’écrivais plus haut.

Pourquoi tant d’acharnement me demanderez-vous ? Alors qu’il y a tant de choses agréables à faire en cette saison presque estivale ? Et bien comme cet article est paru en avril dans Nature, ça signifie qu’ils ont travaillé cet hiver. Quand il faisait froid, avec tempête de neige et tout. Quoique, en Californie, ça ne devait pas être le cas. Peut-être qu’ils n’aiment pas le surf. Mais je m’égare.

Pourquoi donc ? Et bien déjà, ce serait un moyen formidable pour étudier les fonctions de différentes structures cérébrales ou neuronales plus généralement. Pour confirmer les résultats de toute manip, il est nécessaire que les effets d’une activation du système et ceux de son inhibition concordent. Ceci permet de valider le rôle de ce dernier.

Par ailleurs, en rêvant un peu (mais pas si tant que ça), il pourrait y avoir des applications thérapeutiques. Si on réussit à modifier génétiquement des neurones cibles avec ces pompes photosensibles, on pourrait contrôler leur activité plus précisément. Par exemple, les électrodes intracérébrales employées dans la maladie de Parkinson (j’en parle presque autant que de l’épilepsie dîtes donc !) stimulent certes la zone cible, mais la stimulation électrique ne connaît pas les frontières anatomiques (et non), et déborde donc la zone cible. 

Bon, et bien je peux vous le dire maintenant, ils ont réussi !

Les deux pompes sont activées par des longueurs d’onde différentes, ce qui permet une activation sélective de l’une ou l’autre, ou combinée.

Ils ont même fait des essais in vivo en tranfectant ces pompes dans les muscles puis les neurones moteurs de vers, pardon de nématodes. Et ben quand on les éclaire, et que les pompes Cl- s’activent, ils arrêtent de nager, paralysés ! Pauvres bêtes…Enfin, n’empêche que ça marche.

Ils ont également essayé chez la souris, mais là, c’est plus préliminaire comme on dit : ils ont transfecté in vivo des neurones hippocampiques, puis ont sacrifié des souris et enregistré l’activité neuronale. Ca marche aussi. 

C’est-y pas formidable tout ça ???

Maintenant, il paraîtrait qu’ils se crêpent le chignon pour savoir qui le premier à eu l’idée, qui va gagner des sous, le Nobel et tout. C’est la zizanie, quoi. Mais ça ne nous regarde pas, d’abord.

 

Multimodal fast optical interrogation of neural circuitry. 2007. Nature. 446. 633-9. Zhang et al.

Soleil et plaisir

Peut-être avez-vous entendu parlé de la protéine p53. Il s’agit d’une protéine suppresseur (suppresseuse ? Non) de tumeur. Elle fait l’objet de nombreux travaux depuis des années, car sa dysrégulation intervient dans la genèse de tumeurs.

C’est pour cette raison que Cui et al (1) s’y sont intéressés. L’organe cible était la peau. Données de base : lorsqu’on s’expose au soleil et à ses UV, on bronze (ah bon?). Parce que des cellules de la peau, les mélanocytes, synthétisent de la mélanine (ça vient du grec melanos et ça veut dire sombre, même que). Puis ce pigment est transporté jusqu’au kératinocytes, cellules cutanées à proprement parler.

La synthèse de cette mélanine met en jeu, comme d’hab, toute une cascade enzymatique, avec des produits peptidiques divers et variés. (C’est précis comme billet au moins). Les auteurs ont montré que cette p53 jouait un rôle essentiel dans cette synthèse.

 

Bon, super. Mais où veux-je en venir à la fin, bou (ou you, j’me comprends) il est le cerveau dans tout ça ???

 

Il arrive, il arrive. Il se trouve que je ne suis pas une spécialiste es-peau, moi. Alors je ne me souvenais pas du tout que l’un des premiers peptides sus-évoqués était la pro-opiomélanocortine.

Oui ?! mais encore ???

Ben dans pro-opiomélanocortine il y a opio ! Donc opioïde : donc substance ayant des récepteurs au niveau du système nerveux central, intervenant dans les processus de plaisir, et de la douleur aussi (en la soulageant).

Bref, c’est peut-être une des raisons pour lesquelles pendre un bain de soleil est aussi plaisant !

 

PS : Jouons les rabat-joies : autre donnée de base, en passant : l’été approche, pensez à la crème !!! 

(1)Central Role of p53 in the Suntan Response and Pathologic Hyperpigmentation. Cui et al, 2007. Cell, 128: 853-864.